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Armand Colin

LE TOURNANT DU MONDE PLEIN


Author(s): Pierre CHAUNU
Source: Revue d'histoire économique et sociale, Vol. 53, No. 1 (1975), pp. 5-18
Published by: Armand Colin
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/24084180
Accessed: 28-03-2020 20:13 UTC

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LE TOURNANT
DU MONDE PLEIN*

par Pierre CHAUNU

Professeur à la Sorbonne

Galilée et Descartes ont formulé, presque simultanément,


c'était en 1623, la règle de notre savoir qui reste, à tout prendre,
d'un point de vue de Sirius dans le temps, un nouveau savoir :
« La nature s'écrit en langage géométrique. » Comment, dans ces
conditions, un historien, surtout quand il se veut quantitativiste
ne se sentirait-il pas ému en entrant dans ce temple du langage
mathématique qui donne compréhension et prévision sur les
choses et un peu, aussi, sur les êtres ?
J'ai le sentiment de plaider un dossier difficile. Je crois que
l'histoire est utile. Elle n'est pas seulement Sagesse, mais l'histoire,
la vraie, celle qui trie, qui constitue des séries, qui les traite, qui
les interprète et qui les raccorde au présent, augmente, démultiplie
le pouvoir de toutes les sciences de l'homme qui sont presque
nécessairement des sciences du présent, prisonnières du temps
court. L'histoire peut rendre plus efficace la lecture du présent,
partant elle est la condition de toute prospective. Sans l'histoire,
il n'y a pas de prospective, on fait des projections (1). Or les pro
jections dessinent sur l'avenir les trajectoires dont, par définition,
la réalité s'écartera, immanquablement. Pour plaider le dossier
d'une histoire utile, j'ai retenu ce titre insolite : « Le tournant du
monde plein. » Ce qui nécessite quelques explications.
Le tournant du monde plein, dans notre langue d'historiens, ce
sont les modifications qui se situent dans la Chrétienté latine occi

(*) Conférence prononcée le 10 mars 1975 à l'Ecole Polytechnique, dans


le cadre d'un cycle d'études intitulé Histoire naturelle de l'humanité, conçu
par MM. Charles Morazé et Philippe J. Bernard. Qu'ils soient, l'un et l'autre,
vivement remerciés.
(1) Pierre Chaunu, De l'Histoire à la prospective, in-8° 398 p., Ed. Laf
font, Paris, 1975 ; cf. aussi, du même auteur : Histoire, science sociale, in-8°,
438 p., S.E.D.E.S., Paris, 1974.

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dentale (trois quarts de la France environ, Angleterre, stricto sensu,


Pays-Bas, lato sensu, axe rhénan-alpestre, Allemagne de l'Ouest et
nord de l'Italie... 1 million, 1,2 million de kilomètres carrés environ)
de la fin du XIe siècle au milieu du XIVe siècle : un très long
xnr siècle en majesté. Sur le tournant du monde plein, se constitue
un système de civilisation, qui est tout autant réinterprétation d'un
héritage qu'innovation au sens propre : un système que je propose
d'appeler la civilisation chrétienne traditionnelle du monde plein.
Ce choix, de ma part, est insolite. Moderniste, mes recherches
portent sur les xvie, XVIIe, xvme siècles ; la période que je vais
évoquer est du ressort des médiévistes. Ce choix, pourtant, est
délibéré. C'est en tant que moderniste que j'ai été amené à
découvrir le tournant du monde plein, dont la fondamentale spéci
ficité a longtemps échappé aux médiévistes. L'historien procède
nécessairement par analyse structurelle. Laissons l'écume, l'évé
nement qui fait partie, certes, de l'histoire mais qui ne m'a
jamais passionné, tout ce qui compte, tout ce qui pèse, s'inscrit à
l'intérieur d'une certaine durée. Les périodes des grands rythmes
de l'histoire culturelle se situent commodément dans les trente
ans de la génération, voire les cinquante, soixante ou soixante-dix
ans d'une très longue vie consciente. Mais tout ce qui va au-delà de
la claire donnée, de la claire conscience, tout ce qui échappe au
rythme paradoxalement heurté de ce qui appartient au domaine
de l'écrit, dépasse très largement la génération. Je suis arrivé à la
conviction qu'un système de civilisation dure (ou du moins a duré)
un peu plus d'un demi-millénaire.
Il existe, sans doute, une corrélation entre la durée et la dimen
sion de ce grand cerveau collectif qui forme une sorte d'univers
temps et le volume des communications à l'intérieur de ce système
spatial, temporel, humain.
En un mot, voici ma proposition. Un système de civilisation
s'est constitué sur l'espace que j'ai déjà défini (1,2 million de
kilomètres carrés d'une Méditerranée occidentale basculée vers le
Nord, 50 à 120 millions d'hommes, sur 15 générations, soit... 1 mil
liard d'être humains, 1 milliard 700 à 800 millions avec les enfants
morts avant l'adolescence), au terme d'une longue période de crois
sance démographique rapide. Cet espace s'est ensuite lentement
dilaté. Le système de civilisation apparu au xnie siècle a pour
l'essentiel, duré jusqu'à la fin du xvme siècle et les deux tiers au
moins du xixe siècle. La société industrielle, qui est née des muta
tions des XVIIe, xvine et xixe siècles, ne s'est pas désolidarisée sur
l'essentiel de ses choix. A telle enseigne qu'une partie, au moins,
du système de civilisation industrielle et post-industrielle qui a par

