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Burkin’à

Palabres

Burkin’à Palabres

Burkina-France : Blaise Compaoré reçu par Nicolas Sarkozy

lundi 10 mars 2008.

Compaoré reçu par Nicolas Sarkozy lundi 10 mars 2008. Blaise Compaoré et Nicolas Sarkozy En visite

Blaise Compaoré et Nicolas Sarkozy

En visite privée en France, le Président du Faso Blaise COMPAORE a été reçu en audience au Palais de l’Elysée dans la soirée du vendredi 7 mars 2008 par le président français Nicolas SARKOZY. Pour cette audience, le président français a accueilli Blaise COMPAORE au bas du perron et ensemble ils ont monté les escaliers et se sont prêtés aux chasseurs d’images avant de se retirer pour leur entretien. A la sortie de l’audience qui a duré une bonne trentaine de minutes, le Président du Faso a tout d’abord dit à la presse qu’il a retrouvé avec plaisir le président SARKOZY avec qui il s’était déjà entretenu en marge du sommet union Européenne Afrique de Lisbonne en décembre 2007 : « je suis venu partager avec lui les meilleurs sentiments que nous avons de la coopération bilatérale entre nos deux pays. Au regard de l’attachement de la France à la stabilité et au développement du continent, nous avons aussi partagé des préoccupations qui sont des nôtres aujourd’hui ». Pour le Président COMPAORE, ils se sont également entretenus sur le processus de paix engagé en Côte d’Ivoire et pour lequel il a réaffirmé devant la presse sa confiance en l’Accord Politique de Ouagadougou signé le 4 mars 2007 entre le Président GBAGBO et le Secrétaire Général des Forces Nouvelles, Guillaume SORO. Pour ce qui est de l’élection présidentielle prévue pour se tenir au plus tard à juin 2008, Blaise CMPAORE a fait savoir qu’ils travaillent tous ensemble à bousculer les derniers obstacles qui restent notamment la finalisation des listes électorales et la création de conditions favorables pour que les candidats puissent aller à la compétition. Il reconnaît cependant qu’au stade actuel du processus, des difficultés peuvent survenir au dernier moment. A la question de savoir comment le Président du Faso qu’il est, aborde la question de la vie chère au Burkina Faso, Blaise COMPAORE a dit que dans les pays de liberté, les citoyens sont libres de s’exprimer lorsqu’ils ont des préoccupations et, « le gouvernement de son côté travaille toujours à ramener des conditions meilleures pour la vie des citoyens ». Ainsi reconnaitra t – il qu’une décision a déjà été prise de bloquer les taxes de douane sur certains produits de première nécessité (riz, lait, sel importé du Ghana, huile de coton raffinée, pâtes alimentaires locales) ; et pour surveiller l’application de cette règle, Blaise COMPAORE a fait remarquer que le système de contrôle des prix qui était suspendu par le passé est redevenu une réalité ce, pour une période de trois mois. Parlant des arrestations opérées suites aux violentes manifestations de rues, Blaise COMPAORE a fait savoir que, « cela va de soi lorsque des citoyens passent outre les lois et les règlements pour casser, pour s’attaquer aux biens d’autrui, il y a que la justice est toujours interpelée. La justice s’occupe de ces dossiers ». En somme, pour le Président COMPAORE, la question de la vie chère est une préoccupation partagée dans le monde entier. Le Président du Faso a regagné Ouagadougou le 8 mars 2008. Service Presse Ambassade du Burkina / Paris

Burkina Faso, un bon élève de Bretton Woods, un cancre du PNUD

Le Rapport sur l'indice de développement humain durable 2007 a classé le Burkina Faso 176 sur 177 pays sur le plan mondial. En Afrique, sur les 51 pays concernés par le classement du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Burkina est 50e. Le pays qui se trouve derrière le Burkina est la Sierra Leone, un pays qui sort de plus de dix ans d'une atroce guerre civile. C'est donc dire qu'en réalité le Burkina occupe la dernière place dans ce classement. Au cours des années précédentes, après la publication du Rapport par le PNUD, le gouvernement se dépêchait de confectionner un contre-rapport national. Mais, comme on le voit, ses gesticulations n'ont pas changé grand-chose depuis que les rapports du PNUD sortent chaque année. Le Burkina fait du sur place; pire, il recule. Ne dit-on pas que qui n'avance pas recule?

