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VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES

par

Charles Cochet

Table des matières


Liste des figures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1. Outils. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2. Réalisation des polytopes convexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
3. Résidu total. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
4. Formule de Jeffrey-Kirwan. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
5. Systèmes unimodulaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
6. Décomposition des polytopes convexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
7. Polytopes d’écoulement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
8. Résidu le long d’un hyperplan. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
9. Base d’Orlik-Solomon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
10. Transformation de Laplace. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
11. Formule de saut. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
12. Partie principale des fonctions génératrices. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
13. Un joli exemple. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
14. Un autre joli exemple. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Références. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Index des notations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Index terminologique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31

Liste des figures

1. Le 2-simplexe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2. Grandes chambres pour A+
3 ................................................... 10
3. Décomposition simpliciale de l’hexagone. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
4. Décomposition simpliciale de l’octaèdre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
5. Décomposition simpliciale du cube. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
6. Cône simplicial non unimodulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2 CHARLES COCHET

7. Cône unimodulaire non simplicial. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17


8. Décomposition simpliciale non unimodulaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 3

1. Outils
1.1. Théorème de Blichfeldt. — Pour démontrer le théorème de Minkowski, nous avons besoin
du
Théorème 1.1 (Blichfeldt). — Soit M ⊂ Rn un ensemble mesurable. Supposons que vol(M ) >
1 ou bien que M est un fermé borné tel que vol(M ) ≥ 1. Alors M contient deux points x et y tels
que x − y ∈ Zn .
Démonstration. — (1) Supposons tout d’abord que vol(M ) > 1. Il se peut que M ne soit pas
borné, mais alors il contient M 0 borné de volume strictement supérieur à 1. On est ainsi à étudier le
cas où M est borné. Considérons P = [0, 1[n . Il existe un nombre fini de points entiers u0 , . . . , up tels
que P +ui soit d’intersection non vide avec M . Pour tout i, posons Mi = M ∩(P +ui ), Mi0 = Mi −ui .
Les Mi0 sont contenus dans P (qui est de volume 1), et la somme de leurs volumes satisfait à
X X
vol(Mi0 ) = vol(Mi ) = vol(M ) > 1.
i i
Donc ces ensembles ne sont pas disjoints. Il existe alors deux indices différents i et j ainsi qu’un
point x tels que x soit dans Mi0 ∩ Mj0 . Il s’ensuit que x + ui et x + uj sont dans M , d’où le premier
point du théorème.
(2) Supposons M fermé borné de volume 1. Prenons une suite de réels λi > 1 de limite 1 lorsque
i tend vers l’infini. D’après le premier point, il existe pour tout i des points xi , yi ∈ λi M tels que
xi − yi soit entier non nul. L’ensemble M étant compact, il existe des sous-suites xij et yij qui
convergent respectivement vers des points x et y de M . Par ailleurs x − y est entier et non nul,
d’où le résultat.

Corollaire 1.2. — Soit M ⊂ Rn fermé borné de volume vol(M ) ≥ 1. Alors les M + u (u ∈ Zn )


ne sont pas tous disjoints.

1.2. Théorème de Minkowski. — Grâce au théorème 1.1, nous pouvons démontrer le


Théorème 1.3 (Minkowski). — Un ensemble K ⊂ Rn convexe, borné, symétrique par rapport
à l’origine et de volume vol(K) > 2n contient un point u non nul à coordonnées entières.
Si K est fermé, on peut remplacer la condition sur le volume par vol(K) ≥ 2 n .
L’inégalité est optimale puisque le seul point entier du cube ouvert ] − 1, 1[n de volume 2n est
l’origine.
Démonstration. — (1) Démontrons d’abord le théorème lorsque K est fermé. Le convexe K
contient un voisinage de 0 et est lui-même contenu dans une sphère centrée en 0. Si λ est assez
petit, le seul point entier de λK est 0. D’autre part si λ est assez grand λK contient des points
entiers autres que 0 (cependant toujours en nombre fini). T
D’après la convexité de K, on a λK ⊂ λ0 K dès que 0 < λ < λ0 et λK = λ<λ0 λ0 K. Il existe
alors un plus petit réel λ1 = λ1 (K) tel que λ1 K contienne un point entier u 6= 0. Ce point est
nécessairement sur le bord de λ1 K.
Considérons à λ > 0 fixé la collection des convexes λK + u (u ∈ Zn ). Si λ est suffisamment petit
ces ensembles sont disjoints. Il existe un plus petit réel λ0 = λ0 (K) > 0 tel que λ0 K intersecte un
λ0 K + u pour u ∈ Zn non nul. Ainsi pour tout v ∈ Zn les ensembles λ0 K + v et λ0 K + v + u sont
d’intersection non vide. Choisissons un point x dans λ0 K ∩ λ0 K + u. Alors
x ∈ λ0 K, x − u ∈ λ0 K.
Puisque K est symétrique, on obtient u − x ∈ λ0 K, −x ∈ λ0 K et u − x ∈ λ0 K + u. Par conséquent
les convexes λ0 K et λ0 K + u contiennent les points x et u − x. La convexité de K implique qu’ils
4 CHARLES COCHET

contiennent également 12 (x + u − x) = 12 u. En particulier 21 u ∈ λ0 K, c’est-à-dire u ∈ 2λ0 K, et ainsi


2λ0 ≥ λ1 .
Si λK contient un point u ∈ Zn non nul, alors 12 u ∈ 12 λK. D’autre part − 21 u ∈ 12 λK implique
1 1 1 1 1
2 u ∈ 2 λK + u. Ainsi 2 u est commun à 2 λK et à 2 λK + u. En particulier pour λ = λ1 on en
1
déduit 2 λ1 ≥ λ0 .
Nous avons ainsi λ1 = 2λ0 . Les convexes λ0 K + u (u ∈ Zn ) n’ont donc pas de point intérieur
commun. Le corollaire 1.2 du théorème de Minkowski implique que vol(λ0 K) ≤ 1. Il s’ensuit que
vol(λ1 K) ≤ 2n . Si K ne contient aucun point entier autre que 0, alors λ1 > 1 d’où vol(K) ≤ 2n
(et même vol(K) < 2n ).
(2) Supposons maintenant K non fermé. Choisissons λ ∈]0, 1[ tel que vol(λK) > 2n . Le premier
point appliqué à λK ⊂ K donne le résultat escompté.
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2. Réalisation des polytopes convexes


Soit V un R-espace vectoriel de dimension r > 0. Considérons RN muni de la base canonique
{w1 , . . . , wN }. Fixons une application linéaire surjective p : RN −→ V ∗ ; son noyau ker(p) = p−1 (0)
est de dimension d = N − r. Posons αk = p(wk ) (1 ≤ k ≤ N ) ; ainsi p(u1 w1 + · · · + uN wN ) =
u1 α1 +· · ·+uN αN . Notons Φ = [α1 , . . . , αN ] la suite des vecteurs α. Soient CN = C(w1 , . . . , wN ) =
L k k
k R+ w le cône convexe engendré par les w et C(Φ) = p(CN ) le cône convexe engendré par les
αk . Supposons p−1 (0) ∩ CN = {0} ; le cône C(Φ) est alors aigu.

Définition 2.1. — Pour a ∈ V ∗ , soit PΦ (a) := p−1 (a) ∩ CN ⊂ RN .

Il est clair que PΦ (a) est l’ensemble des solutions (u1 , . . . , uN ) réelles positives de l’équation
N
X
uk αk = a.
k=1

En particulier PΦ (a) 6= ∅ si et seulement si a ∈ C(Φ). Dans ce cas PΦ (a) est un polytope convexe ;
nous nous placerons désormais dans cette situation.

Exemple 2.2. — (1) Le 2-simplexe s’identifie à PΦ (1) avec Φ = [1, 1, 1] et p : R3+ −→ R définie
par (x, y, z) 7→ x + y + z.

z
1

0 1
1 y
x

Figure 1. Le 2-simplexe

(2) Le rectangle {(x, y) ∈ R2+ ; x ≤ a, y ≤ b} s’identifie à {(x, y, x0 , y 0 ) ∈ R4+ ; x + x0 = a, y + y 0 =


b}.

Théorème 2.3 ([?]). — Tout polytope convexe peut être réalisé sous la forme P Φ (a).

Exemple 2.4. — Le polytope(1) B(`1 Λ1 + `2 Λ2 ) = {(t1 , t2 , t3 ) ∈ R3+ ; t1 ≤ t2 , t3 ≤ `1 , t1 ≤


`2 , t2 − t3 ≤ `2 } de dimension 3 se traduit par

 t1 , t2 , t3 , a1 , a2 , a3 , a4 ≥ 0, 

  t1 , t3 , a1 , a2 , a3 , a4 ≥ 0,

 1 a = t 2 − t 1 , 

`1 = t 3 + a 3 ,
`1 = t 3 + a 3 , c’est-à-dire

 
 `2 = t 1 + a 2 ,
 2
 ` = t 1 + a 2 , 
 `2 = t 1 + a 1 − t 3 + a 4 ,
`2 = t 2 − t 3 + a 4 ,

(1) Cepolytope est en fait la réalisation polyédrale de la base cristalline B(λ) associée à la représentation irréductible
de plus haut poids λ = `1 Λ1 + `2 Λ2 de l’algèbre enveloppante quantique Uq (sl3 ). Voir [?, ?, ?].
6 CHARLES COCHET

et est ainsi réalisé dans R6 . Collectons ces données dans le tableau suivant :

t1 t3 a1 a2 a3 a4
`1 1 1
(1)
`2 1 1
`2 1 −1 1 1

Alors B(`1 Λ1 + `2 Λ2 ) est identifié au polytope dont les éléments sont les solutions positives à
l’équation a = t1 α1 + t3 α2 + a1 α3 + a2 α4 + a3 α5 + a4 α6 , où
             
`1 0 1 0 0 1 0
a =  ` 2  , α1 =  1  , α2 =  0  , α3 =  0  , α4 =  1  , α5 =  0  , α6 =  0  .
`2 1 −1 1 0 0 1

Ainsi B(`1 Λ1 + `2 Λ2 ) s’identifie à PΦ (a) avec Φ = [α1 , . . . , α6 ].

