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Cours de

l’assurance
maritime

Master : Juriste en Droit maritime et des Transports

Promotion 2018/2019
INTRODUCTION
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L’assurance maritime est connue depuis la nuit des temps.
Le prêt à la grosse aventure, dit aussi prêt à retour de voyage ou encore prêt de grosse, dont les
règles juridiques fondamentales sont exprimés par le droit romain sous le nom de nauticum fœnus,
réalisait déjà une opération d’assurance, qui est vrai inversée, en ce que le prêteur y jouait le rôle
d’assureur, en payant d’avance l’indemnité, avant de la récupérer au cas d’heureuse arrivée (si le
risque garanti ne se concrétisait pas).
En 1808, pour ne pas remonter plus avant, ce prêt, très important et très usité à l’époque, est un
contrat aléatoire aux termes duquel un capitaliste apporte de l’argent dans une expédition
maritime avec l’espoir, en cas de succès de cette expédition, d’être remboursé et de recevoir un
profit important : la prime de grosse ou le profit maritime. C’est un contrat d’assurance.
Il s’agit donc d’une assurance où le capital est payé d’abord et remboursé s’il n’y a pas de sinistre,
au lieu que dans la véritable assurance, la somme n’est payée qu’après le sinistre, si ce sinistre s’est
réalisé dans les conditions prévues par la police.

Aujourd’hui, on ne parle plus du prêt à la grosse dont le caractère est aléatoire, mais de l’assurance
maritime matérialisée et concrétisée par le contrat d’assurance dont le caractère est bien net, en
ce qu’il a pour objet la répartition d’un risque maritime.

Cette distribution et répartition collective des risques en matière maritime peut du reste se faire de
deux manières (deux sortes d’assureurs) :
 soit par l'entente de ceux qui courent les risques ; c'est le procédé des mutuelles d’assurance,
où, en fin d’année, les risques sont également répartis entre tous les intéressés. Après avoir
pratiquement disparu, la forme des assurances mutuelles joue à nouveau un rôle important et
occupe une place très spécifique en droit maritime. Il s’agit notamment des Clubs de protection
et d’indemnité (P&I Clubs pour Protection and Indemnity Clubs), qui ne sont qu’une forme de
mutuelles d’assurances, et qui garantissent (plus de 90% du tonnage mondial), au titre de
l’assurance de responsabilité, les risques que les compagnies d’assurances ne veulent pas
prendre en charge (responsabilité de l’armateur à l’encontre de l’équipage, des tiers, de
pollution, etc.). L’influence des P & I Clubs est devenue tout à fait considérable, ce qui contribue
à la nécessaire solidarité des acteurs du monde maritime.
 soit par l’intermédiaire d’un professionnel, entrepreneur qui réalisera un profit ; c’est le
système des compagnies d’assurances, qui assurent les navires, par le biais de l’assurance sur

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corps, et les marchandises, par l’assurance sur facultés. Il s’agit de l’assurance maritime que
nous tenterons par la suite d’en définir l’essence.

L'assurance maritime est le contrat par lequel l'assureur s'engage, moyennant le paiement d'une
prime, à indemniser l'assuré du préjudice subi par les valeurs définies (assurés) et exposées à des
risques maritimes.
Constituant l’objet de la garantie, les valeurs assurées (navire/RC/marchandises) varient selon qu’il
s’agit d’une assurance sur corps, d’une assurance sur facultés ou d’une assurance de
responsabilité. La valeur assurée est déterminée par l’assuré lors de la souscription. C’est sur cette
valeur que s’appliquera le taux (pourcentage) de prime.
Ainsi, on distingue clairement trois catégories fondamentales d’assurance maritime :
 L’assurance des navires, qualifiée d’assurance corps, qui est principalement une assurance de
dommages (ex : contribution aux avaries communes) mais aussi pour partie une assurance de
responsabilité (responsabilité pour abordage ou accident assimilé).
 L’assurance des marchandises, ou assurance facultés, qui n’est qu’une assurance de dommages.
L’assurance facultés (« facultés » signifie « marchandises »), dite encore assurance ad valorem
(suivant la valeur), est une assurance de choses qui couvre les marchandises pendant leur
transport.
 L’assurance responsabilité, qui permet à l’armateur de se garantir des risques de responsabilité
non couverts par l’assurance sur corps.