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Histoire, thème 2, chapitre 3/3 (TS) 

LE PROCHE ET LE MOYEN-ORIENT,
UN FOYER DE CONFLITS DEPUIS 1945

Dès le XIXe s., la « question d’Orient » agite les diplomaties européennes et est au centre
d’enjeux géostratégiques. L’éclatement de l’Empire ottoman (turc), les rivalités ethniques,
religieuses, économiques et les rivalités internationales font du MO, espace dominé, un foyer
de conflits et de tensions permanents. Région carrefour riche en pétrole, peuples et religions,
marquée par la pauvreté et le mal développement, le MO est à la recherche de la stabilité. La
création d’Israël en 1948 ajoute une dose de complexité et accroît encore les tensions.
Pourquoi le MO est-il devenu la zone de conflits la plus sensibles au monde ?

I. Le Moyen-Orient, un espace aux enjeux multiples :


Quelles sont les causes profondes des conflits au MO ?

A- Qu’est-ce que le Moyen-Orient ?

1- Le territoire :
- L’importance stratégique du MO tient d’abord à sa situation géographique. Carrefour entre
la Méditerranée et l’océan Indien, à la jonction de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, la
région est, depuis l’Antiquité, un lieu de contacts et d’échanges, mais aussi de rivalités et
d’affrontements.
- Au centre, 5 Etats (Irak, Syrie, Liban, Israël, Jordanie) où se concentrent au XXe s. les guerres
et les conflits. Trois grands pays les plus peuplées du MO les encadrent : l’Egypte à l’ouest, la
Turquie au Nord et l’Iran à l’Est. Au sud, la péninsule arabique forme un ensemble à part.
- Le milieu naturel est globalement contraignant : déserts chauds, hauts plateaux, montagnes
qui ont souvent offert un refuge aux peuples persécutés… Les terres fertiles où se rassemble la
population sont rares et donc convoitées : vallées du Nil et du Jourdain, du Tigre et de
l’Euphrate, littoral méditerranéen.

2- Les peuples :
- Trois grands peuples composent l’essentiel du MO : les Perses (ou Iraniens, 80 millions), les
Arabes (200 millions), les Turcs (80 millions). Ils ont, au cours des siècles, successivement
imposé leur domination sur la région, ce qui continue de nourrir des visions de l’histoire opposées.
- Les Kurdes (30 millions) forment une minorité présente dans 4 pays (Turquie, Iran, Irak,
Syrie) mais sans Etat et régulièrement victime de discriminations et de persécutions.
- Quant aux juifs (8 millions), leurs communautés sont parmi les plus anciennes du MO mais
leur nombre actuel résulte surtout d’une immigration récente en Palestine qui commence au
début du XXe s. et qui se heurte rapidement aux populations arabes de la région. La terre est ainsi
le principal enjeu des guerres israélo-arabes comme du conflit israélo-palestinien.

B- Religions et conflits :

1- La diversité religieuse :
- Le MO est le berceau des trois religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et
l’islam. Il abrite les deux grandes villes saintes de l’islam : La Mecque et Médine, ainsi que
Jérusalem, commune aux trois religions (« trois fois sainte »).
- Les musulmans sont de très loin les plus nombreux ; ils sont divisés entre sunnites
majoritaires et chiites (Iran surtout, Irak, Liban) et comptent aussi un certain nombre de
groupes minoritaires comme les druzes. Chiites et sunnites sont aussi très divisés.
- Les chrétiens (10 millions environ) sont divisés en 11 communautés, dont certaines
reconnaissent l’autorité du pape (les maronites au Liban) et d’autres non, comme les coptes
en Egypte (orthodoxes).
- Les juifs, autrefois dispersés dans le MO, sont désormais réunis dans les frontières d’Israël.

