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Note Sectorielle

Huile d’olive: quel potentiel pour le Maroc?


Juillet 2006

Analyse & Recherche

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Sommaire

Abréviations ......................................................................................................................................3

Excutive Summery .............................................................................................................................4

Partie I : L’huile d’olive : Un engouement mondial grandissant ..........................................................5

Une filière régie par des accords internationaux ....................................................................6

Une production concentrée sur le bassin méditerannéen .......................................................7

Un marché en expansion continue.........................................................................................8

Une pression à la hausse des prix internationaux...................................................................9

Partie II : L’huile d’olive au Maroc : du potentiel à exploiter.............................................................11

Une prédisposition naturelle................................................................................................12

… Mais une production nationale limitée ...........................................................................13

Des exportations fortement volatiles ...................................................................................15

Partie III : Des opportunités de développement à concrétiser ...........................................................17

Un plan national en panne ..................................................................................................18

… Dans l’attente d’une plus grande implication des pouvoirs publics..................................19

®
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Huile d’olive, quel potentiel pour le Maroc ?
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Abréviations

AOP Appellation d’Origine Protégées

COI Conseil Oléicole International

EUR Euro

FAO Food and Agriculture Organization

Ha Hectare

M Million

MAD Dirham Marocain

Md Milliard

SODEA Société de Développement Agricole

t Tonne

TCAM Taux de Croissance Annuel Moyen

USD Dollar américain

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Executive Summary

La consommation d’huile d’olive connaît ces dernières années un engoue-


ment grandissant, capitalisant sur ses vertus aussi bien médicinales qu’ali-
mentaires. Elle est obtenue après trituration de l’olive dont le potentiel
mondial se concentre pour l’essentiel sur le bassin méditerranéen, confé-
rant ainsi aux pays qui le constitue, le monopole des exportations. Tirant
profit des besoins en évolution, qui se traduisent par une demande orien-
tée vers des produits plus différenciés et d’origine biologique, le marché
mondial de l’huile d’olive s’inscrit dans un canal ascendant aussi bien en
terme de production que de tarifs à l’export.

Au Maroc, l’huile d’olive bénéficie d’une connotation fortement écono-


mique et sociale. En outre, la superficie arboricole nationale est en grande
partie composée de la culture de l’olivier érigeant ce dernier en tant que
principale culture fruitière du pays. Toutefois, les capacités actuellement en
exploitation évaluées à 590 mille hectares demeurent bien loin du poten-
tiel oléicole réel national.

Cette filière, bien que génératrice de revenus pour l’économie marocaine,


présente toujours des défaillances qui limitent sa contribution. Les aléas cli-
matiques, couplés à des pertes de productivité en raison de l’application de
techniques d’exploitation rudimentaires font que l’industrie de l’huile
d’olive au Maroc est bien moins développée que celle des pays voisins du
pourtour méditerranéen.

Pourtant, les pouvoirs publics avaient mis en place en 1998 un ambitieux


programme de développement de la filière oléicole qui, faute d’engage-
ment réel, est loin d’avoir atteint les résultats escomptés.

Ce constat d’échec reflète particulièrement le manque de volontarisme de


la part de l’Etat pour une filière aux poids économique et social importants
et qui aurait pu être le catalyseur de développement des exportations
agroalimentaires marocaines.

Le potentiel est certes important mais encore faut-il s’armer de moyens


adéquats pour le concrétiser. En effet, pour permettre au secteur oléicole
de jouer son véritable rôle de locomotive du développement dans le monde
rural, les efforts des pouvoirs publics devraient se focaliser sur (i) la pour-
suite du programme d’extension des superficies oléicoles et ce, à travers le
désenclavement des zones non-irriguées et semi-arides, (ii) l’amélioration
de la qualité, grâce notamment au renforcement de la diversité génétique
et au respect des normes phytosanitaires et enfin, (iii) la promotion de
l’huile d’olive marocaine tant au niveau national qu’international.

