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Connaissance

du droit

Emmanuel Derieux

DROIT
DES MÉDIAS
3e édition
Droit des médias
Connaissance du droit

collection fondée par

Jean-Luc Aubert
agrégé des Facultés de droit

dirigée par

Philippe Jestaz
professeur émérite de l’Université Paris Val-de-Marne (Paris XII)
Droit des médias
3e édition
2005

Emmanuel Derieux
professeur à l’Université Panthéon-Assas (Paris II)
Le pictogramme qui figure ci-contre
mérite une explication. Son objet est d’aler-
ter le lecteur sur la menace que représente
pour l’avenir de l’écrit, particulièrement
dans le domaine de l’édition technique et
universitaire, le développement massif du
photocopillage.
Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit en effet expres-
sément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette
pratique s’est généralisée dans les établissements d’enseignement supérieur, provo-
quant une baisse brutale des achats de livres et de revues, au point que la possibilité
même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correcte-
ment est aujourd’hui menacée.
Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, de la présente
publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur ou du Centre
français d’exploitation du droit de copie (CFC, 20, rue des Grands-Augustins,
75006 Paris).

31-35, rue Froidevaux, 75685 Paris cedex 14

Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article


L. 122-5, 2° et 3° a), d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réser-
vées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre
part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration,
« toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consente-
ment de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, consti-
tuerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code
de la propriété intellectuelle.

© ÉDITIONS DALLOZ – 2005


Avant-propos

« Les ouvrages de la collection visent à fournir, à un large


public, une information de qualité, claire et précise, et qui porte
la marque de la vision personnelle de l’auteur. Ils doivent, à la
fois, permettre à des non-spécialistes, et même à des non-juristes,
si possible, de découvrir l’essentiel de la matière traitée, et offrir
aux juristes avertis une approche personnelle de celle-ci. » Telles
sont quelques-unes des « recommandations » adressées aux
auteurs, par les responsables de la collection « Connaissance du
droit ». Je me suis efforcé de les faire miennes et de me confor-
mer à ce « cahier des charges ».
L’ambition est grande. Les exigences sont fortes. C’est le but
que je me suis assigné et l’objectif que j’ai cherché à atteindre.
J’ai constamment eu cette préoccupation présente à l’esprit. Telle
est, de toute façon, l’idée que je me fais de l’enseignement et
de la connaissance du droit. Puisque « nul n’est censé ignorer
la loi », la règle de droit ne devrait-elle pas être facilement acces-
sible, connue de tous et comprise par tous ? C’est une exigence
qui a été posée ou rappelée tant par le Conseil constitutionnel
que par la Cour européenne des droits de l’homme. On en est
bien loin s’agissant du droit des médias. Les textes n’y parvenant
pas seuls, il leur faut un médiateur.
On ne peut, dans les limites réduites d’un tel volume, pré-
tendre décrire et analyser, dans le détail, une réglementation
abondante et complexe ; changeante au gré des circonstances et
des majorités politiques, pour tenter de s’adapter à l’évolution
Avant-propos

2 des techniques et de leurs usages (mais – entrant dans le détail


des choses, au lieu de s’en tenir à des principes essentiels – sou-
vent dépassée avant même d’avoir été adoptée ou véritablement
mise en œuvre), pour tenir compte des réalités et des contraintes
économiques nouvelles ou être agréable à quelque groupe d’in-
fluence et satisfaire ainsi quelques intérêts catégoriels… L’in-
stabilité législative est une des caractéristiques du droit français
en la matière. On a cherché à en dégager les éléments consti-
tutifs essentiels.
Contrairement à l’idée que s’en font encore certains, l’étude
du droit ne consiste pas à apprendre « par cœur », pour pou-
voir réciter, et ensuite appliquer ou faire respecter, un volume
sans cesse croissant de textes, constamment modifiés. De très
utiles supports (codes, recueils de textes, bases de données, sites
accessibles en ligne…), auxquels se référer, existent heureuse-
ment pour cela, y compris maintenant dans cette matière spé-
cialisée… en l’absence cependant d’une codification officielle.
Ils devraient être développés et leur accès rendu plus facile et
généralisé, dans l’intérêt de tous.
L’étude du droit, des médias comme de tout autre, vise, bien
plus et bien mieux, à parvenir à une certaine intelligence et com-
préhension des textes. Elle cherche à développer une capacité
d’analyse et d’interprétation. Elle ne néglige pas l’approche cri-
tique. Elle s’attache davantage aux principes de la réglementa-
tion et en recherche – sans toujours la voir apparaître ! – la
cohérence. Elle s’interroge sur la justification de la règle. Elle
en souligne les qualités, mais en relève également ce qui paraît
constituer des défauts, manques et inadaptations. Elle suggère,
à l’occasion, certaines voies de réforme… L’indépendance d’es-
prit de l’universitaire, dégagé de tout lien à l’égard de quelque
intérêt (économique, professionnel, de clientèle…) que ce soit,
lui permet de s’efforcer d’accomplir ainsi cette tâche.
L’introduction d’un volume sur le droit des médias dans la
collection « Connaissance du droit » contribue à la constitution
et à la consécration d’une matière ou discipline juridique dont
l’existence ou, tout du moins, la reconnaissance semble, en rai-
Avant-propos

son même de ses caractéristiques actuelles, ne pas être encore 3


complètement admise par tous. C’est dans l’esprit de cette col-
lection que je me suis efforcé de traiter ici, dans ses grandes
lignes, de ce qui pourrait ainsi être, à un double titre, une intro-
duction au droit des médias.

Larmorine, 10 mai 2005


Introduction

Droit et médias sont désormais deux éléments constitutifs et


caractéristiques essentiels de toute société développée, de type
démocratique. Sans l’un et l’autre, celle-ci ne pourrait exister
ou, tout au moins, être véritablement ce qu’elle est.

Droit
Dans une société démocratique, le droit régit les rapports
d’autorité et les relations entre les individus et les groupes, de
sorte que tous, égaux en droits, puissent bénéficier des mêmes
garanties et libertés. Dans un esprit de solidarité, il sert même
aujourd’hui à corriger certains déséquilibres naturels ou de fait
ou d’ordre économique. Il assure la conciliation entre des droits
et des intérêts, en apparence, opposés. Il détermine les formes
de l’organisation des pouvoirs, nécessaires à toute vie sociale, et
qui se trouvent ainsi encadrés et limités de façon à ce qu’ils
s’exercent dans l’intérêt du plus grand nombre et qu’il n’en soit
pas abusé.
La règle de droit est élaborée par référence à des principes
fondamentaux et selon des modalités préétablies. Connue de
tous, elle s’applique et s’impose à tous de la même façon. La
recherche de l’intérêt général préside normalement à son éla-
boration et à son application.
Le droit est ainsi fait de règles de conduite, générales et obli-
gatoires, égales pour tous, élaborées et sanctionnées par l’auto-
Introduction

6 rité publique, pour assurer l’ordre dans la société, le respect et


l’équilibre des droits et des libertés de chacun.

Médias
Les médias (presse, radio, télévision, cinéma, livre, disque,
affiche, communication au public en ligne et tous supports mul-
timédias pour lesquels il n’est nul besoin d’un droit spécifique…)
sont le vecteur ou le canal par lequel sont diffusés, au public,
les informations, les messages et les contenus, de toutes natures,
indispensables à la vie sociale. Ils sont le lieu d’échange des idées
et des opinions, de contrôle et de critique de tous les pouvoirs,
sans lesquels il ne peut y avoir de véritable démocratie. Ils consti-
tuent un des supports essentiels de la création et de la diffusion
culturelle. Tant par les informations qu’ils comportent que par
la publicité qui en assure le financement, ils sont le soutien indis-
pensable de toute activité économique…
Ce qui, du point de vue du droit, est constitutif et caracté-
ristique des médias, c’est le fait ou l’acte de « publication » ou
de mise à disposition du public. Aussi délicate et incertaine que
soit la notion (comme il arrive, bien trop souvent, des notions
les plus essentielles !), elle se définit par son contraire et se dis-
tingue des relations individuelles ou de type interpersonnel, des
messages ou des correspondances de caractère privé. Les médias
sont des supports ou moyens de diffusion qui, par nature, ont
vocation à mettre un message à la disposition du public. Leurs
destinataires ne sont pas préalablement et nommément déter-
minés (au-delà du seul cas de la diffusion par abonnement). Il
n’y a, en tout cas, à leur égard, aucune exclusion de principe.
Tous ont vocation à y accéder. Leur contenu et leur usage ne
sont pas réservés à un cercle étroit et fermé de personnes indi-
viduellement identifiées. Instruments d’information et de com-
munication, destinés au public, les médias sont offerts au plus
grand nombre, sans contrôle, restriction, distinction ni discri-
mination. Mieux que tout autre, la notion de « publication »
serait probablement la plus exacte et la plus pertinente pour
Introduction

déterminer l’objet ou le champ d’application de ce droit parti- 7


culier. On lui préférera cependant ici le terme, d’usage plus
répandu, de « médias » !

Droit des médias


Par le droit des médias, il s’agit, dans une société démocra-
tique de permettre le libre exercice de ces activités et fonctions
multiples (d’information, de culture, de distraction…), d’en four-
nir le cadre et d’en déterminer les limites. Expression raisonnée
de choix politiques, économiques, culturels… essentiels, le droit
régit l’usage qui peut être fait des médias. Il y apporte certaines
limitations ou restrictions, dans le souci du respect de droits et
de libertés, individuels ou collectifs, apparemment concurrents.
Il organise le soutien à leur existence et à leur développement.
Il contribue à orienter leur action dans le sens le plus favorable
à l’intérêt général ou public.
Le droit des médias constitue une discipline encore relati-
vement nouvelle. Un nombre accru de travaux, ouvrages et
publications y ont cependant été consacrés ces dernières années.
Ils en soulignent, tout à la fois, l’importance et l’intérêt. Ils assu-
rent sa reconnaissance et marquent sans doute définitivement
son existence. Son étude et sa pratique constituent désormais la
spécialité de nombre d’avocats, de magistrats, de juristes d’en-
treprises et d’enseignants-chercheurs… Il est l’objet d’enseigne-
ments (de droit, science politique, information et communica-
tion, journalisme…) et de recherches. Le rôle et la place tenus
par les médias dans nos sociétés ne peuvent que renforcer l’im-
portance, l’intérêt et l’utilité de la matière.
Le droit des médias a longtemps souffert et souffre encore
aujourd’hui de son caractère pluri, inter ou transdisciplinaire…
qui fait pourtant aussi sa richesse. Discipline « carrefour », il
emprunte aux différentes branches du droit, dont il transcende
les frontières traditionnelles. C’est là, tout à la fois, une de ses
difficultés et un de ses intérêts ! S’ajoute, désormais, s’agissant
des médias, l’obligation de prendre en compte la dimension
internationale et au moins européenne du droit.
Introduction

8 C’est d’abord par son objet que se définit le droit des médias.
C’est de lui qu’il tire une apparence d’unité. Plus on cherche à
donner ordre, rigueur et cohérence – sans lesquels il n’y a pas
de discipline juridique ! – à la présentation des règles actuelle-
ment constitutives de ce droit, plus on s’éloigne sans doute de
sa réalité présente. Dans le même temps, on souligne ainsi l’im-
périeuse nécessité de le doter de ce sans quoi il est impossible
de prétendre à l’existence d’un droit véritable.
Compte tenu de ces différents éléments et dans cette pers-
pective, on retiendra ici, pour procéder à cette brève présenta-
tion et analyse générale du droit des médias, un plan ou schéma,
devenu classique, consistant à considérer successivement : 1. les
principes du droit des médias ; 2. le droit des médias écrits ; 3. le
droit des médias audiovisuels (dans ce qui, pas toujours de façon
nécessaire ou justifiée, continue de les distinguer des précédents) ;
4. le droit administratif des médias ; 5. le droit professionnel des
médias ; 6. le droit de la responsabilité des médias ; 7. les droits
intellectuels des médias ; 8. le droit international et européen des
médias.
Chapitre I
Principes du droit des médias

Le droit des médias est – ou devrait être ! – l’expression et


la mise en œuvre de choix (politiques, économiques, culturels…)
fondamentaux concernant : ce secteur d’activités, les droits et les
libertés qui lui sont reconnus, les limites et les contraintes jugées
nécessaires, les missions et les fonctions qui lui sont assignées,
les voies et les moyens pour y parvenir… Normalement, ces
principes et ces objectifs, étroitement dépendants de la nature
du régime politique dont le statut des médias est un élément
caractéristique et, davantage même, constitutif essentiel, devraient
être préalablement déterminés et servir donc de référence pour
l’élaboration, de repère d’interprétation, de modèle d’applica-
tion, de critère d’appréciation des règles, et contribuer ainsi à
donner, à ce droit, son indispensable cohérence. En l’état actuel,
la réalité est sans doute assez différente !
Globalement, le droit français des médias est certainement
inspiré par l’affirmation préalable du principe fondamental de
liberté d’expression ou de communication. Celui-ci ne peut cepen-
dant servir ni suffire à tout expliquer et comprendre. Encore
faudrait-il définir cette notion de « liberté », susceptible d’ap-
préciations ou de significations différentes ; être d’accord sur les
moyens à mettre en œuvre pour y parvenir ou la garantir et,
dans le même temps, pour en limiter les abus ; en identifier les
titulaires, les bénéficiaires ou les destinataires… Les analyses,
les positions et les points de vue semblent assez divers, sinon
contradictoires, et évolutifs.
Principes du droit des médias

10 Outre cette affirmation préalable essentielle, formulée et


relayée par les textes (constitutionnels, internationaux, législa-
tifs…), du principe de liberté d’expression ou de communica-
tion, correspondant à la conception libérale « classique » des
régimes pluralistes et libéraux des démocraties occidentales, on
trouve cependant, en contradiction avec celle-ci, dans le droit
français des médias, quelques survivances d’éléments davantage
constitutifs et caractéristiques des systèmes autoritaires, opposés
à la liberté de communication comme à toute autre. Il en est
ainsi notamment de certaines modalités de contrôles adminis-
tratifs préalables (autorisations, interdictions, saisies…). Inver-
sement, pour donner à la liberté d’expression proclamée plus de
réalité, il est également fait appel à l’intervention de l’État (« pro-
vidence ») pour, notamment par des protections et des aides
multiples, en garantir l’exercice, par référence à la notion ou
théorie nouvelle du « droit à l’information ».
Cette diversité de préoccupations et de principes, parfois
contradictoires, ainsi formulée par les règles, peut être présen-
tée ou considérée, positivement, comme assurant la conciliation
de droits et d’intérêts qui seraient certes différents mais aussi
ou ainsi complémentaires. Elle est cependant source d’incerti-
tudes, de divergences d’interprétation et d’incohérences, bien
moins satisfaisantes, qui nuisent à l’existence même d’un véri-
table droit des médias.

Section 1
Principe de liberté
Le principe de liberté d’expression ou de communication a
vocation à être fondateur et fédérateur de tout le droit français
des médias. La notion est cependant délicate et ambiguë. Non
pas tant parce que lui sont apportées de nécessaires exceptions
et restrictions, destinées à en assurer la conciliation avec d’autres
droits et libertés tout aussi essentiels, que parce que le débat
reste ouvert sur le sens et la portée d’un tel principe, les moyens
de sa réalisation et mise en œuvre, la détermination de ses titu-
Principes du droit des médias

laires et bénéficiaires… À cause de cela, on est parfois conduit 11


à en contester la signification ou la réalité de la mise en œuvre
et à faire référence à d’autres principes d’organisation.

I - Principe consacré
Le principe de liberté de communication est solennellement
consacré dans des dispositions de valeur constitutionnelle. Il
figure dans divers accords internationaux. Il est mentionné en
tête de certaines des grandes lois constitutives du droit des médias.
Il est rappelé et mis en œuvre par les diverses juridictions, même
lorsque celles-ci doivent, pour assurer la protection d’autres droits
et libertés, y apporter certaines restrictions ou en sanctionner les
abus.

A - Valeur constitutionnelle
La liberté de communication est un principe de valeur consti-
tutionnelle. La Constitution étant la « loi fondamentale » de
notre organisation politico-juridique, la liberté ainsi consacrée
a vocation à servir de référence et à inspirer et coordonner l’en-
semble du droit des médias.
L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen, du 26 août 1789, énonce ce principe. Fondement de tout
le droit français des médias, il en constitue une remarquable
synthèse. Tout ou presque s’y trouve – ou s’y trouvait, dans la
conception de l’époque – admirablement résumé, dans une for-
mule dont l’élégance n’enlève rien à la pertinence. Il est vrai,
cependant, que ce texte peut donner lieu, aujourd’hui, notam-
ment dans le contexte économique et technique actuel, à des
lectures différentes, ou paraître un peu idéaliste ou insuffisant !
Aux termes de cet article 11 DDHC : « La libre communi-
cation des pensées et des opinions est un des droits les plus pré-
cieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, impri-
mer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans
les cas déterminés par la loi. »
Principes du droit des médias

12 Selon la conception libérale « classique » de l’époque de sa


rédaction, y sont énoncés : le principe de liberté ; son objet ou
champ d’application ; son titulaire, bénéficiaire ou destinataire ;
sa nature ; ses nécessaires limites ; les raisons, formes et condi-
tions de détermination et d’application de ces dernières… mais,
dans le contexte d’aujourd’hui, certains de ces éléments font
l’objet de divergences d’interprétations et d’appréciations, de
débats et d’interrogations !
S’il le fallait, on pourrait encore reconnaître cette même
valeur constitutionnelle du principe de liberté d’expression ou
de communication, par référence faite aux « principes fonda-
mentaux reconnus par les lois de la République » (consacrés par
le Préambule de la Constitution de 1946, auquel renvoie celui
de la Constitution actuelle, de 1958). La loi du 29 juillet 1881,
« sur la liberté de la presse », est assurément une de ces « grandes
lois », relatives aux libertés, de la IIIe République. Le principe
de liberté de la presse et, bien plus largement, d’expression ou
de communication, par quelque moyen ou support que ce soit
(même si ladite loi ne fait référence qu’à la technique connue à
l’époque), a donc valeur constitutionnelle. Son respect s’impose
à tous, et au législateur notamment, sous l’éventuel contrôle du
Conseil constitutionnel. Pourtant celui-ci, pour pouvoir consa-
crer, aujourd’hui, une conception autre que seulement « libé-
rale », au sens le plus « classique » du terme, n’y a jamais fait
référence dans ses décisions relatives aux dispositions constitu-
tives du droit des médias.
Contrairement à ce que prétendent certains, qui voudraient –
sans doute parce qu’ils en tirent quelques avantages ou privi-
lèges, liés notamment à ses particularités de procédure – faire
de cette loi de 1881 un texte symbolique et immuable, le légis-
lateur est bien évidemment autorisé à y apporter (comme il l’a
d’ailleurs déjà très souvent fait !) des compléments et des modi-
fications, à condition seulement de ne pas remettre en cause le
principe de liberté lui-même. Seul le principe de « liberté de la
presse » a ainsi valeur constitutionnelle, et non pas la loi de 1881
tout entière, dans le détail de ses dispositions !
Principes du droit des médias

La « liberté » signifie faculté d’agir, de sa propre initiative, 13


en toute autonomie, sans y être contraint ni en être empêché
par quelque personne, puissance ou autorité qui n’y aurait pas
été formellement habilitée, ou qui interviendrait pour des motifs,
au-delà des limites ou selon des moyens autres que ceux cor-
respondant aux pouvoirs qui lui ont été conférés.
Historiquement, ce principe de liberté signifiait notamment
abandon de toutes les mesures et modalités (autorisations, inter-
dictions, saisies…) de contrôles politiques et administratifs préa-
lables de la presse et de son contenu, caractéristiques des régimes
autoritaires et constitutives de ce que, seul, il est véritablement
justifié de qualifier de « censure ». Celles qui subsistent encore
aujourd’hui sont en contradiction avec ce principe fondamen-
tal. Celui-ci ne peut véritablement se satisfaire que d’un contrôle
judiciaire, répressif ou a posteriori.
Le principe en vigueur étant celui de la liberté des médias,
les restrictions et les exceptions doivent être réduites à ce qui
est strictement nécessaire à la conciliation de cette liberté avec
d’autres droits et libertés tout aussi essentiels. Ces limites doi-
vent être juridiquement déterminées, claires et officielles, connues
de tous, les mêmes pour tous et appliquées à tous de la même
façon. Seules, dans un État de droit, les interventions du légis-
lateur et du juge peuvent le garantir.

B - Valeur internationale
La liberté des médias constitue aussi, désormais, une valeur
internationale essentielle. Certes, à l’échelle universelle, les voies
de recours et les moyens de sanction de sa violation font, dans
ce cadre, le plus souvent défaut. Cela en fait cependant un prin-
cipe de référence et lui donne, au moins, une valeur politique,
diplomatique ou morale non négligeable, au regard de laquelle
les régimes en vigueur dans certains pays peuvent être exami-
nés et souvent dénoncés. Dans le cadre européen, il peut être
invoqué devant le juge supranational (CJCE ou CEDH). Le
juge interne doit lui-même l’appliquer et le faire respecter.
Principes du droit des médias

14 L’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et


politiques, de décembre 1966, reprend pratiquement, pour leur
donner une valeur juridique plus forte, les termes de l’article 19
de la Déclaration universelle des droits de l’homme, du
10 décembre 1948. Il pose que « toute personne a droit à la
liberté d’expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher,
de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute
espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale,
écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen que ce
soit ».
Ce même principe de liberté d’expression et des médias est
posé par l’article 10 de la Convention de sauvegarde des droits
de l’homme, adoptée, dans le cadre du Conseil de l’Europe, le
4 novembre 1950. Aux termes de cet article : « Toute personne
a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté
d’opinion et la liberté de recevoir et de communiquer des infor-
mations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence des auto-
rités publiques et sans considération de frontière. »
D’autres engagements internationaux, même s’ils ne men-
tionnent pas expressément la liberté des médias, la concernent
ou la consacrent également, en raison de leur caractère très géné-
ral. Il en est ainsi, par exemple, des traités constitutifs de l’Union
européenne. Sauf dérogation, les dispositions relatives à la libre
circulation des produits et à la libre prestation des services et
les règles de concurrence, notamment, s’appliquent aux médias
comme à tout autre activité économique (même si, du point de
vue français, il ne s’agit pas d’une activité tout à fait comme les
autres).
La consécration internationale de la liberté d’expression et
des médias permet notamment d’apprécier la validité des res-
trictions, limitations et sanctions, définies et mises en œuvre par
les autorités nationales. Les textes internationaux précédemment
mentionnés, après avoir énoncé le principe de liberté, considè-
rent de telles restrictions comme légitimes dès lors qu’elles sont
« nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité natio-
nale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense
Principes du droit des médias

de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé 15


ou de la morale, à la protection de la réputation et des droits
d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confi-
dentielles ou pour garantir l’autorité et l’impartialité du pou-
voir judiciaire » (Convention européenne de sauvegarde des
droits de l’homme), ou qu’elles ont été « expressément fixées
par la loi » (le relais du droit national s’impose donc ici) et
qu’elles sont « nécessaires : a) au respect des droits ou de la répu-
tation d’autrui ; b) à la sauvegarde de la sécurité nationale, de
l’ordre public, de la santé ou de la moralité publiques » (Pacte
de 1966).

C - Valeur législative
Dans le nécessaire respect de la valeur constitutionnelle et
internationale de la liberté des médias, nombre de dispositions
législatives, constitutives du droit français des médias, com-
mencent par affirmer ce principe de liberté d’expression ou de
communication, même s’il semble essentiellement s’agir, par la
suite, dans le corps de la loi, conformément d’ailleurs aux prin-
cipes posés par ces textes, d’y apporter certaines restrictions ou
limites… mais parfois aussi des garanties ! Cette liberté, tout
aussi essentielle qu’elle soit, doit nécessairement se concilier avec
d’autres droits et libertés, apparemment opposés ou concurrents,
en réalité, concourant, tous ensemble, à l’instauration et à la
garantie d’un véritable système démocratique, pleinement res-
pectueux des droits de la personne.
À titre d’exemple, la loi du 29 juillet 1881, « sur la liberté
de la presse », énonce, en son article 1er, que « l’imprimerie et
la librairie sont libres » (selon le langage en usage et s’agissant
des techniques connues à l’époque). Elle précise, en son article 5,
pour garantir cette liberté, que « tout journal ou écrit pério-
dique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt
de cautionnement ». Ensuite, l’essentiel du texte définit diverses
infractions (diffamation, injure, offense, outrage…) et semble
ainsi limiter la liberté initialement proclamée. Cependant, les
Principes du droit des médias

16 nombreux obstacles de procédure à la poursuite et à la répres-


sion des infractions ainsi définies, très spécifiques à cette loi,
contribuent largement à rétablir ou garantir cette liberté… (peut-
être justifiés à l’origine, ils le sont assurément beaucoup moins
aujourd’hui !).
Le principe de liberté figure dans le titre et le corps du texte
de la loi du 30 septembre 1986, « relative à la liberté de com-
munication » (audiovisuelle ou par voie électronique). À pre-
mière lecture, cette loi apparaît apporter bien des limitations à
cette liberté. Elle vise, en réalité, beaucoup plus à l’organiser,
pour en faire bénéficier le plus grand nombre… s’écartant ainsi
de la seule conception libérale classique des libertés et de leur
régime, incapables d’assurer véritablement la liberté.
Dans une approche renouvelée des droits et des libertés, bien
d’autres dispositions législatives, constitutives du droit des médias,
tentent aujourd’hui de parvenir au même résultat. Elles consi-
dèrent notamment que la liberté d’entreprendre, la liberté du
commerce et de l’industrie, ou la seule liberté contractuelle…
n’assurent pas véritablement la liberté des médias et du public.
Mais c’est déjà exprimer et prendre en compte, par la loi, cer-
tains éléments de la contestation du principe de liberté, que le
seul libéralisme économique ne garantit pas, et qui acquiert ainsi
une valeur législative nouvelle.

D - Valeur jurisprudentielle
Le principe de liberté des médias constitue aussi une valeur
jurisprudentielle essentielle.
Qu’il s’agisse, conformément à la loi et aux textes et aux
principes que celle-ci doit respecter, de sanctionner certaines
atteintes à cette liberté, dont les autorités politiques ou admi-
nistratives notamment pourraient être coupables, mais aussi, et
plus généralement, dans le cadre du régime de responsabilité
des médias, de réprimer et de réparer certains abus de liberté,
la plupart des décisions rendues par les tribunaux se réfèrent à
ce principe fondamental.
Principes du droit des médias

C’est au regard du principe de liberté des médias que les 17


juridictions déterminent ou apprécient les atteintes et restric-
tions légitimes. C’est en mettant en avant cette liberté qu’est
recherchée, par les juges, la conciliation avec d’autres droits et
libertés (à l’honneur, à la considération, à la vie privée…) appa-
remment opposés. Le principe jurisprudentiel est celui de la
liberté des médias. Les restrictions doivent être exceptionnelles
et limitées à ce qui est strictement nécessaire.

