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UNIVERSITE SAINT-LOUIS - BRUXELLES

PREMIÈRE ANNÉE DU BACHELIER EN DROIT

PIERRE VAN DE PUT

HISTOIRE DU DROIT ET DES INSITUTIONS


Moyen-âge – Ancien régime

Serge DAUCHY

Année académique 2015-2016

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INTRODUCTION
Pourquoi de l’Histoire ?
Les universités ont une volonté d’ouverture, elles ne se contentent pas de d’enseigner la matière
noble. Dans le cas des études de droit, il est enseigné les sciences sociales et humaines. L’histoire a
donc sa place dans les études de droit.
Le cours d’histoire du droit et des institutions est un cours de droit abordé dans une perspective
historique. Les institutions d’aujourd’hui ne sont pas récentes ; le droit s’inscrit dans l’Histoire et
nous sommes en hérités. Exemple : faire appel, les robes d’avocat, le Parlement, …

Notre droit est en réalité le fruit d’une évolution avec des continuités et des ruptures. Il y a des
discordances entre les différents systèmes de droits. Exemple : la caution (grand principe dans le
système juridique anglo-saxon  lutte au sein du Tribunal international pour savoir quel modèle
utiliser). Pour comprendre ces discordances, il faut se plonger dans l’Histoire.

Ce cours aura comme objectif de comprendre et savoir retracer cette évolution dont le fruit est les
institutions actuelles.
Exemple : le juge de Paix : existe depuis la Révolution française, supprimé du système juridique
français  Pourquoi ?
 On ne peut comprendre le présent sans avoir étudié consciencieusement le passé.

Ce cours brassera une longue période de l’Histoire qui s’étend de la chute de l’Empire Romain
d’Occident (476 PCN) jusqu’à la fin du 18 e siècle (Révolution française + Napoléon).
Nous étudierons principalement le droit public. Le droit public étant les rapports entre les
gouvernants et les gouvernés.
Nous allons surtout nous focaliser sur une institution : celle de l’Etat moderne. Nous verrons que cet
Etat est passé par plusieurs périodes (enfance, adolescence, adulte). Plusieurs institutions ont permis
d’assumer les principales prérogatives de cet Etat  la naissance d’institutions qui ont permis la
naissance de l’Etat.

Nous allons aborder ce cours via une perspective comparée : certains éléments feront office de frein
tandis que d’autres favoriseront l’élaboration de cet état. Nous allons comparer la France,
l’Angleterre et l’empire germanique ; nous verrons si oui ou non il y a une participation entre
gouverné et gouvernant.

Pour mieux situé les événements, nous utiliserons des repères chronologiques, des dates afin d’avoir
une structure de cette évolution.
Il faut être capable de maitriser l’Histoire de manière horizontale (chronologiquement) et
verticalement (de manière comparée).

Nous utiliserons un vocabulaire précis parfois en anglais, en allemand ou latin.

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PARTIE I : L’ENFANCE DE L’ETAT
DE LA CHUTE DE L’EMPIRE ROMAIN AUX MONARCHIES FEODALES
(VIII – XII s.)

CHAPITRE 1  : L’EXPERIENCE CAROLINGIENNE


1. LA RENAISSANCE D’UN EMPIRE EN OCCIDENT
L’empire romain atteint son apogée au 3 e siècle après JC. Tout le bassin méditerranéen est sous son
emprise (mare nostrum). Au niveau du droit, le système de droit à Rome est une structure élaborée
qui repose sur une civilisation écrite. Nous connaissons beaucoup de choses de choses via les auteurs
romains. Il s’agit d’un empire centralisé à Rome dans un premier temps pour ensuite être divisé en
deux au 4e siècle après JC : Empire Romain d’Occident et Empire Romain d’Orient. La capitale de
l’Empire Romain d’Orient est Constantinople, celle-ci possède une organisation fiscale développée
notamment au niveau fiscal (Fiscus).

(Les invasions germaniques)

Au 4e siècle après JC, l’empire romain est soumis à des pressions venant de tribus extérieures
(barbares > barbaros : peuplade qui ne parle pas le grec), des tribus notamment germaniques.
Différentes steppes poussent et exercent des pressions sur l’empire romain (principalement au nord
de l’empire, la frontière de l’empire étant le Rhin et le Danube). Certaines tribus vont s’intégrer à la
société romaine, d’autres vont faire des pactes avec les dirigeants romains mais le nombre de tribus
faisant pression sur Rome est trop grand. Ce qui amène donc à la chute de l’Empire Romain
d’Occident en 476 PCN. (Romulus Auguste est dépossédé de ces fonctions, la ville de Rome tombe
aux mains des tribus germaniques)
L’empire romain d’Orient tombera en 1453 face aux troupes musulmanes, mille ans plus tard que
l’empire d’Occident.

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En Occident, les peuplades vont s’organiser et s’installer dans toute l’Europe occidentale : les Francs
(donnera la France), les Burgondes dans l’est de la France (donnera la Bourgogne), les Lombards dans
le nord de l’Italie (donnera la Lombardie), les Huns, les Vandales (invasion de Carthage, Tunis), les
Wisigoths, les Ostrogoths, …
On assiste ici donc à la fin du droit romain, de la structure juridique et administrative occidentale.
C’est de là que s’explique le mélange des cultures d’aujourd’hui. En Belgique, nous parlons
néerlandais (influence germanique, influence du nord) et le français (influence latine, influence du
sud).

SECTION 1 : LES TROIS PILLIERS DE L’HISTOIRE OCCIDENTALE

L’Histoire de la culture étatique et politique est une histoire qui va faire la synthèse de trois éléments
(trois piliers) qui vont interagir entre eux. Les aspects politiques et juridiques vont évoluer
progressivement.

- 1° Les traditions germaniques :

On ne sait que très peu des traditions germaniques car celles-ci étaient transmises oralement, ils
n’utilisent pas l’écrit. Tout ce que l’on sait vient de sources indirectes (auteurs romains).
Du point de vue politique, ils nous informent des rapports personnels entre le chef et les membres
de ces tribus (les hommes libres). C’est un lien très fort qui existe entre le chef et ces guerriers. Les
guerriers élisent leurs chefs. Ils forment une assemblée : le mallus = assemblée d’hommes libres se
réunissant lors des élections du chef ainsi que lorsque le chef doit prendre décision, il est tenu de
consulter l’assemblée. Le chef est choisi pour ces qualités intrinsèques, de meneur, de guerrier, … Ce
chef possède le pouvoir du ban, c’est-à-dire que le pouvoir de commandement (lien politique) : le
pouvoir du chef n’est pas remis en question, les guerriers reconnaissent le pouvoir du chef et prêtent
serment de fidélité à celui-ci.
Le principe de reconnaissance du ban, de consultation, d’élection, de serment forment des éléments
essentiels qui auront une grande influence future : ils sont à l’origine des premières institutions.
La tradition germanique est le premier pilier qui va constituer la civilisation occidentale

- 2° Les survivances romaines (après la chute de l’Empire en 476) :

Lors de la chute de l’empire romain, il n’y a pas eu « table rase » de toutes traditions romaines, des
survivances persistent. Exemple : les arènes de Nîmes, les thermes de Paris, le pont du Gard, les
thermes de Trèves, les traces des fondations des grandes villas romaines dans le sud de Bruxelles, …
Du point de vue politique, il reste certaines traces : il existe une continuité culturelle et linguistique.
Les chefs germaniques organisent le pouvoir, le royaume  ombre de la civilisation romaine sans
pour autant que ces éléments ne constituent la réalité même. La réalité a disparu, les symboles
restent.
Exemple 1 : Les Romains ont inventés le fisc et les impôts. Lors de l’invasion germanique, ceux-ci
disparaissent mais l’idée de prélever une contribution financière persiste.
Exemple 2 : Les Romains frappaient une monnaie avec la tête du dirigeant. Lors de l’invasion, les
Germains assistèrent à des échanges avec de la monnaie. Certains germains se prêtent au jeu et font
frapper des pièces avec leurs têtes dessus. Celles-ci sont plutôt considérées comme des médailles
plutôt que de la monnaie. Bien entendu, les tribus germaines utilisaient l’échange et le troc mais ils
gardent les représentations constituant la réalité.

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Certaines réalités persistent du moins : la justice
- 3° L’influence de l'Église

Le christianisme a d’abord été persécuté, les chrétiens étaient considérés comme des clandestins.
Par après, le christianisme fut toléré et admis comme religion en tant que tel. A la fin du 4 e siècle
après JC, le christianisme devient la religion officielle de l’empire sous le règne de Constantin. L’Eglise
ne disparait pas avec les invasions germaniques, les structures subsistent.

Les conséquences de cette subsistance sont les traces écrites laissées par celle-ci. En effet, L’Eglise
est la seule à avoir laissé des traces écrites (en latin). Elle assure une certaine continuité de l’Empire
romain ainsi que la perpétuité de certaines institutions. Plus tard, l’Orient se détachera de l’Eglise, ce
qui donnera la religion chrétienne orthodoxe.
L’Eglise calquera ces évêchés selon les provinces romaines, ainsi donc les frontières des évêchés
seront les mêmes que les provinces romaines.
Exemple : Tournai
L’Eglise perpétue des éléments politiques, administratif et des éléments du droit. Le droit romain ne
disparait pas totalement, il se perpétue via l’Eglise. C’est également l’Eglise qui va opérer à une
synthèse entre les traditions germaniques et romaines.

- Le baptême de Clovis (496 après JC)

(Le baptême de Clovis)

Clovis est un chef germanique élu par le peuple, qui a la veille d’une bataille importante, dont il n’est
pas sûr de l’issue, a un songe dans lequel il voit son épouse, Clotilde. Celle-ci l’incite à se convertir au

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christianisme. Il devient alors persuadé qu’il doit se convertir. Il promet alors de se convertir s’il
remporte la bataille, ce qui va être le cas. Il sera baptisé par l’évêque Rémi à Reims qui deviendra le
lieu où tous les rois de France seront sacrés
Lorsque le chef se convertit, la famille doit suivre ainsi que le peuple.
Mitterrand invitera le pape pour commémorer l’événement, il s’agit donc d’une visite d’Etat.
Mitterrand dira dans son discours : «  Ce baptême constitue l’acte de naissance de la France
moderne  ». Ce qui causera plusieurs polémiques notamment du côté de socialistes. Ils prétendent
que cette citation est un oubli de la Révolution française et de la séparation entre l’Eglise et l’Etat.
Mitterrand s’expliquera : Clovis va intégrer les survivances romaines et va également faire la
synthèse des traditions germaniques et romaines.
Nous pouvons faire une identification du pouvoir politique : la dimension chrétienne est attachée à la
légitimité du pouvoir, à son organisation.
Clovis reste un membre des tribus germaniques, cela se voit avec l’épisode du vase Soisson, lors du
partage du butin à la fin d’une bataille, un des soldats cache un des biens et ne veut pas le partager
avec ces camarades, Clovis s’en aperçoit, arrache le vase et le brise sur le sol signe d’une continuité
des traditions germaniques.
Les tribus germaniques vont par la suite se transformer en royaumes car ces peuplades vont
s’implanter sur un territoire donné. On assistera au fur et à mesure à une évolution vers relation de
moins en moins personnelle entre le chef et les hommes libres.

SECTION 2 : L’EMPIRE DE CHARLEMAGNE : UN ESSAI DE SYNTHESE ?

1° La fondation de la dynastie carolingienne

Les descendants de Clovis vont continuer à régner sur ce territoire pendant deux siècles et demi.
Cette dynastie s’appelle la dynastie des Mérovingiens (venant du personnage Mérovée). Les
Mérovingiens n’ont pas élaborés un système gouvernemental développé. Ce système est composé
d’un roi qui est entouré de personnages qui occupent une fonction de domestique, ces personnes
s’occupent de l’approvisionnement, le déplacement de la Cour. Il n’a pas de lieu fixe de résidence du
roi. Dans l’entourage du roi, le maire du palais est une sorte de super intendant qui a la charge de
tous les services domestiques, ces compétences vont s’étendre vers le domaine politique, il devient
chef de l’armée, négociateur avec l’Eglise, … Les maires du palais prennent du pouvoir du au
désintéressement des rois Mérovingiens pour tout ce qui est de la sphère politique, on les appelle les
rois fainéants. Ces maires du palais vont faire en sorte que leurs fonctions soient transmises à leur
descendance car en effet, à la base, le roi pouvait choisir à chaque fois son maire du palais. C’est la
famille des Pépinides (en référence à Pépin), originaire de nos régions entre Aix-la-Chapelle et Liège.
Ils acquièrent de plus en plus de pouvoir et de prestige. Il stoppe les Espagnols à Poitier ce qui
augmentera sa note de prestige. Pépin le Bref a l’ambition d’être roi, pour cela il s’accorde l’appui de
l’Eglise afin d’organiser un coup d’état. Il pose cette question au Pape : Qui doit être le roi  : celui qui
en exerce la fonction ou celui qui en a le titre  ? Le Pape choisira en faveur de Pépin ce qui lui donne
l’appui d’une forte personnalité. Pépin a appuyé le pape lors du conflit entre l’Eglise et les Lombards
qui envahissaient le nord de l’Italie. Pépin sollicite l’appui des grands pour légitimer sa prise de
pouvoir via la tradition germanique, il demande qu’on l’élise roi. A côté de ce recours, il fait recours à
une tradition non-développée à l’époque : il se fait sacré par l’évêque, cette idée vient de l’Ancien
Testament. Cette tradition était déjà pratiquée par les Visigoths, il s’agit de l’onction du roi. Le roi est
oint, il reçoit de la crème sur le front. Par cette onction, il reçoit une sorte de ministère, il n’est plus
un simple mortel, il exerce un vrai ministère basé sur un sacrement qui exprime le soutient l’Eglise. Il

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prend donc le pouvoir en 751 après JC. On retire le titre de l’ancien, on le dépose, on lui coupe les
cheveux et on l’enferme dans un monastère.

(Le sacre de Pépin le Bref)

2° Renovatio imperii : la consécration sous Charlemagne

Pépin va instaurer la dynastie des Carolingiens, son successeur sera Charlemagne. Celui-ci va
restaurer la dignité impériale, la réalité orientale. Charlemagne va être sacré le 25 décembre 800 à
Rome. L’Eglise va considérer que le contexte normal était celui du 5 e siècle. Le règne de Charlemagne
est vecteur de continuité romaine et elle voit en lui le candidat parfait pour restaurer la dignité
impériale (renovatio imperii) à côté de celle qui avait subsisté en Orient. On confie à Charlemagne
une mission, un ministère. Charlemagne n’est pas vu comme l’empereur de l’Occident, on ne recrée
pas l’Empire : il est vu comme empereur et prince chrétien (imperator et princeps populi christiani).
On veut combler un vide qui c’était installé. Charlemagne ne se contente pas que cela, il veut
structurer son empire.

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(Le sacre de Charlemagne)

3° L’essor politique et administratif : le palais (établit à Aix-la-Chapelle)

Charlemagne va établir une capitale : Aix-la-Chapelle. Il va y construire un palais impérial. Ce lieu


n’est pas anodin, c’est le cœur des anciennes possessions des Pépinides. Le territoire de
Charlemagne est vaste, les communications sont lentes, les messagers vont environ 30/40 km par
jour. Il faut donc attendre avant de recevoir les décisions, les ordres du roi. Les Carolingiens ont
développé une législation impériale que l’on désigne comme capitulaire car elle se présente sous la
forme de chapitres. Pour assurer son fonctionnement, il faut le développement d’une chancellerie,
d’un secrétariat où des ecclésiastiques rédigent des écrits pour qu’ils soient diffusés dans le
royaume. On fixe un siège qui n’est plus un simple lieu ou la domesticité se réunit. La législation
refait surface comme moyen de gouvernement.

SECTION 3 : UN CONSTAT D’ECHEC

1° Le poids de la conception patriarcale et patrimoniale du pouvoir : la divisio imperii de


Charlemagne (806)

Le problème est la forte tradition germanique qui subsiste : la conception du pouvoir est patriarcale,
cela implique que le pouvoir est concentré autour de la figure du patriarche qui règne ne maitre dans
la famille. La notion importante dans la conception patriarcale est la notion de patrimoine privé, il
n’y a pas de distinction entre la structure étatique et le patrimoine de la famille. Ils obéissent donc

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aux règles de succession de patrimoine privé, ce qui implique que le roi voit son empire comme son
patrimoine privé. Ce sont donc ces trois fils qui font hériter de l’empire de Charlemagne sur base des
règles successorales qui à la base étaient non-écrites, de nature juridique qui se répète dans la durée
sans contradictions et qui à force de répétitions, deviennent des sources su droit. La coutume
franque exige que les biens immeubles soient partagés entre les garçons et que les biens meubles
soient partagés entre les filles. Charlemagne décide de prévoir sa succession conformément aux
coutumes franques : le territoire sera divisé entre ces fils.

2° L’espoir suscité par l’Ordinatio imperii de Louis le Pieux (817)

Le hasard fait que lorsque Charlemagne meurt, seul Louis le Pieux est en vie. La totalité du territoire
revient donc à Louis le Pieux. Louis le Pieux est quelqu’un de fortement influencé par L’Eglise, celle-ci
a une grande frayeur lorsqu’en 806, Charlemagne décida de mettre en application les traditions
germaniques. L’Eglise veut un bloc centralisé mais vu la personnalité et la figure forte de
Charlemagne, elle n’a pas osé s’opposer à celui-ci. Louis est plus à l’écoute et l’Eglise arrive à faire
abandonner cette tradition. Louis le Pieux publie en 817 l’Ordinatio imperii, il s’agit d’un testament
qui détermine le statut juridique qui rompt avec la tradition germanique et prévoit donc que le
territoire se transmet au fils ainé.

3° Les luttes entre les petits-fils de Charlemagne : le partage de Verdun (843)

(Le traité de Verdun)


Dans les faits, Lothaire, le fils ainé de Louis le Pieux espère hériter de la totalité du territoire mais les
deux autres frères ne l’entendent pas de la même manière. Ces deux frères sont Louis le
Germanique et Charles le Chauve. Commence donc une lutte fratricide entre Lothaire d’un côté et
de l’autres Louis le Germanique et Charles le Chauve, ces deux frères feront un serment, le serment
de Strasbourg en 842 où ils promettent de s’allier. Louis le Germanique prête serment en allemand
et Charles le Chauve prête serment en français. Cette lutte débouchera sur le traité de Verdun en
843 qui départage l’empire en trois parties. Le résultat est un empire divisé ne ressemblant plus à
l’empire de Charlemagne, il n’y a plus d’espoir de réunir les chrétiens de l’occident sous une

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structure centralisée en rappel à la structure jamais oubliée de l’Empire romain. Deuxième
conséquence de cette division, le pouvoir est fragilisé, cela n’a plus rien à voir avec l’autorité
publique de Charlemagne et les grandes institutions misent en place par celui-ci.

2. L’HERITAGE CAROLINGIEN

Nous nous s’intéresserons à l’héritage politique et juridique.

SECTION 1 : DES FRONTIERES QUI MARQUERONT L’EUROPE

Charlemagne est appelé aujourd’hui le « père de l’Europe » ce qui n’est pas totalement vrai car il est
vrai que il a su rassembler sous son autorité une grande partie des pays aujourd’hui européen. A
l’ouest la Francia Occidentalis (future France) de Charles le Chauve délimité par l’Escaut. A l’est, la
Francia Orientalis (qui s’étend sur ce qu’on appellera plus tard la Germanie) de Louis le Germanique.
Les frontières s’établissent avec les fleuves et les rivières. Le territoire entre les deux, celui partant du
nord de l’Italie jusqu’au Pays-Bas est la Lotharingie de Lothaire. Le territoire de Lothaire est très
vulnérable, les deux autres frères vont tenter de déplacer leurs frontières et de s’étendre en
conquérant des territoires appartenant à Lothaire. La Lotharingie va être émiettée, la preuve est
actuelle avec les frontières, la Lotharingie disparaitra au 10 e siècle. La Belgique est séparée en deux
d’un côté, l’ouest est gouverné par Charles le Chauve, l’autre partie, l’est, est dirigé par Lothaire : la
Belgique est divisée en deux parties. C’est l’héritage géopolitique qui déterminer les futures
frontières.

SECTION 2 : LA FEODALITE : LA STRUCTURE POLITIQUE DE L’ELITE AU MOYEN-AGE

L’empire est gouverné depuis Aix-la-Chapelle mais tout n’est pas dirigé delà. Le roi doit s’appuyer sur
des relais locaux. Il forme des circonscriptions territoriales nommé pagi. Ces circonscriptions sont des
comtés gouvernés par un comte ou exceptionnellement par un duc. Le roi choisit des grandes
familles pour diriger la région attribuée. Lorsque celui-ci promulgue de la législation, c’est en premier
aux comtes pour que ceux-ci les transmettent à travers tout le comté. Le comte a la charge de faire
respecter cette législation. Le roi instaure des missi dominica qui sont des contrôleurs. Ils doivent
apporter les capitulaires au comte et doit vérifier si la législation est bien appliquée.

1° Origines

Les serments de fidélité sont très importants à l’époque de Charlemagne. Quand Charlemagne arrive
au pouvoir, toute la population a du prêter serment de fidélité. Ils reconnaissent le banc. A côté de
ce serment le roi instaure un serment spécial pour les comtes car ils ont pour mission de représenter
le roi et de mettre à exécutions les ordres impériaux. C’est alors que nait le serment vassalique.
Cette structure ne concerne que l’élite de la population. Ceux qui entrent dans le système féodal sont
appelé Nobles.

2° Composantes

Ce système féodal repose sur un contrat vassalique entre le seigneur et son vassal. C’est contrat
synallagmatique parfait : les deux partis ont des droits et des obligations, le contrat n’est pas
unilatéral. On peut distinguer deux éléments dans ce contrat : un élément personnel et un élément

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réel. L’élément personnel est le serment du vassal envers son seigneur, le vassal affirme vouloir être
l’homme du seigneur et le seigneur l’accueille. Cela donne lieu à une cérémonie d’hommage, le
vassal devient l’homme du seigneur. Au départ, cette cérémonie était faite publiquement, les
participants étaient investis comme témoin du lien vassalique, ce contrat amène à des obligations et
des devoirs. L’obligation du vassal est une obligation de conseils et d’aides (auxilium et consilium).
Les vassaux doivent conseiller le seigneur lors de l’assemblée du malus. Le vassal doit également
fournir une aide financière et militaire au seigneur quand celui-ci entre en guerre. Deux opérations
sollicitaient l’aide des vassaux : l’ost, qui est une campagne militaire contre un ennemi extérieur et la
chevauchée qui consiste en une opération de police à l’intérieur du royaume : on nettoie le territoire
des bandits et des malfrats. Pour ce qui est de l’aide financière, la vassal doit fournir cette aide lors
de grands événements : le mariage de la fille ainée, l’adoubement du fils ainé (lorsqu’il devient
chevalier), en cas de rançon demandée par l’ennemi (objectif de guerre : entre gens de bonnes
familles, on ne se tue pas, on fait prisonnier et on exige une rançon) et plus tard, lors de mission
sainte : les croisades en Orient. Les obligations du seigneur est l’élément réel, il se doit de donner les
moyens au vassal de vivre ainsi que sa famille et pour permettre au vassal de subvenir à ces besoins,
il va lui remettre un fief (terres remises lors d’une cérémonie d’investiture, il investit par la terre), on
fait une remise symbolique d’une motte de terre ou d’épis de blé . La terre donnée est considérée en
usufruit. Le vassal peut jouir du fruit de cette terre mais elle ne lui appartient pas, le seigneur reste le
propriétaire.

3° Evolution au 9e siècle

(Une cérémonie d’hommage)

A la base, ce système est mis en place pour que le roi puisse choisir n’importe quel vassal via la
cérémonie d’hommage. Ce système est parfait pour l’époque carolingienne à la mort de Louis le
Pieux mais ce système va évoluer sous la pression des vassaux qui veulent maintenir le fief au sein de
leurs familles. Cette volonté est la 1e évolution du système, en deux générations on voit apparaitre
un principe héréditaire de succession et le fief, même si il est donné officiellement en usufruit,
devient le patrimoine d’une famille. L’affaiblissement du pouvoir royal, trop occupé à essayer
d’élargir leur territoire, renforce la puissance des vassaux qui deviennent de plus en plus puissant et
autonome, ils deviennent aussi puissante que le roi et gère leur territoire de plus en plus

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indépendamment. La 2e évolution est celle de la pyramide vassalique. Les comtes vont reproduire ce
système de vassal en divisant leur fief en plus petit fief, ils nomment leurs propres vassaux. Ces petits
vassaux deviennent des arrières vassaux (= vavasseur) de l’empereur, on obtient une pyramide
féodale. Le roi est le seul qui n’est pas vassal et qui est seigneur de tous : c’est le suzerain. La 3e
évolution est celle du bien réel, des liens croisés. Le fief prend de plus en plus d’importance. A la
base, le fief était une contrepartie. Avec le partage, le principe s’inverse, les éléments personnels
deviennent de moins en moins importants par opposition aux éléments matériels. Le but ultime est
d’obtenir un fief. Certains ne vont pas hésiter à devenir vassaux de plusieurs seigneurs. Comment
répondre aux obligations du seigneur ? On définit des priorités. Une ligesse est mise place, le
seigneur lige son vassal. Ne pouvant rien faire face à ces évolutions, les seigneurs imposeront une
taxe d’hérédité lors de la succession.

