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CINQ MARS

 Le 5 de ce mois, nous célébrons la mémoire du saint martyr C ONON d’ISAURIE, le


THAUMATURGE.
Saint Conon vivait au temps des Apôtres dans la cité de Bidane, située à quelques stades
de Séleucie Trachéotis (auj. Silifke), la métropole de l’Isaurie1. Il fut initié à la foi par
l’Archange Michel qui lui apparut revêtu d’un costume resplendissant, le baptisa au nom de la
Sainte Trinité et le fit communier aux saints Mystères. Pendant tout le reste de sa vie, le saint
Archange ne cessa de l’assister et lui donna le pouvoir d’accomplir des miracles. Ce fut sous
son inspiration que, contraint par ses parents de prendre épouse, Conon réussit à convaincre sa
compagne, Anne, de vivre comme frère et sœur, afin de cultiver ensemble la fleur incorruptible
de la virginité. Par l’exemple de cette vie sainte et de ses paroles, il réussit à convertir ses
parents, et il semble que son père, Nestor, remporta la couronne du martyre après avoir
confessé le Christ.
À la veille de célébrer une de leurs fêtes impies dans une caverne située assez loin de la
ville, des idolâtres s’en prirent au saint. Afin de faire trêve de vaines disputes, ils s’entendirent
pour rivaliser de vitesse vers la grotte, le premier arrivé démontrant la supériorité de son dieu.
Saint Conon partit à pied ; mais, assisté par l’Archange Michel, il y parvint le premier, frais et
dispos, bien avant les païens qui, montés sur leurs chevaux, n’arrivèrent que bien plus tard,
essoufflés et en sueur. Stupéfaits devant ce miracle, ils n’en demeurèrent pas moins endurcis
dans leur impiété, et voulurent apprendre de leur idole, elle-même, quel dieu était le plus grand.
Sur l’ordre du saint, le démon qui se cachait dans l’idole vint se prosterner à ses pieds en
confessant : « Un est le vrai Dieu, le Christ que tu proclames ! » Les païens s’écrièrent alors à
haute voix : « Oui, Un est le vrai Dieu, le Dieu de Conon. C’est le Dieu de Conon qui a
vaincu ! » Dans la suite des temps, c’était par cette acclamation que les habitants d’Isaurie
célébraient chaque année la mémoire de leur saint patron.
On raconte que saint Conon avait acquis, grâce à sa virginité et à l’assistance de
l’Archange Michel, une telle puissance sur les démons qu’il commandait aux uns d’aller
cultiver la terre comme des esclaves et qu’il en avait enfermé d’autres dans des cruches en terre
cuite, qu’il avait enfouies dans les fondements de sa demeure. Lorsque le gouverneur Magnos
arriva en Isaurie ayant pour mission d’exécuter les édits impériaux contre les chrétiens, saint
Conon fut arrêté et conduit devant lui. Il fut cruellement flagellé, mais ne cessa pas de
proclamer sa foi. En apprenant cela, le peuple, qui dans sa majorité avait embrassé la foi grâce
à la prédication de Conon, se précipita dans un grand tumulte sur les lieux du supplice, en vue
de délivrer le saint. Le gouverneur, craignant pour sa vie, prit la fuite, et l’on put transporter le
saint tout ensanglanté dans sa maison, où il rendit paisiblement son âme au Seigneur deux
années plus tard.
Peu de temps après le repos de saint Conon, les chrétiens du lieu conçurent le projet de
transformer sa maison en église. Au cours des travaux, l’un d’eux trouva dans les fondations un
des récipients qui contenait les esprits impurs. Voyant que la cruche était scellée et bien lourde
et croyant qu’elle contenait de l’or, il l’ouvrit. Les démons en sortirent alors sous la forme d’un
1. Région montagneuse d’Asie Mineure située entre la Pamphylie, la Lycaonie et la Cilicie. Ses habitants étaient
tristement célèbres pour leurs mœurs sauvages et guerrières.
feu qui renversa à terre les bâtisseurs, fit s’effondrer l’église et réduisit en cendres tous les
matériaux combustibles. Ils s’établirent ensuite dans ces ruines, dont nul ne pouvait s’approcher
après le coucher du soleil. Les chrétiens proclamèrent alors un jeûne et élevèrent d’ardentes
supplications pour demander l’assistance du saint. Ce dernier ne tarda pas à intervenir et purifia
le lieu de ce fléau.

• Le même jour, mémoire du saint martyr CONON le JARDINIER.