Ce classement du PNUD est un classement renversant. En effet, les discours officiels disent que le Pays des hommes intègres est un bon élève de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, ses gros bailleurs de fonds multilatéraux. Les autres bailleurs de fonds bilatéraux, les partenaires au développement lui chantent les mêmes louanges. Sur le plan national, le gouvernement n'a de cesse de répéter aux populations que les choses bougent. La croissance annuelle de l'économie avoisine les 6%. Les visiteurs, de passage à Ouagadougou et les missions d'experts, ne tarissent pas d'éloges à l'endroit de notre pays. Il est cité en exemple. Cependant, il est là, ce classement du PNUD. Et il semble difficile d'accuser le PNUD de partialité ou de malveillance à l'égard du Burkina. Il serait inexact aussi d'accuser une manipulation des chiffres. Par qui et à quelles fins? Pourquoi ce rang "infamant" pour un pays qui vient de fêter avec éclat les "20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré"? Pourquoi ce bon élève qui applique soigneusement tous les remèdes prescrits par les "développeurs" garde-t-il depuis une décennie ce rang de bon avant-dernier? Qu'ont fait les autres pays que le Burkina n'a pas fait? Ce classement a été perçu comme une douche froide par tout Burkinabè soucieux du développement de son pays. Il y a un menteur quelque part. Ou c'est le PNUD qui tripatouille les données que lui envoient les services compétents du Burkina, et pourquoi le fait-il à l'endroit de notre pays? Ou bien ce sont les ministères concernés qui ne fournissent pas de données fiables. Car, on le sait, ces données qu'une institution de réputation mondiale comme le PNUD reçoit, il les contrôle. C'est pourquoi, on est réduit à poser et à se poser des questions. Le gouvernement dit-il la vérité aux Burkinabè chaque fois qu'il chante le progrès, quand il dit que le pays avance ? Dans une certaine mesure, oui: on construit de beaux immeubles, on construit des échangeurs même. Mais n'a-t-on pas oublié l'essentiel: le social par exemple qui se trouve être un indice-clé dans les évaluations du PNUD? Les autorités de ce pays ne cachent-elles pas ces maladies que les autres voient pourtant? En tout état de cause, ce classement du Burkina appelle les responsables du pays, mais aussi tous ses citoyens, à une nécessaire remise en cause de leurs certitudes. Les Premiers ministres Paramanga Ernest Yonli, puis son successeur Tertius Zongo, dans des discours publics, ont parlé de croissance. Les fruits de la croissance ne sont pas répartis convenablement ou pas du tout. La ménagère n'a pas senti cette croissance. Depuis 20 ans, les salaires sont restés stationnaires. Or, on n'a pas besoin d'être un docteur en économie pour savoir que plus le pouvoir d'achat est important, plus la consommation des ménages l'est. Une grande consommation des biens et des services entraîne une meilleure

production de ces biens et services, donc le développement. Mais au Burkina, la majorité ne peut pas consommer parce que son pouvoir d'achat est faible. Toutefois, il faut reconnaître que le Burkina jouit d'une stabilité enviée au-delà de nos frontières, ce qui n'est pas une moindre chose, quand on voit les soubresauts qui secouent des pays voisins. Mais la stabilité dans la misère n'a jamais été un modèle à suivre.

SIDATHON au BURKINA FASO: « Une personne séropositive le restera toute sa vie »

OUAGADOUGOU, juin 2007 (PlusNews) Conscientes que l’aide internationale contre le sida ne sera pas éternelle, des associations burkinabè de personnes vivant avec le VIH ont organisé un Sidathon pour mobiliser les ressources internes et sensibiliser les populations sur les dangers d’une trop grande dépendance. Lancée par le Réseau national pour une grande implication des personnes infectées par le VIH dans la lutte contre le VIH/sida (REGIPIV), cette opération qui a duré deux mois a officiellement pris fin en avril, mais les promesses de dons ont continué à arriver après cette date, ont expliqué ses initiateurs. Le 31 mars, lors d’une émission spéciale du Sidathon à la télévision burkinabè, 32 millions de francs CFA (65 000 dollars) ont été récoltés. Le 17 Avril, un appel a été lancé aux Burkinabé de l’étranger pour qu’ils participent au mouvement national.