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acculturation, tendance à s'imposer, en superstructure, au moins,


à l'échelle planétaire, en système de civilisation-monde, découle
d'une réinterprétation presque « lettriste », au mot à mot, de
cette civilisation traditionnelle du monde plein. Cela du moins,
jusque vers... 1957-1962. Ce que nous vivons depuis quinze ans sous
le vocable de crise de civilisation est vraisemblablement la véri
table fin d'un système qui, pour notre malheur ou pour notre
salut, n'en finit pas, semble-t-il, de mourir.
Pour bien mesurer la véritable dimension du tournant des
xiii^xiv* siècles, peut-être faut-il prendre encore plus de recul.

La durée

Le phénomène humain comme une croissance.

Quand on l'envisage dans son ensemble, le phénomène humain


s'interprète commodément comme une croissance. Depuis six ou
sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent, suivant une
formule ancienne, moins absurde qu'il n'apparaît — c'est la durée
de l'histoire, stricto sensu — le phénomène humain est une crois
sance dans le prolongement de la vie. Depuis l'apparition de l'acide
nucléique (2-3 milliards d'années), depuis le plus ancien préhomi
nien (3 millions d'années) ancêtre de l'australopithèque, depuis les
Pebble Culture (il y a 1 200 000 ans) tout ce qui est la vie, c'est-à-dire
l'aptitude à reprogrammer, à organiser le monde extérieur suivant
un code génétique, la vie d'abord et, dans son prolongement,
l'homme, et l'incertaine transition de la vie complexe à la vie
conscience de soi, donc conscience du devoir mourir, la vie et
l'homme sont une croissance.
Une croissance, mais certainement pas une croissance linéaire.
Il n'y a pas de croissance linéaire, si ce n'est dans les projections
infantiles mais non innocentes des programmateurs du M.I.T. Une
croissance par paliers et mutations. Pendant longtemps, la vie
préhominienne (et l'archéo vie humaine) se compte en dix mille,
avec des sociétés qui se chiffrent en centaines. Avant dix mille ans
d'ici, nous n'avons pas un million d'ancêtres.
Tout commence vraiment, pour l'historien, qui est une sorte
de contemporanéiste, avec une vraie mémoire, une mémoire
conscience de soi, conscience du groupe, une mémoire diversi
fiante, il y a un peu moins de dix mille ans.

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8 REVUE D'HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

