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NICOLAS BERDIAEFF He 3410 5 ey MEDITATIONS SUR L’EXISTENCE SOLITUDE, SOCIETE ET COMMUNAUTE Traduit du russe par Irene VILDE-LOT DEDALUS - Acervo - FE SON AM 13122 FERNAND AUBIER, Eprrtons PREMIERE MEDITATION! LA SITUATION TRAGIQUE DU PHILOSOPHE ET LES TACHES DE LA PHILOSOPHIE, Copyright 1986 by Editions Montaigne Droits de traduction et de reproduction néservés our tous pays, 1, Le Mitre de Yoriginal russe de eelte traduction est : « Le (moi aE te inonde dee objets “4 I 1A PHILOSOPHIE ENTRE 1A RELIGION Et LA SCIENCE, CONFLIT DE LA PHILOSOPHIE FT OE LA HELIGION. LA PHILOSOPHIE ET LA sociéni. Tragique, en vérité, est Ia situation du_philosophe : il a Te monde preequo entier contre lui. Tout au lou do Vhistoite de le civilisation, et des cétés les plus divers, se manifesie de Thostilite contre Is. philosophie, Bille ext la partic Ia moins défendue de Is culture. Sx posttbilité méme est sant cess remise en question; ct haque philotophe ost obligé de commencer pat la dé- fendre, par en montrer le droit ot la valeur. Les attaques dont elle est Vobjet vienment d'en haut et d'en bas ! la religion est aon ennemie, Ta science est som ennem Elle ne jouit & aucun degré de ce qu'on appelle le pres tige de Ia popularité, et jamais le philosophe ne donne Timpresion qu’l s'acquitte dine ¢ commande sociale» ‘Dans ea theor is ages de Thumanité, Auguste phic Tage moyen : In méta- rey fait Ia transition de In religion & la science. A a vérité il était luiméme un philosophe : il ence gnait une philosophie « positive », ce qui voulait dite scientifique; mais cette philosophie scientifique marque précisément, daprés Ini, dans T'évolution de esprit 10 PREMiiRE acorranion hhumain, le remplacement du stade de la philosophic je Ia science; et cat Tessence de ce postl- ewe gv rj I pont et Tautonomie de It con mnce philosophique pour Iz soumettre definitive: ment au jong ie la telonce, Cette Mice de Come et beaucoup plot profondénent anc ans Ie conser commune quill ne parait si Ton ne eousidére que le the ou postion, a wenn colt ae toe Le done mination de philosophe était tres populaire au temps de Ia « philosophic des lumiéres », au xvii sidele; ma cette philosophic Pa dégradée, tandis qu'elle wa suseité aucun philosophe de-genie Le premier ot le plus violent assaut que Ia philoso phic ait ou ii subir Iui est venu de la religion. ba lutte fe poursuit encore de nos jours, car, ea dépit d’Auguete Gomte, Ja religion demeure tne fonction éternelle de Teaprit bumein, Crest nurtout ce confit qui fait Ia tre gédie du philosophe : Ie dcbat entre lo philosophic et Jn science est moins violent, L'eenité de Vantagonisme entre philosophie et religion rémlte de ce que la reli gion s aussi, dane la théologic. une expression cognitive, tun champ de connsissance. Les probitimes posés et résor Jus par Ja philosophie sont les mémes qu's toujours pposés et résohu la théologic, Aussi les théologiens ontila toujours opprimé, plus dune fois perséeuté, perfois méme brilé lee philosophes Gela n'a pas été te privilege du monde chrétien; et Ton connaft la Tutte des théologiens arabes musulmans conte 1a philosophiet. Ailleura, Socrate condammé a le cigué, Giordano Bruno brilé, Descartes foreé de expatrier en Hollande, Spinoze exelu de Ia synagogue, voll) aes dle émoignages des persécutions et des eupplices que des représentants de la religion ont inflig’s a dea philo sophes. 4. GF. Le baron Carra de Vous, Gasalt SITUATION TRAGIQUE DU PiLosoPHE u Ceux-ci ne pouvaient se défendre qu'en montrant Tea deux aspects de la vérité quils enscignaient. Car ce nest pas dans T'essence méme de Ia religion quill faut cher. cher la cause de ces supplices et de ces persceutions; elle est, comme nous le verrons par la suite, dans es fait que Je religion s'objeetive dans une structure sociale La religion procéde de Ja zévélation, mais par elle meme Ja révélation n'est pas en confit avec In connaissances, Au contraire, elles se correspondent : dans ma vie la révéletion est ce qui m'est découvert, et la connaissance ce que je découvre par mes propres moyene, Comment Pourraitil y avoir conflit entre ce que se trouve, mel méme, par Ja connaissance et ce qui m'est montté par Ja religion? En fait, il arrive que ee confit éclate et qu'il devienne tragique pour le philosophe puisque eeluivel peut dire aussi un croyant et reconnaitre In révélation, Clest que Ja religion, en tant que phénoméne social, est complene, que la révéla qui ost Tew ts divers. Cest 3 cause tion qu’on peut donner de la religion tune interprétation sociologique', En sa nature orizinelle, Js révéletion n'est pas une connaissance, méme elle ne renferme rien de coguitil. Elle ne le devient que par ‘ee que Vhomme y ajoute, par la réflexion de Ia’ pensée humaine eur elle; car non seulement 12 philosophic, mais Ja théologie déja est un acte, purement humaim de coiinaiseance. Elle ne se cénfond pas avec la rive. ation, elle est exclusivement Pavuvre dea hommes, non celle de Dieu. Elle exprime Ia réaction, au contact de 4a révélation, non de Vintelligence individuelle, mais de hea Mars et Durkheim on trouve Beaucoup dobseivations socfologiques, qui Sent vraies, sur Ta roligion 2B premins wéorrATion ln collectivité organisées et c'est de cette collectivité que provient le pathos de Verthodoxie, Ceet ici que survient le confit entre Ia philosophic ct Ja théologie, cestavdire entre la pensée individuelle ct Ia pensée collective, Car ail est vrai que la révélation ct Ia connaissance sont de natures différentes, il peut se faire que Ia révélation soit d'une importance capitale our te comaiance, Pour Ia coma, phon Phique, la révélation est une expérience, 1m fait; pour Elles to asnoondance den eveaton ye chage on donnée immanente. Car Tessence de a conneissance Philosophique est une expérience spirituelle; Tintuition 4u_philosophe est expérimentale. Si