Au total, en ne prenant en compte que les dons en liquide, le Sidathon aurait pour l’instant récolté 40 millions de francs CFA (81 500 dollars), selon le REGIPIV, bien loin des 1,3 milliard de francs CFA (2,6 millions de dollars) que les organisateurs espéraient obtenir, en se fondant sur une estimation de 100 francs CFA de don par habitant. Pour les associations de personnes vivant avec le VIH au Burkina Faso, cette mobilisation des ressources internes est pourtant aujourd’hui devenue une nécessité absolue. «On ne peut pas continuer de compter sur les partenaires [internationaux] qui pourraient se retirer un jour, il faut que chaque Burkinabé se mobilise pour lutter aux côtés de ces partenaires », a dit Mamadou Sawadogo, coordonnateur du REGIPIV. A l’heure actuelle, plus de 82 pour cent des ressources pour la lutte contre le sida au Burkina Faso proviennent de l’extérieur, selon les chiffres du Comité national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (CNLS/IST). Ces financements étrangers comportent de nombreux inconvénients pour les associations qui en bénéficient. Martine Somda, coordinatrice de REV+, association basée a Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du Burkina, a expliqué qu’elle travaillait dans « le stress et l’incertitude ». « Nous devons faire des acrobaties pour faire face à la prise en charge médicale, sociale, et psychologique, [avec] une masse de personnes qui comptent sur [nous] », a-t-elle déploré. L’association REV+, qui s’occupe de 1700 patients, dont 500 sur les 600 qui en ont besoin- reçoivent des médicaments ARV (antirétroviraux), est en grande partie dépendante des financements internationaux. « Nous sommes inquiets car en octobre prochain [notre] programme s’achève, que vont devenir les patients? Rien n’est prévu pour prendre la relève », s’est inquiétée Mme Somda, elle-même sous traitement depuis 2000. A la tête d’un réseau de 51 associations qui recensent 5 135 orphelins, M. Sawadogo a souligné que le mode de financement actuel des associations avait pour conséquence un manque de prévisibilité et de pérennité dans les programmes de traitement. « Les programmes d’aide durent en général entre six mois et deux ans, or une personne séropositive le restera toute sa vie», a dit le coordonnateur du REGIPIV. Il a dénoncé « les procédures lourdes » qu’imposent les partenariats avec des bailleurs étrangers :

des financements pour la prévention de l’épidémie ainsi que pour la prise en charge des malades, prévus depuis mars 2006, n’ont été disponibles qu’au cours du mois de mai 2007, a-t-il dit. Le coût de la gratuité des ARV Par ailleurs, l’absence de fonds locaux pour les associations peut constituer un frein pour les bailleurs étrangers, selon Mme Somda, qui a constaté que les associations disposant de leurs ressources propres offraient une garantie recherchée par les partenaires.

