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CHAPITRE 6 / QUELS SONT LES FONDEMENTS DU COMMERCE INTERNATIONAL ET DE


L’INTERNATIONALISATION DE LA PRODUCTION ?
(9 séances)

Section 1 : Quelles sont les principales caractéristiques de la mondialisation ?


1 séance : présentation
2 séances : comprendre la signification de la mondialisation
1 séance : les théories du libre-échange

Section 2 : Quels sont les avantages et les inconvénients de l’ouverture des économies ?
1 séance : présentation
2 séances : discussion entre libre-échange et protectionnisme

Section 3 : Quels rôles jouent les firmes transnationales (F.T.N.) dans la mondialisation ?
1 séance : présentation
2 séances : internationalisation des entreprises et compétitivité

1 séance : L’oral en SES (2nd groupe)

MOTS CLÉS :
avantages comparatifs, dotation factorielle, libre échange et protectionnisme, commerce intra-
firme, intra-zone, compétitivité prix et hors prix, délocalisation, externalisation, firmes
multinationales (F.M.N.), spécialisation

OBJECTIFS
DISTINGUER
- les avantages absolus (Adam Smith) et comparatifs (David Ricardo)
- le commerce intra-firme et les entreprises multinationales (F.M.N.)
- les formes de compétitivité (prix, hors-prix ou structurelle)
CONNAÏTRE
- les évolutions du commerce mondial (par zone géographique, par nature des marchandises),
- les principaux déterminants de la division internationale du travail, en insistant sur le rôle des
coûts et la recherche d'une compétitivité hors prix.
COMPRENDRE
- les déterminants des échanges internationaux de biens et services et de la spécialisation
- les avantages et les inconvénients des échanges internationaux et des politiques protectionnistes
- comment les F.M.N. se localisent et quelles sont leurs stratégies d'internationalisation

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Section 1 : Quelles sont les principales caractéristiques de la mondialisation ?

Vidéo
« Pourquoi guerre commerciale entre
les U.S.A. et la Chine ? » (C’est dans
l’air, 13 août 2019)

1.1. Échanges internationaux et insertion inégale des pays

a/ Les principales caractéristiques de la mondialisation


Documents 6-1

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Depuis le début des années 1970, on assiste à un essor sans précédent du commerce international,
c’est-à-dire de l’ensemble des échanges de biens et de services entre les pays. Cette ouverture des
économies, également appelée « mondialisation », n’est pas un phénomène nouveau. Les historiens
et les économistes identifient en effet une première mondialisation à partir de la seconde moitié du
XIXème (abolition des « corns laws » en Grande-Bretagne).

- (1) Les échanges commerciaux concernent principalement des échanges de marchandises


(produits agricoles, biens manufacturés et matières premières) et de services.
 Le commerce mondial de marchandises s’accroît de façon permanente depuis 1948 :
59 milliards de $ (1960)  14 511 milliards de $ (2010), soit une multiplication de 250
en 50 ans (coefficient multiplicateur).
 La croissance des exportations de marchandises a été très importante au cours de
Trente glorieuses, puisque les exportations mondiales sont multipliées par 10 entre
1948 et 1973, par 6 entre 1973 et 1993 et par 4 entre 1993 et 2010 (ralentissement de
la conjoncture).
- (2) Les échanges commerciaux sont caractérisés par un accroissement significatif des échanges
intra-branches (ou croisés), c’est-à-dire des échanges de marchandises et de services qui
concernent les mêmes types de produits ou de services (ventes de voitures allemandes
vendues en France et de voitures françaises vendues en Allemagne).

Note : La mondialisation est un processus d’intensification des échanges internationaux ayant abouti à la
globalisation des marchés, des biens, des services et des capitaux. La mondialisation a également débouché
sur une tendance à l’uniformisation des cultures et des modes de vie à l’échelle planétaire.

b/ Une insertion internationale inégale

Depuis 1945, les échanges entre pays industrialisés sont au cœur de la dynamique du commerce
international, même si on assiste à une insertion croissante des pays en développement (notamment
des pays émergents (B.R.I.C.S.).