Cet autre saint du même nom était originaire de Nazareth, en Palestine, et vécut au temps
de la persécution de Dèce (249-251). Quittant sa patrie, il s’installa dans la cité de Magydos en
Pamphylie, où il menait une vie fort simple, cultivant un petit jardin. À la suite de l’exécution
des saints martyrs Papias, Diodore et Claudien [25 oct.], qui avait précédé de peu celle de
l’évêque de la cité, saint Nestor [28 fév.], comme le gouverneur Publius avait fait convoquer
toute la population par ses hérauts, les chrétiens s’enfuirent en abandonnant tous leurs biens
derrière eux, et Conon fut le seul à demeurer dans la ville déserte. Les soldats envoyés pour
perquisitionner maison par maison découvrirent Conon occupé à son jardin. Âme simple et sans
malice, le saint les salua en disant : « Bonjour les enfants ! » Il se laissa attacher de bon gré
derrière le cheval du chef de la troupe et les suivit sans opposer de résistance jusque chez le
gouverneur. « Illustre gouverneur, dirent les hommes d’armes, nous avons fait le tour de la ville
et de ses faubourgs, et nous n’avons pu trouver que ce vieillard dans un jardin. Cet homme-ci
devra répondre pour tous les chrétiens. » Après l’avoir interrogé sur son origine et sur sa
croyance, le magistrat lui dit : « Je ne te demande pas de sacrifier, mais prends seulement une
pincée d’encens, un peu de vin et un rameau, et dis : Zeus très-haut, sauve ce peuple ! Dis cela,
je ne te demande rien d’autre. Finis-en avec cette folie et vis heureux parmi nous. » Le
bienheureux martyr leva les yeux au ciel en soupirant et déclara : « Ô le plus impie des
hommes ! Plût au ciel que tu eusses part, toi aussi, à cette folie. Quant à moi, puissé-je chanter
et glorifier dans l’éternité le Sauveur, avec tous ceux que tu as fait périr parce qu’ils
invoquaient son Nom. » Le tyran, emporté par la colère, menaça le saint des plus terribles
supplices, mais sans pouvoir l’ébranler. Puis, prenant avis de ses conseillers, il lui fit enfoncer
des clous dans les articulations et l’obligea à courir devant son char, deux soldats le
pourchassant à coups de fouet. Le saint avançait en chantant des psaumes. Quand il parvint à la
place du marché, il tomba à genoux, épuisé de fatigue, et fit cette prière : « Seigneur, délivre-
moi des chiens voraces qui se repaissent de mon sang, et donne-moi le repos avec tous les
justes qui ont accompli ta sainte volonté ! » Puis il fit le signe de la Croix et remit son âme à
Dieu comme une offrande de grand prix2.

• Mémoire de notre vénérable Père théophore MARC l’ASCÈTE.


Notre saint et bienheureux Père Marc vécut vers l’an 430 3. Il avait été, semble-t-il,
disciple de saint Jean Chrysostome4 et avait acquis à son école une connaissance parfaite de