II - Principe contesté
Les raisons, formes et conditions de contestation du prin-
cipe de liberté d’expression et des médias sont diverses et par-
fois contradictoires. Pour pouvoir le faire, il faut déjà bénéficier
de cette liberté ! Dans des systèmes comme le nôtre, ce n’est évi-
demment pas la nécessité d’un tel principe de liberté qui est
remise en cause. Nulle part, d’ailleurs, personne n’oserait s’y
proclamer ouvertement et officiellement hostile ! Ce qui est
matière à interrogations et discussions, analyses ou appréciations
divergentes, ce sont : l’objet de cette liberté, sa finalité, son éten-
due, ses garanties, ses limites, ses titulaires… Ce qui, en réalité,
est ainsi recherché ou réclamé, c’est bien plus un renforcement
qu’une remise en cause de la liberté proclamée. Nécessaire, celle-
ci ne serait pas, ou plus, aujourd’hui, compte tenu des contraintes
économiques notamment, suffisante ou pleinement satisfaite et
satisfaisante.
L’affirmation, de valeur constitutionnelle, du principe de
liberté, dans l’article 11 de la DDHC de 1789, ne concerne que
la « communication des pensées et des opinions ». Il n’y est pas
expressément fait référence à la diffusion des faits ou d’infor-
mations. Contrairement à certains textes fondamentaux posté-
rieurs (internationaux ou étrangers), l’accès à l’information, aux
données ou aux nouvelles, préalable indispensable au débat
d’idées et à l’expression de la diversité des points de vue, n’est
pas garanti ni même mentionné.
Accordant à « tout citoyen » le droit de « parler, écrire,
imprimer librement », la lettre – sinon l’esprit – de ce texte de
Principes du droit des médias

18 valeur constitutionnelle, historiquement marqué et non actua-


lisé, n’envisage donc expressément que certains médias ou sup-
ports. Les techniques audiovisuelles et le multimédia en parais-
sent exclus. Rien ne le justifierait cependant.
Bien qu’il soit fait mention de « tout citoyen », seule la
liberté de ceux (propriétaires ou journalistes) qui communiquent
ou s’expriment ainsi semble être véritablement envisagée par le
texte. Les droits et libertés du public, destinataire de ces mes-
sages, ne paraissent pas être ainsi pris en compte.
Dans le contexte économique et industriel actuel, si rien n’est
envisagé et fait pour y remédier, cette liberté risque fort de ne
profiter qu’aux seuls propriétaires des médias ou à ceux (déten-
teurs de parts du capital, annonceurs publicitaires) qui en assu-
rent le financement, au détriment de leurs collaborateurs (jour-
nalistes et autres) et surtout du public. Libérés du pouvoir
politique, les médias le sont-ils de celui de l’argent ? Les « lois
du marché » ne risquent-elles pas de l’emporter ? Le phéno-
mène de concentration n’atténue-t-il pas fortement et dange-
reusement les chances d’une diversité des analyses et des appré-
ciations ? Du pluralisme des supports et des points de vue
susceptibles d’être ainsi exprimés, on attend un certain équilibre
ou une possible atténuation ou correction des excès ou méfaits
de la propagande, de la « pensée unique » ou d’une vision ou
interprétation partisane, uniforme ou unilatérale des événements.
Évidemment bien préférable aux éléments de contrôles des
médias, constitutifs et caractéristiques des régimes autoritaires,
le seul principe de liberté d’expression ou de communication
(souvent réduite, en réalité, à la liberté d’entreprise !) n’est pas
ou plus, aujourd’hui, complètement satisfaisant. Nécessaire, il
n’est pas suffisant et risque de n’être que très « formel » ! Il
doit être complété et corrigé. D’autres principes et mécanismes
juridiques peuvent, dans une autre approche ou perspective, y
contribuer. Mais, à faire trop appel à l’intervention publique,
prétendument pour donner à la liberté proclamée plus de réa-
lité, le risque est cependant grand de rétablir les conditions et
les éléments d’un contrôle et régime autoritaire !
Principes du droit des médias

Section 2 19
Autres principes
Le droit français de médias répond ou correspond globale-
ment aux éléments constitutifs et caractéristiques d’un régime
très « classique » de liberté d’expression ou de communication…
avec ses qualités et ses limites. Il comporte cependant aussi cer-
taines dispositions, assez contradictoires, dont l’inspiration, la
logique ou la cohérence seraient probablement davantage à
rechercher par référence à d’autres principes ou systèmes d’or-
ganisation. Dans certains cas, il s’agit de mesures ou de pra-
tiques contraires à la liberté, plutôt représentatives des systèmes
autoritaires, dont elles constitueraient des survivances. Par d’autres
éléments, semblent, à l’inverse, être recherchés les moyens de
donner, à la liberté proclamée, plus de garanties et de réalité,
par référence à la théorie, nouvelle et encore assez incertaine,
du « droit à l’information ».

I - Systèmes autoritaires
En opposition ou contradiction avec le principe de liberté
de communication, le droit français des médias comporte (encore)
certains traits caractéristiques des systèmes autoritaires.
Relèvent de cette catégorie les diverses modalités de contrôles
administratifs préalables : autorisations, interdictions, saisies…
Appliquées aux médias, elles sont constitutives de ce qu’il convient
de qualifier de « censure ».
Dans le secteur de la radio et de la télévision par voie hert-
zienne, et, pour celui-là tout au moins, en raison notamment du
caractère encore limité des fréquences disponibles, une certaine
forme de contrôle administratif préalable, même confié à une
« autorité » administrative « indépendante » (le CSA), continue
de s’imposer. Cependant, son objet et son étendue pourraient pro-
bablement être allégés, restreints ou davantage modulés. Dans un
souci de cohérence et de renforcement des libertés, une plus grande
part d’autonomie et de responsabilité pourrait ou devrait, en la
matière, être confiée à l’instance dite de « régulation ».
Principes du droit des médias

20 S’agissant des médias écrits, sauf peut-être circonstances tout


à fait exceptionnelles, aucune modalité de contrôle administra-
tif préalable ne paraît plus véritablement justifiée. Il s’agit de
survivances de régimes heureusement globalement révolus.
Interdictions et saisies de publications, en application des
pouvoirs généraux de police administrative, en vue d’assurer le
maintien ou le rétablissement de l’ordre, de la tranquillité ou
de la sécurité publique ; extension et renforcement des pouvoirs
de contrôle administratif préalable des périodes dites de « crise »
(état de siège, état de guerre, état d’urgence…); restrictions admi-
nistratives à la diffusion des publications destinées à la jeunesse ;
visas d’exploitation des films cinématographiques… sont, tant
du fait des autorités (politiques ou administratives) qui en déci-
dent, que du moment auquel ces mesures interviennent, en
contradiction avec l’affirmation du principe de liberté.
Si des abus, constitutifs de dommages ou de dangers, sont
commis, il appartient, dans un régime soucieux des libertés, à
l’autorité judiciaire, dans le cadre d’un contrôle de type répres-
sif ou a posteriori, de les constater et de les sanctionner. À condi-
tion que cela demeure exceptionnel, le juge peut ou pourrait
même, en cas d’urgence, agir – par la voie du référé – avec la
même rapidité et efficacité que les représentants de l’adminis-
tration. Toute modalité d’un contrôle administratif préalable ou
préventif constitue une atteinte aux libertés et à la liberté des
médias particulièrement.
Le droit français des médias gagnerait beaucoup en cohé-
rence et la liberté y serait davantage garantie si étaient suppri-
mées ces diverses modalités de contrôles administratifs. Sa confor-
mité au principe constitutionnel ou international de liberté de
communication serait mieux assurée.

II - Théorie du droit à l’information


Heureusement, le droit français des médias comporte aussi
des éléments plus positifs, novateurs et prometteurs.
Principes du droit des médias

Ne se contentant pas de la seule affirmation du principe de 21


liberté ; constatant combien celle-ci peut, pour des raisons éco-
nomiques notamment, n’être que « formelle » ; reprenant cer-
taines des réserves, contestations et critiques formulées à l’en-
contre du système libéral d’information et, plus précisément, du
libéralisme économique appliqué à ce secteur ; pour donner à la
liberté proclamée plus de réalité et en faire bénéficier le plus
grand nombre ; ou sans grande conscience de quelque principe
de référence… ont déjà été introduits, dans notre droit des
médias, divers éléments que l’on peut sans doute rattacher à la
théorie (nouvelle) dite du « droit à l’information ».
De la « liberté de », on passe à l’idée d’un « droit à ». Du
privilège de quelques-uns, on veut faire un droit pour tous. L’in-
térêt général ou public constitue l’objectif et le critère d’appré-
ciation essentiel. Du principe d’abstention de l’État, constitutif
et caractéristique du système libéral, on en vient, au contraire,
dans le domaine des médias également, à en appeler à l’inter-
vention de la collectivité publique pour que l’ « État providence »
ou « interventionniste » assume, prenne en charge ou contri-
bue, par des aides, au financement de certaines de ces activités
d’intérêt général. Le service public constitue, en la matière, une
modalité de mise en œuvre ou de satisfaction de ce « droit à
l’information ».
À défaut de constituer un système cohérent ou même d’avoir
été clairement exprimés ou formulés comme tels, ces principes
ou objectifs sont cependant d’ores et déjà présents ou sous-jacents
dans un certain nombre d’éléments constitutifs et caractéris-
tiques du droit français des médias. Ceux-ci ne s’expliquent et
ne se justifient officiellement que comme cela ou par cela (même
s’ils peuvent avoir aussi quelques motifs moins nobles et
avouables !).
Contrairement à certaines Constitutions étrangères ou accords
internationaux plus récents (Pacte international relatif aux droits
civils et politiques, Convention de sauvegarde des droits de
l’homme…) qui mentionnent le « droit à l’information », « le
droit à la liberté d’opinion et d’expression », « le droit de rece-
Principes du droit des médias

22 voir et de communiquer des informations et des idées »… les


textes constitutionnels français, non réactualisés sur ce point,
n’évoquent pas cette notion d’un « droit à ». Ils en restent, dans
leur formulation, à la conception libérale classique de la « liberté
de ». Dans certaines de ses décisions (10 et 11 octobre 1984,
29 juillet 1986…) cependant, le Conseil constitutionnel, prenant
quelque distance ou liberté par rapport à la lettre même des
textes, considère les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, « au
nombre des destinataires essentiels de la liberté proclamée par
l’article 11 de la Déclaration de 1789 ». Il estime, en consé-
quence, que le « pluralisme des quotidiens d’information poli-
tique et générale […] est en lui-même un objectif de valeur
constitutionnelle ». Il justifie ainsi les exigences (peut-être plus
complexes dans leur formulation, que véritablement contrai-
gnantes !), qu’il impose au législateur, en matière de dispositif
anticoncentration, s’agissant tant du statut des entreprises édi-
trices de presse que de communication audiovisuelle.
Même si elle n’y est pas toujours expressément présente, la
notion de « droit à l’information » inspire divers éléments consti-
tutifs de notre droit des médias, tels que posés par différentes
lois.
L’existence d’un service public de la communication audio-
visuelle ne s’explique et ne se justifie véritablement que par cela.
Les multiples modalités d’aides de l’État à la presse ou à la pro-
duction cinématographique et audiovisuelle ne peuvent ou ne
devraient pas avoir d’autres raisons ou motivations…
C’est bien aussi de droit du public à l’information qu’il s’agit
dans : l’ouverture des moyens audiovisuels publics aux divers
courants de pensée ; l’organisation de campagnes électorales offi-
cielles ; le souci des garanties du pluralisme ; la reconnaissance
d’un droit d’accès aux documents administratifs ou aux archives
publiques ; la constitution et la conservation d’un patrimoine
culturel national, par le régime du dépôt légal ; la promotion de
la création et l’accès à la culture, par la réglementation du prix
du livre ou les dispositions (principes et exceptions) relatives au
droit d’auteur ; la protection du droit des journalistes au secret
Principes du droit des médias

de leurs sources ; le fait que certaines immunités leur soient 23


accordées, à l’occasion du compte rendu des débats des assem-
blées parlementaires ou des audiences des tribunaux ; la régle-
mentation du droit de réponse ; la détermination d’ « événe-
ments d’importance majeure » (dont on pourrait souhaiter qu’ils
ne soient pas que sportifs !)… Rien de tout cela ne pourrait s’ex-
pliquer ni se justifier par le seul principe de liberté d’expres-
sion ou des médias.
La principale consécration légale explicite du droit à l’in-
formation concerne, en droit français, le domaine très particu-
lier – pas le plus essentiel pourtant ! – de l’information spor-
tive. Pour assurer le droit du public à ce type d’information, la
loi du 16 juillet 1984, modifiée et complétée, sur ce point, par
celle du 13 juillet 1992, pose que « la cession du droit d’ex-
ploitation d’une manifestation ou d’une compétition sportive à
un service de communication audiovisuelle ne peut faire obs-
tacle à l’information du public par les autres services de com-
munication audiovisuelle. Le vendeur ou l’acquéreur de ce droit
ne peuvent s’opposer à la diffusion, par d’autres services de com-
munication audiovisuelle, de brefs extraits librement choisis par
le service qui les diffuse » (art. 18-2). L’article 18-4 de la même
loi précise encore que « la cession du droit d’exploitation d’une
manifestation ou d’une compétition sportive n’autorise ni l’or-
ganisateur […] ni le cessionnaire de ce droit à s’opposer au libre
accès des journalistes et des personnels des entreprises d’infor-
mation écrite ou audiovisuelle aux enceintes sportives » (art. 18-4).
Nombre de décisions rendues par les tribunaux, dans des
affaires de diffamation ou d’atteintes à la vie privée notamment,
apprécient la justification de certaines révélations ou accusations,
contenues dans les médias, par référence au droit du public à
l’information.

Le principe fondamental essentiel du droit français des médias,


susceptible de lui donner un peu de la cohérence qui lui fait
Principes du droit des médias

24 grandement défaut, de servir à son interprétation et à son appli-


cation, de suppléer certaines de ses carences… est celui de la
liberté d’expression ou de communication. Y subsistent cepen-
dant encore certains éléments de contrôles administratifs, carac-
téristiques et constitutifs des systèmes autoritaires d’information,
manifestement contraires à ce principe de liberté. En sens inverse
et de façon plus novatrice, on y relève certains aspects qui répon-
dent ou correspondent davantage, même sans s’y référer expres-
sément, à la théorie du « droit à l’information ». Sont, par eux,
recherchés les moyens de donner, à la liberté proclamée, plus
de réalité, au profit du plus grand nombre. On ne saurait s’en
plaindre. C’est assurément un enrichissement et une améliora-
tion. On craindra et regrettera cependant que cette diversité de
fondements ou de principes de référence puisse nuire à la rigueur,
à la cohérence et à la qualité de ce droit des médias.

Lire aussi

- Balle F., Médias et sociétés, Montchrestien, 11e éd., 2003, 831 p.


- Bertrand Cl.-J., dir., Médias, Ellipses, 2e éd., 1999
- Derieux E. et Trudel P., dir., L’intérêt public, principe du droit
de la communication, Victoires Éditions, 1996, 192 p.
- Morange J., La liberté d’expression, PUF, 1993, 128 p.
- Toussaint-Desmoulins N., L’économie des médias, PUF, 2004,
5e éd., 127 p.
Chapitre II
Droit des médias écrits

Nombre d’éléments constitutifs du droit des médias concer-


nent indifféremment (dans leurs grandes lignes) les médias écrits
et les médias audiovisuels, s’agissant, en tout cas, du droit de la
responsabilité, du droit professionnel ou du droit d’auteur. Les
médias écrits sont cependant soumis, en France, à quelques élé-
ments, au moins, d’un statut particulier des entreprises éditrices
de publications périodiques et de diverses autres entreprises et
activités parallèles ou de service, différent de celui des médias
audiovisuels… à moins (et c’est, en réalité, bien davantage comme
cela que les choses doivent être envisagées) que ce soit surtout
le statut de ceux-ci qui diffère de celui des premiers !
La conception libérale repose sur le principe du « laissez
faire », de la liberté d’entreprise et de la libre initiative privée,
et prône l’abstention de l’État. On y voit généralement la condi-
tion et la garantie de la liberté. Une telle optique n’implique-
rait donc, en dehors du droit commun des sociétés, aucune régle-
mentation particulière des entreprises de presse. Mais le libéralisme
économique n’assure pas nécessairement et automatiquement la
liberté d’expression et d’information !
Les éditeurs de presse eux-mêmes font appel à l’État pour
que, par ses aides, il contribue, au nom du pluralisme et de la
liberté, à leur survie économique. C’est incontestablement là une
des manifestations essentielles de la théorie du « droit à l’in-
formation ». Recherchant cette forme d’intervention publique
qui leur est favorable, les représentants des journaux acceptent
Droit des médias écrits

26 cependant beaucoup moins bien les éléments de réglementation


qui n’en sont pourtant que la juste et nécessaire condition ou
contrepartie.
Peut-être pourrait-on envisager ou admettre, au nom du
libéralisme économique sinon de la liberté d’expression, que les
médias écrits qui ne solliciteraient aucune forme d’aide publique
puissent échapper à ces quelques contraintes et obligations par-
ticulières (de toute façon, bien légères !), constitutives du statut
des entreprises éditrices de presse, et qu’ils soient soumis, en la
matière, aux seules règles du droit commun. Bien peu nom-
breux seraient sans doute ceux qui opteraient alors pour cette
solution…
Il est souvent prétendu – pour lui en faire le reproche ! –
que le droit français des médias serait le seul ou l’un des rares,
parmi les régimes démocratiques de type occidental, à compor-
ter un tel statut des entreprises de presse. Sous cette forme ou
présentation explicite, peut-être ! Elle est pourtant bien incom-
plète, assez incohérente et finalement assez peu contraignante !
De manière éparse et partielle, on trouve, dans nombre de légis-
lations étrangères, quelques éléments, au moins, d’un tel statut
particulier des entreprises éditrices de presse : garanties d’indé-
pendance, dispositif anticoncentration, modalités d’aides
publiques…

Section 1
Statut des entreprises
En considération de la spécificité de leur mission (diffusion
de l’information, débat d’idées… nécessaires à toute démocra-
tie), et notamment des exigences d’indépendance et de plura-
lisme qui leur sont propres, le droit français soumet certaines
entreprises du secteur des médias à divers éléments d’un statut
particulier. Bien que répondant officiellement aux mêmes pré-
occupations, celui-ci, en partie pour tenir compte des techniques
et de leur objet, varie cependant quelque peu selon qu’il s’agit :
des entreprises de presse, éditrices de journaux et périodiques ;
Droit des médias écrits

des agences de presse, et du cas particulier de l’Agence France 27


Presse ; ou des messageries de presse. (Ne) faudrait-il (pas) éga-
lement, aujourd’hui, soumettre, à un statut de même nature, les
bases de données et certains sites de « communication au public
en ligne » (Internet) ?

I - Entreprises de presse
Seules les entreprises éditrices de journaux et périodiques
sont soumises à un statut spécifique. En application de la loi du
10 août 1981, les entreprises éditrices de livres (écrits non pério-
diques) n’ont pour seule obligation que d’en fixer le prix de
vente, que les libraires et autres revendeurs doivent respecter.
Les premiers éléments d’un statut des entreprises de presse
ont été adoptés, à la Libération, par une ordonnance du 26 août
1944. Assez vite, l’idéal de l’époque a été oublié par le plus grand
nombre, pris dans l’ambiance « capitaliste » générale. Ces dis-
positions ne furent pas rigoureusement respectées! On peut sans
doute parler, à cet égard, de « révolution manquée »! C’est en
tout cas l’illustration et la preuve que le droit des médias est étroi-
tement dépendant de la nature du régime politique et écono-
mique, qu’il en est un des éléments constitutifs et caractéristiques
essentiels… et que, peut-être, un statut de la presse trop diffé-
rent du contexte général et du droit commun ne peut prospérer!
Pour remédier aux conséquences de tels abandons ou oublis,
une loi du 23 octobre 1984 prétendait reprendre, actualiser et
renforcer les obligations de l’ordonnance de 1944. Elle fut assez
éphémère ! À la suite d’une alternance politique, elle fut abro-
gée par la loi du 1er août 1986. D’inspiration « libérale », celle-
ci est bien moins contraignante et exigeante. Elle constitue ce
qui subsiste aujourd’hui des éléments du statut légal spécifique
des entreprises de presse.

A - Définition
La définition des entreprises de presse est désormais four-
nie par l’article 1er de la loi du 1er août 1986. Aux termes de cet
Droit des médias écrits

28 article, « l’expression “publication de presse” désigne tout ser-


vice utilisant un mode écrit de diffusion de la pensée mis à la
disposition du public en général ou de catégories de publics et
paraissant à intervalles réguliers ».
Toutes les entreprises éditrices de publications périodiques
écrites, imprimées sur support papier, sont désormais, quelles
que soient leur nature et leur périodicité, soumises à ce qui reste
des éléments constitutifs du statut des entreprises de presse…
pour ceux des moins contraignants ! Les dispositions relatives
au pluralisme, de l’article 11 de la loi, ne s’appliquent qu’aux
seules entreprises éditrices « d’une publication quotidienne impri-
mée d’information politique et générale ».

B - Obligations
Outre la disposition, relative au pluralisme, qui ne concerne
donc qu’une catégorie d’entreprises de presse, la loi du 1er août
1986 comporte un certain nombre de mesures concernant la
transparence et l’indépendance des publications.

1 - Transparence
Valeur en elle-même ou pour elle-même, et condition du
contrôle du respect des exigences d’indépendance et de plura-
lisme, la transparence est la première obligation constitutive du
statut des entreprises de presse. Il s’agit de permettre au public
des lecteurs de savoir qui l’informe, de connaître l’identité des
principaux propriétaires et responsables des journaux, suscep-
tibles d’en déterminer l’orientation.
Au titre de la transparence des personnes, l’article 5 de la
loi du 1er août 1986 impose que diverses informations « doivent
être portées, dans chaque numéro, à la connaissance des lec-
teurs ».
Avec le même souci de transparence, s’agissant du finance-
ment, l’article 6 de la loi de 1986 rend, au-delà d’un certain
seuil, obligatoire l’insertion, dans les colonnes du périodique, de
toute information relative à des opérations de cession de parts
Droit des médias écrits

de capital, transfert de propriété ou d’exploitation d’une publi- 29


cation de presse.

2 - Indépendance
L’indépendance des entreprises de presse et, par là, du contenu
rédactionnel ou des informations et des opinions publiées, est
une autre des préoccupations de ce statut. C’est essentiellement
à l’égard des intérêts financiers, français et étrangers, que ce
souci est exprimé.
L’article 10 de la loi du 1er août 1986 interdit de « recevoir
ou de se faire promettre une somme d’argent, ou tout autre
avantage, aux fins de travestir en information de la publicité
financière ». Plus généralement, il impose que « tout article de
publicité à présentation rédactionnelle doit être précédé de la
mention “publicité” ou “communiqué” ».
S’agissant de ce désir de garantie de l’indépendance des publi-
cations à l’égard des intérêts étrangers, l’article 8 de la même
loi « interdit à toute entreprise éditrice […] de recevoir direc-
tement ou indirectement des fonds ou avantages d’un gouver-
nement étranger ».
La participation des étrangers (hors Union européenne) est,
par l’article 7 de la loi de 1986, limitée à « vingt pour cent du
capital social ou des droits de vote d’une entreprise éditant une
publication en langue française ».

3 - Pluralisme
Les dispositions de l’article 11 de la loi du 1er août 1986 sont
un peu plus contraignantes, mais elles ne concernent que la seule
presse « quotidienne imprimée d’information politique et géné-
rale ». Les autres publications périodiques n’y sont pas soumises.
Au nom du pluralisme, condition et garantie de la liberté
d’expression et d’information, sont limitées les tendances à une
concentration jugée excessive et dangereuse. Tout est question
de détermination des seuils et d’appréciation de ce qui est éco-
nomiquement nécessaire ou acceptable. L’appartenance à un
groupe de presse peut, en effet, permettre d’assurer, au moins
Droit des médias écrits

30 provisoirement, grâce à des titres bénéficiaires, la survie d’une


publication déficitaire et, en tout cas, de rentabiliser quelques
investissements lourds (locaux, matériel d’impression, système
informatique…) et de répartir certaines charges communes (ser-
vices administratifs, régie publicitaire, système de distribution…).
Il est donc indispensable d’être particulièrement prudent dans
la fixation du seuil de concentration.
L’article 11 de la loi de 1986 ne concerne que les seuls quo-
tidiens « d’information politique et générale ». Il limite le contrôle
qu’une personne ou qu’un groupe peut en avoir à « 30 % de la
diffusion sur le territoire national de toutes les publications quo-
tidiennes imprimées de même nature ». La définition de cha-
cun de ces termes mériterait sans doute quelques précisions. Elle
peut être source de difficultés d’interprétation et d’application !
L’ « information politique et générale », pour laquelle le souci
de pluralisme est essentiel, n’est pas le fait des seuls quotidiens…
La loi du 30 septembre 1986 (portant statut des médias audio-
visuels) envisage également, dans le dispositif anticoncentration
« plurimédias », au niveau national, le cas d’une personne édi-
tant ou contrôlant « une ou plusieurs publications quotidiennes
imprimées d’information politique et générale représentant plus
de 20 % de la diffusion totale » des publications de cette nature.
Pour garantir le pluralisme au plan régional et local, sont prises
en compte les « publications quotidiennes imprimées, d’infor-
mation politique et générale, à caractère national ou non, dif-
fusées » dans la zone considérée.
Dans ce souci de garantie du pluralisme, rien n’est, par
contre, prévu s’agissant d’une possible concentration entre entre-
prises éditrices de journaux, même quotidiens, d’une part, et
agences de presse, entreprises de publicité, sociétés éditrices de
livres, exploitants de sites dits de « communication au public
en ligne » (Internet)… d’autre part. Aucune limitation n’est non
plus, de ce point de vue, déterminée quant à la possibilité, pour
les journalistes, d’apporter, sous le même nom ou sous un ou
plusieurs pseudonymes, leurs contributions à des organes pré-
tendument différents ou concurrents. Il y a pourtant là aussi,
Droit des médias écrits

dans certains domaines ou certaines circonstances, une réelle 31


menace pour le pluralisme de l’information !
Ce qui reste, aujourd’hui, du statut des entreprises de presse,
éditrices de publications périodiques, n’apparaîtra finalement
pas bien spécifique ni contraignant. Au nom des principes libé-
raux, on en a réduit l’importance. Le libéralisme économique
n’assure pourtant pas, à lui seul ni de façon certaine, la liberté
d’information, sinon des entrepreneurs de presse et des journa-
listes, en tout cas du public. Les propriétaires de journaux l’ont
bien compris. Ils n’hésitent pas, par ailleurs, pour cela, à faire
appel à l’aide de l’État. Au minimum, le respect de ces exigences
constitutives du statut des entreprises de presse et peut-être
quelques obligations complémentaires pourraient, en contre-
partie, leur être imposés.