- (1) On assiste à une tripolarisation des échanges commerciaux. La répartition n’a pas
fondamentalement changé depuis les années 2000.
 Europe  35 % des exportations mondiales de marchandises, Asie  32 % et
Amérique du nord  13 % (Les autres zones sont peu concernées / Amérique du sud
et centrale  4 %, Afrique  3 % et Moyen-Orient  6%)
 Les pays développés représentent 63 % des échanges internationaux contre près de
37 % pour les pays en développement)

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Documents 6-2

- (2) Depuis 1948, la structure des pays exportateurs et des pays importateurs s’est modifiée.
L’Europe et des Etats-Unis dominent, mais leurs parts diminuent au bénéfice des pays d’Asie.
 Pendant les Trente glorieuses, l’Europe détenait une part importante du commerce. A
partir de 1973, la part de l’Europe régresse et celle de l’Asie s’accroit.
 Depuis le début des années 2000, l’Asie prend une part encore de plus en plus
conséquente entrainée par la Chine, au détriment des autres régions du monde
(Afrique et sud du continent américain).
 La Chine est le premier pays exportateur, les Etats-Unis le premier pays importateur
(et le premier pays exportateur de services). L’Allemagne, le Japon, la Grande-
Bretagne et la France sont les autres principaux acteurs du commerce mondial. L’euro
et le dollar sont les principales monnaies utilisées (41% contre 30%)
- (3) Les échanges intra-zone (ou intra régionaux) représentent plus de la moitié du commerce
mondial. Ce chiffre s’explique principalement par le nombre importantes d’accords
commerciaux passés au sein des différentes régions du monde.

Note : Le commerce international s’est profondément modifié depuis l’arrivée de Donald Trump. Les Etats-Unis
ont lancé contre la Chine et de l’Europe une guerre commerciale en réinstaurant des droits de douane. Cette
nouvelle politique a redistribué les cartes au sein du commerce international.

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1.2. Comment peut-on expliquer la progression des échanges ?

a/ Des déterminants technologiques et politiques

Outre la proximité géographique des pays (régionalisation), les échanges ont été favorisés par deux
autre facteurs déterminants : la baisse continuelle des coûts de transport et de communication d’une
part et le développement d’institutions supranationales d’autre part.

- (1) Les échanges se sont développés grâce à la baisse continuelle des coûts de transport et de
communication (liée au progrès technique). Un exemple caractéristique du progrès technique
et de la réduction des coûts unitaires (par un effet de taille) est l’augmentation de la capacité
des porte-conteneurs (des tankers au supertankers).
 Les transports maritimes sont caractérisés par une forte concentration
(regroupement, alliances stratégiques et « mégacarriers ») et une rationalisation des
exploitations (installations portuaires, nouvelle réglementation et tarification).
 A la baisse des coûts de transport maritimes, accélérée par le développement du
transport aérien, s’ajoute une diminution vertigineuse des coûts de communication
(communications téléphoniques, développement des réseaux internet).
- (2) Ils ont été accélérés par l’apparition et le développement d’institutions supranationales
qui ont encouragées le multilatéralisme.
 De 1947 à 1994, l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (G.A.T.T. -
General Agreement on Tariffs and Trade, 23 pays signataires en 1947, 120 pays en
1994) est un accord multilatéral de libre-échange – organisé en cycles de négociations
qui a pour principal objectif de faire baisser les tarifs douaniers et de lever les
restrictions quantitatives
 Depuis 1994, le G.A.T.T. est remplacé par l’Organisation mondiale du commerce
(W.T.O. - World Trade Organisation). Cette organisation s’occupe encore aujourd’hui
des règles régissant le commerce entre les pays (accords de libre-échange- et les
différents commerciaux entre les pays.
- (3) Depuis la crise de l’O.M.C., on assistait à une nouvelle relance des accords de libre-échange
notamment entre les pays d’Asie, les Etats Unis et l’Europe (A.L.E.N.A. entre Etats-Unis, Canada
et Mexique, A.S.E.A.N. pour les pays d’Asie du sud-est, C.E.T.A. entre U.E. et Canada, T.P.P. ou
partenariat transpacifique, T.A.F.T.A. ou T.I.P.P. ...). L’arrivée de Donald Trump en 2017 à la
présidence des États a largement modifié la donne : de nombreux accords de libre-échange
ont été dénoncés et renégociés (retour au protectionnisme).