2- Islam et politique :
- Au XXe s, s’est imposé dans le monde musulman (sauf en Arabie), le modèle occidental de
l’Etat-nation laïque, pour qui l’islam reste une religion contrôlée par l’Etat mais dont les
préceptes n’interfèrent pas dans la vie politique. C’est le cas dès l’entre-deux-guerres en
Turquie, puis à partir des années 1950-1960 dans les Etats arabes d’Egypte, d’Irak et de Syrie. Il
s’agit de régimes autoritaires qui s’en prennent durement aux islamistes.
- A partir des années 1930, se développent cependant des mouvements islamistes (dont les
frères musulmans en Egypte) qui font une lecture politique de l’islam et veulent réformer
l’ensemble du monde musulman (l’ « umma ») en faisant du Coran la source unique de la
législation, de la vie politique, économique et sociale. Ces mouvements, qui s’appuient sur le
rejet grandissant des idéologies et des modes de vie occidentaux, entrent en conflit avec les
régimes dictatoriaux au pouvoir. En 1979, en Iran, la révolution menée par l’ayatollah
Khomeiny renverse le gouvernement du shah (roi) et instaure une république islamique
intransigeante et autoritaire.

C- A l’origine des frontières actuelles :

1- Le démembrement de l’Empire ottoman :


- L’EO, qui dominait le MO arabe avant 1914, sort vaincu de la Première Guerre mondiale et
est en grande partie occupé par les Alliés. Le sultan doit signer en 1920 le désastreux traité de
Sèvres qui ampute la Turquie de nombreux territoires. Mais à la tête de ses troupes, Mustapha
Kemal chasse les Grecs d’Asie Mineure, met fin au projet d’Etat kurde et arménien et obtient la
révision des frontières turques au traité de Lausanne, en 1923. Fondateur de la Turquie moderne, il
proclame la République et instaure un Etat laïque, sur le modèle occidental.
- Le MO arabe est partagé ente la France et le Royaume-Uni, malgré la promesse britannique de
créer un grand royaume arabe unifié. La France reçoit de la Société des Nations un mandat sur la
Syrie, le Liban ; le RU reçoit un mandat sur la Palestine et la Mésopotamie (Irak, Jordanie,
Palestine), tout en continuant d’exercer son influence sur l’Egypte et les émirats du Golfe.
- En revanche, en Arabie, Ibn Saoud réussit à unifier la région et fonde en 1932 le royaume
d’Arabie saoudite.

2- La présence française et britannique dans l’entre-deux-guerres  :


- Les nouvelles frontières (les actuelles) tiennent peu compte des aspirations des peuples et
plutôt des préoccupations stratégiques de la France et du RU. La plupart des conflits
territoriaux du XXe s. trouvent là leur origine.
- Dans la pratique, la France et le RU administrent leurs mandats comme des colonies. La
France réprime durement une révolte des druzes en Syrie dans les années 1920. En Palestine, les
Britanniques favorisent l’immigration juive et écrasent en 1936 et 1939 les révoltes des
populations arabes qui protestent contre cette situation. Ils accordent l’indépendance à l’Irak en
1932 mais ils y conservent une solide influence.

Mandat : tutelle sur un territoire donné par la SDN à une grande puissance avec pour mission
de l’amener progressivement à l’indépendance.

II. Le Moyen-Orient au cœur des rivalités internationales :


En quoi le Moyen-Orient est-il un enjeu international depuis 1945 ?
A- Des ressources convoitées :

1- Le pétrole :
- Le pétrole est la principale richesse du MO qui assure environ 1/3 de la production mondiale
et détient les 2/3 des réserves estimées. L’exploitation a commencé au début du XX e s., au
bénéfice des grandes compagnies pétrolières européennes et américaines.
- A partir des années 1950 cependant, les pays producteurs parviennent à imposer leur
contrôle sur la production et les prix et comprennent qu’ils disposent d’un moyen de pression
efficace sur le pays industrialisés. En 1973, au moment de la guerre israélo-arabe du Kippour,
ils frappent d’embargo les alliés d’Israël, provoquant ainsi l’augmentation des prix et un
premier choc pétrolier.
- Le pétrole est aussi un facteur de déséquilibres régionaux entre les pays qui sont en
dépourvus et les pays producteurs regroupés au sein de l’OPEP (Organisation des pays
exportateurs de pétrole) dont certains, comme toutes les monarchies de la péninsule arabique, ont
fondé tout leur développement sur cette richesse.
- C’est enfin un facteur de conflits, lorsqu’il s’agit de fixer les prix de vente du baril, ou lorsque
plusieurs Etats se disputent la propriété des gisements : le pétrole du Koweït, convoité par
l’Irak, est le premier enjeu de la guerre du Golfe, en 1990-1991.
- Le MO dispose aussi de 40% des réserves mondiales de gaz. L’Iran et le Qatar sont les
principaux producteurs.

