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QUAND LA PSYCHANALYSE QUESTIONNE L’EXCLUSION SOCIALE

Marie-Jean Sauret
in Joseph Rouzel, Travail social et psychanalyse

Champ social | « Psychanalyse et travail social »

2005 | pages 45 à 56
ISBN 9782913376489
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Quand la psychanalyse
questionne l’exclusion sociale
Marie-Jean Sauret1

La psychanalyse n’a pas toujours existé, du moins comme pratique. Et l’exclusion a


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changé de valeur au cours des âges. Ce qui, de l’un à l’autre, pourrait avoir gardé la
même structure – à condition de le montrer – c’est le sujet : un sujet dont il
convient de rendre compte de la façon dont il se lie au champ social. Ainsi serons-
nous plus à même de questionner les formes contemporaines de dé-liaison.
- 45
1- LE SUJET DE L’EXCLUSION SOCIALE

L’humain naît deux fois : une fois comme vivant biologique, et une fois comme par-
lant. Cette seconde naissance, en impliquant deux sujets, solidarise le sujet de la
parole et le lien social. Cette naissance au langage contraint le sujet de se poser à lui-
même la question qu’il adresse aux objets : « Que suis-je ? ». Bien plus, il est
contraint de tenir compte non seulement de la réponse qu’il se donne, mais de la
« matière » de la question et de la réponse : des mots, de la « motière » ! Il découvre
en effet que, dans les mots, il n’y est que représenté : soit qu’il y manque d’être. Son
être est lié à la parole qui l’inclut comme défaut : d’où le qualificatif de « parlêtre »
avec lequel Lacan désigne parfois le sujet.
Seulement le langage est incapable de fournir au sujet une réponse à la question de
ce qu’il est, telle que cette réponse lui livre le réel de son être de sujet. Dans le lan-
gage, le sujet n’est que représenté autant dire que c’est un exclu de structure. Ainsi il
manque puisqu’il est irrémédiablement séparé de son être. Freud en déduit : donc il
désire. Et la psychanalyse, avec Lacan, a identifié à la jouissance la substance négative
supposée arrachée au sujet du simple fait qu’il parle.
Cette seconde naissance bouleverse le rapport du sujet à sa biologie. Les humains
tiennent ensemble parce que les mots, les éléments langagiers qui représentent les
sujets, les signifiants, s’articulent. L’exclusion, de l’être de jouissance de chacun, est la
conséquence, et la condition, de la constitution du lien social. La psychanalyse, après
Lacan, appelle « lien social » un certain usage du discours précisément pour organi-
ser un « vivre ensemble ».
Seulement, le langage est de structure, affecté d’un trou, incapable de restituer son
être au sujet – la réponse est langagière tandis que son être de jouissance est de
l’ordre du réel. Le savoir est donc affecté d’un défaut irréductible que Freud a iden-
tifié au refoulement originaire constitutif de l’inconscient. Ce défaut de savoir n’en-
traîne pas forcément le désir de savoir : car si un tel savoir existait, le trou serait com-
blé et ce serait la fin du sujet du désir. Mais ce défaut de savoir suggère qu’il doit bien
exister quelque part quelqu’un qui sait : telle est la fonction « sujet supposé savoir » à
qui l’humain demande la restitution de son être, perdu à parler.

2- LES PREMIÈRES FORMES D’EXCLUSION SOCIALE

L’humain attend son être de l’Autre : mythologies, religions, philosophies, sont ainsi
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les premières réponses qu’il s’est données – des ontologies. Certes, les solutions com-
munes, adoptées par les hommes, ont donné forme au lien social, autour d’une
même façon de considérer le défaut de jouissance inhérent à chacun et, du coup, à
toute collectivité et de le traiter.
En ces temps religieux, où, ainsi que Marcel Gauchet l’a souligné2, l’homme a
46 - renoncé à sa responsabilité au profit de l’autorité divine, il existait bien des exclus :
soit ceux qui pouvaient être identifiés comme étrangers à cette conception parce
qu’ils étaient « inclus » dans une autre organisation sociale (une autre religion par
exemple), soit parce qu’ils portaient ce que l’on croyait être les marques de la malé-
diction divine (à une certaine époque : les pêcheurs, les pestiférés, les pervers, les
miséreux), soit enfin parce qu’ils avaient choisi de renoncer à la vie publique et aux
bénéfices temporels pour se consacrer à la prière et à la pénitence – mendiants,
moines, soldats de Dieu… Le point commun entre ces exclus, c’est que leur exclu-
sion garde un sens aux yeux de tous, voire une fonction (d’exemple ou de contre-
exemple, de menace ou de protection) : ils participent du discours commun qui fait
lien social. De sorte que nous avons du mal à imaginer ce qu’aurait pu être un vrai
exclu.