Exemple 2.5. — Le polytope B(`1 Λ1 + `2 Λ2 + `3 Λ3 ) = {(t1 , t2 , t3 , t4 , t5 , t6 ) ∈ R6+ ; t4 ≤ t2 , t6 ≤


t5 ≤ t3 , t1 ≤ `1 , t2 − t1 ≤ `2 , t4 ≤ `2 , t3 − t2 ≤ `3 , t5 − t4 ≤ `3 , t6 ≤ `3 } de dimension 6 se traduit
par


 t1 , t2 , t3 , t4 , t5 , t6 ≥ 0,



 a1 , a2 , a3 , a4 , a5 , a6 ≥ 0,

 

 b1 , b2 , b3 ≥ 0,

 
 t1 , t4 , t6 , a1 , a2 , a3 , a4 , a5 , a6 , b1 , b2 , b3 ≥ 0,

 t2 = t 4 + b 1 , 


 
 ` 1 = t1 + a 1 ,

 t3 = t 5 + b 2 , 

  `2 = t 4 + b 1 − t 1 + a 2 ,
t5 = t 6 + b 3 ,
c’est-à-dire `2 = t 4 + a 3 ,

 `1 = t 1 + a 1 , 


 
 `3 = t 6 + b 3 + b 2 − t 4 − b 1 + a 4

 `2 = t 2 − t 1 + a 2 , 


 
 `3 = t 6 + b 3 − t 4 + a 5

 `2 = t 4 + a 3 , 

 `3 = t 6 + a 6

 `3 = t 3 − t 2 + a 4



 `3 = t 5 − t 4 + a 5

`3 = t 6 + a 6

et est ainsi réalisé dans R12 . On collecte comme précédemment les données dans un tableau, dont
les colonnes sont les 12 vecteurs αj .

t1 t4 t6 a1 a2 a3 a4 a5 a6 b1 b2 b3
`1 1 1
`2 −1 1 1 1
`2 1 1
`3 −1 1 1 −1 1 1
`3 −1 1 1 1
`3 1 1

Exemple 2.6 (carrés magiques d’ordre 3). — Puisque l’ensemble des carrés magiques est
stable par multiplication par un scalaire, on se ramène à l’étude des carrés de somme 1. Les carrés
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 7

magiques 3 × 3 de somme 1 sont caractérisés par les huit équations



 x1 , x2 , x3 , x4 , x5 , x6 , x7 , x8 , x9 ≥ 0,
 x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7 x8 x9



 1 = x 1 + x 2 + x 3 , 1 1 1 1



 1 = x 4 + x 5 + x 6 , 1 1 1 1


 1 = x 7 + x8 + x9 , 1 1 1 1
1 = x 1 + x4 + x7 , d’où le système 1 1 1 1



 1 = x 2 + x 5 + x 8 , 1 1 1 1



 1 = x 3 + x 6 + x 9 , 1 1 1 1



 1 = x 1 + x5 + x9 , 1 1 1 1

1 = x 3 + x5 + x7 , 1 1 1 1
Ce système est en fait de rang 7 (et pas 8). Pour l’étudier, il faut se placer dans le 7-plan engendré
par α1 , . . . , α7 (qui sont libres). Nous reviendrons à cet exemple ? ? ? ? ? ?.
Les carrés magiques 3 × 3 de somme 1 forment un carré de sommets
 1 2     1   2 
3 3 0 0 32 31 3 0 23 3 0 13
 0 1 2 , 2 1 0 , 2 1 0 , 0 1 2 .
3 3 3 3 3 3 3 3
2
3 0 13 1
3 0 32 0 23 31 1
3
2
3 0
Remarque 2.7. — En fait, les carrés magiques d’ordre r forment un R-espace vectoriel ; les carrés
semi-magiques (pour lesquels on n’impose pas de condition sur les diagonales) forment quant à eux
une algèbre, dans laquelle un élément est inversible si et seulement si son déterminant est non nul.

Soit c une grande chambre du système Φ. Posons ∆ = ∆+ t (−∆+ ) avec ∆+ = {Φ}. Notons
B(∆+ , c) la collection des sous-ensembles basiques σ de B(∆+ ) tels que c ⊂ C(σ).
Proposition 2.8 ([?]). — Soit c une grande chambre de Φ. Pour tout vecteur a ∈ c, le polytope
convexe PΦ (a) est simple. Ses sommets sont les vσ (a), où :
(1) L’index σ parcourt la collection des sous-ensembles basiques de ∆ + tels que a soit dans C(σ).
(2) L’application vσ est la section de p associée à σ, c’est-à-dire définie par vσ (αj ) = wj si
j
α ∈ σ.
8 CHARLES COCHET

3. Résidu total
Soit V un R-espace vectoriel de dimension r > 0. Choisissons une famille finie symétrique
∆ = −∆ ⊂ V ∗ de formes linéaires non nulles. Considérons l’arrangement d’hyperplans
[
HC := {x ∈ VC ; α(x) = 0}.
α∈∆
−1 ∗
Soit R∆ := ∆ S(V ) l’anneau des fonctions rationnelles à pôles dans HC , c’est-à-dire des fonctions
de la forme Q P αnα pour P ∈ S(V ∗ ) et des entiers nα . Cet anneau est le localisé de S(V ∗ ) selon
α∈∆
la partie multiplicative engendrée par ∆. Un sous-ensemble σ de ∆ est dit basique pour ∆ si les
formes α ∈ σ forment une base de V ∗ . Notons B(∆) la collection des sous-ensembles basiques de
∆. Pour un tel σ, on pose
1
fσ := Q .
α∈σ α

Le sous-R-espace de R∆ engendré par les fσ (σ ∈ B(∆)) est noté S∆ . Il est contenu dans la
composante homogène de degré −r de R∆ .
Les fσ ne sont pas en général linéairement indépendants. Soit par exemple V = R2 muni d’une
base {e1 , e2 }. Choisissons ∆ = {±e1 , ±e2 , ±(e1 −e2 )}. Considérons les trois sous-ensembles basiques
σ 1 = {e1 , e2 }, σ 2 = {e1 , e1 − e2 }, σ 3 = {e2 , e1 − e2 } de ∆. Alors 1/(e1 e2 ) = 1/(e2 (e1 − e2 )) −
1/(e1 (e1 − e2 )), donc fσ1 = fσ3 − fσ2 .

d
Les éléments de V agissent par différentiation sur R∆ . Plus précisément, posons ∂v f (x) :=
dt t=0 f (x + tv), v, x ∈ V . C’est la dérivée directionnelle de f dans la direction v. Nous avons alors
le
Théorème 3.1 ([?]). — L’espace vectoriel R∆ se décompose sous la forme
R∆ = ∂(V )R∆ ⊕ S∆ .
Cette décomposition nous permet de définir la projection
TRes∆ : R∆ −→ S∆ ,
appelée résidu total selon le système ∆. Ainsi, le résidu total d’une fonction f est une combinaison
linéaire des fractions simples fσ . Le résidu total est nul en-dehors de la composante homogène de
degré −r de R∆ .
Q
Lemme 3.2. — Le résidu total s’annule sur les P/( α∈κ αnα ) pour une fonction polynomiale
P ∈ S(V ∗ ), des entiers nα et un sous-ensemble κ de ∆ tel que les α ∈ κ n’engendrent pas V ∗ .
Démonstration. — Puisque les éléments de κ n’engendrent pas V ∗ , soit y ∈ V tel que α(y) = 0
pour toute forme α ∈ ∆. Il existe Q ∈ S(V ∗ ) tel que ∂(y)Q = P . Alors
  Y 
P ∂(y)Q Q nα P
∂(y) Q n
= Q n
+ Q 2nα
∂(y) α =Q nα
,
α∈κ α α∈κ α α∈κ α α∈κ α
α α
α∈κ

donc cet élément est une dérivée. Or TRes∆ s’annule sur les dérivées.
Exemple 3.3. — Soient V un R-espace de base {e1 , e2 , e3 }. Considérons le sous-ensemble ∆ =
{±e2 , ±e3 , ±(e1 − e2 ), ±(e1 − e3 ), ±(e2 − e3 )} du système des racines de A3 . Pour x = x1 e1 +
2
x2 e2 + x3 e3 ∈ V , définissons
 une forme homogène de degré −3 en posant f (x1 , x2 , x3 ) = x1 / (x1 −
x2 )(x1 − x3 )(x2 − x3 )x2 x3 . Alors
1 1 1 1
f (x) = + + + .
(x2 − x3 )x2 x3 (x1 − x3 )(x2 − x3 )x2 (x1 − x2 )(x2 − x3 )x3 (x1 − x2 )(x1 − x3 )(x2 − x3 )
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 9

1 1
Donc TRes∆ (f )(x) = (x1 −x3 )(x 2 −x3 )x2
+ (x1 −x2 )(x 2 −x3 )x3
puisque les première et dernière fractions
de la décomposition de f ci-dessus ont des dénominateurs égaux au produit de formes linéairement
dépendantes.
Prolongeons ces notions à l’espace S(V b ∗ ) des séries formelles sur V . Soit R
b∆ = ∆−1 S(V
b ∗ ).
On étend le résidu total en une application TRes∆ : R b∆ −→ S∆ . Par exemple TRes∆ (ea f ) =
1 q−r
(q−r)! TRes∆ (a f ) lorsque f est de degré −q.
Citons pour terminer cette section quelques propriétés du résidu total.
Lemme 3.4. — (1) Si ∆0 ⊂ ∆, alors R∆0 ⊂ R∆ et S∆0 ⊂ S∆ . De plus, si f ∈ R∆0 alors
TRes∆ (f ) ∈ S∆0 et TRes∆ (f ) = TRes∆0 (f ).
(2) Supposons V = V1 ⊕ V2 et ∆ = ∆1 ∪ ∆2 avec ∆1 , ∆2 ⊂ V ∗ . Alors R∆ = R∆1 ⊗ R∆2 ,
S∆ = S∆1 ⊗ S∆2 et TRes∆ = TRes∆1 ⊗ TRes∆2 .
10 CHARLES COCHET

4. Formule de Jeffrey-Kirwan
Plaçons-nous sous les hypothèses de la section 2.
Posons ∆+ = {Φ} (on élimine d’éventuelles répétitions) et ∆ = ∆+ t (−∆+ ). Pour tout sous-
ensemble ν + de ∆+ , soit C(ν + ) le cône fermé engendré par les éléments de ν + . La réunion des
cônes C(ν + ), avec ν + ⊂ ∆+ de cardinal strictement inférieur à r = dim(V ), est notée C(∆+ )sing ;
ses éléments sont dits singuliers pour ∆+ . L’ensemble C(∆+ )reg des éléments ∆+ -réguliers est par
définition le complémentaire de C(∆+ )sing dans C(∆+ ). Une composante connexe de C(∆+ )reg
est appelée grande chambre, et notée c.
La clôture d’une grande chambre c est l’intersection des cônes simpliciaux C(σ + ) (σ + ∈ B(∆+ ))
contenant c. En effet, on a soit c ∩ C(σ + ) = ∅ soit c ⊂ C(σ + ).
Un mur est un hyperplan engendré par r − 1 vecteurs linéairement indépendants de ∆. Notons
H∗ la réunion des murs. Une composante connexe de C(∆+ ) \ H∗ est appelée petite chambre et
notée a. On vérifie que C(∆+ ) \ H∗ ⊂ C(∆+ )reg et que toute petite chambre est contenue dans
une grande chambre.
Exemple 4.1. — Examinons le système des racines positives de A3 . Il nous permet de trouver
des vecteurs à la fois dans une grande chambre (c’est-à-dire ∆+ -réguliers) et sur un mur. Nous
avons ∆+ = {e1 , e2 , e3 , e1 − e2 , e1 − e3 , e2 − e3 }. Il y a 7 grandes chambres :
c1 = C(e1 , e2 , e3 ), c2 = C(e1 , e1 − e2 , e1 − e3 ),
c3 = C(e1 , e2 − e3 , e2 ) ∩ C(e1 , e2 , e1 − e3 ), c4 = C(e1 − e3 , e2 − e3 , e1 ) ∩ C(e1 , e2 , e1 − e3 ),
c5 = C(e1 , e2 − e3 , e2 ) ∩ C(e2 , e1 − e3 , e2 − e3 ), c6 = C(e2 , e1 − e3 , e2 − e3 ) ∩ C(e1 , e2 − e3 , e1 − e3 ),
c7 = C(e1 − e2 , e1 , e3 ).