toute théologie renferme quelque philosophic, 1a Philosophie sanctionnée par Ia société religicuse, cela ft particuligrement, vrai_de la. théologie chrétienne. Celle des docteure de Tglive contensit une dose tres importante de philosophic. La patristique orientale tait imprégnée de platonisme; et sans Tes formes de ensée, que Ini avait fournies In philosophie. greeque, elle n’eit pas été en état d'élaborer la dogimatique ehre tionne, En Oceident, In scolastique sté péndtrée davis: totélismes et ssns les eatégories de Ia philosophie avisto- Aélicienne, et notamment Ja distinction de la. substance ct des accidents, la doctrine eatholique de T Eucharistic Miaurait pu étre définie. Laberthonmiére a pu dire, non fame raion que dan I solatique médivale, co nea 18 la philosophie qui est la scrvante de la théologie, Ines a theologies qu at In servanto dela philosophic cestdire d'une philosophic. Crest ce qui rest produit chez saint Thomas d'Aquin, chez qui la théologie est De li résultent des rapports trée complexes entre pl osophie et théologie, D'une part, Ia liberté de la pensée philosophique s'est heurtée précisément aux éléments philosophiques de 1a théologie, qui y introduisaient le SITUATION TRAGIQUE DU PuILosoPHE B fogmatisme dune philosophic déterminée, Elle s'y ext faite Vennemic d'elle-méme, elle y a été le vietime de oa propre raideur, D'autre part, le développement de. la selence a été entravé par tout ce qu'il cc méle de faus- sement scientifique i Ia Bible, astronomie, géologie, bio, logic, histoire, par les préjugés dune humanite encore dans Tenfance, tandis qu'elle ne pouvait Tétre par la révélation religicuse de la Bible en sa pureté ‘On peut purger la révélation religicuse de ces éléments ‘taires, philosophiques et scientifiques, qui sus Il résulte des sophie. elle-mém Tame par la connsiss 4 &t€ pour eux une voie de salut. Ce fut vr gophes hindous comme de Socrate et de Platom, deo Stofeiens et de Plotin; ee Vest encore de Spinoza, de Fichte et de Hegel, de VI. Soloviefl. Plotin ctait hostile ‘4a religion, qui exige un médiateur pour le salut, teed ue la sagesse philosophique, W'aprés lui, obtient le salut sans médiation. Entre le « Dieu des philowophes » ete « Dien Abraham, d'Tsaae et de Jacob ys ily @ toujours eu, non seulement dissemblance, sais’ confit La forme extréme de cette opposition so trouve cher Hegel gui a congu la philosophie comme une sphere supericure & eellé de la religion dans le développement de esprit, Traditionnelloment la philosophic » lutte Conte les eroyances populaires, contre les éléments my- thologiques de la religion, contre la soumission pure ae Passé. Socrate péri victime de cette lutte, Mais ui In Philosophie commence par combattze le mythe, elle finit Par y revenir comme au couronnement de la connais sence philosophique. Ainsi, chez Platon, passe-ton de le connaissance par le concept i la connaissance par le u PREMIERE MiorraTi0N mythes il est de méme au coeur de V'idéalisme allemand, comme on peut I'y découvrir cher Hegel. On peut chercher Yorigine de cet antagonisme dans Ja civilisation hellénique. Tandis que In conscience reli- gicuse des Grecs soumottait la vie au destin, leur philo- sophie la subordonnait & la raison', Elle en @ pris une portée universelle, et posé le fondement de Mhumanisme ‘européen. ‘Cest pourquoi il me faut pas s'attendre & ce que Ia Philosophie renonee jamais & poser et si possible a ré soudre les problémes dont traite Ia religion, que la théo- ogie considére comme son monopole. La philosophic comporte un aspect de prophévisme; et eo n'est pas sans raison qu’on a propose de diviser 1a philosophic en scientifique et prophétique®, Crest précisément Ia philo- sophie prophétique qui cntre en conflit avec la religion et la théolozie, car 1a philosophic scientifique resterait neutre. Mais Ie philosophe authentique, homme qui est philosophe de vocation, ne veut pas seulement eon naitre le monde, i désire le modifier, Vameliorer, le répénérer. Comment pourraitil en étre autrement ell est vrai que la philosophie est avant tout une doctrine sur Ie sens de notre existence, de notre destinéo? Le phic losophe a toujours prétendu, non pas seulement a Vamour de Ja sagesse, mais & Ia eogesse méme, de vorte que renoncer i la sagosse, c'est renonecr & Ia philoro- hie, la remplacer par Ia icience?. Certes, Ja philoropl fest avant tout connaissance; mais c'est Ia connaissance totalitaire, embrassant tous les aspects de Thomme et de Vexistence humaine. Il Ini est essenticl douvrir les voies i la réalisation du Sens; et parfois les philosophes 1. Dans som livra « Le progrés de ta conssience dans le phi logophie' osettentale (Daria Alesny 1997), de Beanpensic ink "exadterment expriid Fidee centrale’ do Ie philosophle ereeaues S"Inspors, Peyeholopie der Weltansshauungen, A Hutent, Pailosophe ate strenge Wiscenathajt (Logos, t.D. SITUATION TRAGIOUE DU PHILosoPHE 15 i cherche par deli le monde ce qui Ie transcende; et ill no sauruit oe aatiataite June connaissance qui le retienne ievhas, Tl appartien! & Ta philosophic de pereer les murs de Panivers empicique, ui nous eontraint et nous presse de toutes parle, pour entrer dans Vunivers intelligible, dans le monde’ trans: eendants ct je pense méme que. c'est la désaffection ceavers ee qui nons environne, le dégoit de la vie empl: Fique qui engendre amour de Ia métaphysique, Létre du philosophe, son immersion au sein de Vexie- gnce préside son activité de connaisince; ct ces t Tntérieur de son étre, a Vintérieur de Texistence du Philocophe Iniaméme que eotte activité stexerve. Ce n'est pas par Te néant que le philosophe peut commencer; la philosophic ne peut séparer, exiler le pbilosophe de etre, car elle ne Iui permet par de déduire Teire de Ja connaissance et il ne peut que dériver la conna ance de V'tre, La tragédie du philosophe se joue au sein méme de l'existence; et seule la