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Partie I

L’huile d’olive :
un engouement mondial grandissant

U N E F I L I È R E R É G I E PA R D E S A CCO R DS
I N T E R N AT I O N A U X

U N E P R O D U C T I O N CO N C E N T R É E S U R L E B A SS I N
MÉDITÉRRANÉEN

U N M A R C H E E N E X PA N S I O N CO N T I N U E

U N E P R E SS I O N A L A H A U SS E S U R L E S P R I X
I N T E R N AT I O N A U X

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L’huile d’olive : un engouement


mondial grandissant

Arbre fruitier connu depuis des millénaires, l’olivier se cultive à des fins
multiples : la production d’olives de table ainsi que l’extraction d’huile
pour la consommation aussi bien alimentaire que pour des usages médi-
caux.

Une huile aux mul- L’expression huile d’olive (ou oleum en latin) représente la racine étymolo-
tiples vertus gique du mot huile, qui se définie comme une matière grasse onctueuse,
insoluble dans l’eau et généralement liquide à la température ambiante.
À l’instar des autres produits agricoles, les propriétés organoleptiques de
l’huile d’olive ou celles perçues par les organes du sens, dépendent du cul-
tivar (variété), du terroir (sol+climat), des pratiques agronomiques et de la
maîtrise du processus de transformation. De ce fait, cette huile peut être
classifiée selon son goût (niveau d’amertume), ses arômes (fruité mûr, fruité
vert, fruité noir, etc.) et ses sensations kinesthésiques (différences d’onc-
tuosité).

En pratique, l’huile d’olive est disponible à l’état brut ou raffiné. Ainsi, sou-
mise à un processus de filtrage, de décoloration et de désodorisation, l’huile
brute ou huile d’olive lampante peut être qualifiée de vierge ou d’extra-
vierge selon son taux d’acidité. Après extraction de l’huile vierge, les olives
résiduelles produisent une huile d’olive de qualité moindre appelée l’huile
de grignons d’olive.

Une filière régie par des accords internationaux


Les premiers efforts concertés de la communauté internationale pour pro-
téger les intérêts de l’industrie de l’huile d’olive remontent à l’Accord
Création en 1959 du International sur l’huile d’olive signé en 1956 sous l’égide des Nations
Conseil Oléicole Unies. Ses principaux objectifs consistaient en l’encouragement de la coor-
International dination internationale des politiques de production, d’industrialisation et
de commercialisation dans le secteur oléicole.

Dans ce cadre, le Conseil Oléicole International a été créé en 1959 afin


d’administrer les objectifs entérinés et a vu l’aboutissement de cinq accords
dont le dernier a été adopté le 29 avril 2005 pour une période de 10 ans.

Celui-ci a introduit de nouvelles priorités pour les pays signataires, parmi


lesquelles :

Le développement des technologies d’extraction des huiles d’olive ;

La protection des indications géographiques à travers les appellations


d’origine ;

Et, le renforcement de la sauvegarde de l’environnement.

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Une production concentrée autour du bassin méditérannéen


Evalué à environ 830 millions d’oliviers répartis sur près de 9 millions
d’hectares, le patrimoine mondial est concentré pour l’essentiel sur le bas-
sin méditerranéen. Ce dernier, subissant les aléas climatiques, notamment
Production dépen- les sécheresses et les gels, conditionne une production fluctuante d’olives
dante des aléas cli- et, de facto, une offre irrégulière d’huile. Par ailleurs, cet arbre fruitier est
matiques soumis à l’alternance biologique, impliquant une succession de bonnes et de
mauvaises récoltes. Il existe 140 variétés d’oliviers dont les plus connues
sont les espèces Hojiblanca et Verdial en Espagne et la Picholine en France.

En 2005, la production mondiale d’huile d’olive s’établit aux alentours de


2,6 millions de tonnes, comparée à moins de 2 millions de tonnes dix
années auparavant. La Communauté Européenne demeure le principal
fournisseur et l’Espagne, revendique, à elle seule, une part de marché de
46%.