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Note : En 2017, Donald Trump a par exemple dénoncé les accords de l’A.L.E.N.A. entre Etats-Unis, Canada et
Mexique considérant que les accords n’étaient pas équitables. Ils ont été renégociés au cours de l’année 2018.
Certaines barrières douanières ont été rétablies et le libre-échange sur certains produits ont été réduits
(automobile, biens de consommation …).

b/ Avantages comparatifs, fondements théoriques des échanges internationaux

Documents 6-3

Les théories du commerce international reposent principalement sur la théorie des avantages absolus
d’Adam SMITH (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, 1776), de la théorie
des avantages comparatifs de David RICARDO (On the Principles of Political Economy and Taxation,
1817) et plus récemment sur le modèle de la dotation en facteurs de production ou modèle de
HECKSCHER, OHLIN et SAMUELSON (Interregional and International Trade, 1933 & 19411941).

- (1) Adam SMITH (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations, 1776) avait
déjà présenté la spécialisation des pays selon leurs avantages absolus. Un pays – une personne
- dispose d’un avantage absolu pour la production d’un bien s’il peut produire ce bien à un
coût inférieur à celui d’un autre pays – d’une autre personne. Ces deux ont intérêt à échanger
s’ils disposent tous les deux d’avantages absolus.
- (2) David RICARDO (On the Principles of Political Economy and Taxation, 1817) met en évidence
que la spécialisation selon leurs avantages absolus pose problème. Il propose plutôt de fonder
les échanges internationaux sur des avantages comparatifs. Dans un contexte de libre-
échange, chaque pays s’il se spécialise dans la production pour laquelle il dispose de la

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productivité la plus forte ou la moins faible, comparativement à ses partenaires, accroîtra sa


richesse nationale

THÉORIE DES AVANTAGES COMPARATIFS


Ricardo expose la théorie des coûts comparatifs, au moyen d'un célèbre exemple qui met en scène
deux pays (Portugal, Angleterre) et deux produits (le vin et le drap). Au Portugal, la mesure de drap
exige le travail annuel de 90 personnes et le tonneau de vin, le travail annuel de 80 personnes. En
Angleterre, la mesure de drap exige le travail annuel de 100 personnes et le tonneau de vin, le travail
annuel de 120 personnes. Le tableau suivant donne les situations respectives des deux pays:

Le Portugal dispose d'un avantage absolu sur l'Angleterre pour les deux produits. Cependant, le
Portugal possède un avantage comparatif pour le vin et l'Angleterre en possède un pour le drap.
Le Portugal a intérêt à produire plus de vin pour l'exporter contre du drap anglais et l'Angleterre a
intérêt à produire plus de drap et l'exporter contre du vin portugais.

- (3) Le modèle H.O.S. ou modèle HECKSHER – OHLIN – SAMUELSON (Interregional and


International Trade, 1933 & 1941) prolonge cette théorie en insistant sur le poids de la
dotation factorielle (ou dotation en facteurs) dans la spécialisation des pays. Pour eux, un pays
doit se spécialiser dans la production pour laquelle il possède une meilleure dotation en
facteurs (capital, travail, ressources naturelles, énergie…).

Note : D’après le modèle H.O.S., les pays en développement n’ont pas d’autre choix que de spécialiser dans des
productions basées sur la main d’œuvre. Les biens produits en Chine, pays qui possède une importante force
de travail, sont le reflet de l’intensité du facteur travail, alors que les produits fabriqués en Allemagne sont le
reflets du facteur capital.

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Section 2 : Quels sont les avantages et les inconvénients de l’ouverture des économies ?

Vidéo
« Le protectionnisme de Trump » (France 24, 2018)
https://www.youtube.com/watch?v=vm6JlaZ5pOE

2.1. Le libre-échange en question

a/ Le libre échange stimule la croissance…


Documents 6-4

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Le libre-échange, c’est-à-dire la libre circulation des biens et des services par l’abaissement – voire la
suppression - des barrières douanières (tarifaires ou non tarifaires), a plusieurs avantages. Ces
avantages sont particulièrement développés par les théoriciens de l’échange international (David
Ricardo et les théoriciens H.O.S.).