participation i tiale da philovophe au mystére de Pétce lui vend. ps. ible Ta connaissance de létre. Or quiest-ce qui eat la vie au sein de Tétte, la vie révélée & Thommen sinon la religion? Comment’ done la. philosophic pourraivelle ne pas en tenir compte? Li est le principe du trasique, comme il atteint le philosophe. D'une part, la phileso: phie ne peut pas, ne veut pas dépendre de le religions de Mautre, dis quello ext coupce de Texpérience rel sicuse, il faut que Vétre lui manque et quelle wéliee A vrai dite, c'est toujours i des cources religieuses que Ia philosophic c'est rafraichie. Les doctvines prise. eratiques étaient intimement liges i la vie religicune deo Grecs, le platoniame a été en rapport avec Torphisme et Tes mystéres. La philosophic médiévale, econseiem. ment, a été chrétienne, On peut trouver a dew fon, doments religieux a Ta pensér de Descartes, de Spinoas 16 PREMIERE stéorrarION et de Leibnitz, de Berkeley, et bien entenda a Vidéw lisme allemand. Fineline nféme & eroire, que, si para- doxal que ela’ puisse sombler d'abord, 1a. philosophie moderne, et particuliérement la philosophie allemande ur Tes themes et la nature de sa spéculation, plus ine que la philosophic scolastique du Moyen age, ‘qui stait hellénique, platonicienne et aristotéicienne, par les principes de sa réflexion. La pensée n/avait pas encore 6t6 pénétrée par le christianiame. temps modernes, a commencer par Descartes, nieme e'introduit dans Tintimité méme de 1a pensée et il transforme toute In problématique: confor mément a la révolution opérée par le christianisme, allé au centre de Tunivers, De par sa lance estenticlle, la philosophic hellénique était ée vers objet. Si la philosophic moderne est tour- ¢ vers le sujet, c'est une conséquence du christ qui a affranchi Thomme en Ie soustrayant au pouy monde des objets de a natures ot Te ; le probleme de Ia liberté que la pensée greeque ignorait. Eine veut pas dive, dvdemment, ai que let phil sophes allemands aient éé de meilleurs el saint Thomas d'Aquin et les scolastiques, philorophie soit entierement chrétienne. Personnelle- aco! etnt Thomas, inutile de Te dite Tit beaucoup plus que Kant, Fichto, Schelling et Hegel. Mais, tandia fe mt philoophie ene in pus aa thlogi) ata te également possible dans un monde qui ne fat pas chr tien, ce n'est que dans une société ehrétienne que Hisme allemand pouvait se. défi IL arrive seulement que le christianisme, en pénétrant plus intimement au corur de la pensée et de Ie connais: sanco, libére Thomme de Tantorité intéricure de VEglise, des limitations imposées par In théologie. La philosophic acquiort de plus en plus de liberté en rom- pant le lien qui attachait Je cheistianieme 4 dee formes ‘éterminées de philosophic. Mais les théologiens, repré SITUATION TRAGIQUE DU PHLosoPHE a fentants de la religion en matiéee de com ‘eulent pas reconnaftce cet affranchisentcnt de te core Baitanoe chrétiennes ile'ne vealent pat adinstve ee Ie christininme co fase immanent 4a pensit t ig connaissance humaine. Cette immanence h ronjour un sujet diinguictude pour les représentante dele wate gion, En réalité Is philosophic, come sas bree Ia Science, peut favoriser 1a religion par son tion parity catrie, elle peut Ia dcbarcamer deléments de careetore extraveligicux, sans lien nécessaie aver le Révdation aui sont de provenance sociale, manifestent des fortes périmées de savoir ou de soci, 1a Tutte héroique que le philocophe allait avoir &sou- tenir devait étze d'eatant plus rade quil allat we heer ter & un tout autre enema. Tl semble en afer, que tont Ie monde veu Tn liberté au philowphe. na pas encore réussi 'émanciper de la religion, oa: plas exactement de la théologie et de T'autorte ceceieainue gqom ul demande de ee sommes hla aienee Aan, chi du pouvoir d'en haut, il et asujeti a pourely Alen bax, Comprimé entre les deux puissancesde'la sel gion et de In eclence, il pent & peine reaper: Qucloves refs instants seulement ont &6 laisse at plstossphe our spéule Tibrement; et cv dane co inerveles Guont surgi les sommcts de la ercation ile Méme alors Ie philosophe reste toujours et Al west aasuré d'une existence indépendant, Jet d'un ressentiment ». L'Université méme ne Jui donne alle qua Te condition qu'il divulgae le soite Postble «a propre philosophic et quil seaferme den Ainaire dans Thistoire de Ia philocophie ot les decsiges Aen autren philosophies Gar il n'y’ pas que la religion; t Ie science auc et fort Jalouse. Comme le eliion dans in thio Ie ‘sionce posside une masa de connaissances par laquelle elle prétend faire eoncerrence 8 la philorophie. Cat It aust Te théatre de la Tutte liveée contre elle, Non sete 18 Premiéee aéprreni0n Tement 1a compétence de la philosophic est progres vement réduite; mais & Ia fin, par ea prétention & Tuni- Yertalité, la science cherche i Pabolir et A la remplacer Gest ce qu'on appelle Te « scientisme ». Max Scheler Te juge une réhellion desclaves : cest Ia révolte de Tine fécicur eontre le supéricur'. Pourquoi refuser de #6 cou mettre # a religion sl Tom convent & se eoumettre & ls teience? Scheler pense qu’au contraire, en #e soume tant & Ia foi Ja philosophic se serait rendue maltrese thes sl is I faut le souligner, 3 Ta foi, non 4 Ia i Vautorité extérieure de TEglise,& ia religion on tant qu’institution sociale, puisque fa fol, expérlence intdricure et epirituelle, régéuération de Tame, ne peut asservir la philosophic, mais doit la nourrir. i elle ven ent détachée, oi elle ne prend plus Ia fol comme la lu- mitre intéricure de la connaissance, cest quelle a et 2 latter eontee 1a religion autoritaire qui punieeait par le biicher Ia temérité te la conn Ces conditions ont rend tragique a situation da philosophes mais peutsire Teerelle. par esence, de Fecan, non temporaire. mais éternclle; cer le philasophe peut éire un ineroyant ow un croyant, Te tragique de- ton horizon 4 rélrécieeent