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© 2019 Éditions S.O.

LS
24580 PLAZAC

Infographie couverture : Fabienne Melchior,

ISBN: 978-2-916621-82-1

Tous droits réservés pour la version française.


Anne Givaudan

Et si la vie continuait...

ÉDITIONS SOIS
D'ANNE GIVAUDAN
D'ANNE GIVAUDAN

• IMPLANTS & PARASITAGES*


• VOYAGER ENTRE LES MONDES*
• LA MAGICIENNE ET LA PETITE FILLE*
• DES AMOURS SINGULIÈRES*
• SONS ESSÉNIENS (CD INCLUS)*
• PETIT MANUEL POUR UN GRAND PASSAGE*
• PRATIQUES ESSÉNIENNES POUR UNE NOUVELLE TERRE*
• RENCONTRE AVEC LES ÊTRES DE LA NATURE*
• L'INSOUPÇONNABLE DESTIN DE GINA SUTTON*
• Nos MÉMOIRES DES PRISONS OU DES AILES *
• LA RUPTURE DE CONTRAT*
• FORMES-PENSÉES (tome 1 et 2) *
• LES DOSSIERS SUR LE GOUVERNEMENT MONDIAL*
• LECTURE D'AURAS ET SOINS ESSÉNIENS*
• ALLIANCE*
• WALK-IN*
• CD DE MÉDITATIONS GUIDÉES * (VOIR LA LISTE À LA FIN DU LIVRE)

D'ANNE GIVAUDAN ET DANIEL MEUROIS


• TERRE D'ÉMERAUDE * — Témoignage d'outre-corps
• PAR L'ESPRIT DU SOLEIL*
• CHRONIQUE D'UN DÉPART * — Afin de guider ceux qui nous quittent
• CELUI QUI VIENT*
• SOIS * — Pratiques pour être et agir
• LES NEUF MARCHES *
• RÉCITS D'UN VOYAGEUR DE L'ASTRAL**
• DE MÉMOIRE D'ESSÉNIEN (tome 1) ** — L'autre visage de Jésus
• CHEMINS DE CE TEMPS-LÀ (tome 2)** — De mémoire d'Essénien
• LE PEUPLE ANIMAL**
• LE VOYAGE À SHAMBHALLA*** — Un pèlerinage vers Soi
• WESAK*** — L'heure de la réconciliation

* Éditions — ** Éditions Le Passe-Monde — *** Éditions Le Perséa

Éditions 8.0 J.S. — 24580 PLAZAC


Tél: 05 53 51 19 50 — editions@sois Ir - www.sois.fr
TABLE DES MATIÈRES

1, Désarroi ............................................................ 13
2. Révolte et acceptation ....................................... 19
3. Aimer son corps ................................................ 23
4. Au voleur ! ...................................................................................... 27
5. Surprise et don d'amour..................................... 33
6. Histoire d'autres vies ......................................... 41
7. Les parents ........................................................ 49
8. Hommage et rencontres..................................... 55
9. L'enterrement..................................................... 61
10. Explication ...................................................... 67
11. Démonstration de vie ...................................... 75
12. Libération ........................................................ 79
13. Pause-chat ....................................................... 91
14. L'amie oubliée ................................................ 99
15. L'amour humain 105
16. Cohérence .................................................... 113
17. L'enfant ........................................................ 119
18. Papa .............................................................. 129
19. Le clochard 138
20. Autres mondes .............................................. 143
21. Les guides ..................................................... 149
22. Le monde des nombres ................................. 157
23. Le monde des lettres et des sons ................... 169
24. Le milliardaire sans nom............................... 183
25. Futur de Terra ............................................... 193
26. Revenir .......................................................... 201
27. Râ et l'histoire de la Terre ............................. 219
Épilogue .............................................................. 237
Prélude

Je suis là dans un monde qui est pour moi aussi


naturel que le monde physique que connaissent la
plupart des humains de cette Terre. Je suis une
voyageuse entre les mondes et j'y navigue depuis si
longtemps que j'ai aujourd'hui l'intime conviction
que les Terriens ne sont plus très loin de retrouver
enfin ces terres inconnues de leurs sens physiques.
Je ne suis pas dans un endroit qui nécessite une
description quelle qu'elle soit car rien ne le distingue
particulièrement d'un autre espace ou plutôt d'un
autre espace-temps.
Je sais seulement que cette fois je ne pourrai pas
intervenir de quelque façon que ce soit.
Ce nouveau jeu de la vie ne sera pas interactif. Je
serai simplement là pour rapporter ce que je vois, ce
que j'entends, à travers les sens de celle que je vais
très vite découvrir.

9
Je ne me sens nullement frustrée du fait qu'elle ne
puisse percevoir ma présence. Je vis cette nouvelle
expérience avec sérénité ni plus ni moins, car mes
perceptions parfois extrasensorielles me disent com-
bien cette personne avec laquelle je vais passer un
temps que je ne peux encore évaluer, va répondre à
des questions que chacun se pose.
Je m'approche dans mon corps de lumière d'une
silhouette qui peu à peu me dévoile avec plus de
précision ses contours et ses rivages. Tel un paysage
je découvre l'ensemble du corps svelte et de petite
taille d'une jeune femme qui semble en plein désar-
roi... Pourtant, je sais intuitivement, mais aussi parce
que mon guide m'en a dévoilé quelques aspects, que
l'aventure ne fait que commencer.
1

Désarroi

Quand on ne sait pas ce


qu'est la vie, Comment
pourrait-on savoir ce
qu'est la mort?
CONFUCIUS

Le lieu où nous nous trouvons est semblable à un


désert de sable blanc où rien ne peut pousser ni
vivre en dehors du passager hors du temps qui le
traverse. Tout est couleur sable, le ciel comme le sol
de cet étrange endroit.
La jeune femme fait les cent pas, la tête penchée en
avant tandis qu'une tempête fait rage et bouscule tout
son être avec une telle intensité que je peux voir

11
les éclairs rouges qui zèbrent tout le pourtour de
son corps subtil.
« Mais quel imbécile, ce type ! Il aurait pu faire
attention. Il a dû boire ! De toute façon peu m'im-
porte, c'est vraiment un fou qui mérite la mort! »
explose-t-elle.
Elle semble hors d'elle, en prise à des émotions
toutes plus déstructurantes les unes que les autres.
C'est alors que dans cette ambiance tumultueuse,
une autre voix s'élève, inattendue et, telle une
musique, balaie l'atmosphère tendue. La magie des
nuances de tendresse et de compassion qui s'en
échappent, apaisent tout.
« Crois-tu vraiment que ta vie ou ce qui t'arrive
dépende des autres à ce point?
- Vous êtes qui, vous ? Ce n'est pas le moment de
philosopher, j'ai assez de soucis comme ça et d'ail-
leurs ma vie ne vous regarde pas. Je ne trouve plus
mon portable... ni mes clés de voiture. Je suis bor-
délique mais quand même ! »
Un silence s'étire dans cet espace sans fin tandis
que la jeune femme, tout à la fois agacée et intriguée,
demande une nouvelle fois :
« Vous êtes qui, vous ? Je ne vous vois pas, je
vous entends seulement !
- Qui je suis n'a pas d'importance pour le moment.
Dis-toi seulement que c'est trop facile de rendre tou-

12
jours les autres responsables de ce qui nous arrive et
même de ce que nous sommes. Tu n'es pas la seule à
penser ainsi. Il semble que sur Terre, ce mécanisme
soit bien en place, un peu comme une habitude dont
on aimerait se débarrasser sans faire quoi que ce soit
pour y arriver. Souviens-toi de ce jour où tu as
reproché à ta mère d'avoir été trop permissive avec
toi, de ne pas avoir su te donner de cadre, de
limites... et à ton père, de vous avoir laissé toutes les
deux quand tu avais à peine trois ans...
Te souviens-tu du jour où tu as dit que tu n'avais
pas fini tes études parce que tes parents jouaient
aux abonnés absents ?
- Ça alors ! En effet, mais qui vous a dit tout ça?
C'est dégoûtant de penser que quelqu'un vous a
raconté ma vie ! Bon, il faut absolument que je
retrouve mon portable. »
La jeune femme ne décolère pas tandis que la
voix imperturbable et pleine d'une tendresse
amusée continue :
« Je sais même que tu te nommais Léa. Regarde
attentivement et tu verras que si tu prends la peine de
remonter le fil de ton histoire, rien n'est laissé au
hasard. Chaque instant de ta vie, chaque moment
important a été voulu par une partie de toi que tu vas
découvrir et qui te montre combien tu es la seule res-
ponsable de ce qui t'arrive. Je ne parle pas ici de

13
culpabilité mais de responsabilité. Sur Terre, vous
croyez encore que les événements et les personnes
que vous rencontrez sont là par des coïncidences
que vous ne vous expliquez pas. Qu'ils sont là pour
vous aider ou pour vous mettre ce que vous appelez
des « bâtons dans les roues », alors que vous seuls
avez créé ces instants et attiré ces personnes. Je sais
que cela va te révolter car tu n'as pas envie de pen-
ser que toi aussi tu as quelque chose à voir avec cet
accident ou avec l'attitude de tes parents, et pourtant
c'est aussi cela qui fait de toi et de tous les humains
qui en prennent conscience, des êtres libres. Ce que
vous construisez d'une manière, vous pouvez le
construire d'une autre. Ce dont demain sera fait ne
dépend que de vous. »

Un instant de silence vivant, semblable aux bruis-


sements des ailes d'un ange, s'étend sur l'ensemble
du lieu tandis que Léa plus apaisée rétorque
« Vous êtes incroyable, mais je peux vous dire que
pour le moment j'ai d'autres choses qui me préoc-
cupent... Regardez ma voiture là-bas, elle est toute
cabossée. Ce n'est pas une voiture neuve mais c'est
mon grand-père qui me l'avait offerte et j'y tenais
avant que cet imbécile me percute. Et en plus je ne
retrouve ni mon sac ni mon portable. Au fait, pour-
quoi avez-vous dit que je m'appelais Léa, vous avez

14
employé le passé comme si mon nom avait changé
?
Bof peu importe ! »
La voiture de Léa gît en effet en contrebas de la
route, pauvre amas de tôle froissée, tandis que sur
le bas-côté un homme d'une quarantaine d'années
semble incapable d'agir et marche de long en large
comme un automate sous la pluie fine de ce début
d'automne.
« Vous le voyez celui-là qui marche en bas, c'est
lui qui a poussé ma voiture en oubliant de freiner.
Ce n'est pas possible il est vraiment stupide ce type,
je le déteste... »
Sur ces mots peu amènes, Léa presse ses mains
l'une contre l'autre, nerveusement, au bord du
désespoir. Elle sent bien que quelque chose ne va
pas dans toute cette histoire mais elle se refuse pour
l'instant à aller plus loin.

15
2

Révolte et Acceptation

Ce sont les étoiles,


les étoiles tout là-haut
qui gouvernent notre existence.
CONFUCIUS

Au loin, la sirène d'une ambulance perce le


brouillard qui commence à envahir la vallée tandis
qu'une voiture de pompiers accompagnée de deux
motards s'approche des véhicules.
La voix chaleureuse de l'inconnu perce le mur
créé par les pensées de la jeune femme. Pensées
chaotiques s'il en est, que je perçois comme de petits
films sans suite dans lesquels défilent des visages et
des situations sans queue ni tête.

17
« Léa! respire profondément, ce que tu vois va te
perturber sans aucun doute mais dis-toi que tu es en
sécurité ici. »
La jeune femme semble ne pas entendre, obnubi-
lée par la scène qui se déroule sous ses yeux.
« Mais ce n'est pas possible ! Oh non, ils me sor-
tent de la voiture, ils me mettent sur un brancard,
quelqu'un m'ausculte. Oh non ! C'est terrible, ils
mettent un tissu sur mon corps et me recouvrent
comme si j'étais morte ! Ce n'est pas possible, il
faut leur dire que je suis là, bien vivante. Dites-le-
leur ! »
Léa pleure doucement, tandis que sa colère laisse
place à un profond désarroi. Envahie par la tristesse
et l'incompréhension, elle ne perçoit pas la silhouet-
te lumineuse qui s'approche d'elle et pose une main
sur son épaule. Ce simple geste est suivi d'un effet
spectaculaire. Une traînée couleur soleil, porteuse
de paix, s'immisce dans tous les circuits énergé-
tiques de la jeune femme qui, en l'espace d'un ins-
tant, devient plus paisible.
« Je ressens une paix que jamais je n'ai connue et
la peur m'a quittée », pense-t-elle à voix haute.

À présent, je capte ses pensées tandis qu'elle


continue de contempler la scène qui se déroule tout
en bas.

18
« Ces personnes sont des pompiers, des policiers,
des infirmiers et ambulanciers, l'accident a donc été
très grave... »
Quelques pauses silencieuses aident Léa à faire le
point sur cette situation insolite.
« Est-ce que je suis morte dans cet accident? Ils
emmènent mon corps, c'est étrange cette sensation
qui m'habite et cette odeur de sang d'où vient-elle ?
Je suis à la fois très bien et très mal. En fait plutôt
bien pour moi et mal pour ma mère... Comment va-
t-elle réagir à cette nouvelle ? Et puis mon chat qui
est tout seul enfermé dans l'appartement, et les amis
avec lesquels j'avais rendez-vous ce soir?
Tout s'embrouille dans ma tête car si je suis
morte, qu'est-ce que je fais ici ? Est-ce que je vais
rester ici dans ce Rien pour l'éternité? J'ai très envie
de suivre l'ambulance pour voir ce qu'ils vont faire
de moi, mais comment faire?
— Il te suffit de le vouloir » lui souffle,
rassurante, la voix inconnue.
— Alors j'y vais ! »
Ce que Léa ignore, c'est que nous sommes trois à
suivre l'ambulance jusqu'à l'hôpital le plus proche.
La voix du guide de Léa s'immisce, apaisante,
entre nous : « Ils ne vont rien faire de toi puisque tu
es là, mais en effet il est important que tu accom-
pagnes ton corps jusqu'au bout. »

19
La jeune femme ne dit plus rien, elle est comme
un appareil en pause et écoute. Elle demande enfin:
«Tu veux dire que mon corps et moi sommes deux
choses différentes ? balbutie-t-elle. J'ai déjà entendu
ça avec des personnes qui parlaient sur "internet", je
l'ai même lu dans des articles mais je ne savais pas
quoi penser ou plutôt je n'avais pas envie d'y pen-
ser... Oui c'est ça, la mort me faisait peur et je pré-
férais faire comme si elle ne me concernait pas...
Alors c'est ça la mort?
— Il y a de ça mais pas que ça, continue la voix,
en fait c'est une question de culture, d'éducation,
parfois de religion qui rend ce moment très différent
pour les uns ou les autres. »
3

Aimer son corps

Mon corps est un jardin,


ma volonté est son jardinier
SHAKESPEARE

L'ambulance a actionné sa sirène et amorce un


large virage avant de continuer sa route tandis que
Léa se tient au plus proche de son corps physique
allongé sous le drap, à l'intérieur du véhicule. Elle
semble regarder au loin mais je sais, de par son atti-
tude et les ondes lumineuses qui émanent d'elle,
qu'elle est émue. Ses pensées me parviennent tein-
tées de tristesse mais surtout d'interrogation :
« Ce corps je ne l'aimais pas vraiment, je lui trouvais
toujours un défaut. Des jambes trop maigres, un nez
trop long, des seins trop petits, une ride naissante ici

21
ou là. Je l'ai souvent malmené en lui donnant trop de
nourriture ou pas assez ou encore en mangeant n'im-
porte quoi au fil de mes émotions. En fait, si j'avais
eu l'argent, j'aurais tout fait refaire en chirurgie
esthétique et pourtant, aujourd'hui, j'ai juste envie de
l'accompagner comme quelqu'un avec qui je suis
restée trente-cinq ans. »
La voix apaisante intervient alors avec une telle
tranquillité que tout semble juste :
«Regarde-le plus attentivement, ce corps sous ce
drap ! Tu ne l'as pas aimé mais lui, il a été à ton ser-
vice toutes ces années et c'est cela que tu ressens. Il
t'a protégée autant qu'il a pu, il t'a emmenée là où tu
le souhaitais et surtout, c'est lui qui t'a permis de
connaître et d'expérimenter les cinq sens qui te relient
à la Terre et sont un pont entre terre et ciel.
Te souviens-tu de ce plaisir que tu avais à sentir
l'odeur du café le matin, ou le parfum de l'herbe
coupée, ou encore celle du pain sortant du four ? As-
tu encore le souvenir du goût des plats que te faisait
ta grand-mère durant les vacances et du pain frais
qu'elle t'apportait ? Te souviens-tu de la douceur de
la peau du bébé de ta cousine ? Et de celle de ton
compagnon quand il te disait "je t'aime" alors que
vous étiez nus sous les draps frais à l'odeur de
lavande ? Aurais-tu oublié la douceur du pelage de
ton chat ?

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Tout cela, c'est par l'intermédiaire de ton corps
physique que tu l'as vécu.
Il obéit aussi aux ordres de ton mental et à tes émo-
tions, et parfois ne sait plus comment faire car ces
ordres sont contradictoires. Bien souvent dans ce cas,
ce que sur Terre vous nommez maladie arrive.
Le jour où tu t'es cassé une cheville "très bêtement"
pensais-tu, puisque tu ne connaissais pas les lois
subtiles qui régissent la Vie. Souviens-toi, tu étais
très en colère depuis plusieurs jours contre une
décision prise par tes professeurs quant à ton orien-
tation, et qui allait à. l'encontre de ce que tu voulais.
C'est aussi pour tout cela et bien plus encore, que
chacun a envie de rendre hommage à son corps phy-
sique lors de son départ vers d'autres horizons. Nous
y reviendrons un peu plus tard.
— C'est clair en effet. Ses yeux, son nez, sa gros-
seur ou maigreur ont tellement peu d'importance que
je regrette de ne pas m'en être rendu compte plus
tôt... Quel gâchis, quelle perte de temps et d'énergie
», acquiesce Léa, adoucie et perplexe. Elle n'a guère
envie d'en dire plus tandis que l'ambulance vient de
passer une porte de l'hôpital pour stopper net dans
une espèce de hall protégé de la pluie qui à présent
éclate avec force sur le toit gris en tôle ondulée.
La tristesse semble au rendez-vous de ce jour
qui s'étire sans jamais se lever.

23
4

Au voleur !

La vie c'est de mourir,


Et mourir c'est naître.
VERLAINE

Des pas pressés résonnent sur le sol carrelé tandis


que deux bras musclés qui poussent le brancard sur
les dalles froides du couloir renforcent l'impression
lugubre créée par le ciel plombé et la pluie.
Les murs semblent d'un blanc cassé, sale, lorsque
tout à coup je perçois qu'il ne s'agit pas seulement
de la peinture à rafraîchir mais plutôt du fait que ces
murs sont imprégnés des peurs et des souffrances
des malades, des mourants ou des morts qui sont
passés par ce couloir.

25
Des ondes, sous forme de bandes grisâtres et parfois
des visages tristes, offrent un spectacle invisible aux
yeux physiques mais qui ne manquent pas de toucher
Léa qui, même hors de son corps physique, frissonne
et se tient le plus possible au milieu du corridor,
prenant bien garde de ne pas toucher les murs.
La voix douce et rassurante du guide met tout à
coup de la lumière sur l'ensemble de la scène et le
couloir sombre semble soudain éclairé d'une vie
nouvelle. Les ombres et les visages s'estompent
comme envolés vers de nouveaux horizons.
« Si tu penses Amour, si tu es toi-même plus
sereine, le monde s'éclairera autour de toi et tous
les êtres qui tournent dans le gris en bénéficieront.
Tu es créatrice du monde qui t'entoure, Léa. Il est à
ton image et reflète ce que tu penses.
- Ce qui signifie que si je pense guerre je crée la
guerre alors que le monde est en paix?
- Il y a de cela mais c'est un peu plus compliqué.
Si une majorité des humains pensaient harmonie, le
monde serait différent. Lorsqu'une personne vit un
événement quel qu'il soit, il deviendra quelconque
pour les uns, terrible pour d'autres et servira de
tremplin à une autre catégorie d'individus.
Dans ce cas, dis-moi si c'est l'extérieur, c'est-à-
dire l'événement qui crée la sérénité ou l'effroi? Ne
serait-ce pas davantage la personne qui le vit?

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— Tu crois ? Ça me semble trop facile, genre
"image d'Épinal" tu ne crois pas ?... Dis-moi qui tu
es, s'il te plaît ou au moins comment te nommes-tu?»
La jeune femme est attendrissante, presque sup-
pliante lorsque la voix répond chaleureuse :
« Appelle-moi Râ, je viens d'un monde lointain,
bien qu'ayant déjà vécu sur Terre à une époque très
ancienne qui a donné les statues des dieux que tu
peux voir en Égypte aujourd'hui. J'ai pris en charge
une partie de l'évolution de cette planète. Voilà
l'une des raisons pour lesquelles je suis auprès de
toi aujourd'hui pour une "Mission" à laquelle tu as
accepté de contribuer. »
Le ton est teinté d'humour ce qui permet un peu
de recul devant tout ce qui se passe autour de nous.
Léa se tait puis ajoute :
« Je n'y comprends plus rien... » Un instant elle
arrête de penser, attentive à ce qui se passe autour
d'elle.
Une porte est ouverte tandis que le brancard est
poussé sans ménagement dans un bloc opératoire où
des odeurs d'éther et de désinfectant se mélangent,
me donnant une sensation d'écœurement.
Le personnel est là, et il est difficile d'identifier qui
que ce soit, chacun portant le même bonnet de
plastique, le même masque devant la bouche et revê-
tu d'une blouse censée garantir l'hygiène du lieu.

27
Dans un coin, Léa, recroquevillée, regarde avec
effroi ce qui se déroule sous ses yeux : une table sur
laquelle reposent des ciseaux, des scalpels, des tubes
divers semble attendre d'éventuels patients à opérer.
Tandis que le corps de Léa est glissé sur la table,
une personne retire le drap qui le recouvre alors
qu'une autre est chargée de le vérifier, sans doute
pour voir si tous les organes sont intacts et s'il n'y a
pas de signes suspects ayant causé la mort.
Après une radiographie qui projette sur un écran
géant l'image du cerveau et d'autres organes, l'un
des médecins montre à deux étudiants comment
extraire le foie sous la lumière d'énormes lampes
scialytiques.
La peau est écartée tandis que l'organe est prélevé
avec agilité et d'infinies précautions, mais Léa
semble avoir atteint ses limites et crie de toutes ses
forces :
« Vous n'avez pas le droit, ce sont mes organes, vous
ne pouvez pas y toucher, vous êtes des criminels, je
n'ai donné aucune autorisation, c'est un viol ! »
Les mots sont forts mais la jeune femme se rend
compte que personne ne l'entend... à une exception
près.
En effet, parmi les intervenants, un homme jeune
se retourne brusquement comme s'il avait entendu
quelque chose.

28
Je perçois ses pensées comme s'il s'adressait à
moi:
« Que se passe-t-il, j'ai froid et j'ai cru entendre
crier... il n'y a pas assez de respect ici pour le corps
de la personne morte. C'est comme si la jeune
femme dont le corps est étendu là me criait d'arrêter
tout. Elle pense qu'on lui vole ses organes. Soit je
suis en pleine dépression, soit je ne comprends rien
à ce qui m'arrive. »
Tout à ses pensées, l'homme ne voit pas la main
qui se pose sur l'épaule de Léa puis sur son épaule.
L'effet ne tarde pas à se faire sentir tandis que la
voix douce et chantante s'exprime à nouveau:
« Léa, tu t'identifies encore à ton corps physique
comme bon nombre d'Occidentaux. C'est une question
de culture parfois de religion. Il est grand temps que tu
sois libre de ce corps et que tu acceptes que tes
organes encore en bon état puissent servir à d'autres.
— J'aurais tellement aimé qu'on m'explique tout
cela avant que l'on ne me découpe de la sorte.
— Regarde, tu vois bien que tu n'as pas besoin
de tes organes physiques pour continuer ta vie sur le
plan où tu te trouves. Tu vois sans tes yeux phy-
siques, tu respires sans tes poumons, tu aimes ou tu
crains sans ton cœur physique... tu n'es donc pas ton
corps physique, même si vous avez eu une grande
proximité durant des années. »

29
5

Surprise et don d'amour

Ce qui donne un sens à la vie


donne un sens à la mort.
ST-EXUPÉRY

« À présent, sais-tu à quoi vont servir tes organes ?


— Je suppose qu'ils vont être donnés à ceux qui
en ont besoin? J'ai bien sûr entendu parler des vols
et des trafics d'organes mais ici, il ne semble pas
que ce soit le cas. Mais quand même, ceux qui font
ça n'ont aucune conscience ! »
La voix de Léa est plus posée, plus calme, elle
donne presque l'impression d'être détachée.
« Écoute ce que pense le médecin qui fait le prélè-
vement de ces organes. »

31
Je tends aussi mon oreille subtile afin de com-
prendre un peu mieux cet homme dont le travail est
d'extraire les organes de corps sans vie. J'entends
ses pensées :
« Des yeux pour mieux voir, un cœur pour vivre
plus longtemps et plus paisiblement, un rein pour
arrêter les dialyses. Toutes ces personnes qui grâce
à cette jeune femme vont vivre... Qu'elle en soit
remerciée. Ma mère est morte lorsque j'avais cinq
ans parce qu'il n'y avait personne pour lui donner
un foie. Maman! C'est pour toi qu'à cet âge j'ai
décidé que j'aiderais les personnes à vivre et que je
fais ce travail. »

Râ met une nouvelle fois sa main sur l'épaule de


Léa, émue par ce qu'elle vient d'entendre.
« Viens, suis-moi maintenant nous allons faire un
voyage un peu particulier. »
Un couloir de lumière nous aspire tous trois et nous
amène dans la rue d'une petite ville. Sur un trottoir,
une toute jeune fille marche avec précaution pour
trouver son chemin. Elle tâtonne et cherche à ne pas
tomber. Une femme plus âgée, vêtue simplement
d'un t-shirt et d'un jean, l'accompagne, elle semble
être sa mère.
« C'est à elle qu'iront tes yeux bien qu'elle ait très
peur de voir le monde avec des yeux neufs.

32
— Peur de quoi? demande Léa.
— Peur que toute sa vie ne change, qu'elle perde
ses points de repère, qu'elle soit déçue de ce qu'elle
va voir, et en même temps elle en a très envie.
Les humains ont la curieuse tendance à craindre ce
qu'ils ne connaissent pas et préfèrent parfois rester
dans des situations aberrantes plutôt que d'aller vers
l'inconnu. L'inconfort d'une situation finit par deve-
nir confortable rien qu'à l'idée de faire un pas dans le
vide.
Cette façon de concevoir la vie ralentit parfois
considérablement l'avance de votre planète. Der-
rière tout cela il y a la peur, celle de perdre même le
peu que l'on possède, sans s'apercevoir que rien sur
cette Terre n'appartient à quiconque. La peur s'im-
misce partout, jusqu'au cœur de vos cellules, peur
de perdre la vie, la notoriété, l'amour, la joie, la
liberté, sans vous apercevoir que toutes ces peurs
vous empêchent d'accéder à la plus profonde partie
de vous, celle qui vous libérera à jamais de ce vide
que parfois vous sentez au fond de vous et que vous
essayez de fuir pour oublier. »
La voix s'est tue, tandis que Léa regarde la jeune
fille avec tendresse et compassion. Alors que des
ondes rosées partent de son coeur et vont toucher
celui de la toute jeune fille, un lien subtil se concré-
tise entre elles deux.

33
Un lien d'amour certes, et Léa le voit également. «
Râ, quel est ce lien qui se tisse entre elle et moi ?
— Un lien qui se tisse entre tout donateur et
receveur, un lien qui t'offre un peu de sa terre,
tandis que tu lui donnes un peu de ton ciel. Un lien
qui se rompra lorsque le receveur quittera lui aussi
son corps physique pour d'autres mondes. Ce lien te
laisse encore un peu d'attache avec la Terre mais ne
t'empêchera pas d'aller là où tu le dois, là où tu le
sens. C'est juste un peu d'Amour qui vous relie
mais aussi un peu de toi en elle qu'il faudra qu'elle
intègre.
— Ça veut dire quoi?
— Que parfois, le receveur capte la mémoire qui
se trouve dans chacune des cellules d'un organe ou
d'une partie du corps de l'autre, il peut ainsi avoir
des attitudes ou des goûts qui ne lui appartiennent
pas car ils étaient ceux du donneur et ce, durant un
laps de temps qui va de quelques mois à parfois des
années. Rien de grave cependant mais cela te
montre bien qu'un organe est une entité vivante à
part entière, qu'il contient la mémoire complète et
non parcellaire du corps dans lequel il a vécu.
Par conséquent, la science de votre Terre finira
bien par admettre qu'un organe est une entité qui
peut se guérir individuellement, qu'il est apte à
entendre et à comprendre ce qui le surcharge ou l'ai-

34
de, et surtout qu'il est en mesure de se guérir en
se souvenant de sa perfection initiale, si on l'aide
à la retrouver.
— Quelle histoire ! J'ai entendu dire que parfois
il y a des rejets...
— C'est tout à fait exact car un organe est adapté au
corps dans lequel il se construit et qu'il habite depuis
le tout début. Chaque corps émet une musique don-
née par les organes qui l'habitent. Chaque organe a
une note spécifique en harmonie avec les autres
organes de ce corps. Lorsqu'il est greffé sur un autre
corps, il n'est pas évident qu'il prenne tout de suite la
note qui lui correspond. Il serait donc grandement
aidé si des sons étaient émis après la greffe par des
thérapeutes à l'ouïe subtile exercée, afin de recréer
l'harmonie générale de l'organisme. Lorsque votre
monde acceptera que tout est son, alors votre science
fera un pas énorme...
— Au fait, je ne te vois pas, est-ce normal?
— Ne t'inquiète pas pour le moment, c'est
totalement sans intérêt. Viens, nous allons
rencontrer une autre personne qui va t'intéresser.
— Encore un receveur potentiel je suppose ? »
suggère Léa.
Râ ne dit rien tandis qu'un canal de lumière nous
transporte jusqu'à un appartement d'une petite
ville non loin de là.

