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II- Force obligatoire de la loi.

La loi a force obligatoire pendant son existence, c'est-à-dire entre le


moment de sa naissance et celui de sa mort. Toutefois cette force varie en
fonction du type de loi.
A- Naissance et mort de la loi
La loi n'est pas applicable du seul fait qu'elle a été votée par l’Assemblée
Nationale. Elle ne le devient qu'à partir du moment où elle entre en
vigueur, ce qui marque sa naissance et jusqu'à son abrogation, qui
constitue son acte de mort.
1- L'entrée en vigueur de la loi
L'entrée en vigueur de la loi suppose que soient remplies deux conditions
: la promulgation et la publication. Ce n'est qu'à partir du moment où
elles sont remplies que la loi acquiert force obligatoire.
- La promulgation : Pour les lois votées par le Parlement, il faut pour
qu'elles soient exécutoires, une décision du pouvoir exécutif. Cette
décision appartient au Président de la République qui a seul pouvoir, en
vertu de l'article 42 de la Constitution, de promulguer les lois. La
promulgation des lois est un acte ordonnant l'exécution de la loi. Il donne
cet ordre par décret, dit décret de promulgation. En plus de son rôle
d’authentification de la loi, le décret de promulgation a pour fonction
complémentaire de localisation de la loi dans le temps. C'est en effet la
date de ce décret qui devient celle de la loi. Il doit promulguer la loi dans
les 15 jours qui suivent la transmission qui en est faite par le Président de
l’Assemblée Nationale. Ce délai est réduit à 5 jours en cas d’urgence. Une
loi non promulguée par le Président de la République jusqu’à l’expiration
des délais prévus, est déclarée exécutoire par le Conseil Constitutionnel,
saisi par le Président de l’Assemblée Nationale, si elle est conforme à la
constitution.
Pour les ordonnances, les décrets et les autres règlements, il n'est pas
nécessaire de procéder à une promulgation similaire à celle des lois. Leur
promulgation résulte de la signature de l’auteur du texte.
- La publication : Les lois et les règlements doivent être publiés. Vouée à
régir le comportement des citoyens, la règle de droit doit être connue de
ceux-ci. A partir de cette publication, la norme légale ou réglementaire
devient obligatoire et opposable à tous car "Nul n'est censé ignorer la
loi". La publication résulte de l’insertion matérielle de la loi ou du
règlement au Journal Officiel de la République de Côte d’Ivoire
(JORCI). L'exigence est absolue pour les lois et décrets et pour les traités
dûment ratifiés. Le délai de publication est de 3 jours francs. Mais ce délai
peut être raccourci en cas d’urgence ; dans cette hypothèse, la loi est
d’application immédiate après affichage ou après trois communiqués
radiodiffusés.
- Il peut arriver qu’en dépit de sa promulgation et de sa publication, l’entrée
en vigueur de la loi soit retardée soit par la volonté même du législateur
(le texte de loi précise alors lui-même la date de son entrée en vigueur),
soit que l'entrée en vigueur de la loi est subordonnée à la publication d'un
décret d'application.

2- L'abrogation de la loi
- La loi, comme le règlement est normalement faite pour durer. Toutefois
certaines dispositions légales ont un caractère temporaire (c’est le cas des
lois de finance, qui peuvent comporter des dispositions applicables à la
seule année considérée). En dehors de ces hypothèses, la loi ne cessera de
s'appliquer que lorsqu'elle aura été abrogée, c'est-à-dire lorsque ses
dispositions auront été supprimées (cette abrogation ne peut être décidée
en principe que par l'autorité qui a été compétente pour la créer).

3 - L’application de la loi dans le temps

Lorsqu’une loi nouvelle entre en vigueur, à quelles situations


s’applique-t-elle ? Saisit-elle les situations déjà accomplies ou en cours
d’exécution ou s’applique-t-elle aux situations à venir ? La question ne
manque pas d’intérêt. Supposons que, avant le déroulement des épreuves de
l’examen du baccalauréat, la loi en vigueur disposait que pour devenir
boursier en première année à l’université, il faut avoir une note supérieure
ou égale à 14 sur 20 à l’examen et être âgé de moins de 25 ans. Après la
rentrée universitaire, les députés ont voté une loi nouvelle qui fixe la
moyenne à 15/20 et l’âge à moins de 22 ans. Si on décidait que la loi
nouvelle devrait saisir les situations accomplies avant son entrée en vigueur,
ceux qui ont eu le bac avant sa promulgation devront remplir les nouvelles
conditions. Mais si on décidait que la loi nouvelle ne devrait régir que les
situations à naître après sa promulgation, ceux qui ont déjà eu le bac seront
soumis aux conditions de l’ancienne loi. Dans le premier cas, on dira que la
loi a un effet rétroactif ; alors que dans le second, elle n’aura eu d’effet que
pour l’avenir.