e2 − e 3

1
2
(e1 − e3 )

e1 − e 2 1 2
2
e
1 1
3
e

e3

Figure 2. Grandes chambres pour le système des racines positives de A3

Soient c une grande chambre et σ + ⊂ ∆+ un sous-ensemble basique de ∆+ . Rappelons que nous


avons soit c ⊂ C(σ + ), soit c ∩ C(σ + ) = ∅.
 a

Définition 4.2. — Soit JΦ (a) := TRes∆ Q e α (a ∈ V ∗ ). Cette fonction est polynomiale et
α∈Φ
homogène en a, de degré N − r et à valeurs dans S∆ .
Associons à chaque grande chambre c de C(∆+ ) une forme linéaire f 7→ hhc, f ii sur l’espace S∆
des fractions simples, appelée résidu de Jeffrey-Kirwan. Considérons la fraction simple f σ avec

σ ⊂ B(∆). Si σ = σ + t σ − avec σ ± ⊂ ∆± alors fσ = (−1)|σ | fσ+ t(−σ− ) . Donc on se ramène à fσ
avec σ ∈ B(∆) et σ ⊂ ∆+ . Posons :
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 11

1
(1) Si c ⊂ C(σ), alors hhc, f ii := vol(σ) .
(2) Si c ∩ C(σ) = ∅, alors hhc, f ii := 0.
Le calcul de cette forme est souvent délicat à cause du nombre élevé de grandes chambres. Par
exemple, le système des racines positives de Ar possède 2, 7, 48, 820, 44288 grandes chambres pour
respectivement r = 2, 3, 4, 5, 6.
Théorème 4.3 ([Jeffrey-Kirwan]). — Soit c une grande chambre de ∆. Pour tout a ∈ c, on a
vol(PΦ (a)) = hhc, JΦ (a)ii.
On en déduit que sur chaque grande chambre le volume est une fonction polynomiale.
Exemple 4.4. — (1) Le volume du polytope B(`1 Λ1 +`2 Λ2 ) de l’exemple 2.4 est 12 `1 `2 (`1 +`2 ).
(2) Le volume du polytope de Chan-Robbins-Yuen PA+ (e1 − er+1 ) (« polytope fontaine ») est
Qr−2 (2i)!
r

i=1 Ci , où Ci = i!(i+1)! est le i-ième nombre de Catalan (Zeilberger, Baldoni-Vergne).


P
Démonstration. — Rappelons que l’on a une projection p : RN −→ V ∗ telle que p( k uk wk ) =
P k
k uk α . Alors
Z P
Z
1 − k uk hαk ,xi
QN = e du1 · · · duN = e−hp(w),xidw.
hα k , xi R N R N
k=1 + +

Soit s : V ∗ ,→ W une section de p ; ainsi RN = s(V ∗ ) ⊕ ker(p). Ecrivons w = s(a) + m avec


p(w) = a et p(m) = 0. La mesure de Lebesgue est telle que dw = da dm. D’après le théorème de
Fubini, on a
Z Z Z  Z
1 −hp(w),xi −ha,xi
QN = e dw = e dm da = e−ha,xi vol(PΦ (a))da
hα k , xi R N C(∆ +) P (a) C(∆ +)
k=1 + Φ

donc
N
Y 1
(2) la transformée de Laplace de la fonction a 7→ vol(PΦ (a)) est la fonction .
αk
k=1

1
Soit G∆ le sous-espace de R∆ engendré par les fonctions de la forme Q
α nα , où σ est un
α∈σ
sous-ensemble basique de ∆ et les nα sont des entiers positifs.
Lemme 4.5. — Soit κ ⊂ ∆+ tel que les α ∈ κ engendrent V ∗ . Alors Q 1 ∈ G∆ . En particulier
α
QN 1 α∈κ

k=1 αk ∈ G∆ .

Démonstration. — Effectuons une récurrence sur le cardinal de {κ} (répétitions éliminées). Si ce


minimal, alors {κ} est un sous-ensemble basique de ∆. Sinon, il existe une relation
cardinal est P
linéaire β = j cj αj entre les éléments de {κ}, telle que κ \ {β} engendrent encore V ∗ (en clair, on
Q P c
élimine un β inutile). En divisant cette égalité par β 2 j αj , nous obtenons β Q1 αj = j β 2 Q j αi ,
j i6=j
d’où le résultat grâce à l’hypothèse de récurrence.

Pour tout ensemble basique σ = {α1 , . . . , αr } de ∆, considérons la fonction F (x) =


1 1
R k

hα1 ,xik1 +1 ···hαr ,xikr +1


∈ G∆ où les kj sont des entiers positifs ou nuls. Or xk+1 = R+ e−ax ak! da,
R 1
k
a1 1 ak r
donc F (x) = V ∗ e−ha,xi vF (a)[C(σ)](a)da pour un polynôme vF (a) (= vol(σ) k1 ! · · · kr ! ). Ici [C]
r

désigne la fonction caractéristique d’un cône C. D’où


(3) la transformée de Laplace de la fonction a 7→ [C(σ)](a)vF (a) est la fonction F.
12 CHARLES COCHET

Lemme 4.6. — Nous avons [C(σ)](a)v(a) = hhc, TRes ∆ (ea F )ii pour toute chambre c de ∆+ et
pour tout a ∈ c.
P a1 x1 ar xr
Démonstration. — Pour a = k
k ak α , on a F (x)e
ha,xi
= ek1 +1 ···e kr +1 en notant xi = hαi , xi.
x1 ···xr
Puisque σ est basique, on a
     
e a1 x 1 e ar x r e a1 x 1 e ar x r 1 ak11 1 akr r
TRes∆ (F (x)eha,xi ) = TRes∆ · · · = TRes∆ · · · TRes∆ = ··· .
xk11 +1 xkr r +1 xk11 +1 xkr r +1 k 1 ! x1 k r ! xr
Si C(σ) ∩ c = ∅, les deux membres de l’égalité à vérifier sont nuls donc égaux. Supposons c ⊂ C(σ).
k1 k
a ak r
1 a1 1 ak r
Le second membre est alors égal à hhc, fσ ii k11 ! · · · r
kr ! = vol(σ) k1 ! ··· r
kr ! = v(a).

Achevons la démonstration du théorème 4.3. Soit a ∈ c. Alors


  QN 1
L a 7→ vol(PΦ (a)) = k=1 αk d’après (2)
= t1 F1 + · · ·+ tp Fp  d’après le lemme 4.5
Pp
= j=1 tj L a 7→ [C(σ)](a)vFj (a) d’après (3)
Pp  
a
= t j L a →
7 hhc, TRes ∆ (e F j )ii d’après le lemme 4.6
j=1 
= L a 7→ hhc, JΦ (a)ii ,
où L désigne la transformation de Laplace.
Définition 4.7. — Pour toute grande chambre c, soit v(Φ, c) la fonction polynomiale sur V ∗
définie par v(Φ, c)(a) = vol(PΦ (a)) lorsque a ∈ c.
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 13

5. Systèmes unimodulaires
Définition 5.1. — Un système de vecteurs Φ = {α1 , . . . , αN } de V ∗ est dit unimodulaire si
tout sous-ensemble basique est de déterminant −1 ou +1 (ainsi r vecteurs parmi les α j ont pour
déterminant 0, +1 ou −1).
Par abus de langage, nous dirons qu’un cône C(Φ) (resp. polytope PΦ (a)) est unimodulaire
lorsque Φ est un système unimodulaire. On utilisera Maple (programme « unimodulaire.mws »)
pour vérifier l’unimodularité d’un système.
Exemple 5.2. — (1) Les systèmes examinés lors des exemples 2.4 et 2.5 sont unimodulaires.
(2) Un sous-ensemble du système des racines positives de Ar est unimodulaire.
A tout système unimodulaire Φ, on associe la famille de polytopes convexes PΦ (a) (a ∈ C(Φ)).
Lemme 5.3. — Le système Φ est unimodulaire si et seulement si pour tout a dans le réseau
engendré par les α ∈ Φ le polytope PΦ (a) n’a que des sommets entiers.
Démonstration. — Construisons la matrice A ∈ Mr,N (N) dont les colonnes sont les α ∈ Φ. Dé-
montrons que pour tout sous-ensemble basique σ la matrice A(σ) (de colonnes les α ∈ σ) est de
déterminantP +1 ou −1. Cette matrice est inversible et àPcoefficients entiers.
Soit a ∈ α∈σ Nα fixé. Il s’écrit sous la forme a = rj=1 aj αij , pour des vecteurs αij de σ et
des entiers positifs aj . Par hypothèse
P les sommets x (tels que Ax = a) du polytope PΦ (a) sont
entiers. Le vecteur x = vσ (a) = j aj wij est un des sommets (en notant w k la base canonique de
RN ), donc est entier.
Ainsi la matrice carrée inverse de A(σ) envoie le vecteur a entier (sur σ) sur le vecteur
P entier
x (sommet selon σ). La matrice A(σ)−1 est donc entière (en fait elle est entière sur α∈σ Nα,
mais les éléments de σ forment une base de V ∗ ). Par conséquent le déterminant de l’inverse de
A(σ) est entier. On a deux entiers inverses dans les réels ; donc les déterminants sont égaux à +1
ou −1.
Le lemme suivant est immédiat.
Lemme 5.4. — Un sous-système Φ0 d’un système unimodulaire Φ est unimodulaire.
Conjecture 5.5. — Tout système unimodulaire Φ ⊂ Rr s’identifie à un sous-ensemble du système
des racines de Ar .
Cette conjecture est vérifiée pour r = 2, pour r = 3 ainsi que pour |Φ| = r + 1 dans le cas
général. Mais hélas ce résultat est faux en dimension ≥ 4.
Exemple 5.6 (Vergne). — Considérons Φ = {e1 , e2 , e3 , e4 , e1 + e2 + e3 + e4 , e1 + e2 + e3 , e2 +
e3 + e4 , e1 + e2 , e2 + e4 } ⊂ R4 . Ce système est unimodulaire, mais ne peut pas se réaliser comme
sous-système de A4 .
14 CHARLES COCHET

6. Décomposition des polytopes convexes


Evidemment, un polytope intéressant est forcément compliqué. Avec la finesse du cuisinier chi-
nois, nous allons découper tout polytope convexe en de plus petits et plus aisés à déguster. Nous
verrons tout d’abord la décomposition simpliciale ; puis, afin d’utiliser les résultats de la section 5,
la décomposition unimodulaire.
Les polytopes (simpliciaux puis unimodulaires) intervenant dans nos deux décompositions seront
à sommets parmi les sommets du polytope initial.
Commençons par une
Définition 6.1. — Une décomposition d’un d-polytope convexe P est un recouvrement P =
P1 ∪ · · · ∪ Pn de P par des polytopes tel que Pi ∩ Pj est un polytope de dimension strictement
inférieure à d lorsque i 6= j. Ceci signifie que les intérieurs des Pi sont deux à deux disjoints.
La décomposition est simpliciale (resp. unimodulaire) si les polytopes Pi sont simpliciaux (resp.
unimodulaires).