extrémement, ea conscience s0 ferme a tous Tes autres tocdes qua lo ciea, se conaaiwanca 6'sppmu- il fait de ses limites lea limites de Vr. Liebsence de trogique ext ce qui felt le tragique du. philosophe fans for Il cat Tesclave de aa propre liberé, car ea que ‘ous entendons par fol, est Teuverture de la conscience E'aTauteea mondes, au sens de Petre. Le philooophe, a contraire, extil croyant? Le tragique ee relrouve, mate four ume outro forme, Car fai suse veut tee libre dame ton activité eonnaitante, et id ge heurte 4 In structure Sociale dans laquelle la foi se fait objet, clestidire & i Seheler. Vor Eigen im Menschen SITUATION TRAGIQUR DU PHILOSOPHE 19 ne, a eelle de la impose des limites, Tacense d’hérésie Ge howt manifest Tiernel conde entre Ja foi, en tant que phénoméne premier, en. tant «que relation avee Dien, et la foi en tant aque, phénomtne second, sobjectivant dans Ta société, en tant que rela: tion avee la collectivité religiense. Mais le traxique le plus profond pest pas encore Ti Comme tout tragique vital, Ie philosophe le rewent quand il n'est plus en présence d’autrui, main seul avec Iujaméme. A Vintérieur mime de ta libre activité d' connaissant. refusant toute limitation, toute prohibition extérieure, Te. philosophe est dans Fimpuissance dour Diier sa foi, Voublier ce qui luis été révélé par Ia foi T ne s'agit plus ict du probléme extérieur des relations entre le philorophe ot autres hommes, Tes représen tants de la religion; mais da probleme intime du rap- port entre la connaissance philosophique du philosophe ct sa propre foi, s2 propre expérience spirituelle, qui Tui ouyre autres perspectives. Saint Thomas d'Aquin = résolu e¢ probliine par un aystime de deprés hierarchies, of chaque degeé est en méme temps relativement indépendant et subordonné su degré supérieur’, La connaissance philosophique s'exeree Ia foi n'existait pas: le philosophe cheétien connait exactement comme Ariatote. Mais plus haut est Te degré de Ta théolowic, i qui pour les questions der; niéres. Iu philosophic eat hiérarchiquement.subordons és le degré de la connaissance mystique. Le thomieme. réassit sini a soustraire Te Philosophe et la philosophic & toute espiee de tragique, car tout confit entre Ia connaissance philosophique ot 1a foi ext évté. En apparence Te philosophe est libres il fe trouve en réalite dane wn complet. acservisseme 1. GF, Saeques Maritain : Distinguer pour unir, ou tes degrés tt ‘enpotes Gest le ieenie® mmol themiome woderne 20 PREMIERE méorrani0N car ce qu’on appelle ic ia philosophic, ee nen ett qu'une variété particul igge en dogme. — Saint Bonaven- ture résolvait le méme probléme suteoment paisque apres Iui le foi illumine, transforme Tintellect', Cette opinion me parait plus juste; mais it n’en ignore pas moins la tragédic du philosophe, celle de Ia connaie- Cert, en effet, une erreur de eroirs que l'émotion ne Puisee etre que subjective, tandis que la pensée serait “objective; une erreur de eroire que le sujet connaimant nentre en contact avec Pétre que par l'intellect et que Vémotion Je maintient dans son univers subjectif. Crest Is conception du thomisme, celle du rationalismes "était, celle de presque toute Ia philorophie greeque, qui s'ef- forcait de passer dela 2282 4 V ini tipn, de Popie nion a la science; c'est calle de Ia majorité des philo- sophes. Il y a 13 un vieux préjuzé philosophique, dont fon commence & avoir raison de nos jours, Mixx Scheler ¥ a beaucoup contribué ainsi que toute Ia « philosophic ide existence ». En réalité, c'est plutét le contraire qu'il faudrait dire. Liémotion humaine est, pour tne part importante, socialement objectivée; elle mest pas sub- jective, i In réserve d'une partic qui reste individuelle. Inversement, 1a pensée peut étre trés eubjectives et il arrive souvent qu'elle soit plus individuelle que Témo- tion, qu'elle dépende moins de Tohjectivation sociale, ides ‘sroupements sociaux, bien que cela aussi ne soit que partiellement. D'ailleurs, Je eens méme dea 1et « subjectif » et « objectif » exige une révision radicale. C'est une grande question de savoir si la con. naissance de la vérité est subjective ou objective, Quoi qu'il en soit, une certitude est assurée : la connaissance Philosophique est un acte spirituel, et dans cet acte, non seulement opére V'intellect, mais converge la totalité des Filson. La phlloanphie de saint Bonaventure, SITUATION TRAGIQUE DU PHMLOSOPAE a1 elles de Fhomme, son étre voulant et aon Actuellement, on tend de plus en plus & admettre Trexistence d'une connaissance émotionnelle, eomme le penssit Pascal, commo Pa affiemé de notre temps Max Scheler, comme Menseigne Keyser] 8 de penser que In conna qu'il n'y & pas do connaissance ine naiscons beaucoup plus par le sentiment que par Tine telligence + il ext romarquable qu, won seulement a sympathie et Famour, mais méme Finimitié et la haine uiseent étre des ausiliaires de Ja connaissance, Le oaour eat au centte de homme total. Verité avant tout chri tienne, Tout le été appréciatif de Ia connaissance est alfectt; il exprime « les rsisona du eaone » Les juge- ments de valeur jouent un r3le extrémement important dans la connaissance philosophique. Puisque le Sens ne pout dire conna sane. juzenients de valet. la conn sance du Sens est avant tout tine connaissance da cen Ces Tere total de Thome gut connat dane Icon aaissance philosophique; et cost pourquoi & la comnsis: Sance vient accesatrement se oindee. la foi Ele Sintroduit dans toute spéculation —philosophiquey 4h zationnelle soitelle; elle inspirait Descartes, Spinoza, Hegel, Gest une des raisons qui expliqnent inconsistance de Tidée de « philosophic scientifique». Elle et la phi Josophie des penseurs dépovrvus du don et de la voce: tion philosophiques. Elle £16 inventée par ceux qui wavaient rien a dire en philosophie, Produit par ‘tn sécle démocratique dans leyuel le philosophic est opprie tmée, le « seientisime » n'est pas en état de rendze compte du fait méme de Ta science, de le simple possibile de 2 connaissance par Thome, eat Te fait seul se poser 1. Keyserling. Médilations sud-amértentnes. 