2. Cette biographie a été probablement inspirée de celle de S. Phocas le Jardinier [22 sept.], transmise par ASTÉRIOS
D’AMASÉE (PG 40, 300-313).
3. La biographie de S. Marc reste largement inconnue, et elle a fait l’objet de nombreuses hypothèses. Les synaxaires
le confondent généralement avec Marc du désert des Cellules, qui connaissait l’Écriture sainte par cœur et auquel un
ange venait donner la sainte Communion, lequel est mentionné dans : PALLADE, Histoire Lausiaque, 18, 25. D’autres
l’assimilent à Marc de Penthucla en Palestine, évoqué dans : JEAN MOSCHOS, Le Pré Spirituel, 13, ou encore à Marc
d’Aréthuse [29 mars] ou Marc l’Athénien [5 mars]. D’autres auteurs récents l’identifient avec un supérieur d’un
monastère d’Asie Mineure (peut-être proche de Tarse) au Ve s. Voir la dernière mise au point de la question dans
l’introduction de G. M. Durand à MARC LE MOINE, Traités 1, SC 445, Paris 1999, p. 13-35.
4. D’après GEORGES LE MOINE, Chronique, éd. De Boor Wirth, Teubner 1978, t. 2, p. 599.
l’Ancien et du Nouveau Testaments. Il devint ensuite moine près d’Ancyre, en Asie Mineure, et
exerça la charge d’higoumène jusqu’au temps où, désirant mener des combats plus ardus, il se
retira en solitaire dans le désert5, où il demeura jusqu’à son repos, vers l’âge de cent ans.
Répondant aux sollicitations de ses disciples et de pieux chrétiens, il rédigea des traités
spirituels d’une si grande importance que, dans les monastères byzantins, on avait coutume de
dire : « Vends tout pour acheter Marc ! »6. Il écrivit en particulier pour réfuter les messaliens7
qui dépréciaient la valeur des sacrements et soutenaient qu’une fois acquis le « baptême du
Saint-Esprit », le parfait n’est plus tenu de participer à la vie de l’Église et peut se contenter de
la prière continuelle. En réponse, saint Marc déclare avec insistance que toute la vie spirituelle
n’est que le développement de la grâce reçue par nous au saint baptême. « Le Christ, Dieu
parfait, a accordé aux baptisés le don de la grâce parfaite de l’Esprit, qui ne peut recevoir aucun
accroissement de notre part. Elle se développe et se manifeste en nous dans la mesure où nous
mettons en pratique les commandements »8. La transgression d’Adam avait placé tout le genre
humain dans un état « contre-nature » en le livrant à la mort de l’âme et du corps. Renouvelé
par la conformité au Christ, Second Adam, dans le bain du saint baptême et placé dans le
Paradis de l’Église comme en un nouvel Éden, l’homme est désormais libre de travailler par les
commandements et les saintes vertus, en vue de découvrir le Christ dans « l’espace le plus
intérieur, caché et pur de son cœur ». La grâce du Saint-Esprit nous est donc donnée
gratuitement dès notre baptême ; mais elle demeure comme en germe, tant que nous ne l’avons
pas fait resplendir par la pratique des commandements, laquelle nous conduit graduellement à
la sensation consciente des fruits du Saint-Esprit « dans le sentiment d’une totale certitude ».
Ce don de la grâce que nous procure le baptême ne nous place pas dans une situation
passive, mais il représente au contraire, pour saint Marc, le début d’un combat permanent
contre les prédispositions passionnées qui demeurent en nous et contre les pensées suggérées
par les démons. Ce combat spirituel est celui du repentir (métanoia), qui doit non seulement
précéder le baptême, mais qu’il faut aussi poursuivre tout au long de notre vie. Tous les
chrétiens doivent donc se faire violence jusqu’à la mort, en embrassant la voie du repentir, afin
de montrer ainsi au Christ qu’ils se sont définitivement détournés de l’inclination au mal héritée
de notre premier père. « Tous les commandements sont contenus dans un seul, dit-il, celui du
repentir »9. Et il ajoute : « Le Seigneur se tient caché dans ses commandements et on Le trouve
dans la mesure où on Le cherche »10.
Militant ainsi pour le Christ selon la Loi spirituelle de notre liberté renouvelée, il nous
faut adhérer à Lui constamment par le souvenir de Dieu, avec douleur du cœur, et Lui offrir,
comme des offrandes de prémices, toute pensée dès qu’elle germe en notre esprit, repoussant
ainsi, grâce à la prière, les assauts des « trois géants » du mal : l’ignorance, la négligence et
l’oubli. « Au moment où tu te souviens de Dieu, prie tant que tu peux, pour que Dieu se
souvienne de toi quand tu l’oublieras »11, recommande le saint ascète. C’est en frappant ainsi
par la prière à la porte de ce sanctuaire secret de notre cœur, avec persévérance et sans
distraction, que le Christ Grand Prêtre nous ouvrira finalement, recevra notre offrande et la

5. Selon certains en Palestine, selon d’autres en Égypte. Il semble plus probable qu’il soit resté en Galatie.
6. Cf. infra la notice de S. Syméon le Nouveau Théologien [12 mars].
7. Cf. la notice de S. Diadoque de Photicée [29 mars], qui lui a été parfois associé dans une même mémoire
liturgique.
8. Sur le Baptême, 30, PG 65, 1028. Traductions françaises : MARC LE MOINE, Traités spirituels et théologiques,
« Spiritualité Orientale 41 », Abbaye de Bellefontaine 1985, p. 121 et SC 445, 395.
9. Sur le Repentir, 1, SO 41, 72 ; SC 445, 215.
10. La Loi spirituelle, 191, SO 41, 26 ; SC 445, 125.
11. Idem, 23, SO 41, 11 ; SC 445, 81.
consumera par le feu de l’Esprit Saint, faisant resplendir de manière éclatante et pour l’éternité
la grâce de notre baptême12.

• Mémoire du saint martyr EULOGE, mort par le glaive en PALESTINE.


Né en Palestine de parents idolâtres, saint Euloge se convertit au christianisme, distribua
tous ses biens aux pauvres et, vivant dès lors d’aumônes, il évangélisa les Sarrasins, dont il
réussit à convertir un bon nombre. Dénoncé comme fauteur de trouble, il fut traduit devant le
gouverneur et accomplit son martyre en étant décapité.

• Le saint martyr EULAMPE, mort par le glaive en PALESTINE.

• Mémoire de saint GRÉGOIRE, évêque de CONSTANTIA à CHYPRE, mort en paix.

• Le saint martyr ARCHÉLAOS et ses CENT CINQUANTE-DEUX compagnons, morts


par le glaive.

• Mémoire de notre vénérable Père MARC d’ATHÈNES.