SECTION 3 : LA SEIGNEURIE : LE CADRE ECONOMIQUE ET SOCIAL DANS LEQUEL VIT LA


POPULATION

1° Définition et typologie

L’origine de la seigneurie est contestée cependant, la plupart des théories pencheraient vers une
continuité des grandes villas romaines dans lesquels travaillaient la majorité de la population. La
seigneurie au Moyen-Age est perçue comme une grande ferme, une exploitation agricole détenue
par le seigneur qui fait travailler la majore partie de la population sur ces terres. La différence avec
l’Antiquité est que le principe d’esclavage est aboli par le christianisme qui rejette cette idée. Selon
l’idéologie chrétienne quelqu’un créer à l’image de Dieu ne peut être considérer comme une chose,
une res. A part cette différence, le principe reste le même.
Il existe deux types de seigneuries : les seigneuries foncières et les seigneuries banales. Les
seigneuries foncières tirent leurs richesses de l’exploitation terre. Le seigneur possède une réserve et
les habitants sont obligés de travailler sur les terres du seigneur et de mettre les récoltes dans la
réserve. Le seigneur met également à disposition des petites tenures des serfs afin qu’ils puissent
subvenir à leurs besoins (parcelle de terre pour cultiver des légumes et possibilité d’avoir un bœuf ou
un animal producteur). Si l’esclavage n’existe plus, ces personnes ont néanmoins un statut de serf
(statut de servage) : ils sont considérés comme des hommes mais ils sont liés à la terre et ne peuvent
la quitter pour aller se marier dans une autre seigneurie où simplement pour aller vivre autre part, ils
doivent la plupart du temps travailler pour le seigneur.
Les seigneuries banales sont caractérisées par un pouvoir de commandement. La plus grande partie
des revenus du seigneur vient des taxes prélevées aux habitants. Le seigneur va imposer des taxes
pour l’utilisation du moulin, pour l’utilisation de la presse pour faire du vin ; le seigneur va également
attribue une taxe pour la terre qu’il attribue. Les taxes en général, sont payées en nature.

2° Composantes et répercussions sociales

De plus, les habitants sont obligés de réaliser des corvées pour le seigneur : entretien des routes, des
clôtures. Ces corvées prennent plusieurs jours de la semaine. Il n’y aucuns contrats synallagmatique
entre l’habitant et le seigneur, la relation est unilatérale, les habitants doivent travailler avec presque
aucunes contreparties. Le seigneur fait exercice de droit.
Très peu de petites exploitations arrivent à survivre et même le peu d’entre elles qui y arrivent seront
détruites par les invasions des vikings.
Les seigneurs vont d’abord construire des forts pour ensuite construire des châteaux-forts afin de
protéger la population des brigands et des envahisseurs.

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Un comte peut être à la tête d’une seigneurie, il fait produire le fruit dont il va jouir. Les seigneuries
ne sont pas toutes sous l’autorité d’un seigneur féodal. Il existe des seigneuries ecclésiastiques.
Exemple : Abbaye d’Orval, l’abbaye de Westmalle. Ces abbayes ont transformé nos paysages : les
membres de ces abbayes ont défriché les forêts et asséchés les marais afin de rendre les terres
cultivables et donc façonner notre paysage. Une seigneurie peut être très étendue comme celle par
exemple du Luxembourg.

La société à l’époque est structurée en trois groupes :

1) Les Nobles : les personnes qui entrent dans le système féodal ainsi que leur famille et plus
tard les arrières vassaux. Il représente 5% de la population. Leur rôle est de défendre par les
armes la société.
2) Le Clergé : les membres de l’Eglise reconnaissable à leurs habits et à la tonsure qui les
caractérisent. Les clercs représentent 15 à 20 % de la population. Leur rôle est de s’occuper
du salut des âmes.
3) Le Tiers-Etat (les laboureurs) : ce sont les habitants restant. Ils représentent les 75 % de la
population et leur rôle est de nourrir la population, cultiver la terre.

L’organisation de la société est trifonctionnelle : il y a trois ordres qui ont chacun une fonction bien
déterminée issue de l’organisation féodale d’une part et issue de l’organisation seigneuriale d’autre
part. L’ordre de la Noblesse et du Clergé sont privilégié.

(Les trois ordres de la société)


3° Seigneurie et histographie

Il y a eu trop longtemps confusion entre la notion de seigneurie et la notion de féodalité. La


seigneurie est possédé par le seigneur et il exerce son pouvoir sur les serfs, c’est une structure socio-
économique. La féodalité est système politique qui met en relation le seigneur et ses vassaux et non
pas le rapport direct du seigneur à ces serfs.

La confusion vient de Marx qui voit l’Histoire comme une succession d’exploitation de masses par un
groupe restreint. Il retiendra trois grandes périodes :

1) L’esclavagisme pendant l’antiquité


2) Les masses exploitées dans les industries et les usines : l’ère du capitalisme

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3) La période intermédiaire au Moyen-Age où le système de la seigneurie exploite la
population.

C’est pour lui encore une forme d’exploitation, on peut notamment penser aux nugsen qui étaient
des esclaves russes attachés de façon héréditaire à la maisonnée du seigneur, ce système va subsister
jusqu’au 19e siècle.

(Représentation d’une seigneurie classique)

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CHAPITRE II  : LES GRANDS POUVOIRS DU HAUT MOYEN AGE

1. FRANCE ET ANGLETERRE : L’ESSOR DES MONARCHIES « NATIONALES »


OU COMMENT MAITRISER LA FEODALITE

SECTION 1 : CARACTERES GENERAUX

1° Le prestige et le charisme de la fonction royale

Les grands pouvoirs vont se développer autour de la figure du roi (empereur en Orient) qui est une
figure clé pour ce qu’on va appeler les monarchies nationales même s’il n’y a pas tout de suite un
sentiment de nationalité qui s’est créer. Pour bien comprendre la figure du monarque, il faut revenir
au partage de Verdun. Les rois se battent entre eux pour des territoires plus grands et ne se
préoccupent pas de la montée en puissance des vassaux. Au final, il n’y a plus de pouvoir central sur
ces territoires. Le territoire est constitué de principautés territoriales venant du système féodal. Il
n’existe plus vraiment de lien entre les ducs (les princes territoriaux) et le suzerain ; il ne peut plus
exercer son autorité car il est mal mené et de toutes manières, il est contraint d’accepter que le
vassal transmette son fief aux membres de sa famille. Toutes ces difficultés vont compliquer la
formation d’une monarchie nationale. Pour constituer un pouvoir centralisé, le suzerain va devoir
s’imposer face aux princes féodaux : la maitrise du système féodal est la clé de voute. La figure du
roi est indispensable pour maitriser la féodalité. Le roi sera la cheville ouvrière, l’artisan principal des
transformations des principautés en une monarchie.
Le Roi dispose d’atouts que les princes n’ont pas : le roi a un certain charisme et un certain prestige
de par sa fonction royale. Il n’y a qu’un seul roi et qui au-dessus de plusieurs princes, le Roi est
unique. On a même longtemps cru que le roi pouvait soigner des maladies et avait un pouvoir
thaumaturge (référence biblique).

2° Sacre et onction : valeur sacramentelle – rex Dei gratia – appui de l’Eglise

Le Roi est également sacré, il reçoit d’un dignitaire ecclésiastique, l’onction royale en souvenir de
Clovis, cela se fait à Reims. Cette onction lui donne une sacra, qui considérée comme un sacrement.
Il devient roi par la grâce des dieux. Cela lui donne une valeur supplémentaire à sa fonction. La rex
Dei gratia donne une légitimité plus forte à la fonction royale, celui-ci peut s’appuyer de l’Eglise car il
est le seul à avoir été sacré.

3° Les relations vassaliques : une hiérarchie des hommes et des droits – le roi-suzerain

Le roi dispose également d’éléments, d’instruments juridiques lié au système féodal. Le vassal prête
toujours serment et s’engage à respecter les aides promises. Au 9 e et 10e siècle, lorsqu’un roi exige
des conseils et de l’aide, le vassal peut ignorer cette demande. Le roi ne peut pas s’opposer à cela
mais juridiquement, il peut déclarer le vassal comme félon. Le roi ne va jamais le faire car il n’en a
pas les moyens. Lorsqu’il aura plus de moyens, il pourra accuser les vassaux félons. Le monarque
dispose de moyens temporels et c’est le seul à avoir la figure de la centralisation. Comment va-t-il
s’affirmer ? Grace au charisme de sa fonction et grâce à l’onction reçue par l’Eglise.

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SECTION 2 : LA FRANCE DES CAPETIENS (987)

Nous allons maintenant nous intéresser aux territoires de Charles le Chauve et de ces descendants
qui d’ailleurs ne vont pas exercer leur pouvoir sur leur territoire.

1° Election et sacre du dux Francorum, Huges Capet, en 987

Durant la seconde partie du 10e siècle, la dynastie des Carolingiens s’éteint… Que faire ?
- Faut-il un roi ?
- Si oui, qui et comment ?
La première question sera vite réglée, on ne conçoit pas une structure sans roi dans le système
féodal. De plus, l’Eglise exerce une pression pour qu’il y ait un roi sacré ayant reçu l’onction. On va
alors procéder à une élection d’un roi selon la tradition germanique.
Nous pouvons répondre à la seconde question par l’élection en 987 d’Hugues Capet. En effet, il sera
élu lors de la réunion des vassaux directs qui avait comme objectif d’élire l’un d’entre eux. Hugues
Capet va donc être élu pour régner sur la partie occidentale de l’héritage carolingien. Avant d’être
roi, il était duc du territoire de l’Ile de France : territoire qui couvre le bassin parisien et qui n’est pas
très grand. Il est donc élu Roi de France par ces paires mais pourquoi lui ? Surement car son territoire
est entouré de grandes principautés territoriales. Les autres princes ont estimés qu’il ne risquerait
pas d’avoir des appétits sur les autres principautés et de par sa position centrale, il est encaissé. Ils
veulent quelqu’un qui ne se préoccupe pas des autres.

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2° Atouts des Capétiens : le titre royal - évolution vers une hérédité de fait : rex coronatus et rex
designatus – continuité dynastique (987-1328) - un domaine riche et central (l'Ile-deFrance)

Hugues Capet va vouloir transmettre son titre à sa famille mais il ne peut pas brusquer le système car
on vient de retourner dans un système électif, Hugues est conscient de cela et va donc avoir une
idée brillante : il va réunir les vassaux directs (c’est d’ailleurs un de ces droits), il va leur proposer
d’élire son fils héritier avant sa mort afin d’éviter les conflits lors de la mort du roi. On va donc
désigner le successeur, il y est rex coronatus (roi couronné) et rex désignatus (roi désigné), il
introduit une hérédité de fait et son fils va faire de même. Ce principe électif qui va d’abord devenir
une hérédité de fait pour après devenir une hérédité de droit un siècle après. Cette hérédité de droit
va perdurer pendant une longue période (jusqu’au 14 e siècle). Cette hérédité est la clé e voute de la
reconquête.
La dynastie capétienne a un certain nombre d’atouts :
1) Le prestige
2) Elle dispose d’un territoire riche et plusieurs seigneurs qui leur assurent des revenus
confortables
3) Etre au centre devient un atout, il est plus facile d’opérer à une centralisation en partant du
centre
4) La continuité de la dynastie : principe héréditaire affirmé. Hugues Capet va s’imposer auprès
de ces vassaux

3° Le pouvoir réel : résistance du monde féodal - royaume et domaine royal

(non vu en cours)

SECTION 3 : L’ANGLETERRE, UN ROYAUME PAR CONQUÊTE (1066)

1° Avant la conquête : l'œuvre unificatrice d'Alfred le Grand

L’Angleterre (au strict, sans le pays de Galles et sans l’Ecosse) a fait partie de l’Empire Romain
occident. Au moment de la chute, il y a eu des invasions germaniques : deux peuplades vont
s’établir : les Angles (vont tous sur l’ile) et les Saxons (certains restent sur le continent), il y a
plusieurs monarchies tribales. Alfred le Grand, contemporain de Charlemagne, va réunir toutes ces
peuplades germaniques dans les années 800. Alfred le Grand va développer une administration
embryonnaire mais ne développe pas un système féodal. La féodalité est un système mis en place
par Charlemagne mais il existe beaucoup de seigneuries ecclésiastiques qui sont aussi des systèmes
d’exploitation.

2° La conquête par Guillaume de Normandie dit le Conquérant (bataille de Hastings 1066) -


féodalité importée et hiérarchisée - différenciation ethnique

En 1066, le duc de Normandie : Guillaume de Normandie décide de partir à la conquête de


l’Angleterre. Il va provoquer le descendant d’Alfred le Grand, Harold et va le vaincre lors de la bataille
de Hastings. Cette conquête est peinte sur la tapisserie de Bayeux. C’est à ce jour la dernière
invasion de l’Angleterre réussie. Guillaume de Normandie devient Guillaume le Conquérant.
Guillaume le Conquérant devient le roi d’Angleterre mais reste également duc de Normandie  : le roi
d’Angleterre est donc vassal du roi de France. Les Anglo-Saxon ne connaissent pas la féodalité tandis
que Guillaume le Conquérant est pétris dans la féodalité. Les arrière-vassaux de Guillaume le

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Conquérant ont aidé à la conquête de l’Angleterre, il doit les récompenser et organiser le royaume. Il
ne conçoit pas une autre structure que celle de la féodalité et va donc l’introduire en Angleterre. Le
roi d’Angleterre est conscient du piège de la féodalité qui est celui de constituer de grandes
principautés. Il va donc attribuer des petits fiefs éparpillés et non de grands territoires, il empêche
donc la formation de grands blocs. Il récompense ces guerriers, fait renter l’élite dans le système
féodal en nommant des barons. Ces barons sont tous Normands et parlent français (d’ailleurs la
devise des Anglais est en français : « Dieu est mon droit »). La masse anglaise est sous l’ordre d’une
minorité française. La légende de Robin des Bois vient de l’ancienne noblesse ; dans le vocabulaire
anglais, les animaux sur pattes ont des noms d’origine anglaise mais quand ceux-ci sont morts et
dans l’assiette, ils ont des noms d’origine française.

(La conquête de l’Angleterre racontée par la tapisserie de Bayeux)

3° L'héritage anglo-saxon : une administration développée

Le système mis en place est une féodalité importée, maitrisée et cela depuis 1066 par une monarchie
qui a conquis l’Angleterre. Elle a un prestige lié au sacre, à la victoire militaire. Le roi est suzerain d’un
système stable. De plus, il conserve l’administration mis en place par Alfred le Grand : celui-ci avait
mis en place un système avec une figure d’un shérif qui a double rôle : il a le rôle de juge, il rend la
justice et est le relais de l’autorité du roi dans le « shire ». Il doit également collecter les impôts pour
le roi. En Angleterre, on a une monarchie nationale depuis la conquête par les peuplades
germaniques et donc il est plus facile pour eux de passer vers un état monarchique. Cela explique
l’avance de l’Angleterre en matière économique, politique, … Des structures politiques vont
apparaitre, on estime l’avance de l’Angleterre de plus au moins un siècle. Cela explique également
pourquoi l’Angleterre a un système juridique différent des autres. Le fait de dire que les Anglais font
tout différemment des autres n’est pas une réalité, ils ont juste pu évoluer avant nous.

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2. EMPIRE ET PAPAUTE : LA LUTTE POUR LE POUVOIR UNIVERSEL

SECTION 1 : L’EMPIRE

1° La restauration de l'Empire sous les Saxons (962) : tradition carolingienne et prétention au


pouvoir universel

La Francia orientalis a une évolution assez similaire à celle de la Francia occidentalis : une monarchie
qui se transmet au sein de la dynastie des Capétiens. La féodalité ainsi que ces dérives ont aussi
touché cette partie-là du continent qui minera les possibilités d’un pouvoir impérial. Lors de
l’extinction des Capétiens, on fit aussi des élections en Orient. Henri I de la dynastie des Saxons
(certains étaient restés sur le continent) fut choisi comme suzerain. Il va aussi parvenir à imposer son
fils comme successeur Otton Ier (sans qu’il y ait de rex lesigantus) qui rend un service à la papauté
qui a des difficultés avec les magyars (=Hongrois) qui ont développé une hérésie  : ils refusent
l’obéissance à Rome. Le pape demande de l’aide à Otton qui s’empresse de le faire pour augmenter
son territoire. L’Eglise, pour le remercier, élève Otton Ier comme empereur en 962. Il est sacré
empereur du Saint Empire germanique. Il y a donc restauration de l’Empire mais Otton a les mêmes
difficultés que le roi de France, il ne contrôle pas l’ensemble des princes territoriaux (duc et comte).
Otton réussit à restaurer le titre et la dignité impériale : ce qu’on restaure c’est l’Empire de
Charlemagne, c’est une seconde restauration impériale, une seconde renovatio imperii.

(Otton Ier  recevant  la  soumission  de  Bérenger d’Ivrée)

2° Caractère électif : dynastie saxonne jusqu'en 1024 puis dynastie salienne

Le problème de la dynastie Saxonne est la longévité. Otton III mourra en 1024, sans héritiers. La
dynastie salienne prend le pouvoir. Ce qui est important c’est que en raison du peu de continuité, le
principe électif est devenu la norme, il n’y pas de principe héréditaire. On peut élire le fils du roi mais
en droit le principe électif prime. Ce système a aussi une certaine faiblesse face au système féodal, il
faut qu’à chaque fois être en bons termes avec les vassaux directs. Comment rester en de bons
termes ? Il faut éviter de déborder sur les territoires des princes et également éviter de montrer un
signe d’autorité. Les rois veulent conserver la dignité impériale dans leurs familles donc ils ne pas

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aller à l’encontre des volontés des vassaux. Cela empêche un développement d’une monarchie
nationale centralisée. L’empereur en est conscient et va tenter de maitriser la féodalité.

3° La politique de l'Église impériale (10e -11e s.) : évêques dotés du comitatus afin de maîtriser la
féodalité (exemple de Liège)

Otton et ces successeurs n’ont qu’un moyen de reprendre le territoire d’un prince : lorsqu’un vassal
meurt sans héritiers. Le territoire revient au roi et celui-ci peut choisir librement un vassal. Il sait qu’il
va se retrouver dans le même engrenage s’il désigne quelqu’un. Il existe deux moyens d’empêcher
de se retrouver dans cet engrenage. La première possibilité est de les empêcher de se marier ce qui
est impossible ; la deuxième possibilité est de nommer des ecclésiastiques car ils ne peuvent pas
avoir de descendances. La politique de l’Eglise impériale est utilisée pour consolider l’empire. Dès
qu’un fief est vacant on choisit un évêque que l’on fait renter dans le système féodal. Exemple : la
principauté de Liège sera dirigée par des ecclésiastiques. L’évêque est prince-évêque à la tête d’une
principauté et devient vassal de l’Empereur. Il arrive que l’Empire choisisse un fidèle et que l’Eglise le
nomme évêque sur le champ. L’Eglise est mise sous tutelle, instrumentée. Au départ celle-ci ne voit
pas d’inconvénients car cela étend le champ territorial de l’Eglise. L’Eglise peut également tirer des
revenus de cette relation vassalique, c’est gagnant-gagnant.

SECTION 2 : L’EGLISE REVENDIQUE UN POUVOIR UNIVERSEL

1° A l’origine : tutelle royale ou impériale (puis féodale) sur l'épiscopat

Au début, l’Eglise n’exprimait aucunes contraintes à cette politique mais progressivement l’Eglise va
exprimer une volonté de rejet d’une tutelle laïque sur le monde ecclésiastique. Ils ressentent ça
comme une mainmise sur le pouvoir spirituel. Parallèlement à ce rejet, il y a une volonté de
déterminer quel pouvoir est plus important. Est-ce le pouvoir temporel ou le pouvoir spirituel ? Le
pouvoir temporel est représenté par les rois et les empereurs, le pouvoir spirituel est représenté par
le Pape, l’Eglise, les évêques, … Le rapport entre ces deux pouvoirs va susciter une réflexion menée
par l’Eglise. Celle-ci va s’appuyer sur des textes conservés dans ces archives. Il ne faut pas oublier que
l’Eglise est l’héritière de l’écriture et qu’elle conserve un esprit juridique. Lorsqu’elle mène cette
réflexion, elle va rechercher des textes pour définir les deux pouvoirs mais bien sûr elle a un objectif
politique : elle cherche des textes qui montrent la supériorité du pouvoir de l’Eglise.

2° Les prétentions à la primauté : les textes fondateurs établissant la distinction entre auctoritas et
potestas : — la lettre du pape Gélase (494) — la fausse « donation de Constantin » (fin 8e -9e
siècle) — la Cité de Dieu de saint Augustin (354-430) et l'augustinisme politique

L’Eglise va se baser sur trois textes :

1) La lettre du pape Gélase (494) :

«  Il y a deux principes, Empereur Auguste, par qui ce monde est régi au premier chef   : l'autorité
sacrée des pontifes et la puissance royale, et des deux, c'est la charge des prêtres qui est la plus
lourde, car devant le tribunal de Dieu ils rendront compte même pour les rois des hommes. Vous
savez en effet, Fils très clément, que, bien que vous régniez sur le genre humain, vous courbez avec
dévotion la tête devant ceux qui président aux choses divines, et que vous attendez d'eux les moyens
de votre salut.  »

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L’autorité des pontifes fait référence à l’auctoritas : le pouvoir spirituel. De l’autre côté, l’autorité du
roi, des empereurs fait référence au potestas : le pouvoir royal. C’est le premier texte où l’on
différencie les deux pouvoirs, on les identifie, on les nomme. Le choix de ces termes n’est pas
neutre : « auctoritas » a une connotation positive, ce qui donne du prestige à l’Eglise ; le terme
« postestas » a plutôt une connotation péjorative (postesta : qqun qui abuse de son pouvoir). Selon
cette lettre, la mission des prêtres serait plus lourde : lors du jugement dernier, les prêtres devront
rendre des comptes même pour le roi des hommes.
Plusieurs représentations iconographiques sont réalisées, l’une d’elles met en scène le Christ
délivrant une clé au pouvoir spirituel et un glaive au pouvoir temporel. Les deux pouvoirs viennent
de Dieu, ce qui renforce le pouvoir spirituel.

(L’attribution du pouvoir spirituel à l’Eglise  : l’auctoritas, et du pouvoir temporel aux rois  : la


potestas)

2) La fausse « donation de Constantin » (fin 8e – 9e siècle)

Selon l’Eglise, Constantin (empereur qui a rendu la religion chrétienne comme religion d’état à
l’époque de l’empire romain) aurait rédigé un texte lorsqu’il quitta l’empire romain d’occident pour
se rendre à Constantinople dans la partie orientale de l’empire. Dans ce texte, il confierait Rome,
l’Italie ainsi que toute la partie occidentale de l’empire au pape. Ce texte est un FAUX, Constantin
ne l’a jamais écrit. A l’époque, le Pape a peu de pouvoir et n’est que l’évêque de Rome. Cette fausse
donation a probablement été créée au début de l’époque carolingienne et réalisé soit par le Pape
soit par Charlemagne soit par Pépin le Bref. Pourquoi avoir créé ce texte ? Car le Pape, à l’époque, a
besoin d’aide face aux Lombards qui menacent le Nord de l’Italie, il va donc demander aux Capétiens
de combattre les Lombards et pour justifier cette attaque, il utilise ce texte pour justifier
l’appartenance de l’Italie au Pape. Lorsqu’on redécouvre ce texte, l’Eglise croit d’abord que c’est un
vrai, elle y voit un argument pour justifier sa supériorité au niveau moral mais également au niveau
politique. Ce n’est qu’au 15e siècle, avec le développement de la critique historique que l’on déclare
que c’est un faux.

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3) la Cité de Dieu de Saint-Augustin (354-430) et l'augustinisme politique

Saint Augustin est l’évêque de Carthage, un des pères de l’Eglise. Celui-ci va se demander vers 426
dans son ouvrage « la Cité de Dieu », ouvrage par lequel il répond aux menaces qui planent sur
l’empire romain qui doit endurer des querelles internes et résister face aux invasions germaniques.
Saint-Augustin tente d’expliquer que les empires terrestres apparaissent et disparaissent. Certains
racontent que ces querelles sont dues à l’abandon des anciens dieux romains et que ceux-ci se
vengeraient en étant la source de toutes ces querelles. Saint-Augustin affirme que cela n’a rien à voir,
il propose de distinguer les empires terrestres des empires célestes et que l’Empire n’est qu’un
passage. Pour un chrétien, ce qui compte est la vie après la mort, il n’est donc pas finalement grave
de laisser se détruire l’empire romain d’occident car une vie éternelle nous attend après la mort.
Mais quel intérêt ce récit porte il à la distinction entre postestas et auctoritas ? Au 11e siècle, on
donne une interprétation à ce récit : l’augustinisme politique, on détourne ces écrits qui à la base
sont théologiques pour leurs donner une interprétation politique.

(La Cité de Dieu de Saint-Augustin)

3° Les premières réactions — contre l'emprise féodale : la fondation de Cluny en 910 — contre
l'emprise impériale : le concile de Latran de 1059

Comment l’Eglise va mettre en œuvre ce pouvoir spirituel ? Elle va théoriser les deux pouvoirs : on
remet deux glaives aux deux pouvoirs pour montrer que le pouvoir spirituel est aussi un pouvoir
politique. Des premières réactions vont être observées contre la tutelle des princes et des rois. Selon
l’Eglise, l’empereur légifère dans des compétences qui reviennent à l’Eglise. Plusieurs réactions de
rejet face la tutelle du pouvoir temporel seront observées :

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En 910, Saint-Benoit décide de créer l’abbaye de Cluny, il donne de nouvelles règles à cette abbaye,
les règles bénédictines. Saint-Benoit va refuser de s’adresser à l’évêque local ce qui est normalement
obligatoire lors que la fondation d’une abbaye. Il estime qu’il n’a pas à s’adresser à une créature du
pouvoir temporel, un prince territorial. Il va donc directement s’adresser au Pape, cela constitue un
acte de rejet de la tutelle. Cet acte provoquera un grand succès de la règle bénédictine en Occident,
un esprit d’affranchissement de la tutelle se propage à travers toute l’Europe.
En 1059, lors du concile de Latran, les évêques abordent la question du mode de désignation du
Pape. Cette thématique est abordée par le Pape lui-même. Jusqu’en 1059, le Pape est d’abord
évêque de Rome et à ce titre, il est choisi par acclamation de la ville de Rome qui exprime le nom du
candidat qu’elle souhaite voir devenir Pape. Dans la réalité, une forte pression est exercée, beaucoup
d’accord en sous-mains sont menés par l’Empereur qui impose ces candidats. Il distribue du pain, du
vin, de l’argent afin de corrompre le peuple. Conscient de cela, le concile va modifier le mode de
désignation des pontifes : ils seront élus par les cardinaux, prince de l’Eglise. Les cardinaux ont pour
mission de se réunir en conclave à la mort du Pape afin d’élire un des leurs comme Pape. On
soustrait donc cette élection à toute tutelle laïque. Cette règle de désignation vaut encore pour
aujourd’hui (le Pape doit avoir moins de 85 ans). Dans les actes, il s’agit d’un mouvement de rejet.

