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#HAPITRE

LA SOLIDARITÉ

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5.2 Quelques jalons pour un management solidaire 


5.2.1 La solidarité au quotidien 
5.2.2 Tendre vers une entreprise inclusive : gérer la diversité 
5.2.3 Vers une plus grande justice sociale 
5.2.4 Vers une économie solidaire 
5.2.5 La solidarité sans frontières 

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n dépit de l’individualisme qui semble régner dans les qu’ils sont sincèrement soucieux du bien-être des autres. Cette
sociétés occidentales contemporaines, de nombreux préférence sociale repose autant sur l’obligation morale que sur
auteurs ont démontré que l’être humain est fondamen- le plaisir personnel d’aider les autres, même lorsque la situation
talement un « animal coopératif1 ». Le psychologue Michael n’engendre pas de gains individuels. En d’autres termes, l’huma-
Tomasello affirme que l’espèce humaine présente deux caracté- nité en tant qu’espèce a évolué grâce à la solidarité, en se serrant
ristiques qui la distinguent des autres espèces animales2. D’une les coudes pour faire face à l’adversité.
part, davantage que le fruit d’une évolution strictement biolo-
La solidarité est un des piliers du développement durable
gique, l’être humain est le produit d’une évolution culturelle
présenté par l’ONU dans le rapport Brundtland. En plus de
cumulative, autrement dit l’héritier de pratiques et d’artéfacts
soumettre les limites5 à ne pas dépasser pour que la Terre puisse
culturels3. En enseignant aux autres, délibérément, activement
continuer de subvenir aux besoins de l’humanité, ce rapport
et systématiquement, l’être humain témoigne de sa volonté à
met l’accent sur l’importance de la dimension humaine du
donner à ses pairs les moyens de comprendre, de se mouvoir et
développement durable. Ainsi, trois volets existent pour
finalement de contribuer à la société. D’autre part, l’espèce
favoriser les changements en développement durable :
humaine se distingue par ses institutions sociales en tant que
pratiques sociales porteuses de normes et de règles mutuelle- 1) l’importance d’un cadre institutionnel qui mise sur les
ment admises. Les institutions sociales encadrent des manières actions des États, la participation démocratique ainsi que
d’interagir convenues et acceptées dans différentes situations. la volonté politique de changer les choses ;
Ces deux caractéristiques distinctives montrent que l’espèce 2) la promotion de la croissance économique, notamment
humaine se fonde sur des processus essentiellement coopératifs des pays en développement, tout en respectant les limites
pour assurer sa pérennité. naturelles de la Terre ;
Dans le même esprit, les économistes Samuel Bowles et Herbert 3) la reconnaissance de la justice sociale comme vecteur et
Gintis ont montré que, dans l’évolution de l’espèce humaine, les partie intégrante du développement durable. On parle ici
groupes d’individus portés à coopérer (p.  ex., pour la chasse de la réduction des inégalités socioéconomiques entre les
collective de gros gibiers ou pour le partage des tâches liées à la différentes populations qui cohabitent sur la planète ainsi
survie) et à maintenir des normes éthiques soudant le collectif que de la pérennité intergénérationnelle des ressources.
(p. ex., en réprouvant le meurtre au sein du groupe) avaient plus En d’autres mots, la dimension humaine du développement
de chances de survivre et de se déployer plus efficacement que durable renvoie à la solidarité, car il s’agit d’un projet inclusif
les groupes moins cohésifs4. L’efficacité de la coopération en tant visant un avenir équitable et prospère pour tous.
que stratégie de survie a par ailleurs encouragé la multiplication
de comportements prosociaux. De plus, les êtres humains ne
coopèrent pas que dans un but intéressé, mais surtout parce
 3(:630+(90;i*644,=(3,<9
+<4(5(.,4,5;9,:765:()3,
1. Bowles et Gintis (2011). Le mot solidarité provient du latin in solidum « pour le tout » et
2. Tomasello (2009) note cependant que certains insectes sociaux, notamment se dit de personnes tenues par une obligation commune et qui
les termites et les fourmis, de même que certains primates, présentent
également des modèles d’interactions sociales complexes et ritualisées. partagent une communauté d’intérêts ou de responsabilités6. Le
3. Cet héritage culturel dépasse un simple apprentissage par l’imitation, tel qu’il
est observé dans beaucoup d’autres espèces animales.
4. L’historien américain Richard Sennett (2012) affirme que la coopération au
sein des grands groupes sociaux repose sur une volonté d’efficacité. Devant 5. La notion de limites planétaires renvoie aux limites à ne pas dépasser afin que
l’ampleur et la diversité des tâches qui lui incombent, ne serait-ce que pour l’humanité puisse continuer à s’épanouir dans un écosystème relativement
assurer sa survie, l’individu seul ne peut tout faire lui-même ni ne possède sécuritaire (Rockström et coll., 2009 ; Steffen et coll., 2015).
l’ensemble des compétences requises pour y parvenir. Ainsi, la division du 6. Bien qu’elle soit de nos jours surtout mobilisée dans les discours sociologiques
travail où chacun se spécialise dans une activité bénéficiant à la collectivité et politiques, la notion de solidarité est à l’origine de nature juridique (Supiot,
s’appuie sur un fonctionnement social intrinsèquement collaboratif. 2014, p. 3).
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mythe d’un être humain qui serait préexistant à l’état social n’est elle se manifeste par des gestes de camaraderie, de courtoisie, de
qu’une vue de l’esprit, car l’humain « se constitue d’emblée dans reconnaissance et de collégialité. Elle renvoie aussi à tous les
et par les relations aux autres7 ». Une personne ne peut être gestes du quotidien qui démontrent que nous faisons partie
pensée comme un isolat8, puisqu’elle se constitue dans un réseau d’un tout (p.  ex., l’adoption d’un vocabulaire inclusif13, la
de relations interpersonnelles. Chaque personne est un carrefour, gestion adéquate des conflits, les manifestations collectives de
un nœud de relations. Le géographe Raphaël Mathevet définit considération comme la célébration des anniversaires).
la solidarité comme « un lien d’engagement et de dépendance
Sur le plan organisationnel, la solidarité s’exprime d’abord par la
réciproque entre des personnes liées par une communauté de
promotion et la gestion de la diversité dans les entreprises (p. ex.,
destin9 ». Dans cette perspective, la solidarité s’exprime par une
genre, ethnie, religion, orientation sexuelle, handicap). Elle
relation de réciprocité au sein de laquelle chacun est responsable
prend aussi la forme d’initiatives en matière d’économie solidaire
du bien-être de l’autre. Elle se rapporte donc au vivre-en-
qui visent à démocratiser l’économie par des actions citoyennes,
semble10, le bien-être de chaque personne dans le collectif étant
notamment l’agriculture de proximité, le commerce équitable
le gage d’un vivre-ensemble harmonieux11. Ainsi, dans les
ou encore la finance solidaire. De plus, elle s’exprime dans le
sociétés modernes12, la solidarité est bien plus qu’un acte calculé
développement des entreprises libérées qui transforment les
pour obtenir une contrepartie ou encore une obligation morale :
hiérarchies pyramidales et bureaucratiques en systèmes fluides et
elle exprime avant tout un rapport d’interdépendance entre des
efficaces d’autorité distribuée et d’intelligence collective14. La
personnes ayant conscience d’une communauté d’intérêts qui
solidarité s’exprime également dans l’émergence de l’économie
les pousse à se porter une aide mutuelle.
collaborative composée de nouveaux types d’organisations inter-
Sur le plan individuel, la solidarité exprime les liens d’engage- médiaires qui facilitent les échanges entre les personnes.
ment et d’interdépendance entre des individus qui sont tenus de
À une certaine époque, d’un point de vue sociopolitique,
se soucier du bien-être des autres membres d’une même commu-
l’État-providence15 représentait le point culminant de la solida-
nauté. Elle s’exprime d’abord et avant tout par un respect envers
rité. Un peu partout dans le monde, il est de plus en plus
les autres. Nous verrons qu’un climat de respect généralisé, aussi
remplacé par des politiques néolibérales qui placent l’individua-
bien dans les milieux de travail que dans toutes les autres situa-
lisme au centre de leur action, privatisant ainsi progressivement
tions de la vie, pose les fondements de la solidarité. À cet égard,
les services et détruisant petit à petit les institutions qui créaient
le lien social et qui favorisaient la solidarité. Sur le plan sociétal,
7. Baschet (2016, p. 146). la solidarité peut s’exprimer par la prise de conscience des injus-
8. Le poète anglais John Donne (1572-1631) résume bien cette idée dans un tices sociales et la lutte contre leur accroissement. Elle consiste,
vers célèbre : « No man is an island entire of itself ; every man is a piece of the
continent, a part of the main ». entre autres, à promouvoir le développement international,
9. Mathevet (2012, p. 74). dans le sens d’une véritable coopération d’égal à égal, qui
10. La notion de vivre-ensemble renvoie à la cohabitation harmonieuse (p. ex., favorise une organisation autonome et la prise en main de leur
des liens pacifiques, une bonne entente) entre individus ou entre commu-
nautés vivant sur un même territoire. avenir par les populations locales. Des propositions hétéro-
11. L’historien Richard Sennett (2012) fait remonter la solidarité au fonctionne- doxes, notamment l’éthique de la considération16 ou le concept
ment social ancestral que représente la tribu. Dans le système tribal, la andin de Buen Vivir17, méritent aussi qu’on s’y attarde. Finale-
solidarité s’exprime envers ceux que l’on juge semblables à soi et se conjugue
à la compétition, voire à l’agression, envers ceux qui sont considérés comme
différents ou menaçants. Ainsi le tribalisme inscrit la solidarité dans un
rapport dialectique de soi par rapport aux autres (semblable/différent). 13. Baider et coll. (2007) ; Dumais et coll. (2008).
12. Le sociologue Émile Durkheim (1858-1917) distingue deux formes de soli- 14. Getz (2009).
darité. La solidarité mécanique renvoie aux sociétés traditionnelles au sein 15. La santé, l’éducation et l’aide sociale prises en charge collectivement sont les
desquelles le contrôle social joue un rôle important et où les individus et leur exemples les plus prégnants de l’État-providence.
fonction sont peu différenciés. La solidarité organique renvoie pour sa part 16. Pelluchon (2018).
aux sociétés modernes où les individus et leurs fonctions sont différenciés et 17. Le Buen Vivir (« Sumak Kawsay » en quechua ; « Bien vivre » en français) est
où le lien social repose avant tout sur l’interdépendance de l’apport de chacun un concept autochtone de l’Amérique andine qui s’appuie notamment sur les
au collectif. principes suivants : une relation harmonieuse entre les êtres humains et le
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ment, la solidarité invite à penser les liens d’interdépendance recherchés par les employés. Il joue un rôle primordial non
entre l’être humain et le reste du monde vivant, à travers les seulement dans la construction et le maintien de l’intégrité
notions de solidarité écologique et d’antispécisme. personnelle et de l’estime de soi, mais également dans le
bien-être global de chaque personne, en contexte de travail
 8<,38<,:1(365:76<9<54(5(.,4,5; comme dans la vie en général. Par ailleurs, aucun collectif, qu’il
soit de travail ou autre, ne peut fonctionner sereinement sans
:630+(09,
s’appuyer sur une solide base de respect mutuel. Pourtant, la
Dans les prochaines sections, cinq jalons d’un management plupart des travailleurs rapportent ne pas toujours ressentir le
solidaire seront explorés : respect auquel ils s’attendent dans le cadre de leur travail18.
1) La solidarité demande un climat de respect généralisé Rogers et Ashforth défendent l’idée qu’il existe deux types de
qui s’exprime au quotidien, notamment par des gestes de respect qui peuvent être combinés en contexte organisationnel
convivialité et un leadership partagé. (Figure  5.1). Le premier est le respect particularisé, qui est
2) La solidarité passe par la gestion de la diversité, laquelle gagné par un individu en fonction d’attributs, de comporte-
peut constituer une source d’efficacité accrue pour l’en- ments ou d’accomplissements valorisés au sein de l’entreprise. Il
treprise lorsqu’elle fait partie d’une véritable politique s’appuie sur la notion d’équité et permet d’évaluer chaque
organisationnelle. personne selon trois critères complémentaires :
3) La notion de justice sociale est examinée à travers les 1) son rôle (p. ex., la personne remplit ses responsabilités) ;
écrits de Nancy Fraser. 2) son statut de membre de l’entreprise (p. ex., l’intégration
4) La notion d’économie solidaire est un moyen de démo- de la culture et de l’identité de l’entreprise par la
cratiser l’économie par des initiatives citoyennes ayant le personne) ;
bien commun comme objectif ultime. 3) sa personnalité (p. ex., l’ouverture de la personne à l’amé-
5) La solidarité internationale envisage la coopération lioration continue, à l’initiative individuelle et aux gestes
Nord-Sud dans une relation de partenariat d’égal à égal. d’entraide).
Cette solidarité sans frontières peut s’étendre au-delà Pour chacun de ces trois critères, plus un membre de l’entreprise
même de l’être humain grâce à une solidarité écologique adopte les comportements attendus et plus il reçoit de respect
et à l’émergence d’une éthique de la considération. particularisé sous forme de reconnaissance et de récompenses.
Les marques de ce type de respect sont multiples19. Le respect
 3HZVSPKHYP[tH\X\V[PKPLU particularisé favorise la satisfaction du besoin de statut et de
reconnaissance inhérent à la nature humaine qui augmente à
Respecter l’autre, dans son altérité comme dans sa complexité, son tour l’estime de soi, le sentiment d’identification à l’entre-
constitue sans équivoque l’un des socles fondamentaux de la prise et l’identification au rôle que la personne y joue.
solidarité. Sans un respect profond de l’autre, comment espérer
se soucier de son bien-être en tant que membre d’une commu-
nauté d’intérêts ? Comment désirer et, en l’occurrence,
rechercher un vivre-ensemble harmonieux ? En contexte profes-
sionnel, au-delà des revenus et des occasions d’avancement de
carrière, le respect constitue l’un des éléments les plus

reste de la nature, une vie communautaire basée sur l’entraide et la responsa-


bilité collective et des richesses produites et distribuées selon les besoins des 18. Rogers et Ashforth (2017).
membres d’une communauté. 19. Voir aussi la discussion sur la reconnaissance au travail au chapitre 6.
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FIGURE 5.1
#OMBINAISONDESRESPECTSGÏNÏRALISÏETPARTICULARISÏ

CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES


Fort

Forte interdépendance, importance Importance de la cohésion et des réalisations


du travail d’équipe, culture de clan
EXEMPLES
EXEMPLES Entreprises commerciales soucieuses du bien-être
Monopoles, syndicats de leurs employés, organisations à but non lucratif
soucieuses de la responsabilité de leurs employés
RETOMBÉES PERSONNELLES
Estime de soi tirée de l'entreprise, identification RETOMBÉES PERSONNELLES
à l'entreprise, sécurité psychologique Estime de soi tirée de l'entreprise, identification
à l'entreprise et à un rôle, sécurité psychologique
AVANTAGES
Retombées personnelles modérément positives AVANTAGES
Retombées personnelles positives
INCONVÉNIENTS
Respect généralisé

Identification à un rôle ébranlée, absence INCONVÉNIENTS


de conflits constructifs, possible Messages possiblement divergents considérant
culture de l’unanimité la nature contradictoire des principes
d’égalité et d’équité

CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES


Entreprises reposant sur l’exploitation, importance Accent sur les réalisations individuelles, culture de
du travail individuel avec peu d’occasions marché, forte concurrence de l’industrie
professionnelles, possible culture de la hiérarchie
EXEMPLES
EXEMPLES Sociétés de courtage, équipes de vente
Bureaucraties et usines « mangeuses d’âmes »
RETOMBÉES PERSONNELLES
RETOMBÉES PERSONNELLES Estime de soi tirée de l'entreprise, identification
Peu d’estime de soi tirée de l'entreprise, à l'entreprise et à un rôle
peu d’identification à l'entreprise ou à un rôle,
faible sécurité psychologique AVANTAGES
Retombées personnelles modérément positives
AVANTAGES
Efficacité possibles INCONVÉNIENTS
Faible

Faible sécurité psychologique, possible épuisement


INCONVÉNIENTS professionnel, roulement du personnel
Retombées personnelles négatives,
coût pour la société

Faible Fort
Respect particularisé

(Adaptée de Rogers et Ashfort, 2017, p. 1596)

Le second type est le respect généralisé qui concerne chacun en hiérarchiques, donc plus orientées vers le travail d’équipe et le
sa qualité d’être humain. Il renvoie à la notion d’égalité et se leadership partagé, facilitent la mise en œuvre d’un climat de
traduit par un climat qui valorise chaque individu pour ce qu’il respect généralisé propice au vivre-ensemble au sein des collec-
est, indépendamment de son statut hiérarchique ou de sa tifs de travail. Cela favorise un sentiment d’appartenance à la
fonction. Ce type de respect se manifeste concrètement dans communauté, qui augmente à son tour l’estime de soi, le
l’entreprise lorsque chacun sent que tous bénéficient du même sentiment d’identification à l’entreprise et la sécurité psycholo-
respect. Selon Rogers et Ashforth, les structures de travail moins gique de tout un chacun dans le collectif.
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À ce sujet, le professeur Henry Mintzberg avance que la vision 2) Les membres partagent librement leurs opinions, leurs
traditionnelle du leadership, en ciblant des personnes ou des intérêts, leurs attentes et leurs préoccupations afin de
personnalités hors du commun, participe à la montée de l’indi- construire des objectifs communs et de mettre à jour les
vidualisme, lequel mine les entreprises et les communautés20. interdépendances au sein de l’équipe.
Mintzberg nous rappelle que, chaque fois que nous utilisons le 3) La communication régule les interactions, en particulier
terme leadership, « nous devons garder à l’esprit que nous les rétroactions, qui permettent de réajuster les processus
isolons un individu et traitons tous les autres individus comme de collaboration en vue de maintenir la performance de
des subordonnés21 ». Or, l’efficacité d’une entreprise est d’abord l’équipe.
et avant tout un processus collectif où le leadership est réparti et
4) Le travail d’équipe doit avoir un sens pour le collectif,
partagé22 parmi plusieurs personnes dans un groupe en fonction
notamment si celui-ci dispose de l’autonomie nécessaire
des compétences nécessaires et des situations auxquelles l’entre-
pour atteindre les objectifs fixés.
prise doit faire face. Réduire ce groupe à la figure du leader
conduit à se représenter les entreprises comme des entités entiè- Caroline Aubé et Vincent Rousseau notent que l’efficacité d’une
rement dépendantes de l’initiative individuelle, au lieu de les équipe est évaluée sur la base de trois critères :
considérer comme des communautés de travail. Mintzberg 1) la performance de l’équipe, qui peut s’évaluer selon des
invite ainsi à se défaire de ce culte et à le replacer aux côtés indicateurs variés tels que la quantité ou la qualité du
d’autres processus sociaux importants afin d’envisager les entre- travail fourni, le respect des délais impartis ou encore les
prises comme des communautés de coopération23. ressources utilisées par l’équipe ;
En concevant une entreprise comme une communauté de 2) la qualité de l’expérience groupale, qui relève du climat
coopération, on ne peut passer outre la question du travail de travail au sein de l’équipe et se mesure au regard d’in-
d’équipe dans l’atteinte des objectifs de l’entreprise, approche de dicateurs tels que le degré de satisfaction des membres de
plus en plus valorisée en contexte organisationnel. Il a été l’équipe ou l’absentéisme et le taux de roulement volon-
démontré que le travail d’équipe peut contribuer à « augmenter taire ;
la performance financière, [à] améliorer la productivité, [à] 3) la viabilité de l’équipe, qui renvoie, d’une part, à la
réduire les coûts et [à] accroître l’innovation au sein des organi- volonté des membres d’une équipe de continuer à travailler
sations24 ». Certains principes d’organisation et de gestion des ensemble et, d’autre part, à leur capacité à intégrer des
équipes de travail peuvent être mis en avant pour maximiser les changements internes (p.  ex., l’accueil de nouveaux
bénéfices de cette modalité de travail25. Selon Estelle Morin, membres) et externes (p.  ex., l’ajout de certaines
travailler en équipe implique quatre grands principes qui contraintes de travail par les supérieurs hiérarchiques).
stimulent la collaboration26 :
Ces trois critères sont interdépendants. Bien que l’on accorde
1) Les membres de l’équipe comprennent de manière
souvent plus d’importance à la performance de l’équipe, elle est
homogène les objectifs qu’ils doivent atteindre et, en
largement tributaire de la qualité du travail d’équipe, qui
conséquence, les activités dans lesquelles ils devront
contribue elle-même à sa viabilité27.
s’engager pour y parvenir.
Aubé et Rousseau distinguent ainsi sept types de comporte-
ments productifs dans le travail d’équipe (Tableau 5.1) qui sont
20. Mintzberg (2008). répartis en deux catégories, soit la gestion du travail d’équipe et
21. Mintzberg (2008, p. 17). le soutien interpersonnel.
22. Luc (2016).
23. Mintzberg utilise le concept de communityship pour rendre compte de cette
idée.
24. Aubé et Rousseau (2009, p. 60).
25. Brun (2008) ; Savoie et Brunet (2012).
26. Morin (2015). 27. Aubé et Rousseau (2009).
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Types de comportements productifs au regard
de l’efficacité du travail en équipe

COMPORTEMENTS
EXEMPLES
PRODUCTIFS
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(Aubé et Rousseau, 2009, p. 63)

Dans la première catégorie, la gestion du travail d’équipe, 2) le suivi du travail, qui concerne l’évaluation continue de
on note : la progression du travail des membres, et donne la possi-
1) la planification et l’organisation du travail, qui bilité d’effectuer des rajustements au besoin ;
renvoient à l’anticipation des tâches, à leur distribution et 3) le soutien à l’innovation, qui porte sur les moyens que se
à la coordination des membres de l’équipe, afin qu’elle se donne l’équipe pour intégrer de nouvelles pratiques à son
construise une représentation commune du travail à fonctionnement, soit pour améliorer son efficacité, soit
réaliser ; pour faire face à une situation exceptionnelle.
 ,%- ! .! ' %- %.42 % 3 0/.3 ! " ,% s 5 .%! 002 /# ( %! 8)/,/ ')1 5%

Dans la seconde catégorie, le soutien interpersonnel, on 1) Le parasitisme concerne les comportements qui visent à
remarque : s’en remettre aux autres pour faire son propre travail ou
1) la coopération, qui renvoie à l’aide mutuelle que sont assurer la réussite du groupe de manière générale, ce qui
prêts à se porter les membres de l’équipe ; conduit à générer des frustrations dans le collectif.
2) la communication, qui évoque l’importance d’échanger 2) L’agression interpersonnelle fait référence à des compor-
des informations et des idées ; tements agressifs sur le plan psychologique ou physique.
Dans la mesure où les membres d’une équipe n’ont pas le
3) le soutien psychologique, qui appelle au respect mutuel
choix de se côtoyer et d’interagir, ce type de comporte-
de chaque membre de l’équipe et à la volonté de veiller au
ment peut être particulièrement difficile à gérer.
bien-être de chacun ;
3) La survalorisation personnelle implique d’accorder une
4) la gestion des conflits, qui concerne la conciliation
importance démesurée à son apport au travail d’équipe
constructive des divergences et autres mésententes suscep-
tout en dévalorisant la contribution des autres, ce qui
tibles d’apparaître dans l’équipe.
peut, à terme, influencer négativement la cohésion du
Ces mêmes auteurs dégagent également cinq types de compor- groupe.
tements qualifiés de contre-productifs pour le travail d’équipe
(Tableau 5.2) :

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Types de comportements contre-productifs au regard de l’efficacité du travail en équipe

COMPORTEMENTS
EXEMPLES
CONTRE-PRODUCTIFS

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(Aubé et Rousseau, 2009, p. 64)


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Pratiques de gestion à privilégier et à éviter par les responsables de l’équipe

PRATIQUES DE GESTION
EXEMPLES
À PRIVILÉGIER

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PRATIQUES DE GESTION
EXEMPLES
À ÉVITER

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(Aubé et Rousseau, 2009, p. 65 et 66)

4) L’individualisme consiste pour un membre de l’équipe à son travail, ce qui est susceptible de priver les autres des
agir comme s’il était seul, sans se préoccuper des intérêts ressources nécessaires à l’atteinte des objectifs communs28.
et des objectifs du groupe. Il s’agit du coéquipier qui fait
Aubé et Rousseau mettent en évidence trois pratiques de gestion
« cavalier seul ».
à privilégier pour optimiser le travail d’équipe (Tableau 5.3) :
5) L’utilisation déficiente des ressources renvoie à l’utilisa-
tion inappropriée ou abusive du matériel, de l’équipement
ou des privilèges accordés à l’équipe pour la réalisation de 28. Aubé et Rousseau (2009).
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1) La régulation du travail collectif vise à inciter le collectif  ;LUKYL]LYZ\ULLU[YLWYPZLPUJS\ZP]L!


à répondre aux besoins de l’entreprise. Le gestionnaire y NtYLYSHKP]LYZP[t
parvient en fixant des objectifs clairs, parmi lesquels des
échéances, en proposant des rétroactions collectives sur la Certains groupes se constituent sur la base d’intérêts ou d’attri-
performance ou la qualité de la collaboration dans buts communs (p.  ex., club de sport, collectif militant,
l’équipe, en fournissant des pistes d’amélioration au association LGBT29) et selon des critères plus ou moins expli-
besoin, et en accordant des récompenses de groupe en cites qui unissent leurs membres, ce qui favorise une certaine
fonction de l’atteinte d’objectifs prédéterminés. homogénéité. D’autres regroupements sont plus fortuits,
2) La valorisation du travail d’équipe consiste à lui donner contingents à un contexte ou à une situation, voire imposés.
du sens et à inciter les membres à s’investir dans leur Ainsi en est-il dans la vaste majorité des entreprises. Si tous les
travail, notamment par la précision des comportements membres d’une entreprise travaillent effectivement à la réalisa-
valorisés ou qui feront l’objet d’une évaluation, ou encore, tion de sa mission, personne ne choisit entièrement les collègues
par la mise en valeur des bénéfices occasionnés. avec lesquels il sera amené à interagir. Se pose alors une question
3) L’établissement de l’autogestion privilégie la prise en épineuse en management : comment faire en sorte que des gens
charge du travail d’équipe par le groupe lui-même, ayant des attributs sociodémographiques et socioculturels diffé-
notamment en faisant en sorte que les membres choisissent rents (p. ex., âge, sexe, origine sociale et ethnique, appartenance
leur mode de collaboration et la répartition des tâches, religieuse, éducation, métier) forment une communauté harmo-
qu’ils trouvent des solutions aux problèmes rencontrés et nieuse et travaillent ensemble à l’atteinte d’objectifs communs ?
que des responsabilités de gestion leur soient déléguées. La thématique de la diversité porte en elle les enjeux d’égalité des
En outre, ces auteurs conseillent d’éviter trois pratiques de chances et d’équité de traitement30. Elle invite à prendre
gestion contre-productives qui ont pour effet de générer des conscience de toutes les formes d’inégalités qui sévissent dans les
frustrations, du stress, de diminuer l’autonomie collective et qui sociétés et les entreprises et qui touchent particulièrement les
affectent ainsi négativement la qualité du vivre-ensemble au sein groupes minorisés, exclus ou discriminés31. Les discriminations
du groupe de travail : sociales d’accès à l’emploi, la division sexuée du travail, l’inser-
tion des jeunes, des aînés, des minorités (culturelles, linguistiques,
1) la survalorisation de la contribution individuelle, qui religieuses, sexuelles, etc.), la lutte contre les a priori envers les
consiste à attribuer le succès de l’équipe à un seul de ses personnes jugées différentes (personnes handicapées32, commu-
membres ;
2) le favoritisme, qui consiste à accorder plus d’attention ou
29. LGBT est l’acronyme pour le regroupement des personnes qui se décrivent
de privilèges à certains membres de l’équipe ; comme lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres.
3) l’autocratie, qui consiste à monopoliser le temps de 30. Pietrantonio et Bouthillier (2015) proposent de distinguer diversité et hété-
rogénéité. Pour ces auteures, la notion de diversité, qui concerne en particulier
parole dans les rencontres d’équipe, à imposer son point les groupes minorisés, participe en outre à leur ostracisme en les pensant
de vue, ses décisions et ses méthodes de travail sans d’emblée différents des groupes majoritaires ou dominants.
consultation. 31. Le sociologue Pierre Bourdieu (1998), par exemple, a consacré sa vie profes-
sionnelle à étudier les mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales.
Un des innombrables apports de ses travaux a été de montrer comment les
agents dominants imposent leurs significations culturelles et symboliques par
des mécanismes de violence symbolique (à travers les discours normatifs de
sources d’autorité légitimées, comme l’éducation, la télévision, le cinéma, les
journaux, etc.), rendant légitime ce qui relève pourtant de l’arbitraire. La
violence est dite symbolique, car elle est non perçue par ceux qui la subissent,
ce qui empêche de l’objectiver. Elle fait aussi violence dans la mesure où elle
conduit les individus à intérioriser, donc à accepter sans se questionner, la
domination qu’ils subissent en fonction de leur position sociale.
32. Sur les enjeux liés au capacitisme, voir Pozzebon et Champagne (2009).
# ( ! 0 ) 4 2 %  s , ! 3 / , ) $ ! 2 ) 4 ³ 

nauté LGBT, population immigrante, minorités religieuses, etc.) de ses ancêtres. L’entreprise est souvent multipolaire, les centres
en sont quelques exemples. décisionnels étant dispersés sur plusieurs territoires, parfois
même à travers le monde. Elle est aussi multiculturelle, car les
La notion de diversité se situe à l’intersection de quatre mouve-
origines des employés et des autres parties prenantes de l’entre-
ments historiques (Figure 5.2) :
prise (p. ex., fournisseurs, clients, etc.) sont diversifiées. Elle est
1) l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail ; également multigénérationnelle puisque plusieurs générations
2) le multiculturalisme, soutenu par les mouvements migra- se côtoient, notamment en raison du report de l’âge de départ à
toires ; la retraite. Finalement, elle est virtuelle, car grâce aux technolo-
3) la mondialisation des échanges qui alimente le brassage gies de l’information et de la communication, ses activités se
culturel ; déroulent simultanément en divers points du globe. Autrement
dit, la diversité caractérise aujourd’hui en bonne partie les entre-
4) la culture plus tolérante à l’égard des différences,
prises, ce qui pose des défis renouvelés au management
notamment des groupes minoritaires (p. ex., orientation
(Figure 5.3).
sexuelle, personnes avec un handicap mental)33.