L'histoire, c'est l'agriculture ; l'histoire, c'est le blé ; l'his


toire a un commencement. Et ce commencement se situe quelque
part. Il y a à peu près 8 à 9 000 ans entre l'Euphrate et la côte
méditerranéenne en Syrie sur le Fertile Croissant. C'est entre
— 7 000 et — 4 ou 5 000 ans, avant Jésus-Christ (il y a à peine plus
de 7 000 ans, chronologie de la traduction biblique alexandrine dite
des Septante) qu'apparaît, pour la première fois, grâce à l'agro
pastorale (Caïn et Abel) avec ses tensions mais ses possibilités,
le grand cerveau collectif du million d'hommes communiquant.
L'histoire commence avec le premier million d'hommes commu
niquant entre eux, au coude à coude de quatre à cinq habitants
au kilomètre carré, sur 150 à 200 000 kilomètres carrés. Presque
simultanément, jaillissent de ce premier véritable cerveau humain
(il y a six ou sept mille ans, qu'il y a un million d'hommes commu
niquant ensemble, donc qu'il y a des hommes vraiment hommes et
qui pensent) les premières écritures idéographiques. L'Ecriture
a six mille ans, l'alphabet surmultiplicateur du premier multiplica
teur-fixateur du langage, trois mille ans. Et le berceau du miracle
de l'alphabétisation se confond avec le berceau de l'Ecriture, la
côte phénicienne de Syrie.
Cette première mutation, ce premier tournant — je préci
serai — voit apparaître condition sine qua non du progrès, le
premier monde plein. Un monde plein, parce qu'un espace tend à
se couvrir d'autant d'hommes qu'il peut en nourrir, dans un sys
tème technologico-spatial donné, un monde plein entouré d'une
« frontière » au sens « turnérien ». Il n'y a pas d'extension, s'il
n'y a pas défi d'un monde plein. Un monde plein est toujours
dialectiquement lié à un monde « frontière » à gagner par accultu
ration technologique. Une dialectique s'établit entre vieux noyau
et frontière barbare. La fusion entre ancienne civilisation et fron
tière barbare s'est effectuée depuis les confins, fleuves, mers,
déserts du Fertile Croissant suivant un tropisme sud-est/nord
ouest.

Un second berceau se constitue trois mille ans plus tard


en Chine, aux confins du loess et du désert de Gobi, un troisième
berceau quatre mille ans après au pied de l'Himalaya (Cachemire,
Pendjab), puis au Mexique aux confins de l'Anahuac et des
déserts, domaine des nomades chichimèques.
Berceaux tardifs, donc relativement secondaires. Car, et c'est
une autre règle, on ne rachète jamais totalement le temps. Reve
nons au Fertile Croissant. Après les Empires, la Grèce barbare,
puis Rome, jusqu'à la fédération du monde des cités sur 4 millions
de kilomètres carrés (ce qu'on appelle traditionnellement Empire
romain).

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LE TOURNANT DU MONDE PLEIN 9

Tendanciellement, de l'apparition du blé en Syrie à l'effondre


ment de l'Empire romain et de l'Empire des Han en Chine, l'his
toire humaine est déjà une croissance, une croissance et une
lente dilatation spatiale depuis la formation des points de diffu
sion qui sont les points d'apparition des premières sociétés den
ses, des premiers cerveaux collectifs millionnaires d'un million
d'hommes communiquant entre eux. Le million d'hommes commu
niquant dans la synchronie donne bien la masse critique en his
toire de toutes les transformations.
J'ai tenu à rappeler cette lointaine et, tout bien pesé, assez
mystérieuse archéologie, pour montrer que le modèle applicable
au système de civilisation le plus facilement accessible, la civili
sation chrétienne traditionnelle du monde plein, est un modèle
généralisable sur la très longue durée.
Tendanciellement, ce modèle est un modèle de croissance,
mais une croissance qui n'est ni uniforme ni continue, une crois
sance à fortes oscillations, à longues périodes.
La réduction des périodes et des amplitudes constitue avec
la croissance la seconde caractéristique de ce survol.

* *

Continuité, discontinuité, tournant.

Période, amplitudes, donc oscillations. C'est, au vrai que


l'histoire est aussi discontinuité. Avec le cerveau collectif mil
lionnaire apparaît une histoire particularisante, une histoire q
n'est plus seulement reprogrammation de l'acquis. Les sociétés
froides pour ethno-anthropologues structuralistes cèdent le pas
aux sociétés chaudes, qui ont une histoire vectorielle : « Voici
l'exposé de l'enquête entreprise par Hérodote d'Halicarnasse »
(485 ?-425) pour empêcher que les actions accomplies par les hom
mes ne s'effacent avec le temps. Avec la cité, apparaît l'histoire
connaissance, qui est, à l'origine, politique donc, et contemporaine,
un discours qui, presque nécessairement, fractionne.
Le discours historique a besoin de repères. Il les secrète
presque naturellement. Le récitant maori de Victor Segalen au
début des Immémoriaux et au degré n° 1 du discours historique
montre la genèse de la discontinuité en histoire. « Dormait...,
naquit... » de l'accouplement à la naissance et à la mort des chefs.
A un autre niveau, mais le procédé est identique, nous aurons
les règnes, la formation et la chute des Empires. Il faut bien
découper, on ne peut tout couvrir. Mais le découpage est antérieur
à l'obligation de fractionner. Longtemps même la chronique s'est

