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Microéconomie; fiche technique Sébastien

Tadiello

L’équilibre de Nash
I. Définition et propriétés

L’équilibre de Nash est une situation où les acteurs n’ont pas intérêt à dévier individuellement compte tenu de la
stratégie de l’autre. Individuellement les acteurs font un choix
optimal, c’est-à-dire qu’ils maximisent leur utilité, sachant la Né en 1928 John Forbes Nash Jr. a reçu le prix
stratégie de l’autre acteur. Ce sont donc des stratégies Nobel d’économie en 1994 conjointement
mutuellement cohérentes, la meilleure réponse étant retenue dans avec R. Selten et J. Harsanyi pour la théorie
des jeux non coopératifs qu’il avait développé
les deux cas.
cinquante ans plus tôt en tant que doctorant.
Il nous faut souligner trois propriétés : Malgré de graves problèmes psychiatriques et
de nombreuses critiques face à ses résultats
- La rationalité des agents ; c’est l’optimisation à travers la jugés triviaux, il influencera grandement le
recherche de l’intérêt individuel voire un égoïsme des monde économique. Ses principaux travaux
acteurs. sont « Equilibrium Points in N-person
- La spontanéité ; la convergence vers l’équilibre se fait de Games », Proceedings of the National
Academy of Sciences, 1950 ; « The Bargaining
manière instinctive sans qu’il y ait la nécessité d’une
Problem », Econometrica, avril 1950 et « Two-
intervention extérieure.
person Cooperative Games », janvier 1953.
- La stabilité ; les acteurs restent à cet équilibre leur utilité Ron Howard, dans le film A Beautiful Mind
étant maximisée ils n’ont pas intérêt à dévier. (2001), retrace la vie de l’économiste.

On peut noter de fortes similitudes avec l’équilibre de marché


(la « main invisible » d’Adam Smith) en concurrence pure et parfaite car celui-ci aussi est dû à la rationalité, est
spontané et est en général stable. Cependant l’équilibre de marché est unique et Pareto optimal alors qu’il y a
souvent plusieurs équilibres de Nash et qu’ils sont habituellement sous-optimaux au sens de Pareto.

II. Applications et observations

Voleur 2
Dilemme du Nier Avouer
prisonnier (coopération) (défection)
Nier -1 ; -1 -5 ; 0
Voleur 1

(coopération)
Avouer 0 ; -5 -4 ; -4
(défection) (équilibre de
Nash)
Le théorème d’équilibre de Nash voit son application fondamentale dans le cas des jeux finis i : dans tout jeu
fini il existe au moins un équilibre de Nash. L’équilibre est atteint quelque soit le nombre de joueurs et dans un
ensemble trѐs large de stratégies (inclusion des stratégies mixtes ii). Ainsi il peut aussi être appliqué à des jeux à
somme nulleiii mais aussi au dilemme du prisonnier.

Application : Le dilemme du prisonnier. Deux voleurs sont arrêtés car suspectés d’un vol. Ces derniers se sont au
préalable mis d’accord pour nier les faits (donc pour coopérer). Cependant ils ont tous deux connaissances de la
matrice des payoffs ci-contre qui représente les peines en nombre d’années qu’ils pourraient se voir infliger selon
leurs stratégies. Il devient alors tentant d’abuser de la confiance de l’autre et de faire défection pour augmenter
leurs payoff ou gains (ils sont rationnels). Or ils ont tous deux ce même raisonnement et font défection. L’équilibre
de Nash est donc atteint pour (-4 ; -4).

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Une illustration peut-être plus parlante serait l’exemple du film A Beautiful Mind où l’on montre que le surplus
collectif est plus important si le groupe d’amis au bar se concentre sur leurs amies plutôt que sur la trѐs jolie fille qui
vient de rentrer. Ainsi les amies ne sont pas vexées et les garçons certes individuellement moins satisfaits de n’avoir
pu aller voir la jolie fille, ont un surplus collectif plus important puisqu’ils se retrouvent chacun avec une amie.

Son application est bien sûr plus large, par exemple aux situations d’oligopoles avec l’équilibre de Cournot-Nash,
puisqu’il reste un concept actif : il existe toujours au moins un équilibre de Nash et cet équilibre est un point de
référence.

