Vous êtes sur la page 1sur 16

Un régime parlementaire et d’un Président élu au suffrage universel (légitimité donnée

par le suffrage universel).

e
Bien que le régime de la V république ait été qualifié de « semi-présidentiel » pour la
première fois lors de l’entrée du général De Gaulle à l’Elysée, le 9 janvier 1959, il serait
erroné de penser que ce modèle est né en France.

En France, le concept de régime semi-présidentiel a été utilisé pour la première fois par
Maurice Duverger dans la 11e édition de son manuel de droit constitutionnel et de sciences
politiques destiné aux étudiants. Il le place entre le régime parlementaire et le régime
présidentiel. En 1983, dans le colloque international consacré au régime semi-présidentiel,
celui-ci était défini comme désignant : « les institutions d’une démocratie d’Occident »
réunissant deux éléments :

1) un président de la République élu au suffrage universel et doté d’importants


pouvoirs propres d’une part et

2) un Premier ministre et un Gouvernement responsable « devant les députeé » d’autre


part.

En effet, si le critère de distinction entre régime parlementaire et régime non parlementaire


(parmi lesquels le régime présidentiel), est bien la responsabilité du Gouvernement devant
le Parlement, on ne peut pas estimer qu’un régime est à moitié présidentiel, à moitié
parlementaire.

Il faut distinguer clairement entre deux critères :

1) celui de la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement et


2) celui du mode de désignation du Président.

L’intérêt scientifique de la classification serait de pouvoir déduire d’un ensemble de règles


constitutionnelles des conséquences sur le plan du comportement politique.
Toutefois, ce terme de « semi-présidentiel » et ce qu’il représente, c'est-à-dire un
Président élu au suffrage universel et un Gouvernement responsable devant le
Parlement, comme dans la tradition parlementaire.

La position réservée au chef de l’Etat est témoignée par le rang auquel sont placées les
dispositions relatives au président de la République dans la Constitution.
La Constitution française réserve le Titre II au Président, avant d’évoquer le Gouvernement
puis le Parlement.

Dans la Constitution française, il est prévu à l’origine que le titre consacré au Président soit le
titre premier. Par la suite, il est décidé de placer en tête du texte un préambule et un titre sur la
souveraineté, l’article maître passe en cinquième place mais n’en reste pas moins placé avant
le Gouvernement et le Parlement.

Dans la République française est instauré un président de la République élu au suffrage


universel, il dispose de larges pouvoirs, notamment en période de crise (ART.16).

La fonction présidentielle dans le français doit être examinée dans son ensemble.

L’article 5 de la Constitution de la Ve République « 1) Le président de la République


veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier
des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. 2) Il est le garant de l'indépendance
nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités », définit le rôle du Président.

« L’article 5 est, paradoxalement, un des articles les plus importants de la Constitution, alors
qu’il n’était nullement indispensable. »

L’article contienne des indications sur le rôle du Président qu’il est possible de classer selon
qu’elles renseignent sur la fonction de représentation de l’Etat (1), la fonction de défense
ou de garantie de certains principes constitutionnels (2) ou sur la fonction de médiation
(3).

A/ La fonction symbolique du chef de l’Etat sur le plan interne


En France, les constituants évitent soigneusement de mettre l’accent sur l’aspect honorifique
auquel on a tendance à réduire la fonction sous les deux précédentes républiques. Le général
De Gaulle n’aime pas ça.

Les auteurs de la Constitution de la Ve République veulent donc éviter de mettre l’accent sur
l’aspect honorifique auquel on a tendance à réduire la fonction sous les deux précédentes
républiques. Il est toutefois impossible de ne pas évoquer la fonction de représentation dans
un pays où le Président bien qu’actif, a une forte image emblématique.

Le président de la République représente la souveraineté nationale, mais est-il le seul (1) ?


Dans cette fonction, sur le plan interne, la principale attribution du Président réside dans
le pouvoir de nomination des hauts fonctionnaires et quelques pouvoirs honorifiques (2).