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10 REVUE D'HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

voulue totale. La chronique des Annales de Gilles qui paraît pour


la première fois en 1492 sacrifie à la tradition médiévale qui
divise l'histoire des hommes en sept âges : le premier commence
avec Adam, le second avec Noé... Les sept âges s'emboîtent dans
le septième Jour de la Création, qui est le Jour du Fils de
l'Homme. Tout discours historique est nécessairement classifi
cateur, il propose donc un ordre dans la durée, le discours histo
rique est donc, par nature, créateur de discontinuité.
Cette discontinuité n'est pas purement plaquée. Elle est, au
moins autant que la continuité, expérience du vécu. Elle est au
cœur de la vie que tranche la mort. La continuité du temps n'est
en partie qu'illusion du comput. Le temps du discours historique
traditionnel avec ses temps forts qui sont des temps denses où,
au terme de longs cheminements en profondeur, des masses criti
ques de transformation apparaissent, qui donnent naissance à des
structures durables, ce temps est proche du temps hétérogène de
l'expérience psychologique. Le temps du discours de l'histoire
sérielle est tout autant hétérogène, mais ses plans de disconti
nuité ne sont pas forcément ceux de l'histoire politique tradi
tionnelle.

Je l'ai déjà dit, l'analyse historique est nécessairement une


analyse structurelle. Elle dégage dans le flux du mémorisable
mémorisé des étages suivant la période de rythmes superposés.
On ne peut rendre compte du tout d'un seul coup. L'histoire
totale n'est qu'un mythe, tout au plus un rêve, heureusement
inaccessible, un rêve anti-scientifique. Nous distinguerons dans
les témoignages classés sur l'activité humaine, des ordres et
des plans qui correspondent peu ou prou aux classements
dans le présent des différentes sciences sociales : nous aurons
une économie, une ethno-anthropologie, une sociologie... une démo
graphie... du passé. A ces divers niveaux, les rythmes, bien
sûr, nous l'avons déjà noté, sont différents. Hétérogénéité des
activités et des espaces. Tous les espaces ne réagissent pas, en
même temps, de la même manière. Tous les secteurs de l'acti
vité n'obéissent pas à la même conjoncture. Les différents sec
teurs d'activité réagissent, certes, les uns sur les autres. C'est la
justification de ce que nous tentons : la synthèse en histoire.
Cependant, bien se garder des monismes simplificateurs et aucun,
depuis Marx, n'est plus séduisant et plus décevant que le monisme
économiste. Georges Duby a même récemment pour la société
du haut Moyen Age au temps des Guerriers et Paysans renverser
avec bonheur les termes habituels de l'épure. En fait, depuis que
la sophistification des activités et des pensées dans les grands
cerveaux collectifs multi-millionnaires a atteint un haut niveau,

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LE TOURNANT DU MONDE PLEIN 11

au fur et à mesure donc que l'on descend le cours du temps, on


assiste à la formation d'un secteur très largement autonome des
pensées : les différents secteurs d'une activité intellectuelle de
plus en plus complexe liés, bien sûr, à des milieux d'existence
qu'il est facile de cerner obéissent à une logique interne. Ils
constituent ce que nous avons proposé d'appeler des structures
autonomes formées. A partir de l'âge classique surtout, depuis
la formalisation de l'algèbre au xvie siècle, la mise en place de
l'analyse au début du XVIIe et l'intuition fondamentale de la
substitution de l'outil mathématique à la logique formelle pour
la lecture de la nature, d'abord, puis de la société, ensuite, une
structure de la connaissance se forme, obéissant aux exigences
d'une dynamique propre, très largement indépendante du social
et de l'économique. L'histoire que nous appelons sérielle débou
che donc sur la distinction des champs structurels superposés,
largement autonomes.
On comprend comment dans cette manière d'aborder le passé,
la périodisation obéit nécessairement à des règles propres. L'his
toire ainsi comprise se scande, assez bien, en plages structurelles
limitées par des tournants : rapides et cascades d'un fleuve curieu
sement ascendant.
J'ai proposé, jadis, une définiton du tournant en histoire :
« Tournant et tournant seulement dans l'ordre des modifications
profondes et significatives, quand sur de vastes espaces tout un
ensemble de secteurs bougent simultanément. » J'ai donné cette
définition en 1967 à propos du Tournant des années 1620-1650, et
j'ajoutai : « Ce qui implique nécessairement un minimum assez
rapide de prise de conscience. »

*
♦ *

La hiérarchie des tournants.