SECTION 3 : LE CONFLIT : LA QUERELLE DES INVESTITUTURES (1075-1122)

1° Grégoire VII (pape en 1073) marqué par l'esprit réformateur de Cluny


En 1073, un nouveau Pape est donc élu selon les principes de 1059. Le nouveau Pape sera Grégoire
VII, qui est de base un ancien moine bénédictin. Ce Pape est marqué par l’esprit réformateur et est
attaché à ce qu’aucunes tutelles ne soient exercées.

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(Le Pape Grégoire VII)

2° les Dictatus papae (1075) : une déclaration générale affirmant la suprématie morale de
l'auctoritas sur la potestas et une mesure spécifique, l'interdiction faite aux évêques de recevoir
des charges laïques - réaction d'Henri IV

Deux années après son élection, le Pape promulgue un texte : les Dictatus papae (1075) (les Dires du
Pape). C’est par cette déclaration générale que le Pape affirme très clairement la supériorité de
l’auctoritas face à la potestas d’un point de vue moral mais aussi politique, en s’appuyant sur les
trois textes. A côté de cette déclaration générale, il fait une seconde déclaration par laquelle, il
interdit aux évêques de recevoir des charges laïques, il fait référence à la politique de l’Eglise
impériale : nommer des évêques choisis par l’Empereur pour être la tête des fiefs vacants, il interdit
aux évêques de prêter serment au pouvoir temporel. Une lutte va être engagée entre le Pape et
l’Empereur Henri IV. L’Empereur va chasser le Pape et celui-ci va répondre par l’excommunication de
l’Empereur. L’Empereur va donc nommer un antipape car sans lui, un mariage à l’Eglise n’est plus
possible ainsi que toutes les activités reliées à l’Eglise. Le Pape va donc nomme lui aussi un contre-
empereur.

3° le Concordat de Worms (1122) entre Calixte II et Henri V : la fin de la politique de l'Église


impériale et la victoire morale de l'Église

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Ce conflit va durer jusqu’en 1122 où le Pape Calixte II va trouver un accord avec l’Empereur Henri V.
Cet accord sera formé sous la forme d’un concordat entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel
(en Belgique, nous fonctionnons dans un système concordataire : les prêtres sont rémunérés par
l’Etat). Le Concordat de Worms clôt donc le conflit sur base d’un compromis. Cet accord prévoit que
les évêques sont élus par les chanoines du chapitre (chaque cathédrale a son chanoine). Les
évêques sont investis spirituellement des insignes épiscopaux. Ils reçoivent un myrte, un anneau
épiscopal et une crosse. C’est seulement après qu’ils sont investis par le pouvoir temporel et que
l’on peut donc les placer à la tête d’un fief. La différence est que l’Empire ne peut plus choisir qui
sera à la tête du fief. La politique de l’Eglise impériale disparait ? Non, il y a toujours des évêques à la
tête de grands fiefs. C’est donc bien une querelle d’investiture qui est au cœur du conflit ; si
l’investiture spirituelle précède l’investiture temporelle, alors l’Empereur perd tout choix.
Les conséquences de cette victoire sont la mise à mal de la politique de l’Eglise impériale,
l’affirmation de la supériorité de l’auctoritas sur la potestas. Ces deux conséquences entrainent
l’affaiblissement de l’Empereur face au Pape mais aussi face au monde féodal. Il ne peut plus
mettre en place un mécanisme de monarchie nationale car il n’a plus aucuns atouts.

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CHAPITRE III  : DROIT ET JUSTICE AU HAUT MOYEN-AGE

1. LES GRANDS PRINCIPES

Nous ne savons que peu de choses à ce niveau.

1° Le principe de personnalité du droit : un fondement ethnique (professio iuris)

Le principe de personnalité du droit implique que chaque individu est régi par un droit selon l’ethnie
à laquelle il appartient. Ce n’est pas un principe de territorialité du droit. Cela implique que chacun
doit professer son droit (professo iuris).

2° Vengeance privée : importance de la solidarité au sein de la « sippe » - possibilité de rachat : le «


Wergeld » - tarification : un baromètre social et ethnique

La justice repose sur la vengeance privée qui donne le droit de se venger face à toute personne ayant
porté atteinte à sa personne ou à un membre de sa famille. Cela fait référence à l’Ancien-Testament
avec le dicton « Œil pour œil, dent pour dent  » qui implique une vengeance proportionnelle au tord
commis. Un lien de solidarité au sein de la famille est très présent (= sippe), la famille est prise dans
un ensemble très large, il s’agit de tous les ancêtres. Ce principe de solidarité familiale est sacré. Très
vite, on tentera de limiter ce principe car cela donne des conflits familiaux lointains (et souvent on
ne connait même plus l’origine exacte du problème). Il y a une forte tendance à l’escalade dans ce
genre de conflit. Un système de tarification va apparaitre pour racheter la vengeance privée. Ce
rachat est composé de deux parties : le dédommagement ainsi une somme par laquelle on rachète,
le Wergeld. Cette somme dépendra du tort subi et de la fonction du statut de la personne, un tort au
Roi coutera plus cher qu’un tort à un esclave. Les sommes sont très différentes entre les anciens
Gaulois et les Germains : les Gaulois ne connaissaient pas le principe de la vengeance privée, le
rachat était donc moins cher chez eux.

3° Efforts de Charlemagne pour endiguer la vengeance – l’Eglise impose des « trêves de Dieu ».

Les Capétiens vont très vite tenter d’interdire cette vengeance privée en imposant le principe de
Wergeld. C’est une évolution qui veut endiguer cette pratique. Charlemagne va s’appuyer sur l’Eglise
qui réfute ce principe. L’Eglise va imposer des trêves de Dieu. Il est interdit de se venger pendant ces
périodes.

2. LES SOURCES DU DROIT

1° L'empire de la coutume - force obligatoire par la durée, la répétition et la notoriété Leges


barbarorum : transmission orale puis rédaction par écrit - l'exemple des lois saliques - contenu :
droit pénal, droit privé et procédure

La coutume est une des grandes sources du droit à cette époque. Elle peut être définie comme  :
« une règle de droit formée spontanément dans un groupe social déterminé par la répétition d'actes
accomplis publiquement et sans contradiction ». Ces règles sont rattachées aux peuplades
germaniques et se transmettent de générations en générations. Lors de l’arrivée des peuplades

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germaniques en Occident, ils découvrirent l’écriture, ils vont donc très vite remettre à l’écrit ces
coutumes vers le 6e siècle. Ces coutumes vont être appelées Leges barbarorum (ce ne sont pas des
lois barbares, mais bien de coutumes). Ce n’est pas le fruit d’une législation, il y a un ordre royal de
les mettre par écrit mais le contenu n’est pas de la législation. Le Common Law n’est pas la loi
commune mais le droit commun, le terme law ou lex en latin a une signification de droit en général
mais également d’une forme de droit à légiférer. Un des exemples retenu est celui des lois saliques
issue du droit salien dans lesquelles on retrouve de la procédure, du droit pénal mais pas de droit
public puisque ces civilisations ne connaissent pas le principe d’empire.

2° Une législation timide : les capitulaires (capitularia) - expression du ban royal - territorialité

Une législation va apparaitre sous le règne des Mérovingiens mais elle restera timide. C’est plutôt à
l’époque des Capétiens. Elle s’exprime via les capitulaires (>capitula) qui sont l’expression directe du
pouvoir royal (sur le monde laïque comme sur le monde ecclésiastique). Celui-ci pose les premières
bases du droit public, c’est d’ailleurs par-là que l’on essaye d’endiguer le phénomène de la
vengeance privée.

3° Survivances du droit romain (code théodosien) en vertu de la personnalité du droit : « lois » des
Burgondes (lex romana Burgundionum, début 6e s.) et des Wisigoths (Bréviaire d'Alaric, 506)

Comment cela se fait-il que des subsistances du droit romain perdurent dans le temps malgré la
chute de l’Empire romain d’Occident ? Les survivances du code théodosien sont dues au principe de
personnalité du droit. Les gallo-romains continuent à vivre selon leur propre droit car il n’y a pas de
principe de territorialité. Le droit dans ces régions est donc pétrit de droit romain. Certains rois vont
mêmes rédiger ce droit de leurs sujets gallo-romain. Le roi des Wisigoths, Alaric, en est l’exemple
parfait avec ces bréviaires écrits en 506. Cependant, un problème subsiste lui aussi, le droit n’est
plus alimenté d’une doctrine et d’une législation, il n’est donc pas rénové et va au fur et à mesure
du temps s’appauvrir et s’apparenter à un droit coutumier. Il est donc erroné de dire que le droit
romain a disparu car il continue à vivre grâce à l’Eglise et grâce à ce principe de personnalité du droit.

3. TRIBUNAUX ET PROCEDURE

1° Le « mallus » ou tribunal du comté et le tribunal du palais (grands personnages du royaume, cas


réservés et déni de justice)

Nous l’avons vu, dans chaque comté se trouve un « mallus » qui rend la justice et fait office de
tribunal. Il existe également un tribunal du palais à Aix-la-Chapelle présidé par l’Empereur ou le
maire du palais. Ce tribunal a une double compétence :

1) Compétent « rationne personae » pour les hauts dignitaires et pour la famille royale
2) Compétent « rationne materiae  » selon la matière (deux grandes matières) :
 Pour toute atteinte aux capitulaires impériaux, qui sont considéré comme une
atteinte à l’empereur lui-même, cette compétence est partagée en partie avec les
tribunaux du mallus.
 Compétence en cas de déni de justice qui est un principe selon lequel il est refusé
de juger une affaire, de rendre la justice (Exemple : Si quelqu’un se plaint au comte
et qu’il demande à être jugé et que le comte refuse, le plaideur peut s’adresser au

27
tribunal du palais) ou en cas de faux jugements qui est applicable lorsque l’on
accuse le compte du tribunal du mallus d’avoir délibérément rendu un faux
jugement (Exemple : Corruption, favoritisme d’un proche,…), dans ce cas-là on peut
prendre le comte a parti et l’accuser d’avoir délibérément rendu un faux jugement. Il
ne faut pas prendre ce genre de recours à la légère car si il est avéré que le comte a
raison, le demandeur encours un risque de peine de mort.

2° Procédure accusatoire : plainte nécessaire du demandeur

La machine judiciaire se met en route seulement lors d’une accusation, il faut une plainte. On
accuse formellement quelqu’un.

3° Preuves irrationnelles : serment purgatoire avec des cojureurs – jugements de Dieu ou ordalies
unilatérales (fer chaud, eau chaude et froide) et bilatérales (duel judiciaire) – pas de voies de
recours

La procédure de l’époque se base sur la preuve irrationnelle : Dieu intervient dans une quête de
vérité. Il existe deux types de preuve :

1) L’ordalie unilatérale ou bilatérale

L’ordalie est une épreuve qui permet de faire éclater la vérité. L’ordalie unilatérale ou du feu est
une épreuve imposée à l’un des deux partis : généralement dans nos régions, on prenait du métal
chauffé à blanc et l’accusé ou l’accusateur devait le serrer dans ces mains. En fonction de la
guérison de la blessure, un prêtre déterminait la culpabilité de la personne ayant subi l’ordalie.
Selon la légende, l’Impératrice trouvait un jeune chevalier beau garçon mais celui-ci était fidèle.
L’Impératrice, outrée que le chevalier ignore ces avances, va l’accuser auprès de l’Empereur d’avoir
intenter à sa pudeur. L’Empereur, furieux, va condamner le chevalier à la décapitation. La veuve du
chevalier va tenter de prouver l’innocence du mari et va subir l’ordalie du feu de laquelle elle va
ressortir victorieuse. L’Impératrice sera brulée vive (tableau réalisé au 15 e siècle).
D’autres ordalies étaient couramment utilisées à l’époque médiévale : l’ordalie de l’eau froide : on
attachait les mains et les pieds de la personne concernée pour ensuite le jeter à l’eau. Si la personne
flottait, elle était coupable, si elle coulait, elle était innocente.
Les ordalies sont vues comme totalement irrationnelles mais celles-ci sont encore utilisées comme
moyen de preuve en Afrique. Exemple : Une seconde femme d’un homme accusait la première
femme de ce même homme, de lui avoir jeté un sort pour qu’elle n’ait jamais d’enfant. On appelle
donc les anciens du village qui vont déterminer l’épreuve et qui devra la subir. Mais où est le
rationnel dans tout ça ? Les anciens ont un élément à leur disposition : ils peuvent choisir la personne
qui va subir l’ordalie. Les anciens ont la conviction intime qu’il fallait éviter que l’accusation soit
fondée, il fallait donc que cela soit la seconde femme qui la subisse et qui bien sur échoua en fuyant
face à l’épreuve. Ils utilisent l’ordalie car elle fait intervenir Dieu : il n’est pas possible de contredire
la justice des dieux, un recours n’est pas envisageable contrairement à la justice des hommes.
Il en va de même pour les ordalies bilatérales, qui consistent en un duel entre les deux partis. On est
persuadé que Dieu va intervenir et aider celui qui dit la vérité. Dans le cas des femmes, elles peuvent
faire appel à un champion. L’ordalie va vite disparaitre au milieu du 11 e siècle car on juge qu’il ne
faut pas faire intervenir Dieu dans ce genre d’affaires. L’ordalie bilatérale à résister jusqu’au 13 e
siècle.

28
2) Le serment purgatoire

Il s’agit des affaires privées. Exemple : un conflit de voisinage. Il suffit d’arriver devant le malus et de
jurer sa propre innocence des faits reprochés. On jure devant les reliques saintes, en cas de
mensonges, on commet un parjure. On sera donc puni en étant envoyé aux enfers. Il faut prononcer
certaines paroles, ne pas trembler, ne pas bégayer, il faut être sûr de soi même sous la pression. Il
faut également appeler des cojureurs qui seront témoins respectables qui jurent également et qui
témoignent de l’innocence de la personne qui est accusée.

29
PARTIE II : L’ADOLECENCE DE L’ETAT : LA MONTEE DE L’ETAT
MONARCHIQUE (XII-XV s.)

CHAPITRE I : LES NOUVELLES DONNEES

1. VILLES ET FRANCHISES : UNE NOUVELLE DONNEE POLITIQUE,


JURIDIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUE

1° Le contexte économique : retour de l'ordre vers 1000 : essor agricole, démographique, artisanal
et commercial (interrégional puis international)

De grands changements s’opèrent vers l’an 1000, ces changements auront beaucoup de
répercussions économiques, juridiques, institutionnelles et politiques.
Le 11e siècle est une période de stabilité en Europe, il y a peu de guerres, la croissance
démographique est assez importante. Cette croissance démographique est liée à un élément
psychologique mais aussi à des éléments économiques, sociaux et temporels. Cet élément
psychologique est notamment l’année 1000, beaucoup de gens croient en la fin du monde. Comme
cette fin du monde ne se produit pas, le nombre de naissance augmente (// babyboum après la 2 e
Guerre Mondiale). De plus, le peu de conflits et l’absence d’épidémies favorisent cet essor
démographique. On apprend également la technique de la jachère (laisser la terre au repos tous les
trois ans) ainsi que d’autres techniques agricoles qui augmentent la production agricole. Les hivers
sont moins rudes et aucunes catastrophes qui mettraient en péril les récoltes ne menacent
l’agriculture.
Tous ces facteurs font que le taux de mortalité infantile est en baisse, une augmentation des
naissances est observée. On produit plus que nécessaire malgré l’augmentation démographique. On
peut donc faire des échanges mais une autre activité va se développer : l’artisanat. Cette activité va
se développer en fonction des matières premières de la région. En Belgique, l’artisanat du fer va se
développer aux abords de la Meuse, le nord du pays se consacrera plutôt à l’artisanat du textile et du
drap. Les populations exploitent aussi l’énergie qu’elles ont à leur portée et là où elle se trouve :
des moulins à eau près des rivières et des moulins à vent dans les régions venteuses. L’artisanat fait
l’objet d’abord d’un commerce local, pour ensuite se développer à un niveau national. Un commerce
international va même s’établir, dirigé principalement par les Arabes qui apportent des produits de
luxe (parfums, tissus, …), ceux-ci exercent surtout une influence dans le sud de l’Europe.

2° Des droits seigneuriaux (justice, service militaire, corvées etc.) incompatibles avec le commerce
et l’artisanat - les villes obtiennent un statut particulier : affranchissement (l'air de la ville rend
libre) et auto-administration (le représentant du seigneur : bailli, prévôt, châtelain, maire ; les
échevins ; les jurés) — des textes officialisant l'affranchissement : les chartes de franchises ou
chartes-lois (par exemple : Huy 1066, villes de Flandre 1127) - matières : redevances et prestations
- mesures de paix - administration locale - droit civil et pénal

Des villes vont naitre de cet essor de l’artisanat ; les activités sont principalement du secteur
secondaire ou du secteur tertiaire, les gens ne se s’adonnent pas aux activités du secteur primaire
(l’agriculture). La population se concentre dans ces villes : Venise, Florence, Gênes, Paris, Bruges, …
Cette formation de villes est incompatible avec le système de seigneurie. La majore partie de la

30
population est encore sous le pouvoir des seigneuries, les serfs ont un statut de mi-libre. Le seigneur
va petit à petit perdre de la main d’œuvre, des outils économiques. On se retrouve face à une
contradiction : la seigneurie vs le développement commercial. Il faut donc trouver une solution
juridique. Cette solution sera l’élaboration d’une charte de franchise : document par lequel le
seigneur affranchit une partie de la population pour qu’elle s’adonne à l’artisanat ; il les affranchit
donc de leurs obligations de travailler dans la réserve ou d’exécuter certaines corvées. Quel est
l’intérêt ? L’intérêt est économique : en contrepartie de cette franchise, le seigneur exige des taxes
qu’il va prélever sur la production artisanale, sur le commerce. Cette taxe monétaire permet de
palier à la perte de population et rapportera au seigneur bien plus de revenus que la culture de ces
terres. Dès 1066, la première charte de franchise est accordée à Huy, les habitants sont affranchis du
loyer et de tous les droits exercés par le seigneur. Il ne faut pas confondre le concept de ville et le
concept de franchise : le concept de ville est une réalité économique et le concept franchise est une
réalité juridique. Dans nos régions beaucoup de villes et mêmes certains villages. Pour avoir le statut
de ville, il ne s’agit pas d’un certain nombre d’habitants mais bien de si oui ou non la ville a reçu une
franchise. Toute une série de franchise seront établies au 12 e siècle en Flandre (1127), le but est de
créer une nouvelle agglomération : Niewport. Plusieurs seigneurs obligent leurs serfs à fonder une
agglomération pour avoir plus de revenus, surtout dans le centre et dans le sud de la Belgique. Dans
le nord du pays, les seigneuries sont plutôt laïques alors que dans le sud elles sont plutôt
ecclésiastiques et donc plus retissent car ils considèrent que cela perturbent l’organisation
classique : les trois ordres. Le Tiers-Etat se diversifie : on y trouve des habitants des seigneuries mais
aussi des artisans et des commerçants. Les ordres sont la volonté de Dieu d’où la réticence à la
diversité.
Les villes qui vont obtenir des chartes de franchise vont développer une structure de croissance :
des institutions qui dirigeront la ville. Un ou deux bourgmestres veillent sur la ville et sur les intérêts
du seigneur, ils sont les représentants de celui-ci (d’ailleurs, jusqu’il y a peu, les bourgmestres étaient
nommés par le Roi en Belgique). La ville est dotée d’un collège composé d’échevins qui ont un
double rôle. Ils sont en charge de l’administration : les règlements municipaux, les règles
d’urbanisme (éviter les risques d’incendies), les règles de protections, les règles de salubrité
publique ; ils reprennent également les compétences du seigneur au niveau judiciaire.

31
(Charte de franchise)
3° Un acteur incontournable de la vie politique médiévale : "trouble-fête" de la société
trifonctionnelle : la bourgeoisie (exclusion des nobles et des clercs) - puissance économique et
politique (banlieue)

Toute personne demeurant une année et un jour dans la ville obtient le titre de bourgeois. Les
bourgeois relèvent de la juridiction de la ville et bénéficie de la protection que la ville leurs
accordent. Les villes vont se doter d’un droit pour garantir la prospérité. Exemple : le principe de
couvre-feu ou l’interdit du port d’armes. Le principe de justice gracieuse va donc être développé
dans les villes. Comme la fonction de notaire n’existe pas encore, ce sont les échevins qui aident à
établir des contrats et à conserver des copies de ces contrats, ce qui permet de constituer des
archives. Un Conseil municipal se met en place lorsque les artisans demander à être représenté, il va
protéger les petits commerçants et les artisans ; ce Conseil est composé d’échevins cooptés par les
grandes familles. Les chartes seront conservées dans les beffrois. Le droit devient de plus en plus
élaboré : on voit apparaitre des ébauches de droit commercial, le droit des contrats s’étend alors
qu’avant, il était réservé pour les propriétés foncières. Le développement du commerce conduit à un
développement d’un système bancaire. Ce système bancaire sera surtout réservé aux Juifs car le
principe d’usure (le prêt à intérêt) est interdit aux Chrétiens. Nous ne sommes plus dans une société
trifonctionnelle : le bourgeois est devenu un acteur économique incontournable, il deviendra aussi
un acteur politique. Le Roi est l’acteur principal de l’Etat monarchique moderne, il ne peut pas
ignorer la naissance de cette nouvelle classe. Il n’y a pas d’Etat central en Italie sauf l’Etat canonique.
Les villes deviennent des républiques.

2. LA (RE)DECOUVERTE DU CORPUS IURIS CIVILIS

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(Justinien)

On ne sait ni par qui, ni quand mais probablement vers le milieu du 11 e siècle en Sicile, personne ne
sait par qui … de la (re)découverte d’une manuscrit inconnu à l’Occident  : le Corpus Iuris Civilis, une
compilation faite par Justinien (empereur de l’Empire romain d’Orient) après la chute de l’Empire
romain d’occident. Ce Corpus Iuris Civilis était appliqué dès le 6e siècle dans l’Empire romain d’orient.
On pense qu’il a été retrouvé en Sicile notamment parce que cette ile était un carrefour à l’époque
entre l’Orient et l’Occident. On pense qu’ils ont redécouvert le Digeste, comme celui-ci est écrit en
latin, il a permis à celui qui a découvert ce manuscrit d’évaluer la valeur de ce document. Ce
document va attirer l’attention de l’Eglise qui maitrise le latin. De plus, elle voit en ce document un
argument supplémentaire dans sa réflexion entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. L’Eglise
tente de se structurer à cette époque, elle va trouver la solution dans ce manuscrit. Cette partie du
Corpus Iuris Civilis propose une compilation structurée, élaborée et va donc servir de source
d’inspiration, l’Eglise va s’en servir comme un instrument juridique. Le pape Gratien prend l’initiative
de réunir tous des écrits via un décret (1150 : Décret de Gratien) qui formera la base du Corpus iuris
canonici. Le Corpus iuris civilis est composé en quatre parties : le Digeste, le Codex, les Novelles et les
Institutes.

SECTION 1 : LE IUS COMMINE, UN DROIT SAVANT

1° Naissance des universités : Bologne (début 12e s.), Oxford (milieu 12e s.) et Cambridge (début
13e s.), Paris (début 13e s.), Louvain (milieu 15e s.) – communauté de professeurs et étudiants
(universitas) – caractère ecclésiastique, caractère privilégié (autonomie), caractère international
(langue et peregrinatio) et caractère élitiste (niveau et coût).

L’Eglise va donc organiser l’étude de ce Corpus iuris civilis  ; cette étude commencera à Bologne au
12e siècle (début). Des universités vont se former pour enseigner et étudier ce Corpus iuris civilis, le
terme « université » venant du terme latin universitas signifie une corporation et une communauté
qui se réunit pour étudier une matière donnée (ce terme ne signifie pas, comme on pourrait le croire,
un rassemblement des compétences). A Bologne, seul le droit est enseigné, on n’enseigne pas la

33
médecine, ni les mathématiques). D’autres communautés vont apparaitre comme celle d’Oxford au
12e siècle et celle de Cambridge, Paris au 13 e siècle et celle de Louvain au 15e siècle. Les universités
sont créées par des bulles pontificales (création ecclésiastiques) qui seront parfois confirmées par
le Roi ou le seigneur. Par exemple : Saint-Louis confirmera l’université de Paris au 12 e siècle. Les
universités regroupent certaines caractéristiques communes : elles ont toutes un caractère
privilégié (via le statut ecclésiastique), élitiste et international. Le Pape accorde une bulle
pontificale aux étudiants, cette bulle est un sceau. Le Roi lui aussi impose un sceau de plomb pour les
documents moins importants et un sceau en or pour les documents plus importants. On scelle avec
une boula (> vient du terme bulle pontificale) qui est une boule pour sceller. Les étudiants sont donc
privilégiés par le Pape qui donne sa bulle mais également le Roi qui peut compléter ces privilèges. Les
étudiants sont considérés comme appartenant au 1 e ordre et se voient attribuer le statut de clercs.
Les universités ont plusieurs privilèges notamment fiscaux (pas d’impôts) ; les universités ont
également leurs propre justice, elles échappent à toute justice étrangère : le tribunal du recteur
s’occupe de juger les professeurs et les étudiants (c’est l’université qui choisit ces étudiants et ces
professeurs).
Un privilège international est également attribuer aux universités : tout le monde s’exprime en
latin. Les Institutes sont enseignées en première année, le Codex en deuxième année, les Novelles en
troisième année et le Digeste en quatrième année. Il est très facile de changer d’université, Bologne
étant la plus prestigieuse. Le mélange des personnes au sein des universités est très grand  : les gens
viennent de partout en Europe. Les universités vont s’organiser par nations : on vit dans des collèges
selon notre nation.
Le caractère élitiste est aussi fortement mis en avant : l’université est réservée aux lettrés ayant une
très bonne connaissance du latin. Le cout de ces études est aussi conséquent, l’étudiant doit
souvent aller dans un autre pays et doit se fournir d’outils pédagogiques tels qu’une copie du Corpus
iuris civilis qui est à l’époque très onéreuse. Qui est cette élite ? Généralement, les bourgeois des
villes. L’Eglise va développer un système de bourse d’étude pour permettre à des étudiants moins
fortunés d’étudier. Le Roi et les princes territoriaux font faire de même afin de pourvoir par après
profiter des connaissances de la personne formée qui sera contrainte d’être au service de son
créancier.