Principaux pays producteurs 2003/2004

Reste du monde 9%
Turquie 2%
Syrie 3%

Tunisie 7%

Espagne, n°1 mon- Espagne 46%

dial du secteur
Grèce 12%

Italie 21%

Source : CNUCED

Outre le fait de bénéficier d’un climat favorable, cette position de leader


des pays de l’Europe du Sud s’explique également par une politique volon-
tariste de l’Union Européenne, laquelle intervient directement dans le pro-
D’importantes sub- cessus de valorisation, allant du partenariat en Recherche &
ventions de l’UE au Développement au financement des campagnes d’information et de pro-
profit du secteur motion. C’est dans ce cadre qu’un budget annuel de EUR 3 Md est consa-
cré pour l’amélioration de la qualité et l’encouragement de la production.

Par ailleurs, et pour mieux différencier leurs produits dans un marché glo-
balisé, les principaux pays producteurs européens ont doté leurs produits
d’Appellations d’Origine Protégées1.

1 Grèce (12), Espagne (9), Portugal (5), France (5), etc.

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Un marché en expansion continue


S’inscrivant dans un canal haussier, la consommation mondiale d’huile
d’olive atteint près de 2,8 millions de tonnes en 2005, soit une augmenta-
tion de 50% sur les dix dernières années.

Production et consommation mondiale d'huile d'olive

(1000 t)
3 400
Production Consommation
3 200

Une consommation 3 000

mondiale en forte 2 800

hausse 2 600

2 400

2 200

2 000
2000 2001 2002 2003 2004 2005

Source : CNUCED

En dépit de cette ascension, le marché de l’huile d’olive reste marginal,


représentant moins de 5% dans la consommation globale des huiles de
table ; l’essentiel des huiles utilisées provenant de la trituration des graines
oléagineuses.

Au niveau de la répartition géographique des ventes, le pourtour méditer-


ranéen absorbe plus des deux tiers des écoulements d’huile d’olive avec en
tête l’Italie où la part dans la consommation planétaire avoisine les 27%.
Par habitant, c’est la Grèce qui se démarque, avec en moyenne plus de
25 litres d’huile d’olive consommée par an, contre 13 litres en Espagne et
12 litres en Italie.

Principaux pays consommateurs 2003/2004

Reste du monde 29%


Italie 27%
Italie : consomma-
tion importante
d’huile d’olive par
habitant France 3%

Syrie 4%
Espagne 21%
Etats-Unis 7%
Grèce 9%

Source : CNUCED

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En outre, se distinguant par ses qualités nutritives et ses propriétés médici-


nales, l’usage de cette huile suscite un engouement grandissant de la part
des consommateurs hors du bassin méditerranéen.

Les Etats-Unis constituent, précisément, le plus important marché d’huile


Etats-Unis : un mar- d’olive, assurant une demande annuelle de plus de 200 000 tonnes, satis-
ché juteux pour les faite quasi-intégralement par des importations. Les marchés australien,
exportations canadien, japonais et brésilien émergent, de leur côté, avec des consomma-
tions respectives oscillant autour de 30 000 tonnes par année.

L’essentiel des importations de ces cinq pays est acheminé à partir de la


Communauté Européenne, polarisant plus des deux tiers des flux commer-
ciaux.

Évolution mondiale des exportation d'huile d'olive

(1000 t) M USD
1 600 6 000

1 400 Volume exportés Recettes générées


5 000
1 200
4 000
1 000

800 3 000

600
2 000
400
1 000
200
0 0
2000 2001 2002 2003 2004

Source : FAO

Marché de USD 5 Md Marché juteux, les exportations mondiales d’huile d’olive génèrent en
par an 2005 un flux d’affaires de près de USD 5 Md contre USD 2,2 Md en 2000,
soit un TCAM de l’ordre de 21,9% sur la période.

Une pression à la hausse des prix internationaux


L’évolution des prix de l’huile d’olive est, quant à elle, corrélée à celle des
Volatilité des huiles et des matières grasses. Les tarifs de ces produits oléagineux, repré-
récoltes… sentés par l’indice de la FAO du prix des huiles et des matières grasses, mar-
quent une hausse soutenue sur les cinq dernières années. En effet, sur la
période 2000-2004, l’indice affiche une croissance annuelle moyenne de
13,4% passant de 81 à 134. Cette appréciation résulte essentiellement
d’une forte demande dans un contexte de volatilité des récoltes.