6.1. Décomposition simpliciale. — Soit P un polytope convexe rationnel de dimension d dans


Rm . Choisissons un ordre Ω = (α1 , . . . , αν ) sur les sommets de P . Soit F une face de P ; on note
alors δ(F ) = δΩ (F ) le sommet αi pour lequel i est minimal ; par exemple δ(P ) = α1 .
Soit D = (F0 , . . . , Fd ) un drapeau de faces de P . Ainsi Fi est une face i-dimensionnelle de P et
F0 ⊂ F1 ⊂ · · · ⊂ Fd = P . Un tel drapeau est plein si δ(Fi ) n’est pas un sommet de Fi−1 pour tout
i = 1, . . . , d.
Exemple 6.2. — Pour un carré de sommets α1 , α2 , α3 , α4 (tracé dans cet ordre), on constate
que
le drapeau {α1 } ⊂ [α1 , α2 ] ⊂ P n’est pas plein,
le drapeau {α3 } ⊂ [α2 , α3 ] ⊂ P est plein.
Lorsque le drapeau D est plein, soit ∆(D) le d-simplexe de sommets F0 , δ(F1 ), . . . , δ(Fd ).
Théorème 6.3. — Les polytopes simpliciaux ∆(D) (D drapeau plein de P ) forment une décom-
position de P .
En d’autres termes, tout polytope convexe rationnel admet une décomposition simpliciale à som-
mets parmi les sommets initiaux.
En particulier, chacun des polytopes de décomposition possède α1 comme sommet.
Esquisse de la démonstration. — Effectuons une récurrence sur la dimension du polytope. La di-
mension 2 ne posant aucun problème, supposons démontré le théorème pour n’importe quel po-
lytope de dimension inférieure ou égale à d − 1. Considérons un polytope P de dimension d. Soit
x ∈ P . Si x est sur le bord de P , on conclut d’après hypothèse de récurrence. Supposons alors x
dans l’intérieur de P . La demi-droite [α1 , x) coupe P en un point x0 ∈ F , pour une facette F de P .
On applique l’hypothèse de récurrence à x0 afin d’obtenir un drapeau F0 = δ(F ) ⊂ · · · ⊂ Fd−1 = F ,
auquel on rajoute Fd = P .
Si x est dans deux simplexes ∆(D) et ∆(D 0 ) avec D = (F0 , . . . , Fd ) et D0 = (F00 , . . . , Fd0 ),
alors sa projection x0 est dans les deux facettes Fd−1 et Fd−10
, donc x0 (et x) est sur le bord des
deux simplexes. Ainsi deux simplexes de décomposition distincts ont leurs intérieurs sans point
commun.
Remarquons que la décomposition s’effectue par récurrence. De manière pratique, elle correspond
à effectuer la décomposition simpliciale des facettes puis à gagner une dimension (par ajout du
point α1 ). Voyons maintenant trois exemples de décomposition simpliciale.
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 15

Exemple 6.4. — Etudions le cas de l’hexagone muni de l’ordre comme sur la figure 3. On a la

α6 α1

α5 α2

α4 α3

Figure 3. Décomposition simpliciale de l’hexagone

décomposition
F0 α6 α5 α4 α3
F1 α6 , α5 α5 , α4 α4 , α3 α3 , α2
F2 P P P P
∆(D) α 6 , α5 , α1 α5 , α4 , α1 α4 , α3 , α1 α3 , α2 , α1
Exemple 6.5. — Examinons l’octaèdre muni de l’ordre comme sur la figure 4. On a la décompo-

α1

α3 α2

α4 α5

α6

Figure 4. Décomposition simpliciale de l’octaèdre

sition
F0 α6 α6 α6 α6
F1 α6 , α5 α6 , α5 α6 , α4 α6 , α3
F2 α6 , α5 , α4 α6 , α5 , α2 α6 , α4 , α3 α6 , α3 , α2
F3 P P P P
∆(D) α 6 , α5 , α4 , α1 α6 , α5 , α2 , α1 α6 , α4 , α3 , α1 α6 , α3 , α2 , α1
Exemple 6.6. — Intéressons-nous au cube muni de l’ordre comme sur la figure 5. On a la décom-
position
F0 α8 α8 α8 α8 α7 α5
F1 α8 , α4 α8 , α4 α8 , α6 α8 , α6 α7 , α6 α5 , α4
F2 α8 , α4 , α2 , α6 α8 , α4 , α3 , α5 α8 , α6 , α2 , α4 α8 , α6 , α3 , α7 α7 , α6 , α3 , α8 α5 , α4 , α3 , α8
F3 P P P P P P
∆(D) α 8 , α4 , α2 , α1 α8 , α4 , α3 , α1 α8 , α6 , α2 , α1 α8 , α6 , α3 , α1 α7 , α6 , α3 , α1 α5 , α4 , α3 , α1
16 CHARLES COCHET

α1 α2

α7 α6

α5 α4

α3 α8

Figure 5. Décomposition simpliciale du cube

6.2. Décomposition unimodulaire. — Soit C ⊂ Rd un cône polyédral rationnel. D’après la


section précédente, on se ramène à un cône simplicial C = C(α1 , . . . , αd ) pour des vecteurs αi ∈ Zd
linéairement indépendants. L’index ind(C) du cône simplicial C est le volume |α1 ∧ · · · ∧ αd | du
parallélépipède engendré par les αi ; ce nombre mesure la non-unimodularité du cône.
On va remplacer C par une somme signée de cônes rationnels Cj d’indices plus petits. Considé-
rons le parallélépipède
B = {a1 α1 + · · · + ad αd ; |ai | ≤ ind(C)−1/d pour tout j}.
Cet ensemble est à symétrie centrale et de volume 2d . D’après le théorème de convexité de Min-
kowski 1.3 le parallélépipède B contient un point entier w non nul (pouvant se construire de manière
effective). Posons Cj = C(α1 , . . . , αj−1 , w, αj+1 , . . . , αd ). Si w = a1 α1 + · · · + ad αd , alors
ind(Cj ) = |α1 ∧ · · · ∧ αj−1 ∧ w ∧ αj+1 ∧ · · · ∧ αd |
= |aj | |α1 ∧ · · · ∧ αj−1 ∧ αj ∧ αj+1 ∧ · · · ∧ αd |
= |aj | ind(C) ≤ ind(C)1−1/d .
On a ainsi une décomposition
X X 
(4) [C] = εj [Cj ] + εF [F ]
j∈J F ∈F (Cj )
0 0
où F(C ) désigne l’ensemble des faces du cône C et εj , εF ∈ {−1, +1}.
En itérant le processus, on constate que les indices des cônes décroissent de façon dou-
blement exponentielle, alors que le nombre de cônes croit exponentiellement. En itérant ainsi
O(log(log(ind(C)))) fois, on arrive à une décomposition unimodulaire de C en un nombre
polynomial en log(ind(C)) cônes. D’où le
Théorème 6.7. — Tout cône convexe rationnel admet une décomposition unimodulaire.
Plus précisément, il existe un algorithme polynomial
P qui détermine des cônes unimodulaires C i
(i ∈ I)et des signes εi ∈ {−1, 1} tels que [C] = i∈I εi [Ci ]. En particulier, le nombre I des cônes
de décomposition est borné par un « polynôme en K ».

6.3. Compléments sur les décompositions. — Soit C un cône convexe rationnel. D’après le
théorème 6.7, on peut le décomposer en cônes unimodulaires C1 , . . . , Cm . Le théorème 6.3 nous
permet de décomposer chacun des Ci en cônes simpliciaux Ci,1 , . . . , Ci,ni (i = 1, . . . , m). Grâce au
lemme 5.4, chaque cône Ci,j est simplicial et unimodulaire. D’où finalement le
Théorème 6.8. — Tout cône convexe rationnel admet une décomposition simpliciale unimodu-
laire.
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 17

En fait, on arrive déjà à ce résultat dans la démonstration du théorème 6.7 de décomposition


unimodulaire.
Les décompositions simpliciale et unimodulaire ne coïncident pas en général.
Exemple 6.9 (cône simplicial non unimodulaire). — Le 2-cône d’arêtes α1 = e1 = (1, 0),
α2 = e1 + 2e2 = (1, 2) est simplicial mais n’est pas unimodulaire puisque det(α1 , α2 ) = 2. Voir la
figure 6.

e1 + 2e2

e2

e1

Figure 6. Cône simplicial non unimodulaire

Exemple 6.10 (cône unimodulaire non simplicial). — Considérons le 3-cône convexe


d’arêtes e1 , e3 , e1 + e2 , e2 + e3 (pyramide à base carrée). Ses sommets forment un système
Φ unimodulaire puisque Φ ⊂ A+ 3 . Cependant ce cône n’est pas simplicial. Voir la figure 7.

e3
e2 + e3

e2

e1 + e2
e1

Figure 7. Cône unimodulaire non simplicial

Exemple 6.11 (décomposition simpliciale non unimodulaire)


Examinons le 3-cône convexe d’arêtes α1 = (−1, 1, 1), α2 = (−1, −1, 1), α3 = (1, −1, 1),
α4 = (1, 1, 1). Sa décomposition simpliciale associée à l’ordre α1 ≺ · · · ≺ α4 est formée des
deux cônes hα3 , α2 , α1 i et hα4 , α3 , α1 i, qui ne sont pas unimodulaires puisque det(α1 , α2 , α3 ) = 4
et det(α1 , α3 , α4 ) = 4. Voir la figure 8.
Par contre, on rappelle que l’algorithme de décomposition unimodulaire part d’un cône simplicial
et donne lieu à des petits cônes simpliciaux et unimodulaires (en clair l’algorithme de décomposition
unimodulaire nous fournit une décomposition unimodulaire et simpliciale).
18 CHARLES COCHET

α2 α1

e3

α3 α4

e2

e1

Figure 8. Décomposition simpliciale non unimodulaire

7. Polytopes d’écoulement
8. Résidu le long d’un hyperplan
Théorème 8.1. — L’application ResV /V0 est l’unique morphisme R∆0 -linéaire
resV /V0 : R∆ ⊗ Λr (V ) −→ R∆0 ⊗ Λr−1 V0
tel que pour tout ω ∈ Λr (V ) l’on ait
(1) Pour tout β ∈ ∆1 , l’application resV /V0 vérifie resV /V0 ( β1 ⊗ w) = (dβ)−1 ∧ ω.
(2) Le résidu est tel que resV /V0 (S(V ) ⊗ ω) = 0.
(3) si ν ⊂ ∆1 , alors resV /V0 (mν ⊗ ω) = 0 dès que ν est de longueur strictement supérieure à
un.
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 19