2- L’eau, une richesse rare :


- Dans un milieu globalement aride, l’eau est une ressource rare, inégalement répartie et
disputée. L’accroissement démographique très rapide dans la région, le développement de
l’urbanisation et des cultures irriguées rendent les besoins toujours plus importants. Les
nappes souterraines sont polluées et surexploitées ; les grands fleuves, qui font l’objet
d’aménagements hydrauliques, voient leur débit diminuer.
- Les eaux du Tigre et de l’Euphrate sont ainsi l’objet de tensions permanentes entre la Syrie,
l’Irak et la Turquie qui en contrôle les sources et a multiplié les barrages à ses frontières.
Celles du bassin du Jourdain sont disputées par la Syrie, la Jordanie et Israël.

B- Le Moyen-Orient dans la Guerre froide :

1- La fin de la domination européenne :


- La seconde guerre mondiale met fin au système des mandats. L’Irak était déjà indépendant
depuis 1932, le Liban, la Syrie, la Jordanie le deviennent en 1946. Le Royaume-Uni quitte la
Palestine en 1948 et accorde l’indépendance au Koweït (1961), au Yémen (1967) puis aux émirats
du Golfe (1971).
- En Egypte, officiellement indépendante depuis 1922, une compagnie franco-britannique
continue d’exploiter le canal de Suez, source de revenus considérables. Pour financer la
construction d’un barrage sur le Nil, à Assouan, le président égyptien, Nasser, décide en 1956
de nationaliser le canal. L’intervention militaire de la France et du RU, aidés pour l’occasion
d’Israël, est condamnée par l’ONU, les Etats-Unis et l’URSS. C’est un fiasco diplomatique. La
crise de Suez vient confirmer la perte d’influence des anciennes puissances coloniales sur la
région (c’est la « crise de Suez »).

2- Entre l’Est et l’Ouest :


- Nasser veut incarner dans tout le monde arabe l’émergence politique du tiers-monde, il fait
partie des fondateurs du mouvement des non-alignés et affirme haut et fort l’émergence du
MO sur la scène internationale.
- Mais, dans le contexte de la Guerre froide, la région toute entière tombe en réalité sous
l’influence soit des USA soit de l’URSS. Les USA mènent une politique contradictoire, soutenant
à la fois l’Arabie Saoudite (où les compagnies US exploitent le pétrole), la Turquie (dans
l’OTAN dès 1952), l’Irak et l’Iran, dans le cadre du containment (endiguement), et enfin
Israël à partir des années 1960 dans son combat contre l’Egypte.
- L’URSS s’appuie d’abord sur l’Egypte de Nasser, qu’elle aide à construire le barrage
d’Assouan et qu’elle équipe militairement, puis sur l’Irak et la Syrie. Elle soutient aussi
activement les Palestiniens dans leur lutte contre Israël.

C. Les grands enjeux de l’après Guerre froide :

1- Le Golfe (persique) au cœur des conflits :


- La guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 : pour le contrôle de zones frontalières riches en pétrole
(région du Chatt el-arab). Le conflit oppose le régime laïque de Saddam Hussein à la
république islamiste de l’ayatollah Khomeiny. Le conflit s’achève par un statu quo (1 million
de morts tout de même) et des frontières inchangées. Les deux camps ont été soutenus à la fois par
l’Est et l’Ouest.
- La guerre du Golfe commence en 1990 lorsque l’Irak annexe le petit Etat du Koweït. Il
prend rapidement une dimension internationale : la coalition menée au nom de l’ONU par les
Etats-Unis, à laquelle participe de nombreux Etats arabes, vise à préserver l’équilibre au
Moyen-Orient (l’Irak aurait alors possédé 10 + 10% des réserves prouvées de pétrole dans le
monde = trop).
- En 2003, une autre intervention américaine en Irak, sans accord de l’ONU, ouvre une
nouvelle période de conflits : le dictateur Saddam Hussein est chassé du pouvoir (et tué) mais
la paix et la démocratie ne s’installent pas, le pays et la région sont durablement déstabilisés.

