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Document n°2 - Conférence de Presse du 31 janvier 1964 (doctrine gaulliste)

Le terme même de dyarchie avait été récusé par le général de Gaulle dans sa conférence
de presse du 31 janvier 1964.

Mais le président de la République serait donc non seulement le chef de l’État mais encore le
chef de l’exécutif ; il serait le chef d’abord du fait de son élection au suffrage universel direct
et le serait d’autant plus lorsqu’une majorité de députés le soutient.
Il y a plusieurs arguments :

ART 5 ET 19

Ainsi l'article 8 qui permet au Président de nommer le Premier


ministre a été interprété comme donnant au Chef de l'Etat le
pouvoir de le faire démissionner au moment qu'il jugerait
opportun, alors même que ce Premier ministre aurait toujours la
confiance de l'Assemblée nationale.

Ainsi, alors que l'article 11 subordonne la décision présidentielle de recourir au referendum


à une proposition du Gouvernement, tous les Présidents ont annoncé la tenue de telles
consultations bien avant que le Gouvernement les leur eût proposées ; il en a été de même
pour les révisions constitutionnelles subordonnées par l'article 89 a une proposition du «
Premier ministre ».

Ainsi encore les articles 13 et 21, qui paraissent donner au Premier


ministre la compétence de droit commun pour l'exercice du pouvoir
réglementaire et des nominations de fonctionnaires et au chef de l'Etat
une compétence exceptionnelle, a-t-il été utilisé de manière beaucoup
plus favorable à ce dernier, notamment pour les nominations.

Un Président premier responsable national ?

Il faut montrer que la révision n’a pas modifié en droit la fonction


présidentielle et n’a pas fait du président de la République un
représentant concurrent du Parlement.

En premier lieu, la révision de 1962 n’a nullement modifié les attributions du


président de la République et, en particulier, n’a changé ni la rédaction de
l’article 5, ni celle de l’article 19, ni celle de l’article 20 de la Constitution.

Le Premier ministre reste, en droit, celui qui « dirige l’action du


Gouvernement », lequel « détermine et conduit la politique de la nation »
avec le soutien et sous le contrôle du Parlement. Le Premier ministre
reste le chef de l’exécutif et de l’Administration dont « il dispose ».

Le Président demeure l’arbitre des conflits les plus graves et bénéficie à


cette fin de compétences dont l’exercice est dispensé de contreseing. Il a
gagné en légitimité, certes, mais non en compétences. On peine à
admettre que la modification du mode d’élection du président de la
République ait changé le sens des dispositions relatives aux compétences
respectives du président de la République, du Premier ministre et du
Gouvernement.

En deuxième lieu, la source de la légitimité d’un organe ne détermine


nullement l’étendue de ses prérogatives. Seules les normes en vigueur,
dans un État de droit, dictent les compétences respectives de chaque
organe.

En troisième lieu, de telles analyses ne résistèrent pas à l’ « épreuve de


la cohabitation». « Force est, en effet, de constater
qu’institutionnellement, les élections “législatives” [...] sont toujours
décisives, tandis que l’élection présidentielle, à elle seule, ne l’est jamais.
»

Enfin, il est courant d’avancer que le président de la République serait


devenu représentant de la nation au sens de l’article 3 du texte
constitutionnel581, aux termes duquel: «La souveraineté nationale
appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la
voie du référendum ».

Mais il faut souligner le caractère officiel et de grande audience potentielle


– que l’article 3 ne suffit pas forcément à ériger le président de la
République en représentant de la nation.

La situation en France est différente parce que l’élection au


suffrage universel qui n’était pas prévue dans le texte initial [...]
est venue se greffer sur la pratique gaullienne dans le but avoué
de la perpétuer.

Élu directement par le peuple, le président de la République serait devenu un


représentant au même titre que le Parlement afin de doter la pratique gaullienne d’un
fondement constitutionnel.

Mais l’argument tiré du droit comparé n’est ici guère convaincant car, par
exemple, en Autriche, l’élection du président de la République au suffrage
universel direct n’« était pas prévue dans le texte initial » de 1920. La
révision de 1929, instaurant notamment l’élection du président de la
République au suffrage universel direct n’empêcha pas la « neutralisation
de la fonction présidentielle » en dépit de sa « forte connotation
weimarienne ». Comme « intériorisée», cette neutralisation se maintint
lors de la restauration de la Constitution de 1929 en 1945 après l’épisode
austrofasciste conduit par DOLLFUß588. Des comparaisons avec les douze
autres régimes parlementaires européens organisant un tel mode d’élection du
président de la République sont particulièrement révélatrices d’une exception française : la
France est le seul de ces régimes à connaître le plus souvent une prédominance
présidentielle hors période de cohabitation.

L’élection du président de la République au suffrage universel direct ne suffit pas à


expliquer ou à justifier la précellence présidentielle sous la Cinquième République.

Pour conclure, le président de la République n’est pas un représentant de la nation, car il n’est
pas habilité à vouloir pour elle. Et même si « représenter la nation » a perdu le sens même si «
représenter » veut simplement dire « être élu », cela ne saurait justifier que le président de la
République excédât les compétences que lui attribue la Constitution.

Cela ne le fonderait pas à décider, en lieu et place du Premier ministre, s’agissant des
actes soumis au contreseing de ce dernier. Au reste, comme l’indiquent certains auteurs,
admettre l’exorbitance des pouvoirs présidentiels pose de véritables problèmes compte tenu
de son irresponsabilité de principe.