Athénien d’origine, le bienheureux Marc s’était d’abord adonné à la philosophie. Mais
bientôt touché par la grâce de Dieu, il avait embrassé le christianisme et s’était fait baptiser. À
la mort de ses parents, méditant sur la vanité de la vie humaine, il décida de quitter le monde et
de s’abandonner à la Providence de Dieu. Il se dépouilla de tout, même de ses vêtements, et
s’assit sur une planche flottant sur la mer. Un ange descendit alors du ciel et le conduisit
jusqu’au mont Tarmaqa, aux confins de l’Égypte et de l’Éthiopie13.
De longues années plus tard, deux anges apparurent en rêve à un moine nommé Sérapion,
qui vivait dans un monastère situé à douze jours de marche d’Alexandrie, et ils lui annoncèrent
qu’il devait se rendre en hâte au mont Tarmaqa, pour y assister aux derniers instants du saint
vieillard Marc et lui offrir une digne sépulture. Au matin Sérapion révéla la vision à son
higoumène qui, reconnaissant là un signe de Dieu, lui donna sa bénédiction pour entreprendre
ce voyage. Sérapion, porté sur les ailes d’un saint désir, arriva en cinq jours à Alexandrie, où il
se renseigna sur la route à suivre pour atteindre la mystérieuse montagne et, de là, il s’engagea
dans le désert implacable qui conduit vers le Sud. Au bout de vingt jours de marche, pendant
lesquels il n’avait rencontré aucun être vivant, il tomba à terre, épuisé de fatigue et de soif, et
prêt à rendre l’âme. Mais les deux anges lui apparurent alors, le désaltérèrent et
l’accompagnèrent pendant le reste du chemin.
Sept jours plus tard, ils parvinrent enfin au mont Tarmaqa, haute montagne dénudée dont
le sommet semblait se perdre dans le ciel. Il découvrit sans peine la caverne du saint, car des
anges se tenaient au-dessus d’elle et chantaient des hymnes. En s’approchant, Sérapion entendit
le vieillard qui chantait : Bénis le Seigneur, ô mon âme, et tout ce qui est en moi exalte son
saint Nom ! (Ps 102, 1) et d’autres hymnes d’actions de grâces tirées de l’Écriture sainte. Il
s’interrompit soudain et interpella Sérapion pour lui souhaiter la bienvenue. Comme le visiteur
s’était prosterné à ses pieds, le saint vieillard le releva et l’embrassa tendrement, puis le fit
asseoir près de lui dans la grotte obscure. Aux questions avides de Sérapion, il répondit :
« Voilà quatre-vingt-quinze ans, mon enfant, que je n’ai vu ni homme ni bête dans cette grotte,

12. Voir Sur le Baptême, 10, SO 41, 99 ; SC 445, 323.


13. D’après les versions orientales de l’histoire. La version grecque parle d’un mont Thrace. L’une et l’autre
montagnes sont d’ailleurs inconnues.
et que je n’ai goûté à une nourriture préparée de main humaine. » Il lui raconta toute son
histoire, et ajouta que pendant les trente premières années de sa retraite, il avait dû mener un
combat redoutable et incessant contre la faim et la soif, contre les éléments et les rigueurs du
climat, mais surtout contre les démons qui s’acharnaient sur lui pour le déloger de cette retraite
qui leur appartenait depuis l’origine du monde. Il tint bon néanmoins et, à l’issue de cette
période d’épreuves, la grâce de Dieu le visita et lui procura la parfaite impassibilité qui le rendit
invulnérable aux injures du climat comme aux assauts des démons. Comme le jour se levait,
Sérapion put alors apercevoir l’aspect du saint et fut effrayé de constater qu’il était recouvert de
poil, comme un animal. Marc le rassura en lui disant que cette toison lui avait été accordée par
Dieu pour le protéger contre le froid extrême de la nuit. Ils continuèrent leur entretien pendant
de longues heures, Marc demandant à son tour des nouvelles du monde et se lamentant sur le
peu de foi des chrétiens ; puis il présenta à son visiteur une table couverte de mets sobres mais
délicieux, comme on ne peut en trouver nulle part en ce monde, et il lui dit que depuis que la
grâce l’avait visité il avait toujours trouvé une telle réfection quand il en avait besoin, sans
jamais avoir à se soucier de nourriture ou de boisson.
Une fois le repas achevé, le vieillard annonça avec une grande joie à Sérapion que le
moment était venu pour lui d’abandonner ce corps corruptible et de gagner la demeure des
justes, afin d’y trouver le repos éternel. À ces mots, une lumière éblouissante remplit la grotte,
jetant ses éclats tout autour de la montagne. Saint Marc éleva une ardente prière pour le salut de
tous ceux qui, par amour du Christ, étaient enfermés dans les prisons ou vivaient dans l’ascèse,
au fond des déserts ou dans les monastères, et, après avoir fait promettre à Sérapion de ne
garder aucun fragment de son corps pour le vénérer, il l’embrassa paternellement, pria pour son
salut et l’invita à s’agenouiller avec lui. À ce moment, un ange clama du haut du ciel à un autre
être incorporel de tendre les bras pour recevoir l’âme du bienheureux. Sérapion vit la voûte
céleste s’ouvrir en grand et l’âme de saint Marc, toute vêtue de blanc, traverser triomphante les
troupes de démons qui essayaient vainement d’empêcher son ascension. Cette vision admirable
une fois dissipée, Sérapion referma soigneusement l’entrée de la grotte devenue le tombeau de
saint Marc et, grâce à l’assistance de ses deux guides célestes, il regagna en un seul jour son
monastère, où tous les pères rendirent gloire à Dieu en entendant son récit.