II - Agences de presse
Les agences de presse constituent une source essentielle des
nouvelles d’actualité diffusées par les médias (écrits et audio-
visuels) qui les sélectionnent, les mettent en forme et les com-
mentent, à leur manière, à destination de leur propre public.
Il est donc bien normal et nécessaire qu’une partie au moins
des exigences ou des préoccupations constitutives du statut des
entreprises de presse se retrouve dans le statut des agences de
presse.
En l’état actuel, le statut général des agences de presse découle
d’une ordonnance du 2 novembre 1945. Par certains de ses
articles, celle-ci renvoyait à l’ordonnance du 26 août 1944 por-
tant statut des entreprises de presse. Le renvoi est aujourd’hui
fait aux dispositions de la loi du 1er août 1986. L’ensemble manque
de cohérence. On ne voit pas toujours clairement pourquoi, sur
certains points, des dispositions spécifiques ont été adoptées, alors
qu’elles visent à peu près le même but, tandis que, pour d’autres
éléments, le législateur s’est contenté de faire référence à l’autre
texte, ni pourquoi certaines autres préoccupations ne sont pas,
d’une quelconque façon, reprises…
Droit des médias écrits

32
A - Définition
Par l’article 1er de l’ordonnance du 2 novembre 1945, sont
définis comme agences de presse « les organismes privés qui
fournissent aux journaux et périodiques, des articles, informa-
tions, reportages, photographies et tous autres éléments de rédac-
tion et qui tirent leurs principales ressources de ces fournitures ».
Complétant la définition, le deuxième alinéa du même article
pose que « ne peuvent se prévaloir […] de l’appellation agence
de presse que les organismes inscrits sur une liste établie sur la
proposition » de la Commission paritaire des publications et
agences de presse-CPPAP. Il s’agit essentiellement de distinguer
ainsi les agences de presse, des entreprises de publicité, de com-
munication ou de relations publiques.
La même disposition ne pourrait-elle être fort utilement pré-
vue s’agissant des entreprises de presse respectant les obligations
constitutives de leur statut légal ? Seules de telles entreprises
pourraient, alors, se prévaloir de cette appellation ou dénomi-
nation protégée d’ « entreprise de presse » ! Elles seules se ver-
raient imposer le respect de ce statut spécifique. Comme cela
est prévu pour les agences, seules ces entreprises seraient admises
au régime d’aide de l’État. Seules elles emploieraient des jour-
nalistes professionnels…
Une telle mesure ne risquerait pas de constituer un système
d’autorisation déguisée, évidemment contraire au principe de
liberté, dès lors que le même article pose encore, s’agissant des
agences, que « l’inscription ne peut être refusée aux organismes
remplissant les conditions prévues par la présente loi ».

B - Obligations
Parmi les obligations constitutives du statut des agences de
presse, on retrouve donc, expressément dans le texte de l’or-
donnance de 1945 ou par renvoi à certaines dispositions rela-
tives aux entreprises de presse, quelques-unes des exigences
concernant la transparence et l’indépendance.
Droit des médias écrits

Aucun élément d’un dispositif visant à garantir le plura- 33


lisme n’y est, par contre, déterminé ; qu’il s’agisse de concen-
tration d’agences de presse entre elles, ou de telles agences avec
d’autres médias, écrits ou audiovisuels. L’objectif n’y est-il pour-
tant pas au moins aussi important ?

III - Agence France Presse


Du statut général des agences de presse, il est nécessaire de
distinguer le statut particulier de l’Agence France Presse (AFP)
déterminé par la loi du 10 janvier 1957. Le statut général des
agences de presse et leur seul mode de financement privé notam-
ment ne lui auraient pas permis d’assumer pleinement sa mis-
sion.

A - Définition
La définition que l’article 1er de la loi de janvier 1957 donne
de l’AFP en fixe la nature juridique : « organisme autonome
doté de la personnalité civile et dont le fonctionnement est assuré
suivant les règles commerciales ». Il n’en existe aucun autre du
même genre !
Est ici également précisé son objet : « Rechercher, tant en
France […] qu’à l’étranger, les éléments d’une information com-
plète et objective […] mettre contre payement cette information
à la disposition des usagers. » Ce sont là les missions essentielles
d’une agence de presse. C’est d’une grande agence mondiale
qu’il s’agit.
Sont ainsi déjà identifiées certaines des obligations princi-
pales, constitutives du statut légal de l’AFP.

B - Obligations
Les obligations et formes d’organisation déterminées par la
loi du 10 janvier 1957 n’ont pour but que de permettre à l’AFP
d’assumer correctement sa tâche.
Droit des médias écrits

34 L’article 2 de la loi précise les « obligations fondamentales »


de l’AFP en matière d’indépendance, d’impartialité, d’ « exac-
titude » et d’ « objectivité » de l’information. Mission lui est
également donnée d’assurer, par son implantation et la nature
des informations collectées et diffusées, sa dimension interna-
tionale.
Pour y parvenir, la loi détermine la composition, le mode
de désignation et les pouvoirs des organes de direction (conseil
d’administration, président-directeur général) et de contrôle
(conseil de surveillance, commission financière). Les représen-
tants de la presse sont majoritaires au sein du conseil d’admi-
nistration. C’est celui-ci qui élit le président directeur général
de l’agence.
Tout, dans le texte de la loi, est donc destiné à assurer l’in-
dépendance de l’AFP (entreprise parapublique) à l’égard de
l’État… même si ou parce que celui-ci prend en charge une
part essentielle de son financement. Outre certaines subventions
ou dotations budgétaires dites « exceptionnelles », l’AFP tire
près de la moitié de ses recettes annuelles du prix des abonne-
ments souscrits par les administrations et les services publics.
En l’état actuel, la clientèle des seuls médias ne permettrait pas
d’assurer l’existence d’une grande agence de presse internatio-
nale de langue française… ou à un prix qu’ils ne peuvent ou
ne veulent pas supporter !
Majoritaires au sein du conseil d’administration, les repré-
sentants de la presse n’oublient sans doute pas, au moment de
la fixation des tarifs d’abonnements, qu’ils devront, en tant
que clients, en supporter la charge ! L’insuffisance du finan-
cement privé doit donc être compensée par un financement
public, quelle que soit la forme ou la qualification donnée à
celui-ci. Le statut légalement défini, destiné à assurer l’indé-
pendance de l’AFP, ne trouve-t-il pas ici ses limites ? Les
contraintes et les réalités économiques sont souvent bien plus
pesantes et pressantes. La liberté d’information cherche tou-
jours sa voie entre les (risques de) pressions du pouvoir poli-
tique et celles de l’argent !
Droit des médias écrits

IV - Messageries de presse 35

L’article 1er de la loi du 2 avril 1947 pose pour principe que


« la diffusion de la presse imprimée est libre ». Il précise que
« toute entreprise de presse est libre d’assurer elle-même la dis-
tribution de ses propres journaux et publications périodiques
par les moyens qu’elle jugera les plus convenables ». Cela
concerne : le portage à domicile, peu développé en France ; les
abonnements servis par la Poste ; et la vente au numéro, qui est,
pour la grande presse d’information générale, le mode de dif-
fusion le plus développé. C’est ce système de distribution qui
est concerné par ladite loi « relative au statut des entreprises de
groupage et de distribution des journaux ».

A - Définition
Les messageries de presse sont des entreprises spécialisées
qui réalisent l’acheminement des journaux, des lieux d’impres-
sion jusqu’aux points de vente. Au-delà de cette seule fonction
de transport, elles assurent, en réalité, en concertation avec les
entreprises éditrices, l’organisation et la coordination de l’en-
semble de la vente (détermination du nombre d’exemplaires à
livrer, remontée des recettes, retour des invendus…).
Pour des raisons pratiques et économiques évidentes, chaque
entreprise éditrice de publication périodique ne peut, au-delà
d’une certaine distance, assurer elle-même cette fonction. Afin
de répartir les frais de distribution, il y a donc intérêt à regrou-
per les titres – même concurrents ! – et à utiliser ensemble les
services d’un même transporteur.

B - Obligations
Pour continuer à assurer, à ce stade ultime mais tout à fait
essentiel de la distribution, la liberté de la presse, la loi du 2 avril
1947 soumet les messageries de presse à une série d’obligations.
Elle en détermine la nature juridique et les formes d’organisa-
tion.
Droit des médias écrits

36 Aux termes de l’article 2 de la loi, les messageries de presse


doivent être constituées sous forme de « sociétés coopératives ».
Agissant dans le seul intérêt de leurs clients adhérents, les
coopératives n’ont pas de but lucratif et ne cherchent donc pas
particulièrement à dégager d’importants bénéfices. Le coût de
la distribution devrait ainsi en être réduit. Des situations de
quasi-monopole, des coopératives ou des entreprises commer-
ciales auxquelles elles transfèrent ou délèguent, en réalité, l’es-
sentiel de leur mission, atténuent sans doute la réalisation effec-
tive de cet objectif !
Pour assurer la liberté de la presse, l’article 6 de la loi de
1947 fait obligation, aux coopératives de messagerie de presse,
d’admettre en leur sein et de traiter également « tout journal
ou périodique qui offrira de conclure […] un contrat de trans-
port (ou de groupage et de distribution) sur la base » des tarifs
fixés.
Par souci de réalisme, la loi du 2 avril 1947 comporte cepen-
dant, en son article 4, une disposition qui, si elle ne remet pas
en cause tout le système, en atténue pourtant fortement la por-
tée. Y est en effet prévue la possibilité, pour les coopératives de
messagerie, de « confier l’exécution de certaines opérations maté-
rielles à des entreprises commerciales ». La seule obligation qui
leur est alors faite est de « s’assurer une participation majori-
taire dans la direction de ces entreprises, leur garantissant l’im-
partialité de cette gestion ». C’est dans ce cadre qu’ont été recons-
tituées notamment les Nouvelles messageries de la presse parisienne
(NMPP), société commerciale chargée, au nom et pour le compte
de diverses coopératives de messagerie de la presse parisienne,
de la distribution, en France et à l’étranger, d’une très grande
partie de la presse française.
Quoi qu’il en soit de certaines critiques ou accusations (tarifs,
discriminations…) parfois formulées contre les NMPP, le sys-
tème de distribution, ainsi partiellement remis en cause dans
son principe même, semble faire la preuve de son efficacité.
Nombre d’éditeurs de presse français regrettent fortement de
ne pas pouvoir disposer, pour leur diffusion à l’étranger, d’un
Droit des médias écrits

réseau de distribution comparable à celui qui est ainsi ouvert, 37


en France, aux publications étrangères.
Ce qui est essentiellement en cause, s’agissant de la distri-
bution de la presse en France, c’est la pratique d’achat au numéro.
Elle est fort lourde et incertaine pour l’économie de la presse.
À cela, la loi ne peut pas grand-chose ! Sauf, ce qui est déjà en
partie le cas, à favoriser, par certains des mécanismes d’aide de
l’État, d’autres modes de distribution (portage à domicile, abon-
nements postaux…).

Section 2
Aide de l’État
Forme positive de l’intervention publique en faveur de la
liberté d’expression, mise en œuvre de la théorie du « droit à
l’information », l’aide de l’État constitue, en France, une com-
posante essentielle du droit des médias.
Officiellement au moins, cette aide de l’État à la presse, per-
mettant d’en réduire les charges ou les coûts, a pour but d’as-
surer la survie d’un plus grand nombre d’entreprises et de publi-
cations et de garantir ainsi le pluralisme de l’information sans
lequel il n’y a pas de véritable liberté.
Les conditions et les modalités de son attribution, la déter-
mination de ses bénéficiaires, l’absence d’estimation véritable et
fiable de ses effets économiques… conduisent cependant cer-
tains à remettre en cause ce régime d’aide. Celui-ci paraît par-
fois ne constituer, par l’octroi de quelques avantages et privi-
lèges, que le moyen, pour les responsables politiques, de tenter
de s’assurer les faveurs d’une presse « faiseuse d’opinion ».
Au cours des années, ont été ajoutés et se sont accumulés,
sans pratiquement qu’aucun élément n’en soit ensuite jamais
supprimé, des procédés d’aides supplémentaires, annoncés comme
devant n’avoir qu’un caractère provisoire, pour remédier à des
difficultés ou « crises » prétendument passagères de telle ou
telle catégorie de publications, déclenchant aussitôt des reven-
dications parallèles de toutes les autres…
Droit des médias écrits

38 Entretenant la presse dans un régime d’assistanat généralisé,


ces mécanismes d’aides n’ont jamais réussi – et peut-être ne
l’ont-ils jamais véritablement cherché ! – à entraîner de néces-
saires réformes ou adaptations des structures, des contenus ou
des modes de gestion.
En l’état et dans ces conditions, un tel régime d’aide ne peut
apparaître – au moins, à ceux qui n’en tirent pas avantage ! –
que comme un gaspillage injustifié… sans grand espoir que des
responsables politiques aient jamais le courage ou l’imprudence
de le remettre en cause, quelles que soient les propositions et
recommandations de multiples commissions pourtant consti-
tuées, à leur initiative, au cours des années, sur le sujet !
La véritable grande qualité du régime français d’aide de l’État
à la presse est d’être juridiquement, sinon rigoureusement, orga-
nisé. Contrairement aux pratiques encore en vigueur dans bien
d’autres pays, en réalité peu soucieux des libertés, le pouvoir poli-
tique ne peut ici, du fait du cadre légalement défini, accorder ou
refuser ses faveurs, sous forme d’aides et de subventions, à telles
ou telles publications, pour des raisons partisanes, en fonction de
leurs opinions ou de leurs orientations politiques ou idéologiques.
Probablement insuffisamment sélectif dans la détermination des
catégories de publications admises au régime d’aide, notre sys-
tème a le mérite de n’autoriser aucune discrimination entre publi-
cations du même genre ou d’une même catégorie.
De l’argent ainsi reçu de l’État, sans compromission ni contre-
partie immédiate de la part des bénéficiaires, n’est pas suspect
et ne risque pas de porter atteinte à l’indépendance des publi-
cations… encore qu’on ne puisse totalement exclure une cer-
taine réserve ou retenue générale de la presse à l’égard du pou-
voir politique, dans le souci de ne pas trop l’indisposer, pour ne
pas risquer, en représailles, la suppression de tel ou tel méca-
nisme d’aide.

I - Entreprises de presse
Les entreprises éditrices de journaux et publications pério-
diques sont les principales bénéficiaires du régime d’aide de
Droit des médias écrits

l’État. Celui-ci passe par des voies multiples. De nombreuses 39


catégories de publications périodiques bénéficient de formes
d’aides spécifiques, qui se sont surajoutées les unes aux autres
au cours des années. Bien que l’ensemble manque de rigueur
et de cohérence, on peut tenter d’en dégager ici quelques grandes
lignes.

A - Bénéficiaires
Quelques-unes de ces formes d’aides de l’État profitent à
toutes les entreprises éditrices de publications périodiques, quels
qu’en soient la périodicité, la nature et le contenu ; qu’elles en
aient véritablement besoin ou non. Il en est ainsi, par exemple :
de l’exonération de taxe professionnelle ; des réductions de tarifs
de transport (ferroviaire, aérien) ; des aides à l’exportation…
D’autres aides ne sont accordées qu’à telles ou telles caté-
gories de publications, en fonction de leur périodicité. Une aide
spécifique est ainsi accordée aux « quotidiens nationaux à faibles
ressources publicitaires ». Une autre, aux « quotidiens régio-
naux, départementaux ou locaux à faibles ressources de petites
annonces »…
Dans tous ces cas, des critères sans doute assez objectifs, mais
peut-être un peu trop simplistes, président à la détermination
des bénéficiaires de l’aide. Il n’est alors cependant nullement
tenu compte du contenu des publications et de l’intérêt public,
autre que celui, essentiellement financier, des entrepreneurs
qu’elle satisfait !
Tous les éditeurs de quotidiens et d’hebdomadaires sont
admis au régime particulier de l’impôt sur les bénéfices. Pour
pouvoir profiter de ce régime de faveur, les publications men-
suelles ou bimensuelles doivent, par contre, être consacrées,
« pour une large part, à l’information politique » (CGI, art. 39 bis).
Apparaît ici une première prise en compte du contenu des publi-
cations et du rôle joué, par elles, dans la diffusion de l’infor-
mation ou le débat des idées… seule justification véritable de
l’aide de l’État !
Droit des médias écrits

40 Le principe d’une sélection plus précise des publications béné-


ficiaires de l’aide apparaît à l’égard du taux de TVA applicable
à la vente et aux tarifs d’affranchissement postal des exemplaires
destinés aux abonnés.
Aux termes des articles 72 et 73 de l’annexe III CGI, ces
publications doivent notamment : « 1° avoir un caractère d’in-
térêt général quant à la diffusion de la pensée : instruction, édu-
cation, information, récréation du public […] 3° paraître régu-
lièrement au moins une fois par trimestre […] 5° avoir au plus
les deux tiers de leur surface consacrés à des réclames ou
annonces ».
L’application pratique de ces critères, par la Commission
paritaire des publications et agences de presse-CPPAP, n’appa-
raît cependant pas toujours bien rigoureuse ! Sans doute faut-il
y voir, pour une part, la conséquence de la participation à cette
commission, pour moitié de ses membres, de représentants des
organisations patronales de la presse (directement intéressés)…
Il s’agit d’assurer ainsi la liberté de la presse contre toute forme
possible de censure ou de discrimination. Ce manque de rigueur
apparente de la Commission, dans la sélection des bénéficiaires
du régime d’aide, tient sans doute aussi, plus fondamentalement,
à la difficulté de déterminer ce qui est constitutif de l’ « intérêt
général ». Le risque (d’accusation) d’arbitraire conduit, par pru-
dence, à admettre donc assez largement les publications au
régime de l’aide.

B - Modalités
Officiellement destinée à assurer la survie des entreprises et
des publications, au nom du nécessaire pluralisme, condition et
garantie de la liberté, l’aide de l’État aux entreprises de presse
passe par des modalités multiples. Elles ont été ajoutées les unes
aux autres, au cours des années. L’imagination des bénéficiaires
de l’aide semble, en la matière, sans limites. Il s’agit officielle-
ment, pour l’État, d’alléger ou de supporter ainsi certaines charges
des entreprises.
Droit des médias écrits

1 - Tarifs réduits 41

Les tarifs réduits, appliqués, selon les cas, à l’ensemble ou à


certaines catégories de publications périodiques seulement concer-
nent essentiellement : les affranchissements postaux des exem-
plaires adressés aux abonnés et le coût du transport des jour-
naux, en vue de la vente au numéro.

2 - Avantages fiscaux
Le régime fiscal de faveur utilise également, au profit de
l’ensemble ou de telle ou telle catégorie de publications pério-
diques, toutes les voies possibles de la fiscalité directe et indi-
recte : exonération de taxe professionnelle ; réduction de la part
de l’impôt sur les bénéfices (régime dit des « provisions pour
investissements ») ; taux réduit de la TVA applicable à la four-
niture d’informations, à la composition et à l’impression (5,5 %),
à la vente (2,1 %)…

3 - Subventions
Au cours des années, sont venues se rajouter, au profit de
telle ou telle catégorie de publications supposées « en crise »,
diverses modalités de subventions particulières : aide aux quo-
tidiens nationaux à faibles ressources publicitaires ; aide aux quo-
tidiens régionaux, départementaux ou locaux à faibles ressources
de petites annonces ; aide exceptionnelle destinée à compenser
la baisse des ressources publicitaires… Les difficultés étant sur-
montées, les aides ne sont cependant pas remises en cause !
Bénéficiaires directes de ces multiples formes d’aides, les
entreprises éditrices profitent également de celles qui sont appor-
tées à certaines autres entreprises avec lesquelles elles sont en
relations, destinées à réduire le coût de leurs prestations.

II - Agences de presse
Fournissant, aux entreprises éditrices de journaux et pério-
diques et organismes de radio et de télévision, une part essen-
Droit des médias écrits

42 tielle de l’information diffusée, les agences de presse, grâce à


certaines aides de l’État, peuvent en abaisser le coût.
Les agences de presse, inscrites sur la liste établie par la
CPPAP, les seules, aux termes de l’article 1er de l’ordonnance
du 2 novembre 1945, à pouvoir se prévaloir de cette appella-
tion, bénéficient des diverses modalités d’aide définies à l’ar-
ticle 8 ter de cette même ordonnance. Il s’agit, en réalité, des
agences de presse relevant du régime général, ainsi défini, et
aussi de l’Agence France Presse.
Presque toutes les modalités d’aides sont également appli-
quées aux agences de presse : tarifs réduits (affranchissement
postal des bulletins d’agences acheminés par cette voie) ; fisca-
lité particulière (exonération de taxe professionnelle, TVA à taux
réduit) ; subventions et dotations budgétaires exceptionnelles (au
profit de l’AFP)…

III - Messageries de presse


Certaines des modalités, déjà mentionnées, de l’aide de l’État
aux entreprises de presse concernent aussi les activités de dis-
tribution et de messagerie.

Le statut des entreprises et l’aide de l’État constituent les


deux éléments essentiels du droit des médias écrits, dans ce qu’il
a de spécifique. Peut-être pourraient-ils être plus étroitement et
rigoureusement liés l’un à l’autre.
Conformément aux principes du libéralisme économique, ne
pourrait-on en effet admettre qu’échappent à toute obligation
particulière les entreprises qui ne solliciteraient aucune aide de
l’État et qui tenteraient ainsi de vivre selon les seules lois du
marché ?
Par contre, ne serait-il pas justifié, au nom du droit du public
à l’information, d’imposer des obligations, peut-être plus pré-
cises et renforcées, à celles des entreprises, à l’appellation pro-
Droit des médias écrits

tégée (comme cela est déjà fait pour les agences de presse, par 43
exemple), qui assume(raie)nt véritablement une mission d’inté-
rêt public ou général, seule justification de l’aide de l’État qui
leur serait alors réservée ?
Faute de référence à un principe clair, par manque de cou-
rage ou de détermination politique peut-être, le droit français
des médias ne semble pas avoir réussi à établir, en la matière,
un régime tout à fait rigoureux et incontestable.

Lire aussi

- Derieux E., « Presse périodique écrite » et « Entreprises


et activités de service », Droit de la communication, LGDJ, 4e éd.,
2003, p. 39-116
- Lindon R., dir., Rapport sur les problèmes posés par les sociétés
de rédacteurs, La Documentation française, 1970
- Louvier J. et Hovine A., Lancer sa publication de presse, Victoires
Éditions-PUF, 2003, 257 p.
- Schwoebel J., La presse, le pouvoir et l’argent, Le Seuil, 1968
- Todorov P., La presse française à l’heure de l’Europe,
La Documentation française, 1990
Chapitre III
Droit des médias audiovisuels

Pour des raisons qui tenaient notamment au caractère (de


moins en moins !) limité des canaux de diffusion (par voie
hertzienne) disponibles, les médias audiovisuels (radio et télévi-
sion) n’ont, jusqu’ici, jamais ni nulle part, même dans les pays
prétendument les plus « libéraux », bénéficié exactement du
même régime juridique que les médias écrits. C’est d’ailleurs
en partie parce que les médias audiovisuels sont – pour cet aspect
au moins, relatif au statut des entreprises – nécessairement sou-
mis à un droit spécifique qu’il a fallu préalablement en distin-
guer le droit des médias écrits qui, ne connaissant pas les mêmes
contraintes techniques, sont bien moins étroitement réglementés.
On retrouve, s’agissant des médias audiovisuels, avec des
variantes cependant, certains éléments, identiques ou proches
(statut des entreprises, répondant aux mêmes préoccupations ou
exigences d’indépendance, de transparence et de pluralisme ; aide
de l’État), du droit des médias écrits. Le droit des médias audio-
visuels est pourtant, de ce point de vue, plus vaste, plus abon-
dant et détaillé et bien plus contraignant. Il s’agit de tenir ainsi
compte des réalités techniques et économiques très particulières
de l’audiovisuel.
Plus encore que dans le secteur de la presse périodique écrite,
la seule affirmation du principe de liberté n’y serait sans doute
que « formelle ». Celle-ci risquerait de devenir le privilège d’un
petit nombre et de conduire à la constitution de nouveaux mono-
poles privés, remplaçant, de façon guère plus satisfaisante, les
Droit des médias audiovisuels

46 anciens monopoles publics. Sous couvert de nobles objectifs (ser-


vice du public, qualité des programmes, pluralisme interne…),
le principe du monopole a aussi, sinon surtout, en réalité, long-
temps permis, aux responsables politiques, de garder le contrôle
de ce média.
La France a connu d’importantes et fréquentes modifica-
tions de son statut de la communication audiovisuelle. L’insta-
bilité législative et réglementaire est assez caractéristique de ce
secteur que l’on prétend, par des mesures de détail, adapter à
la constante évolution des techniques, au lieu de poser des prin-
cipes fondamentaux et durables. Le texte aujourd’hui en vigueur
est celui de la loi du 30 septembre 1986, modifiée et complétée
à de multiples reprises…
Il a ainsi été tenté de se conformer au progrès technique
(modulation de fréquences, câble, satellite, numérique…), qui
permet la multiplication des canaux, et à l’évolution des men-
talités qui admettaient de moins en moins le maintien d’un
régime de monopole, trop contraire aux libertés. On a sans doute
assez vite appris et compris que si privatisation et concurrence
correspondent bien aux principes du libéralisme économique,
ils n’assurent cependant pas nécessairement ou automatique-
ment la liberté d’expression ou de communication, la diversité
des programmes, la qualité du service offert au public ou la
satisfaction de l’intérêt général ! Pour répondre à ces préoccu-
pations ou objectifs, un certain nombre de correctifs doivent,
par le droit, être mis à un mode de fonctionnement ou de régu-
lation purement économique, ou au seul souci de rentabilité et
de profit.
Le « paysage audiovisuel français » se caractérise actuelle-
ment par la coexistence de deux secteurs : public et privé. Ils
sont nettement distincts quant aux structures. Les différences
au regard des obligations ou des pratiques de programmation
et de la nature ou de la qualité du service offert n’apparaissent,
par contre, pas aussi marquées. L’un et l’autre des deux secteurs
continuent d’être assez lourdement réglementés et étroitement
contrôlés.
Droit des médias audiovisuels

Avec l’abandon du monopole, l’innovation la plus essentielle, 47


introduite dans le droit des médias audiovisuels, consiste assu-
rément dans l’instauration d’une instance de tutelle ou de régu-
lation spécialisée… même si celle-ci n’est pas, loin s’en faut,
seule compétente ! Il n’y aurait pas de véritable liberté s’il n’y
avait pas, pour une part au moins, grâce à une telle institution,
autonomie de l’audiovisuel, public et privé, à l’égard du pou-
voir politique.