3- LA FAILLITE DES DIEUX

L’organisation des affaires terrestres a permis le développement d’une rationalité qui


a fini par supplanter toutes les ontologies : la science moderne et le capitalisme. Les
Lumières promettaient d’éclairer le fonctionnement des choses au point de per-
mettre la construction d’un monde meilleur. Nous imaginons mal les drames sub-
jectifs dont les affaires Galilée ou Giordano Bruno ne donnent qu’un aperçu : sans
doute la communauté humaine fut-elle en bloc exclue du sens qu’elle avait donné au
monde. À comparer aux conséquences de l’effondrement du mur de Berlin : il a
modifié l’ordre d’un monde que nous pensions éternels, ouvrant à l’idée d’une mon-
dialisation sans alternative politique.
La faillite programmée des ontologies à prétention universelle n’a rien changé à la
structure du sujet. Seulement la science l’a abandonné en panne de sens. Le sujet
était divisé entre sujet de la science, de l’explication, et sujet du sens, désormais sur
les bras : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Alchimie, astrologie,
magie, sorcellerie, sont les vestiges de la science d’avant, celle qui ne distinguait
pas le sens et l’explication. Sans doute bon nombre de psychothérapies et de
médecines douces témoignent également de la nostalgie de cette époque.
Cependant, cette crise a entraîné une mutation de l’économie psychique : les
sujets ont rapatrié dans l’intime la question du sens, se dotant eux-mêmes d’une
solution garantie par la figure d’autorité qu’ils avaient sous la main – la figure
paternelle. Désormais, Dieu est inconscient3 ! Les sujets se dotent dans la foulée
du moyen de symboliser leur séparation d’avec l’Autre autour de ce qu’ils doivent
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nécessairement céder de (leur être de) jouissance à parler. Telles sont les matrices
des complexes d’Œdipe et de castration. Cette solution, vous l’avez reconnue,
c’est la névrose : c’est là que Freud est allé la recueillir, et l’on comprend qu’il l’ait
qualifiée de religion privée.
Nous ne mesurons plus le bouleversement que Freud a introduit en inventant la psy-
chanalyse, il est de même ampleur que la révolution scientifique ou la réunification - 47
de l’Allemagne : Freud obtempère, et, pour la première fois, dans l’histoire de la cli-
nique, donne la parole au patient, et se met à son école. La psychanalyse est la seule
pratique qui considère l’autre comme un sujet, aujourd’hui encore. Bien des psy-
chothérapeutes protesteront pour souligner combien leur théorie « veut le bien du
sujet ». Je ne le conteste pas, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit, pas de charité ou
d’humanisme, mais d’une pratique qui, en acte, laisse le dernier mot au sujet de la
parole, changé de le prendre.

4- LES LEÇONS ET LIMITES DE LA NÉVROSE : LA SINGULARITÉ DU SYMPTÔME

Freud devait en apprendre l’une des solutions, la solution névrotique, au problème