Vous voyez comment on peut proposer un certain nombre de


tournants délimitant un certain nombre incontestable de plages
structurelles. Et entre eux, une sorte de hiérarchie. Je précise
tout de suite que le tournant du monde plein des xir, xine, xiv*
siècles est un des plus incontestables et des plus importants.
Je n'en vois à tout prendre que quatre qui se situent à ce
niveau. Le premier est celui qui part du blé, donc de la technique
agro-pastorale, donc du premier cerveau collectif millionnaire, et
qui arrive sur l'écriture idéographique (entre — 7000 — 6000 avant
Jésus-Christ et — 4000 — 3500). Ce tournant débouche sur le pas
sage des clans aux empires. Mutation du Moyen-Orient. La Chine

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12 REVUE D'HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

suit avec plusieurs millénaires de retard. Le second est celui des


années —500 : la cité grecque, la science mathématique, les pro
phètes d'Israël, les Ioniens, Gautama, Zarathoustra, Confucius. Le
tournant de l'ère industrielle, avec les conditions du démarrage
chères jadis à W.W. Rostaw : l'explosion de la croissance soutenue.
Entre les deux, le tournant du Monde plein.
D'autres plans existent. J'en distingue trois entre le tournant
du XIIIe et celui du début du xixe, trois qui sont valables, surtout
pour le monde européen : le désenclavement planétaire des uni
vers-temps de la fin du XVe et du premier xvie, le tournant de la
nature écrite en langage mathématique (1620-1650) et celui des
Lumières (1675-1730) qui s'ouvre sur la double invention du
calcul infinitésimal et l'apparition de notre mètre cosmogonique,
l'exact calcul de la vitesse de la Lumière par Olaiis Rômer, le
28 novembre 1675, pour les amateurs de dates courtes.
Mais, au niveau de Sirius, cher à la pensée des Lumières, sin
cèrement, il n'y a, sans doute, que trois tournants que l'on puisse
comparer à celui du xine siècle en majesté.

II

Du moins, on ne pourra me reprocher de céder à un provin


cialisme de discipline. C'est en moderniste que je découvre l'in
comparable portée de la modification du Moyen Age occidental.
On ne pourra pas même m'accuser d'européocentrisme, puisque
les XIIe et xnie siècles sont tout aussi importants en Chine avec
le perfectionnement décisif de la rivière inondée (graines hâtives,
donc récoltes multiples).
Le monde antique s'est effondré au terme d'un processus
incomplètement étudié. Pour ma part, je retiens, au sein du sys
tème des cités fédérées dans l'Empire, un excessif prélèvement des
classes de loisir urbaines sur les campagnes. On a prouvé, récem
ment, grâce aux recours de l'archéologie de la civilisation maté
rielle, que la périphérie barbare l'emporte à partir du premier
siècle dans les ordres décisifs de la technologie du fer et de la
technologie agricole.
Parallèlement à ce mouvement en branches de ciseaux, on
assiste à partir de la seconde moitié du IIe siècle après Jésus
Christ à un effondrement démographique des centres nerveux de
l'Empire et à un repli beaucoup plus rapide peut-être encore du
nombre des lisants-écrivants. Sans l'écriture qui permit la consti
tution d'immenses plages dormantes du savoir, la fantastique

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LE TOURNANT DU MONDE PLEIN 13