« Les gens aiment construire sur quelque chose qui existe déjà car cela prouve la crédibilité et la viabilité de l’entreprise», a-t-elle noté. Les aides gouvernementales sont quant à elles nettement insuffisantes. Le principal outil de soutien aux malades mis en place par le gouvernement, le Fonds de soutien aux malades et orphelins du sida (FSMOS), accorde 100 millions de francs CFA (204 000 dollars) par an aux associations, dont 40 millions servent à financer la prise en charge des personnes infectées par le VIH. «[C’est] une somme dérisoire, tout juste de quoi acheter des ARV pour 200 personnes », a regretté M. Sawadogo. Environ 150 000 personnes vivent avec le VIH au Burkina Faso, qui affiche un taux de prévalence de deux pour cent, selon les Nations Unies. D’après le REGIPIV, 12 842 patients séropositifs reçoivent des ARV dans le pays, principalement dans les grandes villes, au prix subventionné de 5 000 francs CFA (10 dollars) par mois. L’organisation du Sidathon a été soutenue par le CNLS/IST, qui estime, en dépit des demandes de plus en plus pressantes de la part des associations, que le pays n’a pas encore les moyens d’instaurer la gratuité des traitements ARV. « Il faut que quelqu’un paye pour cette gratuité sinon nous risquons de nous retrouver sans un sou et ce sera la catastrophe, il est évident que nous ne pouvons pas continuer à toujours compter sur les partenaires», a dit Joseph André Tiendrébéogo, secrétaire permanent du CNLS/IST. Il a rappelé que la tendance était à la stabilisation du taux de prévalence du VIH/SIDA, et que par conséquent il fallait « mettre l’accent sur les méthodes de prévention, et cela coûte cher ». Les trois quarts des dons récoltés lors du Sidathon seront versés au FSMOS, le reste servant à couvrir les frais de cette opération et l’organisation de la prochaine. Même si cette première édition du Sidathon n’a pas permis de récolter autant qu’ils le souhaitaient, ses initiateurs ont estimé que l’opération était une réussite, dans la mesure où il s’agissait avant tout d’une grande campagne de sensibilisation avec des conséquences sur le long terme. « C'est une première et nous allons continuer dans les années à venir, avec une plus forte mobilisation », a affirmé M. Sawadogo. « Les bonnes volontés existent, il suffit de bien sensibiliser ».

contre le Sida en Afrique: Allô, Allô, cinéma cadeau !! Une association militante utilise le cinéma

Une association militante utilise le cinéma ambulant à des fins de prévention et de sensibilisation au danger du sida en Afrique. Deux jeunes réalisateurs amateurs l'ont suivie au cours d'une tournée de deux semaines au Burkina Faso. Leur documentaire nous dévoile une société toujours inconsciente des risques mais surtout dépourvue de moyens de lutte contre la maladie. Le film, réalisé en 2006 par Patrice Raynal et David Foucher, vient s'inscrire dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre le sida programmée pour le 1er décembre. La soirée projection-débat a eu lieu la veille au Centre d'animation du Grand Parc en partenariat avec le Centre d'Accueil, de Consultation et d'Information sur la Sexualité (CACIS). Un mois et demi de tournage, deux ans de montage, deux langues locales à sous-titrer, tout pour une durée de 52 min, dans lesquels les réalisateurs veulent nous rapprocher une association pas comme les autres.

De la prévention à travers le grand écran

L'association « Cinomade » est, comme son nom l'indique, un vrai cinéma « nomade ». Ses films par contre, semblent en décalage avec ce que l'on pourrait attendre d'un cinéma ambulant. L‘association, implantée au Burkina Faso depuis maintenant sept ans, se rend dans les villages les moins accessibles pour parler du problème du sida. En obtenant un accord au préalable du chef du village ou de son homologue religieux, ils organisent une soirée cinéma-débat pour tous les habitants du village. Les villageois deviennent même les

acteurs principaux du film montré au cours de la soirée ; car celui-ci est, en fait, un montage d'interviews micro-trottoirs, réalisées dans le village parmi ses habitants concernant les pratiques de l'usage des préservatifs. Cela commence d'une manière discrète «Vous avez une jolie coiffure.» pour passer brusquement à un discours très direct «Quand vous couchez avec votre partenaire, c'est toujours avec une capote?» La question s'avère délicate. Les femmes interrogées ne veulent pas en parler ; les hommes, plus bavards, avouent sans scrupule qu'ils ne s'en servent pas, sans pouvoir néanmoins donner de réponse pourquoi. Une bonne majorité demeure toujours inconsciente du danger.