I. La fonction symbolique du chef de l’Etat sur le plan interne

1. Le président de la République, représentant de la souveraineté nationale

La nation, à laquelle appartient la souveraineté dont les caractéristiques sont qu’elle est
absolue, indivisible et perpétuelle, dans son principe est « un être abstrait et de raison, qui
transcende ses propres composantes et ne se réduit pas aux êtres vivants de la période
considérée. » Cette conception implique que la nation ne peut pas s’exprimer par elle-même.
Elle doit donc agir par l’intermédiaire de personnes physiques chargées de représenter
temporairement la nation au sein d’organes qui la font vivre et la donnent à voir dans sa
réalité concrète.

Dans la Constitution française, l’article 3 déclare que « la souveraineté nationale appartient


au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »

Il n’est pas mentionné qui est plus habilité à le représenter entre le Parlement et le président

e
de la République. Pour le fondateur de la V République, dès 1946, l’idée fondamentale est «
qu’il convient de prendre le contre-pied de ce que la France a pratiqué jusqu’alors, le
contre-pied aussi de ce que la France pratique encore pendant cette Constitution provisoire,
c'est-à-dire le contre-pied d’un régime ou une Assemblée unique disposerait de la
souveraineté nationale ».
2. La nomination aux emplois supérieurs de l’Etat et les attributions honorifiques

« Il nomme aux emplois civils et militaires de l'Etat », c'est-à-dire selon l’art. 13 CF : les
conseillers d'Etat, le grand chancelier de la Légion d'honneur, les ambassadeurs et envoyés
extraordinaires, les conseillers maîtres à la Cour des Comptes, les préfets, les représentants de
l'Etat dans les collectivités d'outre-mer et en Nouvelle-Calédonie, les officiers généraux, les
recteurs des académies, les directeurs des administrations centrales qui sont nommés en
Conseil des Ministres.

Dans le même domaine, l’ordonnance du 28 novembre 1958 complète l’article 13 CF :


sont également nommés en Conseil des ministres les procureurs généraux et les dirigeants des
principales entreprises publiques. En outre, sur le fondement de la même ordonnance (art. 2),
le Président se voit confier le soin de nommer par décret simple (c'est-à-dire non soumis au
Conseil des ministres) un nombre très important de fonctionnaires. Les articles suivants
réaffirment le principe de la délégation des autres nominations au Premier ministre et, dans un
soucis de simplicité, rappellent que la loi ou le règlement peuvent confier le pouvoir de
nomination à d’autres autorités (ministres, préfets, etc.)

La nomination des hauts fonctionnaires de l’Etat est un sujet dont la sensibilité politique est
particulièrement élevée en France, en période de cohabitation. Les nominations font
toujours l’objet d’une négociation entre le chef de l’Etat et le Premier ministre, le président de
la République s’efforçant de subordonner son accord aux nouveaux nommés à un
reclassement satisfaisant des hauts fonctionnaires remplacés.

II/ Le représentant de l’Etat à l’extérieur des frontières

Sur le plan externe, les attributions Présidentielles sont d’accréditer et de rappeler les
représentants diplomatiques (1) ainsi que de conclure des traités internationaux (2).

1. Les attributions dans le domaine diplomatique

La représentation du pays au plan international est héritée des anciennes monarchies et


conforme au rôle du chef de l’Etat dans la tradition parlementaire. Le président est ainsi le
point de passage obligé de la représentation diplomatique nationale à l’étranger et étrangère
en Roumanie ou en France. Cette compétence s’exprime par la délivrance de lettres de
créances, signées du chef de l’Etat français ou roumain, et destinées à être remises au chef de
l’Etat étranger. En sens inverse, les ambassadeurs étrangers viennent remettre les lettres
émanant de l’Etat qu’ils représentent.
Dans une formulation simple, l’article 14 de la Constitution française expose ses
attributions : « Le président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés
extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés
extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui. »

Les différentes étapes de la « vie » du traité sont : la négociation, la


signature ou l’authentification, la ratification, cette dernière faisant
intervenir plusieurs organes.

La négociation est l’apanage de l’exécutif. Il s’agit du Président français.