accumulation de la période hellénistique féconde entre toutes à


l'époque d'Eratosthène et de l'école d'Alexandrie ne serait jamais
parvenu jusqu'à nous. Les causes de cet effondrement ne sont pas
uniquement économiques, elles sont d'ordre démographique,
c'est-à-dire bio-psychologiques. Peut-être faut-il faire intervenir
une sorte d'effondrement génétique ?
Mais la période barbare n'est pas uniquement négative. Elle
permet un brassage de deux acquis : l'acquis fruste, sectorielle
ment limité sur quelques domaines restreints, et les restes du
vieil acquis méditerranéen. La Méditerranée se fractionne. Le
miracle du niveau insolite des communications de — 300 à + 200
ne peut être maintenu. De nouveaux espaces-temps se constituent :
l'un, le nôtre, s'étend à cheval sur les restes de la Romanie
latine non conquise par l'Islam, et l'ancien espace barbare.
On parle souvent d'effondrement démographique : le diagnos
tic est vrai, partiellement vrai seulement — l'effondrement démo
graphique n'affecte pas l'ancien territoire barbare, ou à peine, très
tôt, il y a croissance, donc tendance à l'égalisation. L'effondrement
c'est l'ancienne Romanie. En Italie, en Gaule, la chute est au
minimum, dans le rapport de 3/4 à 1. Au Nadir, aux vne-vine siè
cles, une densité moyenne de 3 à 5 habitants au kilomètre carré
peut être supposée sur 1,5 million de kilomètres carrés, beaucoup
moins encore en général à l'est de l'Elbe et au nord du Danube.
Donc, il y a d'abord la croissance démographique. Elle com
mence un peu après l'An Mil, 1020-1030 ici, 1080-1100 là, au
rythme du doublement séculaire (déjà). A la fin du xme siècle,
il y aura huit à dix fois plus d'hommes qu'il n'y en avait au creux
des vne-ixe siècles. Et sur la frange sud, sur les territoires (la
Gaule, l'Italie du Nord) qui avaient été incorporés à l'Empire
Romain, le niveau est double ici, triple là, par rapport aux
anciens sommets, avant la conquête et par rapport à l'ère de
récupération des Flaviens et des Antonins.
Je laisserai de côté les raisons profondes de cette croissance.
Je me bornerai à rappeler un acquis de ces vingt dernières années.
Cette croissance a été technologiquement possible, à moins qu'elle
n'ait poussé, ce qui est peut-être plus exact, devant elle une nou
velle technologie, grâce à la massification, à la socialisation, à la
diffusion spatiale d'un ensemble de techniques élaborées dans les
villae des pays de l'entre Loire et Seine, en partant de la confron
tation des deux héritages, dans ces villae laboratoires de l'inno
vation. Ces innovations s'appellent : collier d'épaule, ferrage des
chevaux, lourdes charrues à roues, assolement triennal... Elles
quittent au xie siècle le domaine de l'expérimentation pour la
diffusion massive. Et grâce à elles, le flux des hommes peut conti

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14 revue d'histoire économique et sociale

nuer à monter jusqu'au seuil longtemps infranchissable des


50/60 habitants au kilomètre carré sur limons, 30/40 habitants
au kilomètre carré ailleurs, voire 20/30 sur mauvaise terre, disons
les 40 habitants au kilomètre carré. Voici donc la constitution
d'un monde plein à un niveau jamais égalé de 40 habitants au
kilomètre carré sur 1,5 million de kilomètres carrés défrichés à
75-80 % (le volant de 20-25 % de forêt est nécessaire à l'équilibre
éco-bio-économique), 40 habitants au kilomètre carré sur un sol
défriché à 75-80 %, le monde des clochers, tel qu'en montant au
sommet de l'un d'entre eux, sept à huit se pressent sur l'horizon,
et entre eux, un niveau de communication jamais atteint. Compa
rer la route romaine rectiligne et vide au chemin râpeux mais
utilisé par de lourds charrois de la chrétienté médiévale. Or la
route terrestre déclenche par appel la route maritime. Entre la
technologie maritime antique et la technologie maritime issue des
transformations de 1180 à 1220, avec le gouvernail d'étambot, donc
la multiplication de la voilure, l'assemblage à clin plus efficace
que le franc bord, avec l'aiguille aimantée et ses prolongements, le
portulan à rhumbs dessinés et les tables trigonométriques dites de
Martelogio, une technologie bien diffusée vers 1270-1280, la mul
tiplication se fait par 20, 30, 40. Ce monde plus plein, donc où
l'homme est plus proche de l'homme, donc plus fort, plus libre,
plus intelligent, réalise un niveau de communication interhumaine
jamais atteint. Nous avons connu le cerveau collectif millionnaire,
voici, pour la première fois, un vrai cerveau collectif cinquante
fois millionnaire.
Cela, c'est la donnée de base. Voyons les conséquences. Elles
sont de trois ordres : démographique, culturel, politique.
Un monde plein est, nécessairement, dans un premier stade,
délimité par un plafond. 40 habitants au kilomètre carré c'est,
en gros, le plafond qu'on ne peut guère franchir avant la fin du
xviip et la première moitié du xixe siècle, ici et là. La croissance
à l'intérieur de la chrétienté latine s'est exercée par un double
ensemble de moyens, le perfectionnement technologique, donc
l'augmentation des rendements, l'ouverture de « frontière »
d'essartage à l'intérieur de l'espace envisagé. A partir de 1250,
ces deux recours sont épuisés, reste un troisième recours, l'émi
gration en direction de la grande « frontière » de l'Est. Pour ceux
qui sont pris au piège, au centre, ce recours est pratiquement
exclu.