2 PRemine séorranion Te probléme wuteepanse défi tox Titer de a scien Pour le sientisme tout es-objet et Te aajet Iuiméme est qu'tn objet permt ee sates _— La dhilosophie nest possible qu’a la condition qu'elle pomide a mane propre de connattre distinct da rode seotiaque, de. connaiseanee.Une_ philosophic 1 ta nézation de Ia philosphie, Te ute! Au contrat admetee ane Gannaiwence twetionnelle, tne eonmaienee par le cons Sete valeur pur Ia eympathie ot Tamour, ce west par tice le json. Cat le tatn ellememe qui exige dire etablic dans aa totality comme elle cait comprive au Moyen-ize en dépit de Tintellectaslime de Ta slot aq, car intelligence avait souvent Te sens esprit, Le dlevoir de Ta philosophic, eo nest pas denier ly rasco, eet element dese snes ot ae pparaitte ean wortt de Timmanence sc Limits # te'point de vue In doctrine de Kant ur les antinomies Concerve tote ta valeur Tl reste que les garantie de Ia vérté, doivent @tre cherchées non pa dan Ta raison, dane Pentendement, mais dane Tesprit, dane Teeprit totaly Le cur et le Conscience demeurent ler agents nuprémes de Tévalua- nde Is coniance 3 snd chon. Li topic went pas In etewcoy ale wet pon mine fe telonce-der emencesy par elle esprit prend une cone: te ctfatrice da seus de Pextonce humaine. Cola tuppose que le philosophe cherchant a eonnaitre porte tn'lutméne Teapérience des contradictions hemaiees et tte eete teagédieintcronte a philoso, lat serve de foe pour entrer ans Ta connaissnce, Comment Te. ph Tovorkey gut ignore cette tragédie, no ten troweer po spyotni @ dshiat dent ar oinaatwcace? 1, Huser) est pas un seleatiste. ear il entend yar ssionce cqautinfenisient [es Green et nom pas In Stlence ba sens do SITUATION TRAGIQUE DU PIILOSoPHE 23 Il ne peut y avoir de philosophic quot Ton peut reconnaitre Ia présence de Tintuition philosophique. Tout philosophe de valeur, tout philosophe méritant ce nom posséde son intuition originel elle est premigxe, elle recéle Ia lumiére qui illuminera toute Vopération de Ia connaissance. A cette intuition ne peuvent ve substi- twer, ni les dogmes de la religion, ni len vérites de la science, La connaissanee philosophique dépend de Vann- pleur de Texpérience véeue, elle mppore Texpérience eseentiellement tragique de toutes les contradictions de Trexistence humaine. la source de la philosophic est Vexpérience de Texistence humaine dans. sa. plenitude. Dans cette expérience on ne peut séparer la vie lectuclle et le vie affective de In vie volitive. La ra eat indépendante de toute autorits du dehors, extérie rement autonome; elle ne Test pas intérieurement, par rapport i la vie totale du philosophe engagé dane la connaissance. Elle ne se laisse pas séparer de ses tene timents et de sa volonté, de ses amoure ct de ses haines, de ses jugements do valeur. Gest dans von éire meme, ddans aon existence intime qu'elle trouve son fondement ontologique; elle change suivant que Te philosophe est tun croyant_ om un inerédule; elle varie dapres Ia ‘royanee, suivant que la conscience se dilate ou se rclré. cit, La Révélation Ia transforme, A cet égard, ln doctrine de la catholicité de ta raison eat exronée!. Les w priori sont mobiles et chanzeants Car il ne faut pas-confondre la révélation de Dieu et da nionde des choves invisibles avec leur appréhension par Ia connaissance, Celle-i vient de Thomme : c'est lui qui connsit Ia révélation de Dieu et du monde invisible, Mais ea raison devient autre quand Diew se révéle a lui inlasFegi Getto eral astat par exemple en foieeny ae ig science, Comme MMejaronn ts Be" Peapneae Won dans les sciences. * ” en PRemiine aéorrarion elle subit un ébranlement, forme intérieurement, apergoit nettement aes cor ms et ses limites, Ce pendant, dans Mcoueil meme par lequel Thomme recoit In révélation, se trouve déji, ne eersitee quia Tétat Dryonnaire, quelque philosophic. La Révélation fou Tes réalités, Tea donn ique; mais T tude de I ca Végard de cos réalitéa et de ees dom néee n'a rien & voir avec 1a-révélation elle-anéme, ear Cest déja telle ou telle philosophie définie. Ui west pas homme qui puisse étre_pleinement dégogé de toute philosophic, naive, inconciente soitelie de notions, de Chae pente, pari, use tigoriea, de synteny, de mthes, pro nonce des apprécations. A le fol la ples puctile xt oes Jours lie quelque philosophic pucste. Aina Tedoption fans critique do la Sclenee bibligue, qui etait la sence de Thumanité dans Venfancey implique Tussge. de cor isines catégories de pene, comme par exemple dels création hn dosent du tompe Crest que la conaimance ‘st une opétation, ele ne consste pas dans une reception toute pasive des chosea tlle donne un sens 4 ce que fournit Yobjet, elle saasqae toajoure Téuablivement “Tune similitrte” dane sae amine mesure entee le sujet connaiscant et Vebjet cone Cela oot vrai en premier lien pour la connaissance de Dic Le connaissince ext une humanisation, wt nett pe fond, ontologigue, du. mot. Cette humanisation poet comporter diferente degrés. La plus profonde, Yopese dans Ia conusisance religious, Cott Sexplique per le fait quo Thome eu 4 Tinage et hla rowenta de ew et que pat conséquent Dew conticat en lui Mana at le mole de Thoney Mhumanite dane ta page fence. pris elle vent la connaissance phon celle est aussi humanisatior F a Tatee on Thome me, connaisiance du sens de Tosistenee en tant quelle «st commen-ussiis. sree Trenstence Inmaine, avee Is destinge inmaine: Os The. SITUATION TRAGIQUE DU PHILOSOPHE 25 manisation tomberd son minimum, c'est dans Ie connais- samce scientifique, particuli¢rement dana les sciences physico-mathématiques'. La physique contemporaine nous montre Ja désbumanication de la seience : elle est