• Mémoire du saint néomartyr JEAN le BULGARE, mort par le glaive à


CONSTANTINOPLE, en 1784.
Saint Jean était originaire de Bulgarie. À l’âge de dix-huit ans, il avait renié le Christ
dans des circonstances malheureuses, en oubliant d’un seul coup toute son éducation
chrétienne. Toutefois il prit bientôt conscience de la gravité de son péché et se rendit sur la
Sainte Montagne de l’Athos, pour y vivre dans le repentir. Il passa trois ans à la Grande Lavra,
au service d’un saint vieillard infirme. Mais sa conscience ne cessait pas de le tourmenter, et il
restait toujours triste et silencieux, de telle sorte qu’on devinait en le voyant qu’il était accablé
d’un lourd fardeau. Un jour, prenant prétexte d’un voyage dans sa patrie, il se rendit à
Constantinople. Arrivé là, il se couvrit d’un fez, chaussa des souliers rouges comme les Turcs
en avaient coutume, et se rendit dans cette tenue à Sainte-Sophie, qui avait été transformée en
mosquée. Il y fit son signe de croix et se prosterna à la manière chrétienne, déclenchant ainsi la
colère des musulmans qui se précipitèrent sur lui et le sommèrent d’expliquer son geste. Jean
répondit en souriant qu’étant chrétien, il priait de la manière qui convient à ceux qui confessent
le Christ vrai Dieu. Comme il résistait à toutes leurs pressions, les Turcs le décapitèrent sur le
parvis de Sainte-Sophie, lui procurant ainsi la couronne glorieuse du martyre.
• Mémoire du saint néomartyr GEORGES de RAPSANÉE.
Saint Georges était originaire du village de Rapsanée, situé au pied du mont Olympe de
Thessalie. Élevé dans la foi et la crainte de Dieu, il devint instituteur et avait parmi ses élèves
un enfant turc d’un village voisin, lequel influencé par la douceur et la noblesse des mœurs de
son maître commença à subir un heureux changement. Constatant cette emprise de la foi
chrétienne, les parents de l’enfant, pleins de haine, traînèrent Georges auprès du pacha de
Tirnavos, qui était parent d’Ali Pacha, le redoutable satrape de Thessalie. Comme Georges
confessait bravement sa foi, les Turcs l’enfermèrent dans un bain surchauffé, lui brisèrent les
doigts et les articulations, et, après lui avoir cloué des fers à cheval aux pieds, ils le
promenèrent dans les rues de la ville, puis appliquèrent une couronne de fer incandescent sur
son corps nu. Une fois que ce sinistre cortège eut traversé la rivière, ils attachèrent Georges à
un poteau et, après l’avoir enduit de naphte et de goudron, ils le livrèrent au feu. Mais par la
grâce du Christ, seuls les liens du saint furent alors consumés, et les Turcs durent le décapiter
pour en finir. Saint Georges était âgé de vingt ans (5 mars 1818). Pendant trois jours, une
colonne de lumière se tint au-dessus de son corps que les chrétiens allèrent ensevelir dans sa
patrie, où, aujourd’hui encore, ses saintes reliques continuent d’accomplir des miracles.

• Mémoire du saint nouveau-hiéromartyr PARTHÉNIOS de DIDYMOTEICHON, en


Thrace.
Ayant prêché en chaire contre la décision des occupants turcs de placer le marché
hebdomadaire le dimanche, jour de congé qui doit être consacré à la prière et aux œuvres
divines, le saint évêque Parthénios fut violemment interpellé à la sortie de l’église par les
Turcs, qui le firent périr dans les tourments sous les yeux des chrétiens impuissants (1805).