9. Base d’Orlik-Solomon
9.1. Définition et propriétés. — Dans cette section, nous allons décrire les relations entre les
générateurs fσ (σ ∈ B(∆)) de S∆ . Rappelons en effet que dans le cas Ar l’espace vectoriel S∆ est
de dimension r!, très inférieure au nombre de sous-ensembles basiques σ. Par exemple l’espace S A3
est de dimension 3! = 6 alors qu’il existe 16 sous-ensembles basiques.
Nous construirons ainsi une base de S∆ . Grâce aux résidus itérés, nous construirons également
sa base duale.
Définissons l’algèbre d’Orlik-Solomon A∆ comme étant l’algèbre des formes différentielles ra-
tionnelles sur V ∗ engendrée par les formes ωα := dαα (α ∈ ∆). Cette algèbre A∆ est graduée
Vr par le
degré des formes différentielles et sa composante de degré maximum est A∆ [r] = S∆ ⊗ V.
L’algèbre d’Orlik-Solomon est en fait le quotient de l’algèbre extérieure libre sur des symboles
eα (α ∈ ∆) par l’idéal engendré par les éléments
s
X
(−1)j−1 eα1 ∧ · · · ∧ ec
αj ∧ · · · ∧ e αs
j=1

où les α1 , . . . , αs ∈ ∆ sont linéairement dépendants. Il s’ensuit que l’espace A∆ [r] est engendré par
les
dα1 ∧ · · · ∧ dαr
ω(α1 ,...,αr ) = ωα1 ∧ · · · ∧ ωαr =
α1 · · · αr
où (α1 , . . . , αr ) est un sous-ensemble basique ordonné de ∆. Les relations linéaires entre les
ω(α1 ,...,αr ) sont elles-même conséquence des relations
X
(−1)j−1 ωα1 ,...,c
αj ,...,αr ,α
1≤j≤r,cj 6=0
Pr
où (α1 , . . . , αr ) est comme ci-dessus et α = j=1 cj αj .
On peut définir une base de A∆ [r] de la façon suivante. Choisissons un ordre (α1 , . . . , αN ) de
∆. Considérons le sous-ensemble B ⊂ B(∆) des bases ordonnées b = (αi1 , . . . , αir ) (d’indices
strictement croissants) telles que pour tout j 6= ip l’ensemble {αj } t {αip ; ip > j} est libre. Alors
les ωb (b ∈ B) forment une base de A∆ [r], appelée base d’Orlik-Solomon.
La traduction en termes de S∆ de ces résultats est la
Proposition 9.1. — L’ensemble {φb }b∈B est une base de S∆ . L’espace des relations linéaires
entre les φσ )σ ∈ B(∆))est engendré par les relations d’Orlik-Solomon
X
rσ,α := φσ − cα,β φσt{α}\{β} ,
β∈σ
P
où σ ∈ B(∆) et α = β∈σ cα,β β ∈ ∆ \ σ.
Avant de nous occuper de la démonstration de ce résultat, voyons un exemple.
Exemple 9.2. — Soit V un R-espace vectoriel muni d’une base {e1 , e2 , e3 }. Considérons l’en-
semble ordonné ∆ = {e1 , e2 , e3 , e1 + e2 , e2 + e3 , e1 + e2 + e3 } (c’est l’ensemble des racines positives
du système des racines de A3 ). Alors B est constituée des bases
b1 = {e1 , e2 , e3 }, b2 = {e1 , e3 , e1 + e2 }, b3 = {e1 , e2 , e2 + e3 },
b4 = {e1 , e1 + e2 , e2 + e3 }, b5 = {e1 , e2 , e1 + e2 + e3 }, b6 = {e1 , e3 , e1 + e2 + e3 }.
Démonstration. — Soit L le R-espace vectoriel engendré par les éléments φσ (σ ∈ B(∆)). Notons
LR le noyau de l’application naturelle L −→ R∆ . Par définition LR est l’espace des relations entre
les φσ . Notons C le sous-espace de L de base {φb ; b ∈ B} et OSR le sous-espace de LR engendré
par les rσ,α .
20 CHARLES COCHET

Démontrons que L = C + OSR. Si σ = {αi1 , . . . , αir } est une base ordonnée de ∆, on pose
|σ| = i1 + · · · + ir . Si σ n’est pas dans B, il existe un indice j tel que {αj } t {αip ; ip > j} n’est pas
libre. En utilisant la relation rσ,αj , on remplace φσ par une combinaison linéaire de φτ où τ est
obtenu à partir de σ en remplaçant un des αip avec ip < j par αj . Il s’ensuit que les nombres |τ |
sont strictement inférieurs à |σ|, d’où L = C +OSR par récurrence. Ceci démontre que {φ b ; b ∈ B}
engendre S∆ et que LR est engendré par C ∩ LR et par OSR. P
Démontrons maintenant que C ∩ LR = {0}. Il nous faut vérifier que si b∈B cb φb = 0, alors
tous les cb sont nuls. Ceci se fait par récurrence sur le cardinal de ∆. Remarquons que tout élément
de B contient le vecteur α1 . Pour un ensemble κ de r − 1 vecteurs linéairement indépendants, soit
H(κ) ⊂ V l’hyperplan engendré par κ. Pour un hyperplan H de V , définissons B(H) = {κ ⊂
∆ ; H(κ) = H}. Ecrivons
X X X cb
cb φb = α−1
1 φH avec φH = Q .
b∈B H b:H(b\{α1 })=H β∈b\{α1 } β

Choisissons un hyperplan H0 engendré par b \ {α1 }, pour un b ∈ B. Alors l’opérateur de résidu


ResV /H0 annule tous les α−1 −1
1 φH sauf α1 φH0 , qui est envoyé sur φH0 . Ainsi φH0 = 0. Mais re-
marquons que si l’on considère l’ensemble ordonné ∆0 = ∆ ∩ H0 alors B0 = B(∆0 ) est constitué
précisément des b0 tels que {α1 } t b0 ∈ B. On conclut en appliquant les hypothèses de récurrence
à l’espace H0 et au système ∆ ∩ H0 , pour tout H0 .

Remarque 9.3. — Pour un ordre fixé sur P ∆, l’ensemble B est caractérisé comme étant l’unique
famille génératrice {φb ; b ∈ B} telle que b∈B |b| soit minimal.

9.2. Base duale de la base d’Orlik-Solomon. — Construisons maintenant une base duale
{φb ; b ∈ B} de la base d’Orlik-Solomon {φb ; b ∈ B}.
Soient α ∈ ∆ une racine. Considérons le complémentaire ∆ \ kα des multiples de α dans ∆.
Notons ∆α l’image de ∆ \ kα dans l’espace quotient V /kα. Un φ ∈ S∆ possède au plus un pôle
simple le long de l’hyperplan {α = 0}. Ainsi la restriction de αφ à {α = 0} = (V /kα)∗ est dans
(∆/α)−1 S(V /kα) ; on note cette fonction Resα (φ). Ceci définit une application
(5) Resα : S∆ = G∆ [−r] −→ G∆/α [−r + 1] = S∆/α .
Fixons un sous-ensemble basique ordonné (β1 , . . . , βr ) de ∆. En itérant le processus, on obtient une
forme linéaire Resβ1 · · · Resβr sur S∆ . Nous avons d’autre part un drapeau complet de sous-espaces
{0} = V0 ⊂ V1 ⊂ · · · ⊂ Vr = V
où Vj est engendré par βr−j+1 , βr−j+2 , . . . , βr . Ainsi,

10. Transformation de Laplace


En particulier démonstration formelle du théorème des résidus de Jeffrey-Kirwan.
Soit V un R-espace vectoriel de dimension r. Choisissons une orientation O de V . Considérons un
ensemble fini ∆ ⊂ V \ {0} engendrant V . On suppose que V est symétrique, c’est-à-dire ∆ = −∆.
Rappelons qu’un mur est un hyperplan défini par r − 1 vecteurs linéairement indépendants de ∆.
Notons H la réunion des murs. Les éléments de Vreg,∆ = V \ H sont dits vecteurs très réguliers.
Soit P∆ l’espace des fonctions localement polynomiales sur Vreg,∆ .

Théorème 10.1. — Pour toute chambre γ de V ∗ , la transformation de Laplace


Lγ,O : P∆ (γ) −→ G∆ ⊗ Λmax (V )
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 21

est un isomorphisme et commute avec les actions de S(V ∗ ) modulo l’automorphisme P (h) 7→
P (−h). Pour toute forme dh ∈ Λmax (V ∗ ) positive (pour notre orientation O)et tout sous-ensemble
basique σ ∈ B(∆) tel que C(σ) ⊂ γ ∨ , nous avons
hLγ,O ([C(σ]), dhi = vol(σ, dh)φσ ,
c’est-à-dire l’égalité de fonctions
Z
e−hy,hi dh = vol(σ, dh)φσ (y)
C 0 σ),O
pour tout y dans la chambre γ.
22 CHARLES COCHET

11. Formule de saut


Considérons un R-espace vectoriel orienté (V, O) avec un arrangement d’hyperplans défini par
un système de vecteurs ∆ ⊂ V \ {0}. Soit γ une chambre de ∆ dans V ∗ , et notons L−1 γ,O la
−1
transformation de Laplace inverse. Dans cette section, nous allons relier les sauts de L γ,O (φ) ⊗ dy
le long des murs avec les pôles de la fonction φ sur les murs.
Soit (V0 , O0 ) un mur orienté de système ∆0 = ∆∩V0 . Le mur V0 sépare V en deux demi-espaces.
Choisissons une équation z de V0 telle que O = z ∧ O0 et définissons
V+ = {h ∈ V ; hz, hi > 0},
V− = {h ∈ V ; hz, hi < 0}.
Si U est une composante connexe de (V0 )reg,∆0 , il existe deux uniques composantes connexes U±
de Vreg,∆ contenues dans V± et telles que U ⊂ U± .
Soit f ∈ P∆ une fonction localement polynomiale sur Vreg,∆ . Sa restriction à U± est une
fonction

polynomiale f ± . Définissons la fonction localement polynomiale JumpO,O0 (f ) U = f + U − f − U .
Théorème 11.1. — Soit (V0 , O0 ) un mur orienté. Choisissons une chambre γ de V ∗ et une
d
chambre γ0 de V0∗ telles que γ0∨ ⊂ γ ∨ . Alors pour tout φ ∈ R ∆ nous avons la formule de saut

(6) JumpO,O0 (L−1 −1


γ,O (φ ⊗ dy0 )) = Lγ0 ,O0 (ResV /V0 (φ ⊗ dy)).