Ce dernier négocie et ratifie les traités selon l’alinéa 1er de l’article 52 CF.
Le Code constitutionnel de Thierry Renoux et Michel de Villiers54 explique
qu’en ce qui concerne l’engagement international à procédure de
conclusion longue, le dit «traité» dans la Constitution de 1958, la signature
ne suffit pas à créer l’engagement. Il faut encore la ratification et celle-ci
est soumise à une autorisation préalable du Parlement réglée par l’article
53 CF : « Les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou
accords relatifs à l'organisation internationale, ceux qui engagent les
finances de l'Etat, ceux qui modifient des dispositions de nature
législative, ceux qui sont relatifs à l'état des personnes, ceux qui
comportent cession, échange ou adjonction de territoire, ne peuvent être
ratifiés ou approuvés qu'en vertu d'une loi. Ils ne prennent effet qu'après
avoir été ratifiés ou approuvés. Nulle cession, nul échange, nulle
adjonction de territoire n'est valable sans le consentement des
populations intéressées. »

Bien sûr, l’entrée définitive de l’engagement ne prendra effet qu’après la


publication au Journal Officiel de la République française du décret de
promulgation signé par le président de la République. Le Président n’est
pas le seul organe en jeu puisque les actes relatifs au traité sont soumis
au contreseing. Même s’il n’est pas exclu que le Président négocie lui-
même et signe le traité, la règle habituelle est que la signature du chef de
l’Etat n’est apposée qu’à côté de celle de ses pairs. Or selon, une pratique
quasi constante, la négociation, close par la signature, est conduite au nom du chef de
l’Etat, ce qui justifie et souligne l’importance des lettres de pleins pouvoirs et de
ratification.

L’article 52 CF stipule que le Président négocie et ratifie les traités et que l’article 53 CF
prévoit que le Parlement doit émettre une loi d’approbation ou de ratification du traité pour les
traités les plus importants.

II. La fonction de défense ou de garantie de certains principes constitutionnels

Comme la fonction de représentation, la fonction de défense ou de garantie de valeurs se


concrétise à travers diverses attributions ou des qualités attribuées au Président.

Parmi celles-ci, en France, figure au premier plan, au moins en théorie, l’article 16 CF. En
effet, élément fondamental de la pensée gaullienne, la possibilité constitutionnelle de faire
face à une crise grave trouve son origine dans l’analyse faite par le général De Gaulle de la
défaite de 1940. Dans son discours de Bayeux, il envisage déjà quel doit être le rôle du chef
de l’Etat « s’il devait arriver que la Patrie fût en péril ».

Cet article permet d’instituer un type de « dictature temporaire » à la romaine,


caractérisée par l’attribution légale à un seul homme de tous les pouvoirs pour une
durée limitée.

De façon générale, le président de la République, t en France se voit attribuer une fonction de


protection des principes républicains et du territoire (A) à travers une procédure
constitutionnelle particulière (B).

A. La protection des principes républicains et du territoire

1. La défense contre des attaques extérieures

Cette fonction correspond à la défense de « l'indépendance nationale, de l'unité et de l'intégrité


territoriale du pays ». Il peut s’agir d’attaques extérieures contre l’intégrité du territoire (1),
comme intérieures contre certains principes républicains (B).

Le président de la République française qui est « le chef des armées » et qui « préside les
conseils et les comités supérieurs de la Défense Nationale. » (art. 15 CF). Les attributions du
Président en matière de défense sont beaucoup moins dans la Constitution de 1958.
En France, faut- il voir dans l’article 16 la solution à toute situation mettant l’Etat en danger ?
Il est certainement plus large mais contient cette éventualité. Toujours est-il que l’article 20
CF donne la disposition de la force armée au Gouvernement, même si le Président en est le
chef.

Pour les deux Présidents, les actes qu’ils peuvent être amenés à prendre en situation de
défense nationale sont contresignés par le Premier ministre. (Art. 100 CR et 19 CF). Il n’est
pas seul à exercer ces prérogatives, il doit informer le Parlement, avant ou après selon le cas.