FIGURE 5.2 FIGURE 5.3


La diversité au confluent de quatre mouvements historiques La diversité dans l’entreprise

Le multiculturalisme Multiculturelle

Les femmes sur


LES 4
le marché du travail
LES 4 MOMENTS La mondialisation Multipolaire CARACTÉRISTIQUES Multigénérationnelle
HISTORIQUES DES ENTREPRISES

Une culture plus


tolérante à l’égard Virtuelle
des différences

Emportée par le tourbillon de ces changements historiques, Chanlat et ses collègues font aussi remarquer que la diversité
l’entreprise est elle-même en pleine redéfinition. Selon renvoie à deux enjeux fondamentaux que tout groupe humain
Jean-François Chanlat et ses collègues, l’entreprise du XXIe siècle rencontre : le rapport à l’autre (l’altérité) et le vivre-ensemble (la
présente quatre caractéristiques qui la distinguent radicalement

33. Chanlat et coll. (2013).


 ,%- ! .! ' %- %.42 % 3 0/.3 ! " ,% s 5 .%! 002 /# ( %! 8)/,/ ')1 5%

socialité)34. Ces auteurs mettent en avant trois axes de tension n’occasionnent pas de coûts déraisonnables à l’entreprise
dans la gestion de la diversité (Figure 5.4) : ni de préjudices aux autres employés. Néanmoins, chaque
1) Le premier axe de tension renvoie au principe d’égalité demande d’accommodement est traitée individuellement
des politiques publiques ou internes aux entreprises en et elle ne conduit pas systématiquement à consentir un
matière de parité (notamment entre les hommes et les droit universel à un groupe donné, quel que soit le
femmes), de quotas dans les embauches et de discrimina- contexte organisationnel36.
tion positive. Ces dernières renvoient à un traitement 3) Le troisième axe de tension concerne le lien entre la
préférentiel visant à favoriser des catégories de personnes performance de l’entreprise et la diversité. Le manage-
historiquement discriminées et ont été mises en place afin ment de la diversité part en effet du postulat selon lequel
de promouvoir la diversité. Si de telles politiques sont « les différences, quelles qu’elles soient, peuvent repré-
souhaitables et qu’elles produisent par ailleurs des résultats senter à la fois des ressources et un atout indispensable à
encourageants, elles n’en demeurent pas moins impar- la bonne marche des organisations37 ». En ce sens, les
faites. Pour certains, pensées au nom de l’égalité, elles pratiques managériales qui s’inscrivent dans la gestion de
portent atteinte au principe même sur lequel elles se la diversité visent « non seulement [à] améliorer la
fondent en privilégiant certaines catégories de personnes présence et le sort, dans certains contextes professionnels,
au détriment des autres. En outre, si elles soutiennent la de personnes appartenant à des minorités discriminées ou
diversité, ces politiques peuvent également entraîner des exclues, mais aussi [à] rendre l’entreprise plus efficace en
effets pervers pour leurs bénéficiaires35 et générer de exploitant au mieux ces différences38 ». Cette conception
nouveaux types de frustrations qui minent le vivre-en- de la gestion de la diversité assigne une double fonction à
semble dans les groupes de travail. l’entreprise : une fonction productive de nature écono-
2) Le deuxième axe de tension est la gestion de la diversité mique (p. ex., utiliser les différences comme atouts pour
religieuse qui engendre certaines actions telles que la la performance de l’entreprise), et une fonction intégra-
mise en place de lieux de culte au travail, le respect d’in- trice de nature sociale (p. ex., favoriser l’intégration des
terdits alimentaires, ou encore l’acceptation du port de personnes immigrantes par l’intermédiaire du travail en
certains signes religieux. Ces accommodements se entreprise). Néanmoins, cette double fonction organisa-
heurtent à la conception de la laïcité de l’État et de ses tionnelle ne va pas de soi, et la recherche sur les liens entre
institutions, mais également au consensus occidental performance organisationnelle et diversité n’aboutit pas à
concernant la restriction de la chose religieuse à la sphère des conclusions convaincantes39.
privée. Si l’universalité des droits reconnaît à chacun la
liberté de conscience et de religion, la gestion pratique de
ces droits peut être complexe au sein des entreprises. Au 36. Jézéquiel (2008). Par exemple, les demandes d’accommodements raison-
Québec, la notion d’accommodements raisonnables nables, notamment en matière religieuse (p. ex., assouplissement des heures
de travail, congés pour des fêtes religieuses, aménagement de lieux de culte au
encadre le rapport entre le religieux et le profane. Ainsi, travail), rendus possibles à la suite du rapport Bouchard-Taylor au Québec,
des accommodements peuvent être accordés s’ils constituent parfois un casse-tête pour les entreprises et peuvent générer des
frustrations chez les employés qui n’en bénéficient pas.
37. Chanlat et coll. (2013, p. 6).
34. Chanlat et coll. (2013, p. 5). 38. Chanlat et coll. (2013, p. 6).
35. Henchoz (2014) montre ainsi, dans une étude comparative Québec-Suisse, 39. Bruna et Chauvet (2013) montrent que le problème est d’abord conceptuel.
que les politiques québécoises plus favorables à l’égalité entre les hommes et La diversité, tout comme la performance, peut être définie à partir de diffé-
les femmes, notamment en termes d’équité salariale, peuvent être paradoxale- rents points de vue théoriques. Ainsi, la performance peut être approchée
ment préjudiciables aux femmes québécoises. Par exemple, la diminution du selon un point de vue économique, social, systémique ou politique, alors que
taux d’activité professionnelle des femmes, notamment pour qu’elles se la diversité peut être abordée sous le prisme de la séparation, de la disparité ou
consacrent à l’éducation des enfants au cours ou au-delà d’un congé parental encore, le plus souvent, de la variété. En conséquence, les études qui s’inté-
long, ne conduit pas nécessairement à réviser la part de la contribution de ressent aux liens entre ces deux concepts ne s’appuient pas toujours sur les
chacun des partenaires du couple à l’économie familiale. mêmes assises conceptuelles et n’évaluent donc pas le même objet.
# ( ! 0 ) 4 2 %  s , ! 3 / , ) $ ! 2 ) 4 ³ 

FIGURE 5.4 t les inégalités salariales, puisqu’à poste égal les femmes
Les trois axes de tensions liées à la diversité dans les entreprises sont souvent moins bien rémunérées que les hommes ;
t la sous-représentativité des femmes aux postes décision-
nels, de gestion et plus généralement de pouvoir ;
La gestion de
t le caractère discriminatoire de certaines lois à l’égard des
la diversité religieuse
femmes ;
t les difficultés d’accès à certains métiers considérés comme
masculins ;
t le confinement des femmes dans les types d’emplois dits
féminins, et plus particulièrement encore ceux qui
LA GESTION DE
Le principe d’égalité LA DIVERSITÉ Le lien entre la concernent le care (p. ex., le soin des enfants des autres,
des politiques publiques performance de l’entreprise
ou internes aux entreprises et la diversité l’enseignement, etc.).
Bien que la situation s’améliore, les femmes sont encore victimes
de discriminations systémiques dans un marché de travail
« androcentré », c’est-à-dire pensé majoritairement par des
Maria Bruna et Mathieu Chauvet soutiennent que, pour générer hommes et pour des hommes. Celui-ci s’est construit sur la base
un avantage concurrentiel aux entreprises, la diversité doit faire de rapports inégalitaires reproduisant les carcans familiaux et
partie d’une politique globale à la fois intégrée, c’est-à-dire sociaux des rôles prétendument masculins et féminins, associés
institutionnalisée et dont le pilotage est centralisé, et transver- à une représentation d’un sexe « fort » et d’un sexe « faible ». Le
sale, c’est-à-dire collectivement portée et mise en œuvre de mythe tenace de la complémentarité des rôles omet la hiérarchi-
manière décentralisée40. Autrement dit, une telle politique orga- sation entre ce qui est considéré comme masculin et féminin et
nisationnelle de la diversité doit être inscrite dans l’ADN de tait les rapports de pouvoir.
l’entreprise et être l’affaire de tout le monde. Si cette démarche Malgré des gains substantiels obtenus par les femmes, notamment
n’a d’autre but que d’accroître l’attractivité de l’entreprise auprès dans les sociétés où le féminisme a joué un rôle prépondérant
d’un secteur particulier, plutôt que de chercher à bonifier la vie comme au Québec ou en Suède, les inégalités entre les hommes
professionnelle et les perspectives de carrière de ses membres et les femmes perdurent aussi bien sur le plan sociétal qu’organi-
issus de la diversité, alors elle n’améliorera que la fonction sationnel. L’approche intégrée de la dimension de genre (gender
productive de l’entreprise, en ignorant sa fonction sociale d’in- mainstreaming) vise précisément à contrecarrer cette tendance
tégration, voire en lui portant préjudice. lourde liée aux discriminations subies par les femmes. Son
L’intégration des femmes dans le monde du travail rémunéré objectif consiste à évaluer les effets de toutes les actions entre-
constitue une problématique en soi à l’intérieur de la théma- prises (p. ex., législation, politiques, programmes, etc.) dans tous
tique plus vaste de la diversité41. De nombreuses recherches ont les domaines de la vie, et ce, tant pour les hommes que pour les
démontré : femmes. Pour ce faire, elle s’intéresse à l’entièreté du cycle de vie
de ces actions : préparation, décision, implantation, contrôle et
évaluation. Cette approche est à la fois palliative, puisqu’elle vise
à contrebalancer les conséquences négatives des discriminations
passées, et préventive, puisqu’elle cherche à éviter que de nouvelles
actions créent de nouvelles discriminations.

40. Bruna et Chauvet (2013).


41. Lee-Gosselin (2008).
 ,%- ! .! ' %- %.42 % 3 0/.3 ! " ,% s 5 .%! 002 /# ( %! 8)/,/ ')1 5%

Hélène Lee-Gosselin et ses collègues ont montré que l’approche Lee-Gosselin et ses collègues identifient différentes pratiques
intégrée de la dimension de genre fait face à des défis importants afin de mieux lutter contre les discriminations de genre en
dans les entreprises. Elle n’atteindrait souvent que des résultats contexte organisationnel43 :
symboliques et ne parviendrait pas à changer fondamentalement 1. Mettre en place une stratégie qui s’appuie sur les spécifi-
les politiques et les pratiques établies42. Ces auteures attribuent cités et les caractéristiques d’une entreprise donnée.
l’échec relatif de cette approche au fait que la majorité des initia-
2. Être attentif et à l’écoute des résistances provoquées par le
tives qui s’en inspirent ne concernent que des dimensions
changement et s’assurer de les prendre en compte dans la
techniques, qui permettent à l’entreprise d’atteindre des objectifs
stratégie d’ensemble.
rapides sans rencontrer trop de résistance, au lieu de se concen-
trer sur le changement de la culture organisationnelle elle-même 3. Obtenir le soutien indéfectible et l’implication concrète
(p. ex., la lutte contre les stéréotypes de genre ou l’engagement à des gestionnaires et dirigeants de l’entreprise.
tous les niveaux de l’entreprise en faveur de l’égalité de genre). 4. Obtenir des ressources suffisantes pour mettre en œuvre
et soutenir à long terme la stratégie dégagée.
Différents types de résistances font par ailleurs obstacle à la lutte
aux discriminations de genre, dont les principales sont un déni 5. Ajuster constamment la mise en œuvre de la stratégie aux
des discriminations systémiques, un déni des stéréotypes de besoins et aux capacités d’adaptation des membres de
genre et un manque de participation de la part des gestion- l’entreprise.
naires. Par ailleurs, la perspective privilégiée pour implanter des 6. Se concentrer sur des stratégies organisationnelles qui
pratiques de lutte aux discriminations de genre influe sur leur impliquent tout le personnel de l’entreprise plutôt que
efficacité. Il existe une approche plus bureaucratique, ou tech- d’assigner la responsabilité du processus à un petit groupe.
nocratique, où le changement repose sur les épaules d’expertes
Par ailleurs, la responsabilité d’une implantation réussie de la
qui identifient des priorités d’action et mettent en place des
stratégie de lutte contre les discriminations de genre, de même
programmes préconstruits. Cependant, cette approche apparaît
que le suivi de sa mise en œuvre et des progrès réalisés en
moins efficace qu’une approche participative, où les expertes ne
fonction des cibles, doivent être confiés à des responsables en
sont qu’une partie de l’équation et construisent avec différentes
mesure de surveiller l’évolution de la stratégie dans son ensemble
parties prenantes de l’entreprise une compréhension commune
(Tableau 5.4).
de l’historicité et des pratiques de discriminations afin d’y
apporter des réponses ciblées et liées au contexte organisationnel
en question.