eo train d'ubandonner définitivement univers humain, Tunivers physique, familier a Phomme, Ma iens me voient pas que ce sont lex progtés mémes de la physique déshumanisée, qui forcemt & c ance humaine, et les, plus ils manifestont Toriginalité de Thome en face des mystéres de la nature et son hums- tion, C'est que toute connaissance est plongée au sein de Yexistence humaine, manifeste Tefficacité de Vhosuae on tant qu’étre total, dont le puissance se retzouve jusque dans les contradictions et ee conflite, ‘au sein de la tragédie du philosophe et de la philo- sophie is facteurs concourcnt it 1a connaissance : Thomume Ijsméme, Diew et la nature; elle résulte de Faction rée rogue de la culture humaine, de la grice divine et de Ei necesité naturelle; et la tgédie du philowphe pro. vient de co gue l'on prétend restreindre sa connaiseance, fant6t en invoquent la grice divine, tant6t en univers lisant la nécessité naturelle. La philosophic doit enteer en conflit avec la religion d'une part, avec 1a science de Tauire, si elle se donne pour objet” Diew ot la nature; mais son domaine, cost par excellence Texistence hue maine, 1a destinge humaine, le seus humain. Cert de Thomme que le philosophe connait Dieu et Ia nature; amais il nele peut sans ye heurteraux formes objectivéesde la connaissance de Dieu et de It nature qui se prétendent des vérités derniéres. Il accopte la révélation et la foi, taio il ne doit pas plus souffrir les interprétations natu ralistes de Ie révélation et de la foi que les prétentions T, Lion Drunschvieg voit dans Ia connalssance mathématiqae lune spiriuatisation. 26 PRemiiRE ssioreari0n du naturalisme universalisé de ta s naturalisme. le ph de Ia foi nce, Car devant ce losophe ne se trouve en présence 1 seulement d'une philo- iu plus has degré'et a dépasser. mle eonflit entre Ia religion et Ia philosophic, la Vérité est du cdté dle la religion quand 1a philosophic prétond se substitucr a elle, en tout ce qui touche at salut et a Ia vie éternelle; ‘mais Ix vérité est du edté quand cellesci revendique son droi mmaistance plus élevée que lo savoir constitué par les éléments de connaissance naive qui se mélent & Ja religion. Tout au contraire, c'est li que Ia philosophic peut ecrvir a purifier la religion en la protégeant contre Fobjectivation et la naturalisation des vérités religieuses. suquel homme adresse es priéres, ext le ‘Isaac et de Jacob, non le Diew des philosophes, Tidée de T'Absolu; mais le probléme est plus complexe que ne Ventrevoyait Pascal, car Te Diew «Abraham, d'Teaae et de Jacob, ce n'était pas seulement est, Diew vivant et personnel, e'était aussi le Dieu d'une tribu primitive de nomades, abaiseé au niveau intellectuel et social de cette tribu, L'esprit qui s'éveille fla connaissance entre toujours en conflit avee les esprits assoupis dans le sommeil de Ia tradition : la. philoso- phie ne s'accommode pas de Vesprit grégaire. Les philosophes n’ont jamais formé dans Vhumanité qu'un groupe restroint. Aussi n'esteil que plus surpre- nant que si peu dle personnes aient été et soient Vobjet une telle inimitié! Philosophes et philosophie ont contre eux les hommes de religion, théologiens, meme bres du clergé et simples fidéles, les savants et tons les spécialistes, les hommes politiques et les organisateurs sociaux, les hommes d'Etat, conservateurs ou révolution- naires, les ingénieurs et les techniciens, les artistes, enfin In foule. Les philosophes doivent done able, les hor société, ceux qui n'ont aucune importance dans Ia vie SITUATION TRAGIQUE DU PHILOSOPHE 27 volitique et économique. Pourtant, les hommes qui dé tiennent ou qui briguent le pouvoir, ceux qui jouent comme ceux qui veulent jouer un réle dans TEtat et économie sociale, semblent toujours leur en vouloir Won ne sait quoi; ils ne peuvent pardouner la philo- sophie de leur paraitre inutile, injustifise, faite seule- nent, pow quelayes expe, comme un vain je de Te pensée, L'estelle? On ne comprend plus pourquoi ce Jeu sans réalité ni raison d'une poignce hommes sans Importance suscite tant de malveillance et un mécon- tentement presque universe. Hy a li un probléme peychologique complexe. Sil est que la philosophic est étrangére a la plupart d hommes, il Vest ausi quo tout homme, i ron inst, est, ‘en un certain sens, un philosophe. On ignore Pappare technique de la philosophic, mais on n'hésite pas i em: ployer le terme de philosophic comme ane expression de moquerie ou de blame. Dans Tusage courant, le mot de métaphysique est presque une injure. On a fait da métaphysici pervonnage comique. Tl arrive qu'il Je soit, mais il n’en est pas moins vrai que tout homme, de son avew ou non, résout des questions Werdre méta: physique, et que les problémes de mathématiques ou de physique’ sont beaucoup moins familiere it la geande masse des hommes que lea problémes philosophiques ‘qui ne sont, au fond, étrangers 4 aucun, Partout il existe tune philosophic couranto, caractéristique de tel ou tel groupe social, classe ou profession, cone il existe une politique courante. Le méme homme qui éprouve de Vayersion envers a philosophic et qui méprise les phi losophes, a «4 phi ie ptivée. Sil n’en était ainsi de Thomme d’Etat, du révolutionnaire, du savant spécia- liste, de Fingénieur et du technicien, ils ne tiendraient pas le philosophe pour inutile Que Finsécurité soit le condition ordinaire de la phi losophie et du philosophe, c'est ce que Vexpérience oblige & constater. Non seulement le philosophe ne rem 28 PRemine méorrarion plit aucune « commande sociale » mais méme il met sn dignité a «’dlovor au-dessus des devoirs que la société preserit. La philosophie n'a pos uno destination sociale, ello ost faite pour Ia pertonne. Tandis que In religion et Ja science, par nature ai différentes Pune de autre et paciois si hostiles Pune a Vautre, sont toutes deux socine Jement protégées, qu'ellcs ont tin rile