2° Les "écoles" de droit romain — les glossateurs : explication mot à mot et paraphrase du texte
(gloser) : Azon (Summa Codicis, v. 1210) et Accurse (Glossa Ordinaria, v. 1240) — les
commentateurs (ou post-glossateurs) : intérêt pour les autres sources du droit et les réalités
juridiques de leur époque: d'abord en France (mos gallicus) avec Jacques de Révigny († 1296) ; puis
en Italie (mos italicus) avec Bartole († 1357) et Balde († 1400) — l'évolution ultérieure, l'école
humaniste (16e s.) : étude du droit romain dans son contexte historique et approche générale :
André Alciat († 1550) et Jacques Cujas († 1590).

Le droit s’enseigne selon le principe de la glose (étude des mots du Corpus iuris civilis). Cette manière
d’enseigner donnera naissance à l’école des glossateurs : on explique mots à mots les textes du
Corpus iuris civilis. On explique un mot via un autre passage du Corpus iuris civilis (paraphrase). Cet
enseignement textuel n’est pas familier, il ne se trouve pas dans les coutumes.
Azon réalisa le Summa Codicis, en 1210, qui un ensemble de la connaissance textuelle de ce code.
Accurse en 1240 réalisa la Glossa Ordinaria qui est l’ensemble du Corpus iuris civilis glosé, analysé
mots par mots.
Après cela, on se demande s’il ne faut pas aller plus loin qu’une simple analyse mots à mots. Il faut
trouver une réponse aux nouveaux problèmes juridiques qui affluent avec l’évolution du commerce
et des contrats. Une nouvelle école de post-glossateurs voit le jour : une école de commentateurs du

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Corpus iuris civilis, ils réalisent de véritables analyses à partir de casus. Cette école s’est d’abord
développée en France (Orléans, Bourges, Montpellier), on se distancie du modèle italien, on ne suit
plus le modèle des glossateurs. La méthode employée est celle du mélange. Cette technique se
développe d’abord en France : Jacques de Revigny (mort en 1296) et Pierre de Belleperche (mort en
1308) qui vont s’intéresser aux autres sources du droit et aux cas juridiques dans la vie courante. Ce
modèle va par après être repris par les Italiens vers le 14 e siècle et le 15e siècle. Deux grands penseurs
vont émerger en Italie : Bartole (Bartolus de Saxoferrato mort en 1357) et Balde (Baldus de Ulbaldis
mort en 1400). Leurs œuvres sont des commentaires du Corpus iuris civilis qui seront les œuvres les
plus imprimées après la Bible.

(Corpus iuris civilis glosé)


Plus tard, une troisième école émergea (vers le 16 e siècle) : l’école des humanistes. L’enseignement
d’aujourd’hui est l’héritier de cette école. Cette école rappelle que le Corpus iuris civilis est le produit
d’une civilisation passée et qu’il ne faut pas créer d’anachronismes. S’il l’on demande à Bartole
d’expliquer ce qu’est la féodalité, il répondra que la féodalité n’existe pas, alors que celle-ci est
présente partout autour de lui. L’école des humanistes déclare qu’on ne peut pas appliquer ce droit
mécaniquement à chaque situation. André Alciat (mort en 1550) et Jacques Cujas (mort en 1590)
vont proposer une approche générale du droit romain, on peut puiser dans le droit romain mais il
faut le contextualiser.

3° La "réception" du droit romain (influence sur le droit et la pratique) : — D’abord une réception
par l’Eglise : Décret de Gratien (v. 1150) - développement du droit romano-canonique — dans
l'Empire : "réception" du droit romain (élément renforçant le pouvoir impérial) — en France et
dans les anciens Pays-Bas : autorité supplétoire - opposition à la réception pour des raisons
politiques : interdiction de l’enseignement du droit romain à Paris — en Angleterre : enseignement
universitaire sans impact sur la pratique (sauf exception, p.ex. cour de l'Amirauté).

Une doctrine « canonique » et « romaniste » va se développer en Occident sur base du droit romain
qui va devenir la source et l’origine d’une doctrine. En effet, le droit romain avait survécu de manière
embryonnaire suite à la chute de l’Empire romain d’occident. Le Corpus iuris civilis n’avait jamais
vraiment été employé en Occident car il s’agit de l’œuvre de Justinien et qu’il l’a écrit après la chute
l’Empire romain d’occident. Le droit romain n’est pas prédominant en Occident, il n’y avait pas de
doctrine avant les ouvrages de Bartole mais bien une législation, des coutumes, des ordonnances

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urbaines au sein des villes. La doctrine a pour but de réfléchir sur le Corpus iuris civilis avec l’école
des commentateurs. La doctrine sera utilisée dans des cas pratiques mais de manière accessoire car
le droit romain n’est pas prédominant. On a recours à cette doctrine quand la coutume est muette,
alors le droit romain devient une source à part entière ; on a également recours à la doctrine quand
la coutume est incomplète ou contradictoire.
Au 13e/14e siècle, le droit romain devient le ius commune, c’est le droit commun à l’Europe : il est
enseigné partout en Europe et circule partout via le latin. Il constitue un héritage commun à
l’Europe et vient compléter le ius propria (droit propre à chaque territoire en Occident). Le ius
commune est considéré comme le droit savant, il va avoir beaucoup d’influence dans le droit privé
(droit des biens, de la propriété, des obligations, pénal, commercial, …) mais surtout dans le droit
public lors de l’évolution de la notion d’Etat et la notion de souveraineté.

SECTION 2 : INFLUENCE DU DROIT ROMAIN SUR LA VIE POLITIQUE  : LA NOTION DE


« SOUVERAINETE »

1° La suzeraineté : dimension féodale du pouvoir

Avant la redécouverte du Corpus iuris civilis (la première partie du Moyen-Age), le système était basé
sur la féodalité, tout était basé autour de la féodalité. La notion de suzeraineté prend de plus en plus
d’ampleur dans la seconde partie du Moyen-Age, le suzerain est la personne à la tête de la
pyramide qui est seigneur de tous et vassal de personne. Le suzerain est le seul qui est sacré par
l’Eglise, ce sacre lui donne une dimension ministérielle et chrétienne.

2° La souveraineté : d’une base idéologique (le sacre) et féodale vers une base juridique du pouvoir
royal Rôle des légistes dans l'entourage royal : des arguments puisés dans le droit romain - le roi
investi de la charge du "bien commun" (utilité publique)

Avec la redécouverte du Corpus iuris civilis, le concept de souveraineté apparait. Le Corpus iuris civilis
sera une découverte clé dans l’affirmation du pouvoir royal. La souveraineté par rapport à la
suzeraineté est une motion plus large qui va d’ailleurs être utilisée pour renforcer le pouvoir des
monarques et apporter une dimension juridique. La souveraineté va tisser des liens, établir des
rapports juridiques, entre le prince et ses sujets. Les légistes sont les personnes ayant suivis un
cursus de droit canonique et étant licencié en droit. Ceux-ci vont aller rechercher dans le droit
romain des éléments pouvant consolider le pouvoir des monarques. Les rois vont très vite
s’intéresser aux légistes et vont les recruter à la sortie de leur cursus pour qu’ils deviennent
conseiller du Roi et définissent les prérogatives. L’argument principal invoqué par les légistes est
que le Roi est investi d’une charge : l’intérêt général (notion moderne) qui à l’époque se nommait le
bien commun. Le Roi doit gouverner dans l’intérêt général, il ne peut pas se préoccuper seulement
d’un groupe, ces vassaux directs. En tant que garant du bien commun, il doit avoir une relation avec
tous ces sujets, la souveraineté permet de tisser ce lien. La suzeraineté était seulement un lien
juridique entre le Roi et ces vassaux (5% de la population).

3° Les prérogatives d'un souverain : — la jurisdictio : la juridiction en dernier ressort et le droit de


grâce - le roi est « fontaine de justice » : toute justice émane de lui - possibilité et nécessité de
déléguer la prérogative judiciaire — la legislatio : prérogative du prince de « faire la loi » -
argument puisé dans le Corpus (Ulpien) : "quod principi placuit, legis habet vigorem" – le roi de

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France revendique le droit de "faire, interpréter, modifier et aggraver les lois" - extension des cas
réservés ou cas royaux

La notion de souveraineté élargit le pouvoir et fait évoluer l’Etat vers une dimension de plus en plus
moderne. Les légistes vont puiser dans le droit romain et plus particulièrement chez Ulpien, pour
définir les prérogatives et les instruments du souverain : les monarques peuvent régner s’ils ont pour
objectif le bien commun et non le bien privé. Les deux prérogatives énoncées par Ulpien sont :

- La jurisdictio (> juridiction > dire le droit applicable) : Le Roi doit rendre la justice, il est la
juridiction de dernier ressort. Le Roi est source de toute justice, il est « fontaine de justice »,
il est incarné de toute justice : on rend la justice selon le Roi. Toute justice est rendue par
Dieu qui délègue son pouvoir au Roi, le droit de grâce (qui est d’ailleurs toujours attaché au
Roi aujourd’hui). Le Roi exerce la jurisdictio par délégation de Dieu, il peut lui-même
déléguer ce pouvoir à des juridictions.
- La legislatio (> faire le droit > latum : participe passé irrégulier de ferre). Le Roi, en légiférant
les lois, doit se soucier de l’intérêt général. Ulpien énonce cette phrase : « quod principi
placuit, legis habet vignorem » : « ce qui plait au prince a force de loi ». Cette affirmation
montre bien la prérogative de l’Etat à faire des lois. Avec le droit romain, la période
médiévale va développer la notion de souveraineté mais cela donne surtout au monarque
les prérogatives pour exercer le pouvoir souverain. La juridiction de dernier ressort va être
accordée au Roi. Le pouvoir de légiférer est un excellent instrument pour imposer sa
souveraineté.

Très tôt en France, au 13 e siècle, Philippe le Bel va revendiquer le droit d’interpréter les lois, de
légiférer comme marque de cette souveraineté. Cela aura des conséquences pratiques, on voit
apparaitre une résurgence, un développement de la législation mais pas seulement la législation
urbaine, une législation nationale qui appuie la souveraineté des rois. Pour ce qui est de la justice, il
faut faire évoluer les choses. Au Moyen-Age, le droit archaïque, fondé sur les coutumes est composé
d’une procédure accusatoire avec une intervention divine. Le système va donc se rationnaliser
pour faire disparaitre les interventions divines avec les ordalies en Europe continentale. Au 11e
siècle, l’Eglise va très vite rejeter ce mode de preuve pour ce genre d’affaires. Un Roi ne peut pas être
souverain et être source de justice alors que la justice repose sur Dieu. L’Eglise va se chambouler sa
propre organisation et ensuite les Princes et les Rois. D’où le nom du système : romano-canonique :
il explique les sources d’inspirations du nouveau système juridique. On va reprendre le droit romain
mais pas tel qu’il est présenté dans le Corpus iuris civilis, il va être adapté à l’époque par l’Eglise et
par après va être repris par les Princes et les Rois.
La procédure accusatoire se transforme en une procédure inquisitoire basée sur l’enquête, le mode
de preuve rationnel : les témoignages, les preuves écrites, les images, … L’intervention divine est
abolie au 12e siècle pour les juridictions de l’Etat et au 13 e siècle pour les juridictions princières. Cela
a pour conséquence que le jugement peut être contesté, contrairement au jugement de Dieu qui lui
ne peut pas être contesté, la seule possibilité est de faire repousser le jugement en cas d’abus de
pouvoir ou en cas de déni de justice. La procédure romano-canonique émet la possibilité d’une
faute venant du juge. Le juge peut faire une mauvaise interprétation, on peut estimer que qu’il y ait
une autre conclusion possible. On voit donc apparaitre une notion qui est toute nouvelle : l’appel,
on peut contester la décision du juge. On va donc contester la conclusion du juge devant une
juridiction hiérarchiquement supérieure qui va rejuger l’affaire. Qui est cette juridiction
supérieure ? Celui qui dispose de la jurisdictio en l’occurrence, le Roi ou l’Empereur. On fait du Roi,
la personne chez qui on peut contester une décision.

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Exemple concret : la ville de Sienne

(Le palazzo publico de Sienne)

On y voit sur l’iconographie le palazzo publico, l’hôtel de ville de la ville de Sienne (ville qui s’est
développée grâce à l’artisanat et qui a obtenu une franchise). Ce bâtiment possède une pièce qui
s’appelle la salle du Conseil des Neufs. Ces Neufs sont des personnes qui administrent le Conseil, ils
ont des compétences administratives et judiciaires. Cette salle est décoré d’une fresque, à gauche se
trouve le « bon gouvernement » et à droite se trouve les effets de ce bon gouvernement. A l’opposé,
se trouve le « mauvais gouvernement » ainsi que les conséquences de ce mauvais gouvernement. « Il
buon govrno » : le bon gouvernement, l’auteur est Ambrogio Lorenzetti (1338-1339). Au milieu de
cette fresque, se trouve l’échevin du conseil de la ville de Sienne, il représente la ville de Sienne. Il
porte les couleurs de la ville : noir et blanc. Il a des traits ressemblant avec l’empereur. Cette fresque
est l’expression iconographique du principe de souveraineté. Les vertus théologales sont
représentées : la foi, la charité et l’espérance ; les vertus cardinales sont également représentées :
la force (avec le lion), la prudence (avec un miroir qui incite à toujours veiller à ce qu’il y a derrière
soit), la tempérance (avec la cruche d’eau pour apaiser les pulsions sexuelles) et la justice (avec le
glaive qui est le symbole de la force dans la justice, il applique les peines). Le personnage
représentant la paix est avachi car le bon gouvernement fait régner la paix. De l’autre côté, la figure
de la Justice est représenté avec une balance (expression imagée de la justice venant d’Egypte : on
pèse le poids des âmes). A droite, est représenté la Justice comme vertu ; à gauche, est représenté la
justice comme une institution. L’angelot en haut représente la sagesse ; en bas la femme concorde a
sur ces genoux un rabot (raboter le bois est le rendre plus lisse) : la Justice doit raboter les
différences entre les citoyens et les différences sociales. D’un côté, nous avons la justice distributive  :
justice pénale, justice criminelle ; de l’autre, nous avons la justice communicative : le volet civil, la
justice va trancher (bourse d’argent). Deux cordes descendent des plateaux pour se réunir dans les
mains de la concorde pour après descendre vers les personnages d’en bas qui représente la
population de Sienne.
Le bâton représente l’armée, le signe de pouvoir, le bâtonnier étant le chef. Le bâton incarne la
législation : signe de commandement. Les deux plateaux représentent les juridictions ; la corde
représente le lien entre les deux grandes prérogatives de la ville. Les lois doivent s’inspirer de la
justice, l’intérêt général : pas de différence entre les riches et les pauvres.

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(Cf. Power Point du professeur)

39
CHAPITRE II  : LA NAISSANCE DES ETATS MONARCHIQUES

OBSERVATIONS PRELIMINAIRES

A partir du 13e siècle, se développe les Etats monarchiques, nous pouvons utiliser ce terme car c’est
la conséquence du fait que le droit romain endigue cette politique, le droit public. Nous sommes
passés dans l’ère de la souveraineté avec ces prérogatives et ces expressions. Il y a toujours ce lien
entre le Roi et ces sujets mais il se fait automatiquement, plus besoin de serments. Les sujets sont
liés au monarque, d’où la notion d’Etat-monarchique. Le monarque étant le détenteur du pouvoir
législatif.
Va donc se développer la figure du souverain, la notion d’Etat. Comment rendre cette idée d’Etat
comme expression concrète ? Par le biais des institutions centrales qui exercent les compétences,
les prérogatives liées à un Etat moderne. D’un point de vue subjectif, on fait appel à des auteurs.
D’un point de vue objectif, vont se développer des institutions centrales incarnant ces prérogatives
ou soit les nouvelles compétences liées à cette idée de souveraineté.
Toutes les institutions sont nées de la Curia regis (traduction : la Cour du Roi) : assemblée féodale
composée des barons ou des vassaux directs du Roi. Cette assemblée a certaines obligations envers
le Roi dans les décisions qu’il prend : l’expression d’obligation du conseil des vassaux. Au départ,
cette institution s’inscrit parfaitement dans la notion de suzeraineté mais qui, avec l’évolution, va
s’inscrire dans la notion de souveraineté. Cette Curia regis va s’étendre et se spécialiser. Cette
institution a de base un rôle consultatif, mais par la suite, cette institution féodale va donner
naissance aux grandes institutions centrales. Il est impossible de dater ces institutions car elles
n’émanent pas du Roi : elles naissent de la pratique. On peut observer son existence, sa
composition, ces prérogatives mais cette institution peut être antérieure. La datation va donc être en
fonction de son fonctionnement, de quand elle agit.

1. ANGLETERRE ET FRANCE

SECTION 1 : PRECOCITE DU DEVELOPPEMENT DES INSTITUTIONS CENTRALES EN


ANGLETERRE

Cette précocité est due à la maitrise rapide de la féodalité, une administration est mise très tôt sur
pieds. Le Roi peut exprimer rapidement sa souveraineté via les institutions. L’avance de l’Angleterre
a cette époque est estimée de un siècle/un siècle et demi. Le retard de la France est lié au temps
que les Capétiens vont prendre pour s’affirmer face aux princes féodaux. Cette différence de temps
s’exprime avec le développement de l’Etat : on ne peut développer un Etat moderne que quand on
maitrise la féodalité, si on ne la maitrise pas, il est impossible de voir naitre des institutions
centrales. Cela montre donc l’avancement de la souveraineté sur la suzeraineté. Le renversement
d’orientation général est le lien avec le Roi : ce n’est plus un lien entre le Roi et ces vassaux mais bien
un lien entre le Roi et tous ces sujets. Ce qu’on étudiera en Angleterre aura de fortes similarités avec
la France mais avec deux grandes différences majeures :

1) La différence temporelle.
2) Les institutions françaises n’auront pas le même nom que les instituions anglaises. De
mêmes termes peuvent être employés mais n’ayant pas la même signification.

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Les principales similarités sont :

1) La figure clé du monarque.


2) Les institutions naissent d’un élargissement ou d’une spécialisation.

On divise les institutions en quatre groupes :

1) Les institutions politiques : celles qui prennent les décisions politiques.


2) Les institutions administratives : celles qui mettent en œuvre ces décisions.
3) Les institutions judiciaires : celles qui incarnent les juridictions.
4) Les institutions représentatives : celles qui représentent l’ensemble des forces de la
société.

Les trois premiers groupes se sont développés sur base d’une spécialisation de la Curia regis. Le
quatrième groupe s’est développé sur base d’un élargissement de la Curia regis.

1° les institutions politiques (nées d’une spécialisation de la Curia regis) le Conseil restreint :
proches collaborateurs du roi (nombre restreint) - techniciens du droit (les fonctions prennent le
pas sur les hommes)

Les institutions politiques apparaissent dès la fin du 11 e siècle. Un conseil restreint est mis sur pieds.
Il rejoint d’idée que le Roi a besoin de conseillers qui l’aident au jour le jour. La Curia regis est
l’assemblée du Roi, cependant, il ne peut pas la convoquer tous les jours, il les convoque
périodiquement et décide des grandes orientations du royaume. Le Roi a besoin de conseillers,
d’aide pour faire la loi. Le Roi va donc s’adresser aux légistes, des personnes formées à l’université.
Il les intègre donc à la Curia regis, on verra ensuite qu’ils seront en permanence aux côté du Roi. On
va donc appeler cette assemblée de conseillers, le Conseil restreint. Le Roi met en évidence son
pouvoir souverain. Comment savoir que ce Conseil agit au près du Roi ? On voit apparaitre lors de
l’apparition des lois, les noms des légistes ainsi que leurs diplômes et leurs licences ; ces noms se
répètent.

2° les institutions administratives (nées d’une spécialisation au sein de la Curia regis)


— Chambre : services domestiques et garde-robe ("liste civile") : caisse personnelle du roi
— la chancellerie : le secrétariat du roi dirigé par le chancelier - rédaction et transmission des
décisions - "conscience" du pouvoir - d'abord itinérante puis fixée à demeure à Westminster
— l'Échiquier (1re moitié 12e s.) : contrôle financier des shérifs (agents royaux dans les shires avec
des compétences financières et judiciaires) et tribunal administratif

a) La Chambre 

Les institutions administratives étaient à l’origine, l’ensemble des services domestiques du Roi. Pour
la plupart, ce sont des vassaux qui assurent des fonctions honorifiques : les fonctions domestiques.
Exemple : le maréchal était à la charge de la cavalerie mais vu que le prestige se fait en fonction de
notre possession matérielle et notamment le fait de posséder un cheval. Le maréchal est donc
devenu responsable de l’armée. La Chambre est à la base, le service de la « garde-robe » du Roi,
ceux qui donc s’occupent de la tenue du Roi. Cette institution va se développer et évoluer vers une

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institution qui gère les dépenses du Roi. Elle va élaborer une liste civile qui permet de voir les
revenus du Roi.
Pourquoi parle-t-on de cela ? C’est pour démontrer que le royaume n’est plus le patrimoine privé du
Roi. La « garde-robe » démontre qu’une distinction est opérée entre les biens personnels du Roi et
les biens publics. On abandonne le principe même de la patrimonialité du Royaume (idée venant du
droit romain).

b) La Chancellerie

La Chancellerie est au départ, le secrétariat personnel du roi dirigé par le Chancelier qui a comme
fonction de rédiger les décisions royales et de les transmettre. Cette institution va se détacher de la
personne du Roi pour devenir une institution à part entière qui assure le respect des règles et qui
rédige les ordres royaux. Au départ, cette institution était itinérante, elle va se fixer à Westminster,
ce qui de constituer des archives. Il suffit de faire des copies des ordres royaux, une mémoire de
législation va donc être créée. On utilise des feuilles de parchemins que l’on cout les uns aux autres.
Ils formeront des rouleaux (rolls) de législation.

c) L’Echiquier (meilleur exemple d’une spécialisation de la Curia regis)

Cette institution est datée aux environ de la première moitié du 12 e siècle. Elle est toujours
d’actualité en Angleterre : Lord of Exchequer qui est aujourd’hui le ministre des Finances. Après la
conquête de l’Angleterre par les Normands, les rois normands ont conservés l’administration locale.
Le shérif avait donc une double compétence : rendre la justice et collecter les impôts et les taxes
(cf. Robin de Bois et le shérif de Nottingham). Les impôts doivent être versé mais pas dans la caisse
personnelle du Roi : il faut payer les membres de l’administration, l’armée. Les shérifs doivent
présenter une fois par an ce qu’ils ont récoltés comme taxes à la caisse royale. Le contrôle est
d’abord fait par les membres de la Curia regis mais cette fonction devient de plus en plus technique,
le Roi va donc adjoindre des spécialistes légistes à la Curia regis pour aider à la perception des
impôts. Ce travail demande de plus en plus de temps et de technique, c’est pour cela qu’au 12 e
siècle, une institution va se détacher de la Curia regis. Ces personnes sont identifiées et gèrent le
contrôle des finances du royaume.

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(Lord of Exchequer)
Pourquoi ce nom ? Parce que les comptes se faisaient sur des tables dont le tissu était noir et blanc
rappelant l’échiquier. En Angleterre on ne connait pas le décimal. L’unité de la monnaie £ qui est
divisée en 20 deniers qui est composé de 12 penny. Ces bandes noires pour aider dans le calcul,
quand on avait une pile de 12 sous, on mettait sur une bande et dès qu’on avait une bande complète,
ça fait 1£, ce système est appelé le système viscéral.
Cette institution est à la base, une institution financière mais elle peut se transformer en une
institution judiciaire si le shérif détourne des taxes et s’attribuent les impôts, elle peut alors juger le
shérif. Cela reste une institution administrative, elle ne peut que juger les shérifs, elle est alors
considéré comme une juridiction administrative. L’Echiquier est un bel exemple d’une institution qui
s’est détaché de la Curia regis par spécialisation. On observe donc une évolution de la conception
moderne de l’Etat : une institution peut être une juridiction ; cette évolution montre bien la
préciosité de l’Angleterre.

3° les institutions judiciaires (nées d’une spécialisation au sein de la Curia regis)


Les cours supérieures de Common Law : permanence, fixation à demeure à Westminster et
compétences organisées par la Grande Charte (art. 17)
— Cour des plaids communs (Common Pleas) : la cour qui a façonné le Common Law (un droit
national communs à tous les sujets - matières civiles (foncières)
— Banc du roi (King's Bench) : coram rege - causes intéressant le roi - compétences fixées
au 14e s. : causes criminelles et "correction" des erreurs commises par les cours de
Common Law + [l'Échiquier juridiction administrative]

En Angleterre, à côté du développement des « shire », on voit apparaitre des institutions centrales
auxquelles on peut s’adresser en première instance, ces institutions ont également une compétence
en appel. Ces institutions judicaires se développent avant la redécouverte du Corpus iuris civilis et
par conséquent celle du droit romain. C’est pour cela que l’Angleterre (et encore aujourd’hui) a un
système juridique différent de celui du droit romano-canonique : le Common Law/ le système anglo-
saxon. Le fait qu’il y ait deux systèmes est dû à la préciosité de l’Angleterre. Que signifie le Common

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Law ? C’est le droit commun à l’ensemble des sujets. Au 11 e siècle, le Roi impose l’unification du
droit à l’ensemble de ces sujets. Sous la pression des monarques, nous avons un droit commun en
Angleterre fondé sur la coutume et sur la législation royale qui a fusionné, donnent le Common
Law. Si on n’avait pas découvert le Corpus iuris civilis et si celui-ci n’avait pas suscité l’intérêt de
l’Eglise, il aurait été fort à parier que nous ayons un système juridique similaire à l’Angleterre
aujourd’hui. Au 13e siècle en France, lorsque le Roi veut rendre le droit plus unifié, plutôt que de
réunir toutes les coutumes, il va établir le droit romain comme droit national. La précocité de
l’Angleterre a fait que le droit anglais est différent du droit continental. Le Corpus iuris civils n’est pas
encore diffusé lors de l’élaboration du Common Law (ressemble au ius commune  ; il sera appuyé
par le droit romain). Les shérifs font appliquer ce Common Law. De grandes institutions en ont aussi
la charge :

a) Le Banc du Roi (King’s Bench) 

Institution ayant des compétences pénales et dans les affaires criminelles. Ils siègent au près du Roi.

b) La Cour des plaids communs (Common pleas) 

Institution ayant des compétences en matière civile et foncière ce qui n’est pas étonnant après les
contestations de 1066.

c) L’Echiquier (Exchequer)

Institution administrative ayant certaines compétences judiciaires : juger les shérifs dans l’exercice
de leurs fonctions.