42. Lee-Gosselin et coll. (2013). 43. Lee-Gosselin et coll. (2013).


# ( ! 0 ) 4 2 %  s , ! 3 / , ) $ ! 2 ) 4 ³ 

;()3,(<
Les formes d’intégration de la dimension de genre dans les entreprises

Intégration de la dimension de genre dans l’entreprise

Faible Forte

̭͗ŐǾɤǾȵȪ͗ǀɰ͗ȨǾɤɤǾȵȪ ̭͗uźǾưȖǀ͗ɜǀƱȵȪȪźǾɤɤźȪƱǀ͗Ƹǀɤ͗əɜȵưȖǞȨǀɤ ̭͗þǀƱȵȪȪźǾɤɤźȪƱǀ͗Ƹǀɤ͗ǾȪǂDzźȖǾɰǂɤ


̭͗ŐźȖǀʀɜɤ͗ǀɰ͗ƱȵȨəȵɜɰǀȨǀȪɰɤ ͗͗ǀɰ͗Ƹǀɤ͗əɜǂȐʀDzǂɤ͗ɜǀȖźɰǾǰɤ͗źʀ͗DzǀȪɜǀ ̭͗ĆǂźȪƱǀɤ͗Ƹǀ͗ɰɜźʗźǾȖ͗źʗǀƱ͗Ȗǀɤ͗ȨǀȨưɜǀɤ Ƹǀ͗Ȗ̹ǀȪɰɜǀəɜǾɤǀ͗
CULTURELLE

̭͗þǀȖźɰǾȵȪɤ͗Ƹǀ͗əȵʀʗȵǾɜ ̭͗ĆǂźȪƱǀɤ͗Ƹǀ͗ɤǀȪɤǾưǾȖǾɤźɰǾȵȪ͗źʀəɜǞɤ͗Ƹǀ͗ƱǀɜɰźǾȪɤ͗Dzɜȵʀəǀɤ ͗͗ɤʀɜ͗Ȗǀɤ͗ɜǂɤǾɤɰźȪƱǀɤ͗ǀɰ Ȗǀɤ͗ɤɰɜźɰǂDzǾǀɤ͗Ƹǀ͗ƱǹźȪDzǀȨǀȪɰ


̭͗þǂɰǾƱǀȪƱǀ͗Ɯ͗əǀɜɰʀɜưǀɜ͗Ȗ͒ȵɜƸɜǀ͗ǂɰźưȖǾ ̭͗ƱɛʀǾɤǾɰǾȵȪ͗Ƹǀ͗ƱȵȨəǂɰǀȪƱǀɤ͗ǀɰ
FORMES D‘INTÉGRATION DE LA DIMENSION

̭͗ŠȨźDzǀ
̭͗ĆǀȪɰǾȨǀȪɰ͗Ƹ͒źəəźɜɰǀȪźȪƱǀ ̭͗ĢɰǾȖǾɤźɰǾȵȪ͗Ƹ͒ȵʀɰǾȖɤ͗ǀɰ͗Ƹǀ͗DzʀǾƸǀɤ əɜǂƸǂɰǀɜȨǾȪǂɤ ͗͗źƸźəɰźɰǾȵȪ͗Ƹǀɤ͗əɜȵƱǀɤɤʀɤ͗ǾȪɰǀɜȪǀɤ
̭͗GȪɰǹȵʀɤǾźɤȨǀ͗ǀɰ͗ǀȪDzźDzǀȨǀȪɰ ̭͗½Ǿɤǀ͗Ɯ͗ƱȵȪɰɜǾưʀɰǾȵȪ͗Ƹǀɤ͗źDzǀȪɰɤ͗Ƹǀ͗ƱǹźȪDzǀȨǀȪɰ ̭͗ɰɰɜǾưʀɰǾȵȪ͗Ƹʀ͗ɜȸȖǀ͗Ƹǀ͗ɤɰɜźɰǞDzǀɤ͗ǀɰ͗Ƹǀ͗ƱźɰźȖʣɤǀʀɜɤ͗
DE GENRE DANS LES ENTREPRISES

̭͗×ʀʗǀɜɰʀɜǀ͗źʀ͗ƱǹźȪDzǀȨǀȪɰ ͗͗źʀʢ͗źDzǀȪɰɤ͗Ƹǀ͗ƱǹźȪDzǀȨǀȪɰ
̭͗Ćɰǂɜǂȵɰʣəǀɤ
̭͗ƱƱǞɤ͗Ɯ͗Ȗ͒ǾȪǰȵɜȨźɰǾȵȪ͗ǀɰ͗
͗͗źʀʢ ȨǂƱźȪǾɤȨǀɤ͗Ƹǀ͗ƱȵȨȨʀȪǾƱźɰǾȵȪ
̭͗GɤəźƱǀ͗Ƹǀ͗ɰɜźʗźǾȖ
POLITIQUE

̭͗þȸȖǀ͗Ƹǀɤ͗ȖǀźƸǀɜɤ ̭͗uźǾưȖǀ͗əźɜɰǾƱǾəźɰǾȵȪ͗Ƹǀɤ͗ȖǀźƸǀɜɤ ̭͗uȵɜɰǀ͗əźɜɰǾƱǾəźɰǾȵȪ͗ǀɰ͗ɜȸȖǀ͗ɤɰɜźɰǂDzǾɛʀǀ Ƹǀɤ͗ȖǀźƸǀɜɤ


̭͗þȸȖǀ͗Ƹǀɤ͗əǀɜɤȵȪȪǀɤ͗ǾȪˊʀǀȪɰǀɤ͗ǾȪɰǀɜȪǀɤ ̭͗²ǀźƸǀɜɤ͗ɤʀɜ͗Ȗź͗ƸǂǰǀȪɤǾʗǀ͗Ɯ͗Ȗź͗ɜǀƱǹǀɜƱǹǀ ̭͗úɜǾɤǀ͗ǀȪ͗ƱȵȨəɰǀ͗Ƹʀ͗ƱǹźȪDzǀȨǀȪɰ͗ǀɰ
͗͗ǀɰ͗ǀʢɰǀɜȪǀɤ ͗͗Ƹǀ͗ɤȵȖʀɰǾȵȪɤ͗ǰźƱǾȖǀɤ͗Ɯ͗ǾȨəȖźȪɰǀɜ ͗͗ƱɜǂźɰǾȵȪ͗Ƹ͒źȖȖǾźȪƱǀɤ͗ɤɰɜźɰǂDzǾɛʀǀɤ͗əźɜ Ȗǀɤ͗ȖǀźƸǀɜɤ
̭͗ĆɰɜʀƱɰʀɜǀɤ͗ȵɜDzźȪǾɤźɰǾȵȪȪǀȖȖǀɤ ƱȵȪɤźƱɜǂǀɤ͗ ̭͗ŠɤȵȖǀȨǀȪɰ͗Ƹǀɤ͗ɤɰɜʀƱɰʀɜǀɤ͗ƱȵȪɤźƱɜǂǀɤ͗Ɯ Ȗ͒ǂDzźȖǾɰǂ͗Ƹǀɤ͗ɤǀʢǀɤ ̭͗úźɜɰźDzǀ͗Ƹǀɤ͗ɜǀɤəȵȪɤźưǾȖǾɰǂɤ͗ƸźȪɤ͗ɰȵʀɰǀ Ȗź͗ɤɰɜʀƱɰʀɜǀ
͗͗źʀʢ͗ɛʀǀɤɰǾȵȪɤ͗Ƹǀ͗DzǀȪɜǀɤ͗
̭͗GȪʗǀȖȵəəǀ͗ưʀƸDzǂɰźǾɜǀ
TECHNIQUE

̭͗ȪźȖʣɤǀ͗ǀɰ͗ƸǾźDzȪȵɤɰǾƱ͗ ̭͗ĔɜźʗźǾȖ͗ǀǰǰǀƱɰʀǂ͗əźɜ͗Ƹǀɤ͗ǀʢəǀɜɰɤ̻ǀʢəǀɜɰǀɤ͗ ̭͗ĆȵʀɰǾǀȪ͗Ƹǀɤ͗ȨǀȨưɜǀɤ͗Ƹǀ͗Ȗ̹ǀȪɰɜǀəɜǾɤǀ͗əźɜ͗


̭͗úɜȵȐǀɰɤ͗ǀɰ͗əȵȖǾɰǾɛʀǀɤ ͗͗ǀɰ͗Ƹǀɤ ƱȵȪɤʀȖɰźȪɰɤ̻ƱȵȪɤʀȖɰźȪɰǀɤ ͗͗Ȗǀɤ͗ǀʢəǀɜɰɤ̻ǀʢəǀɜɰǀɤ ǀɰ͗Ȗǀɤ͗ƱȵȪɤʀȖɰźȪɰɤ̻ƱȵȪɤʀȖɰźȪɰǀɤ
̭͗IɰʀƸǀɤ͗Ƹ͒ǾȨəźƱɰ ̭͗6ȵȨəȵɜɰǀȨǀȪɰ͗əźɤɤǾǰ͗Ƹǀɤ͗ȨǀȨưɜǀɤ͗Ƹǀ͗Ȗ̹ǀȪɰɜǀəɜǾɤǀ ̭͗úźɜɰǾƱǾəźɰǾȵȪ͗źƱɰǾʗǀ͗Ƹǀ͗ɰȵʀɤ͗Ȗǀɤ͗ȨǀȨưɜǀɤ͗Ƹǀ͗Ȗ̹ǀȪɰɜǀəɜǾɤǀ
̭͗ĆʣɤɰǞȨǀ͗Ƹ͒ǾȪǰȵɜȨźɰǾȵȪ̯͗ɤʀǾʗǾ͗ǀɰ ǂʗźȖʀźɰǾȵȪ ̭͗²ǀɤ͗əǀɜɤȵȪȪǀɤ͗ǾȪɤɰǾDzźɰɜǾƱǀɤ͗Ƹʀ͗ƱǹźȪDzǀȨǀȪɰ͗ ̭͗²ǀɤ͗əǀɜɤȵȪȪǀɤ͗ǾȪɤɰǾDzźɰɜǾƱǀɤ͗Ƹʀ͗ƱǹźȪDzǀȨǀȪɰ͗
̭͗ĆʣɤɰǞȨǀ͗Ƹǀ͗DzǀɤɰǾȵȪ͗ ͗͗ɤȵȪɰ͗Ƹǀɤ͗əǾȵȪȪǾǞɜǀɤ͗ɤȵȖǾɰźǾɜǀɤ ͗͗ɤȵȪɰ͗ƱǹźɜǾɤȨźɰǾɛʀǀɤ ǀɰ͗ƱȵȨưźɰǾʗǀɤ
͗͗Ƹǀɤ͗ɜǀɤɤȵʀɜƱǀɤ ǹʀȨźǾȪǀɤ ̭͗úɜȵƸʀƱɰǾȵȪ͗Ɯ͗Ʊȵʀɜɰ͗ɰǀɜȨǀ͗źʗǀƱ͗əǀʀ͗Ƹǀ ɤʀǾʗǾ ̭͗úɜȵƸʀƱɰǾȵȪ͗Ɯ͗ȖȵȪDz͗ɰǀɜȨǀ͗źʗǀƱ͗ɤʀǾʗǾ

Technocratique Participatif, démocratique et évolutif

PROCESSUS D’INTÉGRATION DE LA DIMENSION DE GENRE DANS L’ENTREPRISE

(Adaptée de Lee-Gosselin et coll., 2013, p. 481)

Si, au Québec, plusieurs discriminations de genre semblent être ordinaire. C’est à travers ces petits gestes lourds à porter au
en voie d’être neutralisées44, elles continuent de s’exprimer quotidien par les femmes que le sexisme ordinaire, et banalisé,
beaucoup plus subtilement à travers un « sexisme ordinaire », continue aujourd’hui d’alimenter et de perpétuer les discrimi-
quotidien, sous forme de nombreux petits gestes en apparence nations de genre systémiques.
anodins et généralement considérés comme allant de soi45. Sous
Comme le soulignait Hélène Lee-Gosselin dans une entrevue
couvert de l’humour, par exemple, on fera des blagues sexistes.
télévisée46, ce sexisme ordinaire, parce qu’il est latent, parfois
Se faire appeler « ma belle » ou « ma petite » par un collègue ou
intériorisé et en quelque sorte admis, est aussi beaucoup plus
un supérieur laisse transparaître une attitude tantôt sexiste,
difficile à contrecarrer. Selon elle, il existe plusieurs manières de
tantôt paternaliste. La publicité, particulièrement par l’instru-
faire échec à cette forme plus insidieuse de discrimination de
mentalisation des corps féminins, participe de ce sexisme
genre. Elle suggère notamment d’instaurer une culture organisa-
tionnelle qui prône la tolérance zéro à l’égard du manque de
44. Lee-Gosselin et coll. (2013).
45. Corbeil (2017). 46. Lee-Gosselin (2017).
 ,%- ! .! ' %- %.42 % 3 0/.3 ! " ,% s 5 .%! 002 /# ( %! 8)/,/ ')1 5%