Section 1
Instances de tutelle
Dans le souci de garantir, partiellement au moins, l’indé-
pendance des médias audiovisuels à l’égard du pouvoir poli-
tique, le droit français comporte désormais, pour en assurer la
tutelle, une instance spécialisée : le Conseil supérieur de l’au-
diovisuel (CSA). Celui-ci est cependant bien loin d’avoir tous
les pouvoirs ou d’être le seul à intervenir en la matière.
La création d’une telle instance de régulation ou de tutelle
n’a pas privé, de tous pouvoirs de contrôle et d’action, les per-
sonnes et autorités (parlement, gouvernement…) qui, tradi-
tionnellement, intervenaient dans ce secteur… dans des condi-
tions qui n’étaient pas toujours définies en droit !

I - Le Conseil supérieur de l’audiovisuel


Des instances de tutelle, le CSA est incontestablement celle
qui est la mieux à même d’assurer l’indispensable liberté des
médias audiovisuels, publics et privés. Il enlève, au pouvoir poli-
tique, une partie de ses moyens de pression et prétextes d’in-
terventions.

A - Nature et composition
L’actuel article 3-1 de la loi du 30 septembre 1986 fait du
CSA une « autorité indépendante ». Si tel n’était pas le cas, l’in-
dépendance des médias audiovisuels ne serait pas garantie !
Droit des médias audiovisuels

48 Cette nature ou qualité (qui s’abstient même de faire réfé-


rence à la notion ou appellation plus habituelle d’ « autorité
administrative indépendante » !), indispensable au bon accom-
plissement de sa mission, est assurée notamment par la compo-
sition de l’institution, les conditions de désignation et le statut
de ses membres (dont notamment le mandat n’est « ni révo-
cable, ni renouvelable »).
Outre les neuf membres qui constituent collégialement le
« Conseil », celui-ci « dispose de services » qui assurent la pré-
paration et le suivi de ses décisions. « Les personnels de ces ser-
vices » sont eux-mêmes tenus à une certaine indépendance et
réserve, de façon à ce que soit garantie l’indépendance de l’ins-
titution et de son action et ainsi de l’ensemble du secteur audio-
visuel.

B - Compétences et moyens d’action


L’alinéa 1er de l’article 1er de la loi du 30 septembre 1986
(modifié par la loi du 9 juillet 2004) énonce désormais le prin-
cipe selon lequel « la communication au public par voie élec-
tronique » (dont les médias audiovisuels sont un des modes ou
supports) « est libre ». Le nouvel article 3-1 de ladite loi assigne,
au CSA, la mission de garantir « l’exercice de la liberté de com-
munication audiovisuelle en matière de radio et de télévision
par tout procédé de communication électronique ».
Un peu plus concrètement, sinon beaucoup plus précisément
ou explicitement, l’alinéa 2 du même article 3-1 dispose que le
CSA « assure l’égalité de traitement ; il garantit l’indépendance
et l’impartialité du secteur public de la radio et de la télévision ;
il veille à favoriser la libre concurrence […] ; il veille à la qua-
lité et à la diversité des programmes, au développement de la
production et de la création audiovisuelles nationales ainsi qu’à
la défense et à l’illustration de la langue et de la culture fran-
çaises. Il peut formuler des propositions sur l’amélioration de la
qualité des programmes ». C’est donc là l’énoncé des missions
et des compétences générales du CSA.
Droit des médias audiovisuels

La réalité des pouvoirs et de l’autorité du CSA dépend, en 49


fait, des moyens d’action que la loi lui accorde. Ceux-ci sont,
selon les domaines d’intervention, extrêmement variés.
Il peut ne s’agir que d’un simple pouvoir de « recomman-
dations ». Celles-ci sont généralement adressées à d’autres ins-
tances ou autorités (gouvernement et Parlement notamment)
investies du pouvoir de décision. En quelques circonstances
(périodes électorales) et en certains domaines, elles sont desti-
nées aux exploitants des médias audiovisuels eux-mêmes. La
nature juridique ou force contraignante de telles « recomman-
dations » est, dans ce dernier cas au moins, sans doute assez
incertaine… ou bien, alors, sont-elles mal dénommées !
S’il n’est pas beaucoup plus fort dans sa portée, le rôle consul-
tatif, assigné au CSA, est plus clair dans sa nature. Un certain
nombre de décisions et de dispositions de nature réglementaire,
prises par le gouvernement, ne peuvent l’être qu’après son « avis »
(que le pouvoir politique demeure libre de suivre, ou non !). La
publication de l’avis doit accompagner celle du texte adopté.
Dans d’autres domaines ou sur d’autres questions, le CSA,
ayant constaté certains faits ou situations, apparemment contraires
aux obligations des exploitants des médias audiovisuels, a la seule
possibilité de saisir d’autres institutions ou autorités investies du
pouvoir de décision. C’est ainsi qu’il peut être amené à saisir le
Conseil de la concurrence ou les juridictions administratives ou
judiciaires.
Le CSA n’acquiert de véritable pouvoir ou autorité que
lorsqu’il est amené à prendre lui-même des décisions. Cela est
notamment le cas lorsqu’il délivre les autorisations d’exercice
des activités (radio et télévision) du secteur privé et fixe, par
contrat, les conditions d’une telle exploitation. Il en est encore
ainsi lorsqu’il désigne quelques-uns des membres des conseils
d’administration des organismes du secteur public et les pré-
sidents des sociétés nationales de programme. Contrairement
à ce que suggèrent certains, un tel pouvoir de désignation doit
être maintenu au CSA, agissant au nom de l’État, et non trans-
féré au gouvernement, si l’on veut, par ce moyen notamment,
Droit des médias audiovisuels

50 assurer l’indépendance politique de ces personnes et institu-


tions.
Dans le même souci de garantie d’indépendance, un pou-
voir financier devrait être attribué au CSA, en matière de répar-
tition de la redevance entre les organismes du secteur public et
d’attribution d’aides aux entreprises du secteur privé. De même,
il n’y aurait de vraie régulation et tutelle du secteur audiovi-
suel, par une telle institution, que si celle-ci était investie d’un
véritable pouvoir réglementaire. Cela n’est pas actuellement
conforme à la Constitution (voir décision du Conseil constitu-
tionnel du 17 janvier 1989). De ce point de vue, au moins, l’idée
d’une « constitutionnalisation » du CSA pourrait présenter
quelque intérêt et utilité.
Au titre d’un réel pouvoir de décision, dont est investi le
CSA, doit être mentionné celui de prononcer des sanctions
(condamnation pécuniaire, suspension ou retrait d’autorisation…)
à l’encontre des entreprises de radio et de télévision. L’attribu-
tion d’un tel pouvoir à une autorité (administrative) qui, tout à
la fois, détermine (en partie) les règles et en sanctionne la vio-
lation peut paraître contestable. Quelle qu’en soit la justifica-
tion, liée sans doute à l’idée d’une compétence spécialisée, elle
introduit une certaine confusion des pouvoirs, toujours dange-
reuse pour les libertés. Plus gênant probablement est le fait que
le CSA partage cette compétence, comme d’autres, dans des
conditions pas toujours très claires, avec diverses instances et
institutions…

II - Autres instances et institutions


La création du CSA, instance spécialisée, n’a pourtant pas
donné, à celui-ci, l’exclusivité de la compétence en matière de
tutelle des médias audiovisuels. Outre le pouvoir de sanction,
sans doute plus normalement attribué aux juridictions, le Par-
lement et surtout le gouvernement continuent de conserver de
réels pouvoirs en ce domaine… dans des conditions qui entraî-
nent une accumulation des réglementations et qui pourraient,
Droit des médias audiovisuels

partiellement au moins, remettre en cause le principe ou souci, 51


officiellement énoncé, d’indépendance et de liberté des médias
audiovisuels.

A - Juridictions
Dans un État de droit, ainsi constitué à raison du souci de
la sauvegarde des libertés, le pouvoir de sanction appartient nor-
malement aux juridictions. Les particularités très marquées d’un
secteur peuvent conduire à préférer attribuer une telle compé-
tence à une instance spécialisée. Encore faut-il, alors, que ses
domaines d’interventions soient très clairement déterminés. Cela
ne semble pas être exactement le cas s’agissant des médias audio-
visuels.
La création du CSA et l’attribution, à celui-ci, d’un pouvoir
de sanction, dans le respect de règles de procédure (délai de
prescription, instruction du dossier, audition de la personne en
cause…), ne lui donne cependant pas, dans ce domaine non plus,
une compétence exclusive. Les juridictions des deux ordres peu-
vent également être amenées à intervenir.
Il est sans doute bien normal, dès lors que certains man-
quements aux obligations ont été définis comme constitutifs d’in-
fractions pénales – mais, est-ce absolument indispensable ? –,
que les juridictions répressives aient à en connaître.
Plus contestable apparaît alors, en pratique, l’attribution d’un
tel pouvoir de sanction aux juridictions administratives, et notam-
ment au président de la section du contentieux du Conseil
d’État… saisi par le CSA ! Sans doute est-elle théoriquement
ou juridiquement justifiée par le fait qu’il s’agit, pour le secteur
public comme pour le secteur privé, de l’accomplissement de
missions de service public, de l’occupation du domaine public
ou de l’exécution de contrats (passés avec le CSA) administra-
tifs. S’additionnant aux autres, elle est pourtant source de confu-
sions.
Bien qu’il ne s’agisse pas d’une juridiction, mais d’une auto-
rité administrative indépendante, le Conseil de la concurrence –
Droit des médias audiovisuels

52 saisi par le CSA ! – connaît, dans des conditions et avec une


portée ou des conséquences assez proches de celles d’une juri-
diction, « des abus de position dominante et des pratiques qui
entravent le libre exercice de la concurrence » dans le secteur
des médias audiovisuels.
Ce qui paraît donc surtout contestable, ce sont la diversité
et le cumul des compétences, en matière de sanction, entre les
diverses juridictions, administratives et judiciaires, et différentes
autorités administratives, dont le CSA. Les domaines d’inter-
vention des uns et des autres ne paraissent pas toujours très clai-
rement déterminés. Ces pouvoirs s’additionnent ou se superpo-
sent, mais, en pratique, peut-être aussi, se contredisent ou
s’annulent l’un l’autre, plus qu’ils ne s’équilibrent, sans néces-
sairement ou pour autant parvenir à une plus réelle et juste
application des obligations. Le système est bien trop compliqué
pour pouvoir être satisfaisant.
De cet état de fait, le parlement est au moins partiellement
responsable. Tout cela ne découle-t-il pas de la loi ?

B - Parlement
Le Parlement est une autre des instances ou institutions de
tutelle des médias audiovisuels.
Par le vote de la loi, il détermine le cadre général et les prin-
cipaux éléments constitutifs du droit des médias audiovisuels.
C’est donc là une responsabilité première et tout à fait essen-
tielle.
Le Parlement joue également un rôle en matière de tutelle
financière des organismes du secteur public de la radiotélévi-
sion. C’est lui, en effet, qui (officiellement au moins !) « auto-
rise la perception de la taxe dénommée redevance » et en
« approuve la répartition ».
Chacune des deux assemblées désigne un de ses membres
pour siéger dans les conseils d’administration des organismes de
l’audiovisuel public. Leurs présidents désignent, chacun, trois
des neuf membres du CSA…
Droit des médias audiovisuels

Sauf pour ce dernier pouvoir, dans le domaine de la tutelle 53


des médias audiovisuels, comme dans tous les autres, le Parle-
ment entérine en fait largement les décisions prises, en réalité,
par le gouvernement.

C - Gouvernement
Officiellement, la création d’une instance de régulation, telle
que le CSA, avait pour objectif de couper les liens trop étroits
(on a parlé de « cordon ombilical » !) qui unissaient, à travers
le gouvernement notamment, les médias audiovisuels au pou-
voir politique. Si est désormais établi un partage – parfois bien
complexe ! – des compétences, le gouvernement conserve encore
une très large capacité d’intervention et de contrôle, sinon de
pression directe sur le contenu des programmes (d’information
notamment) et le fonctionnement des sociétés du secteur public.
Le gouvernement a, en réalité, l’initiative et, grâce à sa majo-
rité, largement la maîtrise du texte de loi portant statut géné-
ral des médias audiovisuels et de ses (nombreuses) modifications
successives, ainsi que de toute autre question au sujet de laquelle
le Parlement est amené à intervenir.
Seul investi du pouvoir réglementaire, il fixe, par décret : le
détail des obligations communes qui s’imposent aux organismes
publics et privés (nature et composition des programmes, condi-
tions de diffusion des œuvres cinématographiques, réglementa-
tion de la publicité et du parrainage…) ; les cahiers des charges
qui précisent les obligations spécifiques des sociétés nationales
de programme…
Le gouvernement détermine les fréquences affectées aux acti-
vités de radio et de télévision. Il attribue, en priorité, les fré-
quences nécessaires au secteur public. Il peut ainsi décider de
la réalité du pluralisme et de la concurrence entre secteur public
et secteur privé.
Il est vrai que certaines de ces compétences, en matière régle-
mentaire au moins, n’ont été conservées par le gouvernement
que parce que le Conseil constitutionnel, dans sa décision du
Droit des médias audiovisuels

54 17 janvier 1989, a, par référence à l’article 21 de la Constitu-


tion, posé que le CSA ne pouvait détenir un tel pouvoir. Un
réel transfert du pouvoir de réglementation et de tutelle des
médias audiovisuels, à l’autorité spécialement créée pour cela,
obligerait à une modification de la Constitution sur ce point.
La consécration, à ce niveau de nos normes juridiques, de l’exis-
tence du CSA et de ses pouvoirs, le permettrait. Cela dépend
de la réalité de la volonté politique d’assurer véritablement l’in-
dépendance des médias audiovisuels ! Celle-ci se mesure égale-
ment au statut des entreprises.

Section 2
Statut des entreprises
La conséquence la plus immédiatement perceptible de l’af-
firmation du principe de « liberté de communication » audio-
visuelle est l’abandon du système ancien de monopole et l’ou-
verture de ces activités au secteur privé. La garantie du pluralisme
et de la liberté implique cependant, dans ce domaine où les
contraintes techniques et financières sont lourdes, l’élaboration
et l’application d’un statut des entreprises de communication
audiovisuelle, publiques et privées.
Un tel statut doit contribuer à mettre les médias audiovi-
suels à l’abri des pressions du pouvoir politique ou de l’argent.
Les unes et les autres sont en effet contraires au principe de
liberté et ne permettent pas de satisfaire véritablement les droits
du public.
Quelle que soit l’ouverture désormais faite aux médias audio-
visuels du secteur privé, le secteur public continue de se voir
accorder une place importante, prioritaire même.

I - Secteur public
Le secteur public de la radiotélévision n’a pas, en lui-même,
été l’objet de modifications « révolutionnaires »… si ce n’est,
dans un premier temps au moins (mais les choses ont bien changé
Droit des médias audiovisuels

ou ont été largement corrigées par la suite), la réduction de son 55


étendue par la privatisation (en 1986) d’une des chaînes de télé-
vision (TF1) ! Peut-être même fallait-il, par le maintien de ses
structures et de son mode d’organisation et de financement, lui
permettre de tenter de résister à la concurrence qui lui serait
désormais faite par les entreprises privées.

A - Structures
Sans reconstituer l’ancien ORTF, la création du groupe France
Télévisions entend ou prétend renforcer le secteur public de la
télévision dont, depuis l’abandon au secteur privé des activités de
production et de diffusion, ne subsistent, en dehors de l’Institut
national de l’audiovisuel (INA), que des sociétés de programme,
constituées sous forme de sociétés nationales, à capitaux publics.
Dans le domaine de la télévision, France 2, France 3, France 5,
France O et diverses chaînes spécialisées de la télévision numé-
rique terrestre (TNT) appartiennent aujourd’hui à l’ensemble
France Télévisions (qui, si on lui appliquait le dispositif anti-
concentration en vigueur dans le secteur privé, ne pourrait pas
exister !). La Chaîne parlementaire et Arte demeurent en dehors
de France Télévisions.
Dans le secteur de la radio, existent deux entreprises publiques
distinctes : Radio France (avec ses différents programmes : France
Inter, France Culture, France Musiques, France Info, France Bleu…,
dépassant, elle aussi, ainsi, les seuils de concentration applicables
au secteur privé !) et Radio France Internationale.
Seul l’Institut national de l’audiovisuel-INA (chargé notam-
ment des archives, de la recherche et de la formation) est consti-
tué sous forme d’établissement public industriel et commercial.
Il y a sans doute, dans le choix de ces structures (établisse-
ment public, sociétés nationales), volonté d’assurer une plus ou
moins grande autonomie de gestion aux entreprises ainsi consti-
tuées. Plus encore que des structures ou de leur nature juri-
dique, celle-ci dépend de leur mode d’organisation et de finan-
cement et des obligations qui leur sont imposées.
Droit des médias audiovisuels

56
B - Mode d’organisation
Le fait qu’il s’agisse d’entreprises publiques apparaît encore
dans la composition et le mode de désignation des membres de
leurs conseils d’administration et de leurs présidents et surtout
dans le fait que l’État en assure, par la redevance (et quelques
autres aides plus ou moins exceptionnelles), une part importante
du financement.
Pour le reste, certaines au moins des sociétés de programme
(de télévision) n’apparaissent pas, aujourd’hui, dans la nature de
leurs obligations et la part de leur financement provenant de la
publicité, bien différentes d’entreprises du secteur privé… qui
restent, elles aussi, très réglementées et contrôlées.

II - Secteur privé
L’existence d’un secteur privé, concurrençant le secteur public,
est la conséquence de l’affirmation, en 1982, du principe de
« liberté de communication » audiovisuelle et donc de l’aban-
don du monopole d’État. Ce secteur privé reste cependant – au
nom même du principe de liberté, et aussi contradictoire ou
paradoxal que cela puisse paraître ! – très étroitement régle-
menté et contrôlé, tant en ce qui concerne le statut des entre-
prises que l’exploitation d’un service.

A - Statut des entreprises


Les entreprises exploitant les médias audiovisuels du secteur
privé sont, comme les entreprises éditrices de presse, soumises
à un certain nombre d’obligations en matière de transparence,
d’indépendance et de pluralisme.
1 - Transparence
L’objectif de transparence est destiné, tout à la fois, à per-
mettre au public de savoir qui détient ou contrôle de telles entre-
prises – contribuant notamment à la diffusion de l’information,
au débat des idées et à l’accès à la culture ! – et à s’assurer, pour
Droit des médias audiovisuels

les mêmes raisons, du respect des exigences d’indépendance et 57


de pluralisme.
On retrouve ici un certain nombre d’interdictions ou d’obli-
gations concernant : le caractère nominatif des actions ; l’inter-
diction du prête-nom ; les informations sur la propriété, la struc-
ture et l’organisation de l’entreprise.

2 - Indépendance
Le souci d’indépendance concerne la recherche de cette garan-
tie à l’égard d’intérêts financiers, français ou étrangers, qui
seraient trop puissants et pressants au sein d’une entreprise
exploitant l’un de ces services.
Pour les services de télévision hertzienne, une même personne
ou un même groupe ne peut détenir plus de 49 % du capital
d’une société d’exploitation d’une chaîne nationale, et 50 % du
capital de sociétés exploitant une télévision locale ou par satellite.
Des étrangers (hors Union européenne) ne peuvent détenir
plus de 20 % du capital d’une société exploitant un service de
radio ou de télévision par voie hertzienne terrestre.

3 - Pluralisme
Le dispositif le plus complexe est celui qui, au nom du plu-
ralisme, détermine des limites à la concentration, que celles-ci
concernent l’ensemble des médias audiovisuels ou chaque sec-
teur particulièrement.
À l’égard de l’ensemble des médias audiovisuels, un régime,
autrefois qualifié « des deux situations sur quatre » (télévision
hertzienne, radiodiffusion hertzienne, radiotélévision par câble,
quotidiens), et qui doit être dit désormais des « deux situations
sur trois » (depuis la suppression, en 2004, de la référence aux
réseaux câblés), défini par les articles 41-1 et suivants de la loi
de 1986, détermine de telles limites, à des niveaux différents
selon qu’il s’agit de services nationaux ou locaux, en mode ana-
logique ou numérique.
Un dispositif parallèle et complémentaire vise à garantir le
pluralisme par types ou catégories de médias audiovisuels.
Droit des médias audiovisuels

58 C’est ainsi que (dans le secteur privé !) « nul ne peut être


titulaire de deux autorisations relatives chacune à un service
national de télévision diffusé par voie hertzienne terrestre »
(art. 41, al. 2). Lorsqu’une personne « détient, directement ou
indirectement, plus de 15 % du capital ou des droits de vote
d’une société titulaire d’une autorisation » pour un service de
ce type, « elle ne peut détenir, directement ou indirectement,
plus de 15 % du capital ou des droits de vote d’une autre société
titulaire d’une telle autorisation ». Si elle détient « plus de 5 %
du capital ou des droits de vote de deux sociétés […] elle ne
peut détenir plus de 5 % du capital ou des droits de vote d’une
autre » (art. 39, al. 2).
Pour ce qui est des télévisions hertziennes régionales ou
locales (pour lesquelles les seuils de concentration ont été élevés
en 2004), « une personne titulaire d’une ou de plusieurs auto-
risations […] ne peut devenir titulaire d’une nouvelle autorisa-
tion » si cela « devait avoir pour effet de porter à plus de douze
millions d’habitants la population recensée des zones desservies
par l’ensemble des services de même nature » (art. 41, al. 4).
Une personne exploitant déjà « un service de télévision par
voie hertzienne terrestre dans une zone déterminée ne peut
devenir titulaire d’une nouvelle autorisation relative à un ser-
vice de même nature diffusé en tout ou en partie dans la même
zone » (art. 41, al. 5).
S’agissant de radiodiffusion, « la somme des populations
recensées dans les zones desservies » par les différents réseaux
contrôlés par la même personne ou le même groupe a été fixée
à 150 millions d’habitants.
Le dispositif est si complexe que sa présentation même et
son application semblent bien délicates. Le contrôle du respect
de ces obligations paraît – est-ce voulu ? – presque impossible !

B - Exploitation d’un service


La liberté de communication audiovisuelle ne signifie cepen-
dant pas une totale liberté d’entreprise ou d’initiative.
Droit des médias audiovisuels

Le nombre (encore) limité des fréquences hertziennes dis- 59


ponibles oblige, s’agissant de ces techniques de diffusion au
moins, à soumettre l’exploitation d’un tel service à autorisation
délivrée par le CSA.
La nécessité d’une telle autorisation est sans doute moins
justifiée s’agissant de la diffusion par câble qui ne connaît pas
les mêmes contraintes techniques. Dans ce domaine, une sorte
de tutelle des collectivités locales, en matière d’occupation, sans
doute exclusive, du domaine public (pour l’installation des réseaux)
et le désir de veiller au respect du pluralisme expliquent cepen-
dant probablement qu’elle y soit également appliquée.
Un régime d’autorisation – contraire au principe de liberté! –
s’impose donc à tout exploitant d’un des médias audiovisuels.
La durée de l’autorisation varie selon la nature du service :
10 ans en matière de télévision hertzienne terrestre ou par satel-
lite ; 5 ans s’agissant de radiodiffusion hertzienne ; 20 ans pour
la radiotélévision par câble. Les conditions d’une reconduction
de l’autorisation, sans mise en concurrence, ont été déterminées
par des modifications introduites, dans la loi du 30 septembre
1986, par la loi du 1er février 1994.
La délivrance de l’autorisation s’accompagne de la signature
d’une convention entre le CSA et l’exploitant, qui détermine le
détail des droits et des obligations de ce dernier. Leur non-res-
pect pourrait notamment entraîner, dans l’exercice du pouvoir
de sanction du CSA : la perte du droit à reconduction sans mise
en concurrence ; la suspension, la réduction ou le retrait de l’au-
torisation ; des condamnations pécuniaires.
Les dispositions contractuelles déterminent notamment les
obligations spécifiques de l’exploitant s’agissant des programmes.

Section 3
Obligations de programmes
La nature et la qualité des programmes offerts au public,
voilà ce qui importe. Tout le droit des médias audiovisuels n’a
ou ne devrait avoir que cette seule préoccupation ou justifica-
Droit des médias audiovisuels

60 tion. La règle de droit ne suffit cependant pas, à elle seule, à


faire de bons programmes ! Elle détermine des objectifs, fixe
des proportions, impose des pourcentages, prévoit des durées,
décide d’horaires, rend des types d’émissions obligatoires… afin
notamment de corriger certains des effets de la concurrence,
impliquant une « course à l’audience », dans ce qu’ils peuvent
avoir de néfaste.
En droit comme en pratique, la différence entre le secteur
public et le secteur privé des médias audiovisuels, s’agissant des
programmes, n’apparaît pas très marquée. Il est sans doute jus-
tifié que des obligations, auxquelles ils ont d’ailleurs souscrit par
contrat, s’imposent, en la matière, aux bénéficiaires d’autorisa-
tions. Celles-ci constituent, pour eux, une sorte de privilège.
Leurs engagements à cet égard ont servi, au CSA, à départager
les candidats concurrents. On n’a pas hésité à parler, en 1986,
du « mieux-disant culturel »… et l’on a vu ce qu’il en est ! L’as-
sez grande similitude entre secteur public et secteur privé est
cependant beaucoup moins fondée. Si le secteur public ne par-
venait pas, par ses programmes, à assumer une mission spéci-
fique, rien, alors, ne justifierait plus son existence et son finan-
cement public. La solution n’est pas cependant dans la suppression
du secteur public, mais dans le renforcement de ses obligations !
Les cahiers des charges des sociétés de programme du sec-
teur public, fixés par décret, et les conventions passées, par les
sociétés du secteur privé, avec le CSA, précisent le détail de ces
obligations de programmes. Elles ont, dans leurs principes au
moins, été déterminées dans la loi elle-même ou par des décrets
d’application qui concernent, de la même façon, le secteur public
et le secteur privé. À titre d’illustration, on retiendra ici la régle-
mentation de deux points tout à fait essentiels pour la pro-
grammation : les messages publicitaires et la diffusion des films
cinématographiques à la télévision.

I - Messages publicitaires
Mode de financement essentiel sinon quasi exclusif des socié-
tés du secteur privé de la radiotélévision, et relativement impor-
Droit des médias audiovisuels

tant de celles du secteur public, la publicité influe, de ce fait, 61


très fortement sur leur politique de programmation. Pour atti-
rer les annonceurs, il faut notamment leur assurer d’importants
chiffres d’audience.
Pour ces raisons et quelques autres qui tiennent autant à la
protection des consommateurs ou de la santé qu’à celle des
médias écrits, risquant ainsi de voir échapper, au profit des
médias audiovisuels, une bonne partie de leurs ressources, la dif-
fusion des messages publicitaires est très réglementée. Cela
concerne, à la fois, le contenu des messages et les formes et les
conditions de leur diffusion.