4° Une institution représentative : le Parlement (né de l’élargissement de la Curia regis)


— origine : politique maladroite de Jean sans Terre (perte de la Normandie, vassal du Saint-Siège)
et alliance objective des sujets - la Grande Charte
(Magna Carta Libertatum) imposée en 1215 : élargissement du "commun conseil" (curia regis) à
des chevaliers et des bourgeois - première réunion commune en 1265 à l'occasion de
l'emprisonnement d'Henri III
— organisation bicamérale (14e s.) : Chambre des Pairs (House of Lords) : compétences politiques
et judiciaires - Chambre des Communes (House of
Commons) : impôts et législation (bills) - droit d'impeachment (1376)

Les institutions dites représentatives sont nées d’un élargissement de la Curia regis (composée des
vassaux directs, en Angleterre, elle est composée des barons qui sont les représentants de la
noblesse), elles représentent les forces vives du royaume. L’élargissement est fait aux autres ordres
de la société : les clercs et le Tiers-Etat. Dans quelles circonstances ? Il faut remettre les faits dans
leur contexte historique : au 13e siècle, Jean sans Terre, régent de la couronne extorque de l’argent à
la population. En effet, son frère, Richard Cœur de Lion est capturé et l’ennemi exige une rançon,
rançon que Jean sans Terre va faire trainer à réunir pour rester au plus longtemps sur le trône. Jean
sans Terre réussit à s’attirer le mécontentement de la population due à sa politique maladroite, il
est étrillé par l’ensemble des forces vives d’Angleterre, il a également des problèmes avec la
Noblesse.
En France, Philippe Auguste commence par vouloir affirmer son pouvoir, il a dans son viseur la
Normandie. Jean sans Terre est censé être le vassal de Philippe Auguste mais celui-ci refuse de prêter

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serment, c’est l’occasion pour lui d’affirmer son pouvoir de monarque et déclare donc Jean sans
Terre, félon et part reprendre la Normandie. La Noblesse anglaise ne veut pas perdre ces terres en
Normandie. Jean sans Terre va demander qu’on se battre mais cette bataille se soldera par une
défaite de l’Angleterre, d’où l’appellation de Jean « sans Terre ». La Noblesse est très mécontente de
cette défaite.

Le deuxième ordre, le clergé est également insatisfait de la politique de Jean sans Terre. Au début
du 13e siècle, l’Eglise est en conflit avec les empereurs germaniques (potestas vs auctoritas). L’Eglise
va donc aller encore plus loin : elle va revendiquer la plenitudo potestatis (la pleinitude du pouvoir)
afin de s’affirmer face au pouvoir temporel. Pour affirmer cette supériorité, elle va utiliser la
féodalité. Le Pape veut être reconnu comme le suzerain au-dessus des suzerains, ils veulent obliger
les Rois et les Empereurs à prêter serment au Saint-Siège. Jean sans Terre refuse d’abord de lui
prêter serment, il se retrouve en porte-à-faux avec l’Eglise. L’Eglise d’Angleterre se retrouve donc en
conflit avec le Pape.

Mais le plus important est que le troisième ordre va aussi exprimer son mécontentement et plus
particulièrement les villes. La ville de Londres s’est très vite démarquée, elle devient le pourvoyeur
de l’impôt. Les villes sont devenues très fortes économiquement. Officiellement, ces impôts étaient
prélevés pour la rançon et pour l’armée mais tout ce mécontentement va conduire les trois ordres  :
tous les sujets, en 1215, à élaborer la grande Charte des Libertés d’Angleterre : la Magna Carta
Libertatum, qui sera imposée au Roi. Cette Charte est considérée comme le texte le plus ancien « à
valeur constitutionnel » (texte le plus ancien entré en vigueur qui est considéré comme la base
principale de l’organisation politique d’Angleterre). Ce texte consiste en un nombre d’articles qui
rappellent au Roi que ces sujets bénéficient de droits et de libertés et que le Roi doit être garant de
ces droits et libertés. Exemple : l’interdiction de peines cruelles et infamantes. Ce texte montre bien
la précocité de l’Angleterre en matière de droit.

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(La Magna Carta)

Ce texte oblige donc au Roi de prendre des engagements : il doit consulter plus largement les forces
vives, il doit donc élargir le Conseil, ce n’est pas la création d’une institution mais un élargissement
de la Curia regis, elle apporte des éléments aux institutions existantes. Les institutions judiciaires et
administratives sont fixées dans la banlieue de Londres : Westminster. Cette Charte pose les bases :
réunir les conditions qui permettent l’émergence d’une institution représentative ; les représentants
de l’élargissement. Westminster se trouve séparée de Londres, poumon économique. Cette Charte
est imposée aux successeurs de la couronne.

Cinquante ans plus tard, en 1265, la Curia regis élargie se réunit pour la première fois suite à la
politique impopulaire que mène Henri III, on parle alors de Curia in parla mento : on discute du sort
du Roi, des questions politiques, … Cette assemblée va très vite être appelée le Parlement (1265) : il
s’agit donc de la Curia regis élargie au clergé et aux représentants des villes.
Cet élargissement ne vient pas directement de la Charte des libertés. Le Parlement en Angleterre
nait suite à un élargissement de la Curia regis, celui-ci va se réunir de plus en plus souvent. Il prendra
sa forme définitive au 14e siècle. Il adopte le bicaméralisme : deux chambres distinctes.

a) La Chambre des Lords (House of Lords = la Chambre des Pères)

Assemblée constituée des barons, des hauts dignitaires ecclésiastiques ainsi que quelques abbés
des grandes abbayes. Il s’agit de la continuité de l’ancienne Curia regis. Il y a donc d’un côté les Lords

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temporels, dont le titre est transmis par héritage ; et de l’autre les Lords ecclésiastiques pour ceux
qui assurent la charge d’abbé ou d’évêque (c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui  ; il n’y a pas
longtemps, Tony Blair tenta de dissoudre cette Chambre Haute, ce fut un échec, la base est resté la
même).
Pour ce qui est des compétences, cette Chambre a un rôle politique, elle doit conseiller le Roi dans
les affaires et perpétuent l’obligation de consultation. Elle possède aussi une compétence
juridique en fonction de la personnae designatus (en fonction de la personne désignée). En effet, on
ne peut qu’être jugé par ces paires ; la Chambre des Lords est donc compétente pour juger les hauts
dignitaires ecclésiastiques ainsi que les barons, ce qui lui donne le statut de la plus haute juridiction
d’Angleterre même si elle se trouve en marge des juridictions du Common Law. Cette juridiction a
perduré jusqu’à aujourd’hui. On a découvert que la Chambre des Lords avait encore aujourd’hui des
compétences : le juge Garzon avait lancé un mandat international contre le général Pinochet, c’est la
Chambre des Lords qui a du se prononcer.

b) La Chambre des Communes (House of Commons)

Assemblée constituée des représentants de la ville et des représentants de la noblesse des petites
campagnes : la gentry. Cette assemblée représente les villes et les campagnes et fonctionne sous un
principe électif. Chaque ville envoie un nombre de représentants élus, de même pour les shires. Une
sorte de cooptation y règne : ce sont les membres de la gentry qui se choisissent entre eux, la haute
bourgeoisie choisit qui va représenter la ville, ce n’est pas une élection totale.
Pour ce qui est des compétences de la Chambre des Communes, elle a comme rôle de voter les
impôts. En effet, les campagnes étaient mécontentes des politiques menées par le Roi, elles veulent
donc participer aux grandes décisions du royaume. Le poids économique à l’époque est attribué au
troisième ordre, ils imposent donc au Roi d’adresser une demande si celui-ci veut des impôts
(notamment pour sa politique de sa garde-robe). Cette compétence est liée à une compétence
législative. La législation est un des moyens d’expression de la souveraineté, le Roi la possède et
l’utilise pour affirmer sa souveraineté (cf. Ulpien). La Chambre des Communes va donc tenter de
négocier le vote de nouvelles lois ; la Chambre fait donc une requête législative contre la demande
de vote d’impôts. Exemple : le Roi fait une demande d’impôts, la Chambre va conditionner l’octroi
de ces impôts contre des lois qui développeront le commerce comme par exemple la possibilité de
juger tous contentieux commerciaux. La Chambre soumet des bills au Roi : ce sont des lois dont
l’initiative est parlementaire ; pour être en vigueur, elles doivent être promulguées par le Roi. La
Chambre développe donc une compétence législative et devient une institution représentative au
niveau législatif. En Belgique, le bicaméralisme est aussi rentré en vigueur : le Parlement a les
mêmes compétences qu’au 14e siècle en matière législative et a la compétence financière de faire
voter les impôts.

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(Réunion du parlement en présence du Roi)

SECTION 2 : LES INSTITUTIONS FRANÇAISES

L’évolution en France sera globalement identique : des institutions monarchiques vont se développer
ainsi qu’un Etat moderne de manière centralisée. La Curia regis va aussi se spécialiser et s’élargir.
Deux différences sont à relever :

1) Une différence chronologique : la France a un retard de plus au moins 100/150 ans par
rapport à l’Angleterre au niveau du développement vers un Etat monarchique. Cela
s’explique par le temps nécessaire au Roi de France à affirmer son autorité : il doit affirmer
l’hérédité ainsi que la maitrise de la féodalité. La première manifestation de cette
souveraineté (lien avec la suzeraineté) sera l’affrontement en Normandie contre le Roi
d’Angleterre lors de la bataille de Bouvines en 1214. Ce décalage n’est pas anodin, cela aura
des conséquences : le développement du droit romain qui fera l’objet d’études et se

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transmettra partout en Europe. Le droit romain jouera un rôle bien plus important en France
qu’en Angleterre.
2) Une différence terminologique : il y a un élargissement de la Curia regis mais le nom des
institutions ne sera pas tout le temps le même (possibilité de confusions).

1° les institutions politiques :


— le Conseil privé : conseillers du roi – légistes

Les institutions politiques du 11 e siècle sont des spécialisations de la Curia regis  : on voit apparaitre
également des légistes qui conseilleront le Roi au jour le jour. Il s’appellera le Conseil privé qui est
composé de légistes formés dans les universités. C’est donc une spécialisation par la fonction et par
choix de la personne, il y a de moins en moins de grands féodaux.

2° les institutions administratives issues de la Curia regis


— officiers auliques ou grands officiers : confusion entre service personnel du roi et service public
— le chancelier-Garde des sceaux : chef de la justice (14e s.) - compétences diverses
— le Trésor (versements des produits du domaine, revenus de justice et droits seigneuriaux) :
jusqu'au début du 14e s. la gestion financière est confiée aux Templiers - le bureau des comptes
(règne de Philippe Auguste) puis la Chambre des comptes (fin 13e-14e s.) : gestion financière et
contrôle des officiers locaux
— l'administration locale : limitée au domaine royal puis étendue au royaume - prévôts (à l’origine
des agents seigneuriaux) et baillis (fin 12e s.) : pouvoirs judiciaires

Les administrations législatives sont l’évolution des fonctions domestiques vers des fonctions
administratives. Exemple : le maréchal qui devient une des personnes les plus importantes de
l’armée. Il fait partie des officiers auliques. Ce qui va se différencier de l’Angleterre, c’est qu’il va y
avoir une continuité de la confusion entre la réalité abstraite de la monarchie et les fonctions
personnelles : il n’y a pas de de différence claire, le principe de personnalité persiste. On ne fait pas
la distinction entre les missions personnelles et publiques ; on ne fait également pas de différences
entre les ressources publiques et celles du Roi. Les fonctions publiques gardent un lien avec le Roi. La
grande différence entre la France et l’Angleterre, c’est qu’en France il n’y a pas de distinction entre
la caisse personnelle du roi et la caisse du royaume. Les deux se confondent. On voit là la poursuite
d’une tradition de patrimonialité. Il n’y a pas de garde-robe comme en Angleterre. Tout se confond.
Revenus du Roi = revenus du royaume.
Ces différentes institutions sont :

a) La Chancellerie

Cette institution apparait au 13 e siècle, c’est à la base le secrétariat du Roi qui met par écrit ces
décisions : les ordonnances doivent être mises par écrit et archivées dans les archives royales. A la
tête de cette Chancellerie, se trouve le Garde des sceaux : on confie à cette personne la matrice qui
permet de sceller les documents et donc de les authentifier. Le Garde des sceaux est le chef de la
Justice (14e siècle) et de plus en plus de décisions doivent être scellées. Le Ministre de la Justice
aujourd’hui est toujours le Garde des sceaux et est appelé à chaque fois qu’il y a une modification de
la Constitution. Le sceau permet de marquer le papier.

b) Le Trésor

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En Angleterre, depuis la première moitié du 12 e siècle, l’Echiquier gère les finances et le contrôle des
shérifs. En France, les finances royales sont gérées par le Trésor qui est géré par une instance
monastique : l’ordre des Templiers. Les Templiers sont apparus au 11 e siècle, c’est un ordre de
moines-soldats qui vont développer des compétences financières et des techniques financières
suite à l’établissement de maisons sur le chemin vers la Palestine ( notamment via les lettres de
changes qui permettent d’échanger son argent contre une lettre déterminant le montant déposant.
Ce système fut adopter car l’usure fut interdit par le concile de Latran). Le principe étant de pouvoir
déposer de l’argent et de recevoir un papier certifiant que l’on a déposé cet argent, pour après
pouvoir le récupérer plus tard en chemin. Ils peuvent être considérés comme les précurseurs du
compte courant et du chèque de voyage. Les Templiers vont s’établir dans le quartier du Temple à
Paris. Jusqu’au 14e siècle, ils gèreront les finances royales. Philippe le Bel va décider d’intervenir en
1300 (alors qu’en Angleterre, on connait l’Echiquier depuis 1150) afin de généraliser les finances
sous la Chambre des Comptes. Cet épisode coïncide avec l’arrestation des Templiers en 1307.
Jacques de Molay est jeté au bucher (ainsi que tous les Templiers) après avoir refusé de faire ces
aveux en 1314. Il est accusé d’hérésie, d’homosexualité, … Il maudira les Rois de France sur le bûcher.
Le Roi met donc la main sur le Trésor des Templiers et généralise la gestion des finances. On ne fait
aucunes distinctions entre les biens privés et les biens publics.
Les collecteurs d’impôts sont appelés les baillis ou les prévôts, ils font partie de l’administration
locale. Ces agents sont à la base, chargés de collecter les taxes seigneuriales mais doivent aussi
rendre la justice. Ces agents seigneuriaux deviennent des agents royaux et continuent à relever les
impôts et à rendre la justice mais pour le Roi, ils doivent cependant rendre des comptes à la
Chambre des Comptes.

(Jacques de Molay)

3° La justice : Le Parlement « cour souveraine du Royaume »


— Origines (1re moitié du 13e s.) : spécialisation au sein de la Curia régis (Curia in
parlamento) - permanence et fixation à demeure – archives judiciaires (Olim 1254)

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— Compétences : d'abord des cas royaux et grands du royaume ; réformes judiciaires de saint Louis
(milieu 13e s.) : interdiction du duel judiciaire et introduction de la procédure romano- canonique –
évolution vers une cour d’appel : structure pyramidale avec le Parlement à son sommet
— Spécialisation en chambres : Requêtes, Enquêtes, Grand'Chambre et Tournelle criminelle – et
professionnalisation du personnel judiciaire : présidents et conseillers - avocat et procureur -
procureur du roi (parquet)
— le parlement : clé de voûte de la centralisation monarchique

La Curia regis en France a comme partout des compétences judiciaires, comme on ne peut qu’être
jugé par ces paires, celle-ci s’occupera de juger les vassaux directs. Au 12e siècle, les compétences de
la Curia regis se développent en raison de l’apparition d’une législation royale, il semble évident que
toute atteinte relève de la compétence de cette institution composée de vassaux. La complexité de
trancher ce genre de litiges va amener le Roi à adjoindre des légistes ayant un diplôme universitaire.
Les vassaux ne peuvent pas rester à la Cour éternellement, le noyau des légistes va donc se détacher
pour créer une nouvelle institution. Les noms de ces légistes apparaissent dans les décisions, leurs
noms sont suivis de leurs spécialités, leur titre (ceux-ci peuvent posséder les deux  ; diplôme en droit
canonique et en droit romain, ils sont intriquer). Les affaires sont donc gérées par la Curia regis in
parlamento (le Parlement) qui s’occupe des questions politiques et des affaires juridiques. Il ne faut
PAS CONFONDRE le Parlement anglais du Parlement français. Le Parlement anglais est une
institution représentative née d’un élargissement de la Curia regis tandis que le Parlement français
est une institution judiciaire suprême née d’une spécialisation de la Curia regis. C’est la Cour
suprême du royaume jusqu’en 1789.

Un grand tournant s’opère en 1254, Louis IX ou Saint-Louis promulgue une ordonnance qui interdira
le recours aux ordalies et aux duels judiciaires, il introduit une procédure moderne inspirée du droit
romain et reprise par l’Eglise. Cela aura une double conséquence : on supprime la procédure
accusatoire pour privilégier la procédure inquisitoire, on introduit également le recours ; cela
permet d’être jugé par une juridiction supérieure (possibilité de se tromper), une pyramide judiciaire
apparait. La juridiction des échevins s’occupent des litiges dans la ville, les juridictions des
campagnes s’occupent des litiges des seigneuries. On peut donc dès 1254, faire appel contre ces
juridictions pour aller devant le Parlement (c’est le cas pour les territoires que le Roi dirige
directement).

Parleme
nt

Juridictions de 1e instance
Juridictions de campagne
Juridictions des villes

51
Des juridictions comtales ou ducales sont mise en place par les princes territoriaux. Il s’agit d’une
copie du modèle royale.
La souveraineté implique qu’il faut établir un lien entre le monarque et ces sujets, la possibilité de
faire appel permet aux sujets d’avoir accès à la justice du Roi. On ne peut pas y accéder directement,
il faut passer devant une juridiction inférieure. La Cour suprême se réserve pour certains cas :
- Les atteintes aux ordonnances royales
- Les litiges impliquant les vassaux directs et hauts dignitaires ecclésiastiques
Tous les autres sujets doivent passer par les autres juridictions. Le détachement de la Cour et la
présence de légiste se justifie par l’importance de ces compétences. Les conseillers doivent
respecter le droit romain et les coutumes, les juges sont d’ailleurs appelés conseillers et sont habillés
d’une toge rouge, ce qui est toujours le cas actuellement. Dès 1254, cette Cour suprême va s’établir
à Paris (qui devient le siège des institutions centrales), l’actuelle Cour de cassation siège d’ailleurs
dans ce même bâtiment. Cette Cour souveraine rend la justice au nom du souverain car le Roi est
fontaine de toute justice. Dès 1254, les arrêts de cette Cour vont être mis par écrit et archivés, des
registres sont établis avec toutes les décisions rendues par cette institution. Cette institution est la
plus ancienne après la juridiction pontificale à avoir gardé ces décisions par écrit. La première
décision est l’olim (nom du plus ancien registre de la Cour du Parlement) : décision importante car
une jurisprudence se développe ainsi qu’une série de précédents : cela développe la culture écrite
et archiviste.
Cette institution va constituer le modèle de notre justice actuelle. On constate une augmentation
des affaires. Saint-Louis va instaurer l’amende de fol appel, il veut vaincre la réticence à faire appel
mais oblige à payer une amende en cas de fol appel. En résumé, si la décision est infirmée, le
demandeur a raison et il faudra l’accepter ; cependant, si celui-ci a tort et que la décision est
confirmée, il devra payer une amende à la personne lésée, la personne contre qui il a fait appel. Avec
cette procédure, le nombre d’affaire augmente, et le Parlement doit s’organiser.

Le Parlement va s’organiser en Chambres avec à leurs têtes des présidents habillé en rouge et ayant
comme couvre-chef, une hermine, une sorte de mortier renversé. Les présidents sont habillés en
rouge car les évêques sont habillés en rouge et que les prêtres sont habillés en noir, couleur que
prendront les avocats. La technicité du droit se développé ainsi que le fond du droit : une
argumentation juridique apparait. On fait appel à des professionnels du droit pour aider les
plaideurs. Pour les aspects procéduraux, c’est au procureur qu’en revient la tâche : il fait des
procurations pour que tous les aspects de la procédure soient respectés. L’avocat devient l’homme
de fond, le procureur devient l’homme de la plume. Au 13e siècle, lorsque les intérêts du Roi sont
mis en jeu, on fait appel au procureur du Roi, se développe aussi un Ministère public.
L’appellation « Parquet » apparait : il s’agit d’un espace à droite du juge (côté du bon larron dans la
Bible), cet espace sera réservé aux représentants du Roi et donc par extension, les représentants du
bien public. On parle alors du Parc, les Parquetiers sont les avocats et les procureurs du Roi, ce sont
ceux qui ont accès au Parc. Napoléon restaurera ce système par la suite.

4° Une institution représentative : les États généraux


— origine : extension de la Curia regis à des bourgeois - premières réunions plénières en
1302/03 - organisation par ordre
— compétences politiques (soutien au roi dans le conflit avec Boniface VIII et à l'occasion de la
suppression de l'ordre des Templiers) et fiscales (obtention d’un impôt permanent, la « gabelle »
par le roi en 1355)
Typologie des assemblées en Europe : modèles bicaméral et trifonctionnel

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Ces institutions représentatives sont nées d’une extension de la Curia regis, ces institutions naissent
d’une volonté royale : les Etats généraux. Philippe le Bel convoque ces Etats généraux en 1302/1303.
En effet, celui-ci a du mal, il doit supprimer l’Ordre des Templiers. Le 11 juillet 1302 a lieu la bataille
des éperons d’or à Courtrai, les chevaliers se font massacrés par une milice flamande. En réalité, la
source du conflit provient des relations entre la royauté et les villes, c’est un combat entre le
centralisme royal et l’autonomie urbaine. C’est la première fois qu’une armée de chevalerie est
massacrée par une milice qui en plus n’a pas respecter les règles (emprisonner les chevaliers). Le Roi
est aussi en difficulté face à la papauté, le Pape (Boniface VII) veut se reconnaitre comme le suzerain
suprême. Le Roi veut donc un élargissement de la Curia regis, il sollicite des impôts aux
représentants du 3e ordre. Le Roi a peur que les villes flamandes et que les Templiers se retournent
contre lui, il va donc convoquer les Etats généraux (cf. définition Wikipédia  : «  Dans le système
politique du royaume de France, on désignait par États généraux les assemblées extraordinaires réunissant les
trois ordres (les états) de la société (noblesse, clergé, Tiers état) convoquées par le roi pour traiter d'une crise
politique, en général une guerre ou une question diplomatique et décider d'une aide militaire ou fiscale.  »). Ce
modèle a une organisation trifonctionnelle qui consiste à ce que chaque ordre soit consulté
séparément et vote un représentant qui représentera l’ordre et non l’individu. Le clergé dira oui
pour le vote des impôts car de toute façon, il ne paye pas de taxes, il en va de même pour la
noblesse ; le 3e ordre pourrait dire non mais ne peut pas car elle n’aura pas la majorité, elle ne peut
donc pas proposer de loi comme en Angleterre. Avec l’arrivée de la guerre de Cents ans, un impôt
constant est demandé par le Roi, un impôt sur le sel (il s’agit du moyen de conservation pour la
nourriture). Il n’y a donc plus besoin de convoquer les Etats généraux, car cette institution n’est pas
vraiment un interlocuteur du Roi. Ce modèle est apprivoisé partout, seul l’Angleterre adopte le
modèle de bicaméralisme. En Espagne, des Cortes viendront conseiller le Roi.

2. ECHEC IMPERIAL

L’empire germanique se trouve dans une situation très difficile, le titre impérial est resté électif ce
qui pose beaucoup de problèmes pour conserver ce titre dans une même famille. Otton va tenter de
maitriser la féodalité en restaurant la dignité impériale. La politique de l’Empire devient celle de
placer des ecclésiastiques à la tête de fiefs sachant que ces ecclésiastiques sont désignés par
l’Empereur et qu’à leur mort, le fief retourne dans les mains de l’Empire. Cette politique sera mise à
mal par Grégoire VII avec sa querelle d’investiture et ayant la volonté d’affirmer la supériorité de
l’auctoritas sur la potestas. Cette querelle prendra fin avec le Concordat de Worms qui met fin à la
politique de l’Eglise impériale vu par les Empereurs. L’investiture spirituelle se fera avant l’investiture
temporelle, ce qui implique que les Empereurs perdent la possibilité de choisir l’ecclésiastique qui
sera à la tête du fief. Celui-ci sera choisi par le chapitre des chanoines. Cet échec de la politique de
l’Eglise impériale implique une reconnaissance implicite du pouvoir pontifical. L’Empire doit trouver
une solution pour maitriser cette féodalité car cette maitrise est la clé de voute pour constituer un
Etat moderne centralisé autour du suzerain.

1° Les efforts de restauration des Hohenstaufen (12e -13e s.) - l'œuvre de Frédéric Ier Barberousse
(1152-1190) : le « bouclier militaire » (hiérarchie féodale stricte et ligesse)

En 1152, une nouvelle dynastie ecclésiastique accède à la dignité impériale par élection. Cette
dynastie est celle des Hohenstaufen dont le représentant est à l’époque, Frédéric Ier également
appelé Fréderic Barberousse. Celui-ci va régner pendant 40 ans jusqu’en 1190 et va tout faire pour
essayer de restaurer le pouvoir impérial et son prestige ainsi que le pouvoir de l’Empereur. Cette
tâche est complexe car le pouvoir spirituel ainsi que les grands princes territoriaux ont gagnés

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beaucoup de pouvoir avec le concordat de Worms. Comment va-t-il s’y prendre ? Le seul moyen que
Fréderic a à sa disposition est l’instrument féodal : il est suzerain, seigneur de tous et vassal de
personne. Il va donc développer la politique du bouclier militaire.

Cette politique inspire à :

- Rétablir une hiérarchie féodale stricte.

Cette image représente la pyramide vassalique mais elle ne prend pas en compte les nombreux liens
croisés qui permettaient d’être vassal de plusieurs seigneurs ou d’être seigneur mais également
vassal à un échelon inférieur. Fréderic Barberousse veut une hiérarchie claire. Il va donc imposer de
soit renoncer au fief de la personne qui se trouve à l’échelon inférieur soit il va rétrograder le
seigneur dans la pyramide.