qui nous occupe : comment un sujet est-il susceptible de se lier au commun, d’une
part sans s’y dissoudre (pour mieux se faire accepter, aimer, au prix des accommoda-
tions, assimilations et autres adaptation), d’autre part sans faire voler en éclats la
« communauté » sur le roc de la singularité (« à chacun sa vérité, sa jouissance, sa
liberté, ses opinions… voire sa “merde” ») ? Cette réponse, c’est le symptôme : le
symptôme est ce qui garanti à chacun son irréductibilité à l’autre, au savoir de
l’Autre, psychanalyse y compris, et à son savoir le plus intime, son fantasme. Le
symptôme est ce qui assure chacun de ne pas se réduire à un être virtuel – d’être, au
moins pour une part, irrémédiablement exclu du symbolique, Autre à lui-même !
Étrange paradoxe : pour la science et l’idéologie qu’elle informe, le symptôme est ce
qui marginalise, ce qui conditionne l’exclusion de l’individu hors de la société ;
pour la psychanalyse, le symptôme remplit une fonction de liaison à condition d’une
cession de jouissance. Telle est la vérité de l’affirmation selon laquelle le symptôme,
guéri, revient toujours à la même place, sous la même forme ou sous une autre. Tel
est ce qui distingue radicalement la psychanalyse d’une psychothérapie : la psycha-
nalyse n’est pas une psychothérapie, parce que ce qu’elle vise est précisément l’inscrip-
tion symptomatique de l’analysant dans un lien social auquel il puisse prendre sa part !
L’exclusion sociale prend une valeur différente de celle que la religion interprétait.
Désormais, l’exclu prend la figure de tout ce qui rappelle l’altérité du sujet, et prend
le sens d’un « voleur de jouissance ». L’Autre sous toutes ses formes : l’étranger, le
handicapé, l’asocial, l’original, mais aussi les femmes et les enfants, sont susceptibles
d’incarner ce réel dont le sujet doit se séparer pour se constituer et dont il doit
confirmer l’abandon pour se lier à ses semblables. Freud lui-même, avec sa théorie
de la horde primitive, n’échappe pas à cette conception : la communauté des frères
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se bâtit sur le meurtre du jouisseur et à l’exclusion de l’étranger et de tout ce qui rap-
pelle la jouissance proscrite – cf. la prohibition de l’inceste et les règles de l’exogamie.
Freud fournit ainsi la théorie aussi bien du nationalisme que du racisme. Mais cette
doctrine ne permet pas de résister à la tentation d’une organisation scientifique de la
société, c’est-à-dire, qui ne compte pas sur le symptôme de chacun. Le totalitarisme
48 - et le nazisme en ont fourni deux versions terribles. Mais c’est la même logique qui
préside au développement de la bureaucratie contemporaine : ne laisser aucun
espace d’incertitude qui échapperait à la toute puissance de la loi. Hannah Arendt
repère très bien comment l’éradication du symptôme, l’effacement de la singularité,
a rendu chacun égal à chacun, débouchant sur une massification qui a constitué le
terreau du totalitarisme4. Potentiellement, chacun est ainsi, du fait de sa radicale sin-
gularité, susceptible d’être exclu de la masse, cf. le récit Matin Brun 5, construit sur ce
propos du pasteur Niemöller :
« Lorsqu’ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit, car je n’étais pas communiste. Ils sont venus pour
les socialistes, et je n’ai rien dit car je n’étais pas socialiste. Ils sont venus pour les dirigeants syndicaux, et
je n’ai rien dit car je n’étais pas dirigeant syndical. Ils sont venus pour les Juifs et je n’ai rien dit, car je
n’étais pas juif. Puis ils sont venus pour moi et il ne restait plus personne pour dire quelque chose6. »
« Communiste », « Socialiste », « Dirigeant syndical », « Juif », « pasteur protestant »,
sont, en quelque sorte, des symptômes visibles. Les envisager ainsi change un peu la
donne : c’est pourquoi nous utilisons le verbe être. Cela signifie ceux qui s’y recon-
naissent y localisent un peu de leur être. Nous pourrions en tirer une première
conclusion si elle n’était déjà datée : il n’est pas suffisant de lutter contre le racisme,
par exemple, par humanisme. Mais parce que si je ne suis pas capable d’accepter l’al-
térité là où elle se voit, et où elle oblige à un renouvellement du lien social pour lui
reconnaître sa fonction de symptôme, comment réussirai-je à faire accepter ma propre
altérité qui, elle, ne se voit pas ?
5- LES TEMPS « POST-MODERNES »

Cette conclusion est insuffisante, car les temps ont changé. La science a accouché