A - Contenu
Un certain nombre de dispositions législatives générales ou
communes, précisées et confirmées – de façon parfois un peu
surabondante ! – par des textes propres aux médias audiovisuels,
restreignent ou interdisent, au nom d’objectifs de santé publique,
la publicité pour certains produits : alcool, tabac…
Pour des motifs qui ne sont pas toujours très clairs, et qui
sont sans doute le résultat de l’action de quelques groupes de
pression, divers produits et services demeurent interdits de publi-
cité à la télévision. Il en est ainsi de l’édition et du cinéma.
D’autres dispositions régissent la nature et le contenu des
arguments publicitaires utilisés ou rappellent, à ce sujet, cer-
taines mesures plus générales : « les messages publicitaires ne
peuvent être contraires aux lois, à l’ordre public, aux bonnes
mœurs » ; ils « doivent être exempts de toute discrimination
raciale ou sexuelle, de scènes de violence ou d’éléments pouvant
provoquer la peur »…

B - Conditions de diffusion
Les conditions de diffusion des messages publicitaires à la
télévision sont également réglementées.
Il s’agit essentiellement de déterminer les modalités d’inser-
tion de ces messages : en principe, « entre les émissions » ; « dans
Droit des médias audiovisuels

62 les émissions, à condition de ne pas porter atteinte à l’intégrité


et à la valeur de ces émissions, de tenir compte des interrup-
tions naturelles ».
Aux termes de l’article 73 de la loi du 30 septembre 1986,
« la diffusion d’une œuvre cinématographique ou audiovisuelle
par un service de communication audiovisuelle ne peut faire
l’objet de plus d’une interruption publicitaire ». Celle-ci est
même interdite aux sociétés du secteur public ainsi qu’ « aux
services de télévision dont le fonctionnement fait appel à une
rémunération de la part des usagers » (abonnement ou paie-
ment à la demande). Mais, une telle mesure, destinée à assurer
la protection des œuvres ainsi diffusées, peut conduire les res-
ponsables de la programmation à leur préférer d’autres types
d’émissions pour lesquels ils ne sont pas soumis aux mêmes pres-
criptions et restrictions !
La durée des messages publicitaires est elle-même limitée,
par les dispositions des cahiers des charges des sociétés du sec-
teur public ou dans les conventions signées, par les sociétés pri-
vées, avec le CSA. Cette limite est, selon les cas, de six à neuf
minutes « par heure d’antenne en moyenne » sur une journée,
sans pouvoir jamais dépasser huit à douze minutes « pour une
heure donnée ».
Une telle réglementation de la publicité dans les médias
audiovisuels apparaîtra fort complexe et lourde, souvent incer-
taine dans ses motivations et ses effets… et sans doute assez fré-
quemment sinon facilement transgressée par le recours aux tech-
niques de parrainage et, parfois même, à la publicité indirecte
ou « clandestine ».

II - Œuvres cinématographiques et audiovisuelles


Les films cinématographiques constituent un des éléments
de programmation préférés des téléspectateurs. Si on les laissait
faire, les chaînes de télévision y consacreraient sans doute encore
davantage de temps. Les films présentent en effet le double
avantage de rapporter, du fait de leur audience, d’importantes
Droit des médias audiovisuels

ressources publicitaires, pour un coût relativement moins élevé 63


que celui de créations télévisuelles spécifiques.
La diffusion des œuvres audiovisuelles à la télévision est l’ob-
jet d’une réglementation détaillée. Celle-ci concerne notamment
les « quotas » d’œuvres européennes et d’expression originale
française et les conditions de diffusion des films cinématogra-
phiques.

A - Quotas
Officiellement pour assurer la protection et la promotion des
langues et des cultures françaises et européennes, mais aussi sans
doute de ce qui constitue désormais un secteur important des
économies nationales, la réglementation française impose des
pourcentages minimum ou « quotas » d’œuvres européennes et
d’expression originale française dans les programmes des socié-
tés de télévision, publiques et privées.
Il leur est ainsi fait obligation de consacrer, « aux heures de
grande écoute » ou à leurs « heures d’écoute significatives »,
dans leur temps de diffusion – lui-même réglementé ! – d’œuvres
cinématographiques et audiovisuelles, « des proportions au moins
égales à 60 % à des œuvres européennes » et « à 40 % à des
œuvres d’expression originale française ».

B - Conditions de diffusion
L’autre aspect essentiel de la réglementation applicable à la
diffusion des films cinématographiques à la télévision concerne
les conditions mêmes de cette diffusion : nombre de films, jours
et heures…
Il s’agit essentiellement de limiter ainsi la concurrence faite,
par la télévision, au mode, premier ou normal, d’exploitation
des films en salles.
Comme cela s’est produit chez certains de nos voisins euro-
péens notamment, celle-ci risquerait, en effet, à plus ou moins
long terme, si l’on n’y prenait pas garde, de menacer toute la
production cinématographique. Sans ces nécessaires garde-fous,
Droit des médias audiovisuels

64 la télévision tuerait ainsi le cinéma qui fait pourtant une part


de son succès auprès du public. Un jour, il n’y aurait plus de
films à diffuser à la télévision !

Le fait le plus caractéristique du droit des médias audiovi-


suels, comparé notamment à celui des médias écrits, s’agissant
du statut des entreprises et activités, est incontestablement l’abon-
dance de la réglementation. Celle-ci est en partie et officielle-
ment motivée par les spécificités techniques et économiques du
support. Elle est probablement aussi la conséquence d’une longue
tradition française d’interventions et de réglementation. Nulle
part ailleurs, sans doute, le dispositif n’est aussi volumineux et
compliqué et d’une telle instabilité. Même en considération du
« privilège » dont bénéficient encore les titulaires d’autorisa-
tions d’exploitation, est-il cependant justifié de soumettre le sec-
teur privé pratiquement aux mêmes exigences et obligations que
celles du secteur public ? La différence entre les deux ne devrait-
elle pas être davantage marquée ?
Certaines mesures devraient probablement être allégées. Des
aménagements pourraient sans doute être apportés. L’essentiel
du pouvoir d’intervention devrait être confié, en exclusivité, à
l’instance spécialisée qu’est le CSA, dans la perspective d’une
véritable « régulation » de l’audiovisuel.
Pour autant que le droit y puisse quelque chose, mais il ne
suffit pas d’avoir un bon régime juridique pour faire de bons
programmes, le résultat d’ensemble n’est cependant pas plus
mauvais qu’ailleurs, en considération, au moins, de la nature et
de la qualité du service offert au public ! N’est-ce pas, finale-
ment, ce qui importe le plus ? Activités économiques, les médias
audiovisuels ne peuvent n’être que cela. Le droit sert ici à déter-
miner des orientations et des objectifs d’intérêt général ou public
et contribue à leur prise en compte…
Droit des médias audiovisuels

Lire aussi 65

- Biolay J.-J., Droit de la communication audiovisuelle, Delmas, 1989,


294 p.
- Derieux E., « Audiovisuel », Droit de la communication, LGDJ,
4e éd., 2003, p. 159-261
- Franceschini L., La régulation audiovisuelle française, PUF, 1995,
128 p.
- Jongen F., La police de l’audiovisuel. Analyse comparée
de la régulation de la radio et de la télévision en Europe,
Bruylant-LGDJ, 1994, 544 p.
- Regourd S., Droit de la communication audiovisuelle, PUF, 2001,
475 p.
Chapitre IV
Droit administratif des médias

Le droit des médias emprunte, en partie, au droit adminis-


tratif ou comporte aussi cet aspect ou cette dimension. Les médias,
en effet, n’échappent pas à toute relation avec l’administration
et au droit qui la régit.
Parfois très réticents ou critiques à cet égard, les médias sont
aussi, dans le même temps, très demandeurs d’interventions
publiques. C’est que, dans ses relations avec eux également, l’ac-
tion de l’administration peut présenter un double aspect ou avoir
des effets différents, plus ou moins positifs.
Toutes les formes de contrôles administratifs préalables
(autorisations, interdictions, saisies…) des médias, fondamen-
talement contraires au principe de liberté, suscitent évidem-
ment des réactions critiques ou hostiles. L’intervention de l’ad-
ministration est davantage souhaitée et sollicitée lorsque, plus
positive, pour renforcer la liberté ou lui donner plus de réa-
lité, elle constitue une sorte de soutien apporté aux médias.
L’ambiguïté ou incohérence est tout autant dans la nature ou
la portée de l’action administrative, que dans l’attitude des
médias.
Chacune de ces deux facettes du droit administratif des
médias n’est cependant pas nécessairement la contrepartie de
l’autre. Sauf exceptions, les modalités de contrôle administratif
ne sont pas la condition ou le préalable nécessaire du soutien
administratif des médias. Elles sont même très différentes, dans
leur nature, leur objectif et leurs effets. Leur maintien est loin
Droit administratif des médias

68 d’être toujours justifié dans un système qui se réfère officielle-


ment au principe de liberté des médias.

Section 1
Contrôle administratif des médias
Le contrôle administratif des médias, de type préalable ou
préventif, est, en lui-même, contraire au principe de liberté. Ce
dernier ne se satisfait normalement que d’un contrôle judiciaire,
de type répressif ou a posteriori. Pourtant, subsistent encore, en
droit français, diverses modalités de contrôles de ce type, en
application des pouvoirs généraux de police administrative, aux-
quels les médias sont également soumis. Existent aussi, et ce
sont sans doute alors les plus contestables, de telles possibilités
de contrôles, en application de pouvoirs spéciaux de police admi-
nistrative, concernant spécifiquement telle ou telle catégorie de
médias.

I - Pouvoirs généraux de police administrative


En application des pouvoirs généraux de police administra-
tive, auxquels les médias n’échappent pas, des mesures restric-
tives de leur liberté peuvent être prononcées, dans des condi-
tions différentes selon qu’il s’agit de périodes dites « normales »
ou « exceptionnelles ».

A - Périodes « normales »
En vue d’assurer le maintien ou le rétablissement de l’ordre
public, les autorités de police administrative (maires et préfets)
peuvent, y compris en périodes dites « normales », prononcer
des mesures d’interdiction ou de saisie de publications, ou encore
s’opposer à l’exploitation d’un film de nature à troubler l’ordre.
Le caractère assez incertain de la notion d’ « ordre public »
(tranquillité, sécurité et peut-être aussi moralité), combiné au
fait qu’il s’agit d’une décision d’autorité, immédiatement exé-
cutoire, de type préventif, constitue une véritable menace pour
Droit administratif des médias

la liberté des médias. Les mêmes effets, de nécessaire sauve- 69


garde de l’ordre public, ne pourraient-ils être obtenus à l’issue
d’une procédure de contrôle juridictionnel des médias, plus res-
pectueuse des droits et libertés ; même d’urgence, en cas de
besoin ? Heureusement, ce sont des pouvoirs dont il n’est plus
fréquemment fait usage !

B - Périodes « exceptionnelles »
Les périodes dites « exceptionnelles » provoquent ou consti-
tuent une sorte de suspension de la démocratie et des libertés.
La liberté des médias en subit les effets.
Il peut en être ainsi lors de la déclaration de l’ « état d’ur-
gence », de l’ « état de siège », de l’ « état de guerre » ou du
recours aux « pleins pouvoirs » de l’article 16 de la Constitu-
tion. Le contrôle des médias sera(it) alors renforcé. La censure
pourra(it) être rétablie…

II - Pouvoirs spéciaux de police administrative


Des dispositions spécifiquement constitutives du droit des
médias instituent, au profit des autorités administratives, des
pouvoirs spéciaux de police, contraires au principe fondamen-
tal de liberté. Le degré de la contradiction varie cependant, en
pratique, en fonction de la nature plus ou moins contraignante
des obligations ou des mesures prises et de la fréquence ou de
la réalité de leur usage. On distinguera, de ce point de vue, ce
qui n’est constitutif que de simples formalités préalables, d’une
part, et les véritables contrôles administratifs préalables, d’autre
part.

A - Formalités préalables
Simples mesures de renseignement ou d’information, les for-
malités préalables n’entraînent ou ne comportent pas, en elles-
mêmes, de possibles contrôles administratifs des médias, contraires
Droit administratif des médias

70 à la liberté. Elles ne sont pas très contraignantes. Il en est ainsi,


par exemple, des obligations de déclaration et de dépôts.

1 - Déclaration
Instituant un régime de « liberté de la presse », la loi du
29 juillet 1881 pose, en son article 5, que « tout journal ou écrit
périodique peut être publié, sans autorisation préalable et sans
dépôt de cautionnement, après la déclaration prescrite » (au par-
quet du procureur de la République).
Le régime ancien d’autorisation, fondamentalement contraire
à la liberté, est ainsi aboli. La loi actuelle n’impose plus, aux
médias écrits tout au moins, qu’une déclaration préalable. Il
s’agit d’une simple formalité d’information des autorités. Elle
ne peut, en elle-même, être l’occasion de contrôles ou d’inter-
dictions. Elle doit seulement servir à identifier les auteurs d’in-
fractions éventuelles et permettre alors, par la suite, la mise en
jeu de leur responsabilité devant le juge.

2 - Dépôts
Différentes obligations de dépôts (judiciaire, administratif,
légal) s’imposent également aux médias. Concernant quelques
exemplaires, ils répondent à diverses préoccupations, pas tou-
jours très claires ou ainsi satisfaites. Ils ne comportent, cepen-
dant, aucune possibilité de contrôles administratifs préalables,
par lesquels serait établi ou rétabli un régime de censure.
Outre ces formalités, les médias continuent d’être soumis à
divers contrôles, tout à fait contraires et sans doute assez inco-
hérents par rapport aux principes fondamentaux du droit fran-
çais, bien plus dangereux pour les libertés.

B - Contrôles préalables
Subsistent, au profit de l’autorité politique ou administra-
tive, en application de textes spécifiques, diverses possibilités de
contrôles préalables (autorisations, interdictions) des médias, en
totale contradiction avec le principe de liberté.
Droit administratif des médias

1 - Autorisations 71

Est soumise à autorisation « l’importation pour la vente ou


la distribution gratuite en France de publications étrangères des-
tinées à la jeunesse » (loi du 16 juillet 1949, art. 13).
Un régime d’autorisation continue, pour des raisons tech-
niques notamment, de s’imposer à l’exploitation des services pri-
vés de radio et de télévision. Cette autorisation est cependant
délivrée par le CSA (autorité indépendante). Un tel contrôle
préalable ne porte heureusement plus sur le contenu des émis-
sions, et notamment d’information (même si le CSA peut, à leur
égard, être amené à faire usage de son pouvoir de sanction, pou-
vant entraîner des mesures de suspension d’un programme ou
de retrait d’une autorisation).
Les activités cinématographiques (production, tournage…)
sont également soumises à diverses autorisations préalables. À
certains égards, celles-ci correspondent à la volonté ou nécessité
d’une meilleure organisation des activités professionnelles. Elles
sont aussi la condition ou la contrepartie des multiples aides
publiques dont bénéficie le cinéma. Elles ne sont donc pas tota-
lement injustifiées !
Plus contestable est, par contre, le régime d’autorisation préa-
lable des films cinématographiques eux-mêmes. Leur exploita-
tion, en salles, est subordonnée à l’obtention d’un « visa ». Il s’agit
d’un véritable système de « censure » que rien ne peut justifier,
même pas l’objectif de protection de la moralité, de l’enfance et
de l’adolescence. Les abus pourraient être sanctionnés par le juge,
dans le cadre d’un contrôle judiciaire, de type répressif ou a pos-
teriori, seul pleinement respectueux des libertés! Mais sans doute
aurait-il suffi aux professionnels du cinéma (comme cela se passe
dans un certain nombre de pays) de prendre l’initiative de tels
visas de classification (en fonction de catégories d’âges)!

2 - Interdictions
Deux dispositions législatives, spécifiquement constitutives
du droit des médias, accordent (ou accordaient), à l’autorité
Droit administratif des médias

72 administrative, le pouvoir d’interdire ou de restreindre la libre


diffusion de certaines publications. Cela concerne (ou concer-
nait) les publications étrangères et les publications destinées à la
jeunesse.
Aux termes de l’article 14 de la loi du 29 juillet 1881, dans
sa rédaction issue d’un décret-loi du 6 mai 1939, le ministre de
l’Intérieur avait la possibilité d’interdire « la circulation, la dis-
tribution ou la mise en vente, en France, des journaux et écrits,
périodiques ou non, rédigés en langue étrangère » ou « de pro-
venance étrangère, rédigés en langue française, imprimés à
l’étranger ou en France ». Après que, dans l’arrêt Ekin c/ France,
du 17 juillet 2001, la CEDH ait considéré que l’application qui
avait été faite, en l’espèce, de ce pouvoir d’interdiction était
contraire à l’article 10 de la Convention de sauvegarde des droits
de l’homme, le Conseil d’État, dans un arrêt GISTI, du 7 février
2003, adressait au gouvernement une injonction d’abroger le
décret-loi en cause. Cela fut fait par un décret du 4 octobre
2004. Si l’on peut penser que ladite abrogation a pour effet de
vider l’article 14 de la loi de 1881 de tout contenu et donc de
supprimer tout contrôle administratif particulier de cette caté-
gorie de publications, d’autres analyses estiment qu’elle aurait
rétabli ledit article 14 dans sa version antérieure à 1939… qui
n’est pas fondamentalement différent des dispositions abrogées
(le pouvoir d’interdiction appartiendrait au gouvernement et ne
concernerait que les seules publications périodiques) et qui, s’il
en était fait application, risquerait tout autant la condamnation
de la CEDH !
Au titre de la protection de la jeunesse, et en application de
l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949, le ministre de l’Intérieur
peut, à l’encontre des « publications de toute nature présentant
un danger pour la jeunesse en raison de leur caractère licen-
cieux ou pornographique ou de la place faite au crime, à la vio-
lence, à la discrimination ou à la haine raciale, à l’incitation à
l’usage, à la détention ou au trafic de stupéfiants », interdire :
« de proposer, de donner ou de vendre à des mineurs » ces
publications ; de les « exposer […] à la vue du public » ; « d’ef-
Droit administratif des médias

fectuer, en faveur de ces publications, de la publicité »… De 73


ces mesures administratives restrictives, destinées à protéger la
jeunesse, découlent, en réalité, des conséquences plus larges et
générales (délais de dépôt, dispense d’avoir à en assurer la vente,
exclusion des coopératives de messagerie) concernant la diffu-
sion de ces publications auprès de tout public.
Ici encore, rien ne paraît justifier un tel contrôle adminis-
tratif, contraire aux principes du droit des médias dans une
démocratie libérale. Un contrôle judiciaire, de type répressif,
dans le cadre d’une procédure d’urgence si nécessaire, pourrait
être tout aussi efficace. L’article 51 de la loi de 1881 accorde au
juge d’instruction, dans le cas des infractions considérées comme
les plus graves, le pouvoir d’ordonner la saisie des publications.
S’apparentent, d’une certaine façon, à ce même pouvoir d’in-
terdiction, les sanctions administratives (réduction, suspension,
retrait, perte du droit à reconduction… de l’autorisation) pro-
noncées, par le CSA, en cas de violation de certaines des obli-
gations qui s’imposent aux exploitants du secteur privé de la
radiotélévision.
Certaines au moins de ces modalités de contrôle adminis-
tratif des médias sont trop contraires au principe de liberté pour
pouvoir être maintenues. Il n’en est, de toute façon, pour la plu-
part, pas fréquemment fait usage. Leur suppression, au profit
du seul contrôle judiciaire, ne présenterait pas trop de risques !
Elle paraît s’imposer dès lors, du moins, ce qui est générale-
ment le cas, que ces contrôles ne sont pas la condition néces-
saire d’un soutien administratif.

Section 2
Soutien administratif des médias
Le droit administratif des médias comporte aussi tout un
volet positif d’aide et de soutien de ces activités. Au-delà ou en
plus des aides financières, existent aujourd’hui diverses autres
mesures ou interventions publiques qui visent à garantir l’exer-
cice de l’activité des médias, en assurant, notamment à leur pro-
Droit administratif des médias

74 fit ou à travers eux, l’accès à certaines informations publiques


ou administratives.

I - Aides financières publiques


La plupart des médias privés bénéficient d’aides financières
de l’État. Selon des modalités multiples et complexes, celles-ci
concernent : les entreprises éditrices de publications périodiques ;
les agences ; la distribution de la presse ; l’ensemble du secteur
cinématographique (production, distribution, exploitation…) ; la
production audiovisuelle ; les radios associatives…
L’engagement financier de la collectivité est évidemment
plus fort encore à l’égard du secteur public de la radiotélévi-
sion… sans parvenir pour autant à garantir que celui-ci assure,
davantage ou mieux que le secteur privé, ses missions de ser-
vice public ou d’intérêt général qui en justifient l’existence !
Ces interventions administratives, dès lors qu’elles ne s’ac-
compagnent pas de contrôles du contenu des médias ou de pres-
sions politiques et partisanes, ne présentent aucun danger pour
la nécessaire indépendance de l’information. Loin d’être une
atteinte ou une menace pour la liberté des médias, elles sont
donc, de ce point de vue, fort positives.

II - Accès aux informations publiques


Garantie du droit à l’information, le droit d’accès aux infor-
mations publiques, dont l’administration est la source ou la
détentrice, est aussi une autre composante du droit administra-
tif des médias, dans son aspect positif de soutien de l’activité de
ces derniers. Ce droit concerne l’accès aux documents adminis-
tratifs actuels (loi du 17 juillet 1978), d’une part, et la conser-
vation et consultation des archives publiques (loi du 3 janvier
1979 dont les dispositions relèvent désormais du Code du patri-
moine), d’autre part.
Le principe du droit d’accès aux documents administratifs
impose, à l’administration, des obligations de transparence et
d’ouverture. Il vise à faire du droit à l’information administra-
Droit administratif des médias

tive une réalité nouvelle, pour le public tout entier, à travers les 75
médias particulièrement, même si, en raison des obstacles et des
difficultés qu’ils continuent de rencontrer, ceux-ci ne semblent
pas en faire un très fréquent usage.
Dans les relations d’information entre l’administration et les
médias, tout un débat est désormais ouvert concernant la com-
mercialisation des données publiques. Dans quelle mesure l’ad-
ministration peut-elle, à travers les médias qu’elle publie elle-
même, exploiter les données publiques (rapports officiels,
statistiques…) dont elle dispose, faisant ainsi, en quelque sorte,
concurrence aux éditeurs professionnels ? Doit-elle mettre l’en-
semble de ces données à la disposition des médias, gratuitement
ou moyennant rémunération ? Une protection par le droit d’au-
teur peut-elle, alors, être revendiquée par l’administration ou
ses agents ?…

Dans le domaine des médias, l’action de l’administration,


encadrée par le droit administratif, présente ce double aspect de
contrôle, d’une part, et de soutien, d’autre part.
Dans la mesure où le contrôle administratif préalable n’est
pas la nécessaire condition ou contrepartie de l’aide publique
accordée aux médias, il est trop contraire au principe de liberté
pour pouvoir être justifié. Par sa suppression, le droit français
des médias se mettrait davantage en conformité avec les prin-
cipes auxquels il se réfère ou dont il se réclame.
Les mesures positives d’aide aux médias visent à donner,
aux libertés et aux droits proclamés, plus de réalité. On ne peut
donc qu’en souhaiter l’extension et le renforcement, dès lors, du
moins, qu’elles contribuent véritablement à une amélioration de
la qualité du service rendu et à la satisfaction de l’intérêt géné-
ral… mais toute appréciation ou sélection de ce type passe par
des contrôles dangereux pour les libertés !
Droit administratif des médias

76 Lire aussi

- Derieux E., « Contrôle administratif préalable des publications


imprimées », Droit de la communication, LGDJ, 4e éd., 2003,
p. 117-158
- Derieux E., Dictionnaire de droit des médias, Victoires Éditions-PUF,
2004, 352 p.
- Rabiller S., Les restrictions administratives à la liberté de la presse
face aux exigences constitutionnelles et européennes, Economica, 2002,
373 p.
Chapitre V
Droit professionnel des médias

Le droit professionnel détermine les conditions de travail et


régit les relations qui s’établissent entre (ceux qui sont norma-
lement) les employeurs et les salariés. Les professionnels des
médias sont, pour l’essentiel et dans leur quasi-totalité, soumis
aux règles du droit commun du travail. Seul le statut des jour-
nalistes (qui est, en partie, à l’origine même du droit du travail)
fait (encore) l’objet de quelques dispositions spécifiques.
Sans doute s’est-il agi, officiellement au moins, par ce sta-
tut des journalistes, de tenir compte des particularités de cette
profession, de nature intellectuelle, engageant la personnalité de
ceux qui l’exercent. Pour assurer la liberté ou l’indépendance
des journalistes et, par eux ou à travers eux, celle de l’infor-
mation et du public, leurs relations de travail et le lien qui les
unit à leur employeur (ou à l’entreprise à laquelle ils apportent
leur collaboration) ne peuvent être exactement de même nature
ou comporter les mêmes exigences ou obligations que pour n’im-
porte quel autre travailleur.
Les particularités du statut des journalistes, pratiquement
seules constitutives du droit professionnel des médias dans ce
qu’il a de dérogatoire ou de spécifique (à l’exception de ce qui
pourrait également être dit des « intermittents du spectacle »),
apparaissent à l’égard de trois éléments relatifs : à la définition
du journaliste ; à l’exercice de la profession ; et à la rupture du
contrat de travail (ou peut-être, devrait-on écrire, du « lien pro-
fessionnel » puisque les dispositions en cause semblent devoir
Droit professionnel des médias

78 s’appliquer également, dans certains cas au moins, aux journa-


listes dits « indépendants » ou « pigistes », et non pas unique-
ment aux seuls « salariés »).

Section 1
Définition de la profession de journaliste
La définition du journaliste, l’accès à la profession, et l’at-
tribution d’une carte d’identité professionnelle sont étroitement
liés.
La reconnaissance de la qualité de journaliste tient au constat
qu’une personne exerce cette activité (imparfaitement définie !).
Au nom (d’une conception contestable) de la liberté, on n’a voulu
soumettre l’accès à cette profession à aucune exigence ou condi-
tion. Cela prive l’attribution d’une carte d’identité profession-
nelle et probablement la définition même de journaliste de l’es-
sentiel de leur intérêt et de leur utilité… au moins pour le public,
sinon pour ceux qui s’en réclament et qui doivent bien y trou-
ver quelque avantage !

I - Définition du journaliste
La profession de journaliste est essentiellement (sinon exclu-
sivement) définie par l’article L. 761-2 C. trav. Celui-ci pose que
« le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation
principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession dans
une ou plusieurs publications quotidiennes ou périodiques ou
dans une ou plusieurs agences de presse et qui en tire le prin-
cipal de ses ressources ».
Cela n’est pas bien clair et rigoureux ni très précis. Trois
éléments essentiels s’en dégagent cependant, relatifs : à la nature,
à l’importance et au lieu de l’activité.