L’histoire du droit français permet de constater que la Révolution française


avait fait des lois délibérément rétroactives. En 1794, elle avait déclaré
applicable dans toutes les successions ouvertes depuis le 14 juillet 1789,
même celles qui étaient déjà liquidées, la nouvelle loi successorale qu’elle
avait promulguée. Il s’ensuivit une remise en cause des droits et des
propriétés ainsi qu’un ébranlement de la sécurité juridique. La législation
postérieure a entendu réagir contre ce souvenir.

C’est en cette circonstance que le Code civil est promulgué en 1804. Il


adopte en son article 2, c : « La loi ne dispose que pour l’avenir ; elle
n’a point d’effet rétroactif ». La loi n’est donc pas rétroactive et ne
s’appliquera pas, en principe, aux situations juridiques accomplies
avant son entrée en vigueur : c’est le principe de la non
rétroactivité.

Mais quelle est la portée de ce principe ?

De la lecture de l’article 2 du Code civil, il convient de retenir deux règles


principales :

Le principe de la non- rétroactivité s’impose au juge

Le principe de la non -rétroactivité ne s’impose pas au législateur

a – Le principe de la non-rétroactivité s’impose au juge


Lorsqu’un juge est saisi d’une nouvelle loi qui ne contient aucune disposition
quant à son application dans le temps, il a le devoir de l’appliquer d’une
manière non-rétroactive. C’est le sens de l’article 2 du Code civil. Si nous
reprenons le cas de la nouvelle loi relative à l’attribution des bourses d’étude,
elle ne s’appliquera pas à ceux qui ont eu le bac avant sa publication au J.O.
Ceux-ci resteraient soumis à l’ancienne loi. Le principe de la non-
rétroactivité conduit ainsi à la survie de la loi ancienne qui va empiéter sur la
période postérieure à son abrogation.
Enfin, en matière pénale, les lois nouvelles plus douces sont d’application
immédiate.

b – Le principe de la non-rétroactivité ne s’impose pas au législateur


En raison de ce que le Code civil lui-même, a fortiori l’article 2, est une loi
et, en plus, une loi ordinaire, le législateur peut s’en affranchir ou
l’aménager.

Il peut s’en affranchir de deux manières : soit en édictant des lois


expressément rétroactives, soit en adoptant des lois interprétatives. Dans
le premier cas, c’est le législateur qui déclare que la loi aura des effets.
2 - LES SOURCES DIRECTES NON ECRITES : LA COUTUME
- Historiquement, les règles coutumières sont apparues avant la loi écrite.
Dans l'Ancien droit, la coutume était la source essentielle du droit. Mais
avec la Révolution française, il y eut un véritable culte de la loi et la coutume
a tendance à disparaître sous l'effet de la centralisation politique,
administrative et judiciaire. Aujourd'hui, la coutume a une importance
mineure en tant que source du droit.

La coutume apparaît comme une pratique de la vie juridique qui


présente un caractère habituel et qui, de ce fait, tend à se poser en règle
de droit. La coutume suppose la réunion d'un élément matériel et d'un
élément psychologique.
- L'élément matériel. Les critères traditionnels sont : usage
ancien, constant, notoire et général.
L'usage doit être ancien, c'est-à-dire résulter d'un assez grand nombre
d'actes analogues (plus vrai aujourd'hui dans le domaine des affaires);
constant, ce qui signifie que les comportements doivent avoir été
relativement semblables ; notoire, c'est-à-dire connu du groupe de
personnes concernés et général, c'est-à-dire s'appliquer à l'ensemble du
groupe de personnes. L'usage doit être un comportement suivi de manière
habituelle.
- L'élément psychologique : Il y a une véritable conviction du groupe
d'agir en vertu d'une règle obligatoire.
L'usage est perçu comme un comportement obligatoire par l'opinion
commune. Il est perçu comme étant une règle de droit et devient ainsi
règle de droit. La coutume émane directement du peuple sans passer par
ses représentants.
- La coutume s'oppose à la loi par sa formation lente et non délibérée.
Cette création lente a pour avantage d'adapter parfaitement la règle de
droit aux idées morales, aux besoins économiques et sociaux du groupe.
De plus, la coutume n'est pas figée comme une loi, elle évolue en fonction
des besoins et des mœurs du groupe.
Par contre, la coutume a l'inconvénient de générer une règle imprécise,
mal connue, difficile à saisir dans son étendue en raison de sa perpétuelle
évolution et du fait quelle soit non écrite. Rédiger les coutumes ne les
figent pas, elles continuent à évoluer, elles ne deviennent pas des lois car
elles ont une origine populaire.
2-Les sources indirectes de la règle de droit