Comment répondre à ce défi ? De nouvelles mutations techno


logiques nécessiteraient des recours qui sont pour plusieurs siè
cles hors de portée. Attendre passivement le cataclysme (il y aura
la peste noire en 1348) qui, à la mode des amérindiens ou de la

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LE TOURNANT DU MONDE PLEIN 15

vieille Chine éliminera le trop plein. Or voici qu'au xme siècle


(entre les xie-xne et le XIVe), sans que nous puissions préciser
faute de documents (nous avons la Poil Tax de 1377, les Feux de
1328... à tout prendre, bien peu de choses), s'est produit un pro
cessus unique dans l'histoire de l'humanité. Une réponse unique à
un défi qui lui n'est pas unique, à un défi unique tout au plus par
l'amplitude et l'étendue. Cette réponse, c'est le retard de l'âge au
mariage.
Vers 1900, quand l'acculturation européenne a couvert la pla
nète d'un réseau statistique suffisant, nous voyons, face au
mariage, trois humanités inégales : l'Europe protestante et catho
lique et ses prolongements outre-mer pratique le mariage post
pubertaire (25-26 ans) avec un large célibat définitif féminin :
50 à 60 % de la population féminine post-pubertaire est mariée.
Les pays non européens pratiquent le mariage pubertaire (voire
anté-pubertaire) total : 97 à 99 % de la population féminine est
mariée. L'Europe orthodoxe (chrétienne byzantine) se place sur
un modèle de transition : mariage : 18-20 ans et 78 à 80 % de
la population féminine mariée.
Le modèle de transition est en place dans l'Angleterre de la
Poil Tax de 1377, dans la France du nord de la Loire aux Pays-Bas,
en Allemagne rhénane, en Piémont-Lombardie, sans doute au
même moment. Le mariage tardif est en place au xvie siècle sur
le million et demi de kilomètres carrés de la plus vieille chré
tienté. La périphérie (l'Espagne, fin xvne siècle) est atteinte après.
Or, la preuve en est faite : le mariage méditerranéen était
pubertaire et universel dans l'Antiquité païenne et paléo-chré
tienne à quelques modalités près.
Donc, il s'agit bien d'une innovation absolue. Ou plus exacte
ment de la socialisation d'un recours qui n'était dans le monde
antique et les autres systèmes de civilisation qu'un recours aristo
cratique, élitiste. Ce choix (le Japon à l'époque de Tokugawa en
a fait un autre : mariage précoce, avec ce qui est équivalent
l'avortement et l'infanticide) est un choix culturel, réponse unique,
originale, spécifique à une pression en forme de défi.
On peut imaginer des formes d'entraînement physique. Le
manse était au centre du vieux domaine carolingien, une unité
d'exploitation d'une famille sans doute polynucléaire, faut-il pré
ciser davantage, frérèches, familles-souche (l'anglais dit stem
family). Nous manquons de preuves. Les exploitations des essar
teurs accrochées sur les franges fractionnées des forêts sont
de petites unités, des unités d'exploitation de familles nucléai
res. Nous savons que le manse a tendance à éclater. Serait
ce par l'effet d'entraînement des unités d'exploitation des essar

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16 REVUE D'HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

teurs ? En fait, le retard de l'âge du mariage substitue par l'espace


ment de plus de dix ans des générations (l'âge modal de la mère en
milieu paysan en France, à la naissance, au xvne siècle, est de
34 ans), presque automatiquement un type de famille matrimonial
nucléaire aux familles polynucléaires des périodes antérieures.
La première conséquence majeure du retard de l'âge du ma
riage est bien la substitution de la famille matrimoniale nucléaire
aux lignages et aux groupements plus complexes. On notera que le
passage à la famille nucléaire se fait en milieu populaire plus
rapidement qu'en milieu aristocratique, au centre de la chré
tienté plus vite que sur la périphérie, en open field limoneux plus
vite qu'en bocage granitique et sableux.
La famille nucléaire réduit les protections du clan et du
lignage. La chrétienté a vu un éclatement de la sociabilité. La socia
bilité se concentre sur le nucleus matrimonial, le couple atome
de sociabilité et sur des formes plus hautes, plus complexes. La
protection que le clan n'assure plus est donnée par la communauté
d'habitants (100-150 feux, population modale 500 âmes, autour du
clocher, unité d'exploitation de décision, école de la démocratie),
par l'Eglise, pacificatrice et, surtout, par l'état territorial, cette
création du XIIIe siècle.
C'est au vrai que l'état territorial, qui est un Etat de justice
en passe au début du XIVe de se muer en Etat de finance suppose
lui-même un certain nombre d'innovations, de massificatioii d'in
novations qui sont la conséquence du retard de l'âge au mariage,
de l'écartement de la génération, du triomphe de la famille
nucléaire sur les anciennes structures polynucléaires.
Le retard de l'âge au mariage, en substituant le couple des
géniteurs aux aïeuls dans la retransmission reprogrammation de
l'acquis, favorise l'investissement sur l'éducation. C'est au cours
des xiF-xiv* que l'on voit fonctionner le multiplicateur de l'école
alphabétisante. Vers 1340-1350, le niveau de diffusion de l'écrit
de l'Antiquité est massivement dépassé, en chiffres absolus et,
substantiellement, en chiffres relatifs. Voici l'innovation du papier,
le vrai multiplicateur, bien avant le xylographe et l'imprimerie,
ce simple perfectionnement. L'investissement sur l'éducation est
une conséquence de la disponibilité qu'entraîne la dure ascèse
sexuelle.