A - Nature de l’activité
Considérant sans doute que cela allait sans dire – mais à
quoi bon, alors, prétendre élaborer une quelconque définition ? –
Droit professionnel des médias

aucune indication n’est donnée quant à la nature de l’activité 79


ou de la « profession » exercée.
La jurisprudence a été amenée à préciser – non sans hésita-
tions, difficultés ou contradictions! – qu’il devait notamment s’agir
d’un travail de type intellectuel, en relation avec l’actualité…
notion assez incertaine, parce que non juridiquement définie!
Le journaliste professionnel traite l’information, relative à
des faits réels et actuels. Selon le média ou support auquel il
apporte sa contribution, il assure tout ou partie des tâches de
collecte, de sélection, de mise en forme, de présentation, d’ana-
lyse, d’explication, de commentaire… des nouvelles d’actualité.

B - Importance de l’activité
L’importance de l’activité professionnelle – aussi mal défi-
nie que soit cette dernière ! – est un autre élément essentiel de
la définition du journaliste. Aux termes des dispositions de l’ar-
ticle L. 761-2 C. trav., celle-ci doit en effet constituer son « occu-
pation principale, régulière et rétribuée ». Il doit, par ailleurs,
en tirer « le principal de ses ressources ».

1 - Occupation principale
Nul ne pourrait prétendre exercer une quelconque activité
professionnelle s’il ne satisfait pas à ces deux conditions : « occu-
pation principale, régulière » et, en conséquence, en tirer le
« principal de ses ressources ». Ne peut pas se prévaloir de la
qualité de journaliste celui pour lequel cette activité ne consti-
tue qu’une occupation occasionnelle et accessoire.
Le fait, pour un individu ayant une autre activité profes-
sionnelle, de s’exprimer, par l’intermédiaire d’un média, sur des
sujets de sa compétence, ne fait pas de lui un journaliste. Cela
ne doit pourtant pas le priver de la possibilité de présenter ainsi
ses analyses et ses points de vue. L’accès aux médias et la liberté
d’expression ne peuvent être le privilège des seuls journalistes.
En l’état actuel, cependant, quelle garantie la qualité de jour-
naliste apporte-t-elle ?
Droit professionnel des médias

80 2 - Principal des ressources


En relation étroite avec l’importance de l’activité, la défini-
tion légale du journaliste impose également que celui-ci « en
tire le principal de ses ressources ».
Ici encore, ce sont les revenus professionnels, contrepartie
d’un métier ou d’une activité de ce type, qui doivent, seuls, être
pris en compte.
Dans la formulation légale actuelle, aucune référence n’est
faite à un minimum de ressources. Comment pourrait-on, cepen-
dant, prétendre exercer une quelconque activité professionnelle
sans atteindre un certain seuil de rémunération ? Par ailleurs,
les dispositions réglementaires imposant de tirer de cette acti-
vité « une rémunération au moins égale au salaire minimum »
(C. trav., art. R. 761-8) n’ont pas été modifiées ou expressément
abrogées !

C - Lieu de l’activité
S’agissant du lieu dans lequel le journaliste exerce son acti-
vité professionnelle, l’article L. 761-2 C. trav. mentionne seule-
ment les « publications quotidiennes ou périodiques » et les
« agences de presse ». Tous les médias de ce type ou les sup-
ports en ayant l’apparence ne sont pas susceptibles d’employer
des journalistes professionnels. À l’inverse, d’autres médias doi-
vent aujourd’hui être pris en compte. À cet aspect, également
imparfait et incomplet, de la définition légale du journaliste,
doivent donc être apportées des précisions relatives aux tech-
niques et à la nature des médias.

1 - Techniques des médias


Aux médias écrits et agences de presse, seuls mentionnés
dans la définition de l’article L. 761-2 C. trav., il faut ajouter,
comme lieux d’exercice de l’activité de journaliste, certains, au
moins, des services (dénommés désormais) de « communication
au public par voie électronique » (radio, télévision, communi-
cation au public en ligne : Internet).
Droit professionnel des médias

L’article 93 de la loi du 29 juillet 1982 (maintenu en vigueur 81


par la loi du 30 septembre 1986 et modifié par la loi du 21 juin
2004), pose que « les journalistes exerçant leur profession dans
une ou plusieurs entreprises de communication au public par
voie électronique ont la qualité de journalistes au même titre
que leurs confrères de la presse écrite ». Une définition légale
du journaliste, plus claire, cohérente et commune, introduite
dans le Code du travail, pourrait utilement comporter cette men-
tion ou précision !

2 - Nature des médias


Plus délicate est, s’agissant de la reconnaissance de la qua-
lité de journaliste, la nécessaire prise en compte de la nature des
médias (tenant notamment à leur contenu et aux conditions de
leur exploitation)… bien que ou parce que la définition légale
n’y fait pas expressément référence.
Une définition légale n’a d’intérêt et d’utilité, pour le public
sinon pour les personnes en cause, que si elle permet de distin-
guer les journalistes professionnels, dont on est en droit d’at-
tendre certaines garanties, d’autres individus. Il y a sans doute,
de ce point de vue, une relation de cause à effets entre la qua-
lité de journaliste et la nature des médias auxquels celui-ci
apporte sa contribution.
Cela découle sans doute expressément, bien qu’indirecte-
ment, des dispositions de la définition mentionnant les « agences
de presse » comme lieux d’exercice de l’activité de journaliste.
Aux termes du statut de ce type d’entreprises, cette dénomina-
tion est réservée à celles qui assument cette tâche de fournir,
« aux journaux et périodiques, des articles, informations, repor-
tages, photographies et tous autres éléments de rédaction et qui
tirent leurs principales ressources de ces fournitures » (Ord.
2 novembre 1945, art. 1er).
À la différence de l’appellation d’ « agences de presse », celle
d’ « entreprises de presse » n’est ni protégée ni même vérita-
blement légalement définie. L’obtention d’un numéro d’ins-
cription à la Commission paritaire (condition d’admission à cer-
Droit professionnel des médias

82 taines modalités de l’aide de l’État), qui aurait pu constituer un


critère utile et pertinent, n’est pas un élément de définition ou
de distinction.
Il est pourtant nécessaire de distinguer les journaux et les
journalistes dits « d’entreprises » (organes de promotion d’ins-
titutions relevant d’autres secteurs d’activité), des journaux et
des journalistes professionnels. Seules les entreprises éditrices,
dont la publication de journaux constitue l’activité principale
sinon exclusive, sont susceptibles d’employer des journalistes
professionnels… dont on est notamment en droit d’attendre
des garanties de compétence, d’indépendance et d’impartia-
lité.
De tous ces éléments, il apparaît que la définition légale de
la profession de journaliste est bien imprécise et imparfaite. Dans
un tel contexte ou de telles conditions, l’attribution de la carte
d’identité de « journaliste professionnel » ne peut qu’illustrer
et reproduire ces insuffisances.

II - Carte de journaliste
La reconnaissance de l’appartenance, d’un individu, à la qua-
lité ou catégorie de « journaliste professionnel » est assurée par
l’attribution d’une carte d’identité professionnelle. Celle-ci est
délivrée par une commission exclusivement composée, à égalité,
de représentants des journalistes et de représentants des orga-
nisations patronales.
L’obtention de ladite carte est liée au constat qu’une per-
sonne exerce cette activité de « journaliste », mal ou largement
définie. Elle n’est pas une condition d’accès à la profession. Elle
ne peut être que postérieure à la pratique de la profession, ainsi
attestée. Elle n’est légalement même pas nécessaire à son exer-
cice.
Comme les employeurs, l’administration peut contester qu’un
individu, bien que titulaire de la carte d’identité professionnelle,
soit véritablement « journaliste ».
Droit professionnel des médias

Seule la convention collective nationale de travail des jour- 83


nalistes dispose qu’un média, soumis à cet accord profession-
nel, ne peut continuer d’ « employer, pendant plus de trois
mois, des journalistes professionnels et assimilés qui ne seraient
pas titulaires de la carte d’identité professionnelle de l’année
en cours ou pour lesquels cette carte n’aurait pas été deman-
dée » (art. 6).
Cet état de fait est la conséquence de ce que, au nom du
principe de liberté d’expression (prétendument ainsi garantie à
chacun !), on a voulu faire du journalisme une profession
« ouverte », à laquelle tous doivent pouvoir accéder librement,
sans conditions ni discriminations. Ce n’est pourtant pas la même
chose de pouvoir s’exprimer librement – ce qui est bien loin
d’être assuré à tous ! – et d’exercer une activité professionnelle.
Celle-ci implique normalement compétences, contrôles et assu-
rances ainsi offertes au public.
Seuls des journalistes et des employeurs, membres de la Com-
mission de la carte, délivrent cette carte d’identité. Ils seraient
ainsi en mesure de contrôler l’accès à la profession et de sanc-
tionner les comportements ou pratiques contraires aux principes
(éthiques ou déontologiques) professionnels. Ils s’y sont cepen-
dant toujours opposés.
Faute de détermination de formations professionnelles adap-
tées (rendue bien difficile du fait de la très large définition de
la profession, englobant des fonctions et des activités si diffé-
rentes, exigeant des compétences fort distinctes…) ; faute de
régulation des conditions d’accès, qui ne pourrait, dès lors, être
fondée sur aucun critère objectif précis ; faute d’énonciation de
principes professionnels clairs et de contrôle de leur respect…
le journalisme ne présente aucune des caractéristiques d’une
véritable profession, en elle-même, moins essentielle pour ceux
qui l’exercent que pour le public au service duquel elle est sup-
posée se mettre.
Le fait d’exercer la profession ou activité de « journaliste »
permet (et suffit) à une personne de se prévaloir de ce titre.
Droit professionnel des médias

84 Section 2
Exercice de la profession de journaliste
Les conditions d’exercice de la profession et les protections
et les garanties qui y sont liées, ont constitué, à l’origine, un des
objets essentiels du statut légal des journalistes. Elles ont large-
ment contribué à l’avancée du droit du travail en général. La
plupart des avantages et des privilèges, dont ont alors bénéficié
les journalistes (rémunération, durée du travail, congés…), ont,
par la suite, été élargis à l’ensemble des professions et consti-
tuent désormais le droit commun en la matière. Ils n’appellent
donc pas ici de développements spécifiques.
Un des seuls aspects particuliers du droit professionnel des
médias concerne la détermination de la nature du contrat qui
lie le journaliste à l’entreprise à laquelle il apporte sa contribu-
tion, et les droits et les obligations – pas toujours réciproques ! –
qui en découlent.

I - Journalistes salariés
Le salarié est un travailleur qui, uni à son employeur par
un contrat de louage de services, reçoit, de lui, ordres et direc-
tives sur le travail à exécuter, la manière de le faire et le temps
de sa réalisation. Il met sa force de travail à la disposition de
l’entreprise. Il est astreint à une présence. Il occupe un poste
dans la hiérarchie. Il doit rendre des comptes sur l’exécution
de sa tâche… Tous ces éléments sont constitutifs et caracté-
ristiques d’un lien de subordination. En contrepartie, le sala-
rié perçoit une rémunération, forfaitaire ou fixe, qualifiée de
« salaire ».
Dès lors qu’ils ont obtenu un emploi stable et permanent au
service d’une entreprise exploitant un des médias écrits ou « par
voie électronique », les journalistes sont salariés. Ils bénéficient,
alors, des avantages (permanence de la relation de travail, régu-
larité de la rémunération, primes et indemnités, protections et
garanties dues en cas de rupture du contrat…) liés au salariat.
En dépit des contraintes et des obligations qui en sont la cause
Droit professionnel des médias

ou la contrepartie normale, la plupart d’entre eux souhaitent 85


bénéficier de ce statut protecteur !
La nature particulière du travail journalistique (activité de
type intellectuel, exigences d’indépendance et de liberté d’esprit,
variations de la tâche en fonction de l’actualité, flexibilité des
horaires, fréquence des déplacements, enquêtes et reportages à
l’extérieur, postes de correspondants en dehors de l’entreprise…)
fait que le lien de subordination peut y être ou paraître plus
distendu… à tel point que les employeurs, n’ayant pas le même
pouvoir d’autorité et de direction, ont pu être tentés de récuser
cette qualification de salariat, pour n’avoir pas à en supporter
les charges.
Il y a, en la matière, contradiction ou conflit d’intérêts entre
la direction de l’entreprise et les journalistes. Parce qu’ils en tirent
des avantages, les journalistes se réclament du statut de salariés.
Les employeurs, au contraire, voudraient pouvoir en qualifier le
plus grand nombre de journalistes indépendants ou pigistes.

II - Journalistes pigistes
Le journaliste indépendant (la nature même de l’activité
exige une certaine indépendance d’esprit ou liberté d’action et
tous les journalistes se veulent intellectuellement indépendants !)
ou pigiste est celui qui est rémunéré à la tâche, proportionnel-
lement au nombre et au volume de ses contributions. Plus que
la qualification donnée à la rémunération, ce qui importe, c’est
la nature véritable de la relation établie entre le journaliste et
l’entreprise pour laquelle il travaille.
Le vrai pigiste n’est lié à l’entreprise que par un contrat de
« louage d’ouvrage », théoriquement renouvelé à chaque apport
ou commande, au gré des besoins ou des circonstances. Il n’y a
ou ne devrait y avoir aucune permanence des relations avec le
média auquel il apporte ou propose ses contributions. Il n’oc-
cupe pas de poste dans l’organigramme ou la hiérarchie de la
rédaction. Il est libre de son temps et du choix du thème de ses
articles ou reportages…
Droit professionnel des médias

86 Susceptible de constituer le privilège de quelques rares grands


noms de la profession, suffisamment prestigieux pour pouvoir
ne s’attacher à aucune entreprise particulièrement et ne dépendre
ainsi de personne… la situation du pigiste correspond bien davan-
tage, en réalité, à l’état, bien moins enviable, des journalistes
(débutants ou non) qui, dans l’attente ou l’espoir d’un emploi
fixe (de journaliste salarié), s’efforcent de gagner leur vie par
des contributions irrégulières et incertaines à des médias diffé-
rents.
Le désir des journalistes, de quitter cette situation précaire
de sans travail ni revenus fixes, n’a d’égal que celui des employeurs
de les y maintenir pour n’avoir pas à supporter toutes les charges
du salariat. À ces positions difficilement conciliables, le législa-
teur a tenté d’apporter une solution en posant le principe d’une
présomption de salariat.

III - Présomption de salariat


Constatant le caractère assez irréconciliable des points de
vue des employeurs et des journalistes, cédant peut-être en par-
tie aussi au groupe de pression des journalistes, le législateur,
ajoutant aux dispositions de l’article L. 761-2 C. trav., a posé,
par la loi du 4 juillet 1974, que « toute convention par laquelle
une entreprise de presse », ou quelque autre agence ou média
écrit ou électronique, « s’assure, moyennant rémunération, le
concours d’un journaliste professionnel […] est présumée être
un contrat de travail. Cette présomption subsiste quels que soient
le mode et le montant de la rémunération ainsi que la qualifi-
cation donnée à la convention par les parties ».
Il s’agissait sans doute ainsi de corriger la position de cer-
tains employeurs qui, pour ne pas avoir à en supporter les charges,
avaient – à ce moment là, au moins ! – une conception très
étroite ou limitative du salariat. Il fallait aussi tenir compte de
certaines des spécificités de la profession de journaliste, pour
laquelle la réalité du lien de subordination ne peut pas être exac-
tement la même que pour les autres salariés… Mais une telle
Droit professionnel des médias

présomption, protectrice des journalistes, n’est acceptable et jus- 87


tifiée que si la preuve contraire est admise.
Dans les premières années de l’application de ces disposi-
tions nouvelles, les juridictions semblaient avoir fait de cette pré-
somption un principe quasi-absolu, considérant tout journaliste
comme un journaliste salarié, avec, pour lui, les avantages et les
garanties attachés à cet état, sans pour autant qu’il en supporte
toujours les contraintes. Elles paraissent, depuis, revenir un peu
sur cette attitude, et ne plus tenir cette présomption de salariat
que pour ce qu’elle doit être. L’employeur doit être admis à
apporter la preuve – sans doute assez difficile à établir ! – de
l’absence de lien de subordination (libre choix des thèmes, orga-
nisation personnelle du temps de travail, absence d’obligation
de présence et de quelque responsabilité dans l’entreprise, indé-
pendance par rapport à l’équipe rédactionnelle…) pour com-
battre la présomption, redonner au contrat sa qualification véri-
table… et en faire découler les conséquences qui s’y attachent
normalement en matière de rémunération et de garanties en cas
de rupture du contrat très particulièrement.

Section 3
Rupture du contrat de travail du journaliste
Des dispositions constitutives du droit professionnel des
médias, celles qui sont relatives à la rupture du contrat de tra-
vail (ou peut-être serait-il préférable d’écrire du « lien profes-
sionnel ») du journaliste (salarié mais aussi, en certaines cir-
constances, au moins, « indépendant » ou « pigiste ») sont
incontestablement, pour certaines d’entre elles au moins, ce qu’il
y a de plus spécifique. Il s’agit officiellement ainsi de tenir
compte : des particularités de la profession ; de l’engagement per-
sonnel du journaliste dans son travail ; des difficultés qu’il pour-
rait éprouver, sur un marché du travail relativement réduit, à
retrouver un emploi après une telle rupture, pour quelque cause
que ce soit.
Droit professionnel des médias

88 Certaines des protections et des garanties (préavis, indem-


nités…) accordées, par la loi de 1935, aux journalistes, en cas
de rupture du contrat de travail, ont, depuis, été élargies à l’en-
semble des professions et relèvent maintenant du droit commun
du travail. D’autres demeurent propres au journalisme.
Il convient d’envisager deux formes essentielles de rupture :
le licenciement, dont l’employeur, en apparence au moins, prend
l’initiative et assume la responsabilité ; et la démission, dont le
journaliste (qui, normalement, devrait être salarié!) paraît prendre
la décision, mais qui ne le prive pourtant pas de tous droits et
protections lorsqu’elle est motivée par certaines circonstances
permettant la mise en jeu de la « clause de conscience ». Pour
être tout à fait complet, il faudrait également évoquer le départ
à la retraite.

I - Licenciement
Selon les cas ou les causes du licenciement, les droits et les
protections accordés au journaliste varient.

A - Cas de licenciement
Le licenciement est la forme de rupture du contrat de tra-
vail dont l’employeur, en apparence au moins, prend l’initiative.
Il peut cependant y avoir été conduit par le comportement du
journaliste. Ce dernier pourra, alors, être contraint d’en sup-
porter une partie des conséquences et perdre le bénéfice de cer-
tains droits.

B - Droits et protections
Les droits et les protections accordés au journaliste licencié,
comme pratiquement désormais (dans leur principe, sinon dans
le détail de leurs modalités pratiques) à tout autre salarié dans
la même situation, concernent essentiellement le préavis et les
indemnités.
Droit professionnel des médias

1 - Préavis 89

Le préavis consiste à avertir la personne dont le licencie-


ment a été décidé que, à l’expiration d’un délai légalement fixé
(un mois ou deux, selon l’ancienneté), la mesure deviendra effec-
tive.
Il s’agit de permettre ainsi au futur licencié de prendre des
dispositions pour rechercher un nouvel emploi. La convention
collective nationale de travail des journalistes accorde d’ailleurs,
à ceux-ci, pendant le délai de préavis, une moyenne de deux
heures par jour pour effectuer de telles démarches.
Au cas où l’employeur préférerait que la rupture du contrat
soit immédiate, il devrait verser, au journaliste licencié, une
indemnité compensatrice de préavis correspondant au salaire
qui aurait normalement été dû pendant cette période. Il ne s’agit
là que d’une des indemnités dues au journaliste.

2 - Indemnités
Selon les causes du licenciement, le journaliste aura droit,
ou non, à tout ou partie des indemnités de licenciement. Le
mode de détermination de cette indemnité peut être automa-
tique ou, au contraire, faire appel à l’intervention d’une com-
mission arbitrale spécialisée.
Cette indemnité est fixée automatiquement lorsque le licen-
ciement intervient sans qu’aucune faute soit reprochée au jour-
naliste et que celui-ci a moins de quinze ans d’ancienneté dans
l’entreprise. Aux termes de l’article L. 761-5 C. trav., elle ne
peut, alors, « être inférieure à la somme représentant un mois,
par année ou fraction d’année de collaboration, des derniers
appointements ».
L’indemnité de licenciement perd ce caractère d’automati-
cité dans deux cas distincts : 1° le contrat de travail a reçu exé-
cution pendant plus de quinze ans ; 2° le licenciement intervient
pour fautes, reprochées au journaliste, quelle que soit, alors, son
ancienneté. Une Commission arbitrale (composée de deux repré-
sentants des employeurs et de deux représentants des journa-
Droit professionnel des médias

90 listes, présidée par un haut fonctionnaire ou par un haut magis-


trat) intervient alors pour déterminer l’indemnité. Elle en fixera
librement le montant (au-delà de l’équivalent de quinze mois
de salaire) lorsque sa compétence est motivée par l’ancienneté
du journaliste. En cas de licenciement pour fautes, elle appré-
ciera la nature et la gravité des fautes et en déduira les consé-
quences (réduction ou suppression) quant aux indemnités dues.
En dehors de ces indemnités, dites de licenciement, un cer-
tain nombre d’autres indemnités (congés payés, treizième mois…)
sont, conformément aux dispositions légales ou conventionnelles,
toujours dues au journaliste, quelle que soit son ancienneté et
quelle que soit la cause de la rupture du contrat, licenciement
ou démission.

II - Démission
Selon les cas, les formes ou les circonstances de la démis-
sion, les droits et les obligations du journaliste diffèrent.

A - Cas de démission
La démission est la forme de rupture du contrat de travail
dont le salarié, en apparence au moins, prend l’initiative.
Il en est bien ainsi de la démission ordinaire, décidée par le
journaliste seul, pour des motifs de convenance personnelle, et
notamment pour aller travailler dans une autre entreprise.
Toute différente est la démission correspondant à la mise
en jeu de la « clause de conscience ». Tenant compte de la par-
ticularité de l’engagement intellectuel et personnel du journa-
liste dans ses relations de travail et pour le titre ou l’organe
auquel il apporte sa contribution, le Code du travail lui accorde,
de façon très spécifique, la possibilité, en certaines circonstances,
de donner sa démission tout en ayant droit notamment aux
indemnités qui lui auraient été dues s’il avait été licencié.
Les trois cas mentionnés par l’article L. 761-7 C. trav. sont :
1° la « cession du journal ou périodique » ; 2° la « cessation de
la publication du journal ou du périodique pour quelque cause
Droit professionnel des médias

que ce soit »; 3° le « changement notable dans le caractère ou 91


l’orientation du journal ou périodique si ce changement crée, pour
la personne employée, une situation de nature à porter atteinte à
son honneur, à sa réputation ou, d’une manière générale, à ses
intérêts moraux » (bien qu’il ne soit expressément fait référence
ici qu’aux seuls médias écrits, « journal » ou « périodique », ces
dispositions, comme l’ensemble de celles constitutives du statut
des journalistes, concernent aussi les agences de presse et les ser-
vices de « communication au public par voie électronique »: radio,
télévision, communication au public en ligne). L’appréciation de
chacune de ces circonstances, permettant la mise en jeu de la
clause de conscience, n’est pas toujours simple!
En cas de contestation ou de difficultés, et contrairement à
ce que l’on aurait pu souhaiter ou envisager, c’est le Conseil des
prud’hommes (peut-être pas toujours le mieux à même de le
faire, s’agissant, par exemple, de la question de la détermina-
tion de la réalité d’une « cession ») qui devra statuer sur le motif
ou la nature de la démission… la Commission arbitrale retrou-
vant éventuellement, ensuite seulement, sa compétence pour
fixer le montant de l’indemnité dite « de licenciement ».

B - Obligations et droits
Le journaliste démissionnaire est normalement tenu à cer-
taines obligations, notamment en matière de préavis, à l’égard
de son employeur. Il a également des droits, y compris à indem-
nités, d’ailleurs très exceptionnels dans certains cas.

1 - Préavis
Donnant sa démission, le journaliste doit en principe res-
pecter le délai de préavis, de façon à permettre à son employeur
(ou présumé tel !) de prendre les dispositions nécessaires pour
pourvoir à son remplacement.
L’article L. 761-7 C. trav. dispense cependant, de ce délai
de préavis, le journaliste qui démissionne en faisant valoir le
« changement notable dans le caractère ou l’orientation du jour-
Droit professionnel des médias

92 nal ». Il est considéré que, dans ce cas, l’atteinte à ses intérêts


moraux est si forte qu’on ne peut lui imposer de poursuivre,
même temporairement, cette collaboration !

2 - Indemnités
Plus exceptionnelles sont encore les indemnités, dites « de
licenciement », dues au journaliste qui démissionne en mettant
en jeu la clause de conscience. Elles sont déterminées selon le
même mode de calcul : de façon automatique, un mois par année
d’ancienneté, jusqu’à quinze ans ; au-delà, par la Commission
arbitrale.