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Prix moyens USD/t

USD
3 700

… induisant une ten- 3 200

sion sur les cours


2 700
mondiaux
2 200

1 700

1 200
2000 2001 2002 2003 2004

L’observation de l’évolution des prix de vente à l’international confirme ce


constat, ceux-ci ayant progressé de USD 2 210 la tonne en 2000 à
USD 3 254 la tonne en 2004, traduisant un accroissement annuel moyen de
10,2%.

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Partie II

L’huile d’olive au Maroc :


du potentiel à exploiter

U N E P R É D I S P OS I T I O N N AT U R E L L E …

… M A I S U N E P R O D U C T I O N N AT I O N A L E L I M I T É E

D E S E X P O R TAT I O N S F O R T E M E N T V O L AT I L E S

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L’huile d’olive au Maroc :


du potentiel à exploiter

Une prédisposition naturelle…


Au Maroc, le développement de l’olivier s’est principalement effectué
Activité vitale pour autour d’une politique gouvernementale d’autosuffisance nationale en pro-
le monde rural duits agroalimentaires, notamment en huiles. Dans ce cadre et s’appuyant
sur des prédispositions d’ordres climatiques, religieuses et sociales, la cul-
ture de l’olivier constitue une activité économique vitale pour le monde
rural au Maroc.

Principale conséquence de cette politique, la superficie plantée en olivier


réalise un bond de 4,6x, passant de 129 mille Ha en 1960 à 590 mille Ha
en 2004, représentant plus de la moitié de la superficie arboricole natio-
nale, et constituant, de ce fait, la principale culture fruitière du pays. Sur les
dix dernières années cette superficie2 s’est en moyenne élargie de plus de
3% par an.

Évolution de la superficie plantée en Olivier

Mille Ha

600

500

400

300

200

100

0
1960 1970 1980 1990 1995 2000 2001 2002 2003 2004

Source : Ministère de l’agriculture

Disposant de la cinquième superficie oléicole dans le bassin méditerranéen,


le Maroc ne se situe qu’en 9e position en terme de production, comparati-
vement aux autres pays de la région.

À l’instar des autres filières du secteur agroalimentaire, l’industrie de trans-


formation d’huile d’olive constitue un prolongement naturel des activités
Une filière qui génère agricoles et, de ce fait, se taille une position de choix dans l’économie
une valeur ajoutée marocaine. Cette branche compte, en effet, 136 établissements générant en
de M MAD 108,2 2003 une valeur ajoutée de M MAD 108,2 pour près de 1 200 emplois
directs crées. En tenant compte des unités traditionnelles ou " maasras ", le
nombre de postes permanents occupés par la filière est estimé à 55 000
emplois, correspondant à 15 millions de journées de travail.

2 Signalons, cependant, que le potentiel oléicole réel national est estimé par la FAO à plus de 8 millions d’hectares, bien loin des capa-
cités actuellement en exploitation.

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La production d’olives et la fabrication d’huile d’olive demeurent forte-


De faibles rende- ment conditionnées par un amont agricole lui même tributaire des aléas cli-
ments matiques. Ainsi, en dépit de l’expansion des superficies plantées, les rende-
ments à l’hectare se caractérisent par une forte volatilité, passant de 1,41 t
en 1960 à 1,72 t en 2003 puis à 0,85 t en 2004.

Évolution du rendement de l'olivier

t/Ha
2,00

1,50

1,00

0,50

0,00
1960 1970 1980 1990 1995 2000 2001 2002 2003 2004

Source : Ministère de l’agriculture

De plus, il est important de souligner les différences de productivité entre


les zones irriguées et celles Bour : 1,6 t/Ha pour les premières contre
0,5 t/Ha pour les secondes3.

… Mais une production nationale limitée


Le caractère imprévisible des conditions climatiques ne constitue pas
Une variété géné- l’unique contrainte à la stabilité de la productivité. Les pratiques agrono-
tique limitée miques sont également déterminantes pour l’optimisation et la stabilisation
des rendements. En effet, le Royaume dispose une diversité restreinte à
trois variétés4 : la Haouzia, la Ménara et la Picholine, qui présentent une
sensibilité à la verticilliose5, fragilisant les plantations nationales.