respect, de mettre en place des campagnes éducatives de sensibi- potentialités de ses membres issus de la diversité. En outre, la
lisation aux pratiques sexistes, de s’assurer de la vigilance et de la gestion de la diversité implique de reconnaître qu’il s’agit d’une
responsabilité des gestionnaires à l’égard des comportements de compétence managériale à développer. De ce fait, le rôle du
sexisme ordinaire et d’offrir aux victimes la possibilité de porter leadership est crucial pour reconnaître et valoriser la diversité au
plainte sans crainte de représailles. sein du collectif de travail. À cet égard, le mentorat et la
formation doivent conduire à poser les bases d’un leadership
Comme on peut le constater dans les manières de diminuer les
transformationnel qui passe par la transmission d’une vision
discriminations de genre, gérer la diversité renvoie à un ensemble
claire du futur et la participation du collectif dans les moyens
de pratiques managériales47. D’abord, cela implique de mettre
d’y arriver.
en question les pratiques de recrutement, de rétention et de
mobilisation de collaborateurs aux profils sociologiques de plus
en plus variés. Le facteur primordial est ici le temps. Gérer la  =LYZ\ULWS\ZNYHUKLQ\Z[PJLZVJPHSL
diversité implique en effet de prendre le temps de gérer le chan-
Nous avons vu que la question du management de la diversité
gement lié à des politiques favorables et à leurs impacts anticipés
dans l’entreprise est porteuse d’enjeux plus profonds liés à
sur la performance de l’entreprise en les inscrivant dans le long
l’égalité des chances et à l’équité de traitement en tant que
terme plutôt que dans le court terme. Il faut aussi s’assurer que
piliers de la solidarité dans les collectifs de travail. Sur le plan
les nouvelles normes de l’entreprise en matière d’inclusion de la
sociétal, ces préoccupations égalitaires sont relayées par la notion
diversité sont coconstruites et coportées par tous ses membres.
de justice sociale. Le déclin progressif de l’État-providence49 et
Ensuite, cela requiert de rechercher la complémentarité, plutôt la montée concomitante d’un néolibéralisme fondamentale-
que la similitude, entre les différents membres de l’entreprise. ment porteur d’une vision individualiste et compétitive de la
En d’autres termes, une culture organisationnelle forte, cohésive société contribuent en effet à détricoter les mécanismes de soli-
et inclusive ne doit pas être destructrice des singularités48. Il darité sociale précédemment mis en place, en privatisant les
s’agirait donc, au moyen des pratiques managériales dites trans- réponses apportées aux défis sociaux collectifs. Parallèlement, le
formatives, d’assurer une intégration professionnelle suffisante capitalisme qui, comme son nom l’indique, opère par accumu-
des acteurs minoritaires de sorte que leur potentiel créatif lation du capital, concourt à une répartition fortement
contribue à l’atteinte des objectifs collectifs. Les structures de inéquitable de la richesse entre les différentes parties prenantes
coopération transversales, la capitalisation des savoirs et l’inves- de la société et aggrave de manière historique les inégalités et les
tissement dans les compétences collectives représentent autant clivages sociaux50. On se souviendra à ce sujet du mouvement
de pratiques susceptibles de tirer parti de la diversité. Elles sociopolitique Occupy Wall Street, qui visait notamment à
éviteraient l’« ethnicisation » des relations sociales et la commu- dénoncer les disparités économiques et démocratiques entre les
nautarisation des équipes de travail, qui sont des dérives élites financières et le reste de la population américaine. Ce
identitaires associées à la tendance naturelle à la socialisation mouvement est par la suite devenu le porte-étendard d’un élan
par proximité. contestataire planétaire rendu célèbre par le slogan politique de
Enfin, les pratiques qui contribuent à l’acculturation et à l’inté-
gration organisationnelles des personnes issues de la diversité 49. L’État-providence désigne les interventions de l’État dans le domaine social,
seraient à privilégier. Le mentorat, qui s’appuie sur la capacité notamment au moyen de l’aide sociale, pour garantir un niveau de vie
minimal à tout un chacun dans la société (Rosanvallon, 1981).
des leaders à faciliter les relations entre des individus aux profils 50. Voir à ce sujet le travail colossal de l’économiste Thomas Piketty (2013). Ce
divers, et la formation sont des stratégies qui permettent à l’en- dernier s’est intéressé à la répartition des revenus et des patrimoines dans les
treprise de tirer le meilleur parti des compétences et des pays développés, sur une longue période, avec pour prémisse que cette répar-
tition constitue un enjeu fondamental pour la stabilité des sociétés
démocratiques. Les analyses de Piketty remettent en cause la relation entre le
développement économique et une baisse mécanique supposée des inégalités
47. Bruna et Chauvet (2013). de revenus. Bien au contraire, son travail démontre que le capitalisme produit
48. Voir aussi Gavrancic et coll. (2009), Huesca et Dion (2010). des inégalités grandissantes.
# ( ! 0 ) 4 2 %  s , ! 3 / , ) $ ! 2 ) 4 ³ 

ses activistes : « Nous sommes les 99 % », en référence au constat 2) La dimension politique de la justice renvoie à la consti-
que 1 % de la population mondiale possède désormais plus de tution politique de la société, à ses structures de
richesse que l’ensemble du reste du monde51. gouvernance et à ses procédures décisionnelles. Les inéga-
lités politiques (misrepresentation) résultent de barrières
La société contemporaine est encore profondément inégale
politiques et des règles décisionnelles qui briment ou
malgré de notables avancées ici et là. Portés par le capitalisme,
nient le droit de certains individus ou de groupes à parti-
les riches deviennent de plus en plus riches, tandis que les
ciper à la vie politique. Les formes et les possibilités de
pauvres se paupérisent52. Cette stratification sociale associée aux
contestations sociales (p. ex., une manifestation interdite
revenus et à la distribution de la richesse représente la partie la
ou réprimée), les modes de résolution de conflits sociaux
plus visible d’un ensemble d’iniquités sociétales qui peuvent être
(p. ex., un lockout), ou encore le pouvoir grandissant des
saisies à l’appui de la notion de justice sociale, dont la philo-
multinationales sur les élus et leurs décisions aux dépens
sophe Nancy Fraser est l’une des grandes théoriciennes. Cette
de l’intérêt général, sont autant d’exemples d’inégalités
notion met en évidence trois dimensions au concept de justice
politiques.
(culturelle, politique et économique) et fait ressortir trois types
d’injustices (problèmes de reconnaissance, de représentation et 3) La dimension économique de la justice renvoie à la
de distribution) (Tableau 5.5)53 : structure en classes sociales et à la (re)distribution ou au
partage des ressources matérielles et du pouvoir écono-
1) La dimension culturelle de la justice renvoie à la recon-
mique entre les individus et les groupes qui constituent la
naissance d’un statut égal à chacun des membres des
société. Les inégalités socioéconomiques (maldistribution)
groupes constituant la société. Les inégalités culturelles
résultent de structures économiques qui briment ou nient
(misrecognition) résultent de normes et d’idéologies qui
les besoins de certains individus ou de groupes en matière
considèrent que certains groupes sociaux ont moins de
de ressources nécessaires pour interagir avec les autres sur
valeur ou méritent moins de respect que d’autres. Les
un pied d’égalité. Les inégalités de revenus, l’exploitation
luttes relatives au genre, à l’identité sexuelle, à la culture
capitaliste, les conditions de vie inférieures dues à des
ou encore à la religion en sont les points de départ54.
ressources matérielles inadéquates, les disparités relatives
à la richesse, au travail, aux revenus et au temps de loisir,
ou encore l’accès inégal à la nourriture, à l’eau, au
logement ou à l’électricité sont autant d’exemples d’iné-
galités socioéconomiques.
Chacune de ces formes d’injustice peut être jugulée, soit à l’aide
de remèdes affirmatifs qui s’attaquent aux inégalités sans
toutefois en combattre les causes profondes, soit à l’aide de
remèdes transformatifs qui cherchent à corriger les inégalités
avérées en s’attaquant aux mécanismes systémiques qui les ont
51. Alvaredo et coll. (2018). fait naître (Tableau 5.6).
52. La classe moyenne elle-même se désagrège et est désormais divisée en au
moins deux strates : une strate supérieure (la petite bourgeoisie et les nouveaux
riches caractérisés par leur ascension sociale) et une strate inférieure (les
professions intermédiaires caractérisées par un déclassement social).
53. Fraser (2004a, 2004b, 2005).
54. Pour illustrer la dimension culturelle de la justice, Petoukhov (2013) montre
que, dans le cas des pensionnats autochtones canadiens, les cultures autoch-
tones (c’est-à-dire Premières Nations, Métis, Inuits) se sont vu conférer à tort
un statut de « primitifs » destinés à l’extinction. Il fallait les « sauver » en les
assimilant, sur la base d’une négation pure et simple de leur culture, de leur
histoire, de leur langue et de leurs traditions.
 ,%- ! .! ' %- %.42 % 3 0/.3 ! " ,% s 5 .%! 002 /# ( %! 8)/,/ ')1 5%

;()3,(<
Le modèle tridimensionnel de la justice sociale

DIMENSION CULTURELLE DIMENSION POLITIQUE DIMENSION ÉCONOMIQUE

NATURE DE Problèmes de reconnaissance Problèmes de représentation Problèmes de distribution


L’INJUSTICE (Misrecognition) (Misrepresentation) (Maldistribution)

Hiérarchies institutionnalisées Limites politiques et règles Structures économiques


de valeur culturelle qui nient de décision qui empêchent qui refusent à certains groupes
à certaines personnes leur certaines personnes de les ressources dont ils ont
statut requis. participer à la politique. besoin pour interagir avec
les autres en tant que pairs.

EXEMPLES ̭͗6Ȗźɤɤǀɤ͗ɤȵƱǾźȖǀɤ͗źɰɰɜǾưʀǂǀɤ͗Ɯ͗͗ ̭͗ĆɰɜʀƱɰʀɜǀɤ͗Ƹǀ͗DzȵʀʗǀɜȪźȪƱǀ̵ ̭͗ŠȪǂDzźȖǾɰǂ͗Ƹǀɤ͗ɜǀʗǀȪʀɤ̵


CONCRETS certains groupes de personnes ̭͗úɜȵƱǂƸʀɜǀɤ͗Ƹǀ͗əɜǾɤǀ͗ ̭͗GɤƱȖźʗźDzǀ͗ȨȵƸǀɜȪǀ̵
comme moins respectables de décision. ̭͗6ȵȪƸǾɰǾȵȪɤ͗Ƹǀ͗ʗǾǀ͗ȨǂƸǾȵƱɜǀɤ̵
que d'autres groupes. ̭͗½ǂɰǹȵƸǀɤ͗Ƹǀ͗ƱȵȪɰǀɤɰźɰǾȵȪ͗ǀɰ͗͗ ̭͗þǀɤɤȵʀɜƱǀɤ͗ȨźɰǂɜǾǀȖȖǀɤ͗
̭͗ŠȪǂDzźȖǾɰǂɤ͗ǀȪɰɜǀ͗Ȗǀɤ͗ǀɰǹȪǾǀɤ̯͗ de résolution des conflits. inadéquates.
͗ Ȗǀ͗DzǀȪɜǀ̯͗Ȗź͗ɤǀʢʀźȖǾɰǂ̯͗ ̭͗úȵʀʗȵǾɜ͗DzɜźȪƸǾɤɤźȪɰ͗Ƹǀɤ͗͗ ͗
͗ Ȗź͗ɜǀȖǾDzǾȵȪ̯͗Ȗź͗ȪźɰǾȵȪźȖǾɰǂ̯͗ǀɰƱ̵ ̭͗=ǾɤəźɜǾɰǂɤ͗ƸźȪɤ͗Ȗ͒źƱƱǞɤ͗
entreprises multinationales ͗ źʀ͗ɰɜźʗźǾȖ͗ǀɰ͗źʀʢ͗ȖȵǾɤǾɜɤ̵
sur les acteurs politiques
̭͗ƱƱǞɤ͗Ɯ͗Ȗź͗ȪȵʀɜɜǾɰʀɜǀ̯͗Ɯ͗Ȗ̹ǀźʀ̯͗͗
traditionnels.
͗ źʀ͗ȖȵDzǀȨǀȪɰ̯͗Ɯ͗Ȗ̹ǂȖǀƱɰɜǾƱǾɰǂ̵

FORMES ̭͗Domination culturelle̯͗əźɜ͗͗ ̭͗Sous-représentativité ̭͗Exploitation̯͗ɛʀǾ͗ƱȵȪɤǾɤɰǀ͗Ɯ͗͗


D’INJUSTICE ͗ ǀʢǀȨəȖǀ̯͗Ƹ͒ʀȪ͗Dzɜȵʀəǀ͗ɤȵʀȨǾɤ͗͗ politique « ordinaire »̯͗ɛʀǾ͗͗ voir les fruits de son travail
à des modèles d’interprétation ͗ ɜǀȪʗȵǾǀ͗źʀʢ͗ȵưɤɰźƱȖǀɤ͗Ɯ͗ʀȪǀ͗͗ subtilisés par d’autres pour
et de communication qui sont participation politique leur propre bénéfice.
͗ źɤɤȵƱǾǂɤ͗Ɯ͗ʀȪǀ͗źʀɰɜǀ͗ƱʀȖɰʀɜǀ̯͗͗ ͗ ǂDzźȖǾɰźǾɜǀ̯͗źʀʢ͗Dzɜȵʀəǀɤ͗͗ ͗ ̭͗Marginalisation économique̯͗͗
étrangère ou hostile à sous-représentés dans le qui implique d’être contraint
la sienne. débat politique et à la d’accepter un travail indési
̭͗Non-reconnaissance̯͗ dépréciation systématique des ͗ ɜźưȖǀ͗ȵʀ͗ȨźȖ͗əźʣǂ̯͗ʗȵǾɜǀ͗Ƹǀ͗Ȫǀ͗͗
͗ əźɜ͗ǀʢǀȨəȖǀ̯͗Ƹ͒ʀȪ͗Dzɜȵʀəǀ͗͗ ͗ ȨȵƸǞȖǀɤ͗ǂȖǀƱɰȵɜźʀʢ͗źȖɰǀɜȪźɰǾǰɤ̵͗ pas avoir accès à l’emploi.
rendu invisible par des ̭͗Absence de représentativité̯͗͗ ̭͗Privation̯͗ɛʀǾ͗ɤǾDzȪǾˈǀ͗ɛʀǀ͗͗
͗ əɜźɰǾɛʀǀɤ͗ɜǀəɜǂɤǀȪɰźɰǾʗǀɤ̯͗͗ qui consiste à nier purement certains groupes ou individus
communicationnelles ou et simplement le droit de ͗ ɤǀ͗ʗȵǾǀȪɰ͗ɜǀǰʀɤǀɜ͗Ȗ͒źƱƱǞɤ͗źʀʢ͗͗
interprétatives autoritaires. certains individus ou groupes ressources minimales
̭͗Manque de respect̯͗əźɜ͗͗ ͗ ͗ Ɯ͗ɜǂƱȖźȨǀɜ͗ȐʀɤɰǾƱǀ̯͗Ɯ͗Ȗǀɤ͗͗ ͗ susceptibles de maintenir
͗ ǀʢǀȨəȖǀ̯͗Ƹ͒ʀȪ͗Dzɜȵʀəǀ͗͗ ͗ ͗ ǀʢƱȖʀɜǀ͗Ƹʀ͗Ƹǂưźɰ͗əȵȖǾɰǾɛʀǀ̵͗ une qualité de vie décente.
régulièrement calomnié ou ̭͗Sous-représentativité
dénigré sur la base de politique globale̯͗ɛʀǾ͗ź͗ɰɜźǾɰ͗͗
représentations culturelles ͗ źʀʢ͗ȨǂƱźȪǾɤȨǀɤ͗ȨȵȪȵəȵȖǾɤ͇͗
stéréotypées ou dans des tiques mis en place par les
situations de la vie quotidienne. élites pour déterminer les
orientations politiques à
͗ əɜǾʗǾȖǂDzǾǀɜ̯͗ǂɰȵʀǰǰǀɜ͗Ȗź͗ʗȵǾʢ͗Ƹǀ͗͗
͗ Ʊǀʀʢ͗ɛʀǾ͗Ȗǀɤ͗ƱȵȪɰǀɤɰǀȪɰ͗ǀɰ͗͗
bloquer les processus au sein
desquels leurs revendications
pourraient être entendues et
prises en compte.
# ( ! 0 ) 4 2 %  s , ! 3 / , ) $ ! 2 ) 4 ³ 

;()3,(<
Les remèdes affirmatifs et transformatifs face aux injustices sociales

DIMENSION CULTURELLE DIMENSION POLITIQUE DIMENSION ÉCONOMIQUE

NATURE DE Reconnaissance Représentation Redistribution


LA SOLUTION

REMÈDES Promouvoir un Protéger les droits politiques Faciliter le transfert de


AFFIRMATIFS multiculturalisme et revaloriser de certains groupes et ressources vers les groupes
l’identité des groupes assurer une voix égale et discriminés.
injustement discriminés, en juste pour tous.
préservant à la fois leur identité Néanmoins, ce genre de
propre et ce qui la différencie Néanmoins, ce genre de remède tend à garder intactes
des autres groupes sociaux. remède ne s’attaque pas aux les conditions qui sont
injustices de manière globale et précisément à l’origine de
Néanmoins, ce genre de systémique, en n’apportant pas ces inégalités.
remède peut conduire à des de solution au problème
clivages communautaires et général de représentativité de
à des dérives nationalistes ou certains groupes, surtout les
fondamentalistes. plus pauvres.