2. La prévention des périls intérieurs

L’introduction de l’article 4 CF est une innovation de 1958, d’autant plus


que les gaullistes étaient détracteurs du « régime des partis », il dispose :
« Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du
suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent
respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.
Ils contribuent à la mise en oeuvre du principe énoncé au dernier alinéa
de l'article 3 dans les conditions déterminées par la loi5 ». L’activité des
partis n’est limitée que par le respect des « principes de la souveraineté
nationale et de la démocratie », mais il est assuré notamment par la loi du
10 janvier 1936, qui interdit la constitution de groupes de combat et de
milices privées. Cette loi, adoptée en vue de disposer ’armes juridiques à
l’encontre des « ligues » d’extrême droite, a été complétée par les lois du
1er juillet 1972 (contre le racisme) et du 9 septembre 1986 (contre le
terrorisme). Elle prévoit la dissolution par décret de toute association ou
groupement présentant le caractère d’un groupe de combat, appelant à
des manifestations armées, tendant à attenter à la forme républicaine du
Gouvernement ou provoquant à la haine raciale. Yves Mény nous apprend
que plusieurs dizaines de partis se sont vus interdits depuis la Seconde
guerre mondiale, pour lui « le procédé reste choquant par son ampleur,
comme par la faiblesse des garanties accordées (les décisions du Conseil
d’Etat interviennent très tard et le contrôle reste limité), sans compter que
son efficacité demeure incertaine.

B. La procédure constitutionnelle de protection


« Le président de la République veille au respect de la Constitution. »
Les attributions offertes au Président dans l’exercice de cette fonction de défense ou de
garantie des valeurs constitutionnelles. Il faut remarquer qu’il n’est pas le seul à « veiller » sur
la Constitution. Il les exerce ces prérogatives en collaboration avec les autres pouvoirs,
effectuant ainsi un contrôle réciproque.
Les attributions du Président sont de deux types : prévenir l’atteinte à la Constitution en
saisissant l’organe constitutionnel à propos des engagements internationaux et des lois ou
grâce à d’autres attributions plus politiques (1) ainsi que possibilité de proposer une révision
de la Constitution(2).
1. La prévention d’atteintes à la Constitution

Le Conseil constitutionnel, qui se prononce sur la conformité à la Constitution des lois, avant
leur promulgation, sur saisine du président de la République, du Premier ministre, du
Président de l'Assemblée Nationale, du Président du Sénat ou de soixante députés ou soixante
sénateurs (art. 61 CF).
En ce qui concerne la conformité d’une convention internationale à la Constitution l’article 54
CF prévoit que le Président français peut saisir le Conseil constitutionnel à propos de la
conformité des clauses d’un engagement international à la Constitution.

Le Président dispose également des moyens d’action politique qui lui sont reconnus
expressément par la Constitution elle-même. Pour prévenir ou dénoncer les atteintes à la
Constitution, le Président peut s’adresser au Gouvernement, au Parlement (art. 18 CF).
S’il n’était pas entendu, il pourrait alerter l’opinion publique, en s’adressant à la Nation
(art. 16 CF mais seulement si les conditions sont respectées).

En dehors de toute prérogative confiée par la Constitution, ce moyen fut très utilisé par le
général De Gaulle, qui communiquait avec la Nation à travers ses conférences de presse,
avant même d’être le Président. Lui-même les définissait ainsi, le 9 septembre 1965 : « C’est
ainsi, en effet, que la Nation peut connaître en personne l’homme qui est à sa tête, discerner
les liens qui l’unissent à lui, être au fait de ses idées, de ses actes, de ses projets, de ses soucis,
de ses espoirs. Et c’est ainsi, en même temps, que le chef de l’Etat a l’occasion de faire sentir
aux Français, quelles que soient leurs régions et leurs catégories, qu’ils sont tous au même
titre les citoyens d’un seul et même pays, de connaître, en allant sur place, où en sont les âmes
et les choses, enfin d’éprouver, au milieu de ses compatriotes, à quoi l’obligent leurs
encouragements. »
Sur proposition du Premier ministre, il pourrait, enfin, déclancher une procédure de révision.