- (1) La théorie des avantages comparatifs affirme que le commerce international est un jeu à
somme positive : il n’y a pas de perdants, mais que des gagnants. Au 19ème siècle, le commerce
a permis le rattrapage des pays de la seconde vague d’industrialisation. Au cours du 20 ème
siècle, le principe de réciprocité et la clause de la nation la plus favorisée suivis par les accords
du G.A.T.T. concourt également à cette idée.
- (2) Le libre-échange encourage les pays à se spécialiser dans des productions où ils sont les
plus efficaces. Les industries locales qui ne pourront pas faire face à la concurrence
internationale seront appelées à disparaitre ; seules les industries les plus compétitives
subsisteront.
- (3) Plus concrètement d’après Paul KRUGMAN (New Trade Theory, 1977), le libre échange
connaît de nombreux avantages pour les consommateurs, pour les producteurs et plus
largement pour le pays.
 Il accroît tout d’abord la diversité des produits et le choix des consommateurs. Il
augmente la concurrence et concourt à une baisse des prix.
 Il engendre des gains d’efficience (des économies d’échelle) et donc une production à
moindre coût (ce qui renforce la compétitivité)
 Il favorise enfin les transferts de technologies (échange de facteurs)

Note : Donald Trump a largement critiqué cette vision libérale des échanges. Il considère au contraire que le
libre-échange se fait toujours au détriment d’un pays. Si un pays A gagne à l’échange, cela signifie que le pays
B perd à l’échange (jeu à somme nulle).

b/ … mais connait de nombreuses limites

L’ouverture internationale ne procure pas toujours des gains aussi élevés que les théories du libre-
échange l’affirment. De nombreux économistes ont montré que le commerce international est au
contraire un jeu à somme nulle.

- (1) Tout d’abord, de nombreuses théories affirment que le commerce international est un jeu
à somme nulle : s’il n’y a des gagnants, c’est qu’il a des perdants. Cette analyse a pour origine
les idées mercantilistes (XVIIème et XVIIIème siècles) selon lesquelles les pays en excédent
commerciaux – balance commerciale excédentaire (X > M) sont toujours gagnants (production

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et emploi), alors que les pays en déficit sont toujours perdants. Selon les mercantilistes, la
puissance d'un État est proportionnelle à ses réserves de métaux précieux. L'enrichissement
d'un État doit donc se faire par le commerce extérieur. Les métropoles encouragent ainsi les
exportations et les importations avec leurs possessions coloniales. Le but est de protéger et
d'augmenter les réserves du pays. Pour y parvenir, les métropoles établissent des comptoirs
commerciaux dans leurs colonies qui vont faciliter l'acquisition des denrées et l’accroissement
des richesses.
- (2) Ensuite, le libre-échange peut se révéler très couteux pour certaines économies en termes
de restructuration et de chômage (délocalisations). C’est le cas en particulier pour les pays
développés qui ont du mal à faire face aux pays à faibles coûts de main d’œuvre.
- (3) Enfin, toutes les spécialisations ne se valent pas et certaines pays mono-exportateurs
voient leur solde commercial se dégrader en s’ouvrant aux échanges. C’est « l’échange
inégal » et le « piège de l’ouverture ». C’est notamment le cas certains pays en
développement qui souffre d’une spécialisation trop poussée dans l’exportation d’une matière
première au prix fluctuant (le Vénézuéla et l’Algérie pour le pétrole…).

Note : Selon les altermondialistes, la mondialisation expose les pays en développement à l’incertitude des
marchés internationaux, elle propage les crises, elle accroît la pollution due aux transports des marchandises,
elle pousse vers le bas les normes de sécurité (accident de Bhopa en Inde) et entraîne la disparition des cultures
traditionnelles. Les régimes des droits de propriété empêchent l’accès aux médicaments et la dépendance des
exploitations agricoles vis-à-vis des pays développés.

2.2. Le protectionnisme comme réponse ?

a/ Une réponse efficace aux limites du libre-échange


Documents 6-5

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De nombreux pays se sont développés en mettant en place des mesures protectionnistes, c’est-à-dire
des mesures qui limite les importations de produits sur le territoire par la mise en œuvre de tarifs
douaniers (mesures tarifaires) et/ou de quotas, subventions ou normes (mesures non tarifaires).