REMÈDES ̭͗=ǂƱȵȪɤɰɜʀǾɜǀ͗Ȗǀɤ͗ ̭͗þǀƱȵȪˈDzʀɜǀɜ͗DzȖȵưźȖǀȨǀȪɰ͗ ̭͗IɜźƸǾɛʀǀɜ͗Ȗǀɤ͗ɤȵʀɜƱǀɤ͗ȨNJȨǀɤ͗͗


TRANSFORMATIFS préjugés racistes. les différents relatifs à d’inégalités socioéconomiques
̭͗=ǂɤɰźưǾȖǾɤǀɜ͗Ȗǀɤ͗ƸǾƱǹȵɰȵȨǾǀɤ͗ la justice. et assurer une meilleure
raciales. ̭͗uźʗȵɜǾɤǀɜ͗Ȗź͗ƱɜǂźɰǾȵȪ͗Ƹ͒ǀɤəźƱǀɤ͗ (re)distribution des revenus.
̭͗úɜȵȨȵʀʗȵǾɜ͗ʀȪǀ͗ƸǾʗǀɜɤǾɰǂ͗ et de processus ouverts où ̭͗þǂȵɜDzźȪǾɤǀɜ͗Ȗź͗ƸǾʗǾɤǾȵȪ͗
inclusive intégrant les ͗ Ʊǹźɛʀǀ͗źƱɰǀʀɜ͗ɤȵƱǾźȖ͗əǀʀɰ͗ du travail.
͗ ǾƸǀȪɰǾɰǂɤ͗ǹǾɤɰȵɜǾɛʀǀȨǀȪɰ͗͗͗ avoir une voix et collaborer ̭͗ĆȵʀȨǀɰɰɜǀ͗Ȗǀɤ͗ǾȪʗǀɤɰǾɤɤǀȨǀȪɰɤ͗
discriminées. aux processus décisionnels ͗ źʀ͗ƱǹȵǾʢ͗ƸǂȨȵƱɜźɰǾɛʀǀ̵
̭͗ĔɜźȪɤǰȵɜȨǀɜ͗Ȗǀɤ͗ au sein de l’arène politique. ̭͗ĔɜźȪɤǰȵɜȨǀɜ͗Ȗǀɤ͗ɤɰɜʀƱɰʀɜǀɤ͗
représentations sociales économiques de base.
dégradantes à l’égard
de certains groupes.

Les mouvements sociaux, en tant qu’actions collectives orientées La majorité des mesures de protection de la nature n’ont pas été
vers le changement social, constituent la voie habituellement instaurées par les États dans un souci de protéger le bien
privilégiée pour lutter contre les inégalités systémiques (p. ex., commun, mais ont été obtenues à la suite de revendications et
une action collective sur le plan juridique, un élan contestataire de mobilisations citoyennes. Les premières lois accordant des
temporaire, le mouvement féministe dans sa globalité, etc.)55. droits aux ouvriers, aux femmes ou aux homosexuels n’ont pas
été adoptées à la suite de processus de consultation référendaire
de l’ensemble de la population. Elles l’ont été grâce aux luttes
55. Si certains mouvements sociaux sont caractérisés par des liens souples entre menées par ces groupes eux-mêmes qui, s’ils représentaient
les activistes, leurs actions, voire leurs revendications, d’autres mouvements
prennent la forme d’organisations officielles (p.  ex., Greenpeace, Amnistie
internationale). Ces organisations sont alors responsables de conduire et de
coordonner le mouvement social, de mettre des ressources en commun, de contestation et les actions qui en découlent, de même que d’exploiter les
porter publiquement le message du mouvement, d’encadrer les sujets de bonnes occasions politiques.
 LE M A NA G EM ENT R E S PONS A B LE • U NE A PPR OC H E A XIOLO GIQ UE

parfois une partie importante de la société, se trouvaient elle fait également figure d’utopie mobilisatrice en créant des
néanmoins dans une situation marginale et vulnérable56. espaces d’espoir qui proposent une solution de remplacement
concrète au modèle dominant61. En dépit des différences d’une
Le concept de justice sociale invite aussi à repenser le fonction-
juridiction à l’autre, les coopératives de travail se définissent par
nement interne des entreprises. En effet, le modèle
trois caractéristiques fondamentales (Figure 5.5). Cette concep-
tridimensionnel élaboré par Nancy Fraser s’applique à l’entre-
tion d’inspiration anglo-saxonne met en avant le membre salarié
prise qui, dans sa structure classique, apparaît a priori inégalitaire.
en tant que propriétaire (worker-owned), décideur (worker-
L’organigramme hiérarchique habituel sous-tend des questions
controlled) et bénéficiaire (worker-benefiting) de la coopérative
du pouvoir des uns sur les autres, des mécanismes de décision
de travail.
plus ou moins autoritaires, une sous-représentation de la
diversité du collectif de travail au niveau décisionnel, des traite-
FIGURE 5.5
ments salariaux différenciés et d’autres formes d’injustices à
Les trois caractéristiques fondamentales des coopératives de travail
l’échelle réduite de l’entreprise. Pour toutes ces raisons, abondent
les propositions qui visent à « réinventer » l’entreprise afin qu’elle Membres-travailleurs

fasse plus de place à la justice sociale et qu’elle soit plus solidaire. PROPRIÉTAIRES
(Propriété collective)

Cela dit, il n’est pas nécessaire de réinventer la roue, car certains


types d’entreprises sont intrinsèquement plus solidaires, du
moins en théorie.
COOPÉRATIVE
La coopérative de travail57 est un type d’entreprise qui, selon DE TRAVAIL
=
ENTREPRISE
son ADN, vise à diminuer les sources d’inégalités culturelles, COLLECTIVE VISANT
À RÉPONDRE AUX
politiques et économiques58. C’est une entreprise dont les BESOINS COMMUNS
DES TRAVAILLEURS
salariés sont à la fois les propriétaires, les décideurs et les bénéfi-
ciaires59. Elle regroupe des personnes qui partagent le besoin
commun de se trouver ou de conserver un emploi décent et qui, Membres-travailleurs
DÉCIDEURS
Membres-travailleurs
BÉNÉFICIAIRES
(Décision démocratique) (Distribution proportionnelle)
pour y répondre, se dotent d’une structure entrepreneuriale
dont la propriété est collective et dont la structure décisionnelle
est démocratique. La coopérative de travail combine une logique
économique et une logique associative et incarne un idéal de Premièrement, une coopérative de travail est la propriété de ses
réciprocité dans le monde du travail et des affaires60. À ce titre, membres salariés. La structure de propriété collective s’oppose
conceptuellement au droit de propriété individuelle, dont relève
la logique de la société par actions. Elle repose sur la collectivi-
56. Madelin (2017). sation du capital mis au service des besoins individuels, mais
57. En France, la coopérative de travail est mieux connue sous l’expression communs, des membres salariés. Ce principe de propriété
« Société coopérative et participative » (Scop).
58. Audebrand et Barros (2017) ; Audebrand (2017). constitue la principale distinction d’une coopérative. Il est ainsi
59. Birchall (2011) ; Dunn (1988). possible de déterminer à qui et comment les bénéfices de l’en-
60. Toutes formes confondues, les coopératives représentent un pan important treprise seront attribués ou distribués. Cette caractéristique
du développement économique et social, tant au niveau local qu’aux niveaux
national et mondial. Elles procurent un emploi à plus de 100  millions de constitue une réponse aux inégalités culturelles présentes dans
personnes à travers le monde, dont plus de 155 000 au Canada. Elles sont les entreprises conventionnelles. Sur le plan culturel, être
présentes dans presque tous les secteurs d’activités : agroalimentaire, habita- propriétaire est mieux perçu qu’être locataire ou salarié. Plus
tion, foresterie, services funéraires, services financiers, arts et spectacles,
éducation, etc. Elles contribuent à la stabilité et à la diversité économique,
sociale et politique ainsi qu’à l’équité dans l’accès aux biens et services. En
outre, ce modèle économique est reconnu pour sa résilience, notamment en trois ans (75 % par rapport à 48 %), cinq ans (62 % par rapport à 35 %) et dix
période de crise économique. Au Québec, les coopératives présentent un taux ans (44 % par rapport à 20 %) (Gouvernement du Québec , 2008).
de survie presque deux fois plus élevé que les autres formes d’entreprises après 61. Malo (2001) ; Harvey (2001).
CHAPITRE 5 • LA SOLIDARITÉ 

important encore, puisque chaque membre salarié est également secteurs d’activité équivalents, les inégalités de salaire sont
propriétaire, tous sont considérés sur un même pied d’égalité au moindres dans les coopératives de travail, y compris les inéga-
sein de l’entreprise. lités entre les hommes et les femmes65.
Deuxièmement, une coopérative de travail est contrôlée par ses Les coopératives de travail connaissent une certaine popularité
membres salariés. Parce qu’ils sont collectivement propriétaires dans quelques régions du monde66. À court terme, il est peu
de l’entreprise, tous peuvent et doivent prendre les décisions probable que suffisamment d’entreprises adoptent ce modèle
relatives à ses orientations stratégiques. Le contrôle est fondé sur pour provoquer un impact notable sur les inégalités culturelles,
la personne plutôt que sur le capital, ce qui se traduit par le politiques et économiques qui accablent le monde des affaires.
principe « un membre, un vote », fondement de la gouvernance Comme cela a été mentionné dans le chapitre 4, le « théorème
démocratique. Ce principe, qui incarne l’idéal d’égalité entre les de Pangloss » explique la situation actuelle des coopératives de
membres salariés, s’appuie sur l’idée que l’être humain, et non le travail.
capital, doit être au cœur des décisions de l’entreprise. Cette
Cela dit, cette fatalité n’empêche pas d’autres propositions d’ap-
caractéristique est aussi une réponse aux inégalités politiques
paraître afin d’inventer d’autres formes d’entreprises qui seraient
présentes dans les entreprises conventionnelles. Chaque membre
plus solidaires que les entreprises conventionnelles. Isaac Getz,
salarié dispose d’un vote égal lors de l’assemblée générale et peut
faisant écho aux propos de Mintzberg sur le leadership67, avance
postuler à un siège au conseil d’administration, tout cela avec
l’idée que l’entreprise libérée, portée par un leadership libéra-
beaucoup moins de restriction que dans le contexte de l’élection
teur, pourrait constituer une forme plus égalitaire que l’entreprise
d’un gouvernement national62.
conventionnelle68 :
Troisièmement, une coopérative de travail bénéficie prioritaire- • Les employés disposent d’une liberté et d’une responsabi-
ment à ses membres salariés. Dans ce contexte, la notion de lité complètes pour agir de la façon qu’ils estiment la
« bénéfice » prend deux sens distincts. Le premier est le bénéfice meilleure pour répondre aux besoins des clients et assurer
résultant directement de la satisfaction du besoin individuel le bien de l’entreprise.
auquel la coopérative répond, c’est-à-dire obtenir ou conserver
• Ce genre d’entreprises a banni les organigrammes et n’a
un emploi décent63. Le second bénéfice est celui de la redistribu-
donc pas de patron à proprement parler.
tion des surplus financiers réalisés, qui sont partagés entre les
membres salariés en fonction de leur usage (p. ex., au prorata • Elles ne sont pas scindées en départements, elles ne
des heures travaillées)64. Cette caractéristique est aussi une contrôlent pas le temps de travail, elles n’ont pas de
réponse aux inégalités économiques présentes dans les entre- gestionnaires, elles n’ont pas nécessairement de budget, ni
prises conventionnelles. De nombreuses études démontrent même un département des finances, elles n’ont pas non
que, dans des entreprises de taille équivalente et dans des plus de département des ressources humaines ni de plani-
fication à long terme.
• Au sein de certaines d’entre elles, les employés définissent
62. Selon Castoriadis, « la démocratie ne doit pas s’arrêter aux portes de l’usine » eux-mêmes leur description de tâches, créent leur propre
(Ballast, 2018). Selon Dahl (1986, p. 111), la démocratie économique et la
démocratie politique sont les deux côtés d’une même médaille. Il n’est pas
travail ou déterminent leur propre salaire.
concevable que l’on méprise la première alors que l’on louange la seconde.
Selon lui, si la démocratie est considérée comme le système politique le plus
convenable pour gouverner un pays, il n’y a aucune raison qui justifie que ce
ne soit pas un système approprié pour gouverner les entreprises.
63. Nilsson (2001, p. 336).
64. Les membres peuvent également choisir de ne pas redistribuer les trop-perçus
et de plutôt les investir pour consolider les conditions de travail. Les coopéra- 65. Magne (2017).
tives peuvent aussi verser une partie des trop-perçus dans une réserve 66. Johnson (2013).
indivisible afin de doter l’entreprise d’un capital permanent pour mettre en 67. Mintzberg (2008), voir section 5.2.2 de ce chapitre.
place des projets de développement au service de sa mission. 68. Getz (2009).
 ,%- ! .! ' %- %.42 % 3 0/.3 ! " ,% s 5 .%! 002 /# ( %! 8)/,/ ')1 5%