2. La révision de la Constitution
Le pouvoir d’initiative du Président relative à la révision de la Constitution suppose
une proposition initiale du Premier ministre en France (art. 89 CF). Il s’exerce en France sous
la forme d’un décret contresigné (art. 19 CF) désignant l’assemblée devant laquelle le projet
est déposé et le ministre, (le Premier ministre en 1973, le Garde des Sceaux par la suite),
chargé de le défendre devant les chambres.
En France, le Président décide la modalité de l’approbation définitive de la révision.
Les deux voies du référendum et du Congrès sont exclusives l’une de l’autre : le peuple n’est
pas la juridiction d’appel du Congrès en cas de vote négatif de ce dernier. Cependant, en
1992, le président de la République n’exclut pas de recourir au référendum dans l’hypothèse
où la procédure parlementaire de révision n’aboutirait pas : s’agissant de la révision
constitutionnelle, F. Mitterrand estime, le 1er mai, « que c’est un travail technique et
juridique assez complexe. Voilà pourquoi je pense que la voie parlementaire est la meilleure
(Le monde 4/3-5) ».
Il n’écarte pas le recours à l’article 11 CF, en tant que de besoin : « Je serai obligé de
m’adresser à l’ensemble des Français pour trancher… en cas de mauvais vouloir constaté
(ibid.) ».
Michel Debré soutient devant le Congrès, en 1963, que le Congrès ne doit être saisi que
des projets d’aménagement technique, les questions fondamentales étant soumises au
référendum, mais la pratique montre, jusqu’au référendum du 24 septembre 2000 pour
approuver l’institution du quinquennat, que l’intervention populaire est systématiquement
éliminée (sauf à solliciter directement le peuple dans le cadre de l’article 11 CF).
Par sa décision du 26 mars 200368, le Conseil constitutionnel décline sa compétence pour
examiner la loi de révision approuvée par le Congrès, relative à l’organisation décentralisée
de la République, au motif que « l’article 61 de la Constitution donne au Conseil
constitutionnel mission d’apprécier la conformité à la Constitution, des ois organiques et,
lorsqu’elles lui sont déférées dans les conditions fixées par cet article, les lois ordinaires ;
que le Conseil constitutionnel ne tient ni de l’article 61, ni de l’article 89, ni d’aucune autre
disposition de la Constitution le pouvoir de statuer sur une révision constitutionnelle ».
Le Conseil constitutionnel précise tout de même dans sa décision n° 99-410 DC du 15 mars
1999 (Loi organique relative à la Nouvelle-Calédonie) que le pouvoir constituant s’exerce «
sous réserve des prescriptions des articles 7, 16 et 89 de la Constitution. »
Cependant qui vérifiera que les limites de la révision ne sont pas dépassées ? En effet,
certaines dispositions de la Constitution française « ne peuvent faire l’objet d’une révision ».
Une limite temporelle est fixée par l’article 7 CF qui interdit toute révision pendant la vacance
du Président.

L’intégrité du territoire et la forme républicaine du Gouvernement sont intangibles en


vertu des alinéas 4 et 5 de l’article 89 CF.

III. La fonction de médiation ou d’arbitrage

« Le bon fonctionnement des autorités publiques » est le but que doit poursuivre le président
de la République en France.
A ce titre, la Constitution lui confère le rôle de « médiateur » ou d’ « arbitre ».
Encore aujourd’hui on peut se demander quelle est la portée d’un tel rôle, pièce centrale
de l’article 5 de la Constitution française. Paul Reynaud, Président du Comité consultatif
constitutionnel, reconnaîtra en 1964, qu’il s’est laissé convaincre trop facilement par les
réponses du général De Gaulle relatives à la signification de l’article 5, mais il reste persuadé
que les définitions contenues dans l’article 5 ne conféraient pas de véritables pouvoirs.
Elles se bornaient, d’après lui, à assigner au président des devoirs. Il ne s’agissait donc que de
clauses « honoris causa », sans portée juridique.70 En même temps, comme le souligne
Gérard Conac, la préoccupation du général « n’était pas d’agrémenter la Constitution
d’une clause de style visant à embellir la fonction présidentielle, mais de faire
reconnaître au chef de l’Etat un rôle beaucoup plus important que celui qui résultait de
la tradition constitutionnelle. Investi de la mission de maîtriser les situations difficiles ou
imprévisibles, le président devait bénéficier de tous les pouvoirs nécessaires pour assurer les
responsabilités qui lui étaient conférées par la Constitution. ».