• Le même jour, mémoire de nos vénérables Pères ADRIEN de POCHEKHONIÉ et
LÉONIDE, son compagnon d’ascèse.
Disciple de saint Corneille de Komel [19 mai], saint Adrien fut fondateur et higoumène
du monastère de la Dormition, près du fleuve Votcha, au cœur des forêts profondes qui
s’étendent dans la région de Pochekhonié, dans la province de Iaroslavl. Modèle pour ses
disciples dans les labeurs ascétiques comme dans la prière, il leur enseignait surtout l’humilité
et la douceur des mœurs. Quand il le pouvait, il s’occupait aussi d’iconographie.
Immédiatement après la mort de son fidèle disciple Léonide (1550), une série d’épreuves
s’abattit sur le monastère. La veille de la fête des Quarante-Deux Martyrs d’Amorium, des
brigands assaillirent le monastère pour le piller. Capturé par eux et soumis à la torture, saint
Adrien fit cette prière : « Seigneur, mon Dieu, pardonne les péchés de ces gens, car ils ne
savent pas ce qu’ils font. Reçois mon esprit en paix, et ne Te souviens pas de mes iniquités.
Très Sainte Mère de Dieu, ne méprise pas mes supplications et souviens-toi de Rostov, ma ville
natale. » Il ajouta, en s’adressant à ses moines : « Mes pères et frères spirituels, mes
compagnons d’ascèse et mes enfants spirituels, pardonnez-moi pour l’amour de Dieu et
bénissez-moi, car voici que je vais au tribunal du Christ et nous ne nous reverrons plus en ce
monde, selon la parole du Seigneur : Tu es terre et tu retourneras à la terre (Gn 3, 19). Sur ces
paroles, les malfaiteurs le firent périr. Dans la suite des temps, ses reliques accomplirent de
nombreuses guérisons. Un jour de l’an 1626, un homme s’empara d’un fragment de ses
reliques, mais dès qu’il arriva chez lui, au lieu de la bénédiction qu’il en attendait, il fut atteint
d’une grave maladie, dont il ne fut délivré qu’après avoir restitué son larcin au monastère.

 Le même jour, mémoire des saints hiéromartyrs Nicolas Pokrovsky, prêtre (1919),
Mardaire (Isaev), Hiéromoine, Théophane (Grafov), hiérodiacre et Jean Mirotvortsev,
prêtre (1938).

• Mémoire de saint NICOLAS, évêque de JITCHA et d’OCHRID14.


Saint Nicolas Velimirovitch, le « Chrysostome serbe », naquit le 23 décembre 1880, dans
le village de Lelitch, situé à une centaine de kilomètres de Belgrade, au sein d’une famille de
pieux paysans. Ayant reçu sa première éducation au monastère de Tchélié, où vivra son
disciple, le bienheureux Père Justin Popovitch [25 mars], il montra dès son enfance une vive
inclination pour la prière. Doué d’une rare intelligence, il voulait poursuivre ses études à
l’Académie militaire, mais la Providence en décida autrement. N’ayant pas été accepté pour
raison de santé, il s’inscrivit au Séminaire Saint-Sabas de Belgrade, afin de se préparer à servir
dans l’armée du Christ. Grâce à une bourse de l’Église, il poursuivit ensuite ses études
supérieures en Suisse, en Allemagne et en Angleterre. Connaissant parfaitement sept langues
étrangères, il s’intéressait à tous les sujets, de la littérature européenne à la philosophie
indienne antique, non pour accumuler un savoir livresque mais pour manifester la suprématie
de la foi et de la spiritualité orthodoxes. En 1908, il soutint brillamment à Berne une thèse de
doctorat en théologie ayant pour titre : La foi en la Résurrection du Christ, comme dogme
fondamental de l’Église apostolique, doctrine qui allait devenir le cœur de sa vie et de sa
prédication. L’année suivante, il s’inscrivit à l’Université d’Oxford et soutint une seconde thèse
doctorale à Genève sur la Philosophie de Berkeley. De retour dans sa patrie en 1909, il fut
gravement atteint de dysenterie. Il se dit alors : « Si mon service est nécessaire au Seigneur, Il
me guérira. » Et il promit, s’il guérissait, de devenir moine et de se consacrer au service du
peuple de Dieu. Dès qu’il fut rétabli, fidèle à sa promesse, il devint moine, puis fut ordonné
prêtre au monastère de Rakovitsa, près de Belgrade. Nommé peu après professeur au Séminaire
Saint-Sabas, il prêchait aussi dans diverses églises de la capitale.
Pendant la Première Guerre mondiale, il dépensa son énergie sans compter pour consoler
le peuple souffrant et secourir les malades et les pauvres, tout en refusant de recevoir son
salaire. En 1915, il fut envoyé en Angleterre et en Amérique, pour faire connaître les
souffrances endurées par son peuple et solliciter l’aide des Serbes émigrés. Élu évêque de
Jitcha après la guerre (1919), il fut transféré deux ans plus tard à Ochrid (1921). Un séjour
d’une année en Russie et ses visites annuelles sur la Sainte Montagne de l’Athos, où il se lia
avec saint Silouane [24 sept.] et témoigna de sa sainteté15, lui avaient permis d’approfondir le
sens de l’héritage des saints Pères, et c’est ainsi que, du brillant hiéromoine possesseur de
doctorats d’universités européennes, il s’était mis à l’école des simples moines et du peuple
orthodoxe, dans l’âme duquel il contemplait le visage du Christ crucifié et ressuscité. Les
paroles du Sauveur : Je suis la Voie, la Vérité et la Vie (Jn 14, 6) étaient sa raison de vivre et
résumaient tout le programme de sa philosophie.
L’Ennemi du genre humain s’acharnant contre lui, par l’entremise d’un évêque qui
l’avait offensé, le saint hiérarque Nicolas montra dans cette affaire toute sa vertu et sa douceur,