- Frédéric Barberousse va également imposer à ces vassaux qu’ils reconnaissent tous


l’Empereur impérial comme seigneur lige.

Les vassaux ont donc des obligations envers ce seigneur lige. Comment a-t-il fait  ? La pyramide
défend l’Empereur, elle constitue un bouclier. L’Empereur est une personnalité forte, il ne va donc
pas hésiter à soulever des troupes pour amener les vassaux récalcitrants à avoir de meilleures
pensées. Il utilise son charisme mais aussi sa cruauté pour imposer sa volonté. Nous avons donc
pendant 40 ans, un véritable pouvoir dans un cadre féodal.

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2° projet d'extension à l'Occident sous Henri VI - conflit renaissant avec la papauté sous Frédéric
II – déposition en 1244 par Innocent IV qui revendique la plenitudo potestatis - le Grand
Interrègne (jusque 1273)

A sa mort, son fils Henri VI prend le pouvoir et veut étendre la politique du bouclier militaire à
l’ensemble de l’Occident, il a donc la vanité que cette politique peut s’étendre à la France. Cela fait
rire ces voisins qui se mettent en garde. Les seigneurs-princes de l’Empire voient donc la France
comme un allié pour rejeter l’Empereur. La génération d’après devra subir le conflit renaissant avec
l’Eglise. Frédéric II est peu intéressé par la politique et préfère s’adonner à l’astronomie. Il passe donc
la majeure partie de son temps en Italie, le temps y est plus chaud et le ciel étant dégagé permet une
meilleure observation des étoiles. La papauté vit mal le fait que l’Empereur séjourne en Italie, elle se
sent contrôlée, provoquée. Le Pape considère que ces territoires devraient être sous l’influence de
l’Eglise. Frédéric II va prendre une piètre décision en faisant construire une université à Naples sans
avoir l’accord du Pape, c’est d’ailleurs pour cela que cette université s’appellera l’Università Napoli
Federico Secondo.

(Concile de Lyon)

Le Pape veut affirmer la pleinitudo potestatis, la plénitude des pouvoirs. Innocent IV ne va pas se
contenter d’une supériorité d’un des deux pouvoirs. Il veut l’auctoritas et la potestas universelle qui

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serait un pouvoir temporel qui se placerait au-dessus des Rois et des Empereurs. Il veut donc se
placer comme suzerain de tous. Il s’attribue donc le pouvoir de destituer les Rois et les Empereurs.
C'est en 1245 que le pape Innocent IV, lors du concile de Lyon prononce la destitution de l'Empereur
Frédéric II mais c'est seulement en 1250 que l'Interrègne commence car c'est cette année-là que
Frédéric II meurt. L'Interrègne durera jusqu'en 1273 (un quart de siècle), lorsque Rodolphe
d'Habsbourg est nommé Empereur.
Pour rappel, le développement des institutions centrales oblige le Roi ou l’Empereur a maitrisé la
féodalité. Si celui-ci impose son principe de souveraineté aux princes territoriaux, il pourra
développer des institutions judiciaires, administratives, politiques et financières. Si cette institution
vient d’une spécialisation de la Curia regis, elle représente au mieux l’expression d’un Etat moderne.
Dans le cas de l’Empire, comme il y a eu un échec, on peut en déduire qu’aucunes institutions
centrale ne s’est développé. Le Grand Interrègne est la preuve de cet échec.

3° L'Empire marqué par une carence institutionnelle :


— Le Reichstag ou Diète : assemblée des vassaux de l'empereur élargie aux représentants des villes
impériales - composition et compétences incertaines (consilium et élection de l'empereur)
— Le Collège des princes-électeurs institué par la Bulle d'Or de 1356 (concédée par Charles
IV de Luxembourg) - composition : 4 princes laïcs et 3 ecclésiastiques - compétence : élection de
l'empereur et conseil
— Le Hofgericht (juridiction suprême de l'Empire) : compétence minée par le privilège des
princes-électeurs (privilège de non appellando vel evocando) et la carence du pouvoir impérial)

a) La Diète ou le Reichstag

La Diète est une assemblée qui puise ces origines dans la Curia imperialis. Cette assemblée va
s’élargir au 12e siècle et surtout au 13 e siècle par des représentants des villes impériales (villes ayant
obtenus des chartes de franchise de l’Empereur lui-même). Ces villes se situent surtout sur la côte de
la mer Baltique, villes faisant du commerce avec des villes comme Bruges, …
Le Diète a pour fonction d’élire les Empereurs et est la continuité de la Curia imperisalis, elle
perpétue l’obligation de conseil. On peut donc parler ici d’une institution représentative ? Oui car
cette institution n’est pas que constituée des vassaux directs. Non car elle ne se détache pas
beaucoup de la fonction de base de la Curia imperialis.
Cette institution va connaitre au 14 e siècle, une évolution marquée lorsque Charles IV de
Luxembourg va concéder une Bulle d’Or, promulguée en 1356 (bulle d’or vient du sceau apposé sur
les documents importants).

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(Sceau de l’empereur Charles IV
Bulle d’Or de 1356)

b) Le Collège des princes-électeurs

Cette Bulle d’Or consiste à mettre en place un Collège des princes-électeurs qui élira l’Empereur. On
enlève cette compétence à la Diète. Ce collège est constitué de 3 ecclésiastiques et de 4 princes
laïcs.
De gauche à droite : Les 3 ecclésiastiques ; Cologne, Mayance, Trêve. Et puis 4 princes laïques ; Le
comte Palatin (Rhin, gère la région du Palatin), le Duc de Saxe (gère une principauté dans l’Est), le
Margrave (Marquis : principauté frontalière où le prince dispose plus de troupes militaires) de
Brandebourg et le Roi de Bohème (gère un territoire qui est aujourd’hui la Hongrie).

(Le Collège des Princes-électeurs)

Ce Collège est présidé par l’archevêque de Mayance qui est le Chancelier de l’Empire. La Diète
devient une assemblée consultative. Elle sera à nouveau consultée au 15 e/16e siècle pour les guerres
de religion.

c) Le Hofgericht

Le Hofgericht est la juridiction suprême de l’Empire. Elle a la compétence pour juger les cas
réservés : les atteintes à la législation impériale, les atteintes aux haut-dignitaires de l’Empire. Cette
juridiction a pour vocation à juger les affaires de déni de justice et de faux jugement. On parle ici de
« vocation » car cette cour ne traite quasi aucunes affaires car personne ne la sollicite.

- Cette cour est politique : elle aiderait à reconnaitre la supériorité de l’Empereur et lui
donnerai les armes pour constituer un pouvoir centralisé, ce que les princes féodaux veulent
absolument éviter.

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- Cette juridiction est impuissante : il faut mettre à exécution les décisions de cette juridiction.
Or, l’Empereur n’a pas le pouvoir sur les régions contrôlées par les grands princes
territoriaux.

De plus, la Bulle d’or va de surcroit limité les compétences de cette cour en prévoyant le privilège de
non appellando vel evocando pour les princes électeurs. Cela signifie que elle ne peut pas traiter les
affaires en appel, ni par évocation. L’appel signifie que l’ensemble des sujets des 7 princes électeurs
ne peuvent pas faire appel d’une décision des princes électeurs devant le Hofgericht, leur seul
échelon possible est celui du territoire dirigé de ces princes. On ne peut pas faire appel de leurs
décisions. L’impossibilité d’évocation signifie qu’il est impossible pour cette cour de dessaisir une
juridiction inférieure car elle régit les mêmes compétences.

Exemple : En France, le Parlement remarque qu’un prince juge une affaire qui ne lui est pas réservée.
Il dessaisit l’affaire et l’évoque pour s’en saisir.

On constate donc une carence institutionnelle. La seule institution centrale est la Diète ce qui peut
être discuté car en 1356, on lui retira sa principale prérogative. Pour ce qui est des institutions
administratives, la chancellerie de Mayance va développer quelques actes. Il n’y a pas d’institution
financière. Cette carence montre l’échec des Empereurs à maitriser la féodalité, à ne pas avoir
réussi à maitriser le principe électif et à avoir perdu face à la papauté. C’est d’ailleurs à cause de cet
échec que l’on ne parle pas de l’Empire dans l’Histoire vers la fin du Moyen-Age. C’est seulement au
18e siècle avec la Prusse que l’on entendra à nouveau parler de l’Empire germanique.

On ressent toute cette frustration dans l’ouvrage d’Hitler : Mein Kampf. Une grande frustration est
ressentie car l’Empire n’a pas pu s’imposer sur l’échiquier européen.

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PARTIE III : L’ETAT ADULTE
LES EXPERIENCES ETATIQUES DE L’ANCIEN REGIME (XVI – XVIII s.)

Nous allons maintenant étudier ce que l’on appelle l’Ancien-Régime, la période qui succède au
Moyen-Age qui recouvre le 16 e, 17e, 18e siècle. Celle-ci est aussi appelée les Temps modernes. Cette
période commence avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492. D’autres
attribuent le commencement de cette époque avec la chute de l’Empire romain d’Orient en 1453 lors
de la chute de Constantinople.
Toutes bases sont donc réunies pour que l’on parle enfin d’Etat au sens moderne du terme (pour la
France et l’Angleterre).
On voit se développer deux expériences politiques, étatiques différentes. Ces différences dont liées
au développement historique antérieur, lié à la forme, la nature que prennent les institutions
représentatives du pays. Pour ce qui est des institutions politiques, administratives et judiciaires,
nous observons des similitudes. Il va y avoir une influence du Common Law en Angleterre et une
influence du droit romain sur le continent. Ces deux expériences étatiques vont nous conduire à
sortir du cadre géographique habituel car cette période est marquée par un nombre de
changements, (culturels = renaissance, religieux = protestantisme, grandes découvertes = nouveau
continent) ce qui veut dire que l’histoire de ces deux pays ne vont pas uniquement se dérouler dans
la vieille Europe mais également dans le cadre des empires coloniaux.

CHAPITRE I : LE MODELE FRANÇAIS  : ABSOLUTISME DE DROIT DIVIN ET


MONARCHIE ADMINISTRATIVE

SECTION 1 : PREMICES ET DEFINITION

1° contexte : restauration du pouvoir monarchique après la guerre de Cent Ans – affirmation d’un
sentiment national (Jeanne d’Arc) - acquis essentiels : un impôt permanent et le projet étatique de
Louis XI (1461-1483).

Un événement important va surgir, la guerre de Cent Ans qui trouvera sa conclusion au 15 e siècle qui
oppose l’Angleterre et la France. Philippe le Bel est alors le Roi de France. Cette guerre a été
déclenchée suite à l’extinction de la dynastie des Capétiens. En effet, le Roi d’Angleterre revendique
le trône de France car il prétend descendre du Roi de France via le lignage matriarcal. La France va
essayer de trouver un justificatif juridique : ils vont trouver une disposition de la coutume des Francs
Saliens qui proclame que : « De la terre, aucune partie ne peut aller au droit des femmes ». Le
partage successoral se fait selon la distinction entre les biens meubles et les biens immeubles. Les
biens meubles reviennent au sexe féminin, les biens immeubles au sexe masculin. Pourtant, cette
coutume (appelée loi salique alors que ce n’est pas une loi) ne dit rien sur la succession de même que
le droit romain. Le Roi d’Angleterre n’accepte pas ce justificatif et déclare la guerre. Au départ,
l’Angleterre va remporter plusieurs victoires, le Roi d’Angleterre va s’allier avec le Duc de Bourgogne.
Par après, la figure de Jeanne d’Arc va donner un sentiment national. Elle prononcera cette phrase :
« Il faut bouter l’Anglais hors de France ». Au départ, ce sentiment national se développe de
manière négative, c’est-à-dire contre l’ennemi. Finalement, Jeanne d’Arc sera condamnée au bûcher
par Monseigneur Cochon qui l’accusera d’hérésie. Au final, cette guerre se soldera par une victoire
des Français. Cette guerre détermine l’évolution politique : le Roi obtient un impôt permanent. Le

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Roi va convoquer les Etats généraux et solliciter un impôt sur le sel (seul moyen de conserver les
aliments), impôt appelé la « gabelle ». Cet impôt touche toute la population, même indirectement les
privilégiés. Au départ cet impôt était prévu pour un an mais il est devenu permanent vu la durée de
la guerre.
Le Roi sort donc de la guerre avec le prestige de la victoire, avec l’expulsion des Anglais et avec un
impôt permanent. Il peut donc mener une politique sans solliciter une institution représentative, il
ne doit pas faire de propositions de loi.
Louis XI va monter sur le trône avec un esprit moderne qui pousse l’extrême réalité de la
souveraineté : un projet étatique. Il veut placer l’ensemble des principautés sous son emprise (mort
du Duc de Bourgogne : va rattacher la Bourgogne à son territoire). Il va également développer les
institutions centrales et leurs pouvoirs. Tous les moyens sont bons pour arriver à ces fins. Cela inspira
fortement Machiavel dans son ouvrage le Prince et le président français Mitterrand.

2° définitions: — "ab solutus" : sens étymologique et dérivé – un pouvoir tenu directement de Dieu
— une gestion administrative du royaume : « gouverner avec des hommes plutôt qu’avec des
institutions » - monopole des pouvoirs.

Le modèle qui va se développer est le modèle absolutiste et plus particulièrement absolutiste de


droit divin. Certains historiens français parlent d’une monarchie administrative en faisant référence
au développement des institutions centrales. Que faut-il entendre pas modèle politique qualifié
d’absolutiste ? Il faut retourner à l’étymologie du mot. Absolutisme nous viens de ab solutus : ab =
préfixe qui signifie un détachement (Ex : an-alphabet). Solutus est le participe passé du verbe solvere
qui signifie en latin « détacher ». Ab solutus signifie donc « détacher » mais le mot est renforcé par le
préfixe. On parle donc ici du pouvoir royal qui est le centre du pouvoir politique et décisionnel.
L’attribut « de droit divin » vient justifier la légitimité de ce pouvoir absolu héréditaire. Le Roi tient
donc son pouvoir de Dieu et exerce son pouvoir par délégation de Dieu. Le Roi n’a de rendre compte
à personne sauf à Dieu le jour du Jugement dernier. Au départ, le Roi s’appuie de ministres ; l’apogée
de ce modèle sera lorsque le Roi Louis XIV prendra le pouvoir. Celui-ci aurait soit disant prononcer
cette phrase : « L’Etat, c’est moi ». Il fait donc une confusion volontaire entre l’Etat politique et la
personne du Roi. Il se déclare « Roi-Soleil », soleil parce qu’il s’agit de l’astre au centre de notre
galaxie et que c’est sa chaleur qui permet la vie sur Terre.
Le Roi ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Il est soumis à certaines règles.

SECTION 2 : LES LIMITES DU POUVOIR

1° les lois divines et naturelles : Bossuet (1627-1704), Politique tirée des propres paroles de
l'Écriture Sainte

Ces règles divines sont théorisées par Bossuet, évêque de Meaux qui un précepteur, c’est-à-dire qu’il
s’occupe de l’éducation du dauphin, l’héritier du trône. L’enfant est confié vers l’âge de 6/7 ans au
précepteur pour que celui-ci lui enseigne les mathématiques, la politique, … Cette politique de limites
est tirée des propres paroles de l’Ecriture Sainte. Ces Ecritures Saintes sont les lois divines
auxquelles le Roi doit se plier. Il doit respecter la parole des prophètes de l’Ancien Testament et la
parole du Christ dans le Nouveau Testament. Au 17 e siècle, va se développer le droit naturel dont un
grand acteur est le néerlandais, Hugo Grotius. L’idée principale est que la société humaine repose
sur la famille qui est la cellule centrale. La famille assure le procrastinatoire et donc la survie de
l’espèce humaine qui constitue le noyau de base. Il y a donc un principe d’interdiction de l’inceste car
il constitue un danger pour la survie de l’espèce humaine.

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Toutes ces règles naturelles sont inhérentes à l’espèce humaine et sont acceptées de tout temps
indépendamment du lieu. On connait des sociétés où il y a la monogamie, d’autres où il y a la
polygamie. Des sociétés ou la famille est connue au sens stricte et d’autres au sens large. C’est là que
les Ecritures Saintes viennent préciser les lois naturelles : elle impose par exemple la monogamie
ainsi que le mariage. Il est impossible de rompre le mariage car c’est un sacrement. Le Roi ne peut
pas déroger à ces règles.

(Bossuet, évêque de Meaux)

2° les lois fondamentales du royaume : serment du sacre - règles de succession - majorité -


catholicité - inaliénabilité du territoire du royaume. Une théorie statutaire de la monarchie
distincte de la personne royale.

Ces règles sont des coutumes : règles juridiques car elles se manifestent dans la durée sans
contradiction avec la loi. Les lois fondamentales se définissent comme l’ensemble des dispositions
qui s’attachent à la fonction royale, élargie à l’ensemble du Royaume.

1) Les règles de successions

Les règles de successions vont se faire par le principe de primogéniture avec le privilège de
masculinité. Primogéniture c’est-à-dire c’est le premier né des enfants qui monte sur le trône. Il faut
également que ce soit le premier des fils qui monte sur le trône, dans le cas contraire, il faut prendre

61
l’oncle ou le cousin le plus proche. Ce principe sera également instauré en 1830, lors de la création
de la Belgique. Ce n’est pas une loi salique, c’est un principe de primogéniture qui s’applique au Roi,
il ne peut pas choisir son héritier. Dans le cas des jumeaux, c’est le dernier qui sort qui est choisi car
dans l’idée de l’époque, le dernier était le premier conçu.

2) Le principe de majorité

Il faut avoir l’âge de 13 ans révolu pour monter sur le trône c’est-à-dire qu’il faut fêter son 14 e
anniversaire. En cas de minorité, on prévoit un Conseil de régence qui présidé par la Reine-mère.

3) Le principe d’inaliénabilité du territoire

Le territoire ne peut pas être aliéné : ce principe vient rompre avec le principe de patrimonialité qui
énonce que le Roi peut faire ce qu’il veut du territoire. Il y a une restriction, il peut seulement
transmettre le territoire qu’il a reçu, à son héritier. Les territoires qu’il a conquis/acquis, il peut en
faire ce que bon lui semble mais une fois que le Roi meurt, ces territoires deviennent inaliénables.
Charles Quint va mettre des pressions à François Ier pour céder du territoire. Louis XIV va, par la
suite, récupérer les territoires cédés avec pour justification que François Ier ne pouvait pas céder le
territoire car celui-ci était inaliénable).

4) Le principe de catholicité

Le Roi doit être catholique. Le Roi Henri IV (prince protestant) a du se faire convertir à Saint-Denis :
« Paris vaut bien une messe » a-t-il dit. Ce principe va naitre tard, lors du conflit avec les guerres de
religions. Voir photo.

(Abjuration d’Henri IV à Saint-Denis)

62
5) Le serment du sacre

Lorsque toutes les conditions sont réunies, on peut célébrer le sacre qui se fait à Reims. Le Roi est
oint et se voit attribuer tous les symboles de son pouvoir royal. Il prononce alors le serment du
sacre durant lequel, il prête serment de respecter les privilèges, les coutumes de ces sujets.

Ces coutumes donnent un statut à la fonction royale et à la monarchie qui vont distinguer
statutairement la fonction royale de la personne physique du roi. Ces lois fondamentales confèrent à
la monarchie française un statut (théorie statutaire). Deux célèbres maximes permettent un
éclaircissement de la chose :
1) « Le Roi est mort, vive le Roi » : La première partie désigne la personne physique du roi
qui vient de décéder, si on peut dire « vive le roi » c’est parce qu’il n’y a pas à tergiverser
sur ce qui va se passer, la monarchie va continuer puisque les lois fondamentales
précisent les règles de successions.
2) « En France, le Roi ne meurt jamais » : Cela ne vise pas la personne physique du roi, mais
si on peut affirmer qu’en France le roi ne meurt jamais, c’est parce que l’ensemble des
lois fondamentales du royaume assurent la continuité dynastique au-delà de la personne
physique du roi.
Faut-il considérer ces lois fondamentales comme une sorte d’embryon de règles a vocation
constitutionnelle ? Non, cela ne constitue pas une constitution de la fonction et de la dignité royale,
ce sont simplement un nombre de règles qui distinguent la fonction royale de la personne physique
et qui garantit la continuité de la dynastie.

3° les parlements : droit de remontrance (lettres de jussion et lit de justice)

La 3e limite est donc les Parlements. Pourquoi une instance d’appel souveraine peut être reprise
comme une des limites au pouvoir royal ? Et pourquoi parle-t-on des Parlements au pluriel ? Pour
cela, il faut revenir au 15e siècle lors que l’initiative de Charles VII de créer un deuxième Parlement à
Toulouse. Cette nouvelle création est due en partie à cause de l’unification du Royaume mais
surtout à cause de l’extension du domaine royal vers le sud.
Pourquoi avoir créé un second Parlement ?

1) Pour des raisons pratiques : vu l’extension de la France vers le sud, la justice du Roi doit être
appliquée à l’ensemble du Royaume et Paris se trouve trop au nord et il faut que elle soit
facilement accessible pour que cela incite les gens à aller devant le Parlement. Les
déplacements sont ont un cout (il faut se déplacer pendant longtemps, payer des avocats,
…).
2) Pour des raisons juridiques : les juges sont formés dans les universités mais dans la pratique,
ils doivent appliquer la coutume locale en fonction du lieu d’habitation de la personne. Au
15e siècle, on ordonne la rédaction de ces coutumes. Avant, il y avait quelques recueils privés
mais le plus souvent les coutumes étaient orales. Le Roi ordonne donc la mise à l’écrit
officielle de ces coutumes. Les juges doivent donc appliquer ces coutumes et ne doivent pas
motiver leurs décisions. Par cette absence de motivation, on ne sait pas si en pratique, ils
appliquaient ce qu’ils avaient appris à l’université. Le droit coutumier est différent en
fonction des régions. Il y a une frontière entre le droit écrit et le droit coutumier. Cette
frontière est le fleuve de la Loire. Au sud de la Loire, le droit est plus de type « écrit » malgré
qu’il existe aussi des coutumes. Cette partie de la France a été baignée dans le droit romain
(le Roi des Ostrogoths ainsi que le Roi des Bourbons avaient rédigés des recueils de droit

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romain. Au nord de la Loire le droit est plus de type « coutumier », le nord de la France a un
fort héritage germanique. De plus, il y a également une différence linguistique entre les deux
régions : au nord, on parle la langue d’oïl et au sud la langue d’oc.

Le Parlement de Toulouse facilite donc l’utilisation du droit. Il n’y a aucun lien d’autorité entre les
deux Parlements, ils sont sur un pied d’égalité (même si Paris a plus de prestige). Il n’y a donc
aucune possibilité de faire appel d’une décision d’un des parlements auprès de l’autre. La France ne
va pas s’en tenir à seulement deux parlements. Durant le 16-17-18 e siècle, de nouveaux parlements
vont être créé à l’initiative du Roi. Pour des raisons juridiques ? Pour des raisons pratiques ? Non,
pour des raisons politiques. Un parlement va être créé à Rennes, Bordeaux, Grenoble, Dijon, Aix-en-
Provence, Colmar, Tournai. Au final, il y a 13 parlements en France.

Toutes ces nouveaux parlements sont créés suite à la conquête ou à l’acquisition de nouveaux
territoires. Exemple : le Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire meut, le Roi de France va rattacher
son territoire au Royaume. De même lors de la mort d’Anne de Bretagne, la Bretagne sera rattachée
au Royaume ainsi que la Lorraine, l’Alsace. Par la création des parlements, le Roi ne donne pas
l’impression de conquête, il donne l’impression que ce territoire a toujours été français comme si il
avait toujours été sous l’emprise du suzerain. On créée des institutions royales afin de donner
l’impression que ces territoires relèvent de la justice du Roi. L’argument de la lenteur de la justice a
aussi été évoqué à l’époque pour justifier la création de ces parlements. En réalité, il ne s’agit pas de
13 Parlements mais de 13+4. Quatre Conseils souverains seront créés par Louis XIV pour les colonies
royales. Les colonies royales sont aussi des territoires relevant de la France. Exemple : en 1663, la
ville de Québec est appelé la nouvelle France.

En quoi les parlements constituent des limites pour le pouvoir royal ? Le parlement doit enregistrer
dans des registres, les ordonnances royales. L’ordonnance royale ne rentre qu’en vigueur seulement
au moment de son enregistrement. C’est aussi au parlement de faire appliquer les ordonnances
royales. Pourquoi les ordonnances royales doivent être enregistrées ? Afin d’avoir un exemple
officiel. Aujourd’hui en Belgique, les choses n’ont pas beaucoup changées, la loi entre en vigueur
seulement au moment de sa publication au Moniteur belge.

Les parlements disposent d’un droit de remontrance, c’est-à-dire qu’ils peuvent refuser
l’enregistrement d’une ordonnance royale et du coup empêcher son application. Ce terme vient de
remontrance qui exprime une demande courtoise, polie. Le parlement peut donc adresser au Roi une
demande polie et expliquer les raisons de ce refus d’enregistrement alors que cette ordonnance est
la volonté du Roi.
Le Parlement a le droit de faire cette demande lorsqu’il estime qu’il y a une erreur matérielle ou
qu’il y a une contradiction. Puisque le parlement est le gardien de la mémoire du Roi, il peut signaler
une contradiction entre une nouvelle norme et une norme antérieure qui n’est pas encore abolie. Le
parlement propose donc d’abolir d’abord la norme antérieure. La dernière raison serait que la norme
serait inapplicable.
Exemple : en 1667, Louis XIV promulgue une ordonnance qui ressemble à un code qui prête à la
procédure civile. Ce code va d’ailleurs servir à la création des Codes napoléoniens de 1806, 80% de ce
code de procédure civile de Napoléon sera inspirée du code sur la procédure civile. Les 20% restant
seront des ajouts faits par Napoléon. En 1830, la Belgique reprendra le Code napoléonien pour créer
son Code civil jusqu’en 1967 où l’on fit une réforme du Code civil. Il reste à ce jour, 50% du Code
Louis dans notre Code civil. C’est donc en 1667, qu’apparait le mot « cassation ». En effet, le Roi se
rend compte de la possibilité d’erreur ou de décisions contraires à la législation royale. On crée donc

64
la possibilité de faire appel devant le Roi qui peut casser une décision. La demande doit être faite
dans les 30 jours après la proclamation de la décision. Cependant, au Québec, ce n’est pas possible
de faire appel devant le Roi dans les 30 jours qui suivent, ce laps de temps est bien trop court. Le
Parlement du Québec fait donc une remontrance au Roi car il n’est pas possible d’appliquer cette
ordonnance royale.