Face à ce handicap majeur et en l’absence d’un soutien réel à la Recherche,


le Maroc, à travers plusieurs accords internationaux, a eu accès au patri-
moine génétique des pays les plus avancés dans ce domaine. Il dispose
aujourd’hui d’une réserve de près de 370 variétés dans une pépinière loca-
lisée dans la région de TASSAOUT, lui permettant ainsi de rattraper un
retard de plus de 50 ans en Recherche et Développement.

Deux autres facteurs majeurs agissent en défaveur du développement du


secteur. Il s’agit :

Des pratiques agro- De la mauvaise conduite technique de la culture oléicole au Maroc qui
nomiques altère la productivité notamment suite à des pratiques d’élagage hors de
défaillantes temps ;

3 Correspondant à des taux de rendement plutôt faibles respectivement de 26% et de 12% comparativement aux normes théoriques.
4 Haouzia et Ménara ont été développées par le génie–génétique national.
5 Maladie : champignon qui pénètre par les racines de l’olivier et se diffuse jusque dans feuillage.

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Et, du morcellement des terrains qui ne facilite guère une gestion éco-
nomique rationnelle des exploitations.

Une prépondérance De son côté, la transformation industrielle connaît plusieurs limites, liées à
d’unités tradition- la prépondérance des " maasras ", unités traditionnelles utilisant des tech-
nelle niques de trituration rudimentaires. Il en découle de faibles capacités de
traitement, des rendements d’extraction bas, une qualité d’huile médiocre
et des rejets non valorisés.

Dans ce contexte, la production d’olives et celle d’huile d’olive affichent


des évolutions annuelles moyennes quasi-similaires et relativement faibles,
respectivement de 2,3% et de 3,2% sur la période 1960-2004.

Évolution de la production d'olives Évolution de la production d'huile d'olive


Mille Tonnes
Mille Tonnes
1 050
100

850
80

650
60

450
40

250
20

50
0
1960 1970 1980 1990 1995 2000 2001 2002 2003 2004 1960 1970 1980 1990 1995 2000 2001 2002 2003 2004
-150

Source : Ministère de l’agriculture

Une production en Au titre de la campagne agricole 2004/2005, les volumes produits se fixent
recul à 500 mille tonnes pour la production d’olives et à 50 mille tonnes pour
celle d’huile d’olive, marquant un recul de 50% comparativement à 2004
où la production s’était élevée respectivement à 1 million de tonnes et à
100 mille tonnes.

La ventilation géographique des plantations oléicoles laisse apparaître une


prédominance des zones de Taounate, de Taza6 et du Haouz dont la super-
ficie globale totalise près de 241 mille Ha, soit 40% des terrains consacrés
à cette culture au niveau national.

Répartition des plantations oleicoles (campagne 2004-2005)

Taounate 15%
Autres 24%

Une prédominance
des cultures dans le Khemisset 2%
Haouz 15%

rif et le pré-rif Sefrou 3%


Azilal 3%
Tadla 3% Taza 11%
Souss-Massa 3%
Meknes 3% Chefchaouen 6%
Sidi Kacem 4% Nador 4%
Fes 4%

Source : Ministère de l’agriculture

6 Ces deux régions ont particulièrement bénéficié des retombées du Programme de Conservation et de Restauration des Sols -DERO-
engagé par l’Etat marocain au début des années 80 dans le Rif et le Pré-Rif.

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Pour leur part, les rendements à l’hectare sont disparates entre les diffé-
rentes régions géographiques et connaissent d’importantes fluctuations
d’une campagne à l’autre. À titre indicatif, les rendements à l’hectare de la
dernière récolte varient entre 0,11 t et 2,33 t.

Des exportations fortement volatiles


Les exportations marocaines d’huile d’olive évoluent au gré de la produc-
Des débauchés à tion locale mais aussi en fonction des conditions du marché international.
l’export aléatoires Ainsi, sur la période 2000-2004, les exportations marocaines ont affiché un
TCAM de 34,5%. Cette forte croissance résulte de la production record
relative à la campagne 2003-2004 qui s’est traduite par un accroissement
remarquable des exportations marocaines d’huile d’olive tant en terme de
volumes écoulés que de recettes générées.