14. Vénéré localement depuis longtemps, il a été officiellement reconnu par l’Église serbe en mai 2003. Certaines de
ses œuvres sont désormais traduites en français : N. VÉLIMIROVITCH, Prières sur le lac et La foi et la vie selon
l’Évangile, L’Âge d’Homme, Lausanne 2004 et 2007.
15. C’est lui qui ordonna diacre le P. Sophrony, disciple et biographe de S. Silouane († 1993).
et il refusa d’accuser son adversaire ou même de se plaindre. Il s’adonnait surtout à une intense
activité pastorale dans son diocèse, restaura de nombreux monastères détruits ou délaissés, et
fonda des orphelinats pour tous les enfants, sans distinction de nationalité ou de foi. Le plus
célèbre de ces établissements de charité fut celui de Bitola, où enseigna saint Jean Maximovitch
[19 juin] ; mais d’autres furent fondés à Kralievo, Tchatchak, Gorni Milanovac et Kragujevac,
qui abritaient plus de six cents enfants avant la Seconde Guerre mondiale. Pasteur attentif à
l’édification morale et spirituelle de ses ouailles, le saint évêque Nicolas rédigea de nombreuses
œuvres, dans un style poétique et profond, éditées en une vingtaine de volumes. Parmi ces
écrits, l’ouvrage le plus populaire reste le Prologue d’Ochrid, qui présente pour chaque jour de
l’année les Vies abrégées des saints du jour, accompagnées de commentaires et de sujets de
méditations spirituelles. Il composa aussi de nombreux poèmes, chants et offices liturgiques. À
propos de ces derniers, le Père Justin Popovitch n’hésita pas à écrire : « Que saint Jean
Damascène me pardonne, mais Nicolas l’a dépassé. » En père spirituel expérimenté et imprégné
de la sagesse séculaire de l’Église, il laissa environ trois cents Lettres missionnaires, qui
répondaient à des questions pastorales concrètes posées par les fidèles. Il fut aussi l’inspirateur
d’un mouvement religieux populaire, qui favorisait la pratique de la prière, de la communion
fréquente, et la traduction ou la composition d’hymnes et de prières en langue serbe (et non en
slavon d’église), dont les adhérents insufflèrent à cette époque un élan d’enthousiasme et une
fraîcheur évangélique à l’Église serbe. L’influence de l’évêque Nicolas au sein du peuple était
telle que l’on considérait chacune de ses paroles, écrite ou orale, comme digne des Sentences
des Pères du Désert.
Outre ce soin pour le troupeau que Dieu lui avait confié, saint Nicolas étendait sa
sollicitude à toute l’Église. Il se montrait homme de paix et de réconciliation, et s’efforça de
maintenir de bonnes relations avec les orthodoxes grecs et bulgares. En 1930, il participa à la
Conférence Préconciliaire Panorthodoxe au monastère de Vatopédi au Mont Athos, où il se fit
la voix de l’Orthodoxie contre l’adaptation des traditions de l’Église au siècle présent. Il fut
également le principal artisan de la dénonciation du concordat avec le Vatican, que la
Yougoslavie était prête à conclure en 1937, et qui faisait de ce pays une terre de mission pour
l’Église romaine. Depuis longtemps, le saint évêque avait prévu que la toute-puissante Europe
tomberait en poussière si ses fondements chrétiens étaient renversés. Il écrivait à ce sujet de
manière prophétique : « Le Christ s’est éloigné de l’Europe, comme jadis du pays des
Gadaréniens, à la demande de ses habitants. »
Quand la Seconde Guerre mondiale éclata, l’évêque Nicolas préféra être maltraité avec
le peuple de Dieu (Hbr 11, 25), plutôt que de chercher la sécurité à l’étranger. Il protesta avec
audace contre les fusillades massives à Kraliévo, en s’exclamant : « Si c’est cela la culture
allemande : tuer cent Serbes innocents pour un seul Allemand ! alors les Turcs étaient plus
équitables… Si je suis coupable, tuez-moi. Je préfère périr plutôt que de regarder
quotidiennement les souffrances de mon peuple. » Il s’élevait avec indignation contre le
christianisme hypocrite qui justifiait les crimes les plus horribles commis contre les Serbes
orthodoxes de Croatie, mais ne haïssait point les auteurs de ces crimes, pour lesquels il
éprouvait une profonde pitié. Il composera par la suite un magnifique office en l’honneur des
néo-martyrs serbes [15 juin].
Cette attitude courageuse entraîna son arrestation par les Allemands, en 1941. Après
avoir passé plus de trois ans dans les prisons les plus strictes, en compagnie du patriarche
Gabriel, en priant jour et nuit avec larmes pour le salut de son peuple, il fut déporté au camp de
la mort de Dachau, en 1944. Il en sera libéré, le 8 mai 1945, lors de l’arrivée des Alliés, mais
souffrira jusqu’à la fin de sa vie des séquelles des mauvais traitements qu’il y avait subis.
Lorsqu’on le questionnait sur la vie à Dachau, il disait : « Au camp c’est ainsi : tu t’assieds
dans un coin et te dis à toi-même : “Je suis poussière et cendre, Seigneur, prends mon âme !”
Alors ton âme s’élève vers les cieux et tu vois Dieu face à face. Mais tu ne peux tenir, et tu Lui
dis : “Je ne suis pas prêt, fais-moi revenir en bas !” En résumé, je donnerai toute la vie qui me
reste pour une heure à Dachau ! »
Après sa libération, le saint évêque émigra aux États-Unis (1946), où il retrouva les
forces nécessaires pour poursuivre son œuvre pastorale, là où la Providence l’avait placé. Il
voyagea dans toute l’Amérique du Nord, prêchant à temps et à contretemps (2 Tim 4, 2), et
devint ainsi un véritable apôtre de l’Orthodoxie dans le Nouveau Monde. Écrivant ses œuvres
spirituelles en anglais, il enseigna au séminaire serbe de Libertyville (Illinois), à l’Académie de
Saint-Vladimir, et aux Séminaires de Jordanville à New York et de Saint-Tikhon en
Pennsylvanie. C’est à Saint-Tikhon que saint Nicolas le Nouveau remit son âme valeureuse au
Seigneur, le 5/18 mars 1956, alors qu’il se préparait à célébrer la Divine Liturgie. En 1991, ses
précieuses reliques ont été transférées des États-Unis dans l’église fondée par le saint au village
de Lelitch, qui est depuis devenue un monastère.