social, que des ve elles ge tiennent des communautés toujours prétes 4 courir leur secours, Ie philosophie est «lésermée, seule, II ne se trouve personne pour prendre Ja défense du philosophe. Méme en matiere éeonomique il soutien. Car oe n'est pas en Vil doit mettee au jour Ja vérté, c'est dang la sieane Propre quil doit trouver 1a revelation du supracbunosin et du divin, La société ne Ini sert de rien pour ee con naissance. En tout philosophe il y « toujours quelque chose de Spinoza et de son destin. Par eotte inséeurité sociale, In personnalité de sa pen: sée, la situation du philosophe le approche de la vocation prophétique. Le prophite n'est pas plus pro- dquo lui; et il est d'autant plus sujet & la persé dies destinges de la aociét et du peuple. C'est pourquoi de tous les types de philo- trophic, cest celle de type prophétique qui est 18 plus ésarméo, la moins tolérée, Ia plus ieolée. Quand il se rrattache 4 une tradition le philosophe a conscience 'ap- Partenir & unc famille philosophiques par exemple. i a famille platonicicnne ou kautieane. Méme, la tradi- tion philosophique peut se erxistalliser autour d'une cul ture nationale, constituer une école, qui pourront défen- dro le philosophe contre les attaques, le protéyer. Mai ‘cela ne scra pis vrai de V'ntuition philosophique & son origine, de la connaiseance philosophique dans ¢a genése, de T'acte de eréation au sens propre du terme. Déja la philosophic académique est une institution sociale ct tlle bénéficie des moyens de protestion dont dispose la tocigté, De méme les Tondateurs de religions, lus pro- SITUATION TRAGIQUE DU PHILOSOPHER 29 phétes, Jes apotres, les saints, lex mystiques, les penscurs religicix originaux sont désarinéa; puis Ia religion e@ tocialise, eobjective ct profite désormais des forces so- les. Crest que, comme tout acte eréateur, Tacte de connaise sance demaude & Thomme de choisir entre deux atti- tudes. Ou Thome se met face au mystire de T'étre, face 4 Dieu; et dans ce cas s¢ forme la connaissance initiae trice, originale, la philosophie authentique, Thomme regoit Tintuition et Ia révélation. Ou bien il’ se tourne face & autrui et & Ia société: et par ce mouvement la conntissance philosophique, comme la révélation reli gieuse, s'adaptc a la nature de la société et ¢objes Crest alors que Mhommic est Jo mieux défendu; m achéte trop souvent cette protection en faussant ea cor- science par le mensouge socialement utile. Devant les autres, devant Ja socicté, tout homme devient un acteur car cest déja Vétre, que d'écrire. On joue un réle parce qu’on occupe une place dane Ia societé. L'acteur dépend ddes autres, du public; aussi sa fonction est protégée par Ja police. Au contraire, "homme qui pour connaitre ce tient face & Dieu, non seulement parle peutétee dans le désert, mais il est exposé aux aitaques de la rel de In science, devenues dee institati veut Ja nature de la philosophic a sa naissance, ainsi la tragédie du philosophe. On peut ciasser diversement les es hice; mais il est a moins une distinction que [histoire cntiére de la philosophic permet de reconnaftre, lle manifeste 4 le fois 1a dualité des principes fondamen- taux el son influence qui, pénétrant la philosophie tout centiére, intervient dans Ja solution de tous les problem importants, En choisissant entre eux, indépendamment de toute contrainte objective, les philosophes atiestent Ja persounalité de la philosophic. Voici, & commencer par les principes, les deux séries de théses qui définissent ees deux philosophies : il ees We philoso 30 PReMéRe mémrarion 1. primat de ta liberté sur) primat de Tétre sur te lic ects; 2. primat de existence] primat du monde objectit Subjective sur le mondo |" sur existence subjec- objectif; tives 3, dualiames smonisme: 4. volontariemes intelleetualismes 5. dynamisme; 6. activiemes et sentiment de Ia création: 17, personnaliemes 8. anthropologisme; 9. philosophic de Fesprit. jimpersonnalismes cosmologismes natnralisme. Ces_principes peuvent tre diversement composé pour former les divers eyatémess pour ma pa entre eux, et fopte révolum de theses qui découle du pri mais dés qu'on admet Topposition fon terminante entre Ta liberté et Ia néceasité, Vesprit et Is nature, le sujet et ohjet, Ia personnalité ot la société, Nindivduel ete général, on adopts une philesphie da tragique, ear si affirmation du primat de Pétre sur Ja liberté Fexclut, oslut de la iberté sar Tétre Tentrain. Crest Vimpossibi ire Tétve par la voie de Yobjectivation, de réaliser Ia communion entre les hom- rmes'em les rédt condition dures sociaux qui fuscite Te tragique en jetant dans le confit éternel entre Jogique de le solitude, qui intéresse i la fois le philo- sophe et In connaissance philosophique. C'est & ce pro- bbleme que ce livre est consacré. Il se rattache a la dis- tinction entre une philosophic & plusicuss plans et une philosophic & un seul plan de Vexistence humaine. a ‘PHILOSOPHIE PERSONNELLE EF IMPERSONNELLE, SUBJECTIVE ET ORJECTIVE, — L'ANTHROPOLOGISME EN PHILOSOPHIE. — LA PHILOSOPHIE EF LA VIE. Kierkegaard insiste avec une force particuliére sur Ja subjectivité, Ia persomnalité de toute philosophic, cestiidire sur la présence vivante du philosophe au cours de toute spéculation. Par son opposition 4 Hegel, Par sa révolte contre 1a philosophie de la raison univer. selle et objective, contre « le général », il rappelle plus dune fois Biélinsky', dont Vinfluence se sent dans Ie @ialectique de Ivan Karamazov. chez Dostoievski.. Cor tes Kierkegaard mérite bien plus que Dostofevski Te nom de philosophe; mais la philosophic, je Te demande, peutelle ne pas étre personnelle et subjective? Est Possible de confondre vérité et objectivité ou imperton- nalité? A Texamen de cette question, la méditation su Yante sera spécialement consaciée; mais dés maintenant il ct indispensable de dissocier délibérément verité et objectivité. Méme quand