Exportations nationales d'huile d'olive

(1000 t) M USD
60,0
20
Volume exportés Recettes générées
50,0

15 40,0
2004 : une année
exceptionnelle 10
30,0

20,0
5
10,0

0 0,0
2000 2001 2002 2003 2004

Source : FAO

En effet, les exportations marocaines d’huile d’olive totalisent en 2004 près


de M USD 50 contre M USD 12 en 2000, en progression moyenne de
42,9% par an7.

Exportations d'huile d'olives en 2004 par pays

(1000 t) M USD

1 600 6 000

1 400
Volume exportés Recettes générées 5 000
1 200
4 000
1 000

800 3 000

600
2 000
400
1 000
200

0 0
Monde Maroc Grèce Tunisie Italie Espagne

Source : FAO

7 A noter qu’en raison de la faiblesse de la production, les expéditions à l’étranger ont oscillé entre M USD 0,2 et M USD 7 sur la période
2001-2003.

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Toutefois, malgré cette campagne exceptionnelle, les exportations marocaines


Des exportations
demeurent relativement faibles comparativement aux pays voisins du pour-
faibles comparative-
tour méditerranéen tels que la Grèce, la Tunisie, l’Italie et l’Espagne où elles
ment aux pays voi-
sins atteignent respectivement 43 300 t, 211 200 t, 427 300 t et 649 000 t pour des
recettes de M USD 152, M USD 568, USD 1,63 Md et USD 2,0 Md.

En termes de prix, les tarifs à l’export ont connu une évolution en dents de
scie au cours des cinq dernières années. Toutefois, sur la période 2002-
2004, les prix de l’huile d’olive ont augmenté en moyenne de 23,3%, pas-
sant de USD 1 569 à USD 2 387 la tonne.

Évolution des tarifs moyens à l'export

USD/t
2 600

2 400

2 200
Raffermissement des
cours depuis 2002 2 000

1 800

1 600

1 400
2000 2001 2002 2003 2004

Source : FAO

Des cours soutenus Pour 2005, la forte demande extérieure couplée à une offre en repli, consé-
par le déficit de la cutivement à la baisse de la production espagnole, devraient aboutir au ren-
production espagnole chérissement de plus du tiers du prix de vente de l’huile d’olive dépassant
ainsi les MAD 27 700 la tonne.

Prix de la tonne d'huile d'olive par pays

USD/t
4 000
3 800
3 600
3 400
3 200
3 000
2 800
2 600
2 400
2 200
2 000
Monde Maroc Grèce Tunisie Italie Espagne

Source : FAO

L’huile marocaine Signalons par ailleurs que l’huile d’olive marocaine est l’une des moins chères
parmi les moins bien au monde. En effet, en 2004, le tarif moyen de vente de l’huile d’olive locale
valorisées s’établit à USD 2 387/t contre USD 2 690/t pour l’huile d’olive tunisienne et
USD 3 093/t pour l’espagnole. L’huile d’olive de provenance italienne étant
la plus réputée, son prix moyen de vente s’élève à USD 3 805/t.

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Partie III

Des opportunités de développement


à concrétiser

U N P L A N N AT I O N A L E N PA N N E …

… D A N S L’AT T E N T E D’ U N E P LU S G R A N D E
I M P L I C AT I O N D E S P O U V O I R S P U B L I C S

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Des opportunités de développement


à concrétiser

Un plan national en panne …


Face au retard accumulé par le secteur oléicole au Maroc, comparativement
Mise en place par les
à certains pays du pourtour méditerranéen comme la Tunisie, la Syrie et la
pouvoirs publics du
Grèce, les pouvoirs publics ont mis en place un plan national de dévelop-
PNO
pement de cette filière visant l’augmentation significative de la production
ainsi que la recherche d’une meilleure efficience économique pour l’en-
semble des intervenants qui y opèrent.