35
Une femme allongée sur un lit semble au plus
mal. La chambre est petite et mal éclairée par une
fenêtre qui donne sur un bâtiment tellement haut
qu'il obscurcit le peu de ciel encore visible.
Un homme entre tandis que Léa reste bouche bée.
« C'est mon assassin... mais je ne veux pas le
voir! » s'exclame Léa cependant que la voix de son
guide continue paisible et rassurante :
« Regarde encore un peu. »
L'homme semble fatigué, il est voûté comme s'il
portait un fardeau très lourd, mais on voit qu'il ne
veut rien laisser paraître.
Sa femme tourne un regard fatigué mais plein de
tendresse vers lui, elle lui sourit :
« Comment s'est passée ta journée aujourd'hui,
chéri?
— Comme d'habitude mon amour, ne t'inquiète
pas, je vais voir demain si nous avons des nouvelles
de ta greffe du foie... Je vais préparer quelque chose
pour toi, c'est important que tu prennes un peu de
nourriture »
Léa est agitée et des réflexions tournent en boucle :
« Je ne vais quand même pas donner mon foie à
la femme de mon meurtrier ! D'accord, elle n'y est
pour rien mais lui, oui ! »
Léa écoute. Elle entend à présent les pensées confu-
ses et remplies d'angoisse de l'homme qui, dans la

36
cuisine, prépare des fruits et des légumes qu'il
épluche avec précision.
« Je suis un assassin, je dois tout garder pour moi,
si je le dis à Norma elle en mourra, j'en suis sûr. Je
n'avais pas dormi depuis deux jours car elle n'a pas
été bien au cours des deux nuits précédentes... Je
n'aurais pas dû prendre le volant... mais j'avais un
espoir qu'en me rendant à l'hôpital cela faciliterait
peut-être le fait de lui trouver un foie pour une trans-
plantation... c'est fou, je ne sais plus que faire !
Les légumes et les fruits coupés sont mis dans
un extracteur de jus,
« En ce moment, je ne mérite pas de vivre mais si
je me suicide elle mourra et qui s'occupera d'elle ? Je
suis coincé, comme un rat dans une souricière ! »
Le bruit de l'extracteur cesse pour laisser couler
lentement dans un verre, un jus vert clair peu appé-
tissant. L'homme pousse un soupir comme pour
évacuer un trop plein qu'il ne veut pas montrer à sa
compagne et, le verre à la main, se dirige vers la
chambre.
Léa pleure doucement, elle non plus ne sait que
faire. Elle se sent prise entre la pitié et la colère
lorsque tout à coup, la voix de son guide lui suggère :
« Acceptes-tu de sortir du rôle de la victime ?
Acceptes-tu que cet homme ne soit pas coupable
de ta mort mais qu'il en ait été juste un instrument

37
involontaire attiré par ton âme? Il n'a rien voulu de
tel, il n'avait pas bu ni pris de substances toxiques, il
était simplement très fatigué et soucieux. Cela ne
l'excuse pas, mais accepterais-tu que sa femme soit
guérie grâce à toi? C'est une vieille histoire entre
vous trois qui se règle ainsi.
— Ça signifie quoi une vieille histoire ?
rétorque Léa d'une voix lasse.
— Simplement qu'à d'autres époques, vos
choix de vie, vos décisions, vous ont amenés à cette
situation d’aujourd’hui. Regarde ! »

38
6

Histoire d'autres vies

Il n'est pas plus étonnant


que notre mort temporelle
engendre une seconde naissance
que d'être né une première fois.
VOLTAIRE

Un paysage se met en place autour de nous. Nous


sommes vraisemblablement et d'après les vêtements
à une autre époque et sous d'autres cieux.
Dans d'étroites ruelles une foule se presse.
Turbans, djellabas et vêtements aux couleurs cha-
toyantes créent une onde joyeuse qui s'immisce
entre les étals des marchands. C'est jour de marché
et tandis que les vendeurs hèlent les passants, les

39
enfants se poursuivent entre les tables à tréteaux et
les paniers chargés d'épices odorantes.
Tout à coup, le focus est mis sur un couple
comme une caméra qui zoome sur un sujet précis.
Ils sont beaux, jeunes et amoureux. Leurs regards
en disent long sur la passion qui les habite. L'homme
est plus âgé... peut-être une trentaine d'aimées tandis
que sa compagne semble une toute jeune fille.
Leurs vêtements usés montrent cependant que leur
vie n'est pas facile.
« Ils sont pauvres, glisse Râ, ils ne peuvent rien
acheter, cependant l'homme voudrait tellement
offrir quelque chose de beau à sa compagne...
regarde ! » ajoute-t-il pour Léa.
Tout à coup, l'homme s'éloigne et je le regarde
faire avec une rapidité et une dextérité peu com-
munes. Il chaparde quelques grenades rondes et rou-
ges sur un étal tandis que le vendeur est occupé par
les acheteurs qui se pressent autour de sa table. Il
continue et prend un panier parmi une multitude de
paniers colorés, entassés par terre ou suspendus sur
les branches des parasols qui protègent du soleil déjà
haut et chaud, la marchandise et son propriétaire. Il
choisit le plus beau et se dirige vers d'autres stands.
Un chien aboie tandis qu'un autre fouille les détritus
laissés sur le côté en attendant les cantonniers...
Quelques friandises, un peu de galettes...

40
L'homme ne voit pas qu'il est suivi cependant qu'il
remplit le beau panier. Un joli ruban pour sa com-
pagne, voilà ce sera tout pour aujourd'hui et, alors
qu'il met la main sur le ruban, une autre main l'em-
poigne sans ménagement par le bras.
Un homme gras et grand, à l'allure de colosse et
couvert d'une sueur qu'il essuie régulièrement d'un
revers de manche le regarde sévèrement et le traîne
à présent à sa suite. Il fait partie de la garde et de la
protection des marchands. Il est connu pour sa
force et son caractère peu amène, sans doute est-ce
pour cela qu'ils l'ont choisi.
Le géant ne s'embarrasse guère des problèmes des
autres, il en a bien assez lui-même avec toute sa
nombreuse famille à nourrir et ses trois femmes qui
ne cessent de se quereller.

C'est le jour du jugement. Le juge, un homme


maigre au visage émacié est réputé pour ne rien lais-
ser passer. Inflexible, impartial sont les mots qui le
caractérisent le mieux et dont l'affuble sans ména-
gement la population du lieu. La condamnation
tombe comme un couperet. Elle est disproportionnée
en rapport des faits, mais c'est la loi. Le voleur aura
la main droite coupée.
Léa frissonne et interroge avec inquiétude : « Ne
me dis pas que ce juge et moi avons quelque chose

41
en commun? Pourtant, j'ai un étrange sentiment,
une intime conviction que je suis impliquée dans
tout ça »
Râ ne répond pas. Le silence s'impose tandis que
la jeune femme continue de voir les scènes se
dérouler sous ses yeux. Ces dernières sont comme
un film que l'on mettrait en accéléré.
L'homme a la main coupée ! Il a honte, personne
ne veut le faire travailler et même si cela était, sa
fierté ferait qu'il refuserait.
Son caractère change, il s'assombrit de jour en jour,
se ferme à toute communication jusqu'à ce qu'un
soir, il décide de se donner la mort. Un soir où rien
ne bouge tant la chaleur de la journée a été écrasante,
le monde semble immobile, sans vie. Il décide de
sortir et embrasse une dernière fois celle qu'il aime et
qui l'aime pour l'éternité s'il y en a une...
Il sait, bien sûr, que les portes du paradis lui seront
fermées mais il n'est pas sûr de croire à toutes ces
histoires. Il veut juste que le brouillard qui est dans
sa tête disparaisse.
Un poignard, un coup, deux coups, trois... c'est
fini. Il tombe tandis que sa vue se brouille, et ses
yeux se ferment sur un inonde où il ne trouve plus
sa place. L'espace d'un instant il pense à son amour
: que va-t-elle devenir ? Il l'avait presque oubliée.
« Trop tard, trop tard ! » souffle la mort.

42
Sa compagne sans protection est réduite à la men-
dicité. On la voit, encore très belle mais ridée par la
tristesse et le temps qui passe, tendre la main aux
passants pour récolter quelques pièces insuffisantes
à la nourrir.
« Pourquoi a-t-il fait ça? » sera sa question
restée sans réponse.
Un voisin la trouvera un jour, enveloppée dans
un manteau déchiré qui avait dû être beau en son
temps, recroquevillée sous une porte cochère,
partie rejoindre celui qu'elle avait tant aimé.

Léa est confuse et atterrée :


« Je crois que je vais m'évanouir, je ne me sens
pas bien du tout. »
La voix du guide se fait tendre et moqueuse :
«Ah oui, et dans quel corps penses-tu t'évanouir
puisque tu n'as plus de corps physique ? Reçois juste
ce que tu viens de voir comme une autre partie de ta
vie, de tes vies. Il est tout à fait inutile de t'en vou-
loir, la culpabilité est rarement un tremplin et bien
trop souvent un frein.
Ce qui est fait est fait. Il est bien plus important
d'accepter de ne pas avoir été à la hauteur de nos
attentes, d'accepter d'avoir agi d'une manière que
nous réprouvons aujourd'hui mais que nous
considérions logique lorsque nous l'avons fait.

43
L'acceptation de ce qui est, permet de changer ce
qui peut l'être et les solutions apparaissent. La tris-
tesse, la colère et la lutte contre ce qui est ou a été,
forment un mur qui empêche toute résolution. Il est
important que votre monde apprenne à agir et non
plus à réagir. Lorsque vous agissez, vous actionnez
des rouages subtils qui éclairent les objectifs que
vous souhaitez atteindre et vous donnent une vision
d'altitude. Lorsque vous réagissez, un mur invisible
alourdit vos démarches car il est empreint de colère
et de haine à l'égard de ce contre quoi vous luttez.
Vous ne pouvez dans ce cas prendre de la hauteur
afin d'avoir une vue d'ensemble sur votre problé-
matique et la résolution en devient considérablement
ralentie. Cela vaut pour tous les événements de la
vie ou des vies quelles qu'elles soient.
Mais en cet instant, peut-être aimerais-tu savoir ce
que le juge a pensé ?
— Oh oui bien sûr, cela m'enlèverait un poids, j'en
suis sûre. Moi qui croyais que les vies antérieures
étaient une excuse qui ne servait qu'à nous détourner
de nos problèmes ! »
Nous retournons sur la scène du jugement mais
cette fois, nous sommes connectés avec les pensées
du juge.
« Si je laisse cet homme sans punition, ce n'est plus
la peine que je sois juge. Il a fauté, il doit payer.

44
C'est en laissant courir ce genre d'individu que le
monde dégénère. Ma grand-mère a été assassinée
par des individus de ce genre qui sont rentrés chez
elle pour prendre de l'argent... »
Léa balbutie :
« Mais ça ne m'aide pas du tout. Il est terrible ce
juge et sans pitié, genre oeil pour oeil, dent pour
dent ! Quand je pense que certains disent que la vie
est bien faite et que nous n'avons que les épreuves
que nous pouvons supporter... quelle stupidité !
— Attends un peu, l'histoire n'est pas finie. »
La scène suivante nous remet face au juge. Le
temps a passé... Il est vieux mais continue à exercer.
Pour le moment, il est assis là, au doux soleil du
matin, sur de grandes marches devant ce qui semble
être sa maison de famille tandis que nous écoutons
ses pensées :
« J'ai fait tomber bien des têtes, j'ai cru longtemps
que c'était pour la justice et le bien de mon peuple
mais je sens que quelque chose n'est pas juste dans
tout ça. Je suis vieux et je vais bientôt passer de
l'autre côté. Il est temps que je me mette en accord
avec moi-même et ce n'est pas le cas pour l'instant.
Qui peut se donner ainsi le droit de punir, de juger
ce qui est juste ou non, bien ou mal et de détruire
ainsi la vie des autres ? Aucun humain ne peut le
faire et nos considérations personnelles qui nous

45
font croire que nous avons raison ne sont que des
histoires d'ego, de personnalité.
Nous faisons payer nos souffrances à d'autres,
simplement parce que nous en avons le pouvoir.
Une vie est une vie, quelle qu'elle soit, et je me
devais de la respecter. »
Une petite fille arrive alors vers lui, un oiseau mort
au creux de ses 'mains, la petite tête est penchée sur le
côté, les yeux fermés. L'enfant pleure :
« Grand-père, fais quelque chose, il est mort d'un
coup comme ça! » arrive-t-elle à prononcer, entre
deux sanglots.
L'homme caresse le corps du petit oiseau et pense :
« Puisse Allah me donner le pouvoir de réparer
tout ce que j'ai fait jusqu'ici et qui n'est pas juste à
ses yeux. »

Léa ne dit rien. Le silence prend place en elle,


espace nécessaire à la maturation de son âme.

46
7

Les parents

Lorsque quelqu'un te met en colère,


sache que c'est ton jugement
qui te met en colère.
EPICTÈTE

En un instant nous nous retrouvons dans la salle


d'attente de l'hôpital.
« Papa, Maman, que faites-vous là? » s'écrie
Léa, qui continue un peu déçue :
« Ah c'est vrai, j'ai oublié que vous ne pouviez ni
me voir ni m'entendre. »
Plusieurs personnes sont serrées les unes contre les
autres comme pour se réchauffer devant le froid gla-
cial qui règne dans leurs cœurs, occasionné par la
mort d'un enfant.

47
Les parents de Léa sont visiblement remariés cha-
cun de leur côté et aujourd'hui accompagnés de
leurs familles respectives.
Deux clans, réunis pour un ultime au revoir à celle
qui était pour eux un dénominateur commun, un
trait d'union entre deux êtres qui peut-être ne se
reverront plus mais se sont rencontrés un jour, pour
offrir un corps à un troisième.
Des médecins sont venus expliquer aux parents de
Léa que les organes allaient être prélevés. Ils ont
accepté et attendent que le corps de leur enfant leur
soit remis. La mère de Léa a apporté des vêtements
pour que sa fille soit habillée avec ce qu'elle aimait
porter.
« Mais comment maman sait-elle ce que j'aimais
porter, elle qui critiquait constamment mes goûts...
Je vais finir par croire que ma vie est un tissu de
jugements et d'interprétations de ce que les autres
pensaient de moi. »
Le silence est pesant, même s'il est entrecoupé par
les murmures de ceux et celles qui ne supportent
pas d'être confrontés à l'innommable.
« Souhaitez-vous un peu de café ? » demande
avec douceur une jeune femme qui travaille dans
l'hôpital.
Elle ne sait que dire, comme bon nombre d'entre
nous, devant des événements trop lourds et se conten-

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te d'un sourire chaleureux à l'encontre du petit
groupe qui attend, plongé dans la tristesse.
Des tasses de café passent et les langues peu à peu
se délient.
« Dans ce malheur, je suis heureux que les organes
de Léa sauvent des malades. Je ne l'ai pas vue sou-
vent et je le regrette mais tu lui as donné une telle
image de moi que ce ne pouvait être autrement. »
C'est le père de Léa qui s'adresse ainsi à son ex-
compagne avec tristesse.
Léa réagit, offusquée :
« Quel maladroit celui-là! Ce n'est vraiment pas le
moment de dire ça à maman. »

La voix du guide s'élève tandis que ses paroles


aident à prendre de l'altitude :
« De la même façon que tu as cessé de t'identifier à
ton corps physique, il est grand temps que tu fasses
la différence entre toi et tes pensées. Tu n'es pas
colérique, tu as de la colère et cela est très différent.
Tes pensées sont des réactions à des mécanismes
engendrés par ton éducation, par tes blessures et les
croyances que ton psychisme a mis en place pour te
donner l'illusion d'une protection mais tu es bien plus
que tout cela.
Dis-toi bien que tu n'es pas tes pensées. Tu les génè-
res, tu les accueilles mais tu es autre que la colère, la

49
tristesse, le jugement. Accepte les réactions de cha-
cun et essaie de ne juger personne. Si tu arrives à
faire cela, et je suis certain que tu le peux, alors le
calme et l'amour reviendront car personne n'aura
besoin de sortir l'épée.
Lorsque, sur votre Terre, vous apprendrez à vous
distancier de vos pensées et de vos émotions,
lorsque vous saurez, non pas les contraindre, mais
simplement en devenir les maîtres bienveillants,
C'est alors que votre monde changera.
Lorsque la guerre ne sera plus en vous, elle cesse-
ra à l'extérieur aussi.
— Si je comprends bien, tout dépend de nous. Là,
je trouve que tu y vas un peu fort. »
Râ ne répond pas à cette question et continue : Ton
père essaie de se défendre de son absence auprès de
toi, il se sent coupable et donc il agresse. C'est
classique, mais si tu rentres dans ce jeu, les
énergies que tu vas émettre, même sur le plan où tu
es, vont renforcer sa culpabilité et par là même son
agressivité.
- Alors que faire?
- Dis-lui simplement que tu le remercies de t'avoir
donné la vie, par exemple, si tu ne te sens pas de lui
dire que tu l'aimes. »
Léa s'exécute sans conviction et s'approche de son
père. Elle se souvient alors qu'il lui a proposé de

50
l'aider même financièrement plusieurs fois et que,
pleine de colère envers lui, elle a toujours refusé.
Cette fois, elle a sincèrement envie de lui dire
qu'elle le remercie et tandis qu'un souffle de ten-
dresse émane d'elle, semblable à une onde béné-
fique qui les relie tous deux, elle assiste à un
spectacle inattendu qui la laisse sans voix.
Son père se lève et se dirige vers son ex-femme
qu'il prend dans ses bras dans un geste d'affection.
« Excuse-moi, je dis n'importe quoi, je vous ai
aimées toutes les deux mais lorsque je suis parti, je
me suis tellement senti coupable envers Léa que j'ai
préféré ne pas la revoir. J'avais trop mal chaque fois
que je devais la quitter. Lorsque je l'ai revue après
ses dix-huit ans, c'est elle qui ne voulait plus de moi
mais il m'a fallu tout ce temps et plusieurs thérapies
pour que je guérisse mes vieilles problématiques.
Je sais que cela n'est pas une excuse mais je
voulais juste que tu le saches, Je ne vous ai pas
abandonnées, je me suis abandonné moi-même,
puis je me suis puni de bien des façons et enfin je
me suis guéri, tout au moins en partie. »
La mère de Léa sanglote et, à travers ses larmes,
sourit à son ex-compagnon pour lui montrer
qu'elle a compris.
Léa est émue !

51
8

Hommage et rencontres

L'existence brève ou longue Est


complète par essence Emplis-en
chaque instant de ta vie Elle
peut être parfaite.
ENSEIGNEMENT ZEN

Sur les plans subtils, le temps ne s'étire pas au


même rythme que sur notre monde physique et trois
jours sur Terre se passent sans que Léa puisse s'en
rendre compte. Tout est allé très vite.
La jeune femme est restée près de son corps dépo-
sé dans une pièce ouverte à ceux et celles qui vou-
laient lui rendre un dernier hommage. Rien de parti-
culier ne s'était passé sauf ce jour où Léa a vu une
silhouette qui lui ressemblait juste à côté d'elle.

53
« Il y a mon fantôme près de moi ! » s'était écriée
Léa quelque peu surprise.
Râ la rassura: « Sois sans inquiétude c'est un phé-
nomène de physique subtile qui concerne ton corps
éthérique et tes organes subtils. Cette forme va se
dissiper d'ici une quarantaine de jours de la Terre.
C'est aussi pourquoi dans les diverses religions une
cérémonie est donnée pour le défunt afin que tout se
déroule au mieux et que ce deuxième corps se dis-
.
solve. À partir de ce moment, l'être n'a plus de lien
avec la Terre en dehors des liens affectifs... c'est un
peu différent pour toi de par les dons de tes organes. »
Léa se contente de cette explication sans en
demander davantage. Elle est submergée par tout ce
qui se passe et par les gens qui défilent pour la
saluer une dernière fois. Elle s'essaie à regarder
sans juger et trouve l'exercice difficile, notamment
quand sa tante Julie arrive au bras de son nouveau
compagnon et s'exclame :
«Elle est presque plus belle morte que vivante. Là,
elle est paisible, la pauvre avec toutes les déconve-
nues qu'elle a vécues sur le plan affectif. C'est triste
de partir si jeune en ayant l'impression de ne rien
avoir accompli. »
Léa est triste, elle n'avait pas pensé à ça, et se
demande si elle a bien accompli ce qu'elle voulait.
Elle se rassure :

54
« J'ai fait ce que je pouvais, mais peut-être
aurais-je pu faire mieux? »
Cette pensée la plombe et la tire vers le bas. Sa
tante l'aimait pourtant bien mais elle ne sait pas
qu'une personne qui a quitté son corps entend et voit
mieux que quiconque et que tout ce qui est dit à son
encontre la touche profondément.
Tout à ses regrets, Léa voit arriver dans la pièce
une personne qu'elle n'attendait absolument pas.
Son professeur de droit est là, devant le corps.
« Léa, je viens te dire au revoir et te souhaiter un
beau voyage là où tu te rends. J'ai toujours eu de P
estime pour toi, tu as un grand cœur et j'ai pu m'en
rendre compte dans plusieurs circonstances. C'est le
plus important, et tu l'emporteras avec toi. »
Léa est touchée au plus profond d'elle-même et
respire plus largement, elle se sent plus légère, plus
joyeuse tandis qu'une lumière grandit autour d'elle,
comme un vêtement protecteur. Elle sourit et dépo-
se un baiser léger sur le front du vieil homme, qui à
son tour sourit comme s'il avait senti quelque chose
de doux le frôler.
Il est étrange de voir combien un mot peut nous
élever ou nous enfoncer dans les profondeurs des
abîmes... sommes-nous si fragiles, nos vies sont-
elles si dépendantes des sentiments d'autrui ? se
demande Léa pensive.

55
Tout à coup, elle sursaute. Un étranger se trouve
face à elle sans qu'elle l'ait vu venir.
C'est un homme d'une cinquantaine d'années, le
cheveu rare et la peau claire. Il semble agité comme
une personne qui cherche son chemin et se sent
perdu:
« Tu me vois toi au moins, je suis le voisin de la
pièce d'à côté, mon corps est sur une table et moi je
suis là. J'ai peur de ne pas savoir comment sortir *d'ici,
de ne rien comprendre, tout me semble confus.
- Je ne vous connais pas mais j'essaierai de vous
aider après le cimetière.
- Quel cimetière ?
- Oh, il vous suffira de penser à moi et vous me
retrouverez. Je demanderai à mon guide de vous
aider. »
L'homme n'insiste pas, tourne les talons et dispa-
raît comme il était venu tandis que Léa regarde et
écoute les visiteurs venus la saluer.
Elle perçoit tout, s'étonne de tout et sourit parfois
devant l'attitude de certains.
D'autres fois elle s'échappe pour aller là où l'on
pense très fort à elle et c'est ainsi qu'elle se retrouve
instantanément chez l'une de ses grandes amies qui
habite l'étranger à des milliers de kilomètres et n'a
pu venir pour l'enterrement.

56
Elle est là, à présent, dans la maison de son amie
qui vient juste d'allumer une grosse bougie et de
déposer une fleur à côté, à l'attention de Léa.
« Léa, je ne vais pas pouvoir venir mais je sais que
tu m'entends et que tu me vois, même si moi je ne
vois rien. Je serais venue si je n'étais pas tenue par
mon travail mais mes employeurs ne considèrent pas
que c'est important d'aller à. l'enterrement d'une amie.
Je t'aime, Léa, et nous avons passé de très beaux
moments ensemble. Nous nous sommes confiées nos
joies et nos peines et nous étions des sœurs de cœur
l'une pour l'autre. Je sais que tu vas aller sur des
mondes qui te correspondent et ils seront comme toi,
nature, joyeux et bienveillants. Tu vas y trouver des
personnes aimées et un jour moi aussi je t'y rejoindrai.
Bon voyage et surtout ne t'inquiète de rien. »
Léa se sent très émue et voudrait prendre son amie
dans les bras.
Râ intervient :
« Tu fais partie d'un monde qui n'est pas encore le
sien. Vous ne pouvez mêler vos énergies sans
risque de perturbations pour elle. Parle-lui, elle
percevra ta présence. C'est une intuitive, elle sent,
mais ne la touche pas. Quelqu'un, auprès d'elle, lui
ouvre les portes des autres dimensions. »
Léa parle tandis que son amie frissonne. Elle sent
bien qu'il y a une présence, lorsque tout à coup dans

57
la pièce, une petite fille de quatre ans environ, fait
irruption.
« Maman, maman, c'est qui la dame avec toi qui
sourit ?
— Tu la vois, Zoé ?
— Bien sûr, elle est là, elle a l'air gentille, elle
porte un pull gris triste et un pantalon noir et elle
nous regarde. Je crois qu'elle veut te parler.
— Elle dit quoi ?
— Qu'elle te remercie et qu'elle t'aime. Que tu ne
dois pas te faire de souci pour elle car elle est vivan-
te, plus que jamais. Elle reviendra te voir. Elle aime
la bougie et la fleur. Elle t'envoie un baiser car elle
doit partir.
Oh je ne la vois plus ! elle est partie... », continue
Zoé qui, nullement étonnée, retourne à ses occupa-
tions, prenant au passage le petit ours marron en
peluche douce qui lui sert de doudou et qui gisait sur
le plancher.
L'amie de Léa sait que sa fille a des facultés parti-
culières et c'est d'ailleurs grâce à l'enfant qu'elle s'est
intéressée aux autres dimensions dont elle ignorait
auparavant l'existence.

58
9

L’enterrement

La véritable manière de se tenir prêt


pour le dernier moment,
c'est de bien employer tous les autres.
FÉNELON

C'est le jour de l'enterrement et Léa se sent irré-


sistiblement attirée vers l'Église de la petite ville
qu'elle habite. Elle est là bien droite à. côté de son
cercueil tandis qu'une foule se presse dans l'Église.
« Wahoo ! quel monde, je ne pensais pas qu'autant
de personnes s'intéressaient à moi. Ma mère a donné
un pull qu'elle m'avait tricoté pour qu'on habille mon
corps. C'est bien le seul d'ailleurs car elle n'aime pas
vraiment toucher à ce qui est manuel. Elle s'en croit
incapable, ajoute-t-elle en souriant.
Je me suis sentie attirée là vers mon corps comme
pour un dernier hommage. On va l'enterrer mais pour

59
moi, ça n'a pas d'importance, il aurait aussi bien pu
être incinéré, ça aurait pris moins de place. »
Au moment où Léa prononce ces derniers mots,
une silhouette se dessine peu à peu à ses côtés. Un
homme d'une quarantaine d'années s'adresse à elle
avec une colère mal contenue.
« Vous avez de la chance que cela vous soit indif-
férent. Moi j'avais demandé l'incinération mais ma
famille qui est très croyante n'a pas pu s'y résoudre
et a cru bien faire en m'enterrant. Depuis, je suis
tellement en colère que je navigue uniquement
entre le cimetière et l'Église.
— C'est arrivé il y a longtemps ? essaie de dire
Léa compatissante.
— Je ne sais pas, je n'arrive plus à évaluer le
temps qui s'écoule, comme si le temps était devenu
différent.
— Vous êtes mort de quoi?
— Ça non plus je ne sais pas... ajoute l'homme
avec perplexité, il manque un bout de mon histoire
pour que je puisse partir d'ici, j'en suis sûr, mais je
ne sais pas comment faire ? »
L'homme semble désespéré et Léa ne sait que
faire, tout occupée à ce qui se passe pour elle dans
l'Église. Elle propose :
« Retrouvons-nous au cimetière après mon enter-
rement et je vous dirai ce que j'ai pu comprendre.

60
Pour le moment je suis très occupée, comme vous
voyez. »
L'homme acquiesce et se met dans un coin de
l'Église, en espérant comprendre un peu plus sa
propre histoire.
Dans l'Église, Léa s'amuse à capter les pensées des
uns et des autres et à s'approcher d'eux pour leur
souffler des mots à l'oreille et voir ce qui se passe.
Elle apprécie le discours du prêtre, elle qui avait
quitté depuis plusieurs années l'Église et ses ser-
mons, et trouve que cet homme-là est plein
d'Amour et de sagesse.
« Il parlerait presque d'après-vie, c'est étonnant se
dit-elle comme les choses évoluent. »
Elle est surtout émue par sa demi-sœur Lilou qui,
à travers ses larmes lui envoie des pensées pour lui
souhaiter un très beau voyage.
Mais elle a dans la main mon cahier bleu, celui
où j'écrivais chaque jour mes pensées sur tout ce
qui m'arrivait. Comment a-t-elle pu le trouver ?
s'étonne Léa, perplexe et presque mal à l'aise. C'est
un comble, je vois qu'elle est entrain de lire les der-
nières pages, j'ai un peu honte qu'elle me découvre
de cette façon. »
La jeune Lilou est absorbée par les pages aux lignes
bleues qui semblent si révélatrices et répète à voix
basse chacun des mots écrits à la main avec une

61
encre violette évocatrice des écritures d'antan : « Je
me demande ce que je fais sur cette foutue Terre.
Nous en sommes tous au même point, nous nais-
sons, nous vivons ou croyons vivre puis, nous
mourrons après nous être battus, avoir travaillé
comme des fous, tout en essayant d'oublier dans les
fêtes ou la boisson ce qui ne va pas chez nous... J'ai
vraiment pas envie de continuer comme ça. Il est
urgent que je comprenne ce que je suis venue faire
sur Terre. »
Lilou s'arrête, ferme le cahier et regarde dans le
lointain tandis qu'une larme coule sur sa joue :
« Léa, tu as raison moi aussi j'ai envie de com-
prendre et de vivre autrement. Tu m'as déjà telle-
ment aidée. Merci grande sœur. »
Léa s'exclame enthousiaste :
« Cela me fait l'effet d'un baume apaisant qui me
donne des ailes et quand elle évoque les bons
moments passés ensemble j'ai une joie en moi qui
m'envahit. Est-ce que tu m'entends Râ?
— Bien sûr Léa, je suis là! répond la voix
profonde et calme. »
Les parents de la jeune femme et leurs familles
respectives sont comme sous anesthésie, ils sont là,
ne pleurent pas mais semblent vidés de toute éner-
gie, surtout sa mère dont les épaules voûtées et le
regard lointain sont sans équivoque.

62
Un peu en arrière, il y a des cousins dont les pen-
sées ordinaires sont faciles à capter. L'un d'eux plus
particulièrement, espère que la cérémonie se termine
rapidement. C'est un habitué des mariages et des
enterrements et ce qu'il trouve le plus sympathique
c'est de pouvoir discuter des morts ou des nouveaux
mariés autour d'un cocktail et de petits fours.
Léa s'irrite un peu mais décide finalement de
laisser passer. Elle ne lui dira rien. Ça n'en vaut
même pas la peine, pense-t-elle avec une pointe
d'agacement.
« Il y a sûrement plein de personnes qui vont d'en-
terrements en enterrements pour les buffets et les
commérages sur le mort qui ne manqueront pas de
faire suite mais bizarrement ça m'est égal. » ajoute-
t-elle prenant de la distance.
Le cortège se dirige à présent vers le cimetière,
suivi par la silhouette masculine qui avait interpellé
Léa dans l'Église.
Autour de la tombe, des fleurs de toutes couleurs
sont jetées sur la terre qui recouvre à présent le cer-
cueil, tandis qu'un chant est entonné par le petit
groupe d'amis de Léa.
Celle-ci est très émue :
« Mais où ont-ils trouvé ces paroles. C'est une
chanson que j'avais créée il y a des années... c'est
trop sympa! Je les aime d'avoir pensé à ça. C'est

63
tellement inattendu! J'ai envie de les embrasser
tous... allez, je vais le faire. »
Léa embrasse délicatement sur le front chacun et
chacune tandis que certains semblent sentir ce
baiser improvisé et se mettent à sourire sans raison
apparente surtout dans un pareil moment.
Le temps passe et peu à peu les amis et la famille
s'éparpillent non sans avoir serré longuement les
parents de Léa dans leurs bras.

64
10

Explication

Dieu ne joue pas aux dés.