L'argent - un outil à double tranchant

du danger. L'argent - un outil à double tranchant 10% de la population du Burkina Faso

10% de la population du Burkina Faso est estimée atteinte du VIH. Parmi elle, les jeunes femmes entre 15 et 25 ans ainsi que les personnes âgées seraient les plus touchées. Par la voix des villageois on apprend que l'argent en est le principal responsable. «Les filles couchent avec les vieux pour leur fric» s'indigne un jeune villageois. «Les jeunes ne pensent qu'à coucher avec nous tandis que les vieux nous offrent un futur, ils peuvent nous soutenir et ils n'ont pas de sida» rétorque une jeune femme. Alors que l'argent devient un facteur de propagation du virus, on ne peut s'empêcher de constater qu'il semble en même temps avoir une valeur cruciale pour la continuation de la lutte contre le sida. Le documentaire laisse une impression d'impuissance. Malgré tous les efforts de Cinomade et d'un intérêt croissant de la part des habitants du Burkina Faso, pour la prévention de la maladie, plusieurs obstacles semblent insurmontables. Les centres de dépistages du sida par exemple les plus proches par exemple, se trouvent à des dizaines de kilomètres des villages, il en est de même pour les pharmacies. Les habitants ne peuvent même pas se procurer des préservatifs, alors comment parler de prévention ?

Un enthousiasme utopique

« C'est surtout la question de sensibilisation et de prise de conscience qui est importante

dans une première étape utopiste lorsqu'on les moyens tardent encore à venir. Nous voulions

» nous explique le réalisateur David Faucher « Il faut être un peu

le réalisateur David Faucher « Il faut être un peu justement montrer ce grand enthousiasme «

justement

montrer

ce

grand enthousiasme « utopique » régnant chez

Cinomade en dépit de

difficultés » «Si on arrive pas

les

comportements, on veut au moins susciter un débat » conclut enfin l'un des membres de Cinomade. Piotr Czarzasty

à changer

Tous les renseignements sur Cinomade sur le site http://www.cinomade.org/

Victor Démé, chanteur de blues

Victor Démé, chanteur de blues Après 30 ans de carrière au Burkina Faso, le chanteur mandingue

Après 30 ans de carrière au Burkina Faso, le chanteur mandingue sort enfin son premier album. « Jouer du Blues, c’est comme être doublement noir ! » clamait John Lee Hooker. Le blues, Victor Démé l’a vécu autant qu’il l’a chanté. Agé de 45 ans, il est veuf depuis 2005. Il élève trois de ses six filles dans une cour commune sans eau ni électricité, dans un faubourg rupestre de Bobo-Dioulasso, un endroit ou le blues peut aisément prendre racine.

Démé ne s’en cache pas : « Je n’ai jamais eu que ma guitare pour m’en sortir, et ma machine à coudre. ». Il a grandi dans une famille de l’ethnie Marka, traditionnellement des couturiers mandingues comme son propre père. « Nous sommes tous des artistes » dit-t-il simplement pour signifier que comme la musique, la couture requiert de la technique et de l’inspiration. Sa mère, Aminata Démé, était l’une des griottes les plus célèbres de la ville, elle lui a transmis ses talents vocaux. Enfant, Démé apprend le chant auprès d’elle avant de se rebeller, de s’exiler en Cote d’Ivoire et de quitter sa tradition musulmane pour se convertir au catholicisme. Il rejoint l’atelier de couture de son père à Abidjan, et se fait baptiser sous le nom de Saïbu « Victor » Démé. Il se forge ensuite une réputation en chantant dans les clubs ivoiriens au sein du fameux orchestre Super Mandé, mené par la star Abdoulaye Diabaté. Il enregistre un premier album pour un producteur notoire, dont il préfère aujourd’hui taire le nom puisque le disque n’est jamais sorti. Puis il rentre au Burkina vers 1988 pour profiter d’un nouvel élan national.