1. Les diverses interprétations françaises « ARBITRAGE »


Le « Vocabulaire juridique » du professeur Cornu définit la médiation à partir destermes
latins mediatio : entremise, de mediare : s’interposer.
En un sens générique, le médiateur est celui « auquel les parties à un conflit demandent de
proposer la solution de leur différend, sans cependant être investi du pouvoir (juridictionnel)
de l’imposer, à la différence de l’arbitre (lequel est juge).

Plus vaguement, celui qui est choisi par les intéressés seuls ou par le juge avec leur accord,
intervient à toutes fins pacificatrices pour tempérer le conflit si celui-ci ne peut être résolu, et
inciter les intéressés, à défaut de règlement global, à chercher au moins à cerner les points de
désaccord. »

En revanche, l’arbitre est la « personne investie par une convention d’arbitrage de la mission
de trancher un litige déterminé et qui exerce ainsi, en vertu d’une investiture conventionnelle,
un pouvoir juridictionnel. » Nous tirons la conclusion de ces courtes définitions qu’aucun
terme n’a de sens prédéterminé en droit constitutionnel et par conséquent, que les auteurs de
la Constitution ont entendu donner une signification propre à leur utilisation particulière.
D’ailleurs, devant la critique que le mot « arbitrage » n’était pas employé dans le sens
classique, M. Raymond Janot répond devant l’Assemblée Générale du Conseil d’Etat du 27
août 1958, que « si la Constitution est capable de créer une nouvelle institution, elle est
capable aussi de créer des concepts juridiques et, précisément, ce concept que nous voudrions
créer par ce texte. »

Il est nécessaire de se pencher dans l’histoire de la constitution de 1958, de voir comment


et pourquoi ce « nouveau concept » a été mis en place.

Dès le discours de Bayeux, le général De Gaulle explique que « tous les principes et toutes
les expériences exigent (…) qu’au-dessus des contingences politiques, soit établi un arbitrage
national qui fasse valoir la continuité au-dessus des combinaisons. » Selon G. Conac,
l’article 5 CF est destiné à donner une solution au problème de la légitimité du pouvoir.
Une des raisons du choix d’un article aussi « doctrinal », donnant les finalités du rôle du
Président, est de conférer une légitimité que l’élection au suffrage universel indirect ne
donnait pas.

« Il y avait disproportion entre l’étendue de ses pouvoirs et le caractère étriqué de son mode
de désignation. Par compensation, il fallait mettre l’accent sur les finalités qui étaient
assignées à l’institution ».

Ecoutons Raymond Janot, qui répondant à une question de Jean Ferniot, journaliste de France
Soir, le 5 septembre 1958, explique :

« Il était indispensable qu’une autorité supérieure fût chargée d’assurer le fonctionnement du


régime parlementaire. Pour que cela soit possible, que faut-il ? Il faut que cette autorité, élue
par un collège électoral assez vaste, ait une mission d’arbitre au sens fort. Il y a deux
conceptions de l’arbitre :

1/ il y a la conception négative et traditionnelle dans laquelle l’arbitre est une sorte de miroir
qui reçoit la lumière de la vie politique et qui se contente d’user d’une autorité morale qui est
d’ailleurs incontestable et qui, dans certains cas, rend les plus grands services. Mais l’arbitre
que conçoit la Constitution, c’est plus que cela ; c’est d’abord quelqu’un qui, par son autorité
morale et sa présence dans un Conseil des ministres, joue ce rôle traditionnel. C’est ensuite
quelqu’un qui prend lui-même, sans contreseing, un certain nombre de décisions qui sont
sa chose propre et dans des cas précis, déterminés par la Constitution. Ces décisions, il les
prend pour assurer précisément le fonctionnement des pouvoirs publics dans un régime
parlementaire. »

Il avait rajouté devant la Commission constitutionnelle du Conseil d’Etat « L’arbitrage


du président de la République, comment va-t-il jouer ?

De trois façons :

1/ d’abord dans le fonctionnement des institutions, en vertu de l’autorité morale qu’il


représente ;

2/ ensuite, par un certain nombre d’actes qui sont sa chose propre sans contreseing ;

3/ enfin, il joue dans les cas particulièrement graves, grâce aux dispositions de l’article
[16].

C’est cela que veut dire le mot « arbitrage » de cette Constitution. »

La Constitution a donc été écrite dans l’intention de doter la France d’un pouvoir supérieur
qui puisse trancher des conflits mais aussi participer à la résolution par une implication
personnelle.