EINSTEIN

Lorsque tout le monde est reparti, Léa reste encore


un peu afin de remercier ce corps qui l'a accom-
pagné comme il a pu, tandis que l'homme rencontré
dans l'Église s'approche. Il semble moins agité. Je
ne vais pas vous déranger plus longtemps, je crois
avoir compris quelque chose... Il est important que
je m'apaise et que j'accepte ma mort ou du moins
celle de mon corps, mais je ne sais pas ce qui s'est
passé et ça m'angoisse beaucoup. »
La voix de Râ se fait entendre et s'adresse directe-
ment à lui :

65
« Regarde devant toi ! »
En un instant la scène change.
L'homme est là dans un bar d'une ruelle sombre. Il
sort, il fait nuit noire lorsque tout à coup, quelques
individus cagoulés surgissent d'un angle de la rue.
Ils sont visiblement éméchés et cherchent le conflit.
Ils s'approchent de lui, menaçants. Une bagarre s'en
suit, qui se termine mal. Les individus à cagoule
s'enfuient tandis que la police arrive et ramasse le
corps de l'homme qui vient d'être assassiné...
« Enfin ! murmure l'homme visiblement soulagé,
je viens de comprendre comment j'ai fini ma vie.
C'était mon genre de me mettre en danger, de pren-
dre des risques inutiles juste par défi. Ce qui m'est
arrivé, je l'ai cherché... Merci, grâce à vous je com-
prends mon histoire et je vais pouvoir continuer ma
route. »
Tandis que la silhouette s'efface peu à peu comme
absorbée dans une grande lumière, Léa demande
interrogative :
«Je n'ai pas vraiment compris ni ce qui a fait qu'il
ne pouvait pas partir ni ce qui l'a aidé à. partir ?
— Lorsqu'une personne quitte son corps pour ne
plus y revenir, il est important pour elle de savoir ce
qui s'est passé afin qu'elle puisse rassembler les
morceaux du puzzle de sa vie. Il arrive parfois que des
personnes qui ne comprennent pas comment elles

66
sont parties errent comme des fantômes, jusqu'à ce
qu'elles découvrent comment elles sont mortes.
Les sauveteurs, le personnel médical ou toute autre
personne qui se trouvent sur les lieux de crimes,
d'accident, d'incendie ont un rôle important à jouer.
Il leur faut parler à la personne qui vient de mourir
de mort subite ou violente et leur raconter comment
cela s'est passé, tout en la rassurant sur le fait de ne
pas s'inquiéter ni pour elle ni pour ceux qu'elle lais-
me. En retrouvant le morceau du puzzle manquant
de sa vie, son départ vers d'autres mondes en sera
facilité.
− OK, c'est vraiment plus clair, merci
− Ouf, vous voilà, je ne savais plus comment faire
pour vous retrouver. » L'homme à la peau claire,
voisin de chambre mortuaire avec Léa semble visi-
blement agité.
La voix de Râ, profonde et apaisante, se fait en-
tendre
Pense simplement aux personnes qui t'ont aimé ou
que tu as aimées, ce sont elles qui te montreront le
chemin. Ta grand-mère est là non loin de toi. Il te suffit
de penser à elle et tu la verras comme elle te voit.
« Merci, merci je me sens tellement seul et
perdu... »
L'homme semble concentré tandis qu'une femme
d'un certain âge, aux cheveux argentés, coiffés en

67
chignon s'approche de lui, souriante en lui tendant
la main.
« Mamie, Mamie, je me sentais tellement perdu...
» s'écrie-t-il soulagé, tout en disparaissant à nos
yeux.
« Pourquoi ne la voyait-il pas avant que tu lui en
parles ? demande Léa.
— Cet homme n'a pas de connaissance des plans
autres que le plan physique. Il sait seulement qu'il
aimait beaucoup sa grand-mère mais une fois mort
à la Terre, il n'avait jamais pensé pouvoir la rencon-
trer. Sur les mondes proches de la Terre il n'est pos-
sible de voir que ce que l'on conscientise. Il fallait
qu'il se fasse à l'idée que sa grand-mère puisse être
là pour qu'il la voie enfin.
Il arrive que des personnes aimées se présentent
avant la mort physique de l'un des leurs pour venir
les accueillir. Pour lui ce ne fut pas le cas. Il est mort
d'un arrêt cardiaque et n'a pas eu le temps de voir les
personnes décédées avant lui et qu'il a aimées.
Sur votre Terre, vous agissez bien souvent de cette
façon et vous vous créez des obstacles et des impos-
sibilités là où il n'y en a pas, simplement parce que
vous n'arrivez pas à en créer la possibilité. »
La jeune femme est pensive. Elle se demande com-
ment aider tous ces gens qu'elle aime et qui n'ima-
ginent même pas qu'elle est en vie et, en consé-

68
quence, se ferment une porte et se maintiennent dans
un espace limité.
En cet instant, elle n'a qu'une envie, c'est de dire à
tous les « vivants » qui sont là qu'elle est bien vivante,
vraiment plus vivante qu'avant et qu'ils arrêtent glu la
pleurer à des endroits où elle n'est plus.
C'est par sa mère qu'elle veut commencer.

Quelques jours de temps terrestre sont passés, et


la maman de Léa, ce matin-là, a envie d'aller sur
la tombe de sa fille.
Dans le cimetière, le parc a revêtu ses couleurs
d'automne. L'odeur des feuilles mortes mouillées
emplit l'air ambiant, la pluie tombe, fine et douce,
caressant au passage les tombes oubliées, tandis
que les arbres majestueux dessinent des allées
aux couleurs rouges, jaunes et vert pâle.
Une silhouette sous un grand parapluie noir est
là, seule et courbée en prière sur la tombe de Léa.
« Maman s'il te plaît ne pleure pas, ça me rend
tellement triste de te voir dans cet état... » Léa
désespérée ne sait comment consoler sa mère.
Elle l'entend :
« Léa mon petit, mon tout petit, si tu savais comme
je me sens seule sans toi. Que vais-je devenir ? Je
n’ai plus de but, rien n'a d'intérêt pour moi à présent.
Ma vie c'était toi ! »

69
Léa se sent frustrée et triste :
« C'est terrible qu'un enfant soit l'unique objectif
de ses parents ! Comme si j'étais une chose qui leur
appartient. En fait elle pleure plus sur elle que sur
moi! »
La voix apaisante de Râ résonne dans l'espace du
cimetière, bien que seule Léa l'entende :
« Ne sois pas aussi dure ! Dans votre monde, la
mort est tellement considérée comme une fin, un
échec, une rupture, qu'elle en devient dramatique
pour tous. Il est grand temps d'en faire un moment
naturel où l'âme enfin libérée peut rejoindre des
mondes plus vastes et plus à sa mesure. Il faudrait
remercier celui qui s'en va pour avoir amené sa
contribution au monde mais les humains sont très
compliqués. Ils veulent allonger la vie physique à
tout prix et pensent que les technologies vont
résoudre le problème de la vieillesse et de la mort.
Une technologie ne peut rien pour l'âme qui habite
un corps alors que l'âme peut tout pour le corps
qu'elle habite.
Vous vous trompez de direction dans le sens où la
technologie n'est pas un maître et ne le sera jamais
tant que vous serez ses esclaves. Vous êtes les
maîtres, et c'est à vous de créer les changements
intérieurs qui vont permettre les changements exté-
rieurs.

70
Les découvertes ne vous aideront pas si votre 'aine
n'est pas prête. Elles feront de vous des pantins
manipulables et c'est aussi ce que certains êtres de
la Terre et surtout d'autres planètes souhaitent.
Ayez du respect pour ce que vous êtes car vous avez
en vous les capacités de tous les frères et sœurs des
étoiles. Cependant, vous marchez comme des
aveugles dans de merveilleux jardins dont vous ne
percevez pas la moindre fleur.
Pour le moment, sois attentive à ce que vit ta
maman. Il n'est pas simple de laisser partir un être
que l'on aime et de lui reconnaître le droit de choi-
sir son chemin de vie.
C'est pourtant cela, l'Amour : accepter que celui
ou celle que l'on aime ne considère pas le bonheur
comme nous le concevons, que son chemin de vie
soit différent de ce que l'on aurait voulu pour lui et
qu'il s'arrête là où l'on aurait souhaité qu'il continue.
En fait, c'est l'acceptation totale de l'autre ! »
Léa s'approche de sa maman le plus près possible
pour lui chuchoter à l'oreille qu'elle est bien vivan-
te, cependant, à chaque fois qu'elle s'approche,
qu'elle essaie de l'embrasser, les pleurs de sa
maman redoublent.
« Elle te sent mais ne peut ni te toucher, ni te voir
et pour elle c'est terrible. Elle pleure bien davantage
lorsque tu t'approches parce que le manque de ta

71
présence est encore plus intense. Elle pense t'avoir
perdue pour toujours, même si le prêtre lui parle de
la résurrection. Pour elle, en ce moment, il est
nécessaire qu'elle prenne le temps de vivre son
deuil, qu'elle fasse le point sur sa vie, qu'elle se pose
les questions qui ne manqueront pas de survenir,
qu'elle se fasse aider.
Ta maman à fait tourner sa vie autour de toi, il est
important qu'elle se redécouvre et, c'est ce que ton
départ va lui permettre.
Laisse-lui un peu de temps pour que le voile de la
tristesse soit moins dense. À ce moment-là, tu pour-
ras la contacter à travers ses rêves et lui donner les
messages que tu veux lui faire passer. La tristesse
crée un écran que même toi ne peux traverser. »

72
11

Démonstration de vie

Il est plus facile de désintégrer


un atome qu'un préjugé.
EINSTEIN

Léa est effondrée:


« Comment faire pour montrer à ceux que j'aime
que je suis bien vivante, qu'ils pleurent sur mon
corps tandis que je suis là auprès d'eux? Cela me
fait vraiment souffrir !
— Les ondes facilitent la communication entre les
inondes mais si tu peux condenser l'énergie éthé-
rique qui entoure parfois en abondance certaines
personnes, alors tu peux permettre aux éléments de
se manifester.

73
- Là, je ne comprends rien ! peux-tu me montrer
ou m'expliquer davantage ?
- Suis-moi ! »
En un instant nous nous retrouvons devant une
partie de la famille de Léa installée dans une auber-
ge pour les quelques jours qui précèdent et qui sui-
vent l'enterrement. Il y a deux cousins, la tante de
Léa, son compagnon et leur petite fille.
« Prends un peu de la substance qui entoure ces
personnes cela ne leur nuira pas et pourra t'aider à
te manifester. Tes mains subtiles vont pouvoir la
saisir si tu parviens à focaliser et à te concentrer sur
cette matière qui va te permettre de te densifier un
peu plus », ajoute Râ.
Léa s'essaie, une fois, deux fois jusqu'à la troisiè-
me fois où elle réussit à prendre un peu de cette
substance qui s'échappait à travers ses doigts.
« À présent, tu es un peu plus dense et tu peux
faire bouger un objet mais commence par ce qui est
le plus léger » continue la voix du guide.
Léa remarque sur la table une serviette en papier
qu'elle s'amuse à faire bouger d'un geste de la main.
« Ça marche ! Génial ! »
Mais la famille regarde d'un air dubitatif la serviette
qui se déplace tandis qu'un des cousins s'exclame :
« Il y a une porte ou une fenêtre ouverte qui doit
faire un courant d'air ! »

74
Léa est terriblement déçue et ne sait plus que faire.
Découragée, elle se demande si elle ne peut pas faire
craquer les escaliers pour montrer qu'elle est là. Elle
a entendu quelque part que des fantômes pouvaient
se manifester ainsi, elle veut essayer.
Elle commence à monter quelques marches de
l'escalier en chêne clair qui mène vers les chambres
dont celle où la petite fille fait la sieste.
Aucun bruit ne se fait entendre tandis que la voix
du guide résonne amusée :
« Concentre-toi sur le bruit des marches sous tes
pas, densifie tes pas si tu veux que quelqu'un t'en-
tende. »
Léa se concentre... miracle ! Les marches craquent
légèrement mais avec régularité sous ses pas tandis
que la famille se retourne.
« Bof, les vieux bois ça craque souvent », avance
le cousin qui ne croit qu'en ce qu'il voit, comme il
s'amuse à le répéter fièrement.
Cette fois, le reste de la famille le regarde perplexe.
« Et si c'était Léa? » suggère la tante de la jeune
femme.
Son compagnon continue
« Pourquoi pas ? »
Léa reprend espoir et cherche comment se faire
reconnaître davantage.
« Souffle sur la table » suggère Râ.

75
Léa souffle une fois, deux fois, trois fois et à la
quatrième fois enfin tout ce qui est léger sur la table
s'envole comme sous l'effet d'un courant d'air.
Tout le petit groupe tourne la tête vers la porte
bien fermée tandis que la tante frissonne :
« Je sens un courant d'air froid et je sais que Léa
est là. Elle veut nous montrer qu'elle est bien vivan-
te. C'est merveilleux. Merci Léa! si tu m'entends, et
si c'est bien toi. Nous sommes tellement tristes de
»
savoir que nous ne pourrons plus te voir ni te tou-
cher. Mais tu vis et c'est un beau cadeau, je vais en
parler tout de suite à ta maman. »
Quelques larmes coulent sur les joues de chacun
des membres de la famille, tandis que Léa très exci-
tée crie :
« J'ai réussi, j'ai réussi, je suis tellement heureuse! »

76
12

Libération

Si j'ai l'occasion,
J'aimerais mieux
mourir de mon vivant
COLUCHE

« À présent, Léa, il faut que nous nous rendions


vers un autre lieu. »
À ces mots, la jeune femme ressent une sensation
désagréable qui l'enserre et l'étouffe. Un étrange
pressentiment s'immisce en elle comme un poison
lent avec cette pensée omniprésente que le plus dur
reste à venir.
« Suis-moi! » La voix se veut rassurante mais la
joie de la jeune femme est tombée d'un coup. Elle

77
pressent que quelque chose de difficile va arriver
sans qu'elle sache exactement de quoi il s'agit.

En un instant, un décor se met en place autour de


nous. Nous sommes dans une vieille maison à deux
étages.
« Cette maison, je la connais ! s'exclame Léa. Oh
non, je ne veux pas retourner là-bas. C'est trop dur...
— Si tu veux que ton futur soit plus serein, il est
important, avant de partir vers d'autres mondes, de
revoir et de libérer des événements qui ont marqué
ton psychisme et ton corps physique, mais qui ont
aussi laissé une empreinte dans tes corps subtils. Je
sais combien ces souvenirs sont traumatisants pour
toi mais acceptes-tu d'en détacher les chaînes... de
ne plus en porter le fardeau? »
Léa secoue la tête en signe d'acquiescement mais
ne dit mot.
Une petite fille de cinq ans arrive. Elle est insou-
ciante et joyeuse. Sa maman parle avec une dame
plus âgée :
« Tante, est-ce que tu peux me garder Léa deux
heures environ? Je vais au cours de gym et je ne
peux vraiment pas l'emmener. »
La femme à laquelle est adressée cette demande est
vêtue simplement. Son physique un peu lourd, ses
mains rugueuses montrent qu'elle n'a pas eu, depuis

78
longtemps, beaucoup de temps pour penser à elle.
Elle a un bon sourire :
« Pas de problème je la ferai goûter. Tu sais
combien j'ai à cœur de t'aider. »
La jeune maman embrasse sa tante et sa fille avant
de reprendre la voiture tandis que la grand-tante de
Léa entraîne la petite fille vers la télévision, nounou
providentielle et pernicieuse des enfants que l'on
veut tranquilles.
Un homme entre dans la pièce. Il est plus jeune,
lourd, le dos courbé sous on ne sait quels poids.
« Ah, Léon, enfin tu es rentré, tu n'es vraiment
pas une aide pour moi. Au moins, va me chercher
du vin et des pommes de terre à la cave ! »
Le ton est dur et claque comme un reproche.
« J'emmène la petite, ça la changera de la télévi-
sion. » rétorque l'homme.
Léa adulte, se recroqueville sur elle-même. Elle
fer me les yeux pour ne plus voir cette scène de
son enfance. « Si tout pouvait disparaître à jamais
» pense-t-elle.
« Râ, je t'en prie, c'est trop lourd. J'ai cherché
toute ma vie à oublier, je n'ai aucune envie de revi
- vre ces moments... » supplie-t-elle.
La voix du guide se fait d'une telle douceur et
d'une telle tendresse qu'elle ressemble à une onde
qui apaise tout sur son passage :

79
« Léa, ces moments ont eu une incidence sur
toute ta vie, souhaites-tu garder ce poids encore
longtemps et le ramener avec toi ? » insiste-t-il.
La jeune femme se déplie doucement et regarde
en signe d'acceptation, muette, la scène qui se
déroule avec la précision d'un métronome.
« Viens petite, on va chercher des choses pour le
repas dans la cave. N'aie pas peur je viens avec toi. »
La petite Léa quitte sans problème l'écran qui dif-
fuse en cet instant un film pour adulte sans intérêt
pour elle, et suit joyeusement le fils de sa grande
tante.
La scène suivante ne laisse aucun doute sur les
intentions de Léon.
La cave mal éclairée par une simple lampe pous-
siéreuse qui pend du plafond, l'odeur d'humidité et
de moisi, donnent un aspect effrayant au lieu, sur
les murs duquel s'étirent des ombres grimaçantes. Il
y a plusieurs pièces dans cette cave. La petite Léa
se sent perdue tandis que la tenant fermement par la
main, Léon l'entraîne dans le coin le plus obscur et
le plus reculé du sous-sol.
« J'ai peur, Léon » ose la petite Léa tandis que
l'homme ne répond pas.
Il s'arrête pour faire face à la petite fille, et en
quelques secondes le pantalon en bas des chevilles,
il dirige la main de l'enfant vers son sexe.

80
« Prends-le » La petite fille, morte de peur, s'exé-
cute tandis qu'il la caresse aux endroits les plus
intimes,
« Léon espèce de fainéant, tu en mets du temps ! »
crie la mère du garçon.
« Situ dis un seul mot à ta mère ou à la mienne ou
à qui que ce soit, je t'abandonnerai ici et tu mourras
de peur. Peut-être même que les rats te mangeront »
chuchote Léon à la petite fille complètement muette
de terreur.
Les deux remontent de la cave une bouteille de
vin et quelques pommes de terre dans le panier pris
à l'entrée de ce lieu qui sent le moisi.

« Que veux-tu que je fasse avec ça, Râ ! c'est ter-


rible car ce moment n'a pas été unique. Il y en a eu
bien d'autres, et pires que le premier, mais pour
moi, à partir de cet instant, tout a basculé, je n'étais
plus la même. De la petite fille rieuse et insouciante
que j'étais, il ne restait plus rien.
Je ne souriais plus, je ne parlais presque plus de
peur de dire quelque chose que je ne devais pas dire.
Je croyais Léon, et j'avais très peur de mourir là dans
cette cave où personne ne pourrait me trouver. Ma
vie a été pourrie après ça. Mon caractère a changé,
je suis devenue méfiante, je préférais rester seule, la
peur m'habitait,

81
Ma mère m'a emmenée chez un pédopsychiatre
car elle voyait bien que je n'étais plus la même. Il a
bien supposé quelque chose de grave, mais devant
mon mutisme et les dessins que je ne voulais pas
faire, maman a cessé de m'y emmener.
- Léa, ce que tu viens de dire est essentiel, cet évé-
nement a fermé une porte en toi mais aujourd'hui, es-
tu prête à lâcher tout ça?
- Oui bien sûr, mais j'espère que ce fou sadique,
sera puni et que sa vie sera aussi pourrie que la
mienne l'a été.
- Je te propose plutôt d'aller au-delà du pardon !
- Avec ce vieux dégueulasse ! sûrement pas !
Léa est révoltée.
« Donc, tu es d'accord pour donner beaucoup de
pouvoir sur toi à cet homme, jusqu'à celui de te
changer la vie? Tu acceptes d'être sa victime pour
toujours ? »
Les mots sont prononcés avec une telle tendresse
que Léa fond en larmes.
« Non, bien sûr que je ne veux pas ça, ni lui don-
ner du pouvoir, ni être sa victime, mais je ne peux
pas non plus lui pardonner comme ça, juste parce
que tu me le demandes. Je ne sais plus quoi faire, je
suis perdue. »
Une autre scène prend alors place, instantanément,
comme si un projectionniste avait mis en route le

82
film nécessaire à ce qui se jouait dans l'esprit de
Léa.
La jeune femme est projetée brutalement dans le
corps de Léon, celui qu'elle appelle « le fou, le
sadique, le malade mental ».
« Que se passe-t-il? Je me sens lourde, inadéquate,
perdue, sans vie !
Je suis un fainéant, un bon à rien, ma mère me l'a
toujours dit, je suis laid et gras, personne ne m'ai-
mera. Mon père, d'ailleurs, est parti parce qu'il ne
m'aimait pas, parce que je faisais trop de bêtises,
maman me l'a déjà dit quand elle était en colère.
Elle, la petite, elle est belle, pure, tout le
contraire de moi.
Si personne ne peut me donner de l'amour, je vais
le prendre là où on ne pourra pas me le refuser. Elle
ne dira rien, je vais lui faire juste assez peur pour
qu'elle se taise. Je ne veux pas lui faire de mal, je
veux juste prendre de la tendresse, de la beauté. Si
j'étais fou je la mangerais pour que sa tendresse, sa
beauté fasse aussi un peu partie de moi. Mais non,
ça, je ne le ferai pas, je veux juste la voir assez sou-
vent. »
Léa est éjectée aussi brutalement qu'elle y est
entrée du corps de Léon.
Elle est atterrée, ne dit mot, et en boule, la tête
entre les genoux tenus serrés par ses bras, elle pense

83
tandis que dans le paysage désertique qui l'entoure
une petite pousse essaie de pointer le bout du nez.
Une prison aux pics de glace acérés l'entoure tout
à coup, forteresse imprenable mais qui semble mor-
tellement dangereuse pour son occupant :
« Au secours, au secours, Râ, des murs remplis de
pointes se resserrent autour de moi, je vais mourir !
» La voix se fait moqueuse et tendre :
« Mourir ! Mais qui va mourir ? Tu viens de créer
cette prison autour de toi, image vivante des impos-
sibilités que ton mental met en place. Ouvre les
portes à l'intérieur de toi, les portes de tous les pos-
sibles. Tu crées la prison des pardons impossibles
qui se retournent contre toi, t'étouffent et te
blessent. Jusqu'à quand vas-tu te punir ainsi ?
— Mais je ne me punis pas, je veux le punir et
puis non... après tout, ça m'est complètement égal
mais je ne veux plus en entendre parler. »
Les murs aux pics acérés se rapprochent un peu
plus de Léa.
« Ce n'est sûrement pas la bonne réponse, hoquet-
te Léa qui continue comme si elle se parlait à elle-
même :
En vivant un instant dans sa peau j'ai capté sa
souffrance tellement énorme qu'elle en occupe tout
l'espace. Il se déteste... Ce n'est pas une excuse
mais j'ai compris cet homme. En ressentant à nou-

84
veau à travers lui, c'est comme si tout à coup
quelque chose lâchait en moi, comme une légèreté,
une liberté qui s'installent. Je ne me suis plus sentie
fautive, ce n'est pas moi qui l'ai provoqué. Je me
sens à nouveau plus libre... Non, je ne veux rien
pour lui, ni blâme, ni punitions, il les connaît déjà
trop et se les inflige lui-même.
Je lui souhaite simplement de s'aimer un peu plus,
je sais que la vie saura lui apporter ce dont il a
besoin. »
Léa a prononcé ces mots d'une traite, avec convic-
tion tandis que les murs de prison aux pics glacés
se dissolvent.
C'est alors qu'à ses côtés je peux voir Léon. Il est
là, la tête baissée tandis que Léa fait un bond en
arrière sous le coup de la surprise.
« Mais que fait-il ici? »
Léon est pitoyable, son apparence est la même
que celle de la scène où Léa était enfant. Il ne sait
que faire de ses mains qui semblent trop grandes et
trop encombrantes pour qu'il leur trouve une place
adéquate.
« Respire, Léa, lui conseille Râ, respire profondé-
ment, tu ne peux pas échapper à ton histoire. Des
mots et des intentions ne peuvent suffire pour un
acte qui doit aller bien au-delà du pardon et
dénouer tout lien nocif entre vous deux. »

85
Léa respire ou, du moins, elle essaie de retrouver
son calme par des respirations profondes, tandis
que Léon murmure à voix basse :
« Pardonne-moi Léa, je n'avais aucune conscience
des dégâts que cela pourrait t'occasionner par la
suite. Je ne pensais qu'à moi et à un peu d'amour
que je voulais saisir, prendre de force, car je
pensais que je ne le méritais pas et que personne ne
me le donnerait volontairement.
J'ai quitté la Terre et mon corps physique il y a
quelques années. Des êtres très beaux m'ont expliqué
que c'était un suicide même si on ne l'appelait pas
comme ça sur Terre. J'ai mené ma vie en cherchant la
mort par tous les moyens. L'alcool, le dégoût de moi-
même m'ont mené à la mort aussi sûrement que si je
l'avais voulue consciemment. Aujourd'hui j'ai
compris bien des choses mais ton pardon est ma
dernière étape avant que je puisse continuer ma route.
Je sais que rien ne t'oblige à le faire... »
Le ton est d'une telle sincérité que Léa est
touchée, elle regarde cet homme et tout à coup, et
de manière inattendue, s'avance vers lui :
« Notre histoire vient, j'en suis certaine aujour-
d'hui, d'une bien plus ancienne relation. Le pardon
est trop étroit pour moi et me remet en position de
la victime que je ne veux plus être. Je ne veux plus
te juger et encore moins te condamner. »

86
C'est alors que l'improbable se produit. Léa s'ap-
proche et touche avec douceur le bras de Léon en
signe de conciliation.
Il n'y a rien d'autre qu'un moment de parenthèse
entre deux mondes : celui des jugements et celui de
l'acceptation.
Léon se métamorphose sous mes yeux et je ne
peux m'empêcher de penser aux histoires de cra-
pauds qui, sur le baiser d'une princesse, se transfor-
ment en princes charmants.
À présent, il est droit, svelte et presque beau d'une
beauté étrange, cosmique. Il sourit, et d'un signe de
la main posée sur le cœur, il salue Léa, tandis que
peu à peu, il disparaît à ses yeux.
La jeune femme, de plus en plus lumineuse,
semble à la fois vidée et légère un peu comme ce
que l'on peut ressentir sur Terre au sortir d'une
maladie, d'une forte fièvre.

87
13

Pause-chat

J'aime penser que la lune est là,


même si je ne la regarde pas !
EINSTEIN

« Tu as besoin d'une pause, Léa. Dis-moi simple-


ment s'il y a quelqu'un que tu aimerais revoir parmi
tous ceux que tu aimes. Un être qui t'apporte du
réconfort par exemple ? lui propose Râ.
— Mais oui, bien sûr, mon dieu, moi qui pensais
tellement à lui d'habitude... je veux revoir mon
chat "Bubble" ».
Instantanément, nous nous retrouvons chez la
maman de Léa, La jeune femme en éprouve un ins-
tant de tristesse comme si elle prenait sur elle ce qui

89
ne lui appartenait pas, comme si elle pouvait de
cette façon soulager un peu la peine de sa mère.
« Tu ne peux pas rendre une personne heureuse ou
malheureuse Léa. Tu peux juste la soulager, mais le
reste lui appartient. Le bonheur ou le malheur ne
dépendent pas des autres ni de l'extérieur. Souviens-
toi de toi, petite fille... lorsque ta maman n'était pas
bien et qu'elle pleurait, tu pensais que c'était toi la
coupable et tu faisais tout pour qu'elle se sente bien
sans aucun succès en profondeur. Cela te rendait
triste comme aujourd'hui.
Il est important que les humains comprennent
qu'ils n'ont pas tout pouvoir sur les autres. Chacun a
son chemin, sa feuille de route et sans l'accord d'une
personne, il n'est pas possible de changer une once de
ce parcours. Seul l'intéressé le peut. Lorsque vous
comprendrez en profondeur cette loi cosmique, votre
vie sera plus fluide. Vous ne serez plus en tension,
celle du sauveur que ce soit des âmes ou des corps.
Vous serez alors vous-mêmes et votre présence ne
sera plus entachée par un mental qui cherche à
résoudre les problèmes des autres à sa manière. »
La voix du guide porte en elle la joie et la paix de
celui qui est déjà passé par ces écueils et en connaît
à présent la sortie.
Bubble est là sur un fauteuil. C'est un magnifique
et pur chat de gouttière à la couleur grise, rayée de

90
grandes bandes noires. Il est allongé sur le dos dans
une attitude représentant la plus parfaite décontrac-
tion. Pourtant, en un instant, il bondit à l'approche
de Léa.
« Il me voit ! » s'exclame Léa tout heureuse.
Le chat la regarde fixement de ses grands yeux
verts et la jeune femme entend au centre de son
crâne une voix :
« Bien sûr que je te vois, les humains font toute
une histoire parce qu'ils ne te voient pas et ne
t'entendent pas. Moi oui, c'est pour ça que je ne
peux être triste. Tu es simplement dans le monde
qui est le mien une bonne partie de la journée.
— Ah non, c'est trop fort, tu parles maintenant ? Je
n'y crois pas. OK, je sais que tu es le plus beau, le
plus intelligent des chats, parce que tu es Mon chat,
mais quand même ! J'ai l'impression d'être Alice au
pays des merveilles.
— Votre monde change, Nous, du peuple animal,
nous avons depuis si longtemps attendu ce
moment. Une partie de ce peuple a accepté de vous
servir pour vous aider à évoluer, à apprendre ce
qu'est l'amour inconditionnel, la fidélité, le don de
soi au risque de mourir sous vos coups.
Ce n'est pas la qualité principale de ma race. Nous,
peuple des félins, refusons de vous appartenir, cepen-
dant nous avons accepté de vous aider à développer

91
r

votre intuition, vos perceptions non physiques, et


de vous apprendre la valeur du moment présent,
celui qui met en pause votre mental et sait vous
faire aimer la vie.
Nous sommes venus, non pas volontairement et
avec joie, ton guide Râ le sait bien, il connaît par-
faitement notre monde. Nous sommes là parce que
la Grande Source nous l'a demandé.
Nous n'avions que peu d'estime pour la race des
hommes. Une race à nos yeux, violente, aux sens
subtils peu développés, mais nous avons fait con-
naissance avec vous. Aujourd'hui, nous acceptons de
vous aider et non plus seulement de vous côtoyer.
Notre monde, comme le vôtre possède ses lois et
ses codes. Cherchez à nous comprendre sans faire
de nous les humains que nous ne sommes pas et
que nous ne voulons pas être.
Acceptez nos différences.
Vous nous trouvez cruels lorsque nous tuons mais
vous l'êtes bien davantage car vous torturez physi-
quement et psychologiquement vos semblables.
Nous communiquons avec les autres races alors
que vous ne cherchez pas à comprendre les diffé-
rences qui vous semblent des oppositions
incontournables.
Nous sommes là aussi pour cela. Pour que vous
mettiez fin à ce que vous imaginez impossible.

92
Sans doute, Léa, penseras-tu que mon peuple est
dans le jugement, mais ce n'est pas tout à fait cela.
Nous regardons, nous constatons, nous cherchons à
mieux vous connaître, afin de pouvoir mieux vous
aider selon nos possibilités, nos capacités...
Nous, le peuple des chats, avons cette capacité de
voyager dans d'autres mondes et d'être dans
l’instant. Comme tu as pu le voir, je peux connaître
la détente la plus complète et l'instant d'après être
là.
Apprenez cela et le peuple des hommes en retirera
de grands bienfaits pour la suite de son histoire.
L'amour que tu m'as donné, Léa, est à présent
gravé en moi, même si je n'aime pas le nom ridicule
que tu m'as donné, ajoute-t-il sur un ton malicieux.
Peu importent les changements de vêtements de
chairs qui seront les tiens... lorsque tu auras besoin
de moi je serai à tes côtés physiquement ou non. »
Léa pleure mais cette fois ce sont des larmes de
joie.
« Il me voit, il me parle, c'est ce dont j'ai toujours
rêvé ! Je t'aime, mon chat. C'est merveilleux de
savoir que je peux te retrouver. »
Bubble est retourné à son fauteuil et reprend sa
position zen du départ. Il ronronne à présent, étendu
sur le dos, étiré dans une position très yogique.
Aucune tristesse ne transparaît car il a l'intime
conviction que sa maîtresse est bien vivante.