Démonstration. — Il nous suffit de démontrer le théorème pour φ ∈ G∆ ; en effet, le résidu ResV /V0
le long de V0 envoie N G∆ sur N G∆0 donc les deux membres de la formule (6) sont nuls. Ainsi l’on
se restreint à la dérivée φ = P (∂)φσ d’un élément φσ tel que C(σ) ⊂ γ ∨ . D’après le théorème 10.1,
nous avons
(7) L−1
γ,O (φ ⊗ dy)(h) = P (−h)[C(σ)](h).
Examinons deux cas.
(1) Si V0 n’est pas un mur de C(σ), alors L−1 γ,O (φ ⊗ dy) n’a pas de saut le long de V0 . Ainsi le
membre de gauche de (6) est nul.
Puisqu’il existe alors au moins deux vecteurs de σ qui ne sont pas dans ∆0 , le second membre
de (6) est également nul. En effet, nous sommes alors dans le cas de figure où il existe α 1 , α2 tels
que a1 = z0 (α1 ) et a2 = z0 (α2 ) soient non nuls, pour une équation z0 de V0 . Donc
 
1
Rest=∞ (φ(z + tz0 )) = Rest=∞ = 0.
(α1 (z) + ta1 )(α2 (z) + ta2 ) · · ·
(2) Si V0 est un mur de C(σ), il existe β ∈ ∆ tel que ∆ = ∆0 ∪ {β} pour un sous-ensemble
basique σ0 de ∆0 . Ecrivons V = V0 ⊕Rβ. Tout élément h ∈ V s’exprime sous la forme h = h0 +h1 β
avec h0 ∈ V0 et h1 ∈ R. Le membre de gauche de (6) est alors égal à P (−h0 )[C(σ0 )](h0 ).
Si P est divisible par h1 , le premier membre de (6) est nul. De plus ResV /V0 (P (∂)φσ ⊗ dy) = 0
d’après le théorème 8.1 (3), donc le membre de droite de (6) est également nul.
Si P est indépendant de h1 , alors ResV /V0 (P (∂)φσ ⊗ dy) = P (∂)φσ0 ⊗ dy0 . Donc le membre de
droite de (6) est égal à P (−h0 )[C(σ0 )](h0 ). D’après (7), le membre de gauche de (11.1) est égal à
la même quantité.
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 23

12. Partie principale des fonctions génératrices


Considérons un R-espace vectoriel V de dimension finie r muni d’un treillis L. Le tore T = V ∗ /L∗
est r-dimensionnel. Pour tout s ∈ T , l’application L −→ R définie par λ 7→ e2iπα (s) est un caractère
de L. Soit Φ ⊂ L une suite de N > 0 éléments non nuls (non forcément distincts). Définissons
1
(8) DΦ (y) = Q
α∈Φ (1 − e−yα )
P
pour tout y ∈ V ∗ . Posons C(Φ) = α∈Φ R+ α. Fixons s ∈ T . Notons Φs = {α ∈ Φ ; e2iπα (s) = 1}.
Lorsque y est petit, la fonction
s 1
(9) DΦ (y) = Q 2iπα (s)e−yα )
α∈Φ (1 − e
a ses pôles sur l’hyperplan Hs = {y ∈ V ; (α, y) = 0 pour tout α ∈ Φs }. On peut alors définir une
fonction rationnelle sur V ∗ en posant
 1  X
s s
(10) jΦ (y) = Princ Q 2iπα −yα
= Princ(DΦ (y)) = Φ[−j]s (y),
α∈Φ (1 − e (s)e )
j≥r
s
c’est-à-dire la somme des composantes homogènes de degré supérieur à −r de DΦ (y). Sa partie
résiduelle est
 1 
(11) TRes∆ Q 2iπα −yα
= Φ[−r]s (y).
α∈Φ (1 − e (s)e )
Pour tout σ ⊂ Φ, on pose G(σ) = {s ∈ T ; e2iπα (s) = 1 pour tout α ∈ σ}. Soit G(Φ) ⊂ T la
réunion des G(σ), où σ parcourt l’ensemble des sous-ensembles basiques de Φ. Remarquons que
G(Φ) n’est pas un groupe malgré les apparences. En outre, lorsque Φ est unimodulaire et engendre
V , on a G(Φ) = {(1, 1)}. On vérifie que
s
(12) jΦ (y) est nul à moins que s ∈ G(Φ).
Nous pouvons alors définir
(13)
X X  1  X
s
RΦ (y) = TRes∆ (jΦ (y)) = TRes∆ Q 2iπα (s)e−yα
= Φ[−r]s (y).
s∈G(Φ) s∈G(Φ) α∈Φ 1 − e s∈G(Φ)

pour tout y ∈ V .
Théorème 12.1. — La fonction RΦ ne dépend que du cône C(Φ). De plus, elle vérifie RΦ = 0
lorsque C(Φ) = V .
Avant de démontrer ce théorème, voyons quelques exemples.
Exemple 12.2. — Soit V un R-espace de dimension 2 muni d’une base {e1 , e2 }. Choisissons
Φ = {e1 , e2 , e1 + e2 }. Les cônes C(e1 , e2 , e1 + e2 ) et C(e1 , e2 ) sont égaux et l’on vérifie que
 1   1  1
TRes∆ −y −y −(y +y )
= TRes ∆ −y −y
=
(1 − e )(1 − e )(1 − e
1 2 1 2 ) (1 − e )(1 − e )
1 2 y1 y2
en utilisant le fait que G(Φ) = {(1, 1)}.
Exemple 12.3. — Soit V un R-espace de dimension 2 muni d’une base {e1 , e2 }. Choisissons
Φ = {e1 , e2 , −(e1 + e2 )}. Alors C(e1 , e2 , −(e1 + e2 )) = V et l’on vérifie que
 1 
TRes∆ −y −y y +y
=0
(1 − e 1 )(1 − e 2 )(1 − e 1 2 )
en utilisant le fait que G(Φ) = {(1, 1)}.
24 CHARLES COCHET

Exemple 12.4. — Soit V un R-espace de dimension 2 muni d’une base {e1 , e2 }. Choisissons
1
Φ = {2e1 , e1 −e2 , e2 }. Tout d’abord C(2e1 , e1 −r2 , e2 ) = C(e1 −e2 , e2 ) et R{e1 −e2 ,e2 } (y) = (y1 −y 2 )y2
.
Déterminons maintenant RΦ (y).
(1) Commençons par démontrer que G(Φ) = {(1, 1), (−1, −1), (−1, 1)}. Les trois sous-ensembles
basiques de Φ sont σ1 = {2e1 , e1 − e2 }, σ2 = {2e1 , e2 } et σ3 = {e1 − e2 , e2 }. Rappelons que tout
élément du tore T s’écrit s = (s1 , s2 ) = (e2iπt1 , e2iπt2 ) avec t1 , t2 ∈ [0, 1[. Puisque G(σ1 ) =
{s ∈ T ; e2iπ(2t1 ) = 1 = e2iπ(t1 −t2 ) }, on obtient t1 ∈ {0, 12 } et t1 = t2 , d’où G(2e1 , e1 − e2 ) =
{(1, 1), (−1, 1)}. Finalement nous avons
G(2e1 , e1 − e2 ) = {(1, 1), (−1, −1)}, G(2e1 , e2 ) = {(1, 1), (−1, 1)}, G(e1 − e2 , e2 ) = {(1, 1)}.
(2) Nous sommes maintenant en mesure de déterminer RΦ (y). Ainsi
 1 
RΦ (y) = TRes∆
(1 − e−2y1 )(1 − e−(y1 −y2 ) )(1 − e−y2 )
 1 
+ TRes∆
(1 − e−2y1 )(1 − e−(y1 −y2 ) )(1 + e−y2 )
 1 
+ TRes∆ −2y −(y −y ) −y
(1 − e 1 )(1 + e 1 2 )(1 − e 2 )
1  y1 − y 2 y2  1 1 1 1
= y1 + + + +
2y1 (y1 − y2 )y2 2 2 2y1 (y1 − y2 ) 2 2y1 y2 2
1 3 y2 y1 − y 2  1
= y1 + + = .
2y1 (y1 − y2 )y2 2 2 2 (y1 − y2 )y2
Nous allons démontrer le théorème 12.1 en utilisant la relation de saut. Nous allons plus préci-
s
sément calculer le saut de jΦ (y) sur V /V0 , où V0 est un mur. Considérons le sous-groupe S 1 de T
d’algèbre de Lie V0 . Pour tout s ∈ G(Φ), posons F (s) = {u ∈ S 1 ; su ∈ G(Φ)}. Alors démontrer

le théorème 12.1 revient à démontrer le


Théorème 12.5. — Soit V0 un mur de Φ. Posons Φ0 = Φ ∩ V0 .
(1) Si V0 ∩ C(Φ) coupe C(Φ) en deux sous-ensembles ouverts, alors pour tout s ∈ G(Φ) on a
X
su
ResV /V0 (jΦ ) = 0.
u∈F (s)

(2) Si V0 ∩ C(Φ) est une face de C(Φ), alors pour tout s ∈ G(Φ) on a
X
su su
ResV /V0 (jΦ ) = jΦ 0
.
u∈F (s)

Démonstration. — Choisissons une décomposition V = V0 ⊕ Re1 avec e1 ∈ L et telle que L =


L0 ⊕ Ze1 . Un élément α ∈ Φ se décompose alors sous la forme α = β + mα e1 avec β ∈ L0 . On a
également T = T0 × S 1 . S
s
Afin de calculer ResV /V0 (Princ(DΦ ), introduisons le groupe F (Φ0 ) = σ0 ∈B(Φ0 ) G(σ0 ). On vérifie
comme pour l’assertion (12) que
s
(14) ResV /V0 (Princ(DΦ )) est nul à moins que s ∈ F (Φ0 ).
Fixons maintenant s ∈ G(Φ) ∩ F (Φ0 ). Soit u ∈ F (s).
Lemme 12.6. — Si u ∈ F (s), alors su ∈ G(Φ) ∩ F (Φ0 ).
Démonstration. — Par définition de F (s), on a su ∈ G(Φ). Puisque s ∈ F (Φ0 ), il existe σ0 ∈ B(Φ0 )
tel que s ∈ G(σ0 ), c’est-à-dire
(15) e2iπα (s) = 1 pour tout α ∈ σ0 .
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 25

Mais par ailleurs Lie(S 1 ) = V0⊥ , donc e2iπα (u) = 1. D’où finalement e2iπα (su) = e2iπα (s)e2iπα (u) =
1.
Tout y ∈ V ∗ s’écrit y = y0 + y1 e1 . Soit
s 1
DΦ (y0 ) = Q 2iπα (s)e−y0 α )
.
α∈Φ0 (1 − e
On a
e2iπα (su) = e2iπβ (s)e2iπmα e1 e2iπβ (u)e2iπmα e1 = e2iπβ (s)umα ,
1
e−yα = e−(y0 +y1 e )(β+mα e1 )
= e−y0 β e−y1 mα ,
d’où e2iπα (s)e−yα = e2iπβ (s)umα e−y0 β e−y1 mα . On écrit alors DΦ su
(y) = DΦsu
(y0 , y1 ), c’est-à-dire
su su 1
DΦ (y0 , y1 ) = DΦ (y0 ) Q 2iπβ (s)umα e−y0 β e−y1 mα )
.
α=(β,mα )∈Φ
/ 0 (1 − e
La variable y0 vue comme nilpotente est dénotée [y0 ] (c’est-à-dire [y0 ]x = 0 pour x grand). Ainsi
s s
on peut écrire T runcy0 (DΦ (y0 , y1 )) = DΦ ([y0 ], y1 ).
Considérons la 1-forme méromorphe ks (z)dz/z sur P1 (C) à valeurs dans Φ−1 0 S(V0 ) définie par
 
s 1
ks (z)dz/z = T runcy0 DΦ ([y0 ]) Q 2iπβ (s)e−[y0 ]β z −mα )
dz/z
/ 0 (1 − e
α=(β,mα )∈Φ
s
= T runcy0 (DΦ (y0 , y1 ))dz/z.
La somme des résidus de ks (z)dz/z sur P1 (C) est nulle. Puisque [y0 ] est nilpotente, les pôles autres
/ Φ0 tel que 1 = e2iπβ (s)umα . Remarquons
que 0 et ∞ sont les z = u tels qu’il existe α = (β, mα ) ∈
que
Lemme 12.7. — Le pôle u de ks (z)dz/z est dans F (s).
Démonstration. — Démontrons que su ∈ G(Φ). La forme s étant dans F (Φ0 ), il existe σ0 ∈ B(Φ0 )
tel que s ∈ G(σ0 ). Puisque σ ∪ {α} ∈ B(Φ), il nous suffit de démontrer que su ∈ G(σ0 ∪ {α}).
Pour γ ∈ σ0 , on a e2iπγ (u) = 1 car Lie(S 1 ) = V0⊥ ; d’où e2iπγ (su) = e2iπγ (u) = 1. D’autre
part pour γ = α on a e2iπα (u) = 1 d’après l’hypothèse sur u, d’où e2iπα (su) = 1. Finalement
su ∈ G(σ0 ∪ {α}).
Maintenant, calculons en un tel pôle le résidu en coordonnées z = u exp(y1 ) avec y1 proche de
0. On obtient alors
X
su
ResV /V0 (DΦ ([y0 ], y1 )) = Resz=0 (ks (z)dz/z) + Resz=∞ (ks (z)dz/z).
u∈F (s)