elle aspire 3 Pobjectivi 4, SeTeporter au trés interessant ouvrnge + Le soefalisme de Piddinsky, publie sous In direction de Sakoaline, a6 som seebell Tes Tettres de BilinakyhButiine 32 Premitne éorration losophie ne peut pas ne pas étre pervonnele, Toute Philovephic de valeur porte In marque de Ta. pesione feson auteur, Ce est pas veal Seuernest des p locophice tres individueliséer de saint’ Augustin ou do Pascal, de Kietkegaard, de Schopenhauer ou de Niet Shyer ce me est por moins de cles de Plton of Poti de Spinoee, We Fine et de Heal. Za pereonna- Tie. philophe se manifeste deja dans le Choi des potent et dan ly prifronn pour Fan des ype de jntosophie dstinguce pls heut, puis dane It nature des Fattion pect nantes, dans la séparttion de Tatton tion, dans Fampleur de Tespérience spritulle En tdmettant qu'aucune pliosopie ne peut ete que Yrouvee dr moy on no tout par dee que le philosophic Fnfermo en furmémes at moins esta vrai puiegue la trale philomphic, celle qui sos quelque chove durée owt par cele qui scrate Tobjet, mats celle que tour thente ie tens de vie et da destin personack, quelle Commence por le reflexion dw plilsophe sur propre dlatinée,comive le montre méme Ja philosophie toute ffometrique ct objective de Spinoza!. On ne saurait trop fe repsten, Ce qui connal, ce seat pas Peaprt univerel, tu It raison tniverully nile sujet impersonneh, It Weomeience on goneral 93 c'est le toy Pomme conse txitence covert, la personne; et Te probleme fond Sonal de la conagistanee, cet clui de me connate Mines, de Ta connaissance, penonnelle de Thomme Tuk tiie. Toute pensie evdatrice est intimement ind fhelle, non que Tindivida y soit emprisomeé en Tak Tes rasoos lumineux sortent d'un unique méme, Timi foyer, mais la manibre dont ils sont recucillis varie homme } homme, Tne Fant par evuire les philosophies quand ils pré tendent let sd pesazon, pures de toute sflectivité, Crest TERT, Reunsehvien, Sefnnza et vee rontemporains, (Parka, AWsane Be cations 10295 SITUATION TRACIQUE DU PHILosoPHE. 33 encore pat Ip sentiment que connatt «le plus object» fle plus impecsonnel » Pentre ews: I et cert que Dencates dS, pour arcver au ogi, per pas Fes tion, éprouvé a dcourerte dane ane exten donee Smoiionnel Qui ait uié de Ta reflexion pour s'uter Gerson existence, cela ne signiie mallement que ce parla eélleion pure qu'il y soit pareenus coe seston Eiit 4 ce moment pour Ini une Emotion intense, VEU due de Spinorn, ch depit de In méthode glomlcioee Gt toute aaturée de sentiments; Famer Dei intellectuals teahit une violente émotivite 171 itllectuslivme » a mnéme peut exper tine fiotign personnel Tote Jectvité n8tze qu'un nom cut manque le pasion d's homme, Je sorte quem un sent la piitvephe de Hegel niet pas moins tabjetive que celle Ue Mettche. se reste Comme proprement « objective et impersnnelle gue In pliloophic dépourrae de tute ongnales et {fe winepre ate soulfe ceatene, Ae nour ne ma écouverte la Lamlére originale, eiatae celle gol mane de la sonree premieres tandis quobjecivement impersonnellement, ne out dive découvert que au eat second, rfc, tere I von reslte pay mature iment, qui fill we forcr & Toriginalité + paell efor précisément en sersitdepourvu etn feraitauen oreo fer Tabvency, Mait il fast tompre deliberément aves to Drejnge quétce personnel et eubjocty cent restr ne Prisonné en sotatéme,étre incapable de corde data ls Tastes espaeen a mondo, exclude ln communion avec ie divin, Go sont plat Mimpersonael et Yohfetf qui cafe ment et protibent toute perece da dedamt 0a dehore W convient dene pes eonfondre te peronnslite de 1a connaissance avee Uégocentrtme Cela et Ta sche Sion sans iste, I'toafement, I folie de sos le pec ask subjective que doit étre 166 J. Movituin, Le songs de Descarter. (Pari, Balt. coi Qlertiain, Le sorge de Descartes, Panis, Balt. R. A. 34 Premiere mémiraTion voie vers Diew Mf vest pas possible affranchir la philosophie de Sonn ar Scent SITUATION TRAGIQUE DU PHItLosoPHE 35 fondamental pour elle, de Maumanité, sont cl et illusoires, ambiguité de Tanthropocentt de ce que Thomme, tout en portant a fond de Pénigme de Téire, tout on étant Fimage et la ressent- blanee de ce qu'il y a de plus haut, de ce qu'il y a de divin dans Véire, est en méme temps limite a'von propre théme, ct réduit tout étre, et 'étre Je plus divamy a sa pro- pre imperfection. Aussi ne fautil pas chercher a débar- rasser In philosophic de toute eapiee danthropocen trismes mais a épurer, & élever cot anthropocentrisme, a faire transparaitre’ dans le philosophe en tant quhomme cette image de Tée le plas haut qui est ineluse en lui, La philosophic ne peut pas étre autor nome, si Yon veut dire par li qu'elle serait détachée de Vhomme total et de son expérienee vitale, indépen- dante du eujet connaissant immergé dans Tétre, Elle ne pourrait y pritendre qu'en ¢aveuglant, La philosophic est anthropologique ou nlast pas. Si elle eonnait Tétee, est dans homme et par Thomme: et tout Te probleme rn dlever a qualité de eat anthropologist afin de faire apparaitre ce que jappellerais Momme transcen- dene, condition de ne pas le confonre aver lao fecienee, tramscendantale », qui, elle, n'a tien humain, La philosophic est nécemairemient anthrapologique en ce tons encore qu'elle no eaurait dire détache de la vie, quelle ne peut éire exclusivement théorique. Elle doit fire, elon, erst i Famelioration de Texiience, die pratique, comme ont toujours cherché Tes grands phic Tocophes, coux du moins qui nont pas rompuavee la sagesse. aversion & Tard de cette vie! quotidienne, fastidieuse, incessamment recommencée, de sa laideur, A ss inutieny suite sit asin dane om au monde, dans 1a contemplation, métaphysique ou mysti du monde dev ies ou de Tacit divine, cot Paci vité enéatrice qui semploie a transformer ce monde, difier un monde nouveau. La vraie philosophic, celle ui est sagesse, ne pent “demeurer ‘une philosophie