2- Une région toujours sous tensions :


- La présence d’armes de destruction massive au MO est un élément supplémentaire de
tensions. Israël détient l’arme nucléaire depuis 1966, la Syrie et l’Irak ont été soupçonnés de
vouloir s’en doter. Aujourd’hui c’est l’Iran qui semble mener des recherches sur cette arme, alors
que ses présidents successifs promettent de « rayer Israël de la carte ».
- Le mouvement de révolte et de contestation politique qui a frappé en 2011 l’ensemble du
monde arabe (le « printemps arabe ») a touché aussi l’Egypte, la Syrie, Bahreïn, le Yémen. En
Egypte, le régime du président Moubarak, au pouvoir depuis 1981, est renversé et les élections
qui suivent voient la forte progression des islamistes. En Syrie, Le président Bachar Al-Assad
s’en prend violemment aux protestataires. Entre Irak et Syrie, la contestation du pouvoir
donne de l’importance aux rébellions islamistes (daesh), ethniques (kurdes) et ethnico-
religieuses (sunnites contre chiites), dans une situation de guerre civile : c’est aujourd’hui la
principale catastrophe humanitaire mondiale.

III. Israël et les pays arabes : un affrontement permanent :


Pourquoi Israël est-il au cœur des conflits au MO ?

A- La naissance d’Israël :

1- Le sionisme :
- Le mouvement sioniste naît à la fin du XIXe s., sous l’impulsion de Théodore Herzl, en
réaction à l’antisémitisme et aux persécutions dont les Juifs d’Europe sont victimes,
notamment en Russie et en Europe centrale. Il milite pour la création, en Palestine, alors province
ottomane, d’un Etat où les Juifs pourront vivre en sécurité. Ce retour aux sources – la Palestine
est le berceau historique du peuple juif – est encouragé par la déclaration officielle de Lord
Balfour, ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, qui se prononce en 1917 pour
« l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif » (« Déclaration
Balfour »).
- Dès le début du XIXe s, par vagues successives d’immigration, les Juifs s’installent en
Palestine, achètent des terres, les mettent en valeur, fondent des villes et des colonies, prennent
une part active au développement économique de la région, dont ils représentent ¼ de la
population en 1936. Le Royaume-Uni, puissance mandataire, encourage dans un premier temps
cette immigration et se heurte à l’opposition de plus en plus violente des Arabes palestiniens.
Prenant acte des tensions croissantes, les Britanniques décident, en 1939, de freiner les arrivées.

Note : le sionisme est l’idée que les juifs doivent avoir un Etat en Palestine, celui qui est antisioniste est contre cette
idée (donc contre l’existence d’Israël). Ce n’est pas exactement la même chose que l’antisémitisme, qui est la haine des
juifs.

2- Le plan de partage et la première guerre israélo-arabe :


- Après la Seconde Guerre mondiale, la révélation de la Shoah et le nombre important de réfugiés
juifs souhaitant quitter l’Europe modifient la donne et font de la question juive un problème
international dont se saisissent les Nations unies. En 1947, l’Assemblée générale de l’ONU
adopte un plan de partage de la Palestine prévoyant la constitution d’un Etat juif, d’un Etat
arabe et un statut international pour la ville de Jérusalem.
- Les Etats arabes rejettent le plan et entrent en guerre contre Israël le lendemain de la
proclamation du nouvel Etat, le 14 mai 1948. La défaite des armées arabes, mal équipées et mal
coordonnées, conduit aux conventions d’armistice de 1949 : Israël contrôle désormais les ¾ de la
Palestine (au lieu de 55%) et de nombreux Palestiniens se réfugient dans les pays voisins. Aucun
Etat palestinien ne voit le jour : l’Egypte administre la bande de Gaza et la Jordanie annexe la
Cisjordanie.