D’un coût global de MAD 4 Md, dont MAD 1,5 Md à la charge de l’Etat,
le Programme National Oléicole -PNO-, a retenu les principaux axes sui-
vants :

L’intensification de la conduite du patrimoine oléicole existant à travers


l’amélioration des performances des oliveraies ;

L’extension des superficies plantées en oliviers pour atteindre un mil-


lion d’hectares à l’horizon 2010, soit un rythme annuel moyen de
l’ordre de 42 mille hectares ;

La valorisation de la production, maillon faible de la filière du fait de


la prépondérance de " maasras " traditionnelles, via l’octroi de subven-
tions pour la réalisation d’investissements dans des unités modernes de
trituration. Une attention particulière aurait dû être également allouée
à la promotion de la qualité dans le but ultime d’établir un Label Maroc
reconnu sur le plan international ;

Et, l’organisation de la profession à travers un plus grand soutien pour


la fédération des intérêts des producteurs au sein d’une organisation
professionnelle unique, servant d’interlocuteur crédible vis-à-vis des
pouvoirs publics.

Sept ans après sa mise en œuvre, force est de constater que le PNO est loin
Sept ans après, des
d’avoir atteint ses objectifs de départ. En effet, un diagnostic succinct de la
objectifs non atteints
situation actuelle fait ressortir ce qui suit :

Les superficies additionnelles cultivées sur toute la période ne dépassent


pas 100 000 hectares, soit l’équivalent des superficies prévues au cours
des deux premières années du programme ;

Le niveau de la production n’a pas augmenté de façon significative,


demeurant sujet aux mêmes aléas qu’avant l’application du PNO ;

Le système de subvention n’a pas été réellement activé, privant le Projet


du catalyseur des incitations et maintenant le secteur dans une situation
léthargique.
Objectif 2020 : pro-
duction de 273 000 Rappelons, que le PNO se fixait comme objectif de hisser la production, à
tonnes d’huile l’horizon 2020, à 250 000 tonnes d’olives de table et à 273 000 tonnes
d’olive… d’huile d’olive devant drainer une valeur ajoutée de plus de MAD 3 Md.

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Il est certain que le potentiel du Maroc en matière oléicole n’est pas entiè-
rement exploité. Toutefois, face à l’inertie tant des pouvoirs publics que des
opérateurs, cette filière risque de rester à l’écart du développement écono-
mique et social que connaît actuellement le pays.

…Dans l’attente d’une plus grande implication des pouvoirs


publics
Devant ce constat, il serait opportun de relancer le PNO à travers une plus
grande implication de l’Etat, pour faire du secteur oléicole une véritable
locomotive du développement dans le monde rural. Pour ce, une nouvelle
stratégie doit être élaborée visant une plus grande promotion de la filière et
un meilleur positionnement sur le marché mondial de l’huile d’olive.

Dans ce sillage, les actions à entreprendre peuvent être synthétisées dans


(i) l’extension des superficies oléicoles, (ii) l’amélioration de la diversité
génétique et (iii) la promotion de l’huile d’olive marocaine à l’étranger.

Gestion des programmes d’extension des superficies


oléicoles
Le programme d’extension des superficies oléicoles nécessite une implica-
tion soutenue et continue afin de lui permettre de réaliser ses objectifs.
À cet effet, et afin de permettre une réelle maximisation de la valeur ajou-
tée, les efforts devraient s’orienter prioritairement vers le désenclavement
des zones non-irriguées, plus particulièrement celles semi-arides.

Pour réussir cette entreprise, il faudrait également mettre en place des


… Une volonté gou-
canaux de coordination entre le Ministère de l’Agriculture, initiateur du
vernementale qui
programme, et le Ministère de l’Intérieur, qui agit en tant que facilitateur.
reste à affirmer
Concrètement, cette volonté semble se traduire à partir de fin 2004 par
l’octroi d’une double subvention de la part de l’Etat pour les agriculteurs :

MAD 2 par achat de plant ;

Et, MAD 1 600 pour chaque hectare de culture oléicole en Bour et


MAD 2 000 en irrigué.

Il est à souligner que pour atteindre l’objectif d’un million d’hectares, objet
du PNO, le Maroc doit planter 62 millions de plants, dont 38 millions en
zone Bour. Le besoin annuel moyen a été évalué en 1998 à près de 5 mil-
lions de plants.

Bien en retard par rapport à cette ambition, la demande manifestée en 2005


n’a pas dépassé 1 million de plants pour une offre totalisant à peine
50 000 unités.