d’une modalité, la technoscience, qui domine le lien social contemporain avec le
marché. Ce couple infernal, science et capitalisme, suggère à ceux qui s’y soumettent
qu’il est toujours possible de fabriquer l’objet qui manque. C’est la promesse d’un
bain de jouissance assortie de la disqualification de toute figure d’autorité désormais
inutile. Du fait de l’inutilité des complexes d’Œdipe et de castration, Dieu déserte
même l’inconscient, la quête du sens cède la place à la revendication d’une certitude
digne de la science, paranoïaque ! Dieu est mort, et il ne le sait pas, tandis que
« l’Autre sait qu’il n’est rien7. » L’Autre sait son inconsistance : condition d’une ironie
quasi schizophrénique.
La première conséquence est la naturalisation du désir : si le désir est satisfait par un
objet, c’est donc un besoin. Mais est-ce possible ? Les individus complétés par le
même type d’objet, seraient équivalents entre eux et de même nature que l’objet qui
les complète8. Pourquoi s’étonner dès lors du trafic d’organe, d’embryon, d’enfants,
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de femmes, d’esclaves ? Telle est la signification de la revendication à l’égalitarisme
devant la technoscience et le marché.
Sans doute quelque chose de l’humain doit-il résister à ce traitement, à en juger par
le fait que la libre circulation des marchandises de par le monde est aujourd’hui un
fait acquis, tandis que les femmes et les hommes qui ne sont pas directement liés à la
production de valeurs sont confinés là où ils sont nés : exclus à domicile du partage - 49
des richesses.
Certes, la structure des sujets ne change pas, là non plus. D’où l’insatisfaction dans
laquelle l’acquisition de l’objet laisse parfois le sujet supposé en jouir. Mais la science
lui promet alors l’objet suivant que le marché distribuera… s’il peut l’acquérir.
Certes, le sujet doit se tenir à carreau de la jouissance qui menace son désir. Mais
tout se passe comme si le discours capitaliste consistait en une formidable machine à
retraiter la jouissance pour la rendre consommable : cigarettes sans tabac, vins sans
alcool, fromage sans matière grasse, nourriture stérilisée,… sexualité sans sexe (etc.)
Cependant si le sujet ne change pas, il y a une subversion possible.
Bien sûr, la jouissance ne cesse pas de roder autour – moins les appareils de la
névrose pour faire face : pesudo-phobies9 sociales, pseudo-perversions généralisées,
conduites à risques, témoignent de la fascination qu’elle exerce sur nos contempo-
rains. Du point de vue du discours capitaliste, il n’y a pas de reste, pas d’exclusion :
tout est consommable. Et sans doute, une certaine conception de l’écologie, au-delà
du soin de la planète, se met au service du marché en lui proposant son art d’accom-
moder les restes – contrepartie de l’utilitarisme capitaliste.
Cet art d’accommoder les restes nous touche. Se développe une nouvelle classe de
« collaborateurs »10, une techno psychologie ou techno psychiatrie dont les spécialistes
s’attachent à éradiquer nos symptômes, à vendre du « bien être »… et à faire com-
merce de nos psychopathologies : la télévision est friande d’émissions où les candi-
dats affrontent leurs phobies ou leurs peurs, exposent leur intimité, mettent à
découvert leurs tics et leurs TOC, l’autisme, la sénilité, le parkinson, la maladie
d’Alzheimer de leur proche, etc. – pour le plaisir du téléspectateur ! Nous sommes
entrés dans ce que Christopher Lash11 qualifie de société psychothérapique, laquelle
a pris le relais de la société spectacle chère à Debord12.
Les individus sont finalement mis sur le marché et usés jusqu’au trognon. Ainsi que
le slogan des soldes, « tout doit disparaître », accomplissant ainsi le destin de leurs
fantasmes ! Au bout du compte, lorsqu’un véritable déchet du capitalisme se pro-
duit, le capitalisme l’ignore. Pour qui connaît la réalité des États Unis, il est étrange
de voir certains de nos économistes vanter un pays sans chômage, à la reprise tou-
jours annoncé, alors que des masses entières de population n’existent officiellement
pas ! Et nous avons parfois l’impression que cette nouvelle forme d’exclusion arrive
chez nous : une exclusion qui n’a pas de sens, qui demeure impensable, ou qui, à la
rigueur, est mise au compte des profits et pertes.
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6- LES MUTATIONS DU CAPITALISME