- (1) Friedrich LIST (Das Nationale System der Politischen Ökonomie, 1841) défend l’idée d’un
« protectionnisme éducateur ». Selon lui, un pays qui n’a pas atteint le dernier stade de son
développement sera perdant s’il s’ouvre au commerce international car son industrie sera trop
faible. Les importations auront pour effet de décourager le développement de l’industrie
nationale. Ce pays doit donc adopter une politique protectionniste, le temps que ses industries
se renforcent et puissent être compétitives sur le plan international.
- (2) De nombreux pays utilisent aujourd’hui le « protectionnisme défensif » théorisé par
Nicolas KALDOR (Essay on Economy Policy, 1964). Il s’agit de favoriser les exportations en
faussant le marché intérieur (modification des normes) ou de limiter plus directement par des

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quotas l’arrivée de produits étrangers importés dans le pays (panneau solaire chinois dans
l’U.E.). KALDOR recommande une protection des entreprises nationales sénescentes, c’est-à-
dire des entreprises anciennes en déclin. Cette protection (protectionnisme défensif) vise à
prévenir une rapide chute des profits de l’entreprise concernée pour ne pas laisser les
entreprises concurrentes étrangères envahir le marché national visé. Il a pour but de stimuler
le déclin progressif de l’entreprise et ainsi permettre à une autre entreprise nationale de
profiter du progrès technique afin de reprendre le marché visé.
- (3) La théorie de la « politique commerciale stratégique », présenté par Barbara SPENCER et
James BRANDER (Trade policy issues and empirical analysis, 1989) à propos de la lutte entre
Boeing et Airbus, montre que la protection des grandes entreprises peut être favorable pour
la spécialisation d’une économie (ouverture graduelle).

Note : Selon List, les nations se développent en respectant quatre grandes étapes. Dans un premier temps,
l’agriculture est le cœur de l’économie, et les produits industriels sont importés. Par la suite, l’industrie
commence à se développer mais ne répond que partiellement à la demande nationale, il faut donc continuer
d’importer. La troisième étape est celle de l’autosuffisance : le pays peut répondre à l’ensemble des besoins de
ses consommateurs et n’a plus besoin d’importer. Enfin, la dernière étape est celle de l’exportation : l’industrie
nationale produit suffisamment pour répondre à la demande intérieure, mais aussi pour exporter.

b/ …. qui peut cependant être un frein à la croissance

Le protectionnisme a des inconvénients majeurs : il engendre une augmentation du prix pour les
consommateurs et une augmentation de coûts pour les entreprises. Il a surtout pour effet de
contracter les échanges de marchandises et la production mondiale.

- (1) Le protectionnisme engendre une augmentation du prix particulièrement préjudiciable


pour le consommateur. L’instauration de droits de douane augmente mécaniquement le prix
de vente des biens importés ce qui pénalise le pouvoir d’achat des consommateurs.
- (2) L’augmentation des prix se répercutent sur les entreprises qui voient leurs coûts de
production augmenter. La compétitivité de l’économie se dégrade et les choix des
consommateurs sont plus restreints que dans un système libre-échangiste.
- (3) La mise en œuvre de mesures protectionnistes entraîne inévitablement des mesures de
rétorsion par les autres pays conduisant à une contraction globale du commerce mondial.

Note : Avec la spéculation financière, le protectionnisme (1920 – 1939) fait figure de grand accusé dans le
déclenchement de la crise de 1929, puis de la seconde guerre mondiale. La loi américaine Smoot-Hawley (1930)
a eu pour conséquence une augmentation générale des tarifs douaniers et une baisse de 60 % de la valeur
du commerce international.

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Section 3 : Quels rôles jouent les firmes transnationales (F.M.N.) dans la


mondialisation ?