Nous pouvons d’après la constatation d’équilibres de Nash multiples tirer la conclusion que l’équilibre
effectivement atteint dépend de la coordination entre les acteurs et donc de ce que les agents croient et attendent
de l’équilibre. Ainsi d’autres équilibres que celui qui est retenu peuvent être atteints si les croyances ou attentes
changent. De plus rien n’assure l’atteinte d’un équilibre Pareto améliorant (le bien être collectif peut être plus
important dans certains cas ou inversement), d’où l’importance des croyances vis-à-vis de l’équilibre de Nash. Un
bon exemple en serait le cas de la ‘guerre des sexes’ ; un couple est de sortie. Cependant l’homme veut aller voir un
match de boxe et la femme un opéra. Mais ils ne peuvent pas aller séparément voir ce qui les intéresse le plus, le
principe étant de ‘sortir ensemble’. Ainsi l’un doit céder à l’autre, mais deux cas de figures sont possibles, l’homme à
la femme et inversement, il y a donc dans ce cas-ci deux équilibres de Nash. Le surplus collectif est maximisé pour
chaque équilibre de Nash, cependant l’un est plus désirable par elle et l’autre par lui (différence de surplus entre les
acteurs).

Il est à noter l’existence de situations plus souhaitables hors équilibre. Le cas du dilemme du prisonnier en est
un bon exemple pour souligner l’inefficacité d’un équilibre non-coopératif (autre dénomination de l’équilibre de
Nashiv). On voit bien qu’une coopération mutuelle aurait été plus désirable. Ainsi en changeant leurs stratégies les
acteurs peuvent augmenter leur surplus collectif. Cette coordination au sens de Nash autour d’équilibres inefficaces
démontre l’existence d’une tension entre rationalité collective et individuelle, et suggérerait ainsi une amélioration
par une coordination accrue des acteurs.

III. Les limites et alternatives au concept de l’équilibre de Nash

« Dans une situation réelle décrite par un jeu fini, les agents s’ils savent qu’un équilibre de Nash existe vont
peut-être se coordonner sur cet équilibre. »v Le ‘peut-être’ souligne le fait que malgré l’existence d’un équilibre de
Nash les agents ne vont pas forcément chercher à l’atteindre spontanément. La coordination est rendue plus
complexe par la possible existence de multiples équilibres de Nash.

De plus Roger Guesnerie souligne le fait que le théorème de Nash est un mauvais prédicateur de comportement,
les agents remettant en cause la rationalité des autres agents. C’est donc un théorème qui requiert dans son
application beaucoup de rationalité de la part des acteurs. A Guesnerie de conclure qu’il est fréquent que le
théorème de Nash prédise mal la réalité.

Par la suite d’autres concepts d’équilibre ont été développés qui semblent plus solides face à la réalité des
situations. Ainsi en 1974 Robert Aumann a mis en avant l’idée d’équilibres corrélés où les acteurs basent leurs
stratégies sur un common knowledge, c'est-à-dire une observation commune d’un signal donné.

Conclusion

Le concept d’équilibre de Nash a le mérite d’instaurer des bases propices à la réflexion économique cependant il
présente des insuffisances notamment par son aspect sous-Pareto optimal. On lui préférera d’autres théories
d’équilibres plus robustes qui permettent d’atteindre des équilibres plus souhaitables.

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i
Un jeu qui comporte de 1 à T période de jeu où chaque joueur dispose d’un nombre fini de stratégies pures (stratégie déterministe).
ii
C’est le choix aléatoire d’une stratégie parmi plusieurs stratégies pures selon une probabilité choisit par le joueur.
iii
Le contraire d’un jeu à somme variable où dans ce dernier la somme des payoffs peut être positive ou negative, dans le cas des jeux à somme
nulle la somme des payoffs est égal à zéro.
iv
Equilibre non-coopératif car le choix des agents se fait sans accords ou coopération avec les autres et par rapport à sa meilleure alternative
possible. Ce comportement non-coopératif peut amener à une baisse du surplus collectif.
v
Wasmer, Etienne, Principes de microéconomie. Méthodes empiriques et théories modernes ,Pearson, Paris, 2010, p282.

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