Une analyse plus fine devrait prendre le temps de souligner les mutations du capita-
lisme lui-même, devenu financier, produisant désormais plus de valeur à partir de la
spéculation, que des objets manufacturés. Pour compenser le déficit d’objets mar-
50 - chands, le capitalisme exploite des valeurs jusque-là indisponible : air, eau, art, cul-
ture, jusqu’à la « matière humaine » elle-même et le « bien être ». Dans sa dernière
phase, le capitalisme semble devenir celui de la communication et fabriquer de la
valeur à partir de l’information et du virtuel, tandis que l’Autre prend la figure du
menteur13…

7- OÙ SONT LES « NOUVEAUX » EXCLUS ?

S’il n’y a pas apparemment d’exclu, c’est que le rejet change de forme. Qu’est l’indi-
vidu intégré au capitalisme de la communication ? Au bas de l’échelle du marché du
travail, les précaires : ceux qui nettoient, veillent, font fonctionner les anciennes
machines encore nécessaires, entretiennent les nouvelles ; en haut de l’échelle, les
intérimaires : les intermittents du spectacle, certes, mais également les informati-
ciens, les rédacteurs, les programmateurs, les traducteurs, les publicistes – tous ceux
que d’aucuns, aujourd’hui, rassemblent sous l’appellation de « cognitaires »14. Cette
catégorie se distingue de la précédente par le fait que très souvent elle jouit du
caractère transitoire de ses missions qui lui permet d’aller là où le profit est le plus
grand : de sorte que nous avons l’impression que le monde est divisé entre quelques-
uns qui ont une idée de la marche de l’ensemble, et les autres pris dans le maelström de ce
que Peter Sloterdijk appelle « la mobilisation infinie »15 !
Voilà l’alternative : s’adapter à la forme contemporaine du discours capitaliste en se
considérant soi-même comme un objet ou être laissé tomber, quasiment cesser
d’exister pour le champ social, sinon comme poussière diversement incommodante.
Le problème, qu’il conviendrait de mettre à l’étude, c’est que nous n’avons pas réel-
lement pris la mesure les conséquences sur le sujet de la parole du fait de s’attaquer
au langage pour l’exploiter directement commercialement : car que devient le pou-
voir de symbolisation sous l’impact de la publicité, des codes SMS, des jeux vidéo et
de l’information en continue16 ? N’assistons-nous pas de visu à l’extension du registre
de l’holophrase17 ?
Bien des caractéristiques du lien social dominant devraient encore être soulignées.
Nous n’ouvrons ici que quelques pistes. Mettons par exemple la faillite de l’Œdipe
et de la castration en relation avec la difficulté des adolescents à s’inscrire dans le lien
social contemporain. Lacan pouvait caractériser « d’enfance généralisée » les
hommes de son temps, soucieux de cultiver leur « servitude volontaire » (La Boétie)
à l’endroit de l’Autre. Actuellement, les dieux ont déserté le ciel, et toute figure d’au-
torité est disqualifiée jusque dans l’inconscient. N’est-ce pas à une adolescence
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orpheline et éternelle que nous avons affaire ?
On peut encore interroger le suicide des jeunes, n’est-il pas un mode d’auto-exclu-
sion, être un en moins disait Lacan, Pourquoi sont-ils si nombreux à développer des
comportements qui les mettent en marge de la société ? Je suis plutôt inquiété par le
fait de voir se développer, avec l’assentiment d’une large part de la population, des
politiques qui considèrent les jeunes explicitement comme des ennemis (cf. les lois - 51
sur l’interdiction des regroupements dans les halls d’immeubles, l’abaissement de
l’âge d’emprisonnement, l’aggravation des sanctions, l’invention de peines affectant
les revenus familiaux, la construction de maisons de redressement, etc.) alors que ces
jeunes vont avoir la charge de relever, aux postes de responsabilités, les agents des
dites politiques et ceux qui les soutiennent !
L’enfant incarne une figure de cette altérité qui effraie des sujets qui ne savent plus
faire avec. Les uns tentent de le réduire à un objet de jouissance, tandis que d’autres
renoncent à l’autorité parentale pour la ritaline. Dans tous les cas, l’enfant est dépos-
sédé de la sexualité infantile et n’a plus droit au fantasme (cf. le procès d’Outreau).
Comment s’étonner du succès de cet autre fantasme, les remplacer par des clones !
Il en va de même de l’altérité sexuelle (dont la reproduction assistée pourrait nous
débarrasser18 !). Et l’inquiétude de Lacan sur la capacité à vivre au sein de la même
famille est largement justifiée par les statistiques relatives aux victimes de violences
parentales et conjugales19. J’indique ces chiffres en note parce que leur extension
géographique suggère une relation forte avec la globalisation capitaliste. D’autant
que la répartition sociale confirme que ces violences n’épargnent aucune classe
sociale, les cadres étant toutefois plus malmenées que les ouvrières. « La violence
domestique semble même augmenter avec les revenues et le niveau d’instruc-
tion20 ! » À dire vrai les écarts sont peu significatifs21 : Mais les statistiques s’élèvent
dès que l’on a affaire à des populations… d’exclus : au premier rang les chômeuses
(11,9 %) – phénomène amplifié si les chômeuses sont en plus immigrantes…
Je laisse de côté les statistiques relatives aux crimes sexuels à l’encontre des enfants
pour relever un seul point : l’augmentation phénoménale du nombre d’accusation
de pédophilie à l’encontre des pères par des mères trouvant là un motif imparable
pour obtenir la garde de leurs enfants en cas de séparation du couple…
Peut-être le symptôme le plus grave, celui qui donne l’idée la plus précise de l’état du
lien social contemporain, est-il d’allure plus simple que les formes exacerbées des
pseudo-phobies et perversions, les violences familiales, etc. : la solitude, dont se
plaignent nos contemporains. Que l’on se souvienne des 15 000 personnes âgées
mortes de la canicule en France, durant l’été 2003, et surtout des plusieurs dizaines
d’entre elles dont personne n’est venu réclamer le corps !
Sans l’appui du symptôme, nos contemporains, quels qu’ils soient, sont exilés du lien