93
Un tunnel de lumière nous aspire...
Nous sommes à présent dans un monde au milieu
d'un peuple étrange. Des êtres d'une grande beauté
sont là, réunis dans une magnifique structure sem-
blable à du cristal.
Les décrire me donne toujours l'impression d'a-
moindrir la beauté de ce que je vois tant les mots
sont inadéquats.
Ceux qui nous entourent sont d'une taille d'un
mètre quatre-vingt environ. Leur corps est svelte aux
muscles longs, ils n'ont pas de vêtements car leur
peau est comme recouverte d'un fin duvet. Leurs
têtes aux yeux expressifs sont semblables à celles
des plus beaux félins que nous puissions connaître.
Leur colonne vertébrale se termine quant à elle, par
une longue queue qui semble leur permettre de res-
ter en équilibre sur leurs membres postérieurs d'une
grande finesse.
Ils nous voient, nous saluent et l'un d'eux s'adresse
à Léa:
« Notre monde n'est pas moindre que le vôtre et il
en est ainsi pour tous ceux du peuple animal.
Le moindre insecte, aussi petit soit-il, possède le
sien. Et votre monde ressemble à celui des insectes
pour d'autres êtres qui ne sont pas de Terra, ajoute-
t-il en accentuant sur le dernier nom donné à notre
planète.

94
Nous avons envoyé quelques ambassadeurs sur
votre Terre il y a bien longtemps de votre temps
terrestre.
Nous avons apporté ce qui pouvait vous aider,
notamment comment retrouver la joie en vivant plei-
nement l'instant et comment materner vos enfants en
développant l'intuition. La race des chats est ainsi
devenue sacrée sur le sol de l'Égypte.
Les chats que vous connaissez sont nos messagers
les plus fidèles.
Chaque être a sa fonction, chaque « animal »
comme vous les nommez, chaque humain aussi.
Personne n'est inutile ou destiné à devenir esclave
d'un autre, quel que soit son règne.
Votre Terre s'est donnée une mission très spéci-
fique : l'unité dans la diversité.
Ce qui signifie que derrière chaque peuple et
chaque règne, il est essentiel de reconnaître les qua-
lités qui lui sont propres afin que tous ensemble nous
aidions votre planète à être le "bouquet de fleurs"
qu'elle s'est promis de devenir.
Vous, les humains, vous vous croyez la mesure de
toute chose, alors que vous faites simplement partie
des diverses formes de vie. Vous n'êtes pas seuls
dans l'univers et vous êtes loin d'en être le centre.
Pensez-vous encore que le plus fort parmi les
vôtres est le plus intelligent ou qu'il mérite le nom

95
de chef? Croyez-vous que les petites têtes soient
moins intelligentes que les grosses ? Pensez-vous
que parce que nous ne parlons pas votre langue,
nous n'éprouvons pas d'émotion et que notre mental
est inférieur ?
Certains de ceux qui nous respectent, nous dési-
gnent parfois sous le nom de "petits frères" sans
penser un instant qu'il n'y a pas de "petits" ou
"
grands frères" mais simplement des frères et sœurs
issus de la même source divine.
Vous n'êtes plus aux temps reculés de votre monde
où les humains ne pactisaient pas mais cherchaient
le pouvoir.
Tout ceci est en train de disparaître contrairement
à ce que les événements médiatisés sur la Terre
cherchent à vous faire croire. Votre planète vous
offre bien plus que ce que vous pouvez imaginer. »
L'être sourit, et je capte dans son regard la profon-
deur de l'univers. Au moment où, l'instant d'après, il
ferme les paupières, je sais qu'il a terminé de nous
offrir ce qui lui importait de nous délivrer.
Léa voudrait en entendre plus et je sais qu'elle
aimerait poser des questions mais, sur un geste de
l'être à la prestance noble, à la longue queue et la
tête de félin, la scène s'efface à nos yeux.
14

L'amie oubliée

La perfection, ce n'est pas de faire


quelque chose de grand et de beau,
mais de faire ce que l'on fait avec
grandeur et beauté. PROVERBE
INDIEN

La jeune femme est silencieuse et semble repasser


dans sa tête tout ce qui vient d'être dit :
« Cela va trop vite pour moi, Râ, je ne vais jamais
pouvoir tout retenir, finit-elle par lancer désespéré-
ment,
— Ne t'inquiète pas, tout ce qui est important s'ins-
crit en toi et tu le retrouveras au moment opportun »,
affirme Râ, toujours très positif.

97
Sans transition, un décor se dessine peu à peu au -
tour de nous. J'ai d'abord l'impression de me trou-
ver dans une aquarelle tant les teintes sont douces
et délavées. Pourquoi ce paysage ressemble-t-il
davantage à un décor de théâtre qu'à la réalité d'un
monde physique ?
« Parce que nous ne sommes pas dans un monde
physique, » murmure Râ qui est, bien entendu,
conscient de ma présence.
C'est la première fois qu'il s'adresse à moi et je
souris.
Dans ce décor léger, à la douceur féminine, une
chambre de jeune fille se dessine.
Léa sursaute :
« Oh non, pas ça!
— Léa, Léa, l'aurais-tu oubliée ?
— Mais non bien entendu, mais j'en ai tellement
de remords... »
Une jeune adolescente est allongée dans le lit au
milieu de ce décor champêtre de carte postale. Elle
est très pâle et semble très peu accrochée à son
corps physique.
Léa s'approche :
« Natacha, tu m'entends ? »
Sur ces quelques mots prononcés timidement, la
jeune adolescente se redresse et regarde Léa droit
dans les yeux tandis qu'elle lui répond :

98
« Nous étions très proches, très amies et pourtant
lorsque tu as su que j'étais tellement malade que
l'allais en mourir, jamais tu n'es venue. Pas même à
mon enterrement. Je ne suis pas en colère contre toi,
je suis simplement très triste. Je me suis faite à l'idée
que pour toi, l'amitié n'avait pas de sens. J'ai attendu
des jours entiers en espérant ta venue. Non pas pour
que tu me sauves, mais juste pour avoir un peu de ta
présence. »
Léa pleure doucement :
« Natacha, si tu savais combien de fois je me
suis arrêtée devant la porte de ta maison sans
jamais réussir à sonner ni à en franchir le seuil.
Je m'en voulais tellement de ne pas venir te saluer
que je ne suis pas allée à ton enterrement par culpa-
bilité. Je ne m'en sentais pas digne et bien sûr j'ai
caché ce sentiment sous d'autres mots, d'autres ex-
cuses qui n'avaient rien à voir avec ce que j'éprou-
vais réellement.
Je me suis trouvée lâche, je m'en voulais beaucoup
nais j'avais tellement peur de ne pas savoir quoi te
dire, de ne pas être capable de t'aider que je me sen-
lais dévastée. J'étais tellement mal et j'avais telle-
ment mal pour toi que je ne réussissais pas à venir
vers toi.
Juste ta présence m'aurait aidée.
Je le sais à présent, et je me rends compte combien

99
l'humain se complique la vie. Son cœur dit une chose,
son mental le contredit avec des excuses ou des
explications qui n'en sont pas, simplement pour justi-
fier ses peurs. Bien souvent, le mental gagne et nous
fait éprouver de la prudence, de la peur de ne pas être
à la hauteur alors que tout cela n'a aucun sens. »
La jeune fille écoute et sourit. Elle sort du lit fai-
sant fi de sa faiblesse et tout à coup rayonnante, elle
s'approche de Léa pour la prendre dans ses bras.
« Le remords, la culpabilité sont de piètres aides,
cependant, il faut parfois les ressentir pour s'en libé-
rer et accepter de ne pas être toujours le ou la meil-
leure. Je t'aime Léa comme au premier jour de notre
rencontre. Tu fus autrefois, il y a bien longtemps, un
être que j'ai aimé par-dessus tout jusqu'à la mort,
nous étions deux hommes... Nous nous aimions en
dehors des lois et des règles établies par l'époque. Je
n'ai pas su t'aider quand tu en avais besoin. Aujour-
d'hui, je me devais de te libérer du fardeau que tu
portes concernant ma fin de vie. Je suis bien et nous
nous retrouverons bientôt, mais tu as encore tant à
faire avant ce moment. »
Un rayonnement fait de douceur et de tendresse
entoure à présent les deux femmes tandis que peu à
peu le décor s'efface.
Natacha est partie vers son monde tandis que Léa
reste là, émue et pensive :

100
« Râ, peux-tu m'expliquer ses derniers mots :
"nous étions deux hommes amoureux" et puis
"nous nous retrouverons bientôt ?"
J'ai besoin de comprendre des notions qui me
semblent totalement étrangères, même si depuis
mes retrouvailles avec Natacha je me sens
infiniment plus légère, plus sereine. C'est un peu
comme si j'avais enlevé un poids que j'ignorais
porter ou plutôt que j'avais enfoui profondément
dans ma mémoire et auquel je préférais ne pas
penser afin de continuer à vivre. »

101
15

L'Amour humain

L'eau prend toujours la forme du vase.


PROVERBE JAPONAIS

« Beaucoup parmi vous, les humains, imaginez


qu'oublier une histoire mal vécue va permettre de
vivre mieux. Vous ne faites pourtant que survivre
car au fond de vous, l'événement qui vous a blessé
continue de vous ronger et attire à vous des entités
maladies qui vous déstructurent et détruisent vos
corps. Vous croyez aussi que vous pouvez, sans
risques, surpasser les événements douloureux et
vous pensez alors être forts... Les lois cosmiques
sont différentes des croyances humaines. Un événe-
ment mal vécu ou mal compris doit être revisité et

103
transformé, faute de quoi la vie s'en alourdit consi-
dérablement.
Pour ce qui est des retrouvailles, Léa, elles sont
normales sur les plans subtils. Nous retrouvons tou-
jours les personnes qui nous ont aimées et que nous
avons aimées afin de continuer ou de préparer de
nouvelles aventures, que ce soit sur Terre avec une
nouvelle incarnation ou ailleurs.
— Et sur la question de notre amour, alors que
nous étions deux hommes ?
— Viens, suis-moi, tu vas comprendre ! »
Une brise printanière où se mêlent des senteurs
fleuries nous entoure et allège tout ce qu'elle touche
au passage, telle l'aile d'un ange.
Léa a totalement confiance dans son guide même
si elle s'interroge et aimerait en connaître un peu
plus sur ce qui l'attend. Elle a juste envie de se
laver de tout ce qui pourrait encore la retenir ici.
Instantanément nous nous retrouvons dans un bel
appartement d'une grande ville. La façade de la
cathédrale que nous pouvons voir depuis le salon
nous donne une idée du lieu. Je crois reconnaître une
ville européenne appréciée pour la beauté de ses
monuments et le nombre d'artistes qui l'habitent.
Deux hommes d'une quarantaine d'années rentrent
des courses, paniers et sacs à la main. Ils sont
joyeux et discutent avec animation.

104
« Sais-tu que ton ancienne copine Léa est morte
dans un accident de voiture il y a quelques jours ?
» Interrompt brusquement l'un d'eux.
« Tu en es sûr? Qui te l'a dit? »
L'homme s'arrête net, surpris, presque choqué.
« Une de tes amies de France a laissé un message
sur le répondeur... J'espère ne pas t'avoir trop per-
turbé? Ça va Roy ? » ajoute Alfred, inquiet et se
sentant coupable d'avoir annoncé une mort de
manière aussi désinvolte.
« Ne t'inquiète pas, je suis juste pensif et cette
nouvelle me fait faire un retour en arrière que je
n'aime pas beaucoup. »
Léa est là près des deux hommes et capte toute la
conversation. Ses pensées me parviennent avec
une netteté parfaite:
« J'ai vécu trois ans avec Roy avant de m'aperce-
voir qu'il me trompait... mais je n'ai jamais pensé
que c'était avec un homme. »
Roy continue à l'adresse d'Alfred:
« Je ne suis pas fier d'avoir raconté des histoires
à Léa mais c'était une petite bourgeoise catho qui
n'aurait rien compris à mon coming out. »
Léa est outrée:
« Il est gonflé celui-là! Il n'a même pas essayé de
m'en parler. »
Elle s'approche de Roy et lui souffle à l'oreille :

105
« Tu aurais pu au moins faire une tentative pour
vérifier si j'étais aussi obtuse que tu le penses. »
Ce à quoi Roy répond sans avoir conscience de ce
que vient de lui murmurer Léa:
« J'aurais au moins pu lui en parler pour voir sa
réaction. Je juge toujours avec sévérité et je suppose
ce que les autres peuvent penser de moi, sans même
prendre 'la peine d'en vérifier l'exactitude.
— Peut-être parce que tu as été jugé trop souvent
et "que tu t'es mal jugé toi-même » suggère Alfred.
Léa est tellement surprise de voir qu'elle peut se
faire entendre qu'elle continue :
« Pourquoi te juges-tu si sévèrement ainsi que tu
l'as fait avec moi et si j'ai bon souvenir, avec beau-
coup d'autres. Cela fait longtemps que je ne crois
plus dans les religions et les lois instituées par les
hommes. »
Roy répond à Léa sans en avoir conscience, tout en
s'adressant à Alfred :
« En fait, je me juge par rapport aux lois humaines,
aux lois religieuses mais Dieu n'a rien à voir avec
tout ça, je le sais bien. L'Amour sera toujours au-
dessus des lois, des religions et des principes d'édu-
cation. J'avais autrefois un ami qui venait d'une
famille très religieuse qui lui faisait croire que dieu
avait créé les femmes pour la reproduction de l'es-
pèce. Tu n'imagines pas sa réaction quand il a su

106
que je ne me marierai jamais avec une femme. Il
a littéralement explosé, m'a traité comme un
déchet et rai, bien sûr, perdu son amitié,
Ce n'est pas ça, l'amitié » rétorque Alfred irrité
par ce qu'il vient d'entendre.
Léa s'en mêle et souffle aux deux hommes :
« Un sentiment ne peut prendre fin simplement à
cause de principes ou de lois humaines non respec-
tées. Vous avez tous deux choisi l'Amour au-delà des
règles de la civilisation actuelle. Vous avez choirai la
voie du cœur, non par révolte contre quoi que ce soit
mais simplement parce que c'était lui, parce Glue
c'était toi. C'est ce qui donne de la beauté à votre
union. »
Les deux garçons tout à coup apaisés comme
par magie se regardent et se sourient :
« Allez ! on sort ce soir, on ne va pas se gâcher
la vie parce que la société a créé ses lois et ses
règles ! Et si nous nous mariions ? » clame Roy
tout en regardant son ami qui semble très heureux
de cette nouvelle perspective.
Léa sourit à son tour et pense à ce que lui a dit
Natacha sur leur amour. Elle se réjouit d'avoir pu
aider son ex-compagnon et son conjoint sans aucun
jugement, tout en pensant qu'il y avait un peu de
vrai dans la description de rigidité bourgeoise que
Roy avait faite d'elle.

107
Un instant perdue dans ses pensées, elle se deman-
de comment elle aurait réagi si son amie lui avait
avoué qu'elle aimait les femmes. Elle aurait certai-
nement été choquée. Et après... lui aurait-elle enlevé
son amitié ou aurait-elle choisi l'amour plutôt que
les conventions ? Elle ne sait que répondre. Ce
qu'elle sent en elle n'a plus grand rapport avec ce
qu'elle était avant son accident mortel.
La voix de Râ se fait entendre, ferme et chaleureuse :
« Le jugement, les conventions, la peur sont des
moisissures qui s'infiltrent dans tous les recoins de
votre être. Si l'humain n'y prend pas garde, il se re-
trouvera un jour complètement recouvert d'écailles
de rouille semblable à des écorces plus dures les
unes que les autres.
L'Amour n'a pas de limite, n'a pas de frontières ni
de lois, et encore moins de conventions. Il est une
partie de Dieu, il ne connaît ni la naissance ni la
mort. Il EST !
Il serait essentiel que votre civilisation terrestre
fasse ce pas de géant qui bouscule toute structure
pour laisser place à l'Amour. Les aberrations et les
injustices que vit votre monde ont pour socle un
autre type de relation que vous êtes les seuls dans le
cosmos entier à nommer amour.
L'amour de l'argent, du plaisir, du sexe, de la vio-
lence ne peut porter le nom d'Amour. Voyez-vous

108
cette contradiction? Tout est fait pour que vous
soyez engloutis dans un manège qui tourne de plus
en plus vite et dont vous activez inconsciemment les
rouages au service de ceux qui l'ont mis en place.
Vous êtes devenus involontairement des serviteurs
zélés, des esclaves épuisés par un système qui vous
dévore et nourrit vos maîtres.
Vous réclamez un peu plus d'argent, un peu plus
de temps mais cela ne vous libérera pas de l'escla-
vage. Est-ce ce que vous voulez vraiment?

109
16

Cohérence

Ce qui m'a surtout frappé chez


les humains c'est, je crois leur
manque de cohérence.
SOMERSET MAUGHAN

Léa soupire totalement dépassée et aux prises


avec tin terrible sentiment d'impuissance.
Reprenez votre liberté ! Mais cette liberté a un
prix. Elle vous demande de revoir tout ce qui vous
Humble essentiel sous un angle différent.
Souhaitez-vous continuer à travailler pour un sys-
tème que vous réprouvez? Acceptez-vous que vos
maîtres, ou ceux qui se font passer pour tels,
continuent à vous mentir ?

111
Vous prenez conscience aujourd'hui, au moins
pour une partie d'entre vous, que cette prison se res-
serre autour de vous... mais vous oubliez trop sou-
vent que cette prison, c'est vous qui l'avez construi-
te et qui l'entretenez.
Depuis nos mondes, nous vous regardons faire et
vous débattre dans des problématiques qui n'existe-
raient pas sans le regard d'impuissance que vos maî-
tres entretiennent en vous. Tout est fait pour vous
rendre plus serviles, plus anéantis à chaque instant
afin que vous deveniez les automates obéissants à qui
l'on octroie un peu de plaisir factice pour qu'ils
continuent de servir. Votre monde vous ment et votre
mental le croit. Le faux s'est introduit dans tous les
domaines de votre vie et les faux prophètes qui vous
font miroiter des illusions, sont légion. Ils vous
détournent ainsi de l'essentiel.
Soyez vigilants et clairs sur ce que vous voulez
vraiment, non pas sur ce que vous voulez acquérir
car cela n'a que peu d'importance, mais sur ce que
vous voulez vivre.
- Wahoo ! Je ne m'attendais pas à ça, s'exclame
Léa confuse, mais aide-nous s'il te plaît, ajoute-t-
elle suppliante, donne-nous une idée de ce que l'on
peut faire ? »
La voix rassurante du guide s'immisce en nous tel
un fluide apaisant :

112
Vous êtes malades parce qu'en vous la contra-
diction est permanente. Vous êtes des êtres multidi-
mensionnels et même si tout est fait pour que vous
n'en preniez pas conscience, cela fait partie inté-
grante de votre essence !
Lorsque vos pensées et vos actes sont en désac-
cord, une brèche se fait dans laquelle s'introduit
l'entité maladie. Je te donne un exemple simple :
Vous aimez les animaux mais vous les mangez
parce que vous trouvez que c'est bon, ou que leur
chair va vous donner plus de puissance alors qu'il ne
s'agit là que d'une question d'habitude, de culture, de
tradition qui n'a aucun sens. Changez votre regard !
Faites table rase de ce qui vous a été inculqué puis
prenez ce qui vous semble juste, beau et en
harmonie avec vous.
Vivre sur la mort et la souffrance ne peut être en
harmonie avec qui ou quoi que ce soit.
Cela vous semble stupide, incohérent et en effet
ça l'est!
Vous voulez que votre monde soit plus équitable
mais vous acceptez que des travailleurs soient
exploités pour votre bien-être afin que vous puissiez
acquérir des technologies ou des produits à bas prix.
Vous voulez être en bonne santé mais vous vous
détruisez par des pensées et des paroles mortelles,
en mangeant ou en portant la souffrance sur vous.

113
— De quelle souffrance parles-tu? Je ne te suis
pas... demande Léa très attentive à chacun des mots
de son guide.
— Lorsque vous mangez des légumes, des fruits
ou autres produits arrosés de substances toxiques,
votre corps en ressent les effets nocifs mais
également votre âme qui s'alourdit et votre ADN qui
se modifie. Lorsque vous dormez ou que vous
portez des vêtements qui sont issus de produits
polluants et qui, pour leur fabrication, exploitent des
êtres qui sont soumis à l'esclavage, l'énergie qui en
émane ne peut contribuer à votre santé ou à votre
bien-être.
Sur votre Terre, les esclaves non officiels sont
nombreux...
Tant que vous accepterez l'inacceptable vous ne
pourrez sortir de cette chape de plomb qui recouvre
votre Terre. Vous êtes puissants par essence et c'est
cela que vous devez redécouvrir. Votre pensée peut
tout changer mais pour cela, il vous faut non seule-
ment y croire mais aussi l'exercer. »
Râ fait volontairement une pause tandis que Léa
attend avec impatience la suite :
« Sachez dire non à ce que vous ne voulez plus et
oui à ce que vous voulez.
Apprenez à cultiver un autre regard, non pas celui
imposé par les publicités ou les traditions mais celui
porté par l'Amour. Des exterminations sont prévues

114
contre les agitateurs par ceux qui se veulent vos
maîtres, mais votre révolution, si elle vient de l'in-
térieur avant toute chose, sera comme un tsunami
telle rien ne pourra arrêter.
Vous n'aurez pas besoin d'être visibles car vos
aillons seront souterraines dans un premier temps. Jel
le redis une nouvelle fois, agissez pour ce que vous
voulez et ne perdez pas d'énergie à lutter contre ce
que vous ne voulez pas.
Un printemps se prépare, non pas dans le sang,
tuais grâce à tous ceux et celles qui agissent au
service de la vie.
Comme vos fleurs qui tout à coup jaillissent au
soleil du printemps, des propositions se créent
comme la matière dense qui prend forme dans le
creuset d'un alchimiste, guidées et insufflées par
lues compagnes et compagnons des étoiles.
N'ayez pas la lâcheté de croire que tout est fini,
que vous ne pouvez plus rien. Cessez cette désespé-
rance qui ne fait qu'alourdir, à votre insu, ceux qui
agissent pour la vie.
Chassez de vous tout ce qui entrave le bonheur qui
est à votre portée, ce bonheur que vous cherchez
partout où il n'est pas et qui est pourtant si proche de
vous.
Il se cache là où vous ne pensez pas à le chercher :
au plus profond de vous.

115
Découvrez le regard nouveau que vous pouvez
porter sur la vie... Alors, ce que vous croyiez du
domaine des miracles deviendra réalité. »
Râ s'est tu tandis que Léa sent en elle croître une
énergie qu'elle ne se connaissait pas jusqu'alors.
« J'aimerais tellement aider à ce réveil... murmu-
re-t-elle enfin.
— Tu vas y contribuer, sois-en sûre, il fallait sim-
plement que tu en fasses la demande. Nous ne pou-
vons agir sans votre accord. Il nous reste cependant
quelques rencontres indispensables avant de conti-
nuer la route. »
Léa semble perplexe.

116
17

L’enfant

Rappelle-toi que ton fils n'est pas ton fils,


mais le fils de son temps.
CONFUCIUS

« Je ne vois pas de quoi il s'agit. Il me semble


avoir vu toutes les personnes avec lesquelles il
restait quelque chose à terminer.
- Penses-tu réellement que tu puisses guérir les
blessures créées durant tes centaines de vies sur
Terre en quelques semaines ou quelques mois ? »
demande le guide d'une voix enjouée.
Au fond d'elle-même, dans une partie bien cachée
de son être, Léa entend une petite voix qui crie :
« Encore... Il y a moi... »

117
Je suis projetée, à la suite de Léa dans une salle
pleine de jeux pour les enfants et qui sent bon la
lavande. Ce doit être une garderie où des enfants de
moins de six ans jouent, animés par des éducatrices
jeunes et pleines d'énergie.
L'inquiétude de Léa est palpable...
« Mais qu'est ce que je fais ici? réponds-moi
Râ, s'il te plaît. »
Cependant, aucune réponse n'arrive tandis que
l'un 'des bambins arrête son jeu, quitte ses
camarades et va s'asseoir dans un coin de la pièce.
« Où vas-tu petit loup ? interpelle l'une des éduca-
trices.
- Je suis fatigué, répond l'enfant en mettant sa tête
sur les genoux et faisant mine de dormir.
- OK, mais juste un petit moment... après tu
reviens parmi nous. »
Les jeux ont repris et personne ne fait plus atten-
tion au petit homme. C'est alors que nous nous sen-
tons poussés par une force invisible qui nous amène
à quelques pas du petit garçon.
Il doit avoir entre quatre et cinq ans tout au plus
mais pour le moment nous ne voyons de lui que sa
chevelure couleur feuilles d'automne, la courbure de
son dos et ses bras menus qui entourent ses jambes.
« Pourquoi sommes-nous là? » demande Léa avec
une anxiété croissante et apparemment inexplicable.

118
C'est alors que le petit homme lève doucement la
tête comme s'il devinait nos présences. Il ouvre de
grands yeux noirs tandis qu'il fixe Léa qui se fige,
Immobile comme un papillon pris au piège de la
lumière. Le regard profond l'hypnotise. Elle ne dit
mot, mais je sens bien qu'elle est bouleversée.
Les yeux de l'enfant se transforment, s'agrandis-
sent, prennent l'espace où comme sur un écran de
cinéma commencent à apparaître des scènes et
des paysages...
Une cour de Lycée au printemps, un couple qui
s'enlace furtivement hors de la vue des surveillants
et des professeurs.
La scène suivante se passe dans la nature. Le
couple est allongé sur un tapis d'herbe, enlacé et
très amoureux. Ils sont jeunes et libres... l'amour
physique les réunit.
« Je ne veux pas en voir davantage » murmure
Léa au comble de l'anxiété en mettant ses mains sur
les yeux comme pour se protéger de ce qu'elle
pressent tout en sachant qu'elle ne peut y échapper.
Nous sommes à l'intérieur d'une maison d'où Léa,
qui semble avoir seize ans, sort donnant la
sensation d'être à la fois fatiguée et soulagée.
L'enfant s'adresse à elle avec une voix adulte
sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche. Tout se
fait par télépathie :

119
« L'enfant que tu n'as pas voulu, c'était moi.
J'aurais juste aimé que tu me dises quelques mots
pour que nous nous sentions moins seuls toi et moi.
J'ai trouvé une autre famille proche de chez toi
mais je sais que nous serons liés jusqu'à ce qu'un
événement dénoue ce fil qui nous attache encore et
nous pèse.
— Ce n'est pas de toi dont je ne voulais pas mais
c'était bien trop tôt dans ma vie » murmure douce-
ment Léa très émue et au bord des larmes.
— Nous avions à vivre cela toi et moi, chacun à
notre manière, cela est certain, mais ensuite pour-
quoi n'as-tu plus essayé d'avoir d'enfant? J'aurais pu
revenir chez toi...
— Toute tentative a échoué et à présent, je regrette
de ne pas avoir eu d'enfant mais c'est comme si la
vie ne me le permettait plus. Si tu savais comme le
moment de mon avortement m'a été difficile malgré
les apparences, et pourtant je ne voyais aucune issue
à cette histoire. »
Léa continue, bouleversée, mais avec la volonté
de mettre un peu d'air dans ce qui lui semble suffo-
cant.
« Comment t'appelles-tu aujourd'hui?
— Simon, je m'appelle Simon » dit le petit garçon
qui a repris sa voix d'enfant et sautille joyeusement,
prêt à rejoindre à nouveau son groupe de copains.

120
« C'est un très beau prénom... » ajoute Léa tandis
que ces derniers mots s'étranglent dans sa gorge tant
tien émotion est forte.
« Je voulais juste te demander pardon et te dire
que je t'aime » poursuit-elle comme sous le coup
d'une Impulsion qui la dépasse.
Le petit Simon la regarde et sans un mot lui
sourit tandis que, peu à peu, la scène s'efface sur
le petit homme qui a repris ses jeux d'enfants.
Léa se retrouve seule dans son désert qui n'en est
plus tout à fait un, car depuis le début de notre ren-
contre, quelques fleurs semblent vouloir y pointer le
bout de leur nez.
La jeune femme semble d'une grande tristesse :
« En fait je suis morte trop tôt. Je comprends ma
tante lorsqu'elle disait que je n'avais encore rien fait
et que le cours de ma vie s'était interrompu avant
que je puisse accomplir quoi que ce soit. »
La voix de Râ, toujours rassurante et chaleureuse
Intervient :
« Une vie ne s'interrompt pas par hasard, tu le sais
bien, et ce que tu devais accomplir l'a été. Mais dis-
moi, pourquoi cette sensation d'inachevé ? Pourquoi
aurais-tu voulu avoir des enfants ?
- Quelle drôle de question ! Je ne sais pas com-
ment te répondre mais sans doute parce que c'est
logique et que tout le monde le fait.

121
- Qui a mis en place ce dogme ? continue Râ
imperturbable.
- Je ne sais pas moi ! Mais une femme qui n'a pas
d'enfant est incomplète, elle ne remplit pas son
rôle.
- Tu ne donnes ici que des principes établis par une
civilisation qui se meurt. Rien de ce que tu viens de
donner comme raison d'avoir un enfant ne tient la
route. Un être ne vient pas parce que cela se fait, ni
parce qu'une société a décidé que cela donnait de la
valeur à une femme et encore moins par principe
ou à cause d'une loi quelconque.
L'enfant ne vient pas non plus pour pallier les pro-
jets ratés de ses parents.
Une entité qui s'incarne connaît sa feuille de route
et arrive avec ses bagages. Elle vient pour continuer
ce qu'elle a commencé autrefois, pour guérir de vieil-
les blessures, pour apporter sa contribution. L'amour
seul peut permettre que l'incarnation ait lieu. Même
une seconde d'amour peut suffire, mais sans elle la
création ne peut exister.
- Et dans le cas d'un viol alors, ça n'est plus la
même chose ? demande Léa très intriguée.
- Une rencontre entre deux êtres se fait toujours,
sur les plans subtils quelques mois avant toute ren-
contre physique. Dans ces rencontres, il y a
toujours une histoire à guérir, à terminer et la
douceur n'est pas forcément au rendez-vous.

122
Imagine qu'une femme accuse injustement l'homme
qu'elle aimait par jalousie et que celui-ci soit
condamné, s'il est mort avec un mélange de haine et
d'amour dans le cœur, crois-tu que leur rencontre dans
la vie suivante se fera en douceur. S'il y a viol, l'enfant
qui naîtra de cette rencontre faite de violence, fait
aussi partie intégrante de leur histoire du passé...
Vous ne pouvez savoir tout ce qui s'imbrique dans
les relations humaines et encore moins les juger. Les
milliers de vies qui furent les vôtres vous permet-
traient de comprendre bien des événements de ce que
vous vivez aujourd'hui. Cependant, ce qui vous est
demandé n'est pas la compréhension de vos histoires
de vie car cela ne ferait qu'alourdir votre route en
nourrissant votre mental. Si vous saviez que l'un de
vos parents a été votre bourreau, imaginez la dif-
ficulté à l'accepter et à rejouer votre vie avec de
nouvelles cartes afin de remettre les compteurs à
zéro. Ce qui vous est demandé aujourd'hui est le
développement de la confiance totale de ce que votre
âme vous propose et l'ouverture du cœur qui vous
mène à l'Amour inconditionnel. Vous devez lâcher le
passé quel qu'il soit, il ne vous apportera rien de plus
que de nourrir un mental déjà bien surchargé. La
guérison ne viendra pas de là si vous-mêmes n'avez
pas encore parcouru la route qui mène au-delà du
pardon.