Indissociable de l'investissement sur l'éducation, l'ascèse


sexuelle. Cette ascèse (elle est respectée de mieux en mieux, du
xme au xvne) devient la grande affaire de cette société. Elle est
imitation des normes de pureté des clercs et des moines. Elle
aboutit à abattre la barrière fondamentale de la chrétienté cons

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LE TOURNANT DU MONDE PLEIN 17

tantinienne. Elle porte la grande revendication du temps des


Réformes : le sacerdoce universel.
Dans la disponibilité et dans le processus de cérébralisation de
l'ascèse sexuelle voici donc l'investissement éducatif, l'école, le
livre, l'écriture, le calcul, la socialisation des normes désirables au
niveau des laïcs. Un processus de cinq siècles, mais un processus
implacablement et heureusement progressiste au meilleur sens.
Le capitalisme commercial suppose un haut niveau de commu
nication tout autant et plus encore, le calcul, l'écriture, le papier,
l'école. Le capitalisme commercial donne la clef de l'Etat de
finance. Or l'Etat de finance assure un niveau de protection qui
permet de faire l'économie de l'encombrante et archaïsante
famille polynucléaire, avec ses frérèches et ses familles-souches
pyramidales.
Avez-vous noté, le processus qui porte le capitalisme commer
cial, l'Etat de finance, les choix des deux Réformes (protestante et
catholique), la mathématisation de l'univers, les Lumières, l'inves
tissement éducatif, l'homogénéisation culturelle, le processus de
démocratisation commencé bien plus sûrement au XIVe qu'en
1789 part d'un choix capital. Un choix de civilisation devant un
défi massif. La réponse au défi d'un monde plus plein (le cerveau
collectif cinquante fois millionnaire) en s'appuyant sur la sociali
sation d'une valorisation éthique de la domination des pulsions
sexuelles.
On part de l'hypothalamus et on arrive au cortex. Notre civi
lisation traditionnelle était ascétique donc cérébralisante.

*
♦ *

Je concluerai rapidement.
Sur ce choix du xme siècle, pas de vraie rupture, pas de
vraie rupture au cœur, avant la fin du xvine ici, le milieu du
XIXe là, plus sûrement, les années 20 et les années 60 du xxe siècle.
En fait, la civilisation chrétienne traditionnelle du monde
plein s'est laïcisée dans les choix et les transpositions des Lumiè
res. L'ascétique puritaine de l'Angleterre victorienne a quelque
chose d'emprunté à l'ordre de saint Benoît. Il y a un raccourcis
sement de l'eschatologie chrétienne, réinvestissement de l'escha
tologie sur la croissance économique.
Mais un choix longtemps n'a jamais été mis en cause, la
valeur cérébralisante de l'ascétique sexuelle. Les permutations des
2

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18 REVUE D'HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET SOCIALB

années soixante, la substitution de la mort au sexe dans l'ordre de


l'obscène, du retranché, de l'indicible, la mise en cause de l'éthique
wébérienne du travail par la frange gavée de la contestation
hippie sont-elles le signe d'un épuisement total, ou bien une crise
passagère, point de départ d'un nouveau réinvestissement ?
La réponse, chacun la trouve au fond de lui-même. De l'his
toire, on glisse tout naturellement vers la prospective.
La prospective est la justification, en 1975, de l'histoire. Mais
cela n'est-ce pas, au sens propre, « encore une autre histoire ».
La réponse, donc, au prochain numéro et, pour chacun, au
delà de la mort.

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