social même quand ils vivent avec d’autres. Sans symptôme, l’autre, le semblable, est une
menace !
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8 – FAIRE FACE ?
« Il s’agit de savoir, écrit encore Lacan, comment nous autres, je veux dire les psychanalystes, allons
[…] répondre [à] la ségrégation mise à l’ordre du jour par une subversion sans précédent22. »
Freud avait inventé un dispositif génial pour restituer la parole à chacun. Et Lacan
52 - en a poursuivi la théorie. Une psychanalyse est l’occasion donnée à chacun qui la
demande de tirer les conséquences d’être ce qu’il est : un être parlant. Elle lui offre
l’opportunité, en quelque sorte, de réitérer sa seconde naissance, jusqu’à réévaluer les
solutions qu’il s’est données pour loger sa singularité dans le monde. Surtout, elle
l’amène jusqu’à ce point où il prend la mesure de cette singularité. En quelque
sorte, une cure accouche le sujet de ce qu’il est comme objection au savoir, psycha-
nalyse et fantasme y compris : ce pourquoi elle doit être réinventée à chaque fois.
Du point de vue qui nous occupe, le sujet pouvait se servir de sa découverte pour
faire semblant, dans une autre cure, de ce réel de l’être du sujet (ce que Lacan écrit a)
après quoi le nouvel analysant court. Tel est le désir de l’analyste, avec quoi celui qui
en occupe la fonction, opère.
Seulement, tout le monde ne demande pas d’analyse, et il ne s’agit pas de prescrire
une cure « pour tous » ! Lacan s’est aperçu que le discours analytique, le lien social
analytique, présentait un intérêt bien au-delà de la cure. Là où le discours analytique
existe, le lien social existe. Le discours analytique soutient l’existence d’un sujet,
insoluble dans la masse, pas plus que dans le savoir, le sujet du symptôme. Bien plus,
le psychanalyste, en faisant semblant de cet objet a, semblant du déchet de savoir,
évite à quiconque d’avoir à l’incarner : le rôle dévolu aux Juifs par les nazis est là
pour nous rappeler à quelles extrémités a pu aller cette incarnation du déchet quand
on oublie qu’il ne s’agit que du semblant.
Seulement, nous l’avons vu, nous ne sommes plus de l’époque du lien social où le
discours analytique soutenait spontanément la ronde des discours23. Le névrosé a
rendu son tablier et la nouvelle économie psychique fait croire à l’existence d’une
structure limite. De sorte que le problème se pose différemment aux psychanalystes
et à ceux qui s’intéressent encore à la psychanalyse. Certes ils peuvent attendre dans
leur cabinet la visite des derniers névrosés ou des quelques borderline égarés. Ils
feraient bien de s’interroger sur les conditions qui permettraient la survie du dis-
cours analytique et la restauration de la ronde des discours. C’est, à mon sens, tout
l’enjeu du débat sur la réglementation des psychothérapies. Les psychanalystes don-
nent parfois l’impression de se conduire comme des gangsters dans leurs institu-
tions, de mettre la psychanalyse sur le marché des psychothérapies, et même, pour
certains, de courir auprès des pouvoirs publics chercher une garantie que la psycha-
nalyse ne suffirait plus à assurer.
En attendant, il me semble que nous devrions explorer plusieurs pistes : a) il est
plus que jamais urgent de contribuer à une science qui réintroduise la considéra-
tion du sujet24, de la singularité, de l’Œdipe, de la castration, de la fonction pater-
nelle, etc.25 ; b) Leroi-Gourhan a pu définir le travail comme l’une des modalités
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de transformation du réel par le symbolique grâce à laquelle l’humain s’humani-
sait : peu de psychanalystes ont développé des travaux dans ce domaine (mention-
nons Christophe Dejours26 et Yves Clot) ; c) Lacan, comme Sloterdijk, ont attiré
notre attention sur un symptôme particulier du capitalisme, un des précipités de la
protestation logique du sujet : la grève ; c’est une invitation non seulement à ne
pas déserter les discussions qui visent à en imiter l’exercice au nom du droit de - 53
ceux qui ont à en souffrir, mais à travailler à l’inventaire de tous les lieux où la sin-
gularité trouve à se réfugier, pour lui rendre la main ; d) enfin, aucun sujet n’aurait
survécu s’il n’avait rencontré, au-delà de celui qui lui a parlé, un vivant, qui, tel
l’homme masqué de L’éveil du printemps, l’a assuré qu’il avait raison de faire le pari
de la vie ; pas de psychanalyse possible sans un psychanalyste misant son désir en
chair et en os…
J’en déduis que nous avons chacun à essayer d’être ce vivant, à faire le pas pour la vie
sans attendre qu’un autre fasse le premier : tachons d’être de ceux sur lesquels nous
pouvons nous-même compter. Ce n’est pas une condition suffisante pour le renou-
vellement du lien social, mais c’est une condition nécessaire…
Nul ne devrait s’étonner de la solidarité du sujet et du lien social, et, du coup, de la
fonction politique de la psychanalyse. De la même façon que la parole est subversion
de la langue, que la poésie, dans le même mouvement, casse la langue ancienne pour
la réinventer en portant à l’existence ce qui, la seconde d’avant, était encore impen-
sable, de même devrions-nous nous habituer à considérer la révolution comme l’ex-
périence même de la liberté d’être un homme. Pierre Guyotat l’affirme avec son
talent propre :
« Que trop d’êtres humains ne [fassent] que survivre, […] que trop d’êtres humains vivent au mille et
unième de leurs capacités propres, […] ce gâchis des capacités humaines, des capacités mentales, de
cœur, de muscle, etc., […] la situation […] matérielle misérable de quantité d’êtres humains […]
doit révolter sans répit On ne fait pas la révolution pour faire du bien-être ; on fait la révolution pour
être plus27. »
Pour cela, il y faut une transformation organique : « Le passage de dix à onze
doigts ». Je traduis : que nous nous y introduisions comme vivant.
S’en trouvera-t-il un pour considérer que la psychanalyse passe ici les bornes ? Je le
renverrai à ce verdict de Lacan : s’il n’est pas capable de rejoindre la subjectivité de
notre époque, qu’il renonce plutôt à la psychanalyse28 – car il la fait déjà servir à la
destruction du lien social !