(1) Si V0 est un mur intérieur à C(Φ), alors il existe au moins deux vecteurs α1 , α2 ∈ / Φ0
tels que les entiers m1 = (α1 , e1 ) et m2 = (α2 ,P e1 ) soient de signe opposé. Dans ce cas
su
Resz=0 (ks (z)dz/z) = 0 = Resz=∞ (ks (z)dz/z), d’où u∈F (s) ResV /V0 (DΦ ([y0 ], y1 )) = 0, c’est-à-
P su
dire u∈F (s) ResV /V0 (jΦ ) = 0.
(2) Supposons que V0 n’est pas un mur intérieur. Alors tous les mα sont de même signe.
s
(a) Si tous les mα sont négatifs, alors Resz=∞ (ks (z)dz/z) = 0 et Resz=0 (ks (z)dz/z = jΦ 0
.
s
(b) Si tous les mα sont
P positifs, alors Res (k
z=0 s (z)dz/z) = 0 et Res z=∞ s (k (z)dz/z = j Φ0 .
su s
Dans les deux cas on a bien u∈F (s) ResV /V0 (DΦ ([y0 ], y1 )) = jΦ 0
.
26 CHARLES COCHET

13. Un joli exemple


Nous allons appliquer sur un exemple le théorème
 principal
 (à démontrer). Pour un système
1
unimodulaire Φ, nous allons calculer TRes∆ QN (1−e−αi ) (où ∆ = Φ t (−Φ)) d’abord par la
i=1
formule usuelle, puis comme transformée de Laplace du cône C(Φ).

13.1. Calcul du résidu total. — Soit Φ = {e1 , e2 , e3 , e1 + e4 , e2 + e4 , e3 + e4 } ⊂ R4 . C’est un


système unimodulaire de rang r = 4 de N = 6 vecteurs. Les relations entre les αi sont

 α1 + α 5 = α 2 + α 4 ,
(16) α1 + α 6 = α 3 + α 4 ,

α3 + α 5 = α 2 + α 6 ,

deux d’entre elles impliquant la troisième. Posons ∆ = Φt(−Φ). Notons αbi = α1 · · · αi−1 αi+1 · · · αN
le produit privé de αi . D’après (16), nous avons TRes∆ (1/c c6 ) = TRes∆ (1/c
α3 α c5 ) =
α2 α
TRes∆ (1/c c4 ) = 0 et TRes∆ (1/αbi α
α1 α cj ) dans tous les autres cas. Puisque x/(1−e−x ) ∼
cj ) = 1/(αbi α
2
1 + x2 + x12 , on a

 1  1 X  1  1 X
6 α 
i
TRes∆ QN = TRes∆ + TRes∆ .
i=1 (1 − e−αi ) 4 αbi α
cj 12 i=1 αbi
1≤i<j≤6

Ce résidu total est égal à


1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 
+ + + + + + + + + + +
4 α c1 α
c2 c1 α
α c3 c1 α
α c5 c1 α
α c6 c2 α
α c3 c2 α
α c4 c2 α
α c6 c3 α
α c4 c3 α
α c5 c4 α
α c5 c4 α
α c6 c5 α
α c6
1  α2 + α 4 − α 5 α1 − α 4 + α 5 α1 − α 4 + α 6 α1 − α 2 + α 5 −α1 + α2 + α4 −α1 + α3 + α4 
+ + + + + +
12 c1
α c2
α c3
α αc4 c5
α αc6
5 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
= + + + + +
12 α c1 αc2 3 α c1 α
c3 12 αc1 α
c5 6 αc1 α
c6 4 αc2 α
c3 12 αc2 α
c4
1 1 1 1 1 1 5 1 1 1 1 1
+ + + + + +
4 αc2 αc6 6 αc3 αc4 c3 α
4 α c5 12 α c4 α
c5 c4 α
3 α c6 c5 α
4 α c6
α2 α4 + α3 α4 + α2 α3 − α1 α4 + α24 α4 (α3 + α5 ) + α2 α3
= = .
α1 α2 α3 α4 α5 α6 α1 α2 α3 α4 α5 α6
D’où finalement
 1  1 1 1 1 1 1
(17) TRes∆ QN = + + = + + .
i=1 (1 − e−αi ) α1 α2 α3 α6 α1 α2 α5 α6 α1 α4 α5 α6 c2 α
α c3 αc3 α
c4 αc4 α
c5

13.2. Calcul de la transformation de Laplace du cône C(Φ). — Décomposons le cône


C(Φ) en cônes (unimodulaires) simpliciaux, pour lesquels la transformation de Laplace se calcule
aisément. Nous utiliserons le résultat précédemment trouvé afin de nous guider.
Notre cône est de dimension 4 dans R4 . Posons σ1 = {α1 , α2 , α3 , α6 }, σ2 = {α1 , α2 , α5 , α6 },
σ3 = {α1 , α4 , α5 , α6 }. Démontrons que les trois cônes (unimodulaires et simpliciaux) engendrés
par ces ensembles basiques forment la décomposition recherchée.

Commençons par vérifier que ces trois cônes recouvrent C(Φ). On a


  
α4 = α 1 + α 6 − α 3 α3 = α 2 + α 6 − α 5 α2 = α1 + α5 − α4
σ1 : , σ2 : , σ3 : .
α5 = α 2 + α 6 − α 3 α4 = α 1 + α 5 − α 2 α3 = α1 + α6 − α4
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 27

P
Soit x = i ai αi ∈ C(Φ). Exprimons ce vecteur dans chacun des σj . Tout d’abord
x = (a1 + a4 )α1 + (a2 + a5 )α2 + (a3 − a4 − a5 )α3 + (a4 + a5 + a6 )α6 ,
= (a1 + a4 )α1 + (a2 + a3 − a4 )α2 + (a4 + a5 − a3 )α5 + (a3 + a6 )α6 ,
= (a1 + a2 + a3 )α1 + (a4 − a2 − a3 )α4 + (a2 + a5 )α5 + (a3 + a6 )α6 ,
et ainsi x ∈ C(σ1 ) ⇔ a3 ≥ a4 + a5 , x ∈ C(σ2 ) ⇔ (a2 + a3 ≥ a4 et a3 ≤ a4 + a5 ), x ∈ C(σ3 )
⇔ a2 + a3 ≤ a4 . Or l’une des trois conditions est forcément satisfaite dès que x ∈ C(Φ), par
conséquent les trois cônes C(σj ) recouvrent C(Φ).
Vérfions maintenant que ces trois cônes se coupent selon des surfaces de dimension inférieure
ou égale à 3. Soit x ∈ C(Φ). Il s’écrit sous la forme x = c1 α1 + c2 α2 + c3 α3 + c4 α6 = c01 α1 + c02 α2 +
c03 α5 + c04 α6 = c001 α1 + c002 α4 + c003 α5 + c004 α6 pour des entiers naturels ci , c0i , c00i selon qu’il se trouve
dans l’un des trois C(σj ). Ainsi
     
c1 c01 c001 + c002
 c2   c02 + c03   c003 
x=  
 c3 + c 4  =  0
=
  00
.

c4 c4
0 0 00 00 00
c4 c3 + c 4 c2 + c 3 + c 4
On vérifie que
C(σ1 ) ∩ C(σ2 ) = {(c1 , c2 , c4 , c4 )} de dimension 3,
C(σ1 ) ∩ C(σ3 ) = {(c1 , 0, 0, 0)} de dimension 1,
C(σ2 ) ∩ C(σ3 ) = {(c01 , c03 , c04 , c03 + c04 )} de dimension 3.

Finalement les trois cônes simpliciaux et unimodulaire C(σj ) forment une décomposition sim-
pliciale de C(Φ). Ainsi L([C(Φ)]) = L([C(σ1 )]) + L([C(σ2 )]) + L([C(σ3 )]) et
(18)
1 1 1 1 1 1 α2 α3 + α 3 α4 + α 4 α5
L([C(Φ)]) = + + = + + = .
α1 α2 α3 α6 α1 α2 α5 α6 α1 α4 α5 α6 c2 α
α c3 α c3 α
c4 αc4 α
c5 α1 α2 α3 α4 α5 α6
Ce résultat concorde avec (17).

14. Un autre joli exemple


Soit Φ = {α1 = e1 , α2 = e2 , α3 = e3 , α4 = e4 , α5 = e1 + e5 , α6 = e2 + e5 , α7 = e3 + e5 , α8 =
e4 + e5} ⊂ R5 . C’est un système unimodulaire de rang r = 5 de N = 8 vecteurs. Calculons
1
TRes∆ QN −αi ) d’abord par la formule usuelle, puis comme transformée de Laplace du
i=1 (1−e
cône C(Φ).

14.1. Calcul du résidu total. — Les relations entre les αi sont



 α1 + α 6 = α2 + α5 ,
(19) α1 + α 7 = α3 + α5 ,

α1 + α 8 = α4 + α5 ,
elles sont linéairement indépendantes. Posons ∆ = Φ t (−Φ). Notons αbi = α1 · · · αi−1 αi+1 · · · αN
le produit privé de αi . D’après (19), nous avons TRes∆ (1/c c5 αbi ) = TRes∆ (1/c
α1 α c6 α
α2 α cj ) =
TRes∆ (1/c c7 α
α3 α ck ) = TRes∆ (1/c c8 α
α4 α c` ) = 0 et TRes∆ (1/αbi α
cj α
ck ) = αbi α
cj α
ck dans tous les autres
2
cas. Puisque x/(1 − e−x ) ∼ 1 + x2 + x12 , on a
 1  1 X 1  1 X αi 
TRes∆ QN = TRes∆ + TRes∆ .
i=1 (1 − e−αi ) 8 αbi α
cj α
ck 24 αbi α
cj
1≤i,j,k≤8 1≤i6=j≤8
28 CHARLES COCHET