123
— C'est facile de dire ça pour toi qui vient d'un
autre monde... interrompt Léa perplexe.
— Nous sommes passés par les difficultés que
vous rencontrez aujourd'hui et c'est pour cela qu'il
m'est plus facile d'en parler. Lorsque vous aurez
perçu combien vos rancunes, vos colères et vos
désirs de vengeances vous nuisent et vous
détruisent, vous ouvrirez d'autres portes en vous et
vous vous demanderez pourquoi vous n'avez pas
réalisé cela avant, tant le sentiment de liberté vous
habitera.
Il est bien évident que cela n'excuse en rien les
agressions de quelque ordre qu'elles soient mais
votre Terre est encore un monde de trois
dimensions qui ne demande qu'à grandir, un monde
de dualité, une école pour apprendre ce que signifie
le mot Aimer.
L'Amour inconditionnel et l'acceptation de ce que
la vie te propose ne veut pas dire d'accepter l'inac-
ceptable mais de ne pas juger, ni réagir aux événe-
ments et aux êtres qui croisent ta route et que tu
préférerais ne jamais avoir rencontrés.
Parmi les lois cosmiques, l'une d'elles est de ne
pas s'appesantir sur ce que l'on ne veut pas, au
risque de lui donner l'énergie que précisément on
ne souhaite pas lui offrir. Est-ce clair pour toi ? »
Léa sourit cette fois comme une petite fille qui
découvre un cadeau :

124
« Merci Râ ! grâce à toi et à ce parcours, j'ai l'im-
pression de retrouver une lumière enfouie en moi si
profondément que je n'imaginais même pas qu'elle
pouvait exister.
— Il nous reste encore deux personnes que tu dois
rencontrer afin de terminer ce périple terrestre...
viens, suis-moi ! »

125
18
Papa

Les fautes des hommes


sont relatives à l'état de chacun
CONFUCIUS

Léa reste perplexe et se demande quelles seront


les prochaines rencontres que son guide lui a
prévues et dont elle n'a, en ce moment, aucune idée.
« Je ne vois personne que je puisse avoir oublié ! »
s'inquiète-t-elle tandis qu'une spirale nous emporte
vers une maison de campagne cossue sise au centre
d'un grand terrain arboré où trône une piscine.
Deux personnes sortent sur la terrasse tandis que
nous nous approchons d'elles.
Il s'agit d'un couple d'une cinquantaine d'années
environ. Un matin sur la planète Terre...

1 27
L'homme aux cheveux gris porte une robe de
chambre qui laisse deviner une silhouette sportive.
Il marche d'un pas vif dans le terrain tandis que sa
compagne le suit, un café à la main.
« Chéri, tu ne devrais pas te culpabiliser ainsi. Tu
es dans un état déplorable pour ta santé. Ton col-
lègue t'a bien prévenu. Si tu ne cesses de ruminer
sur la mort accidentelle de ta fille, tu la rejoindras
bientôt.
Crois-tu que l'on puisse se pardonner simple-
ment parce que quelqu'un te le demande ? Je ne
réussis pas à effacer de moi la dernière discussion
que j'ai eu avec Léa.
Elle me reprochait tant de choses que je trouvais
injustes. Au lieu de l'écouter c'est la colère qui m'a
envahi... peut-être aussi parce qu'il y avait un peu
de vrai dans ce qu'elle disait et que je n'y pouvais
plus rien. Ce sentiment d'impuissance devant des
erreurs passées que nous ne pouvons réparer m'a
rendu agressif. »
L'homme pose un bras autour de sa compagne
comme pour la rassurer tandis que celle-ci suggère :
«Tu n'étais pas avec sa mère par amour mais juste
par devoir, parce qu'elle était enceinte. Tu me l'as
dit et répété tant de fois ! Tu n'es pas coupable de la
mort de Léa ni le seul responsable de votre manque
de relation.

128
— Je sais, mais j'aurais au moins voulu qu'elle
ait la certitude que je n'ai jamais cessé de l'aimer. Je
n'ai rien fait pour qu'elle le sache et aujourd'hui
c'est trop tard. » ajoute l'homme sur un ton de
défaite, en s'asseyant sur le tronc d'un arbre coupé.
Léa écoute à la fois dubitative, en colère et émue.
« Il est gonflé ce type. Il est parti et n'est revenu
que de temps en temps. Nous nous sommes rencon-
trés il y a deux ans environ et puis on s'est fâché et
on ne s'est plus revus. Tu parles d'un père !
— Léa, crois-tu sincèrement que ton père a été
ton père dans toutes tes vies et que ta mère a
toujours été ta mère ? interroge Râ sur un ton
apaisant.
— Je ne me suis jamais posé cette question. »
répond la jeune femme interloquée par cette
demande et soucieuse de comprendre.
« Les rôles que vous avez, dans cette vie que tu
viens de terminer, ne sont que des rôles pour une
vie et, comme tout bon acteur, vous changez tous de
personnages, de vie en vie. Ton père, ta mère, ainsi
que tous ceux et celles de ton entourage n'ont pas
toujours eu la même fonction auprès de toi. Ils ont
pu être tes enfants, tes amoureux, tes tortionnaires,
tes juges ou tes victimes.
Est-il important de juger une personne sur le rôle
qu'elle aurait dû tenir selon nos critères d'un
moment ? Ou est-il plus essentiel d'accepter le rôle

129
qu'elle est venue jouer auprès de nous, hors de toute
règle humaine ? Regarde ! »

Une autre époque, un autre lieu se présentent au


regard de Léa et au mien.
Une femme d'une grande beauté semble se jouer
des hommes qui l'entourent. Nous sommes dans une
soirée où le luxe est de rigueur et où le champagne
coule à flots. Un homme visiblement très attaché à
la jeune femme semble la suivre et la servir malgré
le mépris visible qu'elle affiche à son égard. Devant
les hommes qui l'entourent, la jeune femme l'humi-
lie de telle façon que l'homme au désespoir prend la
décision de ne plus la revoir.
Au cours de la scène suivante, nous le voyons errer
sans but, désespéré dans les rues de la ville.

Autre scène : les années ont passé. L'homme, de


bar en bar et de fêtes en fêtes, cherche à noyer sa
peine. Il semble perdu, triste et malade.
Lorsqu'il apprend un jour que la femme qu'il a tant
aimée autrefois se meurt d'une maladie qui court
dans tout le pays, faisant des victimes de plus en
plus nombreuses.
Nous le revoyons cette fois au chevet de la jeune
femme qui, mourante, semble néanmoins heureuse
de le revoir.

130
L'homme l'aime encore mais ce qui émane de lui
me montre qu'il s'agit d'un amour différent, il n'est
plus amoureux mais cette fois il l'aime, simplement.
Sa blessure s'est cicatrisée au fil des années et sans
amertume il a juste envie de soulager cette femme
qui souffre.
Léa pleure:
« Cette femme c'est moi et lui, c'est mon père,
n'est-ce pas ? Mais alors nous sommes revenus
ensemble juste pour qu'il se venge de ce que je lui
ai fait subir autrefois ?
— Oh non ! Il ne s'agit pas de vengeance, au con-
traire... Sur les plans d'après vie qui sont les tiens
aujourd'hui, vous vous êtes à nouveau rencontrés et
vous avez fait un pacte. Je pourrais même parler
d'une décision majeure qui a impacté toute ta vie.
Il a accepté d'être ton père et de te faire toucher la
sensation d'abandon. Non pas pour te rendre ce que
tu lui as fait mais pour t'aider à ouvrir ton cœur, à
ressentir cette souffrance qui nous submerge lorsque
l'on pense que l'on n'est pas à la hauteur, que l'on
n'est pas suffisamment bien pour qu'une personne,
importante à nos yeux, reste. C'est ce qu'éprouve un
enfant lorsque, sans explication, un parent le laisse
pour vivre sa vie autrement qu'avec lui.
C'est toi qui lui as demandé de t'aider de cette
façon afin que tu éprouves jusqu'au plus profond de

131
toi ce que provoque l'abandon ou le mépris chez
celui ou celle qui le vit. Il a accepté, sachant com-
bien cela serait difficile pour vous deux. Puis, il a
oublié, de façon à accomplir sa tâche au mieux. »
Râ s'est tu, afin de laisser les mots s'imprégner et
faire leur chemin jusqu'au cœur de Léa qui immobi-
le semble perdue dans ses pensées.
« Râ, aide-moi s'il te plaît, je ne sais plus que
faire, je me sens perdue ! » La voix de Léa est
semblable à celle d'un petit enfant.
« Et si nous nous approchions de ton père ? »
suggère le guide à Léa.
Instantanément, nous sommes là, assis nous aussi
sur le grand tronc d'arbre coupé que le père de Léa
a pris pour siège. Sa femme est assise, elle aussi, à
ses côtés et son regard tendre montre combien elle
aime cet homme et aimerait pouvoir l'aider.
Léa se lève et susurre à l'oreille de son père :
« Merci pour ce que tu as accepté de me faire
vivre. Tu n'es pas coupable et je sais que tu
m'aimes. Ne te culpabilise pas, je ne t'en veux pas,
tu as fait ce qu'il fallait, même si j'aurais aimé que
cela se passe autrement. »
Peu à peu, le père de Léa se redresse comme mu
par une énergie libératrice.
« Tu as raison ma chérie, dit-il s'adressant à sa
femme, je ne suis pas responsable de sa mort et j'ai

132
lu quelque part que les morts pouvaient entendre ce
qu'on disait à leur sujet... alors Léa, si tu m'entends,
je t'aime et je ne regrette pas d'avoir contribué à ta
venue sur Terre. J'ai fait ce que j'ai pu, peut-être et
même sans doute, aurais-je pu faire mieux... mais je
ne le crois pas, ajoute-t-il après réflexion. Si j'en
avais eu conscience, je l'aurais fait et ce n'était pas
le cas. Je te souhaite le meilleur là où tu vas. »
Léa écoute et je vois son cœur subtil s'ouvrir
comme une fleur qui ouvre ses pétales à la chaleur
du soleil. Un rayon en sort et touche le cœur de son
père, dans une explosion de couleurs arc-en-ciel.
Le spectacle est semblable à un feu d'artifice silen-
cieux, coloré et joyeux où l'amour a toute sa place.
Les mots ne sont pas nécessaires car les ondes
d'amour parlent d'elles-mêmes et vont bien au-
delà d'un simple pardon.
Le papa de Léa se lève et enlaçant sa femme il
ajoute en souriant :
« Ne t'inquiète pas chérie, je vais guérir, je le sais
avec certitude car je viens de terminer un épisode de
ma vie que je tirais comme un boulet et pour lequel je
ne voyais aucune issue. En cet instant j'ai la sensation
que tout est bien plus simple qu'on ne le pense. »
Léa sourit toute heureuse de voir combien elle
peut interagir même après sa mort physique et
mieux peut-être que de son vivant sur Terre.

133
« C'est étrange que l'on ne puisse comprendre tous
ces rouages qui nous conduisent à vivre telle ou
telle situation. Ce serait tellement plus simple...
— Et tellement moins porteur d'évolution ! ajoute
Râ avec tendresse. Il faut une grande sagesse pour
connaître le but des rencontres et des événements
qui vous sont proposés par votre âme, puis oublier
ce but pour parcourir le chemin jusqu'à lui. Le che-
min est aussi important que le but à atteindre. C'est
souvent ce que l'humain a tendance à oublier, mû
par une précipitation à réaliser, à vouloir compren-
dre à l'aide du mental ce qui ne peut se résoudre
qu'au-delà de celui-ci. Vous voulez savoir et cela
semble tout à fait naturel, mais il vous est difficile
de lâcher ce vouloir au profit de l'abandon, de l'ac-
ceptation de ne pas pouvoir tout connaître ni tout
contrôler.
Faire confiance, sans naïveté, est un acte d'Amour
envers soi, envers la vie. Il est votre défi du moment.
Laissez-vous inspirer, faites davantage confiance à
votre intuition, écoutez votre cœur alors seulement
un autre chemin que vous ne soupçonnez pas vous
appellera à le suivre.
— Râ, penses-tu que je puisse trouver la paix dont
on parle tant sur Terre, que tout le monde cherche
sans jamais la trouver réellement. J'ai bien rencontré
des personnes qui disaient être en paix mais qui

134
avaient simplement mis leurs problèmes sous le
tapis. Leur attitude ne m'inspirait pas la sérénité.
— Nous avons encore une personne à voir avant
que nous puissions reparler de tout cela. »

135
19

Le clochard

Apprends comme si tu devais vivre


pour toujours et vis comm e si tu
devais mourir ce soir
PROVERBE TIBÉTAIN

Léa semble contrariée


« Mais je ne vais jamais en finir et je ne vois plus
du tout de qui il s'agit aujourd'hui.
— Ce n'est pas une personne que tu as beaucoup
connue, juste un passant dans ta vie qui te montre
combien chacun a sa place. »
Râ se fait insistant.
« Il est temps que l'on parte vers un autre lieu »
ajoute-t-il en posant la main sur l'épaule de Léa.

137
Ce simple geste suffit à nous entraîner vers un
paysage urbain. Nous arrivons dans un parking où
un homme pauvrement vêtu dort encore dans un
sac de couchage rapiécé, enroulé sur lui-même, un
chien noir collé contre lui.
« Te souviens-tu?
— Je ne le connais pas ! chuchote Léa. Si j'ai
quelque chose à voir avec lui alors je ne sais
vraiment pas de quoi il s'agit.
— Justement ! Tu ne peux savoir qui est cet
homme puisque tu ne l'as jamais vraiment regardé.
— Mais c'est impossible de regarder et de parler
à tout le monde, se défend Léa.
— E ne s'agit pas de ça... regarde un peu plus en
toi. »
Léa ferme les yeux et semble chercher ce que Râ
essaie de lui faire comprendre.
Je vois ce qu'elle voit: elle s'approche de la caisse
du parking tandis que l'homme essaie de lui dire
quelques mots. Elle fait comme s'il n'existait pas.
La scène se renouvelle plusieurs fois, avec toujours
en fond d'écran la transparence de cet homme aux
yeux de Léa.
Léa se retrouve pour quelques millièmes de
secondes dans la peau de l'homme. Elle se sent
inexistante... il a perdu son boulot pour cause de
fermeture de sa boîte, il a perdu sa femme qui n'a

138
pas supporté et il se sent moins que rien puisque per-
sonne ne le voit. Il se demande s'il va choisir un sui-
cide lent par l'alcool ou un plus rapide en se jetant
sous un train... il est trop lâche pour cette dernière
solution. Heureusement son chien est resté, lui, fidèle
quelle que soit la situation.
Léa pleure et se sent terriblement mal
« Je ne savais pas, je ne voulais pas... hoquette-t-
elle entre deux sanglots, je me disais que si je lui
donnais de l'argent, il irait boire alors, je préférais
faire comme s'il n'existait pas plutôt que de lui dire
non. Je me rends compte combien c'est stupide
d'agir de la sorte. Je n'ai pas à juger ce qu'il va faire
de ce que je lui donne, ni de ce qui est juste ou injus-
te. Il faudrait changer tout pour que ce monde soit
différent. Et maintenant que puis-je faire pour lui?
demande Léa retrouvant un peu plus de calme.
— Regarde la jeune femme qui comme toi passe
à côté de lui en faisant comme s'il n'existait pas...
— Oh oui bien sûr, j'ai une idée ! » s'exclame
Léa en s'approchant de la jeune fille qui sort sa
carte de crédit pour payer son dû.
La jeune fille attend son ticket tandis que Léa lui
murmure à l'oreille :
« Regarde cet homme, la vie l'a amené ici mais
peut-être y a-t-il une raison pour qu'il soit aujour-
d'hui sur ta route. Une pièce, un sourire venant du

139
coeur et quelques mots le feraient se sentir moins
insignifiant. »
L'homme est là, près d'elle, tendant une main mal
assurée lorsque d'une manière inattendue, la jeune
fille se retourne, lui sourit et cherche un peu de
monnaie au fond de son porte-monnaie.
« Il est beau votre chien, ajoute-t-elle en lui sou-
riant et vous, què savez-vous faire ? »
L'homme ne sait que répondre, il ne sait plus rien
faire aujourd'hui. Avant, il était employé dans une
petite boîte qui a fait faillite mais depuis...
« Si vous savez jardiner, vous pourriez venir m'ai-
der. Mon compagnon n'a pas beaucoup de temps
pour ça »

140
Autres mondes

Aussi exceptionnels que


soient tes accomplissements
ce seul mot « arrogance »
peut les réduire à néant,
YING HUNG MING

Léa sourit... elle aime chuchoter à l'oreille des


gens et voir combien elle a de pouvoir à faire chan-
ger les événements. En fait, elle se sent fière d'elle
et pense qu'elle a peut-être changé la vie de l'homme
du parking juste par quelques mots tandis qu'autour
d'elle s'intensifie un brouillard. Entre ombre et
lumière, une épaisse couche de substance grise et
oppressante l'entoure.

141
« Râ, où es-tu je me sens perdue, je ne sais pas où
je suis, je ne comprends pas ce qui se passe et je ne
vois plus rien... aide-moi ! » crie Léa d'une voix
proche de l'hystérie.
Dans ce noir-gris où seule une lumière blafarde
permet de distinguer d'étranges silhouettes qui sem-
blent marcher d'un pas lourd, une main de femme,
maigre et ridée, agrippe la cheville de Léa.
« Viens petite, que fais-tu là, soit tu pars soit tu me
suis », ânonne une voix féminine tandis que Léa, de
moins en moins rassurée, cherche le secours de son
guide.
« Râ, tu m'as abandonnée? Tu es où? Je ne te vois
plus, je ne t'entends plus ? J'ai besoin de toi ! »
Aucune réponse ne traverse l'épaisseur du lieu tandis
que la voix de la vieille femme continue, gouailleuse :
« Tu as peur, petite et pourtant c'est toi qui es
venue ici... regarde autour de toi. »
Léa, épuisée moralement, s'exécute tandis qu'au-
tour d'elle se forme peu à peu une ronde d'êtres qui
se présentent en tendant la main vers elle.
« Moi, je suis Moi le grand chef à qui le monde
obéit, dont tous ont peur. Je peux les aider ou les
détruire à volonté. Je les paie, ils ont peur de perdre
le peu que je leur donne et ainsi, j'ai du pouvoir sur
eux... » souffle un homme gros et gras au ventre
énorme et qui semble se déplacer avec difficulté.

142
« Je me souviens juste que j'ai ressenti une vive
douleur dans la poitrine et puis je me suis retrouvé
ici, continue l'homme d'une voix moins assurée...
Je vais bientôt rentrer chez moi n'est-ce pas ? »
La question est posée en attente d'une réponse qui
ne vient pas et qui réveille la colère de l'homme.
« Je veux partir d'ici c'est un ordre » crie-t-il tan-
dis qu'un écho répète : « partir, partir »
Sans réponse à ses ordres, l'homme gros et gras
semble déstabilisé et de plus en plus en colère. Il quit-
te alors le cercle d'un pas lourd entouré des couleurs
sombres et des formes serpentines créées et entrete-
nues par son psychisme cependant qu'une odeur fétide
se répand sous la forme d'une traînée verdâtre.
Un petit blondinet mince et nerveux qui se tenait à
ses côtés décide de se présenter à son tour.
« Moi c'est un peu différent, les gens m'aimaient
parce que je leur vendais du rêve pour les aider à
sortir de leur malheur. Ils payaient cher pour que je
leur raconte leurs vies précédentes et leur avenir
que je coloriais à ma façon... le pouvoir que ça me
donnait nourrissait cette partie de moi en manque
de reconnaissance. Et puis un jour de pluie, une
voiture a croisé ma route et je me suis retrouvé
dans cet endroit dont je ne sais comment sortir.
Ici je continue à vendre du rêve parce que je ne sais
pas faire autrement et que ma nourriture vient d'eux

143
tous lorsqu'ils me remercient. » Sur un geste de la
main il balaye le cercle de personnes qui se sont pla-
cées autour de Léa tandis que le groupe se met à
ricaner.
Une femme, à son tour, tend la main vers Léa, elle
est vêtue sobrement tout en gardant une allure
majestueuse :
« Moi, je suis chanteuse lyrique et j'aime mon art
profondément mais je crois aimer la gloire plus
encore et pour cela je suis prête à tout. Ici je chante
mais je ne sais pas pourquoi je suis encore là au
milieu de tous ces pauvres gens qui ne comprennent
rien à mon art. Personne n'a jamais rien compris à
mon art, ni ici ni ailleurs, tous des incultes, des
ignares » ajoute-t-elle avec colère tandis que son
visage aux traits fins se modifie et prend l'aspect
d'une vieille femme ridée et grimaçante de rage.
« Je suis tombée un jour sur la scène en plein
spectacle et depuis, je ne me souviens de rien.
Aidez-moi s'il vous plaît » ajoute-t-elle s'adressant à
Léa qui, pétrifiée, écoute et ne dit mot.
« Alors tu viens avec nous ? Sinon, va-t'en, tu n'as
rien à faire ici ! » clame le groupe d'un même élan et
d'un ton menaçant.

Léa est perdue, elle ne sait que faire et même si je


sais qu'elle veut partir, je sens que quelque chose la

144
retient encore dans ce lieu. Peut-être de l'ordre de
l'inachevé.
« Je ne crois pas avoir quoi que ce soit de commun
avec vous et pourtant quelque chose me dit qu'il y a
un peu de vous en moi. Ce que vous reflétez n'est
pas totalement moi, cependant il y a un instant, j'ai
reconnu ce besoin de reconnaissance et de puissance
chez moi. »
Dans les mots de Léa, je peux percevoir de la com-
passion et un sentiment d'impuissance à ne pouvoir
aider ces personnes. Ses paroles ne sont pas simple-
ment des mots mis bout à bout. Elles sont vivantes et
émettent un rayonnement visible sur ce plan de
l'âme.
Le groupe recule, certains des êtres rampent main-
tenant dans une boue qui semble les engloutir les
uns après les autres tandis que l'air et la lumière
réapparaissent autour de Léa.
La voix du guide résonne claire et chaleureuse :
« Léa, enfin tu es là!
— Comment ça, je suis là? C'est toi qui disparais
de ma route au moment où j'ai le plus besoin de toi
et tu fais comme si tu avais toujours été présent... »
répond Léa avec un mélange de soulagement et
d'agacement.
« Léa, je ne suis jamais parti mais toi, tu ne me
voyais plus et tu ne m'entendais plus, simplement

145
parce que ta peur et l'intrusion dans le monde que tu
viens de découvrir construisaient un mur entre toi et
moi. »
21

Les guides

Beaucoup de gens dans ce monde ne


font que jouer un rôle, sans
comprendre qu'il existe une main
divine invisible qui les dirige.
PAULO COELHO,

« C'est une construction du mental qui, comme sur


la Terre, fait croire aux humains qu'ils sont aban-
donnés et seuls, alors que leurs guides sont toujours
à leurs côtés. C'est un peu le principe de l'ange gar-
dien.
Votre problème à vous, les humains, c'est que vous
ne nous voyez pas, ni ne nous entendez, simplement
parce que votre mental trop encombré bavarde sans

147
cesse et ne laisse place à rien d'autre ou si rarement.
Vous nous en voulez comme si nous étions respon-
sables de votre manque de conscience et de clair-
voyance. Jamais nous ne vous laissons alors que
vous nous oubliez souvent. Lorsque vous pensez à
nous c'est bien souvent pour que nous fassions le
travail à votre place... Notre rôle n'est pas de vous
prendre par la main mais de vous apprendre à
conduire seul votre vie et d'accepter vos choix ainsi
que les conséquences de vos choix. »
Comme à son habitude, Râ donne envie de sourire
à la vie. Tout est si simple avec lui ! Il continue
« Léa, tu es entrée dans le monde de ceux et celles
qui aiment le pouvoir quelle qu'en soit la raison. C'est
un monde que tu peux trouver après ta mort terrestre.
Cela arrive lorsque la personne éprise de pouvoir
meurt sans remise en question, sans amour. Elle va
retrouver pendant un certain temps, ce monde.
Puis, un jour, des événements et des situations vont
lui sembler hors de propos et commenceront à l'in-
terpeller du style « cet or que je protège ne me sert à
rien là où je suis », ou encore « ce spectacle dont je
suis la vedette n'a aucun sens et les personnes qui le
regardent ont l'air complètement indifférentes ».
Elle peut aussi voir le décor qu'elle a créé autour
d'elle devenir bancal et comporter des malfaçons
étranges... une cloche dont le son est faussé, un clo-

148
cher d'église qui penche sont des anomalies qui
réveillent celui ou celle qui les a créées.
C'est souvent le moment où l'entité se pose des
questions sur la justesse de sa vie.
Lorsque cela arrive, ce monde disparaît peu à peu
à. ses yeux au fil de son réveil, et des guides la
conduisent alors vers le plan qui correspond vérita-
blement à son âme.
Tu es arrivée sur ce plan parce que, tout à coup,
l'ivresse du pouvoir a habité ton âme et s'est
connectée avec toutes ces âmes amoureuses du pou-
voir. Tu es rentrée en lien avec cette partie de toi qui
a soif de reconnaissance et que tu as éprouvée
lorsque tu as chuchoté avec succès à l'oreille de
ceux et celles que tu croisais.
Il est tout à fait normal d'éprouver de la joie à réus-
sir ce que l'on souhaite, ce qui l'est moins, c'est l'at-
tente de résultats ajoutée au plaisir et à la certitude de
savoir que l'on a raison. Ces derniers éléments
viennent du mental inférieur et ce sont eux qui
empêchent les humains d'accéder à leur essence.
Dans votre monde terrestre, il est souvent question
d'ego et de mental sans que vous puissiez réellement
mettre des mots et des attitudes derrière eux. Il est
grand temps que votre monde reconnaisse les pièges
de l'ego dans son besoin de contrôle, de recon-
naissance, d'agir dans le seul but d'être aimé.

149
Apprenez à accepter le vide, ce qui est, ce qui
vient vers vous. N'acceptez pas simplement ce que
la vie vous propose et qui correspond à vos choix
de vie mais je vous demande plus encore : aimez ce
qui est, aimez votre vie, alors seulement vous aurez
la possibilité de modifier ce qui peut l'être.
Ainsi et à ce prix vous vous retrouverez ! »
Râ s'est tu et un silence chargé de paix habite à cet
instant nos cœurs.
« Léa, tu as encore quelques pas à faire en ma
compagnie, viens, suis-moi ! »
C'est alors qu'aussitôt un paysage se dessine
autour de nous. Je suis là, avec Léa qui n'a toujours
pas conscience de ma présence, dans un monde gris
sombre dans lequel flottent des silhouettes qui sem-
blent errer sans but.
L'une d'elles, pourtant, ouvre les yeux et s'adresse
à Léa:
« Que viens-tu faire ici ? Tu as pénétré dans mon
rêve et tu me perturbes.
- Je ne comprends pas, s'excuse Léa prise de
cours, et puis de quel rêve s'agit-il ?
- Tu es stupide ou quoi ? Ici nous avons à disposi-
tion toutes les substances interdites d'habitude ou
pour lesquelles il faut payer cher. L'alcool, la drogue,
tout ce que tu veux et ainsi nous pouvons continuer à
rêver notre vie.

150
- Vous rêvez votre vie sans jamais la vivre vrai-
ment ? interroge Léa, en proie à l'étonnement.
- Et alors ! On ressent les mêmes choses que si on
la vivait physiquement mais on n'a rien à faire, ce
n'est pas fatiguant, il suffit juste de se brancher sur
une personne qui prend la même substance que nous
dans le monde physique des morts-vivants et c'est
parti. Bon, j'ai à faire, sinon ma bulle va éclater. »
Je regarde autour de ce personnage qui ressemble à
ceux que l'on trouve dans les bandes dessinées, les
nombreuses bulles qui l'entourent. Les unes décri-
vent des scènes érotiques, d'autres des mondes oni-
riques sans aucune consistance. Je me pose la ques-
tion : « Est-il suffisant de rêver sa vie ? Que se
passe-t-il lorsque la bulle éclate ? »
Léa regarde, elle aussi perplexe :
« Râ, penses-tu que moi aussi j'ai bien souvent rêvé
ma vie ? Est-ce pour cela que tu m'as amenée ici ?
- Souviens-toi, Léa, de tous tes rêves non réalisés
et tu verras que ce monde habité par des personnes
accrochées aux substances toxiques est aussi celui
de bien des humains qui ont lâché leurs rêves et se
contentent de rêver leur vie.
Mais regarde ce qui vient… »
Une bulle pleine de rêves vient d'éclater puis une
autre et encore une autre... Les bulles se répandent
en un liquide visqueux tandis que leur contenant

151
onirique disparaît comme par magie. La silhouette
qui planait avec les bulles s'est à présent écrasée sut
le sol. Elle s'agite et se tord comme sous l'effet d'une
grande souffrance :
« Vite, aidez-moi, mon monde s'écroule, je veux
le reconstruire, je vais mourir, je ne peux vivre sans
lui !
Léa, impuissante, ne sait répondre autre chose
que:
« Tu ne peux pas mourir, tu es déjà mort... »
L'homme regarde Léa comme si elle venait de sortir
la plus grande des âneries :
« Pourquoi dis-tu cela! Tu es stupide, tu fais partie
de mon cauchemar, c'est certain. Va-t'en, si tu es
une illusion, sinon dis-moi qui tu es et d'où tu viens,
s'écrie l'homme en plein désarroi.
— Je suis morte moi aussi, mais le monde qui est
le tien est un monde où les cauchemars et les rêves
s'alternent. Ce doit être épuisant. »
L'homme, à présent, est assis au milieu des débris
de ses rêves et, interpellé, il écoute, tandis que Râ
prend la parole
« Ton monde te donne beaucoup de souffrance,
n'aimerais-tu pas un monde où tes rêves soient plus
joyeux et t'apportent du bonheur ? As-tu une per-
sonne que tu aimes et que tu aimerais revoir ? Tu as
déjà passé tellement de temps ici. »

152
L'homme réfléchit :
« Personne ne m'a jamais aimé. Je ne vois pas
qui j'aimerais revoir ? »
Sur un geste de Râ, une silhouette féminine et gra-
cieuse se dessine face à l'homme qui regarde, cette
fois complètement éveillé.
« Sophie, ma puce, mais que fais-tu là? Bien sûr
que je t'aime mais jamais je n'aurais voulu que tu
me voies dans une telle déchéance... »
Une enfant de dix ans vêtue d'une jolie robe bleue
fait face à l'homme et lui tend la main tandis qu'il
éclate en sanglots.
« Je suis désolé, je suis vraiment désolé... » sont
les seuls mots qu'il arrive à articuler.
L'enfant lui sourit et lui fait signe de la suivre tan-
dis que l'homme se lève, prend la main de la fillette
et que leurs deux silhouettes disparaissent dans une
lumière éblouissante.
« Râ tu me dois des explications.
- Seul l'Amour peut aider ces êtres à sortir de l'en-
fer imaginaire créé par leur mental.
L'addiction est une maladie qui continue après la
mort du corps physique mais les plans de lumière
vont tracer un chemin jusqu'à ces lieux et aider, le
moment venu, ceux et celles qui se réveillent d'un si
profond sommeil. La petite fille que tu as vue est la
fille de cet homme. Il l'a écrasée accidentellement.