NOTES
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1. Marie-Jean Sauret, Psychanalyste, professeur de psychologie clinique à l’Université Toulouse-
Mirail. Ses publications : trois petits ouvrages d’introduction à la psychanalyse : Freud et l’incons-
cient ; Lacan, le retour à Freud (avec Michel Lapeyre) et La psychanalyse (avec Christiane Alberti)
parus aux éditions Milan, Les Essentiels ; ainsi que La psychologie clinique, Toulouse, Presses univer-
sitaires du Mirail, 1993, et Psychanalyse et politique, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2000.
2. M. GAUCHET, La démocratie contre elle-même, Paris, éd. Gallimard, 2002 ; La religion dans la démo-
54 -
cratie, Paris, éd. Gallimard, 2001.
3. J. LACAN, « Car la véritable formule de l’athéisme n’est pas que Dieu est mort […], c’est que Dieu
est inconscient » in Le Séminaire Livre XI : les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964),
Paris, éd. Seuil, 1973, p. 58 ; F. REGNAULT, Dieu est inconscient ; études lacaniennes autour de saint
Thomas d’Aquin, Paris, Navarin Éditeur, La collection du Studiolo, 1985,168 p.
4. H. ARENDT, Le système totalitaire. Les origines du totalitarisme, Paris, éd. Seuil, 1972.
5. F. PAVLOFF, Matin brun, Le Chambon-sur-Lignon, Cheyne éditeur, 1998.
6. Cité par A. SIROTA, Figures de la perversion sociale, Paris, EDK, 2003, repris par É. ROUDINESCO,
Le patient, le thérapeute et l’État, Paris, éd. Fayard, 2004, p. 13.
7. Cf. J. LACAN, Livre XII : problèmes cruciaux de la psychanalyse, leçon du 16 juin 1965, inédit.
J’emprunte ces formules au commentaire qu’en livre Nicolas Guérin dans sa thèse, p. 251.
8. Sans doute atteint-on un sommet avec le branchement de machines directement sur les neurones
du cerveau (Mariano Sigman, « Commander une machine par la pensée », Le Monde diplomatique,
septembre 2004, n° 606, p. 32-33) ou la modification génétique du corps des athlètes (Gérard Dine,
« Bientôt des athlètes génétiquement dopés », Libération, 29 août 2004, n° 7246, p. 15).
Conséquences ultimes du fait que le corps humain n’est rien de naturel, mais l’effet du langage :
entrant dès lors, par morceau, dans l’échange et la substitution. Déjà des artistes s’emparent du
numérique pour étendre à ce domaine la manifestation de leur singularité : contribuent-ils à la
résorption de l’humain dans le « technocorps » ou au contraire démontrent-ils la réalité d’une « expé-
rience technesthésique » (Edmont Couchot) offrant au sujet un espace de vie inédit (Xavier
Lambert, Le corps sans bord : identité/altérité dans l’image numérique et ses résonances dans la fiction
narrative, Thèse d’art et de science de l’art, arts plastiques, sous la dir. d’Eliane Chiron, Université de
Paris 1-Panthéon Sorbonne, soutenance le 6 octobre 2004) ?
9. Phobies et perversions prennent leur portée par rapport à l’Œdipe et à la castration : il s’agit ici de
réactions de peur vis-à-vis d’un réel ignoré ou de court-circuit de la jouissance qui ne relèvent pas de
la névrose infantile (cf. la thèse en cours d’isabelle Morin sur la phobie).
10. J. LACAN, « Télévision », Autres écrits, Paris, éd. Seuil, 2001, p. 517.
11. C. LASH, La culture du narcissisme, Paris, éd. Climats, 2000.
12. G. DEBORD, La société du spectacle, Paris, éd. Gallimard, 1996.
13. Lacan a dès longtemps prophétisé ce changement lorsqu’il écrit : « Les hommes s’engagent dans
un temps qu’on appelle planétaire, où ils s’informeront de ce quelque chose qui surgit de la destruc-
tion d’un ancien ordre social que je symboliserai par l’Empire tel que son ombre s’est longtemps
encore profilée dans une grande civilisation [sans doute vise-t-il les États-Unis], pour que s’y substi-
tue quelque chose de bien autre et qui n’a pas du tout le même sens, les impérialismes, dont la ques-
tion est la suivante : comment faire pour que les masses humaines, vouées au même espace, non pas
seulement géographique, mais à l’occasion familiale demeurent séparées ? » (Isabelle Morin m’a rap-
pelé ce passage : J. LACAN, « Allocution sur les psychoses de l’enfant », in Autres écrits, Paris, éd. Seuil,
2001, p. 363.) En quelque sorte, l’humanité est confrontée à un double processus : d’un côté une
massification à l’échelle de la planète, de l’autre la tentative de restaurer de la différence en introduisant
une ségrégation forcément sans principe et sans éthique : nous sommes à l’époque des états voyous (J.
DERRIDA, Voyous, Paris, éd. Galilée, 2003 ; cf. aussi : N. CHOMSKY, R. CLARK, E. W. SAÏD, La loi du
plus fort : mise au pas des États voyous, Paris, éd. Serpent à Plumes, 2002).
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Busch et Ben Laden, au lendemain du 11 septembre, utilisaient exactement le même discours de