Il s’agit des sources dites d'interprétation que sont la jurisprudence et la


doctrine, car leur interprétation de la loi est parfois créatrice de droit.
a- La jurisprudence
- Le mot "Jurisprudence" a deux sens. Pris dans un sens large, il désigne
"l'ensemble des décisions rendues par les juges" ; pris dans un sens étroit,
il correspond au phénomène créateur de droit, c'est-à-dire, "l'interprétation
d'une règle de droit définie, telle qu'elle est admise par les juges".
Le juge a pour mission d'appliquer la loi. Mais, la loi n'a pas toujours
précisément prévu le cas qui lui est soumis. Soit parce qu'elle n'y avait pas
pensé, soit parce qu'il s'agit d'un problème nouveau que personne n'avait
envisagé. On peut alors estimer que le juge a pour rôle de faire évoluer le droit
résultant d’un texte écrit, figé. De plus, le contenu de la loi n'est pas toujours
clair. Dans ce cas, le juge doit interpréter la loi.
Le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l'obscurité ou de
l'insuffisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de
justice"1. Les juges ne peuvent donc pas s’opposer à l’application des lois.
Même si le texte ne leur paraît pas opportun, équitable, ils sont dans
l’obligation de l’appliquer. Le rôle du juge est d’appliquer la loi.
Cela signifie également que lorsque le texte est clair, le juge ne doit pas
l’interpréter, mais l’appliquer purement et simplement.
Il n'est donc pas possible au juge de se retrancher derrière l'incertitude,
l’obscurité ou l’ambigüité de la règle de droit. Mais, dans cette hypothèse,
le juge va examiner ce qui a pu être décidé par les autres juges confrontés au
même problème. C’est ce phénomène qui va conduire le juge à devenir un
législateur supplétif.
Le juge confronté à une règle de droit obscure, dont le sens est incertain, doit
l’interpréter. Bien souvent, il va se référer à la motivation des décisions de
ses collègues, soutien du dispositif de celles-ci. Peu à peu, à force de
décisions interprétant la règle de droit dans le même sens, une jurisprudence
va se créer, une règle va s'imposer en tant que norme juridique. A partir
du moment où le juge est obligé de statuer en droit et de motiver sa
décision, il doit relater les étapes de son raisonnement.
Le juge se présente alors, comme le souligne l'expression du Doyen Ripert,
"le législateur des cas particuliers". En interprétant la règle de droit le
juge apparaît comme un législateur car l’interprétation est créatrice.
b- La doctrine
On appelle "Doctrine", l'ensemble des travaux écrits consacrés à l'étude du
droit, et leurs auteurs. La doctrine ainsi entendue, recouvre des œuvres les plus
diverses qui sont élaborées principalement par des universitaires, notamment
des professeurs de droit, mais aussi par des praticiens, des avocats, magistrats
ou notaires. On peut distinguer trois types d'écrits :
- Les ouvrages généraux consacrés, en un ou plusieurs volumes, à une
branche du droit (droit civil, droit commercial, droit pénal, etc.)
- Les ouvrages spécialisés portant sur des thèmes limités. Ceux-ci sont des
thèses de doctorat ou des monographies à finalité plus utilitaire, destinés
essentiellement aux praticiens.
- Les écrits ponctuels, qui prennent la forme d'articles, d'études ou de
chroniques de quelques pages consacrés à un thème précis, le plus souvent
d'actualité légale ou jurisprudentielle, ou de note de jurisprudence,
commentant une décision de justice, et les consultations.
La doctrine joue précisément le rôle de commenter chaque texte, en lui-
même, en le confrontant avec la réalité sociale et surtout en le rapprochant aux
autres textes. La doctrine édifie un ensemble explicatif. Elle a donc un rôle
pédagogique.