Si tout cela peut sembler utopique de prime abord, ces entre- par des communautés de personnes engagées localement dans des
prises existent69 et, dans les faits, la plupart présentent un niveau luttes relatives à des enjeux globaux. En effet, les gouvernements
de performance exceptionnel, ce qui nous pousse à nous sont de plus en plus paralysés par un déplacement de pouvoir qui
demander pourquoi cette forme d’entreprise, à l’instar des semble les pousser, au mieux, au statu quo, au pire, à privilégier
coopératives de travail, n’est pas plus répandue70. les intérêts privés aux dépens du bien public, sous l’impulsion de
divers facteurs combinés dont la puissance grandissante des
 =LYZ\ULtJVUVTPLZVSPKHPYL multinationales, le lobbyisme généralisé, l’approche électoraliste
et court-termiste de la politique. De surcroît, la certitude selon
La question de la justice sociale s’inscrit directement dans le laquelle laisser les entreprises se développer économiquement
cadre du management responsable et de son aspiration à intégrer conduirait mécaniquement à un développement social a maintes
la question du développement durable71. En effet, comme le fois prouvé son inexactitude. Bien au contraire, les probléma-
soulignait le biologiste, essayiste et cinéaste québécois Jean tiques mondiales résultent en partie d’une mondialisation sans
Lemire : « Il n’y aura pas de grande victoire en environnement restriction et de comportements pour le moins discutables de
tant qu’il n’y aura pas de plus grande justice sociale72. » À quoi certaines entreprises sur les plans économique, social et environ-
bon, en définitive, disposer d’un environnement sain si les nemental.
personnes qui y vivent sont en situation d’injustice ? La triple La notion d’économie solidaire permet de saisir cette idée. Elle
dimension culturelle, politique et économique de la justice s’inscrit dans une économie plurielle75 et se définit comme « l’en-
sociale invite à penser un développement qui tient compte des
semble des activités contribuant à démocratiser l’économie par
questions de reconnaissance, de représentation et de (re)distri-
des engagements citoyens76 ». Souvent comprise de manière
bution en ne créant pas de laissés-pour-compte, d’exclus ou de réductrice comme une économie d’insertion qui la reléguerait au
victimes d’injustices73. rôle de traitement social du chômage, l’économie solidaire
Plusieurs auteurs remettent en question la croyance largement s’inscrit plutôt dans le prolongement de l’économie sociale avec
répandue selon laquelle les problèmes complexes et mondiaux, laquelle elle partage beaucoup de traits77. L’économie sociale,
comme le réchauffement climatique, la pauvreté, les famines ou dont la Figure  5.6 propose une représentation, « relève d’une
encore les récessions successives seront résolus par les gouverne- approche organisationnelle donnant la priorité à un fonctionne-
ments ou des entreprises capitalistes plus responsables74. Selon ment collectif basé sur l’égalité formelle entre les membres78 », là
eux, la solution réside plutôt dans les initiatives sociales portées où l’économie solidaire associe ce fonctionnement démocratique
à une visée de changement social. Cette dernière a en effet émergé
en réaction à des problèmes de société, dans la lignée de
69. FAVI, une PME française spécialisée dans les fourchettes de boîtes de vitesse
pour automobiles et les rotors en cuivre, a été une pionnière dans la mise en
œuvre des principes de l’entreprise libérée. Au Québec, l’entreprise beauce-
ronne Régitex, spécialisée dans la fabrication de fils de haute technologie, a 75. Voir le chapitre 1 du présent ouvrage.
également implanté avec succès ces principes (Les éclaireurs, 2017). 76. Laville (2011, p. 9).
70. Voir la description du théorème de Pangloss au chapitre 4. 77. De plus, il ne faut pas confondre l’économie sociale et solidaire et l’entrepre-
71. Selon Madelin (2017), la transition écologique doit être accompagnée d’une neuriat social, qui est l’application des méthodes de l’entreprise capitaliste
transition politique afin de ne pas exacerber les inégalités et les formes exis- pour agir sur des problèmes sociaux (à ce sujet, voir le chapitre  3 sur le
tantes de domination. Selon lui, l’enjeu s’avère donc l’articulation de dévouement).
l’écologie et du triptyque liberté, égalité, solidarité. 78. Laville (2011, p.  11). En se basant sur leurs statuts juridiques, Desroche
72. Pion (2017). (1983) affirme que les entreprises coopératives, mutualistes et associatives
73. Le combat actuel des Autochtones et des écologistes, au Canada et aux États- forment les composantes « certaines » de l’économie sociale, c’est-à-dire
Unis, qui s’opposent au passage de pipelines dans les milieux naturels protégés qu’elles ne font partie que de ce secteur-là, et non du secteur public ou du
et dans les réserves laisse voir que l’équilibre entre les intérêts économiques secteur privé. Il ajoute quatre composantes dites « incertaines » : les entreprises
privés et le droit général des communautés à vivre dans un environnement de communales, communautaires, paritaires et participatives. Ces composantes
qualité continue de faire l’objet de luttes pour éviter de reproduire les erreurs illustrent que des pratiques ou des valeurs propres à l’économie sociale
du passé. peuvent se retrouver au sein du secteur public, du secteur privé ou des
74. Mintzberg et Azevedo (2012). syndicats.
# ( ! 0 ) 4 2 %  s , ! 3 / , ) $ ! 2 ) 4 ³ 

mouvements sociaux, dont l’écologie, le féminisme et la critique se conçoit dans sa dimension uniquement privée. De son côté,
de la consommation et du productivisme79. Porteuse d’un idéal l’économie solidaire se concrétise dans des regroupements
de changement social et popularisée par le slogan altermondia- associatifs volontaires au sein desquels tout processus socio-
liste selon lequel un autre monde est possible, l’économie solidaire économique est soumis à une délibération concernant sa
renvoie à une grande diversité d’initiatives citoyennes qui ont en pertinence et ses modalités d’application. Il s’agit alors, fonda-
commun de mettre l’activité économique au service de finalités mentalement, de « coconstruire une réponse ouverte à tous ceux
humaines et solidaires relevant du registre politique (p. ex., lutte qui s’engagent volontairement dans l’action collective80 ». Pour
contre les inégalités, standardisation culturelle, détériorations ce faire, et pour préserver leur légitimité en matière d’action
écologiques). L’économie solidaire propose une vision écono- politique, les initiatives solidaires combinent la démocratie
mique plurielle et inclusive couplée à une dimension politique de représentative (égalité des membres) à la démocratie participa-
résistance et de construction de solutions de rechange visant à tive (délibération collective ouverte à tous) et au dialogue dans
démocratiser l’économie en contrant ses effets néfastes. tous les espaces prévus à cette fin avec les autres forces sociales,
en vue d’influer sur les décisions des pouvoirs publics. En effet,
FIGURE 5.6 « ce n’est pas l’indépendance de la société civile et de l’État qui
Les composantes de l’économie sociale importe, mais une interdépendance entre les deux81 ». Ainsi, les
réponses construites collectivement par les initiatives d’éco-
SECTEUR À BUT LUCRATIF nomie solidaire pour être pérennisées, voire institutionnalisées,
doivent être prolongées par la coconstruction des politiques
Autonomie
de gestion
ENTREPRISE SOCIALE Distribution publiques. Pour reprendre les termes de Laville : « L’avenir des
‫ڃ‬³…!Xn ȳXz0³³‫ڄ‬ imitée
initiatives est tributaire d’un renouvellement de l’action
publique par une hybridation entre action citoyenne et action
des pouvoirs publics82. »
COOPÉRATIVES

OBNL
ORGANISME Dans la pratique, les initiatives citoyennes d’économie solidaire
DOMESTIQUE CLUB PARAPUBLIC À SECTEUR
ET INFORMEL SOCIAL
AVEC ACTIVITÉ
ÉCONOMIQUE
GOUVERNANCE PUBLIC émergent dans les interstices où des besoins sociaux sont ignorés,
PLURIELLE
MUTUELLES
soit parce qu’ils ne peuvent pas être pris en charge efficacement
par l’État, voire parce que les gouvernements refusent de les
considérer pour des raisons idéologiques, soit parce que l’entre-
Activité
ORGANISME
Gouvernance
prise capitaliste ne les juge pas suffisamment rentables à
COMMUNAUTAIRE
économique
AVEC PROJET
démocratique
exploiter. Les régies de quartier et de territoire, les actions dans
D’ÉCONOMIE SOCIALE
le domaine de l’agriculture biologique et de proximité, le
SECTEUR COMMUNAUTAIRE
commerce équitable, les finances solidaires ou encore les mani-
festations culturelles de proximité en sont autant d’exemples83.
Ces initiatives combinent des dimensions économiques (p. ex.,
coconstruire l’offre et la demande, hybrider les financements),
(Adaptée de Bouchard et coll., 2008 ; Desroche, 1983) politiques (p. ex., améliorer la société ou proposer une solution
de remplacement à la société de marché ultralibérale) et cultu-
Comme le fait remarquer Jean-Louis Laville, la dimension relle (p.  ex., dépasser la standardisation culturelle). Dans
politique de l’économie solidaire se distingue à plusieurs égards.
Dans une approche libérale individualiste, l’action économique
80. Laville (2011, p. 15).
81. Laville (2011, p. 19).
82. Laville (2011, p. 19).
79. Laville (2011). 83. Voir Hersent et Palma Torres (2014).
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l’économie solidaire, la recherche de profits privés propre à l’en- transformant l’essence d’une approche basée sur l’échange et la
treprise capitaliste n’est pas la voie préférée. Les externalités réciprocité en activités fortement lucratives, se détournant par là
produites par les collectifs citoyens qui travaillent ensemble se même de la visée de résistance à l’esprit capitaliste dont est
mesurent plutôt sur le plan d’intérêts collectifs, de biens porteuse cette nouvelle économie. Parmi ces compagnies, Uber
communs ou encore de valeurs sociales84. bouleverse considérablement son secteur d’activités, l’industrie
du taxi. Accusée de concurrence déloyale en évitant notamment
Ce qu’on appelle l’économie de partage, qui s’inscrit plus
les contraintes réglementaires et législatives auxquelles sont
largement dans ce qu’il a été convenu d’appeler l’économie
soumis les autres acteurs économiques en place, accusée d’évite-
collaborative85, connaît un essor fulgurant depuis quelques
ment fiscal, cette multinationale redéfinit en outre le rapport au
années grâce aux outils technologiques. Ces initiatives s’ins-
travail et propose un modèle d’affaires qui transforme les
crivent globalement dans un mode de consommation qui
individus en travailleurs autonomes particulièrement vulné-
privilégie l’utilisation à la possession et qui favorise le rappro-
rables. Le terme d’« ubérisation » du travail a d’ailleurs émergé
chement entre des « consomm’acteurs » plus avertis, ce qui
récemment, par opposition au salariat, voire à l’entrepreneuriat,
reflète les préoccupations contemporaines pour l’écologie et le
reflétant une nouvelle catégorie de travailleurs sans filet social88.
besoin de lien social convivial86. Elle donne aux individus la
Les activités de cette multinationale de l’économie de partage
possibilité d’échanger des produits et des services en faisant
sont parfois tolérées, d’autres fois opérantes dans l’attente d’un
appel à leurs compétences sous-exploitées et à leurs biens inuti-
jugement relatif à une poursuite judiciaire de ses activités,
lisés. Bien que sa définition ne soit pas encore stabilisée, on peut
d’autres fois encore rendues purement et simplement illégales
avancer qu’elle est constituée d’intermédiaires qui connectent
par les gouvernements locaux. Une chose est sûre, elles ne
des individus entre eux, généralement, mais pas uniquement,
laissent pas indifférent, et démontrent que le développement de
par l’entremise de plateformes numériques, pour qu’ils louent,
cette nouvelle économie ne se fera pas sans heurts et qu’elle peut
se prêtent, se vendent, s’échangent ou se donnent des biens ou
être récupérée à des fins mercantiles qui s’écartent de ses fonde-
des services. L’économie collaborative regroupe aujourd’hui de
ments solidaires.
multiples activités :
t la consommation collaborative87 (p. ex., les bibliothèques Si elle réussit à ne pas se faire phagocyter par l’économie
d’outils, le service loge-trotteurs [couchsurfing]) ; dominante, l’économie solidaire est porteuse d’un projet
politique qui consiste à démocratiser l’économie et à trans-
t les modes de vie collaboratifs (p. ex., les espaces de travail
former la société de l’intérieur89. Selon Cornelius Castoriadis,
partagé [coworking], les coopératives d’habitation) ;
les institutions politiques actuelles repoussent, éloignent et
t la finance collective (p.  ex., le sociofinancement, les dissuadent les gens de participer à la vie politique. Dans le
monnaies parallèles) ; même sens, David Graeber se demande en quoi les structures
t la production contributive (p.  ex., les logiciels libres, verticales de pouvoir permanent qui constituent les démocraties
Wikipédia). occidentales actuelles représentent effectivement une manifesta-
tion démocratique90. Pour lui, l’idéal démocratique se cristallise
Plusieurs plateformes numériques, devenues des multinatio-
plutôt dans les structures horizontales, émanant de groupes
nales, ont investi le champ de l’économie collaborative en
autonomes et auto-organisés, ce qui permet de remettre
constamment en cause le sens et la pertinence des orientations
84. Gianfaldoni (2004).
85. Botsman et Rogers (2010).
86. McDonald (2016). 88. En lieu et place d’une économie de partage, Gérald Fillion, dans sa chronique
87. Un exemple de consommation collaborative pertinent est représenté par les économique, parle ainsi d’une économie sans partage au sein de laquelle
bibliothèques de prêts qui redéfinissent l’idée même de la bibliothèque en Uber, au lieu de révolutionner l’industrie de l’intérieur, cherche à imposer ses
l’élargissant à différents types de biens. Selon diverses formules, par exemple règles et sa vision du travail pour son propre profit (Fillion, 2017).
une adhésion annuelle, des particuliers peuvent mettre divers types d’objets à 89. Audebrand et Létourneau (2016).
la disposition des autres et en emprunter eux-mêmes (Johnson, 2017). 90. Graeber (2005).
# ( ! 0 ) 4 2 %  s , ! 3 / , ) $ ! 2 ) 4 ³ 