La critique de G. Burdeau : Il dénonce l’ambiguïté du terme « arbitre » car « le mot arbitre


peut être pris dans un sens faible ou dans un sens fort. Au sens faible, arbitrer, c’est veiller à
la régularité d’une compétition sans y participer soi-même, comme le fait par exemple un
arbitre sportif. Au sens fort, c’est user de son autorité pour concilier des intérêts opposés ou
même décider souverainement de quelque chose. L’idée d’arbitrage peut donc servir à
justifier des conceptions différentes et même opposées du rôle du président de la République :
si l’on choisit le sens faible, le chef de l’Etat doit s’abstenir de participer lui-même à la
décision politique (…) ; il doit seulement veiller à ce que le Parlement et le Gouvernement
respectent bien la lettre et l’esprit de la Constitution ; si l’on privilégie au contraire le sens
fort, le Président ne se borne pas à faire respecter la règle du jeu, il fixe lui-même les
grandes orientations de la politique nationale et tranche en dernier ressort les affaires
importantes. »

Instrument essentiel dans la fonction d’arbitre ou de médiateur (avec les nuances que
nous examinerons dans le paragraphe suivant), le droit de dissolution doit permettre au
Président de dépasser les crises, idéalement, en tant qu’arbitre au dessus des partis, en
faisant appel au peuple.

Celui-ci doit clarifier, renforcer ou renverser une position divergente entre le Parlement, le
Gouvernement et le Président.

En France, le droit de dissolution est un pouvoir propre du Président (art 19 CF.

Enfin, le Président peut décider d’initier une révision de la Constitution sur proposition du
Gouvernement (art. 89 CF).

Cette dernière fonction, l’arbitrage, la plus novatrice de l’article 5 de la Constitution de


la Ve République.

A. La nomination du Premier ministre et de l’équipe Gouvernementale

La nomination du Premier ministre constitue un pouvoir propre pour le président de la


République française (art. 19 CF) le Premier ministre doit être issu de la majorité
parlementaire, ce qui constitue une limite à la liberté totale du Président français lorsque cette
majorité ne lui est pas favorable.

1. Une liberté totale limitée par la tendance majoritaire de l’Assemblée Nationale


La simplicité évangélique de la première phrase du premier alinéa de l’article 8 de la
Constitution française n’est pas démentie par les faits : « Le président de la République
nomme le Premier ministre. » Pas une condition de plus. Aucune mention n’est faite de la
nécessité que celui-ci provienne de la majorité parlementaire. Ceci doit être déduit de la
responsabilité du Gouvernement devant le Parlement (art. 20 dernier alinéa CF): possibilité
pour les parlementaires de renverser le Gouvernement par une motion de censure (art. 49 al.2
CF) ou un vote de défiance (art. 49 al. 1 et 3 CF).

Lorsque le Président, dont le rôle dépasse celui d’un arbitre neutre, de toute évidence, dispose
d’une majorité qui lui est favorable à l’Assemblée nationale, le choix qu’il effectue apparaît
proche de celui d’un dirigeant qui désignerait son « bras droit » : le Premier ministre doit
d’abord avoir toute la confiance du Président ; il doit également avoir les qualités lui
permettant de diriger l’équipe Gouvernementale et la majorité parlementaire.

L’autre type de situation s’est produite par trois fois (1986, 1993 et 1997) : le Président, à la
suite d’élections législatives qui ne lui sont pas favorables, doit entériner le choix fait par les
électeurs. Le nouveau Premier ministre peut être le leader de la nouvelle majorité, comme
MM. Chirac et Jospin en 1986 et 1997 ou bien le Président peut tenir à montrer qu’il opère un
choix personnel : « Balladur, c’est moi qui l’ai choisi »

1. Le chef de l’exécutif français présidant tous les Conseils des Ministres

L’article 9 de la Constitution française dispose : « Le président de la République préside


le Conseil des Ministres. »

Il s’agit certainement de la manifestation du « président actif » la plus explicite. Le Conseil


des Ministres est la seule instance qui réunit le président de la République et l’ensemble des
ministres. Alors que les Républiques précédentes ont connu la pratique des « conseils de
cabinet », réunissant le Gouvernement hors de la présence du chef de l’Etat, cet usage tombe
en désuétude, même si on en retrouve une forme dans les « réunions de ministre » organisées
à l’Hôtel Matignon pendant les périodes de cohabitation.