Pour l’instant, le parlement ne montre aucun problème face à l’autorité royale. Le parlement n’est
pas encore politique, il reste une instance judiciaire. Les parlements vont commencer à devenir
politique à partir et à s’opposer formellement aux décisions royales. Il faut savoir que les
Parlementaires accèdent à la Noblesse quand ils intègrent l’institution. La Noblesse jouit de privilèges
notamment des privilèges fiscaux. Lorsque le Roi propose de réformer ces privilèges, de les
modifier, celui-rencontre une opposition formelle des Parlementaires qui vont faire des
remontrances par principes cette fois-ci. Les parlements vont donc adopter une position
réactionnaire à tous changements proposés par le Roi. Les Etats généraux sont hors-jeu depuis
longtemps. Les parlements vont donc devenir les défenseurs des coutumes locales, des intérêts
provinciaux contre le centralisme royal. Ils comblent le vide laissé par les Etats généraux. Pour cela,
les parlements ont besoin d’un argument juridique. Ils vont donc puiser directement dans les lois
fondamentales et plus particulièrement dans le serment de sacre. Le serment de sacre oblige le Roi
à prêter serment de respecter les usages et les privilèges de ces sujets. Le parlement décrète donc
que toute nouvelle loi ira forcement contre les coutumes et les usages de ces sujets. Le parlement se
considère comme le gardien du serment de sacre.

Pour répondre à cela, le Roi peut apposer des lettres de jussion. Il peut dans ce cas modifier la
proposition de loi (comme dans le cas du Québec) ou il peut exiger qu’aucun changement ne soit fait
dans sa proposition de loi. Le parlement peut refuser pour une seconde fois, le Roi n’a plus le choix, il
doit organiser un lit de justice. Le Roi doit se rendre personnellement au parlement pour enregistrer
l’ordonnance. Il s’agit d’une cérémonie durant laquelle le parlement ne peut plus refuser
l’enregistrement. Le Roi exerce son pouvoir par délégation de Dieu ; le Roi lui-même délègue son
pouvoir aux parlements. Pendant la cérémonie, le Roi va suspendre cette délégation pour retenir la
justice : plus rien ne peut s’opposer à l’enregistrement. Ce lit de justice est quand même une
obstruction considérable au pouvoir royal. Les parlements sont de même pouvoir, si plusieurs
d’entre eux refusent l’enregistrement, le Roi doit se rendre dans chacun d’eux pour organiser un lit
de justice.

Louis XIV va imposer aux parlements qu’il puisse être représenté durant la cérémonie du lit de
justice. Il trouvait également le droit de remontrance n’allait pas assez vite. Il oblige donc aux
Parlementaires de faire cette remontrance mais seulement après l’enregistrement de la loi, ce qui
revient à enlever ce droit de s’opposer à la proposition de loi. Louis XIV peut se permettre cela grâce
à sa personnalité charismatique. A sa mort, l’ancienne procédure sera de nouveau en vigueur car les
Parlementaires vont appuyer la candidature d’une personne étant favorable à ce retour à l’ancienne
procédure pour diriger le Conseil de régence. Louis XV et XVI vont tenter de réformer cette
procédure mais ils vont heurter à des positions très réactionnaires.
Nous pouvons affirmer que ces positions réactionnaires des Parlements sont une des principales
causes de la Révolution française. Il ne s’agit pas, comme on pourrait le croire, de Marie-Antoinette,
des Rois. Les caisses de l’Etat étaient particulièrement vide du au soutient que l’Etat français avait
apporté à la Révolution américaine. Les Rois auraient dû convoquer les Etats généraux bien plus tôt.
Quand le Roi, Louis XVI les convoque, il est déjà bien trop tard (1788) et les Etats généraux vont
discuter bien trop longtemps. La France devient donc une monarchie constitutionnelle pour après

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rentrer en révolution et précipiter la fin de l’Ancien-Régime. On retiendra donc cette impossibilité de
mettre au pas ces parlements devenus des acteurs politiques majeurs.

(Lit de justice de Louis XV, 1715)

4° limites structurelles et financières

La question que beaucoup se posent est pourquoi le Roi n’a-t-il pas fait un grand ménage ? Comment
Louis XIV a-t-i réussi à contourner ces parlements ? Pendant l’Ancien-Régime, il n’existe aucun
principe de séparation des pouvoirs. Le Roi, en tant qu’autorité suprême, peut retenir son pouvoir
de juger par l’organisation de lits de justice. Comment alors arriver à ce que des juges puissent mener
de telles politiques de contestation ? En effet, il y a une évolution des statuts des juges,
parlementaires mais également à tous ceux qui occupent une fonction au sein d’une institution
centrale.

SECTION 3 : LES INSTITUTIONS : APPLIQUER LE PRINCIPE « GOUVERNER AVEC DES


HOMMES » PLUTÔT QUE DES INSTITUTIONS

1° officiers (inamovibilité – hérédité - vénalité) et commissaires (commission déterminée et


révocable) : par ex. les intendants.

Il faut revenir au 15e siècle sous le règne de Louis XI. Ce Roi a une vision politique moderne. Les
institutions représentent cette modernité, les juges ainsi que les personnes siégeant dans ces
institutions vont donc recevoir le principe d’inamovibilité. Tous les hauts dignitaires sont considérés
comme des serviteurs attachés à la personne physique de l’Etat et lorsque le Roi meurt, ces
personnes sont automatiquement déchues de leurs fonctions (abandon du principe de
patrimonialité). Pourtant la conception moderne implique un détachement de la personne du Roi.
Les décisions rendues par ces personnes qui sont considérés comme des autorités publiques et non
des personnes attachées au Roi. C’est donc en 1454 que le principe d’inamovibilité est instauré : on
ne peut qu’être déchu par une loi.
Certains cas annulent ce droit d’inamovibilité : la mort, la résignation volontaire, la forfaiture
(condamnation pour un délit commis dans l’exercice de ces fonctions ; cf. les shérifs : un conseiller ne

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peut qu’être jugé par ces paires). Mis à part ces trois cas, on ne peut pas mettre à la porte un
fonctionnaire. Pourquoi le Roi accorde-t-il ce principe ? Car le Roi veut adopter un politique
moderne, ce qui signifie qu’il doit veiller à la continuité de l’Etat même après sa mort. Avant dès la
mort du souverain, tous les fonctionnaires étaient suspendus des fonctions régaliennes. Ceux qui
bénéficient de ce principe acquièrent un office et deviennent des officiers de l’Etat (quand on parle
des grands officiers, ce n’est pas que dans le sens militaire, il s’agit aussi des grands fonctionnaires
civils).

Au 16 siècle, on rajoutera un nouveau principe : la vénalité (qui est intéressé par l’argent) des
offices. Le Roi va mettre en vente les offices car il avait un grand besoin d’argent. Auparavant, les
juges étaient nommés par le Roi ; les institutions lui présentaient une liste des candidats,
préalablement évalués par l’institution en question. Le Roi a constamment besoin d’argent, il fait la
guerre en Italie et l’arrivée de la Renaissance, la construction de châteaux de la Loire, la venue
d’artistes en France, le développement des mécénats. Le Roi veut absolument éviter de convoquer
les Etats généraux car ils pourraient s’impliquer dans la politique, ce que veut absolument éviter le
Roi. Le Roi décide donc de mettre en vente les offices. Au lieu de nommer les juges, ils leur proposent
d’acquérir un office en versant en contrepartie une somme d’argent. Cela permet de faire beaucoup
d’argent et pour éviter d’appeler cela « l’achat d’offices », on va appeler cela un « prêt d’honneur ».
Quand le Roi a besoin d’argent, il lui suffit de créer un office et cela presque à l’infini. Exemple  : le
perruquier du Roi, ou la personne qui s’occupe des volets. Tous les offices deviennent anoblissantes,
ce qui intéresse beaucoup de gens car il s’agit d’une ascension sociale assez importante. De plus, le
statut de Noble permet d’être exempté d’impôts de manière directe et de défendre les intérêts qu’ils
obtiennent via la politique d’obstruction des Parlementaires.

Un troisième principe va être inséré : le principe d’hérédité. Les officiers vont tout mettre en œuvre
pour convaincre le Roi de pouvoir transmettre leur office au fils ainé ou au neveu (dans certains cas).
Le Roi accepte car cela va lui permettre de gagner encore plus d’argent. En effet, pour transmettre
son office à son héritier, l’officier devra payer une taxe tous les ans, équivalente à 1/30 de la valeur
de l’office. Une taxe est inventée par Paulet, c’est pour cela que cette taxe s’appellera la Paulette qui
consiste à devoir payer la moitié de l’office lorsque l’héritier reprend l’office (il ne s’agit pas d’une
ristourne). On retrouve donc des Parlementaires qui sont propriétaire de leur office, les offices font
partie du patrimoine de son acquéreur. Le Roi ne peut pas se débarrasser de ces officiers selon son
bon vouloir. Louis XIV aurait pu s’en débarrasser et virer tout le monde mais il ne pouvait rembourser
tout le monde, il est perpétuellement en guerre et il a besoin d’argents.

2° une gestion administrative par le Conseil royal : —des ministres (Conseil d'En-Haut), secrétaires
d'État (affaires étrangères, guerre, marine et Maison du Roi) - Conseil des Finances (Colbert :
contrôleur général des finances).

Les Parlements sont donc devenus de véritable puissance politique. Les Rois ont quand même tenté
de contourner le système des Parlementaires : il va gouverner avec des hommes plutôt qu’avec les
institutions, des hommes qui ne bénéficient pas des avantages des Parlementaires. Ces hommes sont
appelés les commissaires : ceux-ci reçoivent des commissions c’est-à-dire qu’ils ont une mission
pendant un temps limité. Ils sont révocables aux bons vouloirs du Roi. Un des commissaires les plus
connu sera Jean-Baptiste Colbert qui fut un des ministres des colonies et mis en la place la politique
économique du colbertisme qui consiste en la protection des produits fait en France. Il va développer
l’empire colonial : il fait importer la matière première des colonies (bois du Québec, tissus, épices, …)
pour ensuite la transformer dans les manufactures de France. Des manufactures d’Etat vont

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apparaitre dans le pays comme celle du cristal des Vosges ou celle des gobelins. Le commissaire n’est
pas un officier. On va tenter de développer ce concept dans d’autres systèmes en créant les
intendants (précurseur des préfets qui représentent l’Etat dans chaque région et province). Il y aura
donc des intendants de police (dans le sens large et ancien du terme : tout ce qui touche aux intérêts
des citoyens), de justice (en matière pénal : exercice au nom du Roi d’une justice retenue tout en
acceptant qu’elle soit appliquée par les intendants) et de la finance.

(Jean-Baptiste Colbert)

Le Roi va mettre en place des lettres de cachet qui permettent s’emprisonner des gens par un simple
ordre administratif sans décision de la justice autorisant l’emprisonnement. Cette lettre est un
document cacheté le Roi ou par les intendants. Il arrive même que certaines familles demandent
des lettres de cachet contre leurs propres enfants si par exemple celui-ci décide d’épouser une
roturière. Voltaire intentera plusieurs demandes de lettre de cachet contre son voisin poissonnier car
l’odeur des poissons l’insupportait.
Le Roi va réussir à vider beaucoup d’institutions grâce à cette technique. Exemple : le Québec. Le
gouverneur peut faire des ordonnances et a des compétences en pénal. Lorsque Colbert va
s’intéresser au Québec, le Roi va nommer un intendant. Le Roi va transférer petit à petit les
prérogatives de l’officier vers l’intendant tout en laissant une certaine supériorité pour l’officier. Pur
tout ce qui est des questions soldanelles (qui aura le premier banc à la messe, …), le Roi donnera
raison à l’officier mais dès qu’il y a un conflit de compétences, il donnera raison au commissaire.
Le développement des commissaires se fait donc au détriment des officiers mais ce développement
n’est pas possible partout. En matière civile, il n’est presque pas possible de transférer des
compétences car il faut absolument l’accord des parlementaires. Le Roi doit combiner avec le
Parlement qui lui va freiner les réformes politiques, ce qui va entrainer la Révolution française de
1789. La première chose que les Révolutionnaires décident de proclamer c’est la vacance des
Parlements. La plupart des révolutionnaires sont des juristes. La prise de la Bastille est une prison
symbolique car des hommes y sont enfermés sur base des lettres cachetées. On supprime les
parlements et tous les privilèges dû à l’ordre.

3° mise hors-jeu des États généraux : interventions exceptionnelles après la guerre de Cent Ans -
regain avec les guerres de Religion - plus de convocation entre 1614/15 (suite à l'assassinat d'Henri
IV) et 1789.

68
Comme spécifié plus haut, les Etats généraux sont totalement hors-jeu. Le Roi ne les convoque plus
car il n’a pas besoin d’eux pour voter de nouveaux impôts.

CHAPITRE II : LA SPECIFICITE ANGLAISE  : LE TRIOMPHE DU


PARLEMENTARISME

SECTION 1 : EVOLUTION DU RAPPORT DE FORCE ENTRE LE ROI ERT LE PARLEMENT (16e-18e
s.)

1° la dynastie des Tudor (1485-1603) : un absolutisme d'intention — accession au trône d'Henri VII
Tudor - rétablissement de la paix après la guerre des Deux Roses et politique "d'absolutisme
d'intention" qui s'appuie sur le Conseil privé — Henri VIII : gouvernement personnel par
"proclamations" et politique religieuse (l'anglicanisme)

Evolution qui sera différente de celle de la France et cela est dû à la politique. Le Parlement anglais
n’aura pas la même évolution que le Parlement français. L’Angleterre sortira perdante de la guerre
de Cents ans (15e siècle), ce qui sonnera la fin de l’ingérence, de l’appétit de l’Angleterre pour le
continent. Celle-ci va s’intéresser aux colonies en Amérique et à l’Irlande. Une guerre civile va
éclater à la seconde moitié du 15e siècle en Angleterre. Cette guerre aura le nom de la guerre des
Deux Roses qui durera 3 ans. Cette guerre oppose deux grandes familles : la famille York représenté
par la rose blanche et la famille Lancastre représenté par la rose rouge (la rose sur le maillot de
rugby de l’équipe d’Angleterre fait référence à ce conflit). Une troisième famille profite du conflit
pour faire un coup d’Etat : la famille Tudor qui prend le pouvoir en 1485. C’est donc Henri VII qui
prend le pouvoir et inaugure la période moderne et la fin du Moyen-Age.

(Henri VII)

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Cette nouvelle période durera 3 siècles et 3 dynasties se sont succéder : la dynastie des Tudor eu 16e
siècle (1485-1601) ; la dynastie des Stuart au 17 e siècle (1601-1714) ; la dynastie des Hanovre au 18 e
siècle. Les trois dynasties correspondent à trois rapports entre le Roi et le Parlement différents. On
verra donc l’évolution de cette relation qui se soldera par un triomphe du parlementarisme. En
1485, Henri VII va inaugurer la dynastie des Tudor. Sa principale occupation sera de retrouver la paix
au sein du Royaume. Il va donc mener une politique autoritaire et va demander au Parlement la
plénitude des pouvoirs afin de pourchasser les acteurs de cette guerre civile et de les punir. Il
demande de régner par « proclamation » qui est une forme de législation émanant du Roi et de son
Conseil privé (formé au droit ou par la pratique). Il y a trois formes de loi :

a) Le statut (statutes law) qui la loi la plus commune. C’est une disposition législative émanant
du Roi et de son Conseil privé et qui est soumise au Parlement.
b) Les bills : loi émanant du parlement qui soumet ces propositions au Roi qui doit les
approuver.
c) Henri VII veut éviter cette procédure lourde et longue, il veut de la rapidité. Il demande donc
de régner par « proclamation ». Il veut prendre des décisions sans requérir à l’approbation
du parlement. Ce qui vaut pour maintenir la paix, vaut également pour ce qui est des impôts.
Ce type de règne est de base limité dans le temps et du au contexte. Ce régime est appelé :
l’absolutisme d’intention. Il s’inscrit dans une situation particulière qui justifie cette
politique. Elle est faite en accord avec le parlement qui accepte sa mise hors-jeu (même si
dans ce cas, il n’avait pas vraiment la possibilité de refuser).

Henri VII va donc s’appuyer de son Conseil privé pour régner. A sa mort, Henri VIII monte sur le trône
en 1509.

(Henri VIII)

70
Il va instaurer une triple occupation :

a) Poursuivre la politique de son père. Il ne peut plus justifier cette politique par le
rétablissement de paix. Il le fait car il entend gouverner personnellement.
b) Des protestations religieuses commencent à naitre dans le Royaume, principalement dues
au protestantisme de Martin Luther. Au départ, le roi se présente comme le défendeur du
catholicisme. Il va pourchasser les premiers protestants et va être proclamé par le Pape :
défendeur de la foie.
c) Il veut assurer la continuité dynastique et avoir un fils voir même plusieurs dans le meilleur
des cas afin d’être assuré d’avoir un héritier. Il va se marier avec Catherine d’Aragon qui ne
va lui donner aucun héritier mâle. Il va donc décréter que c’est son épouse qui fautive et va
demander l’annulation du mariage car il n’était pas permis de divorcer à l’époque. Pour
pouvoir introduire cette demande, il faut avoir des arguments. L’argument avancé par Henri
VIII est celui du lien de parenté qui est inférieur au 7e degré. Le Roi va s’appuyer sur
l’archevêque de Cantorbéry. Le problème est que lors du mariage, le Roi avait demandé une
dispense officielle pour éviter que ces fils deviennent des bâtards, des fils illégitimes. Il est du
coup difficile de plaider une annulation dans ce cas. Le Pape refuse donc cette annulation,
poussé par Charles Quint qui avait un lien de parenté proche avec Catherine d’Aragon (il
voulait éviter qu’elle se trouve sans mari).

Le Roi va donc décider de rompre avec l’Eglise d’Europe et proclame l’Eglise anglicane dont il serait
le chef (la reine d’Angleterre est toujours la chef de l’Eglise anglicane). Il va se remarier avec Anne
Boleyn qui ne lui donnera aucun fils et qu’il exécutera par après. Il se remariera 5 fois pour enfin
avoir un fils qui mourra jeune. Cette Eglise ne suit pas les thèses luthériennes, elle provoque un
schisme avec l’Eglise catholique (le 2e dans l’Histoire, le premier ayant été fait par les Orthodoxes).
Henri VIII décide de conserver les évêques et les archevêques. Le Roi décide de supprimer les ordres
religieux : il conserve le clergé séculier mais supprime le clergé régulier : ceux qui vivent dans des
monastères. Les biens de ces abbayes sont donc confisqués et vendus : les revenus arrivent dans la
caisse de la garde-robe du Roi. Les abbayes en Angleterre étaient très riches car les Normands
avaient veillé à ne pas toucher les abbayes. Avec tous ces moyens, le roi peu continuer sa politique
autoritaire car le parlement n’a aucun moyen de contrainte. Le roi n’a pas besoin de solliciter les
impôts. Henri VIII refuse de négocier avec le parlement. Le roi va éliminer tous ces opposants
politiques via la juridiction de la chambre étoilée (pièce dont le plafond était recouvert d’étoiles
dorées sur un fond bleu). Cette juridiction n’obéit pas aux règles du Common Law : elle peut utiliser
la torture et condamner sans juger. La Cour de Londres devient donc une véritable prison dans
laquelle on enferme les ennemis politiques de la monarchie. Le Parlement est convoqué très peu de
fois, plus au moins 10 fois sous le règne d’Henri VIII. Le Parlement ne sert qu’à enregistrer les lois et
donne une impression de consentement.

71
C’est donc la fille d’Henri VIII, Elizabeth Ier qui monte sur le trône en 1558.

(Elizabeth I)

Cette reine compte mener la même politique que son père. Elle aura un long règne : jusqu’en 1603.
Elle sera appelé la « Reine Vierge » (une vrai tchouin car elle était tout sauf vierge). Elle ne veut pas
que son époux prenne le pouvoir, elle veut régner personnellement. Les règles de successions ne
sont pas codifiées en Angleterre contrairement à la France. Il n’y a aucune coutume, règle qui énonce
le principe de privilège de la masculinité. Il s’agit surtout de la volonté du Roi régnant . Il y a donc un
régime de primogéniture mais non de préférence de la masculinité.
Pour pouvoir continuer cette politique autoritaire, il faut des moyens financiers. La monarchie est
dépendante de l’impôt. Les caisses étant vides à la mort du roi, la reine doit trouver un moyen de
remplir les caisses sans faire appel au parlement, il faut une nouvelle forme de revenus. La reine va
donc s’attaquer aux navires espagnols transportant les richesses venant d’Amérique (des mines de
métaux précieux avaient été découvertes). Le Roi d’Espagne a mis en place une flotte importante et
taxe les navires revenant d’Amérique. La reine organise donc une piraterie d’Etat avec des corsaires
(moins péjoratif que l’appellation « pirate »). Ces corsaires peuvent intercepter des navires ennemis
pour son souverain via une lettre spéciale. Par exemple : Sir Francis Drake qui était considéré
comme la terreur des 7 mers, il intervient dans les Antilles.
Comme il s’agit des protestants anglicans contre des catholiques : les Anglais peuvent s’attaquer aux
Espagnols. Elizabeth peut donc poursuivre sa politique.

On a donc pendant un siècle, une dynastie qui va s’étendre sur un siècle et qui mènera une politique
autoritaire en évitant le parlement et disposant de moyens financiers permettant de contourner le
Parlement et de le mettre doublement hors-jeu. Le rapport de force est donc clairement en faveur
de la monarchie. Le parlement est vidé de toute substance et n’a aucune force législative.

72
2° la dynastie des Stuart : la confrontation — Jacques Ier (1603-1625) : union personnelle avec
l'Écosse - politique autoritaire (sa conception du droit divin exposée dans The true Law of free
Monarchies, 1598) mais un manque de moyens politiques et financiers - conflit ouvert entre
Charles Ier (1603-1649) et le Parlement (1629-1640) - guerre civile à partir de 1642 entre
"royalistes" et "parlementaristes" avec à leur tête Olivier Cromwell - 1649 : Charles Ier est mis en
accusation (impeachment), jugé par le Parlement et décapité — la République du Commonwealth
(1649-1660) : Olivier Cromwell se proclame Lord Protector - une constitution écrite en 1653 :
abolition de la Monarchieet de la Chambre des Lords — restauration de la dynastie des Stuart
(1660-1714) : tentatives de rétablir une politique autoritaire sous Charles II (politique fiscale et
religieuse impopulaire) - Révolution Glorieuse de 1688 : abdication de Jacques II en faveur de sa
fille Marie - Bill of Rights (1689) imposé par le Parlement à Guillaume III (d'Orange) et Marie :
passage de la monarchie médiévale à une monarchie « de type constitutionnel » — les événements
du 17e s. et la pensée politique : Thomas Hobbes (1588-1679), Le Léviathan, 1651 - John Locke
(1632-1704), Traités du gouvernement civil, 1690

En 1603, la dynastie Stuart prend le pouvoir avec Jacques Ier qui était le roi d’Ecosse. En montant
sur le trône, il établit une union personnelle entre l’Ecosse et l’Angleterre. Une union personnelle
est une union de deux entités disparates, réunies sous la personne du Roi. C’est donc en 1603 que
l’on peut parler de Royaume-Uni. D’autres exemples d’union personnelle : les Pays-Bas qui est une
union personnelle avec le Duc de Bourgogne et plus tard sous le Roi d’Espagne, Charles Quint.
L’héritier du trône d’Angleterre sera appelé le prince de Galles (cf. Frédéric de Galles). C’est donc
Jacques Ier qui prend le pouvoir. C’est un monarque catholique qui reconnait l’autorité du Pape
mais est à la fois chef de l’Eglise anglicane qui s’est rapprochée de la doctrine protestante. C’est
donc une vraie difficulté mais Jacques Ier ne le voit pas comme tel. Il est partisan de l’absolutisme de
droit divin comme en France. En Suède et en Prusse, le modèle absolutiste sera aussi adopté mais
jamais de droit divin.

(Jacques Ier de la maison Stuart)

Jacques Ier avait rédigé un traité en 1598 : «  The true law of the free monarchies  » : Les véritables
lois des monarchies libres, ouvrage qui défend l’absolutisme de droit divin. En devenant Roi, Jacques
met en avant deux objectifs :

73
a) Il veut réunir complétement et opéré à une fusion entre l’Ecosse et l’Angleterre (c’est
d’ailleurs de là que vient l’appellation United Kingdom). Il veut des institutions uniques dans
tout le Royaume. Cette idée sera fortement controversée par les Ecossais et les Anglais qui
refusent cette fusion pour des raisons politiques et religieuses. On reproche au roi de
prendre des décisions unilatérales et de vouloir directement que le régime soit l’absolutisme
de droit divin.
b) Il veut contrôler l’Eglise anglicane tout en imposant l’absolutisme de droit divin, ce qui est
un peu contradictoire. Pour lui, cette maitrise est l’aboutissement de tout monarque absolu
de droit divin. En effet, le roi légitime son pouvoir par Dieu pour ce qui est des matières
temporelles. Pour ce qui est des matières spirituelles, cela revient au Pape (auctoritas
supérieure). Jacques Ier voit l’opportunité d’affirmer qu’il est le monarque de droit divin
mais aussi en matière spirituelle en étant le chef du pouvoir spirituel avec l’Eglise
anglicane.

Cette volonté de créer un Royaume-Uni va déclencher une opposition farouche du parlement qui
représente la nation et se veut comme défenseur des coutumes anglaises et du protestantisme. Les
Anglais rejettent le régime absolutiste de droit divin. Le parlement craint que ces compétences soient
attribuées aux catholiques, autant la Chambre basse que la Chambre haute. Jacques Ier est obligé de
s’adresser au parlement car il ne peut plus s’attaquer aux Espagnols, sa mère étant l’épouse du Roi
d’Espagne. Le parlement est hostile à la politique de fusion, à la politique religieuse, à la politique
de l’absolutisme de droit divin et de plus, après avoir été mis hors-jeu tout un siècle, compte jouer
son rôle à nouveau. Le roi est donc forcé d’accepter les bills du parlement. Un conflit nait donc entre
le roi et le parlement ; conflit qui ne cessera pas après le règne de Charles Ier (successeur de Jacques
Ier en 1625). Charles Ier va mettre en place une politique religieuse extrêmement répressive : il
persécute les catholiques qui veulent reconnaitre le Pape comme souverain, mais aussi les
protestants fermes. Ces protestants sont appelés les puritains et ont une conception de la foie
extrême, il refuse toute intervention publique. Ces persécutions vont engendrées une forte
immigration des puritains vers l’Amérique du nord notamment William Penn qui fonda la province de
Pennsylvanie (Penn + sylvanie qui signifie la forêt).