Si ce n’est ce dernier aspect, relatif à la mise en jeu de la


clause de conscience et aux avantages très exceptionnels accor-
dés alors aux journalistes, le droit professionnel des médias a
perdu aujourd’hui, y compris s’agissant de cette dernière caté-
gorie, l’essentiel de son particularisme. La plupart des protec-
tions et des garanties, qui, à l’origine, avaient constitué des sortes
de faveurs ou de privilèges pour les journalistes, ont été géné-
ralisées. Elles sont désormais consacrées par les règles du droit
commun du travail.
On peut regretter cependant que le particularisme de la pro-
fession de journaliste ne soit, dans ce qui reste de ce statut pro-
fessionnel, pas davantage marqué. Certaines des garanties spé-
cifiques (telles que celles ci-dessus considérées ou celle relative
à la protection des sources d’information des journalistes, enten-
dus comme témoins ou en matière de perquisitions et de saisies
opérées par les autorités policières et judiciaires) paraîtront ne
constituer que des privilèges s’il n’y a pas, en contrepartie,
quelques obligations et exigences propres (formation, contrôles,
déontologie…), garanties des droits essentiels du public. Pré-
tendre définir une profession et prévoir, pour elle, des éléments
d’un statut particulier peut paraître, dans ce cas et en l’état, assez
inutile et injustifié !
Droit professionnel des médias

Lire aussi 93

- Brachard E., « Rapport sur la proposition de loi relative au statut


professionnel des journalistes », Chambre des députés, Annexe
au procès-verbal de la séance du 22 janvier 1935, reproduit
dans Le Journaliste (Syndicat national des journalistes), supplément
au n° 234, 2e trimestre 1995
- Da Lage O., Obtenir sa carte de presse et la conserver, Victoires
Éditions-PUF, 2003, 159 p.
- Derieux E., « Journalistes », Répertoire de droit du travail, Dalloz
- Derieux E., « Professionnels de la communication. Statut
professionnel des journalistes », Droit de la communication, LGDJ,
4e éd., 2003, p. 319-379
- Derieux E., « Journaliste. Appartenance à la profession »,
« Journaliste. Exercice de la profession », « Journaliste. Rupture
du lien professionnel », Juris-Classeur Communication, fasc. 5000,
5005, 5010, LexisNexis
- Lachaze M., « Commentaire de la loi du 29 mars 1935 », Recueil
Dalloz, 1936.4.56
Chapitre VI
Droit de la responsabilité des médias

Le droit de la responsabilité, ou statut du contenu, consti-


tue (dans tous les pays) l’élément de réglementation ou aspect
minimum du droit des médias. Il correspond, chez nous, à la
conception libérale « classique », telle qu’énoncée à l’article 11
de la DDHC de 1789. Celui-ci pose le principe de « libre com-
munication des pensées et des opinions […] sauf à répondre de
l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». C’est
cette même conception de la « liberté d’expression » que consacre,
aujourd’hui, l’article 10 de la Convention (européenne) de sau-
vegarde des droits de l’homme. Affirmant le principe de « liberté
de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées »,
il l’accompagne, en son paragraphe 2 (qui semble parfois bien
oublié !), de l’énumération de possibles « restrictions ou sanc-
tions […] nécessaires, dans une société démocratique ».
C’est à l’indispensable détermination et sanction des « abus
de la liberté » que répond le droit de la responsabilité. Dès lors
que les limites sont définies par la loi et que leur violation est
constatée et sanctionnée par un juge indépendant, dans le cadre
d’un contrôle de type répressif ou a posteriori, la liberté de com-
munication est assurée. Celle-ci doit nécessairement se concilier
avec d’autres droits et libertés, individuels ou collectifs, tout aussi
essentiels. Plus que concurrents, les uns et les autres concourent
ensemble à l’établissement d’un État de droit, constitutif et carac-
téristique d’un régime démocratique.
Droit de la responsabilité des médias

96 Ce droit de la responsabilité des médias peut emprunter au


droit commun ou, au contraire, être plus ou moins spécifique.
Il peut alors s’agir seulement de tenir compte de son objet et
du fait que certains abus ou excès ne sont commis que par ces
moyens là. Le souci de renforcer la liberté d’expression, consi-
dérée comme essentielle et, à certains égards, comme la condi-
tion et la garantie de toutes les autres, a pu, à l’origine, inspi-
rer, en France, certaines des particularités de procédure de la
loi de 1881. Il n’est pas exclu que le désir d’accorder quelque
faveur ou privilège à ce groupe professionnel influent soit aussi
pour quelque chose dans leur détermination ou, tout au moins,
dans leur maintien actuel (bien moins nécessaire et justifié) !
Les particularités du droit français en la matière sont conte-
nues dans la loi du 29 juillet 1881 (maintes fois modifiée !) « sur
la liberté de la presse ». Outre le fait qu’elle définit certaines
infractions spécifiques, celle-ci détermine surtout des règles de
procédure exceptionnelles, applicables à la poursuite et à la
répression de ce type d’infractions. De telles dispositions, très
largement dérogatoires au droit commun, sont sources de bien
des difficultés pour ceux qui engagent les poursuites. Leur action
échoue très fréquemment sur un obstacle de ce type.
Le risque d’erreur est encore accru du fait que tous les abus,
y compris parmi ceux qui sont spécifiquement constitutifs du
droit des médias, ne sont pas définis dans la seule loi de 1881.
Certains relèvent d’autres textes et échappent alors générale-
ment – mais pas toujours ou en tout ! – aux particularités de
procédure de cette loi très spéciale.
Rien d’étonnant, alors, à ce que les victimes, se souciant assez
peu de répression pénale, mais surtout désireuses d’obtenir le
respect de leurs droits et, si possible, la réparation des atteintes
et dommages subis, tentent d’écarter toute référence à la loi de
1881 et à ses particularités procédurales qui sont même désor-
mais considérées comme applicables à des actions civiles auto-
nomes. Ce n’est qu’en l’absence d’une quelconque relation avec
une infraction définie dans cette loi très spéciale que le régime
général de responsabilité civile, des articles 1382 et suivants du
Droit de la responsabilité des médias

Code civil, est, aujourd’hui, de façon bien plus simple et satis- 97


faisante pourtant, ouvert aux (prétendues) victimes. Lorsqu’elle
est ainsi possible, la voie civile leur offre également, avec le
référé, l’avantage d’une procédure d’urgence bien plus efficace…
mais qui, instituant une forme de contrôle préalable, de type
judiciaire cependant, pourrait, s’il en était trop fréquemment
fait usage (ce qui n’est heureusement pas le cas), constituer une
menace pour la liberté des médias !
Pour ces raisons, les représentants des médias estiment, en
sens inverse, qu’il ne peut leur être fait application que de la
seule loi de 1881… en réalité, pour eux, sur certains points au
moins, très favorable ou protectrice !

Section 1
Régime de responsabilité déterminé par la loi de 1881
Le régime de responsabilité de la loi de 1881 fait preuve de
particularismes, moins du fait des infractions qui y sont défi-
nies, que s’agissant de règles de procédure.

I - Règles de procédure
Les particularités de procédure de la loi de 1881 concernent
notamment : la détermination des responsables ; le délai de pres-
cription ; la compétence territoriale ; les formalités à respecter
dans l’engagement de l’action…

A - Auteurs-responsables
La plupart des règles de procédure particulières de la loi de
1881 paraissent surtout chercher à limiter la possibilité d’enga-
ger des poursuites ou de les voir aboutir. Les dispositions rela-
tives à la détermination des personnes pénalement responsables
visent cependant, au contraire, à faciliter l’action. Elles permet-
tent en effet d’identifier plus aisément, s’agissant notamment du
« directeur de la publication », celui contre lequel doivent être
Droit de la responsabilité des médias

98 engagées les poursuites. Elles assurent que quelqu’un pourra


toujours être poursuivi.
L’article 42 de la loi de 1881 détermine le régime dit de
« responsabilité en cascade ». Il pose que « seront passibles,
comme auteurs principaux, des peines qui constituent la répres-
sion des crimes et délits commis par la voie de la presse » écrite
(périodique ou non) : « 1° les directeurs de publications ou édi-
teurs […] 2° à leur défaut, les auteurs ; 3° à défaut des auteurs,
les imprimeurs ; 4° à défaut des imprimeurs, les vendeurs, les
distributeurs et afficheurs ».
L’article 93-3 de la loi du 29 juillet 1982 (introduit par la
loi du 13 décembre 1985, maintenu en vigueur par celle du
30 septembre 1986 et modifié par celle du 21 juin 2004 !) pose
que, au cas où l’une des infractions à la loi de 1881 « est com-
mise par un moyen de communication au public par voie élec-
tronique, le directeur de la publication […] sera poursuivi comme
auteur principal, lorsque le message incriminé a fait l’objet d’une
fixation préalable à sa communication publique ». Cela signi-
fie, a contrario, que les infractions de ce type commises dans le
cadre d’émissions en direct restent la responsabilité de l’auteur
des propos litigieux… peut-être, alors, plus difficile à identifier !
Le Code pénal pose que lorsque diverses infractions (étran-
gères donc à la loi de 1881) qu’il définit « sont commises par
la voie de la presse écrite et audiovisuelle, les dispositions par-
ticulières des lois » (loi de 1881 et loi de 1982) « qui régissent
ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermina-
tion des personnes responsables ».
Sans faire de distinction entre les infractions définies dans
la loi de 1881 ou dans d’autres textes, l’article 6 de la loi du
21 juin 2004 « pour la confiance dans l’économie numérique »
(sic) pose cependant, en des termes pratiquement identiques tant
en matière de responsabilité civile que pénale, s’agissant des
« services de communication au public en ligne » (l’Internet),
que « les personnes physiques ou morales qui assurent […] pour
mise à disposition du public […] le stockage de signaux, d’écrits,
d’images, de sons ou de messages de toute nature », dites « inter-
Droit de la responsabilité des médias

médiaires techniques », « ne peuvent voir leur responsabilité 99


[…] engagée du fait des activités ou des informations stockées
à la demande d’un des destinataires de ces services si elles
n’avaient pas effectivement connaissance de l’activité ou de l’in-
formation illicites ou si, dès le moment où elles en ont eu connais-
sance, elles ont agi promptement pour retirer ces informations
ou en rendre l’accès impossible ». Mais ces services ou « sites »
eux-mêmes doivent avoir un « directeur de la publication »
(auquel l’article 6-IV de la loi du 21 juin 2004 fait au moins
référence à propos de l’exercice du « droit de réponse ») pro-
bablement susceptible, en certaines circonstances en tout cas, de
voir sa responsabilité engagée du fait des messages ainsi rendus
accessibles au public.

B - Délai de prescription
L’article 65 de la loi de 1881 détermine un délai de pres-
cription (à l’expiration duquel l’action en justice ne peut plus
être engagée ou poursuivie) particulièrement court. Il pose en
effet, pour toutes les infractions définies par cette loi, que l’ac-
tion publique et l’action civile « se prescriront après trois mois
révolus, à compter du jour où ils auront été commis ou du jour
du dernier acte d’instruction ou de poursuite s’il en a été fait ».
Introduit par la loi du 9 mars 2004, un nouvel article 65-3 porte
cependant à un an le délai de prescription des infractions de
caractère racial ou raciste (provocation à la discrimination ou à
la haine raciale, diffamation et injure raciales, contestation de
crimes contre l’humanité).
On ne peut que souhaiter voir les actions judiciaires enga-
gées et menées rapidement. Cela constitue pourtant, en l’état,
au profit des médias, un régime de faveur très spécifique, source
de bien des erreurs, causes d’échec d’un grand nombre d’ac-
tions, irrecevables parce que trop tardives.
La difficulté, découlant d’un délai de prescription aussi court,
est d’autant plus accrue que la détermination de la date de la
publication n’est pas toujours sûre. Elle ne correspond pas néces-
Droit de la responsabilité des médias

100 sairement exactement à celle qui est mentionnée sur l’écrit (pério-
dique ou non). La communication au public en ligne (l’Inter-
net) a donné une nouvelle actualité à la question de savoir si les
délits ainsi commis doivent être considérés – comme on le fait
actuellement, mais de façon sans doute assez contestable ! –
comme « instantanés », c’est-à-dire réalisés au premier jour de
la mise à disposition du public, ou s’ils ne devraient pas être
tenus pour des délits « continus », perdurant tant que les élé-
ments n’ont pas été retirés… À cet égard également, c’est la
première solution qui a finalement été retenue.

C - Compétence territoriale
La détermination du tribunal territorialement compétent
paraît davantage favorable aux personnes mises en cause et qui
engagent la procédure.
Elle est, en matière pénale, normalement liée au lieu de l’in-
fraction. Celle-ci est commise par tout fait ou acte de publica-
tion. Partout où il y a eu publication par distribution, mise en
vente, affichage des écrits, réception des programmes de radio
ou de télévision, accessibilité à des sites Internet… l’action peut
être engagée. Elle ne peut évidemment l’être que devant un seul
tribunal, pour une même infraction commise, en plusieurs endroits
ou lieux de publication, par le même média !
La diffusion internationale des médias complique cependant
aujourd’hui très fortement le problème, s’agissant tant de la
détermination de la (ou des) juridiction(s) nationale(s) compé-
tente(s) que de la (ou des) lois(s) applicable(s).

D - Formalités
C’est à propos des formalités à respecter, dans l’engagement
de l’action, que les exigences de la loi de 1881 paraissent les plus
fortes et les plus contraignantes et que, du fait de leurs spécifi-
cités, les risques d’erreurs, entraînant la nullité des poursuites,
sont les plus grands. On peut évoquer, à leur égard, l’existence
de véritables « pièges procéduraux ».
Droit de la responsabilité des médias

Selon la nature de l’infraction, l’initiative de l’action est réser- 101


vée ou ouverte à la victime (à laquelle il appartient alors de
prendre le risque de donner ainsi, à ce dont elle se plaint, un
écho ou une notoriété supplémentaire), à certaines associations
ou au ministère public, concurremment ou exclusivement. Il y
a lieu de respecter scrupuleusement ces règles. Sinon sera sou-
levée la nullité de la procédure.
Il en est de même à l’égard des exigences des articles 50 et 53
de la loi de 1881 qui imposent, à ceux qui mettent en œuvre l’ac-
tion judiciaire, « d’articuler et de qualifier » exactement les faits
et d’indiquer très précisément « le texte de loi applicable à la pour-
suite » (article, alinéa). Ces mêmes dispositions précisent que « ces
formalités seront observées à peine de nullité des poursuites ».
Contrairement aux règles de procédure du droit commun,
celui qui engage l’action doit, dès ce moment-là et définitive-
ment, prendre position sur la nature de l’infraction dont la requa-
lification par le juge n’est pas possible. Compte tenu de la spé-
cificité de certaines infractions et de la difficulté que l’on peut
éprouver à les qualifier exactement (s’agissant des diverses caté-
gories de diffamations et d’injures, par exemple), c’est là un
régime particulièrement sévère pour ceux qui, ayant ainsi été
mis en cause, sont à l’initiative de la procédure… et fort pro-
tecteur des médias !

II - Contenu des infractions


Ayant, entre elles, cet élément constitutif commun, tout à
fait essentiel, de publication, les infractions de la loi de 1881 doi-
vent être distinguées les unes des autres par quelques éléments
particuliers. Le nécessaire équilibre entre la liberté des médias
et le respect d’autres droits concurrents, pas moins importants,
n’en est pas toujours assuré.

A - Droit de réponse
S’agissant du droit de réponse, ce qui est constitutif d’in-
fraction, ce n’est évidemment pas l’exercice de ce droit mais le
Droit de la responsabilité des médias

102 refus, non justifié, opposé par un média, à une telle demande.
Ce droit diffère assez fortement, non seulement dans ses moda-
lités d’exercice mais également dans ses conditions d’ouverture
(ce que rien, alors, ne peut véritablement justifier !) selon qu’il
s’agit des médias imprimés ou électroniques. Pour ces derniers,
d’ailleurs, il n’est, s’agissant de radio ou de télévision, pas régi
par la loi de 1881 mais par des dispositions de la loi du 29 juillet
1982 et le décret d’application du 6 avril 1987 et, à l’égard des
services de « communication au public en ligne » (l’Internet),
par l’article 6-IV de la loi du 21 juin 2004. Pour des raisons pra-
tiques, et pour permettre la comparaison, dans l’attente d’une
éventuelle harmonisation sinon uniformisation des règles, il en
sera cependant question ici.
S’agissant des médias imprimés, le droit de réponse peut être
défini comme la faculté, accordée à toute personne « nommée
ou désignée » dans une publication périodique écrite, de faire,
par ce même moyen ou support, connaître son point de vue sur
les éléments de sa mise en cause.
La personne exerçant le droit de réponse dispose désormais
d’un délai de trois mois, à compter de la date de la publication
de la mise en cause, pour adresser, au périodique, le texte de sa
réponse. La longueur de celle-ci est normalement limitée à celle
de l’article auquel il est ainsi répondu, avec un minimum garanti
de 50 lignes et un maximum de 200 lignes. Dès lors que les exi-
gences légales (délais, longueur, relation du contenu de la réponse
avec les éléments de la mise en cause, absence d’éléments consti-
tutifs d’infraction…) ont été respectées, la réponse doit être rapi-
dement insérée (« dans les trois jours », pour un quotidien ;
« dans le numéro qui suivra le surlendemain de la réception »,
pour les autres périodiques).
À l’égard des médias audiovisuels (radio et télévision), ce
qui est pourtant qualifié de « droit de réponse » n’est ouvert,
dans des conditions apparemment plus limitatives, qu’à une per-
sonne à l’encontre de laquelle ont été diffusées des « imputa-
tions susceptibles de porter atteinte à son honneur ou à sa répu-
tation » (ce qui est pratiquement la définition de la
Droit de la responsabilité des médias

« diffamation »). Mais c’est sans doute généralement pour des 103
raisons de ce type qu’il est fait usage d’un tel droit dans la presse
périodique écrite également !
Bien que le délai d’exercice du droit de réponse à la radio
et à la télévision ait, par la loi du 15 juin 2000, été porté à trois
mois, comme pour la presse périodique écrite, les modalités
d’exercice de ce droit (dimension et conditions d’insertion de la
réponse) y restent beaucoup plus restrictives.
S’agissant des services « de communication au public en ligne »
(l’Internet), un tel « droit de réponse » y est, par l’article 6-IV
de la loi du 21 juin 2004, accordé, comme dans la presse pério-
dique, à « toute personne nommée ou désignée ». La « demande
d’exercice du droit de réponse » doit également être « présentée,
au plus tard, dans un délai de trois mois à compter de la mise à
disposition du public du message » qui la justifie. « Le directeur
de la publication est tenu d’insérer dans les trois jours de leur
réception les réponses » qui lui sont ainsi adressées.
Le droit de réponse constitue – ou pourrait constituer ! – un
des éléments d’équilibre et de pluralisme de l’information et des
opinions. Il représente un des moyens, les plus rapides et pro-
bablement les plus efficaces, de corriger certaines erreurs et
atteintes portées aux droits des personnes en cause, mais aussi
simplement de l’expression de la diversité des points de vue. Il
est pourtant bien peu utilisé. C’est une faculté mal connue du
public… en cela, sans doute, mal informé par des médias peu
soucieux de s’ouvrir ainsi à l’expression de personnes qui leur
sont extérieures.

B - Diffamation et injure
L’injure et surtout la diffamation sont, des infractions défi-
nies par la loi de 1881, celles qui sont le plus fréquemment com-
mises par les médias. L’une et l’autre constituent, dans des condi-
tions ou de façons différentes, des atteintes à l’honneur ou à la
considération des personnes en cause. Les exigences de qualifi-
cation exacte de l’infraction, au moment même de l’engagement
Droit de la responsabilité des médias

104 des poursuites, obligent cependant, en dépit des difficultés, à les


distinguer l’une de l’autre.

1 - Diffamation
La « diffamation » est définie, à l’article 29 de la loi de 1881,
comme une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte
à l’honneur ou à la considération ». C’est la référence à un
« fait » qui doit normalement permettre de distinguer la dif-
famation de l’injure. Dans la réalité, ce n’est pas toujours simple !
La précision dans la qualification de l’infraction doit être
plus grande encore puisque les articles suivants de la même loi
de 1881 définissent diverses catégories de diffamations : « envers
les cours, les tribunaux, les armées » ; « envers un ou plusieurs
membres du ministère, un ou plusieurs membres de l’une ou
l’autre chambre, un fonctionnaire public » ; « envers les parti-
culiers » ; de caractère raciste ou sexiste…
Dans une formulation ambiguë, l’article 35 de la loi de 1881
permet ou fait obligation, aux personnes poursuivies pour dif-
famation, de faire, pour leur défense et pour échapper à la
condamnation, l’apport de la preuve de la vérité du fait diffa-
matoire. Lorsque « la preuve de la vérité du fait diffamatoire
est rapportée, le prévenu (est) renvoyé des fins de la plainte ».
Considérant que le respect des droits des personnes doit l’em-
porter, dans certains cas, sur la liberté d’informer, la loi elle-
même interdit cependant cet apport de la preuve de la vérité
du fait diffamatoire lorsque l’imputation : « concerne la vie pri-
vée » ; « se réfère à des faits remontant à plus de dix ans » ou
à « un fait amnistié ou prescrit ».
En raison de la difficulté sinon impossibilité, pratique ou
légale, d’apporter la preuve de la vérité du fait diffamatoire, a
été élaborée une construction, essentiellement jurisprudentielle,
de la « bonne foi ». Celle-ci permet aussi d’échapper à la condam-
nation pour diffamation en démontrant au moins que la per-
sonne poursuivie a agi avec prudence et modération, sans ani-
mosité particulière, en procédant à un certain nombre de
vérifications, dans le souci d’informer le public…
Droit de la responsabilité des médias

2 - Injure 105

Le régime de l’ « injure » est tout différent puisque, par


définition, cette infraction est constituée de « toute expression
outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme
l’imputation d’aucun fait » (art. 29). Rien ne peut donc ici jamais
être prouvé !
Sont également distinguées différentes catégories d’injures :
envers les cours, les tribunaux, les corps, les armées, de carac-
tère raciste… et, depuis la loi du 30 décembre 2004, sexiste.
Élargissant sans doute la portée d’une des dispositions légales,
la jurisprudence retient l’excuse de provocation comme moyen
de défense de la personne poursuivie pour injure.

C - Écrits et propos racistes et sexistes


La loi de 1881, modifiée et complétée, sur ce point, à plu-
sieurs reprises, définit différentes infractions de caractère raciste.
Outre les diffamations et injures raciales, sont également consi-
dérées les provocations à la discrimination, à la haine ou à la
violence raciale.
Le caractère raciste vient de la mise en cause « d’une per-
sonne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou
de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une eth-
nie, une nation, une race ou une religion déterminée ».
La loi du 30 décembre 2004 a introduit, dans la loi de 1881,
diverses dispositions définissant des infractions (de provocation
à la discrimination ou à la haine, de diffamation, d’injure)
« envers une personne ou un groupe de personnes à raison de
leur sexe ou de leur orientation sexuelle ».
Outre l’aggravation des peines encourues, le caractère raciste
de l’infraction entraîne notamment, selon les dispositions de l’ar-
ticle 48-1 de la loi de 1881, que « toute association, régulière-
ment déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits, se
proposant, par ses statuts, de combattre le racisme ou d’assister
les victimes de discrimination » raciale « peut exercer les droits
reconnus à la partie civile ». Il en est de même, depuis la loi
Droit de la responsabilité des médias

106 du 30 décembre 2004, des associations ayant pour but de « com-


battre les violences ou les discriminations fondées sur l’orienta-
tion sexuelle ou d’assister les victimes de ces discriminations ».

D - Information policière et judiciaire


Les dispositions de la loi de 1881 déterminent également,
mais de façon non-exclusive, la possibilité, pour les médias, de
rendre compte de certaines informations relatives à l’action de
la police et de la justice, ou aux faits et événements qui en sont
la cause. L’article 41 de ladite loi accorde une immunité au
« compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires ».
Le respect de l’ordre et de la sécurité, le souci du bon fonc-
tionnement de la justice, la protection des droits des personnes…
justifient, dans ce domaine également, que des restrictions soient
apportées à la liberté des médias.
Les articles 23 et 24 de la loi de 1881 définissent notamment
diverses catégories de provocations et d’apologies de crimes et
de délits. Aucun principe de liberté d’expression ne peut justi-
fier de tels contenus.
Tant dans l’intérêt des victimes que des personnes soup-
çonnées, est également réglementée la façon dont il peut, ou
non, être rendu compte, par la suite, de certaines de ces infrac-
tions et des poursuites engagées.
Par le nouvel article 35 quater de la loi de 1881, est inter-
dite « la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en
soit le support, de la reproduction des circonstances d’un crime
ou d’un délit, lorsque cette reproduction porte gravement atteinte
à la dignité d’une victime ».
La nécessaire protection du bon fonctionnement de la jus-
tice et de l’honneur des personnes justifie que l’article 38 de la
loi de 1881 interdise (d’une façon dont on ne constate pas tou-
jours une rigoureuse application !) « de publier les actes d’ac-
cusation et tous autres actes de procédure criminelle ou correc-
tionnelle avant qu’ils aient été lus en audience publique » ; ou
que l’article 38 ter interdise, « dès l’ouverture de l’audience des
Droit de la responsabilité des médias

juridictions administratives ou judiciaires, l’emploi de tout appa- 107


reil permettant d’enregistrer, de fixer ou de transmettre la parole
ou l’image ».
La protection due aux personnes explique l’interdiction « de
diffuser, de quelque manière que ce soit, des informations rela-
tives à l’identité ou permettant l’identification […] d’un mineur
victime d’une infraction » (article 39 bis). Pour les mêmes rai-
sons, en cas de diffusion d’informations relatives à une agres-
sion ou une atteinte sexuelle, il est interdit de publier des « ren-
seignements concernant l’identité » de la victime, même majeure,
ou son image si elle est ainsi identifiable (article 39 quinquies).
Dans le respect des droits de l’individu présumé innocent,
l’article 35 ter interdit la diffusion de « l’image d’une personne
identifiée ou identifiable mise en cause à l’occasion d’une pro-
cédure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un jugement de
condamnation et faisant apparaître soit que cette personne porte
des menottes ou entraves, soit qu’elle est placée en détention
provisoire ». Au nom de l’indépendance de la Justice, le même
article interdit « de réaliser, de publier ou de commenter un
sondage d’opinion ou toute autre consultation portant sur la cul-
pabilité d’une personne mise en cause à l’occasion d’une procé-
dure pénale ou sur la peine susceptible d’être prononcée à son
encontre ».
Ainsi partiellement réglementée par diverses dispositions de
la loi de 1881, l’information policière et judiciaire l’est égale-
ment, parmi d’autres éléments, sans que l’articulation soit tou-
jours très claire et rigoureuse ni même sans doute justifiée, par
d’autres textes, eux aussi constitutifs du régime de responsabi-
lité des médias.

Section 2
Régime de responsabilité déterminé par d’autres textes
D’autres textes (échappant donc normalement aux particu-
larismes de procédure de la loi de 1881) déterminent également
le régime de responsabilité des médias. On pourrait souhaiter
Droit de la responsabilité des médias

108 une plus grande unité des sources et davantage de cohérence


des dispositions applicables.
Parmi ces autres textes, on mentionnera aussi certaines dis-
positions de caractère civil, sinon le régime général de respon-
sabilité civile qui, par décisions (tout à fait contestables !) de la
Cour de cassation, semble actuellement exclu dès lors que l’élé-
ment constitutif de faute entretient une quelconque relation avec
l’une des infractions définies par la loi de 1881.

I - Responsabilité pénale
Un certain nombre de dispositions pénales, autres que celles
de la loi de 1881, bien que régissant parfois à peu près les mêmes
thèmes ou objets, contenues dans le Code pénal ou dans d’autres
textes, déterminent également le régime de responsabilité des
médias.

A - Information policière et judiciaire


La réglementation de l’information policière et judiciaire est
une des illustrations de la dispersion des textes. On trouve en
effet, à cet égard, outre les dispositions spécifiques de la loi de
1881, celles, plus générales, du Code pénal (C. pén.) ou du Code
de procédure pénale (C. pr. pén.).
L’élaboration et l’application de toute règle s’avèrent, à cet
égard, fort délicates. Les médias peuvent en effet être garants
des droits et des libertés contre les risques d’abus éventuels de
la police et de la justice. Mais, par leurs propres excès, ils consti-
tuent aussi de réels dangers. C’est sans doute pourquoi certains
des principes posés ne semblent pas toujours bien rigoureuse-
ment appliqués ou font l’objet d’une contestation qui n’est pas
sans raison ou fondement.