153
Il avait trop bu et il ne l'a pas vue. Il ne s'en est
jamais remis. »

Non loin de nous, une silhouette est assise sur une


montagne d'or et compte les pièces qu'elle met soi-
gneusement à côté d'elle dans une danse macabre et
ininterrompue. Un couple marche, pendant ce temps,
autour de la montagne dorée marmonnant des mots
incompréhensibles. Ils tournent inlassablement en
rond autour de l'objet de leur désir.
« Ne t'inquiète pas, Léa, pour eux aussi il y aura
un moment de rupture qui les aidera à rejoindre
d'autres plans de conscience. N'oublie pas qu'ici le
temps est autre et que ces mondes ne sont que des
créations d'esprits perturbés. Ils persistent le temps
des croyances de leurs créateurs. Cent ans de votre
Terre n'est pas un temps long. »
22

Le monde des nombres

La moindre parcelle à l'intérieur de


vous est connectée au cosmos tout
entier, à la connaissance suprême et à
l'avance de toutes les humanités.
ANNE GIVAUDAN

J'entends le doux rire de Râ devant la perplexité


de Léa et sa moue dubitative.
Cette fois, nous prenons à la suite de Râ un sentier
bordé de fleurs d'une grande beauté, sans avoir
aucune idée de là où il nous amène. Nous passons
sous des arches de fleurs roses dont le parfum et les
couleurs s'immiscent dans toutes les cellules de nos
corps subtils. Une paix s'instille en nous telle une

155
douce pluie printanière qui nous lave de tout ce que
nous avons traversé.
Nous sommes là, dans un immense pré mer-
veilleusement vert et parsemé de fleurs de toutes les
couleurs. Sans doute est-ce là un inonde imaginaire
mais il a le mérite de conscientiser tout ce qu'il y a
de plus beau et de plus paisible dans notre monde.
Au fond du pré, un grand chapiteau à huit côtés et
couleur or semble nous attendre.
La voix de Râ nous guide :
« Allons jusqu'à ce bâtiment où nous sommes
attendus. Regarde sa matière Léa, aucune matière de
cette sorte n'existe sur Terre. C'est l'invention des
êtres que tu vas rencontrer. »
Une magnifique porte en arcade avec des sym-
boles gravés de chaque côté, nous ouvre l'entrée du
lieu. Un espace immense s'offre à nous tandis
qu'une hôtesse vient à notre rencontre.
« Vous êtes les bienvenus dans ce lieu, nous vous
y attendions et je suis là pour vous guider. »
L'hôtesse aux cheveux très courts et noirs porte un
vêtement fait d'une tunique et d'un pantalon aux
couleurs changeantes qui font corps avec elle.
Je sais qu'elle m'a vue et qu'elle sera discrète à ce
sujet.
À sa suite, nous avançons dans une allée qui
semble miroiter le ciel.

156
De chaque côté, des hommes et des femmes
paraissent très concentrés sur des tables et devant
des écrans futuristes.
Un homme jongle avec les solides de Platon qui
flottent autour de lui et se déplacent selon les mou-
vements de ses mains.
Des formules compliquées sortent des écrans
devant un couple qui paraît écrire dans le vide
d'autres formules qui s'affichent dans l'espace.
Des êtres très étranges s'approchent d'une person-
ne puis d'une autre et semblent parfois apporter leur
aide à l'un d'eux.
Certains sont longs et maigres, d'autres petits et
trapus avec des couleurs différentes. En regardant
plus attentivement, j'aperçois la forme de leur corps
semblable à des chiffres.
Léa est bouche bée :
« Râ explique-moi... s'il te plaît...
— Nous sommes dans le monde des chercheurs et
des scientifiques. Ils continuent ici leurs recherches
avec bien plus de facilité que sur Terre. Regarde
avec attention ceux qui vont et viennent autour
d'eux que remarques-tu?
— Ils ont des formes semblables à nos chiffres !
— En effet, nous sommes dans le monde des
nombres et des formes. Sur Terre, vous utilisez les
nombres et les formes mais bien souvent vous avez

157
perdu le savoir de ce qu'ils sont. Votre monde de
matière vous a fait oublier l'essence de ce qui les
habite. Regarde-les bien ! Que remarques-tu?
— Ils ont l'air d'avoir une conscience et une vie
autonome.
— C'est bien cela que je souhaitais te faire com,
prendre. Les nombres sont des entités à part entière
dont les vêtements sont les formes sous lesquelles
tu as pu les appréhender sur Terre. Les notions de
bien et • de mal telles que les comprennent les
Terriens leur sont cependant inconnues.
Collaborer avec eux permet de rentrer dans une
dimension encore ignorée de la majorité des habi-
tants de la Terre. Les scientifiques que tu vois ici se
préparent à une nouvelle incarnation et sauront tra-
vailler avec les entités que sont les nombres. Ils
comprendront comment il est essentiel de ne pas
mélanger certaines énergies entre elles afin de ne pas
créer de structures dévitalisantes, ils sauront
demander l'aide des nombres pour bâtir non seule-
ment sur le nombre d'or mais aussi sur le nombre de
diamant et de cristal ou sur celui de la lune d'argent.
Mais regarde bien ce qui se passe ici. »
Face aux nombreuses tables et devant les écrans
futuristes, les nombres se sont réunis et dansent.
Je ne comprends pas ce que cela signifie mais je
ressens cette danse comme une initiation cosmique.

158
Peut-être n'est-il pas nécessaire de comprendre
mais simplement de sentir.
Je lâche toute volonté d'en savoir davantage lors-
que tout à coup un phénomène particulier m'habite
tout entière. Je suis parcourue d'ondes puissantes et
légères à la fois, qui font pétiller toutes mes cellules
subtiles. Une régénération s'opère. Je ne sais pas
comment je sais cela, mais j'en suis convaincue.
Une voix fine s'immisce en moi :
« Nous les nombres, nous avons la connaissance afin
de vous aider sur bien des plans. La science bien
entendu est notre domaine mais aussi la guérison de
vos âmes et par là même de vos corps. Nous sommes
l'équilibre, la mesure, le rythme. Nous avons accepté
la tâche que le Divin nous a confiée et qui est l'ordon-
nance de toute chose. Nous contribuons à maintenir la
structure de votre monde et si vous collaboriez avec
nous, vous découvririez comment construire des
bâtiments et des logements desquels émanerait une
symphonie guérissante, apaisante ou dynamisante.
Vos constructions actuelles sont pour la plupart
dénuées de vie et dévitalisantes car vos construc-
teurs font cohabiter des nombres qui ne peuvent
vivre en synergie de par leur qualité d'origine. Ce
que vous appelez "géométrie sacrée" n'est qu'un
embryon de ce que nous pourrions vous révéler si
vous acceptiez de nous écouter.

159
Nous sommes partout dans vos vies, dans les outils
que vous utilisez au quotidien, dans vos meubles et
même dans vos corps physiques et dans vos organes
dont la forme et la structure sont maintenues par nos
soins. Nous collaborons étroitement avec nos frères
et sœurs des lettres, des couleurs et des parfums,
sachez-le simplement.
Le peuple de la nature sait cela et nous apporte son
aide à chaque instant. Seul le peuple des humains est
encore ignorant de notre existence...
Cette science perdue va ressurgir avec tous ceux
que nous aidons, que nous formons, que nous pré-
parons à leur prochaine incarnation. Certains êtres
de votre Terre ont déjà une partie de cette connais-
sance et soignent avec notre aide. Ils pensent à la
toute-puissance des nombres en oubliant parfois
que nous ne pouvons tout régler.
Nous dansons la danse cosmique des heures et des
temps qui n'ont ni passé ni futur, nous aidons à effa-
cer vos blessures et vos mémoires anciennes mais ne
faites pas de nous vos guérisseurs car, vous le savez,
vous seuls avez ce pouvoir. Personne ne peut guérir
un être sans que celui-ci n'ait fait un pas dans ce
sens. Nous sommes des aides et nous vous remer-
cions de considérer à nouveau notre juste place. »
La voix s'est tue tandis que le ballet cosmique
cesse lui aussi.

160
Dans le grand bâtiment octogonal des hommes et
des femmes attentifs continuent leurs recherches au
milieu de chiffres et de modules se déplaçant dans
1 ' espace.
Léa, décontenancée et attentive à tout ce qui l'en-
toure, se dirige à présent vers un couple qui regarde
un cerveau qui tourne à quelques mètres d'eux.
La jeune guide qui nous avait accueillis lors de
notre arrivée sur les lieux, s'approche de Léa et la
présente au couple de chercheurs :
« Je vous présente Léa qui, dans quelque temps,
prendra la décision de revenir sur Terre avec de
nouvelles connaissances. »
Le couple salue la jeune femme interpellée par ce
qu'elle vient d'entendre, tandis que l'homme
explique :
« Regarde, Léa, ce cerveau holographique, nous
avons toute notre vie cherché à comprendre ce qui se
passait dans un cerveau humain pour nous apercevoir
ici qu'il faut chercher bien au-delà de sa simple
structure. Vois-tu les ondes lumineuses qui comme
des fils émanent de cet organe et qui s'envolent vers
un endroit que nous ignorons encore ? »
Léa acquiesce et reste bouche bée devant ce qu'el-
le voit : du cerveau qui tourne lentement sur lui-
même partent des rayons d'une brillance extrême
qui relient l'organe à une lumière très lointaine.

161
C'est alors qu'un être s'approche du petit groupe. Il
est de taille moyenne, très bien proportionné, son
crâne sans cheveux est oblong et la couleur de sa
peau tend vers le vert olive. Les vêtements qu'il
porte et l'insigne de sa tunique me permettent de
savoir d'où il vient : sa planète est celle de scienti-
fiques de haut vol. Nous nous saluons discrètement
tandis que Léa qui ne l'a pas encore vu, continue sa
conversation avec les deux chercheurs.
Arrivé au niveau des trois personnes, l'être prend
la parole en étendant le bras vers le cerveau en sus-
pension tandis que Léa et le couple écoutent avec
attention :
« Un cerveau a des ramifications extrêmement
subtiles et c'est elles que vous vous devez d'appré-
hender afin de mieux comprendre son fonctionne-
ment. Ces fils lumineux qui vous intriguent sont des
connexions avec la partie la plus spirituelle de l'être
humain et renvoient des informations qui vont avoir
un impact sur tous les secteurs de sa vie. Ces infor-
mations seront cependant filtrées par les émotions et
le mental inférieur de l'humain et seront susceptibles
de déformations. Ces transformations par rapport à
l'information originelle ont cependant un sens pour
l'individu qui les vit mais il est à présent indis-
pensable de pouvoir nettoyer les parasites qui se for-
ment le long de ces fils.

162
Sans doute vous demandez-vous comment faire
pour y arriver ?
Sachez que rien n'est immuable ou statique.
Toutes les ramifications bougent en fonction des
pensées émises par l'être humain. Elles se créent et
se décréent à volonté en dépassant largement le
cadre du physique. C'est dans cette direction qu'il
vous faut aller dès à présent.
Vos pensées et vos paroles sont des ondes puis-
santes dont vous ne mesurez pas encore complète-
ment la portée. Le temps est venu pour vous,
peuple des Hommes, de redécouvrir vos capacités
infinies et de sortir du rêve que l'on vous impose
quotidiennement.
Le cerveau est une interface aux multiples con-
nexions entre vous et les autres mondes. Chacun de
vos organes a cette possibilité avec une fonction
autre. Sachez cependant que si cette interface se
trouvait endommagée vous auriez le pouvoir de
recréer de nouvelles connexions afin de continuer
votre route.
Sur votre Terre, certains humains naissent avec des
circuits différents de ce que vous connaissez et vous
ne pourrez les comprendre que lorsque vous accep-
terez que leur forme d'intelligence soit égale, voire
supérieure à la vôtre. Ils captent des mondes que vous
ne pouvez voir et leurs réactions vous paraissent

163
parfois étranges, cependant ils ont accepté cette
incarnation pour faire bouger vos anciennes struc-
tures. Ils sont là pour faire éclater ce qui empêche
l'évolution que ce soit dans la science, les croyances
ou tout autre domaine.
Vous allez découvrir que tout, absolument tout est
possible et que vos organes ne sont que des trans-
metteurs et non des générateurs. Ces derniers sont
reliés à d'autres plans que vous commencez tout
juste à appréhender.
Un être n'est pas malvoyant simplement parce que
ses yeux sont déficients, de même qu'un autre n'est
pas malentendant parce que son ouïe est malade.
Vous pourriez voir par n'importe quelle cellule de
votre corps et entendre de même mais pour cela il
est essentiel que vos croyances se modifient.
Lorsque vous apprendrez dès l'enfance à parler à
vos cellules comme à une entité responsable, vos
corps auront un comportement différent et vous
pourrez guérir bien des pathologies actuelles.
Cela demande un apprentissage et une modifica-
tion de vos concepts habituels. »
L'être au visage oblong s'est tu et, sur un geste
aérien, il ouvre grand la paume de la main tandis
qu'un écran jusqu'alors invisible s'éclaire pour nous
laisser découvrir des cellules qui semblent danser
devant nos yeux. L'être s'approche d'elles :

164
« Modifiez votre structure simplement pour que
l'on puisse reconnaître votre individualité et votre
compréhension des mots que nous émettons » leur
dit-il d'une voix chaleureuse.
C'est alors que sous nos yeux ébahis, les petites
cellules grandissent, dansent, puis reprennent leur
place et leur dimension.
Une explosion de joie et de bonheur nous habite
tous.
« Wahoo ! » s'exclame Léa qui semble submergée
à la fois par la quantité d'informations qui boulever-
sent ses concepts habituels et par la perspective
d'un futur planétaire différent.
« Vos possibilités sont immenses, continue l'ins-
tructeur au crâne allongé, vous pourriez rendre
concrets vos pensées et vos rêves en communiant
avec ce que certains nomment la matière akashique.
Il vous manque cependant la certitude, la confiance
que cela existe ainsi que la maîtrise de ce que vous
créez. Lorsque vous aurez la foi dans ce que vous
voulez vraiment, lorsque toutes vos cellules sans
exception en seront imprégnées alors vous soulève-
rez les montagnes.
Apprenez à devenir les maîtres de vos pensées,
ayez la certitude qu'il n'y a ni vous ni d'autres à
l'extérieur de vous mais simplement un seul être
dont vous êtes une parcelle.

165
Lorsque vous le ressentirez, alors seulement vous
ne pourrez créer que le beau. »
Léa écoute, elle reste là devant les cadrans qui
s'éclairent et s'éteignent, devant les hologrammes et
les êtres divers qui vont et viennent, bouche bée
telle un enfant devant un spectacle grandiose.
La voix de Râ tire la jeune femme de son état
proche de la léthargie.
23

Le monde des lettres et des sons

Pour communiquer, il faut


avant tout communier, Et pour
communier, Il faut aimer et
s'aimer aussi soi-même.
ANNE GIVAUDAN

« Léa, nous avons encore à faire et à voir. Es-tu


prête à me suivre ? » la voix de Râ est telle qu'il est
difficile d'y résister.
Léa s'étire comme si elle sortait d'un rêve :
« Bien sûr, Râ, je continue, je me demande sim-
plement comment je vais pouvoir retenir tout ce qui
m'est montré... J'aimerais tellement !
— Sois sans inquiétude, tes cellules subtiles
retiennent tout ce qui te sera nécessaire plus tard.

1 67
— À ce propos, ajoute la jeune femme, la guide
de cet endroit a parlé de ma prochaine venue sur
Terre, tu es au courant toi ?
— Là encore, fais-moi confiance ! Nous en parle-
rons un peu plus tard. »
Curieusement et pour la première fois je distingue
une silhouette lumineuse qui pose sa main sur
l'épaule de Léa pour lui indiquer la direction à
suivre. Râ se matérialiserait-il peu à peu pour nous ?
Je sens aussitôt un sourire poindre de la silhouette
qui ajoute :
« Bonne intuition ! » sans autre commentaire.
Nous nous dirigeons à présent vers une autre
structure cette fois de forme pyramidale et faite
d'une matière semblable au cristal.
De l'édifice émanent une majesté et une présence
inhabituelles tandis qu'une onde colorée et dansante
entoure le lieu dans lequel nous pénétrons par une
immense porte, invisible à notre densité mais pal-
pable.
Un être nous accueille, il a une apparence étrange,
inhabituelle. Il a une forme que je n'ai jamais vue
chez un être humain et qu'il m'est difficile de décri-
re. Il me fait penser à une lettre de notre alphabet, au
"A" dans sa plus belle forme mais à peine ai-je
pensé cela qu'il se transforme en "A" d'autres alpha-
bets anciens, ce qui rend son approche tout à fait

168
déroutante. C'est alors que, d'une voix que je recon-
nais être la voix de lait apprise à l'époque des
Esséniens, l'être s'adresse à nous :
« Vous voilà dans un des lieux où les humains
prennent aujourd'hui contact avec notre monde des
lettres, des couleurs et des sons. Ne soyez pas per-
turbés par mon apparence. Mes changements de
forme n'ont pas pour objectif de vous perdre. Je suis
l'Alpha des temps anciens, l'Aleph et le "A" des
commencements éternels. Sans nous votre monde se
serait dissous depuis bien longtemps. Nous sommes
des créateurs de mondes infinis que vous ignorez
encore mais que vous créez sans cesse avec nous.
Avancez et regardez, ou plutôt, écoutez... »
La voix cesse tandis que notre trio avance dans la
vaste salle où des lettres sous des formes diverses
vont d'un humain à l'autre tandis que sur des murs
gris clair, des galaxies vont et viennent dans ce qui
semble être un ballet sans fin.
Des êtres humains semblent occupés à émettre des
sons sous la directive de trois entités-lettres, atten-
tives à la qualité de l'onde sonore émise.
Léa s'en approche, mue par la curiosité et le désir
d'en savoir davantage.
Une entité-lettre qui était dans un coin de la salle,
assise dans une posture méditative, se lève et se
dirige vers ceux qui émettent les sons.

169
Je ne vois pas son regard mais je sais qu'elle a
fermé les portes de son être pour rester en connexion
avec les profondeurs de son âme. Il étend une partie
de lui qui pourrait être son bras en direction des
ondes sonores. C'est alors que j'assiste à une scène
émouvante.
L'onde sonore devient un monde dans les couleurs
du bleu et du blanc tandis que des présences sem-
blent arriver, comme des papillons attirés par la
lumière, pour se poser sur la sphère qui vient de se
créer.
Peu à peu, le monde grandit et ressemble à notre
Terre vue de loin et de haut tandis que les entités
semblables aux papillons, s'affairent et semblent y
vivre comme nous le ferions sur Terre.
Ces présences semblables à de petits elfes s'ai-
ment, s'activent, vivent et meurent comme si le
temps qui leur était imparti n'avait rien à voir avec
notre temps terrestre mais correspondait pour eux à
une ou à plusieurs vies.
Je connaissais ce concept que j'avais appris, il y a
bien longtemps dans d'autres vies, mais cette fois
j'assistais en direct à la création d'un monde par
l'onde sonore émise par des êtres humains.
Spectacle magnifique mais combien interpellant !
De l'entité-lettre coulent des paroles semblables à
la douceur du miel

170
« Vous êtes des créateurs, pour les êtres qui
vivent sur les mondes que vous formez, par les
sons que vous émettez.
Vous pouvez créer des mondes déstructurés où
régneront la violence et la peur ou des mondes de
joie et d'amour. Soyez simplement conscients que
vos mots ne sont pas simplement des mots et qu'ils
ne touchent pas seulement des êtres extérieurs à
vous.
À présent, regardez mieux l'impact de ces
mondes sur vous. »
Un homme du petit groupe devant lequel nous
nous trouvons semble irrité et tourne le dos à l'as-
semblée.
C'est alors que l'entité lettre s'adresse à lui :
« Peux-tu nous dire ce qui semble te contrarier
en cet instant ? »
L'homme, toujours de dos, prononce d'une voix
rocailleuse :
« Je suis rempli de colère, je le sais, mais les tor-
tures qui m'ont été infligées sur Terre, avant mon
arrivée ici, parce que je ne voulais pas suivre les
nonnes établies, me rendent haineux et lorsque je
me rends compte de la puissance des mots, j'ai
peur de ce que je vais créer. »
La voix douce et ferme de l'entité-lettre se glisse
en nous telle un baume de paix :

171
« Tu n'es pas haineux, tu vis de la colère ce qui
déjà est différent. Regarde simplement ce qui so
passe. »
L'homme apaisé par le son de la voix nous fait
face et regarde. Devant lui, semblable à une bulle de
savon, se crée au fil de ses paroles un monde rempli,
d'éclairs et de cris qui attire des petites entités
sombres et grimaçantes.
Tout à coup, ce monde tournoyant envoie des fila-
ments couleur gris terne en direction de son créateur,
qui pénètrent en lui jusqu'au chakra du cœur.
L'homme réagit devant ce spectacle qui ne laisse
personne indifférent :
« Je vois bien que je suis comme mes bourreaux,
créateur d'un monde stupide, je ne veux pas cela... »
L'homme, à présent, semble effondré tandis que sa
colère est de moins en moins visible. À genoux sur
le sol translucide du bâtiment, il supplie :
« Dites-moi comment arrêter tout ça? Par la haine
qui m'habite encore je contribue à entretenir la souf-
france, cela dure depuis trop longtemps et j'en suis
épuisé même si mon corps physique n'est plus là
pour se rappeler à moi. Aidez-moi. »
L'entité-lettre semble méditer quelques instants
puis appelle à elle d'autres entités qui se mettent en
cercle autour du monde en souffrance créé par
l'homme blessé.

172
En l'espace d'un éclair, je vois se dessiner le mot
AMOUR formé par chacune des entités-lettres com-
posant ce mot. Une danse commence tandis qu'un
son mélodieux s'échappe des danseurs réunis.
Le mot se transforme au gré de la danse et je com-
prends alors que le mot AMOUR est écrit et chanté
dans toutes les langues de la Terre, même les plus
anciennes, celles oubliées depuis longtemps, celles de
continents disparus. C'est alors que le monde explose
en millions de petites étincelles lumineuses qui se dis-
solvent dans la lumière, tandis que la danse s'arrête.
Les danseurs-lettres s'éparpillent alors joyeuse-
ment et comme si rien n'était, reprennent tranquille-
ment leurs activités auprès des différents groupes
en apprentissage auprès d'eux. L'entité-lettre
méditante tourne son regard vers l'homme qui, cette
fois, semble beaucoup plus apaisé :
« Tu peux toi aussi dissoudre les mondes que tu
crées et effacer l'énergie pernicieuse ou déstructu-
rante qui les habite au moment de leur création.
Refuse le rôle de la victime soumise et en colère. Il
suffit d'un instant de conscience et d'Amour pour
que tout s'efface, si tu le veux ainsi.
Dans le cas contraire, ton monde, même s'il est
éphémère, continuera sa route et détruira autour de
lui ce qui l'approche jusqu'à ce que l'énergie qui
l'anime se dissolve.

173
Le peuple humain ne perçoit pas encore assez pré-
cisément cela et pense bien souvent que les guerres
ou les tremblements de terre sont dus au hasard ou
encore à des agissements politiques pervers.
Qu'il se pose cette question : qui nourrit ces éner-
gies de l'ombre ?
Ceux que nous nommons tous nos frères et sœurs
de l'ombre savent comment vous faire agir et réagir,
Votre ancien monde doit s'effacer car ses bases
sont vermoulues, comme celles d'un bois rongé par
la vermine. Cela n'a rien d'étrange ou d'inhabituel.
Toutes vos anciennes civilisations ont rencontré ces
fins de cycle.
Vous n'êtes pas à la fin du monde, mais d'un
monde et il est urgent pour vous d'acquérir d'autres
visions de la VIE ou des VIES. »
L'être s'est tu, il sourit, comme pour nous trans-
mettre un signe d'espoir et de réconfort mais Léa
semble effondrée :
« Je n'ai jamais pensé que notre monde était à ce
point en danger. Je me sens tellement impuissante
! » La voix de Râ se fait rassurante :
« Viens, ne sois pas si triste, tu sauras comment
agir en temps voulu. »
L'entité lettre méditante nous sourit et dans son
regard je perçois des myriades de mondes d'une
beauté indescriptible. Ses yeux se ferment à nou-

174
veau comme un signe qu'il est temps pour nous de
continuer la route...
Léa émue elle aussi ne sait que faire ni vers où se
diriger lorsque nous nous sentons irrésistiblement
attirés vers une femme au physique ovoïde et qui
joue d'un instrument semblable à une harpe de cris-
tal. L'instrument émet des sons qui prennent des
couleurs légères et joyeuses.
Ils m'entourent peu à peu et des volutes colorées,
telles de petites mains, semblent masser tous mes
corps. Un immense bien-être s'ensuit tandis que je
vois combien Léa profite également de l'action gué-
rissante des sons colorés.
« Nous sommes le peuple des couleurs qui ouvre
les portes de votre cœur et de votre âme. Lorsque
nous sommes alliées aux sons, nous pénétrons non
pas dans la matière reflet de votre corps mais dans la
matière lumière et là nous ouvrons continuellement
des portes et des portes à l'infini » résonne une petite
voix enfantine et claire.
« Si vos yeux nous captent à travers le peuple des
végétaux ou dans les couleurs de vos vêtements,
nous vous aidons à guérir vos douleurs et vos peines.
Nous alimentons la joie en tout, et parfois selon vos
états d'âme nous vous enveloppons dans un cocon
plus sombre et protecteur jusqu'à ce qu'une nouvelle
porte s'ouvre.

175
Combinés aux odeurs, nous touchons des zones
spécifiques de votre cerveau pour réveiller vos
mémoires à guérir ou pour y faire refleurir un sou-
venir apaisant.
Des portes, des portes... toujours des portes. »
À quelques pas de nous, des humains jouent sur
des instruments divers. Ils semblent totalement,
concentrés dans leur monde de musique et de sons,
à tel point qu'ils ne semblent pas percevoir notre
présence.
Un enfant assis sur un sol herbeux joue de la flûte
tandis qu'une femme les yeux fermés laisse glisser
ses doigts sur une harpe de forme celtique. Non loin
de nous, un homme jeune, assis devant un piano à
queue d'une blancheur virginale fait courir ses doigts
d'une agilité déconcertante sur le clavier. Nous nous
en approchons...
Le jeune pianiste joue avec une virtuosité telle que
je n'ai jamais entendu cela sur Terre. Des notes s'en-
volent des touches de l'instrument pour former des
ondes d'une telle beauté que rien ne semble les éga-
ler. Je suis là immobile et envoûtée tandis que
s'achève la symphonie.
L'homme, qui semblait ne pas nous percevoir l'ins-
tant d'avant, se retourne alors vers nous souriant, il se
lève de son tabouret et nous salue comme à la fin
d'un spectacle.

176
Il est jeune, presque androgyne, aux cheveux fins
et sombres. Son vêtement fait partie de lui et chan-
ge de couleur au rythme de ses paroles.
« Lorsque j'ai quitté la Terre après une maladie
longue et douloureuse, j'avais plus de quatre-vingts
ans mais mon seul rêve était de continuer à jouer du
piano. J'ai toujours rêvé de ramener sur Terre les
sons que j'entendais dans mes rêves mais je me
heurtais à la difficulté de la matière et j'en demeu-
rais frustré. Je voulais guérir les âmes par ma
musique mais curieusement je n'appliquais pas cela
à ma propre vie... Je n'étais pas un compagnon
agréable car, toujours insatisfait.
Aujourd'hui je commence seulement à comprendre
comment amener sur notre planète plus d'unité à
travers les mélodies et comment capter la musique
des sphères. J'ai perçu également combien mon mal-
être était un obstacle à l'écoute des mondes et des
planètes. Comment faire passer la paix à travers une
âme tourmentée?
Le physique qui est le mien en cet instant est celui
que j'ai créé depuis mon arrivée dans ce monde. Il
n'a rien à voir avec celui que j'avais dans mon
incarnation précédente. Ici tout est possible !
Une autre de mes questions longtemps restée sans
réponse a trouvé son explication. Je me suis souvent
demandé comment et pourquoi de jeunes enfants

177
pouvaient avoir autant de talent en arrivant sur
Terre. Je parle des petits génies qui arrivent avec un
savoir et des capacités que les adultes mettent si
longtemps à apprendre.
Des enseignants de ce plan de vie m'ont amené ici
et m'ont appris qu'il y a un monde où les musiciens
peuvent, de vie en vie, parfaire leur art.
C'est ainsi qu'il nous est possible de revenir sur
Terre avec des talents qui nous font passer pour deS
génies aux yeux des humains. Nous sommes des
génies dans notre domaine... ajoute-t-il avec un
sourire malicieux... Il y a beaucoup de mondes dif-
férents ici afin que chacun puisse continuer à
apprendre ce qui est essentiel pour lui. Je suis
tellement heureux ! »
Le visage du jeune homme est à présent nimbé
d'un rayonnement qui évoque son bonheur.
Léa très attentive lui sourit et demande timide-
ment :
« Mais est-ce que tu n'apprends que la musique ici

Le musicien part d'un grand éclat de rire :
« Non, bien sûr, nous ne sommes pas obnubilés par
notre art et nous avons bien d'autres enseignements
qui nous font comprendre le monde, les mondes et
l'importance de la vie sur Terre. Chacun à son
niveau apprend ce qui sera nécessaire à son âme...

178
Oh! Je vous prie de m'excuser mais regardez mon
chat, il vient pour m'inspirer, je dois retourner à
mon clavier. »
Un magnifique chat digne des contes de fées
arrive et se frotte aux jambes du musicien qui le
prend dans les bras et retourne avec lui au piano.
Le chat sur les genoux, le pianiste frôle les
touches de son instrument avec délicatesse tandis
que son compagnon à quatre pattes pose de temps à
autre la patte sur l'une des touches du piano sans
qu'aucune fausse note ne se fasse entendre...
« Râ, dis-moi est-ce qu'il n'y aura plus que des
musiques classiques dans le futur ? lance Léa sur
un ton enjoué.
- Pour nous il n'y a pas d'appellation pour les dif-
férentes musiques. Il y a celles qui guérissent, apai-
sent, structurent et celles qui éveillent la guerre et la
violence, celles qui déstructurent. Regarde un peu
plus loin vers ta gauche ! »
Léa tourne son regard vers l'angle gauche de la
pièce où une femme semble absorbée par un tableau
virtuel où des êtres-sons en trois dimensions sem-
blent lui montrer quelque chose que nous ne perce-
vons pas.
« Cette femme, alliée à bien d'autres, va apporter
des innovations quant à la structure de la musique
telle que vous la connaissez sur votre planète. Elle

179
va aider les êtres-sons à ouvrir des portes
d'autres dimensions à l'aide d'instruments que
vous ignorez encore. Je ne peux donner
d'appellation à tout cela, car je ne ferais
qu'enfermer dans un cadre rigide ce qui ne doit
plus l'être. »
24

Le milliardaire sans nom

N'estime l'argent ni plus


ni moins qu'il ne vaut,
C'est un bon serviteur
et un mauvais maître.
ALEXANDRE DUMAS

Léa reste sans voix, ébahie et joyeuse tandis


qu'une magnifique porte, qu'elle n'a pas encore vue,
apparaît dans l'espace telle une ouverture invitant à
passer dans une nouvelle dimension.
Une porte circulaire qui ressemble à du cuivre
sculpté de symboles semblables à ceux du calendrier
Maya ou de lettres hébraïques, nous invite à la tra-
verser.

181
« Léa il est temps de franchir l'espace et le temps
vers d'autres rencontres. » suggère Râ d'une voix
qui incite à le suivre.
Nous traversons la porte richement décorée sans
même l'ouvrir. Un frisson me parcourt, celui que je
ressens souvent lorsque l'aventure de la vie me pro-
pose un aspect plus intense que ce qu'il y paraît.
J'ai beau savoir que l'histoire que nous allons
vivre est celle de Léa, il n'en reste pas moins qu'un
petit pincement au niveau du chakra du cœur me
suggère que le moment qui s'approche n'est pas loin
de ressembler à une vague déferlante capable de
nous emporter aux confins de la galaxie si l'on n'y
prend pas garde.
Nous marchons rapidement dans un grand tunnel
lumineux où des zones plus grises, telles de légers
nuages, flottent autour de nous.
Plus nous avançons et plus je ressens l'appréhen-
sion de Léa.
« Es-tu certain, Râ que nous devions nous rendre
là, au bout de ce tunnel? »
Râ ne donne aucune réponse comme cela lui arri-
ve toutes les fois où il sait que celle-ci viendra en
temps voulu.
Cette fois Léa avance lentement, elle traîne
comme si cela pouvait lui éviter une confrontation
qu'elle ne connaît pas encore mais qu'elle pressent.