B- Les victoires israéliennes (1949-1970) :

1- Suez et la guerre des Six-Jours :

- Aucun pays arabe ne reconnaît l’existence d’Israël. Israël se lance alors dans des « guerres
préventives » : il intervient contre l’Egypte en 1956 lors de la crise de Suez (victoire militaire
sans effets diplomatiques).
- La guerre des Six-Jours, en juin 1967, est une victoire éclatante pour Israël qui défait les
armées égyptienne, syrienne et jordanienne et occupe le Sinaï, Gaza, la Cisjordanie, le plateau du
Golan et Jérusalem-Est. Malgré les injonctions de l’ONU, Israël occupe ces territoires (ce sont
dès lors les « territoires occupés »).

2- Les espoirs déçus du panarabisme :


Les Etats arabes considèrent la Palestine comme une terre arabe et la création d’Israël comme
une offense au monde arabe. Au sein de la Ligue des Etats arabes (LEA, ou ligue arabe, 1945),
la lutte contre Israël fait renaître des rêves d’unité du monde arabe, idée bien incarnée par
Nasser, le président égyptien : l’Egypte et la Syrie ne forme même plus qu’un seul Etat de 1958 à
1961. Mais la guerre des Six-Jours ruine les espoirs du panarabisme. Le mouvement s’éteint.

Note : le mouvement panarabe, plutôt laïque, disait œuvrer pour l’unité du monde arabe. Il disparaît car ses leaders
(des présidents) sont des dictateurs qui ne parviennent pas à assurer le développement de leurs pays. La Guerre des Six
jours est leur échec aux yeux de la population qui découvrent la défaite avec surprise (la propagande annonçait des
victoires). La fin du panarabisme favorise la montée de l’islamisme.
Note : l’islamisme est l’idée que la religion musulmane doit guider la vie privée et publique de la société. Les
réseaux islamistes prennent de l’importance d’abord parce qu’ils s’occupent des populations pauvres abandonnées par
les dictateurs « panarabes ».

C- Des guerres indécises (1970-1985) :

1- Les guerres du Kippour et du Liban :


- L’Egypte, dirigée désormais par Sadate, aidée de la Syrie, attaque Israël le 6 octobre 1973,
jour de la fête juive de Yom Kippour. Après des succès initiaux, la contre-attaque israélienne
stabilise le front : pour la première fois, un pays arabe fait jeu égal avec Israël. (+ choc
pétrolier)
- Au Liban, une guerre civile éclate en 1975, opposant les communautés religieuses qui se
partagent le pouvoir : chrétiens, sunnites, chiites, druzes. Les réfugiés palestiniens sont
nombreux au Liban et la Syrie a beaucoup d’influence sur certains groupes militaires libanais (le
Hezbollah chiite). Israël décide d’intervenir au Liban mais l’opération est désastreuse pour son
image internationale : dans la zone qu’elle occupe alors, elle laisse volontairement des milices
chrétiennes commettre des massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila.

2- Le monde arabe divisé :


- A partir des années 1970, le monde arabe est profondément divisé et chacun poursuit ses
intérêts. L’Egypte du président Sadate se tourne vers les Etats-Unis et se rend en Israël pour
négocier : il obtient, lors des accords de Camp David, la restitution du Sinaï (occupé par Israël,
rendu à l’Egypte). Un traité de paix est signé, ce qui implique que l’Egypte reconnaît l’existence
d’Israël : l’Egypte est exclue de la Ligue arabe.
- Progressivement, la question palestinienne intéresse moins les autres Etats arabes, gênés par
le nombre de réfugiés. En 1970, après des combats, la Jordanie expulse de son territoire les
Palestiniens qui s’y étaient réfugiés. Israël n’est plus un élément fédérateur dans le monde arabe.

IV. Le face à face israélo-palestinien :


Pourquoi la paix semble-t-elle impossible  ?

A- La question palestinienne (1948-1990)

1- Un peuple sans Etat :


- Aucun Etat palestinien ne voit le jour en 1949 : l’accepter, pour les Arabes, aurait été
reconnaître le plan de partage de l’ONU donc reconnaître Israël. 150 000 Palestiniens restent
dans les frontières du nouvel Etat israélien tandis que 750 000 fuient ou sont expulsés, vers la
Jordanie, la bande de Gaza, en Syrie ou au Liban. Pour eux, c’est la nakba (« catastrophe » en
arabe).
- Dès 1948, Israël estime que ces départs sont volontaires et refuse tout droit de retour à ces
réfugiés, espérant qu’ils se vont se fondre dans les populations des autres pays. Le conflit israélo-
palestinien est donc d’abord territorial : deux peuples se disputent une terre.