Le conflit va mener en 1642 à une guerre civile qui oppose d’un côté les royalistes qui sont les
défenseurs de la légitimité du Roi contre les parlementaristes qui sont des membres de la Chambre
basse menés par Olivier Cromwell. Les parlementaristes considèrent que le roi doit être soumis au
parlement car celui-ci représente l’autorité suprême sans qui aucune décision législative ne peut être
prise. Cette opposition en apparence politique cache une opposition religieuse entre les puritains
et les catholiques modérés. Cette guerre va mettre à feu et à sang l’Angleterre. Dans ce cadre, la
Chambre basse va prendre une décision ayant de lourdes conséquences : elle va lancer une
procédure d’impeachment (cf. l’affaire Monicagate : une autre tchouin qui a eu des relations
sexuelles avec le président Bill Clinton ; le Congrès des USA lança cette procédure pour destituer Bill
Clinton du poste de président)
Cette procédure avait pour but à l’origine d’exercer un contrôle sur le Conseil privé du roi, il était
donc possible de les mettre en accusation. On contrôle l’action de ces personnes et si la Chambre
des Communes estime qu’un collaborateur abuse de son pouvoir pour des malversations ou qu’il
conseille mal le roi, on peut intenter cette procédure et les traduire en justice. Ce contrôle rappelle
aussi que si le roi commet des erreurs, c’est forcément parce qu’il a été mal conseillé. La Chambre
basse dresse donc l’acte d’accusation et le transmet à la Chambre haute qui s’occupe de juger les
conseillers du roi (rappel : on ne peut qu’être jugé par ces paires).

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En 1649, le parlement décide de lancer la procédure contre le roi lui-même pour la première fois
pour des raisons politiques. La Chambre basse veut en découdre avec le roi et ayant lancé plusieurs
fois des procédures d’impeachment contre des conseillers du roi et ne voyant aucun changement,
décrète que c’est la politique du roi lui-même qui est mauvaise. On va donc demander des comptes
au roi. La Chambre haute se saisit de l’affaire et déclare le roi coupable. La sentence de celui-ci est la
peine capitale : la décapitation.

(Exécution de Charles Ier en 1649)

Cet événement va avoir un très grand retentissement surtout sur le continent. On accuse l’Angleterre
de régicide pour avoir assassiné son roi. Cette accusation émane des pays étant sous le régime de
l’absolutisme de droit divin. L’Angleterre va se défendre en évoquant le fait que cette procédure était
préexistante et qu’elle n’a pas été inventée de toute pièce pour exécuter le roi  ; que le juge était la
Chambre des Lords qui est une juridiction régulière (malgré que c’était la première fois que cette
procédure était utilisée contre le roi).

C’est donc Olivier Cromwell qui devient le dirigeant de l’Angleterre, il n’est pas roi.

75
(Olivier Cromwell)

On rentre dans une période assez particulière (une sorte d’Interrègne). Cromwell va proclamer la
République du Commonwealth et se proclame Lord Protector (1649-1658). Il va prendre deux
grandes décisions :

a) Suspendre la monarchie
b) En 1653, il donne à l’Angleterre une Constitution écrite (l’unique et la dernière)

Cette Constitution entérine sa fonction de Lord Protector. Elle va également ordonner la suppression
de la Chambre des Lord, jugée comme une oligarchie aristocratique trop difficile à contrôler. Le parti
royaliste va s’exiler en Amérique du Nord. La période de règne de Cromwell est la période la plus
sombre de l’Angleterre (jusqu’en 1658). Cromwell va mener un politique très dure et encore plus
autoritaire que les rois. Il va mettre au feu et à sang l’Irlande dans une opposition religieuse et car
le reste de la famille Stuart avait fui là-bas. C’était un homme autoritaire et austère qui entendait
nommer son fils comme Lord Protector. A la mort de son père son fils lui succédera pendant 9 mois
mais le parlement avait déjà pris la décision d’arrêter les frais et de restaurer la monarchie. On
appelle donc Charles II de la famille des Stuart à monter sur le trône d’Angleterre en tant que Roi. La
Constitution de Cromwell est abolie et on restaure la Chambre des Lord. On conclut que l’abolition
de la monarchie n’était que l’abolition de Cromwell qui avait soif de pouvoir. Les Anglais rejettent le
régicide et la restauration prouve que la procédure ne visait pas la monarchie (c’était seulement la
volonté de Cromwell), ni la légitimité des Stuart (car on pense directement à eux pour revenir sur le
trône). Cette procédure visait donc la politique personnelle de Charles Ier qui refusait d’entrer en
dialogue.

Cependant, Charles II va monter sur le trône avec une idée de vengeance derrière la tête, il ne veut
pas nouer des liens harmonieux avec le parlement et n’entend pas se plier à la volonté de celui-ci.
Son successeur, Jacques II, va continuer à mener une politique d’opposition ce qui aura pour
conséquence la renaissance du conflit entre le roi et le parlement avec une Angleterre qui se trouve
au bord de la guerre civile. En 1688, le pays va entrer dans une révolution, la Glorieuse Révolution.
Charles II accepte d’abdiquer en faveur de sa fille Marie car il comprend bien que s’il n’accepte pas,

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il se fera couper la tête comme Charles Ier. Marie va épouser Guillaume d’Orange, prince des Pays-
Bas (territoire qui s’est détaché de l’emprise espagnole : République des sept Provinces-Unies des
Pays-Bas).

(Guillaume III et Marie, 1703)

Guillaume III est une garantie contre les dérives du monarque pour le parlement car il est protestant.
Le parlement va prendre plus de précautions. Le couple royal doit s’engager à respecter les
dispositions que lui dictera le parlement. Le parlement va donc obligé le roi à respecter un
document en 1689 : Bill of Rights. En tant que bill, cela prouve que l’initiative vient du parlement et
qu’il est soumis à la sanction royale, ce document est ce qui conditionne l’accès au trône. Ce
document prévoit donc un ensemble de droits censés garantir les droits des sujets anglais ainsi que
le droit des institutions représentants ces sujets anglais.

3° la dynastie des Hanovre (1714- ) : "le roi règne, mais il ne gouverne qu'avec l'accord du
Parlement". Acte d'Établissement de 1701 (Act of Settlement) organise la succession après Anne
Stuart (1702-1714) : exclusion des héritiers catholiques de Jacques II - accession au trône de George
Ier de Hanovre - première mise en œuvre de la théorie de séparation des pouvoirs

Marie et Guillaume n’auront pas d’enfants, on pense donc à la sœur de Marie, Anne Stuart. Elle
accède au trône en 1702 mais celle-ci est déjà âgée et mourra en 1714. Cependant, bien avant sa
mort, le parlement avait pris ces dispositions pour régir la succession. En 1701, le parlement
promulgue l’Acte d’Etablissement (Act of Settlement) qui prévoit la succession après l’extinction de
la dynastie des Stuart. On exclut tous les héritiers catholiques de Jacques Ier et cela à jamais. Le
descendant le plus proche mais non catholique est Georges Ier.
Georges Ier est le roi d’Hanovre, prince électeur de l’Empire. C’est donc un Allemand qui monte sur
le trône. Celui-ci mettra une seule fois les pieds en Angleterre pour être sacré roi mais sinon il
restera en Allemagne (la chasse y est meilleure). Un roi absent est un cas rêvé pour le parlement qui
peut gouverner sans que le roi ne se mette en travers de celui-ci.

Le conflit entre les rois et le parlement aura duré plus de deux siècles et se soldera par une victoire
finale du parlement. Sous les Tudor, le parlement était muselé car les Tudor trouvaient un moyen de
financer leurs politiques. Sous les Stuart, le parlement est rentré dans un conflit qui a déchiré
l’Angleterre ; un conflit religieux combiné d’un malaise face à l’unification qui fut une véritable

77
maladresse. Le parlement va finir par exclure les Stuart pour choisir un roi comme Georges Ier qui
est absent, désintéressé et qui ne parle même pas anglais. Cela laisse le champ libre pour le
parlement : institution qui trouve son fondement dans la Magna Carta, texte qui rappelle que cette
institution est là pour représenter les intérêts de ces sujets anglais.

4° les événements du 17e s. et la pensée politique : Thomas Hobbes (1588-1679), Le Léviathan,


1651 - John Locke (1632-1704), Traités du gouvernement civil, 1690

Des pensées politiques se sont développées au 17 e siècle. Elles sont en lien direct avec les
évènements de cette période. Les auteurs ont donc exposés leur point de vue à propos du rapport
de force entre la monarchie et le parlement.

Thomas Hobbes va écrire en 1651, le Léviathan.

(Thomas Hobbes & Léviathan)

Cet ouvrage est rédigé trois ans après la décapitation du roi (milieu du 17 e siècle). Le Léviathan
renvoie à un monstre biblique de l’Ancien-Testament, qui a plusieurs têtes. Cette image de monstre
représente l’Etat. Selon Hobbes, un état moderne est composé d’un ensemble de sujets qui sont
représentés par ces différentes têtes. Pour qu’un état cohabite, avance, fonctionne, il faut qu’il y ait
une tête dirigeante. Si chacune des têtes prend une décision, le monstre se retrouve paralyser. Qui
est cette tête dirigeante ? le Roi. Hobbes soutient l’idée que le roi tire sa légitimité de ces sujets qui
leur délèguent leurs pouvoirs, leurs libre-arbitres. Cette théorie défend une conception du pouvoir
non pas descendante (comme en France avec le pouvoir de droit divin) mais ascendante. Quand
intervient cette ascendance ? Lors du sacre du roi. Il s’agit alors d’une délégation tacite : les règles
de succession définissent qui sera le roi et elles sont irréversibles, c’est-à-dire que les sujets ne
peuvent pas dessaisir le monarque et reprendre le pouvoir.
Nous l’avons donc compris, Hobbes est un royaliste qui s’oppose à Cromwell ; le Léviathan est un
manifeste contre le Commonwealth. Il défend la thèse du régicide et pense que le parlement n’avait
pas le droit de mettre en accusation le roi, que ce n’est pas une décision légitime car le parlement
n’a pas la faculté de reprendre la délégation tacite et irréfragable.

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Cette théorie est importante pour comprendre les royalistes mais également car c’est la première
fois que la conception d’ascendance est théorisée. Cette conception sera reprise plus tard par
différent acteurs se déclarant monarque éclairé : le roi de Suède, le Tsar russe, ... Cette conception
éclairée est fondée sur la raison et que le gouverneur dirige avec des principes basés sur la raison
(cf. philosophie des Lumières). Cette conception rejette l’absolutisme de droit divin.

Le deuxième philosophe important est John Locke qui est un médecin exclut par les Stuart car il
soutient des idées contre la monarchie et soutient le parlement. Il reviendra en Angleterre après la
Révolution Glorieuse. Il écrit en 1690 les Traités sur le gouvernement civil : Two Treatises of
Government. Cet ouvrage prône l’idée d’un équilibre entre les pouvoirs (« balance of powers »).
Aujourd’hui, ce concept est plutôt vu comme la séparation des pouvoirs mais pour Locke, il s’agit
d’équilibre entre deux pouvoirs : le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. C’est au roi que revient
le pouvoir exécutif et au parlement que revient le pouvoir législatif sachant que celui-ci prime sur
le pouvoir exécutif.

(John Locke & Two Treatises of Government)

Montesquieu sera le premier a théorisé le concept de séparation des pouvoirs, celui-ci a vécu en
Angleterre et s’est inspiré en grande partie à la théorie de Locke qu’il va compléter. La différence
entre Montesquieu et Locke est l’apparition d’une troisième branche dans la théorie : le pouvoir
judiciaire. Cela n’est pas un hasard, Montesquieu est français et vit dans un régime absolutiste de
droit divin. Il siège en tant que président de la Chambre à Bordeaux. En France, le parlement est une
institution judiciaire qui intervient dans le processus législatif, elle s’arroge le droit de refuser des
ordonnances royales. En Angleterre, le pouvoir judicaire est dans les faits, indépendant du pouvoir
législatif, il dépend du Common Law. Il est donc inutile pour Locke de bâtir une théorie de
séparation des pouvoirs. Locke va donc analyser les faits, rédiger des conclusions et théoriser la
victoire du parlement en distinguant le pouvoir du parlement de celui du roi. Pour lui, seuls les bills
comptent.

SECTION 2 : UNE FLORAISON DES TEXTES « CONSTITUTIONNELS »

79
1° le modèle : la Magna Carta libertatis de 1215 : les rapports entre le roi et le Parlement - la
garantie des libertés individuelles

La plupart des textes ayant intervenu au 17 e siècle se rattachent à la Magna Carta de 1215. Ce texte
avait imposé au roi de gouverner autrement en élargissant la Curia regis, ce qui avait permis la
création du Parlement britannique. Il s’agit également d’un ensemble de dispositions qui
garantissent les droits et libertés des Anglais.

2° les textes du 17e siècle : — Petition of Right (pétition de droit) de 1628 : similitude avec les
événements du début du 13e s. - Charles Ier, en contrepartie des mesures fiscales sollicitées,
s'engage à garantir les libertés de ses sujets : p. ex. pas d'emprisonnement sans jugement (art. 3)
ou sur simple ordre royal (art. 5) — Habeas Corpus Act de 1679 (précision du writ of habeas corpus)
: pas d'emprisonnement (ou de bannissement hors du royaume) sans jugement précédé d'une
enquête judiciaire, motivation des décisions judiciaires — Bill of Rights de 1689 : déclaration des
libertés fondamentales à l'occasion de l'accession au trône de Guillaume III et Marie - chaînon
essentiel entre la Magna Carta et les constitutions modernes - principes d'un État de droit : sans le
consentement du Parlement, le roi ne peut pas abroger des lois (art. 1-2), ni lever des impôts (art.
4), ni lever une armée en temps de paix (art. 6) ; élections libres au Parlement (art. 8-9),
interdiction des peines cruelles et infamantes (art. 10).

Au 17e siècle, un second texte intervient : la Petition of Right (la pétition de droit). Ce texte réclame
le respect du droit (au singulier) et intervient pendant le règne de Charles Ier. Nous sommes dans un
contexte de mécontentement religieux et politique venant de la faction parlementariste. C’est donc
en 1628, que le parlement soumet cette pétition au roi au préalable des impôts votés pour celui-ci. Il
s’agit donc d’une sorte de réactualisation, de rappel pour le roi de la Magna Carta afin qu’il
respecte le droit. Il lui est donc demandé d’associer le parlement à ces décisions, il ne peut pas
éliminer ces opposants politiques.

(Petition of Right, 1628)

Cette pétition va être un des arguments pour la procédure d’impeachment. La Chambre-basse va se


baser sur le non-respect de cette pétition (ce non-respect est aussi utilisé afin de répondre aux

80
accusations de régicide) pour prouver que le roi n’a pas respecté ces engagements qui étaient
contenus dans cette pétition. On ne peut pas rejeter la faute sur les conseillers du roi car c’est lui-
même qui s’est engagé de faire respecter le droit.

Un autre grand texte va être rédigé au 17 e siècle : l’Habeas Corpus Act. Ce texte va être proclamé en
1679, l’année où la monarchie est restaurée. Ce document vient préciser la procédure en matière
pénale ; il vient préciser un writ (traduit comme une « bref »). Chaque action possible devant le
régime de Common Law est précisé par un bref. Un bref définit donc les actions et la procédure à
respecter. L’Habeas Corpus Act vient donc préciser un bref en particulier : la procédure en matière
pénale, domaine attribué au Banc du Roi, King’s Bench. L’Habeas Corpus Act est donc un mot latin,
utilisé en anglais et qui signifie « avoir un corps », ce qui renvoie à la détention d’un individu. Ce
document précise donc que l’on ne peut pas emprisonner quelqu’un sans décision de justice. Il est
donc impossible d’emprisonner quelqu’un via un simple acte administratif ou selon le bon vouloir du
roi (procédure valable également pour le bannissement). Cette décision de justice doit émaner d’une
Cour du Common Law. Il est donc exigé d’enquêter au préalable, la justice expéditive étant interdite.
Ce texte vient également préciser que toute décision pénale doit être motivée (notamment pour des
raisons de sécurité publique) ; on doit donc donner les motifs de la peine. La peine de prison était
rare à l’époque, on recourait souvent aux peines corporelles, infâmantes, capitales. Ce texte met
donc fin aux détentions provisoires, surtout pratiquée par les Tudor. Cet écrit est important
également car il explique le système de caution judiciaire. Une personne peut être libéré sous
caution et amené devant un juge. Ce système permet de lutter contre les emprisonnements abusifs.

Le troisième texte rédigé au 17 e siècle et surement le plus important est la Bill of Rights de 1689, un
an après la Révolution Glorieuse et imposé à Marie et Guillaume pour qu’ils puissent monter sur le
trône (une bill émane du parlement). Ce texte définit un ensemble de droits (pluriel) qui précisent,
dans l’esprit de Locke, les compétences respectives du parlement et du roi. Il met donc en
application la théorie de Locke, c’est-à-dire un équilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir
législatif dont cette bill en est la première expression.

81
(Bill of Rights, 1689)

Quelques exemples de cet équilibre :

- Article 1 : « Le roi ne peut pas abroger les lois sans le consentement du parlement  ». Cela
confirme bien que le pouvoir législatif appartient au parlement.
- Article 2 : fait de même.
- Article 6 : « Le roi ne peut lever d’impôts, ni d’armée en temps de paix dans la décision du
parlement  ».
- Article 8 et 9 garantissent des élections libres (à la Chambre-basse) pour éviter l’influence
royale.

On retrouve également des dispositions qui viennent compléter la Magna Carta et l’Habeas Corpus
Act au niveau des libertés fondamentales des sujets. L’article 10 interdit les peines cruelles et
infamantes.

Le régime peut donc être qualifié de monarchie parlementaire. Il ne suffit pas qu’il y ait un
parlement, il faut qu’il y ait un équilibre entre le pouvoir législatif et exécutif, qui est affirmé par la
Bill of Rights. C’est la première monarchie parlementaire que l’on peut qualifier comme de « type
constitutionnelle ». Il ne s’agit pas d’un régime parlementaire à proprement parlé car les critères ne
sont pas réunis pour qu’on puisse qualifier un texte comme constituant. Il s’agit plutôt d’une
accumulation de textes. Aujourd’hui, l’Angleterre n’a toujours pas de Constitution et cela pour trois
raisons :

1) Il n’y pas eu de grande révolution entre la fin du 17e siècle et aujourd’hui. Il y a une
continuité des institutions et de la monarchie.
2) Il y a une certaine méfiance de la part des Anglais à propos d’une Constitution écrite. Cela
rappelle le Commonwealth de Cromwell qui avait donné une Constitution écrite à
l’Angleterre en 1653. Pour les Anglais, Constitution ne signifie pas un respect des droits et
des libertés des sujets.
3) L’Angleterre ne sent pas le besoin d’une Constitution ; elle possède une succession de textes
qui garantissent des rapports harmonieux et le respect des sujets. C’est un pays fortement
marqué par la tradition et qui complète son ordre juridique par des textes internationaux.

3° une influence considérable : — la Constitution des États-Unis d'Amérique : Articles of


Confederation de 1776 (confirmés en 1781) - Constitution de 1787 : organisation du pouvoir
fédéral (président, congrès, cour suprême) - American Bill of Rights de 1791 (dix amendements
originaux et seize nouveaux) — La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : une
déclaration de principes ! — la déclaration universelle des droits de l'homme des Nations Unies de
1948 et la Convention européenne pour la protection des droits de l'homme et des libertés
fondamentales (Convention de Rome) de 1950

Tous ces textes auront un grand retentissement. Ils deviendront les modèles pour plusieurs autres
Etats notamment lors de l’indépendance des treize colonies d’Amérique du Nord qui formeront en
1776, les Etats-Unis. Les Américains ne sont pas représentés au Parlement britannique, et vont
adoptés un slogan : « No taxes without representation  ». Ces treize colonies vont d’abord proclamer :

82
les Articles of Confederation en 1776 (complétés en 1781) pour après se donner une Constitution en
1787. Ils vont l’appeler : The Constitution.

(The Constitution, 1787)

Cette Constitution qui met en place la séparation des pouvoirs :

- Un Congrès : il représente le pouvoir législatif et qui est organisé selon le modèle bicaméral :
une Chambre des représentants qui accueillent un nombre de représentants par Etat en
fonction de la démographie de celui-ci ; et un Sénat avec deux sénateurs par Etat pour
spécifier que la part d’égalité entre tous les Etats.
- Un Président : le représentant du pouvoir exécutif
- Une Cour suprême : le représentant du pouvoir judiciaire.

Lors d’une procédure d’impeachment, c’est au Sénat de juger.


Seule petite entorse : la Cour suprême s’est vu attribuée la compétence de vérifier la
constitutionalité des lois. En Belgique en 1830, on confiera au parlement de vérifier la
constitutionnalité des lois, ils sont donc arbitre de leurs propres lois.

A côté de cette Constitution, un deuxième texte sera promulgué en 1791 : l’American Bill of Rights
(on reprend textuellement l’appellation de 1689) qui est composée de dix articles (16 autres articles
seront ajouter plus tard) garantissant les droits et les libertés des Américains. Ces articles
interdisent les peines cruelles et infamantes. Quid de la peine capitale ? Elle n’est pas jugée comme
anticonstitutionnelle mais certains mode d’application sont cruels (notamment le recours à la chaise
électrique). Pour qu’une modification soit opérée, il faut un consentement des ¾ des Etats. Exemple  :
la proposition (émanant de Bill Clinton) d’insérer une disposition visant à lutter contre les
discriminations de sexe a été refusée car le sud de pays a formellement refusé cette proposition.

Ces textes ont également influencés la Charte des Nations-Unies ainsi que la Convention
européenne des droits de l’Homme.
Mais qui peut se proclamer être l’inventeur des principes de droits de l’Homme. Les Français au 18 e
siècle avec la fin de la Révolution française ou les Anglais à la fin du 17 e siècle ?
Les Français vont érigés des textes avec des grandes déclarations de principes. Exemple : article 1 :
« Tous les hommes naissent libres et égaux en droit ». Pourtant Napoléon va réintroduire l’esclavage
au Antilles et va se justifier en déclarant qu’il s’agit d’une déclaration de principes énonçant les

83
grands objectifs du pays et que économiquement parlant, il n’est pas encore possible d’abolir
l’esclavage.

(Déclaration des droits de l'homme, 1789)


Les Anglais sont plus pragmatiques et ont une conception différente, ils se réfèrent aux faits et
interdisent formellement. Il y a donc une confrontation entre les deux conceptions ; la Constitution
américaine est ne synthèse de ces deux conceptions.

SECTION 3 : LES INSTITUTIONS POLITIQUES DU REGIME PARLEMENTAIRE

1° le pouvoir exécutif : une évolution marquée — sous les Tudor et premiers Stuart : le Conseil
privé (Privy Council) : - organe consultatif (composé de juristes) dont le rôle politique est laissé à la
seule appréciation du roi : préparation des proclamations — sous les Hanovre : le Conseil de
Cabinet : - le "Prime Minister" et les ministres (en charge d'un département) exercent le pouvoir
exécutif : absence et désintérêt des Hanovre - factions politiques : Whigs (libéraux) et Tories
(conservateurs) – une approche différente des rapports roi-Parlement - le cabinet issu de la
majorité parlementaire de la Chambre des Communes et responsabilité ministérielle devant la
Chambre des Lords

Comment mettre en œuvre ce principe d’équilibre des pouvoirs et ce régime de monarchie


parlementaire sans roi en Angleterre ?
En 1714, le roi Georges Ier succède aux Stuart. Il se désintéresse complétement de l’Angleterre (il
va falloir attendre Georges III pour que le roi de cette dynastie siège en Angleterre et cela sera une
des conséquences de la guerre d’indépendance américaine).
Le parlement a l’initiative des lois et détient le pouvoir législatif. Le problème est au niveau du
pouvoir exécutif car le roi est absent. A la base, le roi s’appuie sur son Conseil privé (pour le cas des
Tudors et des premiers Stuart). Sans le roi, il va y avoir une évolution importante avec l’apparition du
Conseil de Cabinet. Ce conseil est composé de personnes qui ne sont plus désignées par le roi mais
par la majorité parlementaire.
Au 17e siècle s’affronte deux factions s’affrontent : les royalistes vs les parlementaristes. Les
royalistes veulent une collaboration entre le roi et le parlement et reconnaissent les idées de
Hobbes. Les parlementaristes plaident l’extension du pouvoir du parlement et suivent les idées de
Locke : seul le parlement possède le pouvoir législatif. Ces deux factions vont évolués vers des partis

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politiques : les Tories et les Whigs. Les Tories sont les prédécesseurs des conservateurs qui veulent
conserver un équilibre entre le parlement et le roi. Les Whigs sont les prédécesseurs des libéraux
qui prônent un pouvoir plus libéral : un pouvoir confié au parlement.
Un parti politique est plus structuré qu’une faction ; il se présente lors des élections devant la
Chambre des Communes avec un programme qu’il s’engage à respecter s’il est élu. Au terme des
élections, il y en avait d’office un qui obtenait la majorité. Avec la disparition du parti royaliste, cela
laisse le pouvoir à un Conseil de Cabinet. Celui qui possède la majorité constitue un gouvernement
composé de ministres et d’un Premier Ministre. L’opposant (notamment le dirigeant du parti) est
censé s’effacer car il se considère comme responsable de l’échec. Selon le principe de libre élection,
le gouvernement formé est responsable devant le parlement qui peut voter la méfiance de celui-ci
pour le faire chuter. C’est en raison de ce désintéressement que se mettent en place les caractères
de notre régime parlementaire actuel.

85
CONCLUSION

Ce cours avait pour objectif de mettre avant le lien que le passé peut avoir sur le présent et que les
institutions qui nous entourent ne sont pas nées d’un coup de baguette magique. Il s’agit d’un long
processus où parfois des éléments factuels viennent influencer l’Histoire.

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