182
Une lumière vive commence à illuminer l'espace
tandis que nous arrivons à la fin du parcours.
Nous débouchons enfin dans une salle immense et
très richement décorée. L'ensemble du lieu donne la
sensation d'arriver dans un palais, un peu semblable
au palais de Versailles mais dont les murs suintent la
tristesse et la solitude. Malgré les lustres en cristal,
les riches tentures, les meubles anciens, les plan-
chers en bois précieux, rien ne respire la vie. La
matière elle-même semble inerte alors qu'habituel-
lement, tout sans exception pétille de vie. Curieuse-
ment, aucune odeur ne nous parvient, comme si tout
était figé dans une éternité glaciale.
Dans un endroit plus sombre de l'immense pièce,
nous percevons enfin un homme assis sur un trône
en or incrusté de nacre et de pierres précieuses.
La tête dans les mains, son corps, grand et massif,
habillé de vêtements au tissu riche et brodé de fils
d'or, plié en deux et secoué de spasmes qu'il ne
semble pas maîtriser, la chevelure brune en brous-
saille, descendant sur ses larges épaules, il est l'ima-
ge même du désespoir.
Il lève la tête à notre approche comme mu par
un ressort :
« Que faites-vous dans mon royaume ? » commen-
ce-t-il méfiant et en colère mais il se reprend aussitôt
en voyant Léa :

183
« Ah tu es là enfin ! Depuis le temps que je t'at-
tends... si je suis là, c'est quand même grâce à toi,
non? »
Léa reste complètement interloquée tandis que
l'homme continue :
« L'amour de l'argent et de la réussite, c'est toi qui
me l'as donné papa! »
Léa ne sait que répondre et à voix basse elle chu-
chote à Râ:
« Dis-lui que c'est n'importe quoi, il délire. Je suis
une femme et il n'est pas mon fils, quant au pouvoir
je n'en ai vraiment rien à faire... même si j'aime
l'argent comme tout le monde.
— Détrompe-toi Léa, tous les êtres sont reliés et
peu d'entre eux se rencontrent pour la première fois.
Attends un peu et tu vas avoir une explication. »
Léa attend avec appréhension ce que va dire
l'homme désespéré.
« Tu ne te souviens pas de moi bien entendu...
ajoute-t-il d'une voix brusque et remplie d'amertu-
me. Le temps a fait son œuvre mais tu ne t'en sorti-
ras pas comme ça... » continue l'homme qui, cette
fois, a redressé la tête et se tient dans une position
hautaine.
Il regarde Léa de toute la hauteur de son être et de
son trône, tandis que la jeune femme se recroque-
ville et attend la suite avec appréhension.

184
« Je vais te rafraîchir la mémoire. Ce sera mieux
pour nous deux. Tu as une dette envers moi et non
des moindres. Il y a bien des lunes, lorsque j'étais
enfant, mon rêve était de sculpter, de donner vie à la
pierre et de l'aider à faire ressortir la beauté qu'elle
contenait. Tu étais un financier à cette époque loin-
taine et ton rêve à toi était que je réussisse dans les
affaires. Pour toi la réussite tenait en deux mots :
l'argent et le pouvoir. Je ne t'ai jamais entendu parler
d'Amour. À tes yeux je n'étais qu'un raté, et tu as
finalement décidé de me déshériter et de me chasser
car tes autres enfants étaient mieux que moi à tes
yeux, simplement parce qu'ils te ressemblaient.
J'étais heureux avec mon art mais le manque d'es-
time de moi-même commença à rejaillir sur bien
des aspects de ma vie. Je suis mort seul et sans la
gloire que j'espérais, simplement pour te prouver
ma valeur. J'ai passé bien des vies à vouloir réussir
selon tes critères qui s'étaient pour longtemps
imprégnés en moi et dans mes cellules.
Je veux cependant que tu connaisses ma dernière
vie car elle fut la plus terrible. »
L'homme s'arrête un instant pour penser à la suite
qu'il souhaite donner à son discours tandis que Léa
effondrée sous le poids de la culpabilité ne dit mot.
« Nos vies se sont croisées bien des fois. Dans ma
dernière vie, j'ai été avocat dans la haute finance et

185
conseiller d'un chef d'état. J'ai obtenu tout ce que
voulais : la richesse, les femmes, les honneurs,
reconnaissance au prix de bien des compromis. Les
plus luxueux hôtels m'accueillaient avec mes amis et
j'organisais les plus grandes fêtes qui soient sur
Terre.
Les riches et les puissants n'avaient pas de secret
pour moi. J'étais leur guide, et leurs malheurs o.
leurs bonheurs dépendaient de mes conseils.
J'étais arrivé à un point où la Terre elle-même
semblait m'appartenir.
Les humains n'étaient pour moi ni plus ni moins
que des serviteurs interchangeables qui se débet-
taient avec des problèmes qui m'étaient inconnus et
ne m'intéressaient nullement. Ils étaient à mes yeux,
semblables à un troupeau qui est là pour mon servie'
ce et mon bien-être, mais dont je ne considérais
aucunement les problèmes.
Pour agrandir ma fortune, j'ai fait assassiner, par
personne interposée, cela va de soi, des hommes et
des femmes naïfs, sans aucun état de conscience,
aucun remords, aucun regret. J'ai organisé des caba-
les contre l'un ou l'autre que je souhaitais abattre et,
tirer les ficelles d'un jeu mondial monstrueux était
mon passe-temps favori.
Je ne cherchais pas à détruire ou à nuire à qui que
ce soit par méchanceté, je ne me serais pas abaissé à

186
ça... je voulais simplement mon confort, le pouvoir
et l'argent qui me donnaient la reconnaissance qui
m'avait tant manqué.
L'Amour m'était inconnu et lorsque je croyais le
trouver dans certains regards amoureux, je m'aper-
cevais rapidement que seul mon statut et mes
finances les attiraient.
J'ai eu des enfants de différentes femmes, ils ne
m'intéressaient guère jusqu'au jour où l'un d'eux ou
plutôt l'une d'elle, a croisé ma route à nouveau. J'ai
été un instant ébranlé par son regard tant il en éma-
nait de la compassion, mais je me suis vite repris et
j'ai continué ma vie telle que je l'avais construite.
Cependant écoute bien ceci : un jour, j'ai été con-
damné par une avocate qui défendait ceux que
j'avais spoliés. Elle était habile et, à cette époque,
d'autres conseillers plus discrets dans leurs agisse-
ments commençaient à prendre ma place auprès des
chefs d'état et des grandes fortunes de ce monde.
J'ai payé une fortune colossale pour que mon avo-
cat me défende mais rien n'y fit. Je rentrais et res-
sortais de prison sans qu'aucun de ceux que j'avais
aidé à bâtir leur empire ne prenne ma défense.
J'étais seul et l'épouse qui me suivait jusqu'alors
commença à regarder dans d'autres directions.
La colère et la frustration étaient telles que
rapidement je tombai malade et mourus.

187
Je me suis retrouvé alors dans cet endroit luxueux
où vous voilà, vous aussi. Seuls le vide et la solitu-
de sont mes compagnons actuels.
Des êtres m'ont amené dans un autre endroit où ce
fut terriblement éprouvant pour moi. J'ai revu toutes
mes actions en ressentant tout ce que ceux pour les-
quels je n'avais aucune considération avaient res-
senti. Eux ou moi, nous étions une seule et même
personne et j'en ai terriblement souffert. Au début,
mes souffrances étaient surtout morales parce que je
me croyais hors du lot de ceux que je pensais être du
bétail corvéable à merci et parce que je croyais faire
partie de la caste des vainqueurs. Quelle erreur...
C'est ce que l'on appelle sur Terre l'enfer !
Puis j'ai connu ce qu'ils avaient vécu à la suite de
mes actions, jusque dans les moindres cellules de,
mon être... une autre sorte d'enfer plus terrible
encore que le premier. J'ai commencé à perdre tous
mes points de repère et j'ai cru un instant sombrer
dans la folie.
C'est alors qu'aidé par les êtres lumineux qui
m'accompagnaient, j'ai enfin compris combien nos
principes et ce que nous considérons comme impor-
tant sur cette planète nous perd chaque jour un peu
plus. J'ai vu comment les forces de l'ombre met-
taient en place leur assise sur la planète Terre.
Qu'elles soient sataniques ou autres, qu'elles vien-

188
nent d'ici ou d'ailleurs, importe peu. Elles se
servent de nos manques et de nos blessures pour
assouvir leurs actions et nous asservir.
La planète n'est plus que l'ombre d'elle-même
mais j'ai appris qu'elle avait la force d'aller au-delà
de cette période éprouvante... Quant aux êtres qui
l'habitent, rien n'est encore définitif au sujet de
leur destinée.
Je semble désespéré parce que je cherche comment
réparer tout ce que j'ai fait mais mon objectif pré-
sent, en cet instant, est de te pardonner à toi, et pour
le moment, je n'y arrive pas. »
L'homme se tourne vers Léa qui se redresse peu à
peu et semble reprendre un soupçon de vigueur.

189
25

Futur de Terra

La Terre est au soleil


ce que l'homme est à l'Ange.
VICTORHUGO

La voix de Râ se fait entendre, profonde et apai-


sante:
« Les regrets et les remords ne doivent pas vous
obscurcir. Qui n'en a jamais éprouvé durant sa vie ou
après sa mort physique ? Dites-vous que vous êtes à
présent sorti de vos rôles respectifs. Vous êtes autres
et il vous est donné de choisir comment vivre
différemment, et comment apporter à la planète
Terre et à ses habitants votre expérience de vie.
Il n'y a pas d'enfer dans lequel vous allez brûler
pour une éternité !

191
Lorsque vous allez revenir sur Terre, vos
concepts, seront nouveaux et comme la plupart de
ceux qui s'incarnent actuellement, vous allez casser
les vieilles structures obsolètes et inutiles.
Vous reviendrez conscients mais vous serez face à
des forces contraires qui elles aussi défendent ce en
quoi elles croient.
Il n'y a pas d'un côté les bons et de l'autre les mau-
vais. Les uns comme les autres défendent ce qu'ils
croient être bon pour eux.
Remplacer une personne par une autre ne change-
ra pas ce qui se passe actuellement sur Terre. Il est
nécessaire de briser les structures non pour les rem-
placer par d'autres, mais pour construire de nou-
velles bases qui n'auront absolument rien en com-
mun avec ce que vous connaissez. »
La voix se tait un instant tandis que chacun semble
retenir sa respiration, puis elle reprend :
« Cela vous semble une lourde tâche, je le sais, car
l'humain a souvent tendance à sous-estimer ses
capacités. Tout a été voulu ainsi par vos frères et
sœurs de l'ombre mais rien ne pourra cependant
arrêter la marche des mondes. Vous aurez à œuvrer
pour et non contre, car la lutte ne fait que vous dévi-
taliser et nourrit ce que vous ne voulez plus voir.
Cela signifie que vos actions iront dans le sens de
ce que La Vie demande.

192
Vous vous libérerez du connu afin de bâtir sur des
bases de collaboration, d'entente et de partage.
Ce sont jusqu'à présent des mots qui ne veulent
pas dire grand-chose sur "Terra" mais le souffle des
étoiles continue sans cesse d'en insuffler la présence
et la réalité.
Le grand corps de votre planète pourra pour un
certain temps sembler dévitalisé mais le grand Être
qui l'habite sera toujours présent. Dites-vous que
tout, absolument tout ce qui arrive, que ce soit pour
vous dans vos vies ou pour la Terre, vous l'avez
voulu et vous y avez participé pleinement, que ce
soit consciemment ou non.
La question de cela n'est pas à débattre. Il est une
autre question plus essentielle qui devrait se poser
en vos âmes : que puis-je faire ?
- Je me sens tellement coupable ! je suis comme
dans un brouillard. » murmure Léa tandis que l'hom-
me à ses côtés acquiesce d'un mouvement de tête.
« Vos culpabilités ne sont d'aucune utilité pour
notre sœur la Terre. Vos états d'âme remplissent
d'ondes nocives l'environnement subtil de votre
planète. Je ne veux pas dire par ces paroles qu'il
faut être froid et sans émotions ni sentiments mais
au risque de me répéter, ne regardez pas en arrière,
la vie n'a pas de passé ni même de futur, elle est
juste là, présente en cet instant.

193
J'ai contribué il y a bien longtemps, dans vos civi-
lisations aujourd'hui oubliées, dans vos continents,
perdus, à apporter des enseignements afin que les
êtres de la planète Terre retrouvent le contact avec
leur âme. C'est cela qui vous est demandé aujour-
d'hui, juste cela, mais combien ce pas semble un pas
de géant aux humains de la Terre.
— Comment faire dans notre monde et d'une
manière concrète ? murmure Léa encore peu sûre
d'elle, je me rends compte que mes émotions ont
dirigé ma vie et chacun de mes pas...
— Comme la majorité des habitants de la planète
bleue, vos émotions sont un moteur puissant de vos
actions et les supprimer n'apporterait rien de plus
que de vous rendre plus hermétiques que vous ne
l'êtes. Si vous saviez combien les habitants des
mondes qui en sont dépourvus vous étudient afin de
comprendre cette puissance qui vous habite.
Une émotion, lorsqu'elle vous apporte de la joie
peut faire des miracles et, lorsqu'elle est destructri-
ce, il est important de lui laisser le temps de s'expri-
mer afin qu'elle s'en aille sans endommager vos cir-
cuits subtils.
Ce temps est dérisoire et ne devrait pas excéder
deux minutes de votre temps terrestre. Je sais que
cela vous étonne mais chacun de vos organes phy-
siques est relié à des connexions non physiques

194
d'une telle complexité qu'elles vous laisseraient sans
voix si vous en compreniez les rouages.
Soyons clairs, il ne s'agit pas de supprimer vos
émotions mais de les reconnaître et de les apprivoi-
ser. »
L'homme qui jusque-là s'était tu, commente d'une
voix hésitante :
« Si je comprends ce que tu viens d'expliquer,
nous allons regarder nos émotions comme des hôtes
différents de nous et avec lesquels nous devons
apprendre à collaborer ? » interrompt-il avec dou-
ceur.
« C'est bien cela, et c'est ainsi que vous commen-
cerez à percevoir la réalité de vos pensées. Vous
comprendrez alors que vous seul donnez une cou-
leur, une odeur, une puissance, à des fantômes. Vous
saurez que vous êtes les créateurs de vos vies et que
le beau, le laid ou vos différents états de conscience
ne dépendent pas de l'extérieur mais de ce que vous
êtes et vivez à l'intérieur.
Vous apprendrez ainsi à projeter vers l'extérieur
des énergies bénéfiques qui à leur tour modifieront
votre monde. Ne cherchez pas de grandes actions. Il
n'y a, à nos yeux, aucun acte qui soit grand ou petit.
Nous n'avons aucun jugement à ce sujet et lorsque
je dis « nous », c'est parce que j'inclus dans ce «
nous » le collège d'êtres qui, comme moi, aident

195
depuis des millions de vos années terrestres la pla-
nète "Terra". »
Ces derniers mots ont été prononcés avec tant
d'Amour que j'en suis moi-même émue. Tant
d'Amour depuis tant de temps et nous en sommes
encore là!
C'est alors que la voix de Râ s'immisce en moi et
telle une onde apaisante calme mon mental agité :
« Petite sœur ne juge pas ce qui se passe sur
"Terra", chaque parcelle de l'univers contient la
divinité. Dis-toi que chaque événement, aussi ter-
rible soit-il a sa raison d'être. Cela n'excuse aucu-
nement les actes de violence mais sache qu'ils con-
tribuent à réveiller une humanité endormie depuis
des siècles par des anesthésiants injectés consciem-
ment dans chacune de ses cellules.
Les Terriens se croient faibles et sans pouvoir, ils
laissent à d'autres le soin de penser pour eux, d'agir
pour eux, sans se demander d'où leur viennent ces
croyances instillées savamment dans leur psyché et
d'où vient cette torpeur qui les habite.
Il ne s'agit pas de lutter contre qui que ce soit
mais, lorsque chacun reprendra la direction de sa
vie, ce qui n'a plus lieu d'être s'éteindra par manque
d'alimentation.
Que chacun fasse un pas en avant, chaque jour,
afin de cesser de nourrir ce qu'il ne veut plus et sur-

196
tout afin d'alimenter ce qu'il veut voir advenir sur
Terre... juste un pas après l'autre... »

La voix de Râ s'est tue tandis que curieusement je


me sens remplie de joie. Les mots du guide ont une
telle puissance dans la musique qui en émane que
même bien au-delà des mots, leur action opère.

197
26

Revenir

Mourir c'est comme changer


un vêtement usé pour un neuf
DALAÏ LAMA

« Un autre rendez-vous nous attend », continue


notre guide, tandis que je suis aspirée avec Léa et
l'homme sans nom dans un tourbillon de lumière.
Je tournoie dans la spirale qui nous emporte et me
fait perdre tous mes points de repère... J'essaie de
penser mais en vain, mon cerveau semble ne plus
répondre à l'appel lorsque, tout à coup, j'ai la sen-
sation de me trouver dans l'œil du cyclone. Tout est
d'un calme étrange et telles des feuilles au vent,
nous nous posons tous trois sur un sol laiteux en

199
apparence mais à la consistance semblable à un
tapis d'herbe tendre. Autour de nous tout est d'un
blanc bleuté, irisé et vivant.
Une jeune femme en vêtements du siècle dernier
nous accueille chaleureusement. Sa chevelure cour-
te où une mèche rousse, plus longue que les autres,
tombe sur son œil droit, m'intrigue car elle semble
plus moderne que ses vêtements qui datent vraisem-
blablement d'une époque plus lointaine.
« Ma coiffure vous surprend, je le sais, mais ici il
est possible de tout essayer pour s'habituer à l'épo-
que dans laquelle nous allons revenir. Votre guide
est mon meilleur enseignant sur ces plans d'avant
vie et même sur ceux d'après-vie lors de mon arri-
vée ici. Il est un instructeur d'une qualité hors
normes, si je puis dire.
— Mais vous le voyez, vous ? » s'exclame Léa
qui d'habitude tutoie tout un chacun.
« Oui, bien entendu, regarde bien avec les yeux
de ton âme et toi aussi tu le verras. »
Léa semble s'intérioriser tandis que la silhouette
de Râ apparaît peu à peu. Elle n'est pas encore très
nette mais je vois un être d'une grande beauté, aux
traits réguliers et à la silhouette à la fois solide, gra-
cieuse et aux proportions idéales selon nos normes.
Seules ses hanches sont plus larges, semblables à
celles que l'on peut voir sur des représentations du

200
grand Akhenaton. Il tient dans sa main droite un
objet que je ne parviens pas à identifier. Quant à sa
tête, elle semble floue tant un rayonnement sem-
blable au soleil prend sa place.
Léa et l'homme à ses côtés sont immobiles et sans
voix lorsque Râ reprend chaleureusement :
« Ne soyez pas impressionnés par les apparences,
dit-il d'un ton enjoué, écoutez plutôt ce que va vous
raconter Aurora, la jeune femme à vos côtés. »
Aurora s'incline avec respect devant Râ puis se
tourne vers nous trois :
« Voilà déjà presque une centaine de vos années
que je suis sur les mondes non physiques. Cette fois,
il est temps pour moi de retrouver la Terre et un
corps physique. Je suis sur le point de choisir ma
prochaine incarnation et J'aimerais vous faire parta-
ger mes choix et mes hésitations car cela pourra
vous aider dans un avenir qui n'est pas si lointain.
Dans mes rêves, j'ai eu accès aux différentes pos-
sibilités qui me sont offertes mais à présent, il me
faut décider et j'ai vraiment des difficultés à choisir.
— Est-ce si compliqué de revenir sur Terre ?
demande Léa, avec une pointe d'anxiété dans la
voix.
— Il faut vraiment le vouloir et lorsque dans ma
vie précédente, je disais à mes parents que je n'avais
rien demandé et surtout pas à venir sur Terre, je

201
comprends aujourd'hui que ce cri de désespoir
n'avait rien à voir avec la réalité de ce que vit une
âme qui s'incarne.
Un ami cher vient de naître dans une famille et je
l'ai accompagné durant une partie de la route. C'est
ainsi que je me suis rendu compte que pour ce par-
cours vers la Terre, il faut une énergie, une volonté,
une force que l'on ne soupçonne pas mais qui pour-
tant sont bien présentes en nous.
— Tu as le choix de ta famille ? demande Léa
incrédule tandis que l'homme sans nom écoute avec
attention, sans dire mot.
— Regardez ! »
Dans l'espace aux couleurs blanc-bleu irisé, une
boule géante et transparente semble monter du sol
laiteux. Elle tourne sur elle-même avec lenteur pour
se positionner près de nous.
« Allez vers elle et regardez ce qu'elle va vous
montrer » continue Aurora avec une émotion tan-
gible, tandis qu'elle se joint à nous.
Nous nous penchons sur le globe opaque et blanc
qui en quelques instants s'éclaire et nous transporte
vers un continent que je m'efforce de reconnaître.
Nous sommes entourés de forêts denses et épais -
ses. Un jeune couple est là, jouant dans une rivière.
Ils sont trapus, leurs cheveux sont noirs et raides et
leur visage au teint mat est large. Je reconnais des

202
Indiens d'Amazonie... Ils rient et s'enlacent comme
des enfants joyeux et pourtant leurs propos en cet
instant, sont graves :
« Je ne sais pas si c'est une bonne idée d'avoir des
enfants dans ce monde qui pour nous n'a plus de
sens. Ils vont boire une eau polluée, respirer un air
insalubre et se faire rejeter par les autres, ceux des
villes, ceux à la peau claire ? » interroge la jeune
femme tandis que son compagnon essaie d'être ras-
surant:
« Tu te souviens de ce qu'a dit notre chef, les en-
fants prendront la relève et c'est eux qui sauveront la
forêt et la qualité de vie de la Terre. Moi aussi
j'hésite, même si je t'aime' vraiment très fort mais je
crois sincèrement que c'est bien pour nous, pour
notre peuple, pour la vie ! »
La scène s'efface tandis qu'Aurora semble cher-
cher de l'aide :
« Ils peuvent être mes futurs parents car je fais par-
tie de la race des constructeurs du nouveau monde
mais j'ai peur, j'ai très peur de ne pas y arriver.
Lorsque j'ai vu des flashs de cette possible incarna-
tion, cela m'a séduit et j'ai aimé. Ce serait possible
car lors d'une de mes dernières vies, je suis morte au
Brésil et j'ai connu ceux qui aujourd'hui pourraient
devenir mes parents. Ils étaient les esclaves d'un
propriétaire qui était très amoureux de moi. J'ai pu

203
les racheter et leur rendre une semi-liberté. Ce sont
des êtres purs... »
Aurora s'arrête un instant pour choisir ses mots
qu'elle veut les plus précis possibles.
« En fait, j'aimerais vous faire comprendre ce que
je ressens. J'ai beau savoir que j'ai ce choix, j'ai
beau aimer ce peuple et ces deux êtres, cette Terre
et son combat, je n'arrive pourtant pas à me décider.
Si je choisis cette vie, je sais que je vais revenir en
garçon, ce sera plus facile et il est nécessaire pour
moi de connaître un peu mieux cette polarité que
j'ai tant de fois redoutée et exclue de ma vie... j'ai
vu mes combats et mes chutes, mes victoires et mes
pardons. Mais ma plus grande crainte est d'oublier
pourquoi je suis venue là dans cette forêt, de passer
à côté de ce que j'ai décidé de faire... j'ai vraiment
peur de ça ! »
Râ s'approche d'Aurora et sa voix chaleureuse
nous pénètre tous :
« Tu ne pourras pas oublier, je te l'assure, tes
guides sauront te le rappeler et pas seulement eux, la
vie va se charger de t'amener là où ton âme a choisi
d'aller. Sur Terre les humains pensent souvent qu'ils
ne sont pas au bon endroit ou ne font pas ce qu'ils
doivent faire pourtant, rien n'est plus faux. Ils s'in-
quiètent de savoir s'ils doivent changer de lieu ou de
partenaire ou choisir d'autres plans de vie mais

204
sache bien que rien n'est dû au hasard et que la vie
leur propose toujours ce que leur âme a choisi
d'accomplir.
— Merci Râ, tu es tellement rassurant mais je
comprends Aurora et je ressens ce qu'elle vit jusque
dans le plus profond de mon être. J'ai une question
qui peut sembler stupide, dis-moi juste si avec notre
libre arbitre nous pouvons nous tromper et faillir à
ce que nous voulions accomplir ? » interroge Léa
dubitative.
La réponse se fait attendre tandis qu'Aurora
réclame toute notre attention :
« Regardez l'autre possibilité qui m'est offerte...
insiste-t-elle, pendant mes deux dernières vies,
mon objectif a été de redonner à chacun sa place,
qu'il s'agisse des peuples minoritaires, des espèces
animales, végétales ou minérales.
J'ai agi comme je pensais devoir le faire, mais à
mon époque j'étais une pionnière et le monde ne
semblait guère prêt à m'entendre et à me soutenir.
Ma vie s'est vite transformée en enfer.
En fait, j'ai imputé mes échecs aux autres, sur la
société dans laquelle je vivais, sur mon entourage,
afin de me sentir moins responsable mais rien n'est
plus faux que de croire en ce scénario. Qui, en dehors
de moi, peut m'empêcher d'accomplir ce pour quoi je
suis revenue ?

205
Pour répondre à ta question, Léa, j'ai choisi des
chemins qui me semblaient plus confortables et sou-
vent le découragement a pris le dessus. J'ai accepté
que mes émotions et que mes pensées soient mes
maîtres et c'est ainsi que je suis passée à côté de cer-
taines opportunités. La vie me propose une nouvelle
expérience afin que je puisse accomplir mon
objectif... alors libre arbitre ou non, je sais que cette
fois, je ferai ce que je m'étais promis. »
À la suite d'Aurora et d'un seul élan, nous nous
penchons à nouveau vers l'immense globe qui nous
aspire.
Dans un pays d'Europe, un homme à la barbe
noire, visiblement de race indienne enlace tendre-
ment une jeune femme au teint pâle et aux cheveux
clairs.
« Ils s'aiment au-delà de leurs différences reli-
gieuses et raciales et feront un pont entre l'Inde et
l'occident, commente Aurora, visiblement émue. Ma
mère a été ma confidente et ma nourrice dans l'une
de mes dernières vies. Mes parents de l'époque
n'avaient guère de temps pour moi mais l'argent leur
permettait de se faire aider. Ils avaient un poste de
choix en Inde mais les coutumes à enfreindre étaient
tellement puissantes que je m'engluais peu à peu
sans savoir comment m'y prendre pour en franchir
les barrières. Il aurait fallu que je surmonte mes

206
peurs et ce fut cela mon plus grand obstacle et mon
plus grand défi : peur de ne plus être aimée, peur de
perdre mon confort, peur de n'être plus rien...
Ce sont toutes ces peurs qui nous arrêtent, nous les
humains et qui font que la planète Terre en est là
aujourd'hui.
Mes possibles grands-parents du côté de ma mère
voudront m'élever à l'occidentale mais ce n'est pas
ce que je souhaite. J'ai besoin des deux énergies si
différentes de mes parents, de leurs cultures et de
tout ce qu'elles offrent de beau. Il faudra qu'ils le
comprennent afin de ne pas faire barrage à mes
objectifs de vie où l'unité dans la diversité est telle-
ment essentielle.
Si je choisis cette famille, et tous ceux qui la com-
posent, je reviendrai en tant que garçon car ainsi que
je vous l'ai dit, j'ai peu d'incarnations masculines et
j'ai souvent méprisé ce sexe. Il est grand temps pour
moi de faire la paix avec cela aussi et de découvrir
ce que mon père et mes grands-pères peuvent m'ap-
porter de bon. »
Aurora sourit à l'évocation de son futur genre et
tandis que l'atmosphère semble plus légère autour de
nous, elle continue :
« Il m'a été montré les grands carrefours de cette
vie future. Je vais revenir avec une intelligence mal
comprise par mes enseignants, et mon enfance, à

207
cause de cela, ce sera difficile. J'aurai ce douloureux
sentiment que personne n'est capable de comprendre
ce que je suis. Je serai considéré comme légè-
rement autiste car dans le monde actuel les ségré-
gations sont encore d'actualité. Il est facile de
considérer comme moindre ce que l'on ne comprend
pas et c'est là l'un de mes objectifs : faire admettre
que ce qui est différent enrichit et n'est pas inférieur.
J'aurai beaucoup de crises de colère et d'anxiété
mais je sais que je dois passer ce cap et ne pas aban-
donner comme autrefois. Si je réussis, et je réussirai,
ajoute Aurora avec détermination, dès l'âge de seize
ans je serai reconnu pour mes compétences en phy-
sique quantique, ce qui me permettra d'intervenir,
d'être pris en compte par le plus grand nombre et de
leur parler par l'intermédiaire d'émissions télévisées
et de congrès.
Je pourrai ainsi m'adresser aux foules en montrant
que l'humain n'est qu'une espèce parmi d'autres et
qu'il est grand temps de collaborer avec les autres
espèces du monde, qu'elles soient minérales, végé-
tales ou animales, si l'on veut que la Terre prenne
un autre visage.
Je rencontrerai les peuples minoritaires afin de
leur redonner leur place. Je bousculerai toutes les
idées reçues et je laisserai s'éteindre tout ce qui n'a
plus de raison d'être.

208
Je donnerai une autre image des humains diffé-
rents de la majorité, bien qu'image soit un mot tout
à fait inapproprié. »
Aurora fait une pause que nous respectons tant son
discours nous touche.
Après quelque temps, elle reprend avec douceur :
« En fait, je vais choisir cette famille car je sais que
même s'ils se sentent dépassés par mon comporte-
ment, ils m'aimeront et essaieront de m'aider.
L'un de mes grands amis va certainement adopter
la famille amazonienne. Il m'a dit qu'il ferait des
études et qu'ainsi il allait permettre à son peuple, et
à tous les autres peuples que l'on veut éradiquer de
la planète, de mettre en valeur leur savoir inesti-
mable et précieux.
Et puis, ajoute-t-elle d'un ton enjoué, je ne serai
pas seule, nous sommes nombreux à revenir avec
des objectifs semblables, chacun et chacune à sa
manière.
Sur Terre les peuples sentent qu'une fin du monde
arrive mais c'est le contraire d'une catastrophe bien
que... continue Aurora sur un ton plus bas comme si
elle parlait d'un secret, on nous a bien expliqué que
nous viendrons comme des constructeurs après une
tornade... »
Aurora est à présent à nouveau joyeuse et volubile
comme si le fait d'avoir décidé lui enlevait un poids.

209
À ses côtés deux entités, l'une masculine, l'autre
féminine, viennent d'arriver :
« Nous allons t'aider, sois en paix prononce la voix
apaisante du guide féminin.
La boulimie de l'être humain doit se terminer, le
"toujours plus, toujours mieux" n'est pas un objectif
de vie mais simplement une nourriture pour des
forces de l'invisible qui se repaissent de vos envies
et de vos peurs.
L'un de tes amis va s'incarner pour démonter tous
vos mécanismes de survie illusoire. Tu l'aimes, vous
avez fait le projet de vous retrouver, c'est une âme
compagne et tu retrouveras bien d'autres amis avec
lesquels vous vous êtes donné rendez-vous. Ils font
partie de ta famille spirituelle, ta véritable famille.
Écoutez bien ceci : toutes les rencontres que vous
faites sont programmées par votre âme. Il arrive
cependant que vous passiez plusieurs fois près de la
personne avec laquelle vous devez parcourir un che-
min et que vous laissiez passer cette opportunité. La
vie, contrairement aux humains, n'est pas pressée et
ce qui ne peut se faire dans cette vie se fera lors
d'une autre incarnation. L'important n'est pas de
passer ou non à côté d'une opportunité mais de gar-
der notre axe.
- Que veut dire garder notre axe ? interroge Léa
avec anxiété.