La présidence du Conseil des ministres est toujours assurée par le président de la République,
sauf dans les cas très exceptionnels où le Premier ministre est amené à le suppléer dans cette
tâche113. L’ordre du jour est arrêté par le Président ; cette compétence, plus coutumière que
textuelle, lui confère un rôle essentiel dans la direction de l’action Gouvernementale. Elle
donne lieu, le 13 février 2001, à une application « spectaculaire » selon le professeur
Formery, lorsque le Président Chirac retire de l’ordre du jour du Conseil des ministres le
projet de loi sur la Corse, en se fondant sur son rôle de gardien de la Constitution et en
arguant des difficultés constitutionnelles relevées par le Conseil d’Etat, « dont l’avis
étaitpourtant, en principe, secret ».

Le Président rencontre le Premier ministre avant la séance du Conseil qui a lieu le mercredi au
Palais de l’Elysée ; la séance est parfois suivie d’un conseil restreint, comprenant les ministres
intéressés par la situation internationale.

Le rôle du président dans les débats dépend évidemment de la configuration politique :


lorsque le président dispose d’un Gouvernement qui lui est dévoué, il lui revient de conduire
les discussions et de donner les orientations qui lui paraissent nécessaires ; dans le cas
contraire, son attitude est plus réservée et il se borne à émettre des réserves ou des remarques.

Une rationalisation parlementaire plus ou moins


efficace

Le terme de rationalisation est beaucoup utilisé à propos des intentions présidant à

e
l’élaboration du régime de la V République.

La dissolution est restaurée en France.

Comme nous avons pu le mentionner lors de l’examen des attributions inhérentes à la


fonction de médiateur ou d’arbitre, le pouvoir de dissolution, c'est-à-dire de renvoyer
collectivement les députés devant leurs électeurs avant la fin de leur mandat, est un instrument
essentiel de la rationalisation du régime parlementaire. La dissolution est un des deux piliers
du régime parlementaire, l’autre étant la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement.
Si la France réussit à s’affranchir des pesanteurs du passé pour la procédure de dissolution.

L’histoire des institutions françaises révèle que les procédures clés que sont la responsabilité
Gouvernementale et la dissolution, censées assurer les conditions d’un parlementarisme
équilibré, n’ont jamais bien fonctionné simultanément. Afin de laver la tâche honteuse de la
dissolution, imprimée dans la vie républicaine depuis la crise du 16 mai 1877, les constituants
de 1946 ont volontairement limité la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale. La Ve
République rompt radicalement avec le passé.

L’article 12 CF dispose que « le président de la République peut, après consultation du


Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée
Nationale. Les élections générales ont lieu vingt jours au moins et quarante jours au plus
après la dissolution. L'Assemblée Nationale se réunit de plein droit le deuxième jeudi qui suit
son élection. Si cette réunion a lieu en dehors de la période prévue pour la session ordinaire,
une session est ouverte de droit pour une durée de quinze jours. Il ne peut être procédé à une
nouvelle dissolution dans l'année qui suit ces élections ».

Le Président a une compétence discrétionnaire malgré les quelques garde-fous qui encadrent
ce droit. L’alinéa 4 interdit un second usage dans les douze mois« dissolution sur dissolution
ne vaut », sans oublier les dispositions de l’article 7 CF, alinéa 4 et de l’alinéa 5 de l’article 16
CF qui interdisent le recours à la dissolution en période d’intérim et de mise en œuvre des
pouvoirs exceptionnels. Ces limites sont bien minces, puisque les avis du Premier ministre et
des présidents des assemblées ne le lient pas. Enfin, ce pouvoir est un pouvoir propre (art. 19
CF). La dissolution en France a été utilisée cinq fois (9 oct. 1962, 30 mai 1968, 22 mai 1981,
14 mai 1988 et 21 avril 1997) dont la dernière seulement a été un échec de la tentative de
confortation de la position sur la scène politique française.