Vidéo
« Quel pouvoir les multinationales ont-elles ? » (France 24,
2019)
https://www.youtube.com/watch?v=nAX-uEQ01nI

3.1. Internationalisation des entreprises et D.I.P.P.

a/ L’internationalisation des entreprises


Documents 6-7

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Les théories traditionnelles du commerce international ont pendant longtemps omis de parler du rôle
des firmes multinationales (F.M.N.), c’est-à-dire des entreprises qui détiennent au moins une filiale à
l’étranger et qui exerce sur cette filiale un pouvoir de gestion. Les nouvelles théories du commerce
international ont depuis intégré ce nouvel acteur de la mondialisation.

- (1) Pour s’internationaliser, les entreprises utilisent principalement des flux d’investissement
directs à l’étranger (I.D.E.). Ces derniers consistent soit à prendre le contrôle d’une entreprise
existante (par fusions-acquisitions), soit créer une nouvelle entreprise sur un territoire
étranger (une filiale / société mère)
- (2) Depuis le milieu des années 1980, les firmes transnationales (F.T.N.) sont devenues des
acteurs majeurs des échanges. Principalement originaire des pays développés, le nombre de
F.T.N. n’a cessé de croitre (y compris celles provenant des pays émergents).
- (3) En internationalisant leur production, elles en sont venues à jouer un rôle crucial dans le
commerce et la croissance mondial : de la conception des produits à leur commercialisation,
les chaînes de valeur contrôlées par des multinationales sont à l’origine de 80 % des échanges
internationaux. De par leur taille et leur capacité à mettre en concurrence les Etats, les plus
grandes de ces sociétés jouissent d’un pouvoir considérable.

Note : Les flux d'investissements directs étrangers (IDE) dans le monde ont reculé de 13 % en 2016 pour
s'établir à 1.525 milliards de dollars. Toutes les régions ne sont pas à la même enseigne. Parmi les pays
développés, l'Amérique du Nord, grâce aux Etats-Unis, premier pays d'accueil des IDE (385 milliards de dollars),
a enregistré une hausse des flux. La Chine fait partie des pays qui ont le plus développé les I.D.E. (Affrique)

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b/ La décomposition internationale du processus productif et le commerce intra-firme

Les F.M.N. pratiquent une stratégie verticale de division internationale du processus productif
(D.I.P.P.) qui consiste à répartir la production des composants du produit final dans différentes filiales.
Cette stratégie contribue à l’évolution de la division internationale du travail (D.I.T.).

- (1) Cette décomposition permet de déterminer les localisations optimales en fonction de


l’avantage comparatif des régions d’accueil (main d’œuvre abondantes et peu chère,
conditions sociales et fiscales avantageuses, qualités des institutions, des infrastructures,
faibles coûts des transports…). Les F.T.N. tiennent compte principalement du coût salarial
unitaire, car un coût du travail même élevé peut-être compensé par une productivité forte.
- (2) Cette stratégie a pour principale conséquence l’essor d’un commerce international intra-
firme (ou « commerce captif ») qui représentent aujourd’hui un tiers du commerce mondial.
Elle augmente également la masse des capitaux échangés, notamment par des opérations
financières internes à la firme (spéculation, paradis fiscaux…).
- (3) Elle modifie surtout la division internationale du travail (nouvelle D.I.T.), puisque certains
pays en développement, initialement exportateurs de produits primaires, se spécialisent dans
des activités où la main d’œuvre est abondante. Ces pays sont ainsi davantage insérés dans le
commerce international par des opérations d’assemblage des produits.

Note: La fabrication de l’I-phone est une bon exemple de la D.I.P.P. et du commerce intra-firme (conception
aux Etats-Unis, composants de Chine, Taiwan, Corée du Sud..). L’entreprise taiwanese Exconn assure
l’assemblage de l’Iphone – mais également de Samsung – dans plusieurs de ses usines à Shenzen (Chine)

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3.2. Diversité des stratégies et conséquences pour les pays d’accueil

a/ La diversité des stratégies des entreprises


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L’internationalisation de la production signifie que les F.M.N. produisent des biens et des services
dans des filiales situées dans différents pays. Cette internationalisation s’explique par les stratégies de
FMN définis par des critères localisation. Ces derniers critères peuvent être qualitatifs (liés à
l’environnement économique, politique et social des pays d’accueil) ou quantitatifs (favorisant une
baisse des coûts de production).