210
- Cela signifie : être cohérent entre nos pensées,
nos paroles et nos actes, intervient Râ. Où que vous
soyez, quoique vous fassiez, soyez vous-mêmes.
Pour cela il n'est pas besoin de lutte mais simple-
ment d'alignement dans l'instant. Le reste se mettra
en place autour de vous sans que vous ayez à vous
en préoccuper.
Les rencontres, les événements qui vous arrivent
ne dépendront plus de votre être incarné puisqu'ils
ont été décidés avant votre venue sur Terre, mais ce
que vous allez en faire dépend entièrement de vous,
lors de votre incarnation.
- J'aurais aimé dire encore ceci, ajoute Aurora : ma
future mère n'est pas encore tout à fait prête à m'ac-
cueillir. Une partie d'elle veut un enfant, mais une
autre partie plus cachée encombre encore son utérus.
Elle est en couple avec mon futur père depuis deux
ans déjà et n'arrive pas à avoir d'enfant alors que
physiquement, aucun obstacle n'est à signaler.
Elle sait aujourd'hui que son enfance mal vécue
doit être guérie pour me laisser venir enfin. Ce n'est
qu'une question de quelques mois et je vais attendre
le bon moment. Ses parents, mes futurs grands-
parents maternels, lors de sa venue, étaient très
occupés par leurs carrières respectives. J'ai revu les
scènes et j'ai compris qu'ils n'avaient pas de place
pour elle.

211
Elle en a vite conclu qu'un enfant, c'était encom-
brant et les années sont passées sans que cette bles-
sure ne s'efface. Elle a bien sûr tout oublié de cet
épisode de vie mais une partie d'elle l'a gardé en
mémoire et fait obstacle à l'arrivée d'un enfant.
C'est cela qu'elle doit guérir pour préparer ma
venue.
Je sais aussi que mes futurs grands-parents vont
vouloir compenser ce qu'ils jugent aujourd'hui com-
me une erreur d'éducation envers ma future mère
mais je ne veux pas servir à cela, même s'il est évi-
dent que je vais aussi, et entre autres, contribuer à
leur guérison.
Ils ont des principes sur ce qui est bien ou non
pour un enfant et c'est cela qui rendra à tous la vie
plus compliquée qu'elle pourrait l'être. C'est cela les
humains... Ils ont souvent une idée sur tout et ne
laissent guère la vie leur proposer d'autres direc-
tions.
À moi de les aider à lâcher leurs principes, ajoute
Aurora en riant. Je veux juste qu'ils soient comme
ils sont et qu'ils m'aiment... mais sur Terre cela
semble très compliqué à réaliser.
— En effet, nous créons bien souvent des
obstacles là où tout pourrait être si simple ! » Cette
fois, c'est l'homme sans nom qui vient de s'adresser
à nous tous et qui continue par ces mots :

212
« Je souhaite vous remercier tous et toutes car
grâce à vous, j'ai enfin pu sortir de ma prison dorée
et vide de sens. J'ai compris tellement de choses en
si peu de temps... Je vais vous quitter et suivre ce
guide à qui j'ai si souvent dit non. Je sais à présent
que je peux lui faire confiance et qu'il vient me
chercher pour continuer ma route.
Merci à toi qui as encore un corps physique qui
t'attend sur Terre, dit-il en se tournant vers moi,
merci à toi Râ, grand être d'autres dimensions et
merci à toi Léa, d'avoir accepté mes accusations sans
rien dire. Je sais à présent que je t'ai fait porter mes
incapacités et mes insuffisances. C'est tellement plus
facile de trouver quelqu'un à qui on puisse reprocher
sa vie et ses échecs ! Je me libère de toi et je te libère
de moi en m'inclinant profondément devant toi et
peut-être nous retrouverons-nous dans d'autres
circonstances sans le poids de la colère ou de la
culpabilité, trop humains, à mon idée. »
À cet instant, un cri inhumain, terrible, glacial,
nous laisse pétrifiés tandis qu'une ombre s'envole de
la poitrine de l'homme sans nom dans un froisse-
ment d'ailes, telle un grand oiseau sombre...
« Laissez, il quitte ce qui ne peut plus lui offrir
une demeure satisfaisante. »
Râ ne nous donne pas d'autre explication, mais
nous comprenons...

213
« J'ai encore tellement à apprendre, continue
l'homme sans nom d'une voix qui trahit son émo-
tion, tandis qu'un être lumineux vient à sa rencontre
et nous sourit.
Je dois partir à présent ! ajoute-t-il en s'inclinant
vers nous. »

À mon tour je suis émue tandis que Léa, égale à


elle-même, s'étonne :
« Quelle histoire ! Je n'en reviens pas... moi aussi
je suis touchée. J'ai très envie de pleurer. J'ai l'im-
pression d'avoir passé ma vie les yeux à peine
entrouverts et de les ouvrir peu à peu depuis ma
mort terrestre. D'ailleurs je commence à mieux per-
cevoir Râ et toi aussi je te vois, ajoute-t-elle surpri-
se, en me regardant. Je suis soulagée et tellement
heureuse car je sentais ta présence mais je n'avais
pas assez confiance en moi pour en déduire qu'il y
avait vraiment un autre accompagnateur avec moi. »
Dans un élan spontané, Léa s'approche de moi et
ouvre les bras pour une tendre accolade, un cœur à
cœur joyeux qui nous laisse un goût de douceur
inégalée.
Tout près de nous, Aurora continue à nous parler,
et nous apprécions son sens de la précision et sa sta-
bilité qui lui permet de reprendre le fil conducteur de
son histoire là où il s'était interrompu :

214
« Avec mon père, malgré les apparences, ce sera
plus simple et avec ses parents aussi. Je crois que je
vais naître en Inde, souffle-t-elle malicieusement
Mes grands-parents maternels vont être perturbés
par la façon d'accoucher qui n'a rien d'occidentale,
mais ils finiront par accepter le choix de leur fille. »
Aurora sourit à quelque chose, peut-être une scène
de sa future vie. Elle semble à présent très absorbée
par son futur proche et devient presque indifférente à
notre présence.
« Je ne vous oublie pas, dit-elle, comme si elle
avait perçu mes pensées, mais je vois mon futur
amoureux qui se demande s'il va devoir s'incarner en
fille si moi je suis un garçon. À lui de décider ce
qu'il veut faire de sa vie, mais de toute façon, je sais
à présent que la vie va tout faire pour que nous nous
retrouvions. »

215
27

Râ et l'histoire de la Terre

Le monde ne peut se créer sans harmonie.


De l'harmonie découle la beauté.
ANNE GIVAUDAN

Changement de dimension, intérieur... extérieur, je


n'en sais rien, le temps lui-même me semble irréel.
Le temps qui passe n'est identique pour aucun de
nous, pour moi qui suis encore reliée à ma contre-
partie physique, pour Léa qui a quitté son corps
depuis peu et pour Râ qui ne fait pas partie de ces
mondes.
En fait je serais bien incapable de dire si Léa voya-
ge avec moi depuis plusieurs mois, ces mois qui me
sont nécessaires pour raconter son vécu sur les plans

217
d'après-vie ou si, pour elle, l'expérience de tout ce
qu'elle vient de vivre est équivalente à de nom-
breuses années de temps terrestre.
Je me sens perdue dans un monde interdimension-
nel qui s'étire dans l'espace et dans le temps au ryth-
me des personnes qui le visitent.
Cette fois, nous sommes tous trois là, les pieds nus
sur une plage de sable doré, brillante de mille
paillettes.
Râ est assis sur un rocher qui surplombe la mer
d'un bleu céruléen. Sa position, une jambe repliée
sous lui, témoigne de sa souplesse. Il est « majes-
tueux », c'est le mot qui me vient et il m'est difficile
d'en trouver d'autres plus appropriés. Comment
décrire un être dont la beauté singulière et ce qui
émane de lui emplissent l'air et tout ce qui est alen-
tour d'une aura de paix et de sérénité. Les mots
manquent et c'est là où je suis frustrée de la pauvreté
de mon vocabulaire terrien pour rendre toute la
grandeur et la magnificence de cet instant.
Le paysage est d'une beauté à couper le souffle,
tant par ses couleurs, sa végétation, que par ses
constructions posées comme des papillons sur une
fleur. Des dômes semblent placés çà et là, sans
ordre, mais j'y devine une structure précise et une
intention d'harmonie digne 'des êtres-nombres que
nous avons pu rencontrer auparavant.

218
C'est dans ce lieu où nos âmes aimeraient rester
éternellement que Râ, d'une voix qui empli chacune
de nos cellules subtiles, commence à parler :
« J'aimerais à présent vous en dire un peu plus sur
votre planète Terre qui vit et va vivre des moments
d'une importance jamais connue jusqu'alors.
Il est essentiel que les êtres qui s'incarnent depuis
plusieurs de vos années, ainsi que ceux qui s'ou-
vrent aux autres dimensions, aient ces données afin
de contribuer à un inonde tellement différent de
celui que vous connaissez que vous pourriez vous y
perdre. »
Léa écoute avec attention tout en faisant glisser le
sable brillant entre ses doigts, quant à moi, je suis
complètement présente et j'attends.
« Ce que vous voyez de votre planète, ce qui en est
dit dans vos livres, n'a que peu à voir avec ce qu'elle
est, en réalité. Terra est un être d'une grande puis-
sance et d'une compassion infinie qui a accepté de
prêter son corps à l'évolution des êtres qui s'incar-
neront sur lui ou sur elle peu importe, puisque cet
être est androgyne.
C'est alors qu'avec le Grand Conseil des Sages de
la galaxie, il fut décidé que les généticiens les plus
expérimentés mettraient leur savoir et leurs compé-
tences au service de la création de corps adaptés à
l'atmosphère de Terra.

219
Leur tâche ne fut pas simple car de nombreux
paramètres entraient en ligne de compte, et le grand
être Terre ne pouvait modifier sa structure car il la
savait nécessaire à l'expérimentation de la conscien-
ce. Des corps physiques ont donc été "fabriqués",
même si ce terme vous paraît aujourd'hui trop tech-
nique et dénué de sensibilité, ce qui ne fut pourtant
jamais le cas.
Il y eut diverses expérimentations telles des fem-
mes aux seins multiples, des êtres aux poils longs
afin de se protéger des rigueurs du climat puis, pro-
gressivement, ce qui n'était pas adapté à l'évolution
de ces êtres sur la planète Terre disparut.
Il était impossible aux généticiens, souvent appe-
lés « Jardiniers de la Terre » de prévoir l'évolution
de chaque être et de chaque civilisation, en raison du
libre arbitre qui était donné à chaque créature hu-
maine. Enfreindre cette loi eut été impensable.
Le Divin devait prendre place en chacun et nous
savions tous que cela pouvait prendre du temps,
même si notre temps est différent de celui des habi-
tants de la Terre.
Tous ces humains importés sur Terre avaient
cependant gardé la connaissance confuse d'un ailleurs
et continuaient à recevoir l'apport d'un savoir venant
des habitants des planètes du système solaire et de
certains instructeurs, hors du système solaire.

220
Dans nos vaisseaux, j'ai accompagné de futurs
Terriens jusque sur la planète Terre et avec
d'autres grands enseignants nous avons insufflé
non seulement la vie physique dans les corps mais
surtout l'étincelle divine qui allait prendre place
dans ces véhicules.
Certaines de nos actions sont encore gravées dans
la roche ou le marbre de lieux qui racontent l'histoi-
re de la création sur votre monde, lieux qui depuis,
sont devenus des temples et des lieux de culte, ou
plus simplement inscrits dans des livres cachés aux
yeux du public, dans des disques de pierre et parfois
sous l'eau de votre Terre.
Régulièrement, nous sommes venus pour enseigner
et mettre en place des lois afin que votre monde ne
soit pas un monde chaotique. Le libre-arbitre était un
cadeau pour les habitants de la Terre, mais savoir s'en
servir rendait parfois l'enseignement très complexe.
Cette arme à double tranchant fut, est et sera
cependant le meilleur de vos enseignants.
Comme vous le savez, chaque grande loi
cosmique peut être comprise et appliquée selon les
capacités de compréhension de chacun. Ainsi il est
possible de traduire et de transformer à volonté son
enseignement original.
Puis vint un temps où d'autres êtres de planètes
éloignées ont alors, eux aussi décidé de créer des

221
corps pour y mettre des âmes qu'ils allaient pouvoir
diriger à volonté.
Vous appelleriez cela, des esclaves inconscients et
serviles.
- Râ, attends un instant, je t'en prie, je me perds
dans ce que tu dis, interrompt Léa ingénument. En
fait nous, les Terriens, nous sommes qui? Des créa-
tures vouées à l'esclavage ou des êtres libres de leurs
choix bien que souvent mus par l'inconscience et la
cupidité ?
- En fait, continue notre guide, il y a eu différentes
vagues de création, pour permettre une évolution sur
une planète qui offre ce qu'aucune autre ne peut offrir
jusqu'à présent : sur le plan physique, les mers, les
océans, les rivières et les fleuves, les montagnes et les
déserts, les forêts et les plaines font de votre Terre un
lieu unique d'une grande beauté. Sur d'autres plans
plus subtils, l'objectif de Terra, depuis toujours, est de
vous faire expérimenter une forme d'Amour unique,
elle aussi, en vous proposant d'accéder à l'Unité dans
la diversité.
Vous vivez sur la seule planète qui est capable
d'accueillir autant de races diverses.
Si vous réussissez à créer l'amour entre vous tous,
et vous réussirez, je le sais, alors votre monde sera le
plus bel endroit parmi toutes les planètes, toutes les
étoiles et tous les mondes alentours.

222
Vous êtes comme des aveugles qui se promènent
au paradis et qui passent leur temps à le chercher
partout ailleurs que là où il est.
- Pourquoi avoir créé toutes ces races qui se bat-
tent continuellement au lieu de n'en proposer
qu'une seule ? continue Léa perspicace, je veux
tellement comprendre.
- Comme je te l'ai dit, il y eut différents créateurs et
diverses vagues de création. Nous avons aidé à votre
évolution tout en sachant que d'autres créateurs
n'avaient aucunement envie de vous voir évoluer.
Vous avez appris à éveiller vos sens puis votre
mental au fil des diverses civilisations.
Durant tout ce temps, la beauté de la Terre com-
mença à attirer des êtres originaires de planètes
qu'ils avaient dévitalisées par leurs progrès techno-
logiques sans la conscience nécessaire pour s'en ser-
vir. Un phénomène semblable à ce qui se passe
aujourd'hui sur votre planète. Ils arrivèrent en con-
quérants, et nous décidâmes de ne pas laisser la
Terre et ses nouveaux habitants aux mains de ces
êtres peu scrupuleux.
C'est ainsi que s'est créée une ambassade en gran-
de partie vénusienne, car cette planète a pris la
Terre et ses habitants sous sa « protection » bien
que ce mot soit insuffisant à montrer l'aide apportée
depuis si longtemps.

223
Cette ambassade insuffle régulièrement des ondes
d'amour et de paix sur Terra et ses habitants, mais ne
peut intervenir sur les choix de ces derniers. Ses
ambassadeurs se montrent régulièrement dans la
partie physique de votre planète afin d'aider et d'an-
crer l'amour jusque dans la plus petite parcelle de
vos corps et de la matière la plus dense.
Elle s'est nommée Shambhalla, bien que son nom
soit autre aujourd'hui. Les êtres purs de cette ambas-
sade de lumière se sont promis d'aider les Terriens
jusqu'à ce que le dernier habitant connaisse la
lumière. Vous ne pouvez encore mesurer la portée
de l'amour des êtres qui en font partie ni ce qu'ils
vous apportent car votre mental s'y perdrait.
Pour répondre à ta question, Léa, tous ces êtres,
ceux et celles dont les corps furent créés, ceux et
celles qui ont fui leurs planètes, les ambassadeurs et
ambassadrices des autres planètes, se sont peu à peu
mélangés et c'est ainsi que vous avez sur Terre
autant de races diverses où chacun a en lui une
semence d'étoiles.
— Mais alors qu'en est-il des règnes, minéral,
végétal et animal ? Ont-ils suivi le même parcours ?
— Eux aussi ont peuplé la Terre afin de continuer
leur évolution tout en accompagnant et aidant les
Terriens. Ils ont reçu de nouveaux corps adaptés à
l'atmosphère terrestre. Ils ont accepté les demandes de

224
leurs propres guides tout en sachant qu'il leur serait
difficile de trouver leur place auprès des humains.
Leurs espèces ne sont pas entachées par les mêmes
pollutions que celles des habitants de Terra, bien
que parfois, comme une contagion, ils en récupèrent
les problématiques et les comportements. Ils sont
une aide indéniable pour la planète et révéleront
leurs capacités lorsqu'ils ne seront plus considérés
comme des objets utilitaires.
Il en est de même pour ceux que vous nommez les
"êtres de la nature". Ils suivent les directives pré-
cises des grands Êtres qui les guident et continuent
leur tâche au-delà de tout ce qui peut se passer sur
Terre. Ils n'ont pas comme vous la chance et la dif-
ficulté de connaître le libre arbitre qu'ils vous
envient parfois... Ils savent qu'ils feront jusqu'au
bout ce pour quoi ils sont venus.
Eux aussi aident la planète et les humains que
vous êtes devenus même si, bien souvent, ils
n'arrivent pas à vous comprendre. »
Râ cesse un instant de parler et un silence s'impose
de lui-même, non pas chargé de lourdeur mais au
contraire de gratitude envers ce maître et la Terre
qui nous apportent tant. Il continue
« La Terre vous a ouvert les trois premiers niveaux
de ses sept portes et parfois le quatrième, à chaque
fin de civilisation. C'est ainsi que des mondes et des

225
peuples continuent d'évoluer et de parfaire leurs
connaissances au cœur de la Terre et sur les divers
plans qui la composent.
Ce que l'on vous enseigne n'est rien en rapport de
ce qui est. L'histoire et la géographie sont semblables
à des contes pour enfants... pour mieux vous
endormir. Votre Terre est creuse comme un ballon,
mais à la différence du ballon, elle est habitée depuis
des millénaires par diverses formes de vies, les unes
et les autres en évolution comme à sa surface. Toutes
vos matières enseignées, sont ainsi faites qu'elles
vous maintiennent dans une matrice d'ignorance qui
doit aujourd'hui laisser place à une autre ouverture.
La plupart de vos enseignants le ressentent, bien
qu'ils soient prisonniers de ce qui doit être dit ou non-
dit, et ils se sentent impuissants... mais une vague
d'êtres qui s'incarnent sur Terre permettra aux
anciennes structures de tomber au profit de nouveaux
enseignements que vous ne pouvez encore imaginer.
Regardez simplement et vous comprendrez ! »
Sur un geste de la main grand ouverte, Râ fait
apparaître ce qui pourrait ressembler à un gigan-
tesque écran qui peu à peu nous absorbe dans sa
toile.
Nous sommes transportés dans une spirale lumi-
neuse où j'ai l'étrange sensation de traverser les
nombreuses époques de la Terre. Des flashs comme

226
des éclairs projettent des images rapides et mar-
quantes.
Le temps s'arrête.
Nous sommes là, Léa et moi, spectatrices
impuissantes d'un énorme conflit mondial.
Des armes qui envoient des ondes nocives et para-
lysantes transforment en quelques instants la nature
luxuriante en désert et les survivants en statues de sel.
Le spectacle est terrible de désolation, le ciel lui-
même est sombre, sans lumière qui puisse percer à
travers le couvercle qui recouvre à présent la planète.
Je me sens terriblement oppressée tandis que la
planète semble dévitalisée et privée de ses habitants.
« Un continent disparaît » fait entendre la voix
de Râ, sans autre commentaire.
L'air est embrasé, irrespirable, les mers semblent
en révolte, prêtes à tout engloutir en vagues géantes
successives tandis que s'écroulent sous les flots
d'immenses bâtisses. Des cris résonnent partout,
bien qu'étouffés par le bruit des éléments déchaînés.
Puis, plus rien !
Un silence de mort suit cette vision de fin du
monde... silence plus terrifiant que les cris... sensa-
tion de chute, d'instant irréparable !

La spirale nous emporte à nouveau. J'ai perdu de


vue Léa bien que je sente sa présence mais elle ne

227
dit mot, sans doute comme moi, sous l'effet du choc
provoqué par cette vision.
Cette fois nous sommes sous Terre. Râ n'a rien dit
mais je le sens, je le sais. J'ai déjà vu les mondes
intra-Terre et je suis capable d'en retrouver l'odeur,
la beauté, la forme, même si celui qui nous accueille
est différent de celui dans lequel j'ai pénétré autrefois
(voir Voyage à Shambhalla — Ed. Le Persea).
Nous sommes là, tandis que non loin de nous, des
êtres immenses soulèvent des disques de pierre d'une
beauté remarquable. Leurs dimensions, leurs formes
lisses bien que légèrement striées et parfaitement ron-
des, les ondes qui émanent d'eux en font des matières
vivantes que les géants manient avec douceur.
Une question me traverse : je les croyais agressifs,
ces géants, qu'en est-il ?
C'est alors que l'un d'eux semble percevoir notre
présence. Il s'approche tandis que Léa et moi
sommes submergées par une vague de tendresse qui
nous étonne.
« Vous voilà donc, nous avons été prévenus de votre
venue par le grand enseignant qui vous guide. »
Sa voix résonne comme un écho dans une cavité
rocheuse, il continue :
«Nous sommes ici, comme tous les autres peuples
qui vivent dans l'intra-Terre parce que nous étions
les fils et filles de l'Un. Nous sommes les sages de

228
cette civilisation de géants, dont nous n'avons pu
cependant préserver la beauté dans le monde d'en
haut. »
Ce géant est parfaitement proportionné selon nos
critères bien que beaucoup plus grand, tellement
grand qu'il doit pouvoir soulever un rocher comme
nous le ferions d'une pierre.
Il perçoit ma pensée et sourit :
En effet, nous sommes à l'origine de certaines
constructions sur votre Terre. Les puissantes civili-
sations qui se sont succédé ont chacune élevé des
murs et des bâtiments dont vous ne pouvez com-
prendre l'origine.
Ceux que nous avons construits l'ont été par notre
force. À d'autres époques, les civilisations existantes
ont élevé des murs et des monuments uniquement
par la connaissance du son et de la lumière qui,
comparable à ce que vous nommez laser, est capable
de percer la roche ou de la soulever sans qu'il en
subsiste la moindre poussière.
Ici, nous préservons le savoir de tous les passés
des mondes afin qu'un jour vous puissiez y accéder
et savoir ce qui s'est réellement passé sur votre Terre.
Vous redécouvrirez ces disques au moment où vous
serez capables de les lire, mais avant cela d'autres
êtres, détenteurs du pouvoir sur Terre, les trouveront
et chercheront à les soustraire à vos yeux.

229
Ces disques sont précieux et vivants. Ils vous
donneront tout ce que vous voulez savoir.
Sachez simplement ne pas vous laisser influencer
par les dires de ceux qui vous contrôlent encore.
Nous ne sommes plus vivants sur ces mondes car
notre époque est achevée. Nous avons cependant
laissé suffisamment de traces pour que vous
puissiez ne pas douter de notre existence qui remet
en cause bien des idées reçues. »
Le grand homme s'est tu et nous plongeons dans
son regard comme dans un lac immense, sans ride de
surface, paisible, dans l'acceptation de ce qui est !
Tant de beauté dont nous ignorons l'existence !
Un œil se dessine au milieu de son front tandis
qu'il nous sourit :
« Regardez encore une fois ces disques que nous
rangeons aussi soigneusement que vous le feriez de
livres précieux, ce sont les livres vivants de l'histoi-
re de la Terre et de ses habitants. »
Des hommes et des femmes de très grande taille
et vêtus de tuniques en tissu fin et clair vont et vien-
nent tenant les disques de pierre qu'ils rangent avec
précaution dans des cavités rocheuses semblables à
des étagères de bibliothèque.
Les disques sont nombreux et je me demande si
l'avenir de la planète Terre est déjà inscrit en eux,
même en probabilité.

230
Le géant qui nous a accueillis entend ma question
muette :
« Vous êtes l'avenir de la Terre et sachez que rien
n'arrivera par hasard. Rien n'est encore inscrit car
vous pouvez modifier tout ce qui semble déjà en
place.
Il est dit que votre Terre se dévitalisera jusqu'au
point où vous ne pourrez plus rester dessus. Il est dit
aussi que des vents insalubres empoisonneront votre
air tandis que les mers recouvriront vos terres et
qu'alors Terra vous ouvrira une nouvelle fois ses
portes car vous serez très peu nombreux, en cette fin
de civilisation…
Il est écrit que des vaisseaux emporteront les sur-
vivants le temps que la planète se régénère. Pourtant
tout est encore possible si vous actionnez en vous la
conscience endormie qui y sommeille, »
Tandis que Léa reste muette, je risque une ques-
tion : « Peux-tu nous dire quelle est notre plus gran-
de faille ? »
Le géant éclate d'un rire sonore qui emplit toute
l'immensité de la grotte tandis que d'autres géants se
retournent et nous regardent amusés.
Ma question est-elle si stupide ?
« La PEUR est votre faille la plus importante et fait
de vous des soumis... L'Amour ne peut y trouver sa
place. Vos révolutions sont des leurres qui ont perdu

231
aussi notre civilisation. La violence amuse vos diri-
geants, non pas les officiels, les autres... elle nourrit
ce que vous ne voulez pas voir. Nous ne pouvons
vous donner de règles toutes faites à suivre mais
soyez déterminés et aimants et vous saurez que faire.
»
Le géant continue de rire d'un grand rire sonore
tandis que Léa se colle contre moi.
« Notre civilisation s'est terminée dans la violence
car certains ont utilisé leur force pensant qu'ils
allaient régner sur le petit peuple des humains de
cette façon... un leurre, tout est un leurre !
D'autres civilisations se sont écroulées à cause
d'un mental trop puissant et élevé en maître. Ils pos-
sédaient des technologies parfaites et puissantes.
Encore une fois, l'amour du pouvoir les a perdus.
Une autre civilisation a développé des sens de plus
en plus performants et se perdit cette fois dans le
lucre et la déliquescence.
Quant à vous, aujourd'hui, vous avez le savoir,
vous avez le développement des sens, apprenez sim-
plement à vous en servir non pour dominer qui que
ce soit mais pour les mettre au service de la Vie.
Vous dormez alors que vous vous agitez en
croyant agir... »
Sur ces derniers mots, le groupe de géants tout
entier se met à rire d'un rire qui résonne dans le lieu

232
comme si nous étions au milieu d'un orchestre
amplifié par des hauts parleurs puissants. Il ne reste
plus que le son, nous ne voyons plus rien... nous
sommes emportés par le rire sonore qui résonne en
nous, tandis que nous nous retrouvons allongés sur
le sable devant Râ qui semble nous attendre.

La seule différence entre Léa et moi, c'est un acci-


dent de voiture, entre Râ et moi c'est son élévation
de conscience, entre le géant et moi c'est une civili-
sation disparue...
J'entends tout à coup la voix de Léa qui, timide-
ment, demande :
« Râ, pourquoi m'avoir choisie moi, pour me mon-
trer tout ce que je viens de voir et de vivre ? J'ai très
peur de ne pas savoir quoi faire avec ça? »
Je sens combien Léa est sincère et craint de ne pas
être à la hauteur.
Soudain, le rire de Râ, profond et chaleureux, tra-
verse nos interrogations :
« La peur, toujours cette peur... Léa. Je ne t'ai pas
choisie, tu t'es choisie toi-même. Ton incarnation va
se faire plus rapidement que cela ne se fait habituel-
lement, et une partie de toi a demandé de connaître
ce que je t'ai montré afin de commencer le renou-
veau attendu sur ta planète avec un groupe d'âmes
que tu ne vas pas tarder à rencontrer.

233
Vous êtes de plus en plus nombreux à être ensei-
gnés ainsi et à revenir avec des données nécessaires
à la nouvelle Terre.
N'aie aucune inquiétude. Tu seras guidée, tu ne
seras pas seule. D'autres comme toi, ainsi que je
viens de te le dire, ont décidé d'œuvrer de concert.
Peut-être en rencontreras-tu certains, peu importe,
vous serez tous liés sur d'autres plans où là, vous
vous rencontrerez tous.
Ce livre qui parle de cette rencontre avec toi sera
également un support pour aider ceux et celles qui
s'incarnent ou sont déjà à l'œuvre.
À présent Léa, tu as besoin de repos avant de
retrouver tes futurs compagnons et compagnes de
route. »
Épilogue

... Et la vie continue

Râ sourit, et je sais que notre rencontre est sur le


point de se terminer.
« Pourquoi parles-tu de "terminer", petite sœur,
rien ne se termine jamais, tu le sais. »
En effet, je le sais mais mon mental devenu par
nécessité trop terrien semble l'oublier !
Une silhouette s'avance vers nous et peu à peu,
j'en devine les traits.
Une dame aux cheveux gris attachés en catogan et
à la silhouette svelte s'approche d'un pas tranquille.
Elle est vêtue d'une robe à petites fleurs bleu clair
que l'on nommerait aujourd'hui « vintage ».
Elle ouvre les bras et sourit tandis que Léa se
précipite pour se lover contre elle :
« Mamie, je ne pensais jamais te revoir. Je suis
si contente.

235
— Viens avec moi nous allons passer un peu de
temps chez moi, dans la maison de ton enfance. Tu
te souviens de mes confitures et des promenades
dans les champs de coquelicots ? »
Léa ne répond pas, elle est trop émue pour le faire
mais tout en elle dit OUI. Je sais à présent que le
moment est venu de nous séparer mais comme le dit
Râ, qui se sépare de qui ? Quelle illusion !
Léa et sa mamie nous sourient et, d'un signe de la
main, nous saluent et nous remercient.
« J'aimerais laisser ces quelques mots à ceux qui
liront mon histoire, ajoute Léa rayonnante :
N'attendez pas de mourir à la Terre pour ouvrir les
yeux comme je l'ai fait... Puissiez-vous être telles
des petites étincelles joyeuses à la surface de la pla-
nète, votre vie quelle qu'elle soit est unique même si
les facettes qui sont les siennes vous semblent par-
fois trop dures à porter. Aimez-la pour ce qu'elle est,
aimez-vous pour ce que vous êtes... »
À présent, nous sommes seuls, Râ et moi sur ce
sable étincelant de mille paillettes.
Je sens mon corps physique qui m'appelle tandis
qu'une partie de moi demande encore un peu de
temps.
Râ s'approche, les bras grands ouverts et l'accola-
de me plonge dans un tourbillon de lumière où seule
sa voix me parvient encore :

236
« Petite sœur, rien ne se sépare jamais. C'est la clé
! Reçois notre paix. »
Je suis là, devant le clavier de mon ordinateur il
ne me reste plus qu'à...
Serais-je capable ? Et si j'éradiquais de mon voca-
bulaire ce genre d'interrogation, et si nous l'éradi-
quions tous et toutes ? La Force est en nous !

19 juillet à midi :) Je ne peux écrire le mot Fin...


car il n'y a jamais de fin.