et des institutions politiques. Ainsi, comme le note Castoriadis, 3) Le mouvement d’économie solidaire est encore trop
la vraie démocratie est un régime dans lequel la question de la souvent interprété, à l’aune de l’imaginaire productiviste
validité de la loi est maintenue ouverte en permanence et où les et individualiste, comme une forme particulière de petite
individus regardent les institutions qui règlent leur vie comme entreprise, ce qui marginalise les initiatives citoyennes.
leurs propres créations collectives et, de ce fait, toujours trans- 4) La volonté d’émancipation propre à l’économie solidaire
formables : n’est pas prise au sérieux par les théories critiques qui la
Une société juste n’est pas une société qui a adopté, une fois pour comparent à un humanisme naïf et refusent de recon-
toutes, des lois justes. Une société juste est une société où la question de naître la contribution démocratique des initiatives
la justice reste constamment ouverte – autrement dit, où il y a
toujours une possibilité socialement effective d’interrogation sur
solidaires dans les espaces publics94.
la loi et sur le fondement de la loi. C’est là une autre manière de
dire qu’elle est constamment dans le mouvement de son auto-ins-  3HZVSPKHYP[tZHUZMYVU[PuYLZ
titution explicite91.
Les idées phares de l’économie solidaire se retrouvent dans la
Lorsqu’elles se fédèrent et se soutiennent pour porter collective- notion de solidarité internationale comme l’auto-organisation,
ment une vision sociale différente, les entreprises de l’économie la démocratisation de l’économie, la double dimension écono-
solidaire luttent contre des injustices suscitées par la domination mique et politique, la visée de changement social et le bien
des multinationales sur un marché donné92. L’économie commun comme valeur cardinale95. De manière générale, le
solidaire, en tant que forme d’action économique qui a une champ du développement international, qui caractérise la
portée politique, constituerait ainsi une voie privilégiée pour coopération Nord-Sud, est traversé par trois grands courants
que les citoyens se réapproprient l’arène politique. Pourtant, porteurs de visions divergentes en matière de solidarité entre les
bien que des initiatives solidaires existent partout dans le différentes populations à travers le monde (Tableau 5.7)96. Le
monde, elles sont rendues invisibles par une multitude de premier courant se rapporte à l’aide humanitaire ou d’urgence.
discours qui, explicitement ou non, gomment leurs apports et Cette approche prédominante s’inscrit dans une logique de la
leurs particularités. compassion et s’exprime par la philanthropie au sein de laquelle
À cet égard, Jean-Louis Laville avance quatre raisons pour le don est la voie privilégiée pour démontrer sa solidarité. On la
expliquer l’absence relative d’économie solidaire dans les voit notamment dans les réponses aux catastrophes naturelles
discours dominants93 : ou aux vagues d’émigration massives résultant des situations de
1) Certains protagonistes institutionnels, niant la logique conflits intérieurs (p. ex., la guerre qui ravage la Syrie), de discri-
d’auto-organisation, tendent à réduire l’économie solidaire minations et de violences ethniques (p.  ex., l’exode forcé des
à un sas temporaire préparant à un retour à l’économie de Rohingyas birmans), de pauvreté extrême ou de chômage
marché. (particulièrement sur le continent africain). En dépit de son
utilité, cette approche crée une dichotomie de type dona-
2) L’économie solidaire souffre d’une comparaison avec les teurs-bénéficiaires qui cantonne les pays du Sud à une position
notions récentes d’entreprise sociale (social business), dont d’assistés.
les finalités peuvent s’accorder à celles de l’économie
solidaire ou s’en écarter radicalement.

91. Castoriadis (1979, p. 41-43). Italique dans le texte original.


92. Audebrand et Barros (2017).
93. Il s’inspire de la démarche de la sociologie des absences de Boaventura de 94. Laville (2014).
Sousa Santos (2011), qui vise à montrer que ce qui n’existe pas, ce qui est 95. Cliche (2014).
« absent », est en fait activement produit comme non existant. 96. Favreau et coll. (2008).
 ,%- ! .! ' %- %.42 % 3 0/.3 ! " ,% s 5 .%! 002 /# ( %! 8)/,/ ')1 5%

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Typologie des intervenants dans la coopération Nord-Sud

DIMENSIONS AIDE COOPÉRATION SOLIDARITÉ


CRITÈRES INTERNATIONALE INTERNATIONALE INTERNATIONALE

FINALITÉ Philanthropie Justice sociale Justice sociale,


et développement développement,
réciprocité et soutien à
l’auto-organisation

ORGANISATION Logique d’urgence Logique de soutien Logique de


Exemple : aide aux au développement développement
réfugiés Exemple : envoi de fondée sur l’échange
coopérants ; stages des culturel, technique,
chantiers jeunesse professionnel et
économique
Exemple : commerce
équitable ; jumelage de
municipalités

INSTITUTIONNALISATION Démarches de Démarches d’information Démarches partenariales


sensibilisation pour le et d’éducation autour d’activités de
financement d’activités aux problèmes de développement
humanitaires développement du Sud

POPULATIONS Des ƫƻȇƻ˾ƬǣƏǣȸƺɀ Des collaborateurs Des partenaires


LOCALES VISÉES

(Favreau et al., 2008, p. 44)

Le deuxième courant, la coopération internationale, a trait au taux) de coopération internationale (OCI), qui soutiennent à
soutien financier, technique et professionnel apporté par les leur tour des organisations (locales) de la société civile (OSC),
pays du Nord aux pays du Sud. Cette approche s’inscrit dans s’accompagne d’orientations à suivre et exige une contrepartie
une logique de soutien au développement susceptible d’avoir en ce qui concerne les résultats projetés et les effectifs, qui prend
des effets structurants sur les pays du Sud lorsqu’elle se concré- la forme bureaucratique de projets et de rapports.
tise en de solides partenariats avec les organismes locaux. Les
Le troisième courant, la solidarité internationale, concerne
coopérants sont la figure de proue de cette tendance (p. ex., le
pour sa part des projets reflétant divers types d’interactions, par
personnel de Médecins sans Frontières). Néanmoins, Paul
exemple Nord-Sud, Sud-Sud ou encore Sud-Nord. Cette
Cliche déplore que cette approche crée un rapport hiérarchique,
approche s’inscrit dans une logique de développement fondée
générant ultimement la dépendance des pays du Sud aux pays
sur l’échange (culturel, technique, professionnel, économique)
du Nord97. En effet, la « chaîne de coopération » fonctionne
et l’auto-organisation. Le commerce équitable ou le tourisme
selon une logique où le financement des organismes (occiden-
durable en sont des exemples. Avec la solidarité internationale,
les acteurs du Nord et du Sud deviennent des partenaires qui
97. Cliche (2014, p. 165). participent à la construction d’une « autre mondialisation »,
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pour reprendre les termes de Louis Favreau et de ses collègues98, principes sont au cœur de ce « bien vivre » : « d’une part, une
une mondialisation par le bas soutenue par une coopération éthique du collectif, qui fait prévaloir la solidarité, l’aide à autrui
d’égal à égal. Comme le fait remarquer Paul Cliche, cette et la convivialité, au détriment des rapports de compétition et
approche ne repose plus sur l’idée de traiter les populations de domination ; de l’autre, un principe d’équilibre général
pauvres ou les communautés dans le besoin comme des objets (parfois nommé harmonie), qui doit prévaloir dans les rapports
du développement, mais plutôt comme des sujets capables de se entre les êtres et notamment entre les humains et la « Terre
prendre en main et de devenir des acteurs de changements. Il est Mère »101. Nous serait-il possible de concevoir une organisation
donc question du développement du pouvoir d’agir des sociale capable de soumettre les nécessités productives au
individus et des collectivités99, un développement qui s’appuie principe du « bien vivre » pour tous et aux décisions collective-
sur l’auto-organisation sociale en vue d’une transformation ment assumées qui en découlent ?
sociale, conduite par les acteurs concernés eux-mêmes.
Présente depuis longtemps dans les pays en voie de développe-
Selon Paul Cliche, trois grands principes susceptibles de garantir ment, l’économie populaire renvoie à « l’ensemble des activités
des relations plus égalitaires peuvent guider l’établissement de économiques et des pratiques sociales mises en place par les
partenariats s’inscrivant dans la logique d’une solidarité inter- groupes populaires en vue de garantir, par l’utilisation de leur
nationale : propre force de travail et des ressources disponibles, la satisfac-
1) La subsidiarité implique d’ancrer l’action et les prises de tion des besoins de base, matériels autant qu’immatériels102 ».
décision à la base en évitant de se substituer aux parte- Elle est parfois désignée comme une économie de la « débrouille ».
naires locaux. Son principal objectif est de lutter contre la pauvreté écono-
mique en générant des initiatives centrées sur les besoins des
2) La transparence et l’imputabilité sous-entendent l’im-
communautés locales, telles que des ateliers autogérés, des
portance de la part de tous les partenaires, de partager les
groupes d’achat, ou des cuisines collectives103. De plus, elle met
analyses de la situation à la base de l’action, les plans de
en œuvre de façon responsable sa visée de servir les besoins des
chacun, les difficultés déjà rencontrées ou anticipées et les
populations, en se limitant à des unités de production qui « ne
limites possibles de l’action notamment en fonction des
vivent pas de l’exploitation du travail d’autrui, ni ne peuvent
exigences des bailleurs de fonds, afin d’élaborer une
vivre de la richesse accumulée104 ». La clé de voûte de cette
vision, un projet et des objectifs communs.
économie alternative demeure la volonté des individus exclus
3) L’équité renvoie à la nécessité d’établir une relation équi- des circuits traditionnels de générer des initiatives qui sortent
librée au sein de laquelle les points de vue de chacun sont du cadre institutionnel en place pour organiser leurs activités en
considérés et intégrés, en ménageant des stratégies et des comptant sur leur propre force de travail.
espaces communs d’échange et de co-construction.
À un autre niveau d’analyse, il importe de prendre en considé-
La solidarité internationale, soutenue par les idées-forces de ration la coévolution d’une solidarité sans frontières et d’une
l’économie solidaire, est ainsi porteuse d’une vision alternative solidarité écologique. Dans la logique prédominante, là où
de la mondialisation. Cela dit, des visions propres aux pays en l’espèce humaine et la société avancent, poussée par la croyance
voie de développement émergent alors que d’autres sont déjà fondamentale en la supériorité de la technique et le caractère
bien implantées. L’une des visions qui émergent et qui trouvent utilitaire de la nature, cette dernière recule : la biodiversité
une résonnance dans les pays du Nord est le Buen Vivir100. Deux décroît, les espaces verts s’amenuisent, la pollution augmente,
etc. Or, il existe une solidarité écologique entre les territoires : ce
98. Favreau et coll. (2008).
99. Le Bossé (2003).
100. Dans le monde occidental, Corine Pelluchon (2018) parle pour sa part d’une 101. Baschet (2016, p. 127).
éthique de la considération qui vise à la fois à prendre en considération que 102. Sarria Icaza et Tiriba (2006, p. 259)
l’épanouissement personnel est indissociable de celui des autres êtres vivants et 103. Sarria Icaza et Tiriba (2006) ; Coraggio, (1991) ; Castel (2007) ; Favreau (2004).
à promouvoir un monde plus juste et plus beau, au sens esthétique du terme. 104. Coraggio (1991, p. 36)
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qui est fait ici a un impact là-bas, et vice-versa. Ainsi, la solida- indispensable de toute réflexion écologiste conséquente107. C’est
rité écologique devrait favoriser l’intégration d’une dimension cette frontière entre l’être humain et le reste du monde vivant
éthique (et non seulement économique ou marchande) dans que la notion de solidarité écologique propose de faire tomber.
l’évaluation de la nature, à travers les « services écosystémiques » Pour reprendre les termes de Raphaël Mathevet et de ses
qu’elle rend, soit le caractère vital de sa biodiversité pour tous les collègues, l’idée de solidarité écologique suppose un compromis
êtres vivants105. pragmatique entre éthique écocentrique et éthique anthro-
pocentrique108.
À l’instar de la solidarité sociale pour les populations humaines,
la solidarité écologique évoque l’obligation écologique à l’échelle
des individus et des sociétés locales106. Elle repose sur trois *65*3<:065 
principes : 3(:630+(90;i*644,:6<9*,+»,--0*(*0;i
1) le fait de solidarité, qui souligne la dépendance réci- La solidarité est à la fois une cause et un héritage de l’évolution
proque des différents éléments de la communauté humaine. Or, dans les sociétés occidentales, l’individualisme est
biotique, soit l’ensemble des interactions du vivant sur le devenu la norme, et la solidarité, l’exception. Comment en
vivant dans un écosystème donné ; est-on venu à considérer nos sociétés comme un agrégat d’indi-
2) la dette écologique, qui stipule que l’être humain, selon vidus indépendants, sinon autosuffisants, n’ayant pas besoin des
un principe d’interdépendance, est redevable lorsqu’il autres pour avancer, ou pire encore, exploitant les autres pour
contribue à la destruction de la nature ; avancer ? Le sociologue François Dubet parle d’une crise des soli-
3) le « contrat naturel », qui reste à inventer, évoque les darités pour expliquer la situation actuelle. Cette crise s’entend
droits et les devoirs par lesquels l’être humain fixera les comme un délitement de « l’attachement aux liens sociaux qui
limites de son action sur la nature. Dans cet esprit, la soli- nous font désirer l’égalité, y compris et surtout l’égalité de ceux
darité écologique relèverait donc d’une sorte de contrat que nous ne connaissons pas109 ». Selon Dubet, la préférence
moral entre les êtres humains, à l’échelle des individus pour l’inégalité correspond à un affaiblissement des solidarités.
comme des groupes sociaux, et le reste du vivant. Autrement dit, nous acceptons les inégalités sociales lorsqu’elles
ne nous concernent pas directement. Nous pouvons même les
Ainsi, la notion de solidarité ne renvoie plus à un sentiment de souhaiter lorsqu’elles nous protègent des autres qui sont perçus
responsabilité et de dépendance avec les autres seulement en comme des menaces. L’individualisme, le repli identitaire et l’in-
tant qu’êtres humains égaux, mais également avec tout ce qui est capacité à considérer tous les autres comme des égaux supplantent
non humain et sur lequel, selon les liens organiques qui notre propension collective à la solidarité et nous font ignorer,
façonnent l’évolution des écosystèmes, l’action humaine a des
accepter, voire souhaiter les inégalités.
impacts. Notre conception actuelle de la solidarité accorde
encore peu de place à la cause animale. Pourtant, elle devrait Pourtant, la solidarité est généralement plus efficace que l’indi-
s’étendre jusque-là. La moralité n’est pas le propre de l’être vidualisme. Comme on l’a vu dès les premières lignes de ce
humain, c’est une propriété émergente de l’évolution. La chapitre, la solidarité est un facteur incontestable de l’évolution
réflexion sur notre rapport aux animaux doit devenir un élément humaine. Si les comportements prosociaux et l’intérêt envers le
bien-être des autres ont pris tant de place dans la destinée de
l’espèce humaine, c’est parce qu’être solidaire, se soucier des

105. Par exemple, la forêt amazonienne offre de multiples « services écosysté- 107. L’« antispécisme », mouvement datant des années  1970 et s’opposant au
miques » : poumon de la planète, hôte de peuples autochtones autarciques, spécisme qui place l’espèce humaine au-dessus de toutes les autres, affirme à ce
préservation de la biodiversité (espèces animales et végétales endémiques). titre que l’espèce à laquelle appartient un animal ne doit pas servir de critère
Elle est pourtant exploitée et détruite irrémédiablement à des fins unique- pour décider de la manière selon laquelle il doit être traité (Caron, 2016).
ment mercantiles. 108. Mathevet et coll. (2010).
106. Mathevet et coll. (2010, p. 425). 109. Dubet (2014, p. 9).
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