Le pays jouit alors de la dynamique insufflée par le révolutionnaire rouge Thomas Sankara, qui avant d’être assassiné en 87, a grandement oeuvré pour la création artistique. Démé a 26 ans, et sa fougue musicale déborde de vigueur. Il gagne plusieurs micro-crochets, dont le concours du Centre Culturel Français de Bobo-Dioulasso organisé en partenariat avec RFI en 1989, et le premier prix de la Semaine National de La Culture, en 90 et 94. Il se fait ensuite recruter successivement par de grands orchestres, dont l’Echo de l’Africa et surtout le célèbre Suprême Comenba qui rythme les nuits de Ouagadougou. Pour gagner sa vie, il doit parfois se plier aux exigences des propriétaires des clubs et maquis en interprétant des classiques de Salif Keita, de Mory Kanté, ou des standards salsa. L’Afrique de l’Ouest a toujours embrassé la musique latine, depuis le milieu du siècle dernier. « C’était le son de nos tantes et de nos tontons. On les voyait danser pendant les soirées, ces rythmes représentaient la fête, ils sont devenus naturels pour nous. Mais outre la salsa et le griottisme, ma base reste toujours l’afro-mandingue, le blues. ». Alors que Démé est devenu un chanteur de référence dans tous le pays, la poisse s’acharne encore sur son destin :

Atteint d’un virus grave qui lui ronge les gencives (le « bamba demi »), il devra s’arrêter de chanter pendant deux ans, avant même d’avoir pu déposer sur un album les chansons ayant forgé sa réputation dans l’underground. « À l’époque, il existait un seul studio d’enregistrement professionnel au Burkina, le studio Seydoni à Ouagadougou qui appartient à l’état, et qui coûte plusieurs dizaines de milliers de CFA par jour. Je n’ai jamais rencontré les bonnes personnes pour m’y inviter. Ensuite, quand la maladie m’est tombée dessus, j’ai cru qu’il était trop tard, que ma chance était passée. Alors je me suis remis à la couture. » En 2004, Démé se lie d’amitié avec Camille Louvel, le régisseur du OuagaJungle, un maquis associatif de Ouagadougou ou s’organise quelques concerts. Deux ans plus tard, ils décident ensemble d’enregistrer un album dans le modeste studio de la résidence d’artistes a Ouagadougou. Il s’agit simplement de deux pièces séparées par un pare-brise de camion et équipées d’une vieille console 16 pistes. Mais le manque de moyen n’effraie pas les deux complices, qui se rappellent que certains de leurs disques préférés ont aussi été conçus

dans des conditions rudimentaires, tel « Niafunké » d’Ali Farka Touré en Afrique ou « The Headphone Masterpiece » de Cody Chesnutt aux Etats-Unis. Démé enregistre donc un premier album, loin des modes coupé-

décalés qui submergent actuellement les radios et les clubs au Burkina. Son disque offre une mosaïque singulière de folk-blues poignant, de petites romances mandingues intimistes, et d’influences latines, salsa et flamenco. « Burkina Mousso » est un hommage à toutes les femmes burkinabés « ayant construit ce pays de leurs mains » comme le chante Démé. Ses textes appellent à la solidarité nationale (« Peuple burkinabé »), prônent la tolérance envers son prochain (« Djomaya »), et tissent des

hymnes à la grâce féminine (« Sabu »). Le tracklisting s’achève avec deux titres de Djourou Bambara, la musique traditionnelle de la région. Après l’enregistrement du disque, ses récents concerts au Centre Culturel Français et dans les grands maquis de Ouagadougou ont prouvé que le public Burkinabé ne l’avait pas oublié. Démé déclare aujourd’hui : « Je ne pensais pas pouvoir renaître ainsi musicalement. ». Avec une partie de l’avance qu’il a reçue pour ce disque, il s’est acheté une nouvelle guitare. Et une nouvelle machine à coudre. Afrik.com

Dans le grand marché musical d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso est souvent à la traîne. Grâce à cette petite pépite musicale,Victor Démé donne un vrai coup de projecteur sur la richesse culturelle du pays. Après trente-cinq ans de carrière sur les scènes des maquis de Bobo Dioulasso, de Ouagadougou ou d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, Démé a brassé les influences et approfondi son chant. Il est rentré en studio pour la première fois et y a enregistré ce disque, fruit d’une vie de pérégrinations musicales, de rencontres et d’expériences. A la fois grave et chaleureux, Démé chronique en dioula le quotidien burkinabé et oscille avec un incomparable charme, entre blues renversant , résonances latines et traditionnel mandingue… Irrésistible. Eglantine Chabasseur

et traditionnel mandingue… Irrésistible. Eglantine Chabasseur http://victor_deme.mondomix.com/fr/chronique4345.htm