Ce constat traduit aussi bien les carences au niveau de la sensibilisation des


agriculteurs quant à l’appui annoncé par l’Etat pour le développement de

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la culture oléicole que l’insuffisance de l’offre de plants, elle-même due au


manque d’implication des Autorités de tutelle.

En outre, l’extension des superficies devrait être accompagnée d’un pro-


gramme de réhabilitation de l’existant qui consisterait en la promotion des
bonnes pratiques agronomiques (notamment l’entretien et la restauration
des oliveraies).

Engagements d’efforts dans la Recherche & Développement


Une diversité géné- La clé de voûte du développement du secteur reste intimement liée au sou-
tique à développer tien de la recherche nationale en génie génétique afin de découvrir les
plants les plus adéquats et les mieux adaptés aux différents types de sols
existant au Maroc. Cela devrait également avoir pour avantage de doter le
pays d’une plus grande autonomie vis-à-vis des importations et prémunir le
patrimoine local contre tout risque de contamination nocive extérieure.

Création d’un label Maroc


Le développement de la filière oléicole dépend également de l’amélioration
de la qualité. Au même titre que les quantités vendues, le prix unitaire est
une composante déterminante du flux d’affaires généré par l’activité de
fabrication d’huile d’olive. En effet, le cours de cette dernière sur le mar-
ché international dépend de la qualité de l’huile d’olive. Il est ainsi souhai-
table d’astreindre les producteurs nationaux à procéder à des analyses orga-
noleptiques auprès d’un laboratoire national accrédité afin de s’assurer des
vertus caractéristiques de l’huile d’olive.

Un label de qualité à Les pouvoirs publics pourraient également accorder une prime à la pro-
promouvoir duction de qualité pour encourager les opérateurs, notamment les " maas-
ras " traditionnelles dans leur mue technologique, organisationnelle et com-
merciale.

Ceci suppose en parallèle la mise à niveau des capacités de stockage


actuelles, loin de répondre aujourd’hui aux critères phytosanitaires requis.

Au final, ces efforts devraient aboutir à la création d’un Label Maroc,


garant d’une qualité irréprochable tant au niveau national qu’international.

Promotion de l’huile d’olive marocaine


Cette stratégie de développement de la production oléicole devrait aller de
pair avec la promotion de la consommation nationale aussi bien des olives
que de l’huile d’olive.

En effet, outre ses qualités médicinales et nutritionnelles avérées, l’huile


d’olive devrait avoir davantage de place dans la consommation nationale
des huiles de table, sans pour autant concurrencer les huiles oléagineuses.

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À l’international, le Maroc devrait définir une stratégie de pénétration pro-


gressive en veillant particulièrement à différencier son offre d’huile d’olive
et ce, en capitalisant sur les valeurs de produit naturellement biologique, et
de longue conservation.

ALE : des opportuni- Cette dynamique devrait être soutenue par les perspectives qu’offre l’entrée
tés à saisir en vigueur de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis d’Amérique,
premier pays importateur d’huile d’olive dans le monde. C’est à ce titre que
les investisseurs espagnols ont été fortement intéressés par la mise en
concession des terrains agricoles de l’ex-SODEA, afin de profiter de l’op-
portunité de produire une huile d’olive de bonne qualité et à moindre coût,
tout en bénéficiant d’un débouché de premier ordre.

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Tour BMCE, Rond Point Hassan II - Casablanca - Maroc


Tél. : 212 (0) 22 49 89 76, Fax : 212 (0) 22 26 98 60

Analyse & Recherche

Fadwa HOUSNI - Responsable Analyse & Recherche f.housni@bmcek.co.ma


Ilham SALAMA - Analyste Financier Senior i.salama@bmcek.co.ma
Hicham SAÂDANI - Analyste Financier Senior h.saadani@bmcek.co.ma
Hanae MOUSSA - Analyste Financier h.moussa@bmcek.co.ma
Rachid NAANANI - Analyste Financier r.naanani@bmcek.co.ma
Sofia EL BOURY - Analyste Financier s.elboury@bmcek.co.ma
Kenza BELGHITI - Analyste Financier k.belghiti@bmcek.co.ma

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