2- L’affrontement :
- La question palestinienne est d’abord envisagée dans le cadre général de la nation arabe. Ce n’est
qu’après le désastre de la guerre des Six jours en 1967, qui provoque un nouvel exode depuis
Gaza et la Cisjordanie (désormais occupée par Israël), que les Palestiniens décident de régler
eux-mêmes leur situation.
- L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) fait alors de la lutte armée et des
attentats, en Israël et dans le monde, ses principaux moyens d’action. Lors des jeux
olympiques de Munich 1972, des athlètes israéliens sont pris en otage et tués, ce qui suscite une
condamnation internationale (y compris des pays arabes).
- L’intervention israélienne au Liban, en 1982, affaiblit l’OLP qui y avait son siège. Son chef,
Yasser Arafat, se réfugie en Tunisie et déclare renoncer au terrorisme en 1988.
- Mais au même moment, en décembre 1987, les Palestiniens des territoires occupés
déclenchent l’intifada, provoquant une vague de répression. C’est alors que naît le
mouvement palestinien islamiste du Hamas, qui transpose le conflit sur le terrain religieux et
se bat pour la destruction totale d’Israël.
Intifada : « la guerre des pierres », révolte des Palestiniens contre les soldats israéliens, à qui ils
jettent des pierres, en 1987 et 2000.

B- Les espoirs de paix (1990-1995) :

1- La reconnaissance entre Israël et l’OLP :


La fin de la Guerre froide et la guerre du Golfe redistribuent les cartes dans tout le MO. A
l’initiative des Etats-Unis, une déclaration de principes est signée à Washington en septembre
1993 en présence de Yasser Arafat (OLP), Yitzhak Rabin (Premier ministre israélien) et Bill
Clinton (président US) : Israël et l’OLP se reconnaissent et acceptent de participer à un
processus de paix (leur poignée de mains devant les photographes est célèbre).

2- Les accords d’Oslo (1993-1995) :


- Ils prévoient la création d’une Autorité palestinienne, avec président, gouvernement et
parlement, qui obtiendrait le transfert progressif de compétences dans les « territoires
occupés », transfert qui serait achevé en 5 ans.
- Mais les questions les plus délicates sont repoussées : le sort des réfugiés palestiniens, le
statut de Jérusalem-Est (annexée par Israël mais dont les Palestiniens veulent faire leur
capitale), les frontières exactes, le destin des colonies israéliennes dans les territoires occupés
(ce sont ces problèmes qui empêchent une solution).

C- Un processus bloqué depuis 1995 :

1- La victoire des radicaux :


- Le rejet du plan de paix par les extrémistes israéliens comme Palestiniens fait rapidement
s’enliser le processus. Le Hamas, très populaire dans la bande de Gaza très pauvre, multiplie
les attentats contre les civils israéliens. Yitzhak Rabin est assassiné en novembre 1995 par un
extrémiste juif. Le Likoud (parti hostile aux négociations de paix) revient au pouvoir en 1996
en Israël et relance la colonisation dans les territoires occupés.
- Les négociations sont bloquées. En 2000, la visite d’Ariel Sharon, leader du Likoud, sur
l’esplanade des Mosquées à Jérusalem provoque d’importantes manifestations de
Palestiniens, violemment réprimées. C’est le début de la seconde intifada. En 2001, Ariel
Sharon est élu Premier ministre.

2- Une paix impossible ?