croisade, de partage du bien et du mal comme si le référent se perdait en chemin. Quelle figure de
l’Autre s’impose alors ? Un Autre menteur à coup sûr. Quelle que soit la faute de cette femme mytho-
mane qui a déclaré une fausse agression antisémite pour attirer l’attention de ses proches sur elle et
rompre avec sa solitude, ou de ce concierge juif qui a maquillé sa vengeance contre la synagogue qui
l’employait en agression anti-juive, que valent ces fabulations comparées aux mensonges de l’admi-
nistration américaine dont meurent encore aujourd’hui des centaines de personnes ? - 55
14. A. FOTI, « Cognitaires de tous les pays, unissez-vous ! », La newsletter de l’appel contre la guerre à
l’intelligence, liste@inrocks.com, 12 mai 2004.
15. P. SLOTERDIJK, La mobilisation infinie : vers une critique de la cinétique politique, Paris, éd. Seuil,
2003.
16. Renvoyons au travail de B. STIEGLER, « Le désir asphyxié, ou comment l’industrie culturelle
détruit l’individu », Le Monde diplomatique, juin 2004, p. 24 et 25. ; La technique et le temps, T.1 : La
faute d’Epiméthée, et T. 2 : La désorientation, Paris, éd. Galilée, respectivement 1994 et 1996.
17. À corréler, bien sûr, à la forclusion qui caractérise aussi bien la science que le discours capitaliste.
18. Un chantier est à ouvrir, au moins en France, pour tenir compte des queers theories : contribuent-
elles à l’effacement de la différence sexuelle, ou obligent-elles à situer l’altérité sexuelle ailleurs que
dans une contre identification quasiment raciste ? (cf. « Queer théories, genres, classes, sexualités »,
dossier spécial, Les Lettres françaises, Nouvelle série, n° 6, 31 août 2004.)
19. Pour nous en tenir à ces dernières, selon Amnesty International, les violences intrafamiliales sont
désormais la première cause de mortalité et d’invalidité pour les Européennes âgées de 16 à 44 ans,
avant les accidents de la route ou les cancers : 52,8 % de portugaises déclarent avoir souffert de telles
violences, 42,4 % de Lithuaniennes, 25 % de Britanniques, 21 % de Hollandaises, 18 % de
Norvégiennes, 13% de Hongroises… sans parler des 75 % de Russes 14000 mortes en 2003, des
Costariciennes qui ont semble-t-il le privilège d’être celles qui font le plus souffrir leurs conjoints. A
ne comptabiliser que les décès, la France compte 6 mortes par mois, l’Espagne 1 tous les 5 jours,
l’Allemagne 300 par an. Le taux de décès de femmes pour violence conjugale atteint 12,62% en
Roumanie, 8,65 en Norvège, 6,58 au Danemark, 4,59 en Suède.
20. O. KELTOSOVA, Rapport à l’Assemblée parlementaire sur les violences domestiques, Conseil de
l’Europe, Strasbourg, septembre 2002 ; cité par I. RAMONET, « Violence mâle », Le Monde diploma-
tique, n° 604, juillet 2004, p. 1.
21. 7,7 % pour les agricultrices, les artisanes, les commerçantes, les chefs d’entreprises, contre 8 à
9 % pour les autres groupes.
22. J. LACAN, « Allocution sur les psychoses de l’enfant », art. cit., p. 363.
23. C’est ce qui fait aujourd’hui la différence avec la position reprise dans Psychanalyse et politique :
sept questions de la psychanalyse au politique, Paris, PUM, coll. « Psychanalyse & », 2000.
24. Cf. J. LACAN, « La science et la vérité », Écrits, Paris, éd. Seuil, 1966, p. 874-875.
25. Je souhaite pouvoir partager l’appréciation de Bruno Latour concernant l’adoption du principe
de précaution le 1er juin 2004 par l’Assemblée Nationale : plutôt que d’y voir une manifestation de
plus de la pseudo-phobie, y lire les prémices de la prise en compte de l’indétermination et de la ques-
tion du sens que la science actuelle a exclu pour se constituer ; alors, en l’introduisant dans la consti-
tution, on rend à la science le même service que la laïcité rendit jadis à la religion Bruno Latour,
« L’avenir du principe de précaution », Le Monde, dimanche 13 et lundi 14 juin 2004, p. 15
26. C. DEJOURS, L’évaluation du travail à l’épreuve du réel : critique des fondements de l’évaluation,
Paris, INRA, 2003 ; C. DEJOURS, Le facteur humain, Paris, PUF, 2002 ; C. DEJOURS, Travail, usure
mentale, Paris, éd. Bayard, 2000 ; C. DEJOURS, Souffrance en France : la banalisation de l’injustice
sociale, Paris, éd. Seuil, 2000 ; Y. CLOT, La fonction psychologique du travail, Paris, PUF, 2002 ; Y.
CLOT (sous la dir. de), Cliniques méditerranéennes, numéro spécial « Psychopathologie du travail », éd.
Éres, n° 66, 2002…
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27. P. GUYOTAT, « De dix à onze doigts », Lignes, numéro spécial « Désir de révolution », n° 4, février
2001, repris dans L’Humanité, lundi 30 avril 2001, p. 12. Tout serait à lire.
28. Paris, éd. Seuil, 1966, p. 321.