- (1) Les F.M.N. adoptent différentes stratégies d’internationalisation, en fonction de leurs


objectifs et de leurs contraintes, de coûts essentiellement. Les économistes distinguent
l’externalisation de l’internalisation.
 Les F.M.N. peuvent tout d’abord choisir l’externalisation d’une partie de leur
production, c’est-à-dire recourir à des sous-traitants pour une partie ou la totalité de
la production (transfert de la production vers une entreprise externe).
 Elles peuvent également optées pour l’internalisation, c’est-à-dire réaliser des I.D.E.
en créant des filiales-relais (stratégie de « multinationalisation horizontale » /
stratégie de marché) ou des filiales-ateliers (stratégie de « multinationalisation
verticale » / stratégie de rationalisation).
- (2) Pour décider des I.D.E., les économistes distinguent trois motivations principales qui
doivent aujourd’hui être nuancés
 Plusieurs motivations peuvent être invoquées : la réduction des coûts de transports
(exploitation de ressources naturelles coûteuses, voire impossibles, à transporter),
l’utilisation d’une main d’œuvre moins onéreuse (délocalisation ; optimisation fiscale
= « filiale ateliers ») et la conquête de nouveaux marchés (difficiles à pénétrer par les
seules exportations = « filiales relais »).
 Les principales raisons sont aujourd’hui plus qualitatives que quantitatives :
Lorsqu’on demande aux dirigeants de FMN quels sont les critères qui interviennent
dans la décision de localisation des filiales, 52 % donnent un rôle déterminant aux
infrastructures logistiques et transports et 49 % à la qualification de la main-d’œuvre.
La baisse relative des coûts de transport s’est effet interrompue à partir du début des
années 1990 (évolution des coûts de l’énergie l’évolution du secteur des transports,
de moins en moins concurrentiel).
- (3) Les conséquences des I.D.E. pour les pays d’accueil ne sont pas toujours positives. Les I.D.E.
permettent des apports non négligeables à la croissance, mais elles peuvent également
déstabiliser l’économie d’un pays.

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 En générant de nouvelles activités dans les pays d’accueil, les I.D.E. renforcent la
croissance économique et l’emploi. Ils favorisent également les gains de productivité
à travers le transfert de technologies et le partage de connaissances.
 L’internationalisation de la production renforce cependant la domination des F.M.N.
sur les pays en développement. Les firmes peuvent par leurs propres politiques
déstabiliser les productions locales, entrainant un fort chômage et de fortes
contestations. L’exportation des produits primaires posent de nombreux problèmes
moraux (corruption) et économiques (mauvaise répartition des fruits de la
croissance). C’est notamment le cas de l’exploitation pétrolière par Total au Gabon.

Note : La crise du coronavirus (2020) interroge sur la mondialisation et notamment sur ces politiques de
délocalisation. Le fait que le premier foyer d’infection se trouvait dans une des deux premières puissances
commerciales a sans doute été un facteur de l’expansion mondiale de l’épidémie.

b/ La compétitivité au cœur de la mondialisation

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La compétitivité d’un pays et de ses firmes, c’est-à-dire la capacité à acquérir des parts de marché, est
aujourd’hui centrale dans la compétition internationale (compétitivité ≠ concurrence). On distingue la
compétitivité prix et compétitivité hors-prix (ou structurelle). Dans un pays comme la France où le
coût du travail est élevé, la compétitivité prix est forcément fragile face à la concurrence des pays à
faible coût salarial (pays asiatiques par exemple), le pays est obligé de miser sur la compétitivité hors-
prix (compétitivité structurelle = solidité, performance, design, garanties, S.A.V.) en stimulant
l’innovation, le système éducatif et la qualité des infrastructures.