• Le même jour, mémoire de notre saint Père VIRGILE archevêque d’ARLES.
Né en Aquitaine au début du VIe siècle, saint Virgile devint moine au fameux monastère
de Lérins, où il montra un profond renoncement et une patience à toute épreuve. Libre de toute
préoccupation terrestre, il semblait n’avoir de conversation qu’avec le Ciel. Il fut appelé par la
suite à prendre la direction du monastère Saint-Symphorien à Autun, qui suivait, comme Lérins,
les traditions héritées des moines d’Orient. Il y fit preuve d’une telle aptitude à la direction des
âmes qu’on le contraignit, en 588, à devenir archevêque d’Arles, le premier évêché des Gaules
à cette époque. Conservant toute sa rigueur monastique dans cette charge et portant le cilice
sous ses ornements épiscopaux, saint Virgile se montra un père tendre et aimant pour tous, en
particulier pour les pauvres, et fit construire, pour la gloire de Dieu, dans sa cité deux basiliques
et un monastère. Pendant la construction de l’une de ces églises, il vint en aide par sa prière aux
ouvriers et leur permit d’en dresser sans difficultés les colonnes. Une autre fois, il rendit la vue
à un aveugle qui avait eu recours à lui avec foi, et l’on raconte que Dieu accomplit aussi par son
intercession plusieurs résurrections.
Saint Virgile jouissait de l’amitié et de la pleine confiance du pape saint Grégoire le
Grand [12 mars] et, en 597, il fut chargé par celui-ci de conférer l’ordination épiscopale à saint
Augustin pour le siège de Cantorbéry [26 mai]. Lorsqu’il s’endormit en paix, vers l’an 618, une
odeur si délicieuse s’exhala de son corps que l’on croyait respirer le parfum de toutes les fleurs
du printemps réunies. Par la suite de nombreux miracles eurent lieu auprès de son tombeau.

Par les prières de tes saints,


Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous.
Amen.

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