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Justice fiscale

L’impôt est le meilleur exemple pour illustrer la nature des rapports


qu’entretient l’Etat avec les citoyens, qu’il s’agisse d’entreprises ou de simples
particuliers ayant ou non un revenu.

Le système fiscal marocain a connu une grande refonte à partir de 1985 dans le
cadre du Plan d’ajustement structurel. Cela s’est traduit par la mise en place de
la TVA en 1985, de l’Impôt sur les sociétés en 1986 et de l’Impôt sur le revenu
en 1990, tout en maintenant les Droits d’enregistrement et du timbre,
introduits depuis le début de l’époque coloniale.

Cependant, malgré cette « réforme », la fiscalité locale a été faiblement


touchée. De même, de nombreuses taxes parafiscales se sont ajoutées et
brouillent le système fiscal, le rendant plus opaque et plus complexe. D’autres
taxes demeurent gérées par l’Administration des Douanes et des Impôts
indirects. Tel est le cas de la taxe intérieure à la consommation qui, en fait, fait
double emploi avec la TVA.

Cette situation explique la faible transparence et le déficit de gouvernance du


système fiscal au Maroc.

Les recettes fiscales dites ordinaires, versées dans le budget général de l’Etat,
ont atteint………………en2013. Elles constituent la principale source des finances
publiques.

De nombreuses dérogations/exonérations sont accordées. Depuis plusieurs


années, elles font l’objet d’évaluations sous forme de dépenses fiscales.
Cependant cette évaluation ne permet pas de connaître l’impact socio-
économique de ces dépenses. Très souvent ces dérogations sont arrachées par
des lobbies bien organisés et capables d’exercer la pression sur les pouvoirs
publics.

Les questions fondamentales relatives à tous système fiscal ont trait à la


l’équité fiscale. Les articles 39 et 40 de la Constitution de 2011 réaffirment
clairement le principe fondamental de l’équité fiscale.

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Article 39 : « Tous supportent, en proportion de leurs facultés contributives,
les charges publiques que seule la loi peut, dans les formes prévues par la
présente Constitution, créer et répartir ».

Article 40 : « Tous supportent solidairement et proportionnellement à leurs


moyens, les charges que requiert le développement du pays, et celles résultant
des calamités et des catastrophes naturelles ».

Néanmoins, la réalité est tout autre. En effet, en matière d’Impôt sur le revenu,
presque 75% des recettes provenant de cet impôt sont celles prélevées à la
source des revenus salariaux et assimilés. En matière d’Impôt sur les sociétés, à
peine 2% des sociétés rapportent pas moins de 80% des recettes provenant de
cet impôt. Enfin, la TVA, impôt sur la consommation, est la principale source
des recettes fiscales.

Les causes de non équité fiscale sont à rechercher d’abord dans les choix de
politique fiscale. Elles résident aussi dans le mode effectif de gestion de
l’impôt. Qui paie l’impôt ? Autrement dit comment est répartie la charge
fiscale ? Le principe constitutionnel est-il respecté ?

L’examen critique du système fiscal au Maroc peut aider à mieux comprendre


l’échec des politiques publiques dans la lutte contre la pauvreté et dans
l’établissement d’une justice sociale.

Les années récentes ont permis de constater des tâtonnements plus que de
véritables réformes. D’une part, une taxe introduite en 2013 pour une durée
limitée (jusqu’en 2015) pour alimenter un compte d’affectation spéciale
destiné à renforcer la cohésion sociale, c'est-à-dire à lutter contre la pauvreté
mais avec une logique caritative et une approche percevant la pauvreté comme
s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle et non pas comme étant la
conséquence des politiques publiques de développement poursuivies depuis
l’indépendance. D’autre part, paradoxaement, la non remise en cause
d’avantages ou privilèges fiscaux injustifiés qui constituent une aberration et
provoquent l’indignation. C’est notamment le cas du secteur agricole, où les
grandes exploitations ont bénéficié pendant trois décennies d’une exonération
fiscale. C’est l’un des exemples illustrant le mieux la violation du principe
d’équité énoncé clairement dans la Constitution.

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Aussi, à ce jour, le système fiscal est en contradiction flagrante avec les
déclarations officielles de réduction des inégalités sociales, source principale de
la pauvreté. Au contraire, l’évolution récente de ce système a accru ces
inégalités et a donc aggravé la situation des droits économiques et sociaux de
la majorité de la population au Maroc.

Etablir un état des lieux du système fiscal au Maroc, procéder à son analyse
critique pour en faire ressortir les faiblesses, les causes de ces faiblesses et
proposer des alternatives d’amélioration et de progrès, dans le sens du
développement de l’équité fiscale et de la justice sociale, tel est le rôle et le
devoir des acteurs dynamiques de la société civile.

L’espace associatif, fédérant plusieurs acteurs associatifs partageant ce souci


de contribuer à l’élaboration de politiques publiques qui répondent réellement
aux attentes des citoyens, intègre parfaitement dans sa stratégie la
contribution à l’amélioration des politiques fiscales pouvant impacter
positivement le bien être collectif de la population marocaine.