- (1) Dans une logique de compétitivité prix, les F.M.N. délocalisent pour bénéficier d’un
avantage en terme de coût.
 Pour 45 % des décideurs internationaux, les coûts de la main-d’œuvre sont un critère
important de localisation d’une nouvelle implantation d’une filiale. En effet, le coût
salarial est le coût principal de la production, surtout pour des activités fortement
utilisatrices de main-d’œuvre peu qualifiée. Ce coût explique les délocalisations dans
l’industrie textile, le coût horaire d’un salarié pakistanais étant plus de 60 fois moins
élevé qu’en Allemagne. Cependant, il faut nuancer cet écart de coût salarial car la
productivité des salariés allemands du textile est plus élevée que celle des salariés
pakistanais, réduisant ainsi les différences de coût salarial unitaire.
 Au coût du travail, on peut ajouter une fiscalité avantageuse permettant un niveau
d’imposition moins élevé des profits des filiales de FMN. Ainsi, 42 % des décideurs
internationaux considèrent qu’une faible taxation des entreprises est un critère
important pour la localisation des filiales des FMN. Certaines filiales profitant de

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faibles prix de transfert pour accroître leurs profits vont localiser leurs productions
dans des pays où le taux d’imposition est faible.
- (3) Les localisations des F.M.N. dans les pays développés répondent à une volonté d’améliorer
la compétitivité hors prix grâce à l’innovation et à la qualité de la production. Ainsi, le
développement de pôles de compétitivité dans certains pays (en France par exemple) favorise
la concentration des filiales de FMN. Disposant d’une main-d’œuvre qualifiée, ces filiales se
constituent en réseaux favorisant la diffusion de l’innovation et la maîtrise des nouvelles
technologies.
- (3) Les choix de localisation dépendent également d’avantages « hors-coûts » (qualité des
institutions, des infrastructures et de la main d’œuvre) dans lesquels les pays développés
restent les plus attractifs.
 Dans la décision de localisation des activités d’une FMN, la stabilité de
l’environnement politique et social est un facteur important. Ainsi, 49 % des
décideurs internationaux font de la stabilité et de la transparence de l’environnement
politique et légal un critère important, et 41 % considèrent que la stabilité du climat
social ne peut qu’être positive pour inciter les FMN à s’implanter dans un pays
 Cette stabilité concerne surtout les pays développés dont le caractère démocratique
favorise en principe la transparence des institutions. Cependant, des régimes
autoritaires, comme la Chine aujourd’hui ou la Corée du Sud il y a une vingtaine
d’années peuvent faire bénéficier les filiales des FMN d’un climat social apaisé, même
si c’est par la force.

Note : Les institutions peuvent jouer un rôle essentiel pour le bon fonctionnement du marché car sans règles
claires, concernant les droits de propriété notamment, les échanges peuvent être entravés. La stabilité
politique et sociale réduit l’incertitude pour les acteurs économiques. Ainsi, un système législatif stable qui
protège et respecte la propriété privée ainsi que les droits des individus favorise l’implantation des filiales de
FMN.

OBJECTIFS DE MÉTHODE
→ maitriser les % de répartition et leur représentation graphique
→ maitriser les principaux outils de mesure de l’évolution (% de variation, coefficient multiplicateur, indices)
→ savoir aborder le sujet de dissertation
→ savoir construire un plan détaillé sur le brouillon
→ savoir mieux utiliser les documents dans la dissertation

SUJETS D’ENTRAINEMENT POUR LE BACCALAURÉAT 2019 (EC1 + EC3 + DISSERTATION)


EC1
→ Présentez deux avantages du commerce international pour les producteurs.
→ Quels sont les avantages du commerce international pour les producteurs ?
→ Présentez deux avantages du commerce international pour le consommateur.
→ Vous présenterez deux risques liés au protectionnisme.
→ Vous présenterez deux arguments justifiant le protectionnisme.
→ Présentez deux déterminants du choix de localisation des firmes.

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→ Distinguez compétitivité prix et compétitivité hors prix.


EC3
→ Montrez que l'avantage comparatif est un déterminant de la spécialisation des économies.
→ En quoi les mesures protectionnistes peuvent-elles présenter des risques pour le consommateur ?
→ Présenter les principaux déterminants des délocalisations de la production des entreprises
→ Montrez que la différenciation des produits peut être à l'origine d'une compétitivité hors prix.
DISSERTATION
→ Le libre échange ne présente-t-il que des avantages ?
→ À quels risques économiques peuvent s’exposer les pays qui mènent une politique protectionniste ?
→ En quoi la délocalisation améliore-t-elle la compétitivité des entreprises ?
→ Comment une entreprise peut-elle améliorer sa compétitivité hors-prix ?

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