Ce résidu total est égal à


 
1 8×7×6
− 12 = 48 termes non nuls
8 3×2

1 α3 + α 5 − α 7 α2 + α 5 − α 6 α2 + α 5 − α 6 α3 + α 5 − α 7 α2 + α 5 − α 6 α2 + α 5 − α 6
+ + + + + +
24 c1 α
α c2 c1 α
α c3 c1 α
α c4 c1 α
α c6 c1 α
α c7 c1 α
α c8
α3 + α 6 − α 7 α1 + α 6 − α 5 α1 + α 6 − α 5 α3 + α 6 − α 7 α1 + α 6 − α 5 α1 + α 6 − α 5
+ + + + + +
c2 α
α c1 c2 α
α c3 c2 α
α c4 c2 α
α c5 c2 α
α c7 c2 α
α c8
α2 + α 7 − α 6 α1 + α 7 − α 5 α1 + α 7 − α 5 α2 + α 7 − α 6 α1 + α 7 − α 5 α1 + α 7 − α 5
+ + + + + +
c3 α
α c1 c3 α
α c2 c3 α
α c4 c3 α
α c5 c3 α
α c6 c3 α
α c8
α3 + α 8 − α 7 α1 + α 8 − α 5 α1 + α 8 − α 5 α3 + α 8 − α 7 α1 + α 8 − α 5 α1 + α 8 − α 5
+ + + + + +
c4 α
α c1 c4 α
α c2 c4 α
α c3 c4 α
α c5 c4 α
α c6 c4 α
α c7
α1 + α 7 − α 3 α1 + α 6 − α 2 α1 + α 7 − α 3 α1 + α 7 − α 3 α1 + α 6 − α 2 α1 + α 7 − α 3
+ + + + + +
c5 α
α c2 c5 α
α c3 c5 α
α c4 c5 α
α c6 c5 α
α c7 c5 α
α c8
α2 + α 7 − α 3 α2 + α 5 − α 1 α2 + α 5 − α 1 α2 + α 7 − α 3 α2 + α 5 − α 1 α2 + α 5 − α 1
+ + + + + +
c6 α
α c1 c6 α
α c3 c6 α
α c4 c6 α
α c5 c6 α
α c7 c6 α
α c8
α3 + α 8 − α 4 α3 + α 5 − α 1 α3 + α 5 − α 1 α3 + α 8 − α 4 α3 + α 5 − α 1 α3 + α 5 − α 1
+ + + + + +
c7 α
α c1 c7 α
α c2 c7 α
α c4 c7 α
α c5 c7 α
α c6 c7 α
α c8

α4 + α 7 − α 3 α4 + α 5 − α 1 α4 + α 5 − α 1 α4 + α 7 − α 3 α4 + α 5 − α 1 α4 + α 5 − α 1
+ + + + + + .
c8 α
α c1 c8 α
α c2 c8 α
α c3 c8 α
α c5 c8 α
α c6 c8 α
α c7

Après simplification des termes nuls et regroupement, nous obtenons


 1  α2 α3 α4 + α 3 α4 α5 + α 4 α5 α6 + α 5 α6 α7
(20)
TRes∆ QN =
i=1 (1 − e −αi ) α1 α2 α3 α4 α5 α6 α7 α8
1 1 1 1
= + + + .
α1 α5 α6 α7 α8 α1 α2 α6 α7 α8 α1 α2 α3 α7 α8 α1 α2 α3 α4 α8

14.2. Calcul de la transformation de Laplace du cône C(Φ). — Décomposons le cône


C(Φ) en cônes (unimodulaires) simpliciaux, pour lesquels la transformation de Laplace se calcule
aisément. Nous utiliserons le résultat précédemment trouvé afin de nous guider.
Notre cône est de dimension 5 dans R5 . Posons σ1 = {α1 , α5 , α6 , α7 , α8 }, σ2 = {α1 , α2 , α6 , α7 , α8 },
σ3 = {α1 , α2 , α3 , α7 , α8 }, σ4 = {α1 , α2 , α3 , α4 , α8 }. Démontrons que les quatre cônes (unimodu-
laires et simpliciaux) engendrés par ces ensembles basiques forment la décomposition recherchée.
Commençons par vérifier que ces trois cônes recouvrent C(Φ). On a
   
 α2 = α 1 + α 6 − α 5  α3 = α 2 + α 7 − α 6  α4 = α 3 + α 8 − α 7  α5 = α 1 + α 8 − α 4
σ1 : α 3 = α 1 + α 7 − α 5 , σ2 : α 4 = α 2 + α 8 − α 6 , σ3 : α 5 = α 1 + α 7 − α 3 , σ4 : α6 = α 2 + α 8 − α 4 .
   
α4 = α 1 + α 8 − α 5 α5 = α 1 + α 6 − α 2 α6 = α 2 + α 7 − α 3 α7 = α 3 + α 8 − α 4
P
Soit x = i ai αi ∈ C(Φ). Exprimons ce vecteur dans chacun des σj .
x = (a1 + a2 + a3 + a4 )α1 + (a5 − a2 − a3 − a4 )α5 + (a2 + a6 )α6 + (a3 + a7 )α7 + (a4 + a8 )α8
= (a1 + a5 )α1 + (a2 + a3 + a4 − a5 )α2 + (a5 + a6 − a3 − a4 )α6 + (a3 + a7 )α7 + (a4 + a8 )α8
= (a1 + a5 )α1 + (a2 + a6 )α2 + (a3 + a4 − a5 − a6 )α3 + (a5 + a6 + a7 − a4 )α7 + (a4 + a8 )α8
= (a1 + a5 )α1 + (a2 + a6 )α2 + (a3 + a7 )α3 + (a4 − a5 − a6 − a7 )α4 + (a5 + a6 + a7 + a8 )α8 .
Ainsi
x ∈ C(σ1 ) ⇐⇒ a5 ≥ a2 + a3 + a4 , x ∈ C(σ2 ) ⇐⇒ a2 + a3 + a4 ≥ a5 et a5 + a6 ≥ a3 + a4 ,
x ∈ C(σ4 ) ⇐⇒ a4 ≥ a5 + a6 + a7 , x ∈ C(σ3 ) ⇐⇒ a3 + a4 ≥ a5 + a6 et a5 + a6 + a7 ≥ a4 .
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 29

Or l’une des conditions est forcément satisfaite dès que x ∈ C(Φ), donc les quatre cônes C(σ j )
recouvrent C(Φ).
Vérifions maintenant que ces quatre cônes se coupent selon des surfaces de dimension inférieure
ou égale à 4. Soit x ∈ C(Φ). Ce vecteur s’écrit sous la forme x = c1 α1 + c5 α5 + c6 α6 + c7 α7 + c8 α8 =
c01 α1 + c02 α2 + c06 α6 + c07 α7 + c08 α8 = c001 α1 + c002 α2 + c003 α3 + c007 α7 + c008 α8 = c000 000 000
1 α1 + c 2 α2 + c 3 α3 +
000 000 0 00 000
c4 α4 + c8 α8 pour des entiers naturels ci , ci , ci , ci selon qu’il se trouve dans l’un des quatre
C(σj ). Ainsi
       
c1 + c 5 c01 c001 c000
1
 c6   c02 + c06   00   c000 
     00 c2 00   2 
x=  c7   0     000 .
= c7  =  c3 + c 7  =  c3 
 c8   c80   00
c8   000
c4 + c 8 000 

c5 + c 6 + c 7 + c 8 c06 + c07 + c08 c007 + c008 c000


8
On vérifie que
C(σ1 ) ∩ C(σ2 ) = {(c1 , c6 , c7 , c8 , c6 )} de dimension 4, C(σ1 ) ∩ C(σ3 ) = {(c1 , 0, c7 , c8 , c7 + c8 )} de dimension 3,
C(σ1 ) ∩ C(σ4 ) = {(c1 , 0, 0, c8 , c8 )} de dimension 2, C(σ2 ) ∩ C(σ3 ) = {(c01 , c02 , c07 , c08 , c07 + c08 )} de dimension 4,
0 0
C(σ2 ) ∩ C(σ4 ) = {(c1 , c2 , 0, c8 , c8 )} de dimension 3, C(σ3 ) ∩ C(σ4 ) = {(c001 , c002 , c003 , c008 , c008 )} de dimension 4.
0 0

Finalement les quatre cônes simpliciaux et unimodulaire C(σj ) forment une décomposition sim-
pliciale de C(Φ). Ainsi L([C(Φ)]) = L([C(σ1 )]) + L([C(σ2 )]) + L([C(σ3 )]) + L([C(σ4 )]), d’où
1 1 1 1
(21) L([C(Φ)]) = + + + .
α1 α5 α6 α7 α8 α1 α2 α6 α7 α8 α1 α2 α3 α7 α8 α1 α2 α3 α4 α8
Ce résultat concorde avec (20).
Références

Index des notations

A, 8 Φ, 3
A(σ), 8 Φ0 , 17
A∆ , 13 Φs , 16
B, 10 αj , 3
B(∆), 5 δ(F ), 9
C(∆+ )reg , 6 ind(C), 10
C(∆+ )sing , 6 hhc, · ii, 6
C(Φ), 3 D, 9
C(ν + ), 6 F (C), 11
CN , 3 H, 14
DΦ (y), 16 H∗ , 6
DΦs (y), 16
Hs , 16
DΦs (y ), 17
0 HC , 5
DΦsu (y , y ), 17
0 1 L, 7
F, 7 O, 14
F (Φ0 ), 17 P∆ , 14
F (s), 17 a, 6
Fi , 9 c, 6
G(Φ), 16
ν +, 6
G(σ), 16
ωα , 13
G∆ , 7
ω(α1 ,...,αr ) , 13
JΦ (a), 6
Resα , 14
JumpO,O0 , 15
TRes∆ , 5
PΦ (a), 3
∂v f , 5
R∆ , 5
σ, 5
RΦ (y), 16
σ+ , 6
S(V ∗ ), 5
Rb∆ , 5
S∆ , 5
b ∗ ), 5
S(V
V0 , 15
Vreg,∆ , 14 fσ , 5
jΦs (y), 16
[C], 7
[y0 ], 17 ks (z), 18
∆, 5 p, 3
∆(D), 9 vF , 7
∆+ , 5 vσ , 4
∆− , 5 wj , 3
∆α , 14 x, 8
Ω, 9 z, 15
VOLUME DES POLYTOPES CONVEXES 31

Index terminologique

action par différentiation, 5 (algèbre d’), 13


algèbre base d’, 13
d’Orlik-Solomon, 13 petite chambre, 6
anneau localisé, 5 plein (drapeau), 9
arrangement d’hyperplans, 5 polytope
base de Chan-Robbins-Yuen, 7
d’Orlik-Solomon, 13 unimodulaire, 8
basique (sous-ensemble), 5 régulier (vecteur), 6
cône résidu
unimodulaire, 8 de Jeffrey-Kirwan, 6
chambre total, 5
(petite), 6 simplexe, 3
grande, 6 simpliciale
chambre (grande), 6 (décomposition), 9
Chan-Robbins-Yuen (polytope de), 7 singulier (vecteur), 6
décomposition, 9 sous-ensemble basique, 5
simpliciale, 9 système unimodulaire, 8
unimodulaire, 9 total (résidu), 5
dérivée directionnelle, 5 très régulier
différentiation (action par), 5 vecteur), 14
directionnelle (dérivée), 5 transformée de Laplace, 7
drapeau, 9 unimodulaire
plein, 9 (cône), 8
grande chambre, 6 (décomposition), 9
hyperplans (arrangement d’), 5 (polytope), 8
Jeffrey-Kirwan (résidu de), 6 (système), 8
Laplace (transformée de), 7 vecteur
localisé (anneau), 5 régulier, 6
mur, 6 singulier, 6
Orlik-Solomon très régulier, 14

Charles Cochet, Equipe de théorie des groupes, représentations et applications, UMR 7586, Université Paris 7 –
Denis Diderot, Case 7012, 2 place Jussieu, 75005 PARIS. • E-mail : cochet@math.jussieu.fr
Url : http://www.math.jussieu.fr/~cochet