- Israël évacue la bande de Gaza en 2005 mais poursuit la colonisation en Cisjordanie et
l’Autorité palestinienne ne contrôle que 40% des territoires palestiniens (et des zones très
fragmentées).
- Dans les territoires occupés, les Palestiniens se divisent. La bande de Gaza est contrôlée par
les islamistes radicaux du Hamas depuis 2006, hostiles à l’OLP. La Cisjordanie est, elle,
toujours dirigée par l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas.
- Depuis 2002, Israël met en place une barrière de séparation, à la frontière de la Cisjordanie,
mais qui vient englober Jérusalem-est, des colonies israélienne et des villages palestiniens dans
l’Etat d’Israël. Les attentats du Hamas et les interventions armées d’Israël continuent.
- Cette situation bloque toute avancée diplomatique. En 2011, l’ONU refuse de reconnaître la
Palestine comme un Etat à part entière (c’est un « membre observateur »). Récemment, le
président Trump a entériné un nouveau partage territorial donnant tout Jérusalem et le
plateau du Golan (actuellement syrien) à Israël, ce que la communauté internationale ne
reconnaît pas.
Actuellement :
- Israël : 9 millions d’habitants, premier ministre Benjamin Netanyahou
- Autorité palestinienne / Etat palestinien : 4 millions, président Mahmoud Abbas
- Egypte : 100 millions, président Al-Sissi
- Syrie : 19 millions, président Bachar el-Assad
- Jordanie : 10 millions, roi Abdallah II
- Irak : 40 millions, président Salih
- Turquie : 83 millions, président Erdogan
- Iran : 82 millions, président Rohani, guide suprême Ali Khamenei.
- Liban : 6 millions, président Michel Haoun.

Note, à lire une fois seulement, pas à retenir : le conflit en Syrie est un exemple de la grande
complexité des conflits au Moyen-Orient. Les mouvements islamistes qui prônent un retour à
la religion politique se sont développés à cause du mal développement de ces pays (fortes
inégalités et grande pauvreté) et de la dictature qui bloque la société dans ses aspirations
(corruption, exclusion). Si bien que lors du « printemps arabe », l’opposition à la dictature
rassemble à la fois les partisans de la démocratie et les islamistes, ces derniers étant mieux
structurés (Egypte) mais aussi divisés. En Syrie, le régime du dictateur Bachar el-Assad tient
bon en réprimant violemment toutes les oppositions puis le pays entre en guerre civile. Au
même moment, en Irak, se développe le groupe islamiste radical appelé « daesh » : quand les
USA ont renversé Saddam Hussein en Irak (dictateur laïc sunnite), ils se sont appuyés ensuite sur
les chiites (40% de la pop, jusque là discriminés par le pouvoir), ce qui a exclu les sunnites de
l’Etat, de l’armée, des richesses. Beaucoup ont rejoint les rangs de Daesh (sunnite, anti-chiite, anti-
occidental). Or, en Syrie, Bachar el Assad est chiite (en fait allaouite, une branche du chiisme)
quand la majorité de la population est sunnite. Il est donc soutenu par l’Iran (chiite), grand ennemi
des USA (et donc est soutenu par la Russie) mais pas par les pays d’Arabie (sunnite, notamment
l’Arabie saoudite, tendance wahhabite, qui persécute les chiites (40% de sa pop), le Qatar est de
tendance salafiste = sunnites durs, proches de Daesh, tous grands amis des Occidentaux
officiellement et qui le fournissent en pétrole mais qui paient aussi les terroristes islamistes). Les
Occidentaux ne peuvent ni soutenir le dictateur chiite (Assad) ni les islamistes sunnites
(sanguinaires et fous) de Daesh : ils encouragent les Kurdes (sunnites, sans Etat) à combattre les
deux camps mais ceux-ci sont considérés comme des terroristes par les Turcs (sunnites aussi)
car ils sont indépendantistes. La Turquie envahit donc une partie de la Syrie pour y jeter « ses
kurdes ». Le conflit dans la zone Syrie-Irak a fait 500 000 morts environ depuis 2011 et
provoqué une « crise migratoire » au Moyen-Orient et dans l’Union européenne. La Turquie
ouvre ses frontières avec l’Europe pour forcer les Européens à la soutenir (actuellement). Et Donald
Trump annonce que le plateau du Golan (Syrie actuelle, avec les sources du fleuve Jourdain) fait
désormais partie d’Israël (2019). Aux USA, une partie de l’électorat évangéliste (un courant du
protestantisme chrétien), qui soutient Trump, est sioniste (favorable à un Etat israélien) par
antisémitisme (ils souhaitent que les juifs aillent vivre en Israël pour qu’il n’y ait plus de juifs aux
USA).