1 - Secret de l’enquête et de l’instruction


L’article 11 C. pr. pén. pose que « la procédure au cours de
l’enquête et de l’instruction est secrète ». Le principe en a été
Droit de la responsabilité des médias

atténué par un alinéa nouveau, introduit par la loi du 15 juin 109


2000, aux termes duquel : « toutefois, afin d’éviter la propaga-
tion d’informations parcellaires ou inexactes ou pour mettre fin
à un trouble à l’ordre public, le procureur de la République
peut, d’office et à la demande de la juridiction d’instruction ou
des parties, rendre publics des éléments objectifs tirés de la pro-
cédure ne comportant aucune appréciation sur le bien-fondé des
charges retenues contre les personnes mises en cause ».
La restriction ainsi apportée à la liberté des médias n’est pas
aussi forte et les cas de violation de ces dispositions ne sont pas
aussi sûrs qu’il pourrait y paraître… et cela encore moins depuis
l’apport des dispositions nouvelles ! Seuls les actes et les pièces
de procédure sont couverts par le secret. Seule une « personne
qui concourt à cette procédure est tenue au secret profession-
nel ». Ce n’est pas le cas des journalistes. Ceux-ci risquent cepen-
dant de voir leur responsabilité engagée au titre de la compli-
cité ou du recel de violation de secret… sous réserve que la
CEDH (comme elle l’a fait dans l’arrêt Fressoz et Roire c/ France,
du 21 janvier 1999, à propos d’une condamnation pour recel de
violation de secret fiscal) n’y voit une restriction ou ingérence
injustifiée dans l’exercice de la liberté d’expression !

2 - Comptes rendus d’audiences


Le principe général est celui de la publicité des audiences et
donc de la liberté, pour les médias, d’en rendre compte. Cer-
taines garanties ou immunités leur sont, pour cela, accordées
par la loi de 1881. Des restrictions sont cependant apportées à
cette liberté, au nom, tout à la fois, du bon fonctionnement de
la justice et de la protection des droits des personnes. Elles
concernent certaines affaires ou l’utilisation des moyens audio-
visuels, dont on a craint qu’elle ne trouble la sérénité des audiences.
À cet égard, encore, la réglementation est dispersée entre la
loi de 1881 et d’autres textes, et notamment la loi du 11 juillet
1985 concernant la constitution d’archives audiovisuelles de la
justice (dont les dispositions ont été introduites dans les articles
L. 221-1 à L. 222-3 du Code du patrimoine)… qui représentera
Droit de la responsabilité des médias

110 peut-être, après expérimentation, et en dépit de son caractère


actuellement assez restrictif, une étape vers une plus grande
ouverture (qui ne peut cependant être sans conditions ni limites !)
des salles d’audiences aux médias audiovisuels.

3 - Autorité et indépendance de la justice


Les articles 434-16 et 434-25 C. pén. apportent également
des restrictions aux abus de la liberté des médias, constitutifs
d’atteinte à l’autorité et à l’indépendance de la justice.
Sont ainsi incriminés : « la publication, avant l’intervention
de la décision juridictionnelle définitive, de commentaires ten-
dant à exercer des pressions en vue d’influencer les déclarations
des témoins ou la décision des juridictions d’instruction ou de
jugement » (art. 434-16) ou « le fait de chercher à jeter le dis-
crédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute
nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des
conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice
ou à son indépendance » (art. 434-25).
De telles dispositions avaient, au moment de leur adoption,
suscité de vives inquiétudes et critiques de la part des médias.
Leur interprétation ou application jurisprudentielle (assez rare)
ne semble cependant pas véritablement constituer une restric-
tion à la liberté de ces derniers !

B - Vie privée
Depuis la loi du 17 juillet 1970, l’intimité de la vie privée
est pénalement protégée contre certaines intrusions dont les pro-
fessionnels des médias pourraient être coupables.
Les articles 226-1 à 226-9 C. pén. incriminent notamment le
fait de « porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui :
1° en captant, enregistrant ou transmettant, sans le consente-
ment de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou
confidentiel ; 2° en fixant, enregistrant ou transmettant, sans le
consentement de celle-ci, l’image d’une personne se trouvant
dans un lieu privé ». Sont également visés « le fait de conser-
Droit de la responsabilité des médias

ver, porter ou laisser porter à la connaissance du public ou d’un 111


tiers ou d’utiliser de quelque manière que ce soit tout enregis-
trement ou document » ainsi obtenu, ou encore « le fait de
publier, par quelque voie que ce soit, le montage réalisé avec
les paroles ou l’image d’une personne sans son consentement,
s’il n’apparaît pas à l’évidence qu’il s’agit d’un montage ».
En réalité, les victimes semblent le plus souvent se conten-
ter de la seule réparation du dommage et, écartant la mise en
jeu de la responsabilité pénale, se satisfaire de la seule voie civile.

C - Réglementation de la publicité
La publicité constitue un des éléments essentiels du contenu
des médias. Elle en assure ainsi une part du financement. Sa
réglementation vise, tout à la fois, à protéger le public consom-
mateur et les annonceurs concurrents. Des restrictions sont ainsi
apportées à la publicité en faveur de certains produits (tabac,
alcool, médicaments, armes à feu…) ou au recours à certains
procédés ou arguments publicitaires (publicité mensongère, publi-
cité comparative…).

1 - Publicité pour le tabac


Aux termes de l’article L. 355-24 du Code de la santé publique
(C. santé publ.), « toute propagande ou publicité, directe ou
indirecte, en faveur du tabac ou des produits du tabac » est
interdite.
Pour déjouer toute tentative de contournement de l’inter-
diction légale, l’article L. 355-26 C. santé publ. pose qu’ « est
considérée comme propagande ou publicité indirecte toute pro-
pagande ou publicité en faveur d’un organisme, d’un service,
d’une activité, d’un produit ou d’un article autre que le tabac
ou un produit du tabac lorsque, par son graphisme, sa présen-
tation, l’utilisation d’une marque, d’un emblème publicitaire ou
de tout autre signe distinctif, elle rappelle le tabac ou un pro-
duit du tabac ».
Droit de la responsabilité des médias

112 Pour renforcer la répression des cas de violation de la régle-


mentation, l’article L. 355-32 C. santé publ. dispose que « les
associations dont l’objet statutaire comporte la lutte contre le
tabagisme, régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à
la date des faits, peuvent exercer les droits reconnus à la partie
civile ». Ce sont très généralement elles qui sont à l’origine des
actions engagées !
L’article L. 355-31 C. santé publ. détermine les peines encou-
rues. Le maximum de l’amende peut notamment « être porté
à 50 % du montant des dépenses consacrées à l’opération illé-
gale ». En cas de récidive, « le tribunal peut interdire, pendant
une durée de un à cinq ans, la vente des produits qui ont fait
l’objet de l’opération illégale ».

2 - Publicité pour l’alcool


La réglementation de la publicité pour l’alcool est aujour-
d’hui également intégrée dans le même Code de la santé publique.
Elle est moins restrictive ou rigoureuse que celle de la publicité
pour le tabac.
Même si la loi semble faire de l’interdiction de la publicité
pour l’alcool le principe, les cas d’autorisations sur certains sup-
ports ou médias sont cependant relativement larges et nom-
breux. Interdite à la télévision ou au cinéma, elle est, par contre,
dans les limites légales, autorisée : « 1° dans la presse écrite, à
l’exclusion des publications destinées à la jeunesse […] 2° par
voie de radiodiffusion sonore, pour les catégories de radios et
dans les tranches horaires déterminées par décret […] 3° sous
forme d’affiches »… (art. L. 3323-2 C. santé publ.).
Le contenu des messages publicitaires est cependant très
réglementé, au point de les priver d’une partie de ce qui consti-
tue généralement la nature, l’originalité ou l’attrait de la publi-
cité. L’article L. 3323-4 C. santé publ. pose que « la publicité
autorisée pour les boissons alcooliques est limitée à l’indication
du degré volumique d’alcool, de l’origine, de la dénomination,
de la composition du produit, du nom et de l’adresse du fabri-
cant, des agents et des dépositaires ainsi que du mode d’élabo-
Droit de la responsabilité des médias

ration, des modalités de vente et du mode de consommation du 113


produit ». Le même article ajoute encore qu’une telle publicité
« doit être assortie d’un message de caractère sanitaire précisant
que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé ».
Aux termes de l’article L. 3351-7 du même Code, « le maxi-
mum de l’amende peut être porté à 50 % du montant des
dépenses consacrées à l’opération illégale ». En cas de récidive,
est encourue l’ « interdiction, pendant une durée de un à cinq
ans, de vente de la boisson alcoolique qui a fait l’objet de l’opé-
ration illégale ». Par ailleurs, « le tribunal ordonne, s’il y a lieu,
la suppression, l’enlèvement, la confiscation de la publicité inter-
dite »…

3 - Publicité mensongère
Le Code de la consommation intègre, en ses articles L. 121-1
et suivants, l’ancien article 44 de la loi du 27 décembre 1973
relatif à la publicité mensongère ou de nature à induire en erreur.
Est ainsi « interdite toute publicité comportant, sous quelque
forme que ce soit, des allégations, indications ou présentations
fausses ou de nature à induire en erreur » portant notamment
« sur un ou plusieurs éléments ci-après : existence, nature, com-
position, qualités substantielles, teneur en principes utiles, espèce,
origine, quantité, mode et date de fabrication, propriétés, prix
et conditions de vente de biens ou services qui font l’objet de
la publicité ».
L’article L. 121-3 dudit Code dispose que « la cessation de
la publicité peut être ordonnée par le juge d’instruction ou par
le tribunal saisi des poursuites ».
Faisant de « l’annonceur, pour le compte duquel la publi-
cité est diffusée », le « responsable, à titre principal, de l’in-
fraction commise », l’article L. 121-5 C. consom. précise cepen-
dant que « la publicité est punissable dans les conditions de
droit commun ».
Au titre des peines encourues, l’article L. 121-6 du même
Code pose que « le maximum de l’amende […] peut être porté
à 50 % des dépenses de la publicité constituant le délit ».
Droit de la responsabilité des médias

114 4 - Publicité comparative

L’article L. 121-8 C. consom. pose notamment que « la publi-


cité qui met en comparaison des biens ou services […] n’est
autorisée que si elle est loyale, véridique et qu’elle n’est pas de
nature à induire en erreur le consommateur. Elle doit être limi-
tée à une comparaison objective qui ne peut porter que sur des
caractéristiques essentielles, significatives, pertinentes et véri-
fiables ».
Aux termes de l’article L. 121-14 C. consom., la répression
de la publicité comparative irrégulière est assurée dans les mêmes
conditions (responsabilité, sanctions…) que celle de la publicité
mensongère.
La répression pénale de ces diverses infractions peut être
complétée par l’allocation, par le juge pénal, de dommages-inté-
rêts ou, pour cela, trouver, dans une action civile autonome, une
alternative probablement mieux adaptée et plus satisfaisante et
qui serait, le plus souvent, bien suffisante !

II - Responsabilité civile
À bien des égards, la répression pénale semble, en ces matières,
assez peu appliquée, peut-être parce que trop compliquée (du
fait des particularités de procédure de la loi de 1881 notamment,
dont le respect s’impose désormais aussi à l’action civile), assez
inadaptée et inefficace ! Bien des abus commis par les médias
ne causent véritablement de dommages qu’aux personnes en
cause et n’appellent, en conséquence, que la seule mise en jeu
de la responsabilité civile. La recherche d’une réparation – au
moins partielle – du dommage subi suffit aux victimes. Le
recours à la seule voie civile, sur le fondement du régime géné-
ral de responsabilité de l’article 1382, a aussi, au moins pendant
un temps, été utilisé notamment pour tenter d’échapper aux obs-
tacles de procédure de la loi de 1881, très protecteurs des médias.
C’est la raison pour laquelle les représentants des médias ont
contesté cette voie et réclamé, assez paradoxalement, qu’il leur
soit fait application de dispositions pénales ! Ils ont, en cela, reçu
Droit de la responsabilité des médias

l’appui – dont le fondement paraît bien contestable ! – de la 115


Cour de cassation (depuis des arrêts du 12 juillet 2000).
L’action civile assure, sans doute bien mieux que toute action
en répression, la protection de la vie privée et des autres droits
de la personnalité. Seules des mesures de ce type ont récem-
ment été instituées pour garantir le respect de la présomption
d’innocence. En l’absence de toute relation avec une infraction
au sens de la loi de 1881, le droit commun de la responsabilité
civile – dont aucune disposition légale ne prévoit d’exempter les
médias ! – assure encore la nécessaire protection des droits des
individus et des groupes et doit même permettre, avec le référé,
l’application de certaines mesures préalables ou préventives d’ur-
gence, ordonnées par le juge.

A - Vie privée et autres droits de la personnalité


L’article 9 C. civ. pose que « chacun a droit au respect de
sa vie privée ». À cette protection légale explicite de la vie pri-
vée, la jurisprudence ajoute, notamment par emprunt au régime
général de responsabilité civile ou référence à la notion de « droits
de la personnalité », la protection des autres éléments et attri-
buts de la personne (image, voix, nom…).
Une telle protection civile de la vie privée et des autres
« droits de la personnalité » est indépendante de toute infrac-
tion pénale. C’est ici le dommage causé qu’il s’agit de réparer,
partiellement au moins.
Outre la réparation de l’atteinte ainsi portée, l’article 9 C. civ.
prévoit, en son al. 2, la possibilité, pour le juge, de « prescrire
toutes mesures […] propres à empêcher ou faire cesser une
atteinte à l’intimité de la vie privée ». Il ajoute même que « ces
mesures peuvent, s’il y a urgence, être ordonnées en référé ».

B - Présomption d’innocence
Basé sur le même principe que celui de la protection de la
vie privée, l’article 9-1 C. civ. dispose que « chacun a droit au
respect de la présomption d’innocence ». L’alinéa 2 du même
Droit de la responsabilité des médias

116 article précise qu’il y a atteinte à la présomption d’innocence


« lorsqu’une personne est, avant toute condamnation, présentée
publiquement comme étant coupable de faits faisant l’objet d’une
enquête ou d’une instruction judiciaire ». Il n’est pas interdit
aux médias de publier certaines informations, mais seulement
de présenter, alors, une personne comme « coupable », avant
que la justice n’ait statué.
Au titre de la réparation de l’atteinte portée, par les médias,
au principe de la présomption d’innocence, les dispositions légales
prévoient : la réouverture du droit de réponse ou du délai de
prescription (« en cas d’imputation portant sur un fait suscep-
tible de recevoir une qualification pénale ») ; et surtout, par la
voie du référé, que soit imposée « l’insertion, dans la publica-
tion concernée, d’un communiqué aux fins de faire cesser l’at-
teinte à la présomption d’innocence ».

C - Référé
Les médias sont expressément et spécifiquement susceptibles
d’être soumis à une procédure de référé en cas d’atteintes graves
à l’intimité de la vie privée ou à la présomption d’innocence.
Rien ne les exclut du régime général de l’article 809 C. pr. civ.
Celui-ci pose que le président du tribunal « peut toujours pres-
crire, en référé, les mesures conservatoires ou de remise en état,
soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire ces-
ser un trouble manifestement illicite ».
Bien qu’il s’agisse d’un contrôle préalable ou préventif, géné-
ralement considéré comme contraire au principe de liberté, celui-
ci est cependant exercé par des juges, avec les garanties qu’offre
la procédure judiciaire. Le principe de liberté des médias ne
peut servir à couvrir un abus entraînant un dommage consti-
tutif d’un « trouble manifestement illicite », irréparable par la
suite. Sinon, l’équilibre des droits et libertés ne serait pas assuré.
La décision (Civ. 2e, 5 février 1992, L’Événement du Jeudi c/
J.-Ch. Mitterrand) qui impose, en cas de procédure de référé liée
à un fait constitutif, par ailleurs, de diffamation, que soit res-
Droit de la responsabilité des médias

pecté le délai de dix jours, offert, par l’article 55 de la loi de 117


1881, au prévenu, pour signifier les moyens de preuve dont il
entend user, ne paraît pas complètement incontestable. Une
mesure de référé ordonnée dix jours après est totalement inutile…
Une telle décision n’a pourtant constitué qu’une étape dans l’ex-
tension progressive de l’application, à l’action civile, des règles
de procédure pénale très particulières de la loi de 1881.

D - Régime général de responsabilité civile


Les obstacles de procédure (pénale) de la loi de 1881 (peut-
être justifiés, à l’origine, au moment de l’adoption de ladite loi)
ont sans doute, un temps, expliqué et motivé, en certaines occa-
sions au moins, le recours au régime général de responsabilité,
des articles 1382 et suivants du C. civ., pour tenter d’obtenir
réparation des dommages liés aux excès des médias. L’équilibre
des droits implique au moins que l’on n’écarte pas systémati-
quement les moyens qui permettent la recherche d’une juste
réparation des atteintes.
L’obligation de réparer le dommage causé, posée par le Code
civil, est bien une des limites aux abus de la liberté, déterminée
par la loi, pleinement respectueuse du principe constitutionnel
de liberté des médias !
Confiance devrait être faite au juge pour identifier les abus
de la liberté et assurer, aux victimes, une réparation ou indem-
nisation qui ne peut, de toute façon, être que partielle. Ceux
qui, parmi les représentants des médias, reprochent au droit
français d’être, du fait de ses dispositions spécifiques (dont, par
ailleurs, ils réclament l’application), trop contraignant et res-
trictif, oublient sans doute que, dans les systèmes ou pays de
type démocratique, en l’absence de loi spéciale (du genre de la
loi de 1881), c’est le droit commun de la responsabilité civile
qui, de façon générale, s’applique.
L’action civile sur le fondement du régime général de res-
ponsabilité de l’article 1382 C. civ. se trouve, en l’état, interdite
à l’encontre de faits par ailleurs susceptibles d’une qualification
Droit de la responsabilité des médias

118 (pénale) au sens de la loi de 1881, depuis que, dans des arrêts
du 12 juillet 2000, et selon une formulation (tout à fait contes-
table !) reprise en maintes occasions, la Cour de cassation a posé
que « les abus de la liberté d’expression prévus et réprimés par
la loi du 29 juillet 1881 ne peuvent être réparés sur le fonde-
ment de l’article 1382 du Code civil ». On notera cependant
que, dans deux arrêts, Thoma c/ Luxembourg, du 29 mars 2001,
et Radio France c/ France, du 30 mars 2004, la CEDH n’a pas
exclu la mise en jeu du régime de responsabilité civile, sur le
fondement de l’article 1382 C. civ., à l’encontre de faits consti-
tutifs de l’infraction pénale de diffamation…

Le droit de la responsabilité constitue, dans tous les pays,


même les plus démocratiques et libéraux, l’élément minimum
du droit des médias. Spécifique ou non, il doit servir à assurer
la nécessaire conciliation entre des droits et des intérêts contra-
dictoires. Apparemment concurrents, ceux-ci concourent, en réa-
lité, ensemble, par ce moyen et dans ces conditions, à l’instau-
ration d’un État de droit et d’une société véritablement
démocratique. Il ne peut y avoir de liberté sans limites aux abus
de la liberté, juridiquement déterminés et sanctionnés. À la
répression pénale, probablement, tout à la fois, excessive, inadap-
tée ou inutile, et souvent rendue impossible par des obstacles de
procédure, on devrait sans doute préférer l’action civile en répa-
ration. La tradition française d’équilibre des droits et des liber-
tés risque cependant d’être remise en cause par la jurisprudence
de la CEDH, généralement bien plus favorable à la liberté d’ex-
pression.
S’ils veulent échapper à la mise en œuvre de ces formes de
responsabilité (civile et pénale) et garantir ainsi leur liberté –
tout à fait essentielle pour eux comme pour le public – les pro-
fessionnels des médias n’ont pas d’autre solution que de se mon-
trer eux-mêmes, dans l’exercice de leur activité, par une bonne
pratique et par référence à des principes éthiques ou déontolo-
Droit de la responsabilité des médias

giques accompagnés d’un véritable contrôle, individuellement 119


et collectivement, plus responsables et soucieux des droits des
personnes en cause et du public tout entier !

Lire aussi

- Bigot Ch., Connaître la loi de 1881 sur la presse, Victoires Éditions-


PUF, 2004, 223 p.
- Derieux E., « Responsabilité », Droit de la communication, LGDJ,
4e éd., 2003, p. 381-589.
- Dreyer E., Droit de l’information. Responsabilité pénale des médias,
Litec, 2002, 454 p.
- Marino L., Responsabilité civile, activité d’information et médias,
Presses universitaires d’Aix-Marseille, 1997, 380 p.
- Association française de droit pénal, Liberté de la presse et droit
pénal, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 1994, 336 p.
- Forum Légipresse, Le droit de la presse de l’an 2000, Victoires
Éditions, 2000, 179 p.
Chapitre VII
Droits intellectuels des médias

Le contenu des médias est composé d’œuvres et de presta-


tions protégées par des droits intellectuels : droits d’auteurs et
droits voisins. S’ils ne lui sont pas spécifiques, ces droits intel-
lectuels constituent cependant aussi une branche essentielle du
droit des médias.
Les « professionnels » des médias (journalistes, auteurs, réa-
lisateurs, animateurs, acteurs, artistes-interprètes…) et éven-
tuellement même les intervenants occasionnels font plus que
mettre leur force ou leur temps de travail au service d’une entre-
prise. Ils engagent leur personne dans leur activité. Le résultat
ou objet de celle-ci (création ou prestation), reflet de leur per-
sonnalité, a certes une dimension économique ou marchande.
Sa valeur essentielle est cependant d’une autre nature, de type
intellectuel.
C’est la spécificité des droits en cause qui est consacrée par
cette conception des droits intellectuels. Plus ou moins marquée
selon les traditions juridiques nationales (dans le respect cepen-
dant des principes unificateurs de quelques grandes conventions
internationales et de différentes directives européennes), celle-
ci subit, dans la réalité pratique, diverses restrictions liées à la
nature ou à l’objet des médias et aux conditions d’exercice de
leur activité et d’exploitation de leurs créations et prestations.
Par ces droits intellectuels, il s’agit, tout à la fois et de façon
apparemment contradictoire, de protéger et de stimuler l’acti-
vité créatrice ou de diffusion des médias et de permettre l’ac-
Droits intellectuels des médias

122 cès de tous à la connaissance. Ces droits intellectuels sont donc,


en même temps, sources de droits et d’obligations réciproques
pour les médias, leurs agents et le public.

Section 1
Objet et titulaires des droits intellectuels
Les droits intellectuels, appliqués aux médias, portent sur
des créations et des prestations qui ont une valeur autre que
seulement économique ou marchande. Elle est d’une autre nature
et doit se concilier avec cet aspect auquel, tout à la fois, elle
ajoute, certes, un élément, mais avec lequel elle risque aussi
d’entrer en conflit. Les préoccupations et les objectifs des dif-
férents titulaires de droits ne semblent en effet, à court terme
ou à première vue, pas toujours identiques !

I - Objet des droits


Si (comme un journal, par exemple) ils sont susceptibles de
constituer en eux-mêmes une œuvre, les médias sont surtout les
supports de créations et de prestations. Ils sont les moyens ou
les intermédiaires par lesquels les œuvres et les interprétations
sont fixées ou enregistrées pour être diffusées et être ainsi ren-
dues accessibles au public. Ce qui est l’objet des droits intellec-
tuels, c’est essentiellement le contenu des médias. Il s’agit d’œuvres,
protégées par le droit d’auteur, et de diverses prestations, béné-
ficiant de la protection des droits dits « voisins » du droit d’au-
teur.

A - Œuvres protégées par le droit d’auteur


Au titre des droits intellectuels, a d’abord été consacré le
droit d’auteur. Celui-ci est défini, par l’article L. 111-1 du Code
de la propriété intellectuelle (C. propr. intell.), comme « un droit
de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous ». Il pro-
tège des œuvres qui répondent à certains critères et caractéris-
tiques.
Droits intellectuels des médias

Le droit d’auteur s’applique à toute création de forme ori- 123


ginale, expression de la personnalité de l’auteur. À travers l’œuvre,
c’est la personne du créateur que l’on veut ainsi protéger. Condi-
tion, cause et conséquence tout à la fois, il faut donc que la créa-
tion porte la marque de cette personnalité.
Les idées, projets, connaissances, informations, opinions, sen-
timents… et tous autres éléments de fond ou de contenu doi-
vent pouvoir librement circuler. S’ils peuvent avoir une certaine
valeur, y compris économique, ils ne sont pourtant pas proté-
gés par le droit d’auteur. Ce que celui-ci considère, ce sont les
créations de forme originale, portant la marque de la person-
nalité de l’auteur. Ayant même à traiter d’un sujet ou d’un évé-
nement identique, chacun le fait à sa façon, avec son propre
style. C’est ce qui justifie la protection par le droit d’auteur.
Celui-ci exige au moins un début de concrétisation de l’idée ou
du projet, la « réalisation, même inachevée, de la conception de
l’auteur » (art. L. 111-2 C. propr. intell.).
Le droit français n’exige l’accomplissement d’aucune for-
malité (enregistrement, dépôt…) pour être admis à ce régime
de protection. Dès lors qu’il y a un début de concrétisation ou
de mise en forme, celle-ci doit pouvoir être protégée, « du seul
fait de sa création » (art. L. 111-1 C. propr. intell.).
La protection du droit d’auteur bénéficie, par ailleurs, à
« toutes les œuvres de l’esprit, quel qu’en soit le genre, la forme
d’expression, le mérite ou la destination » (art. L. 112-1 C. propr.
intell.).
Les écrits, illustrations graphiques ou photographiques,
compositions musicales, œuvres cinématographiques ou audio-
visuelles… qu’ils traitent de la réalité ou qu’ils soient des œuvres
de fiction, dès lors qu’ils constituent des créations de forme
originale, bénéficient de la protection du droit d’auteur. Ils
sont, de ce fait, sources de droits et d’obligations. Aucune appré-
ciation, de caractère subjectif, ne doit être portée sur la nature,
la qualité ou le mérite de l’œuvre, pour l’admettre au béné-
fice du droit d’auteur ou, au contraire, lui refuser cette pro-
tection.
Droits intellectuels des médias

124 En droit d’auteur, seul compte le fait d’une création de forme


originale, expression de la personnalité de l’auteur. Il s’agit, pour
la détermination de l’objet de ce droit, d’une condition néces-
saire et suffisante. Il en va un peu différemment s’agissant des
prestations protégées par les droits voisins du droit d’auteur.

B - Prestations protégées par les droits voisins


Les droits dits voisins du droit d’auteur ont été expressément
consacrés, en droit français, par la loi du 3 juillet 1985. Celle-
ci est aujourd’hui intégrée dans les articles L. 211-1 à L. 217-3
C. propr. intell. Pour certains de leurs éléments, au moins, il ne
s’est sans doute agi que de donner ainsi, par la loi, un fonde-
ment plus sûr à une protection déjà accordée, par la jurispru-
dence, par référence aux droits de la personnalité ou au régime
général de responsabilité. Le souci d’une protection internatio-
nale n’a pas non plus été sans influence dans la consécration
formelle de ces droits !
Les droits voisins du droit d’auteur concernent certaines
prestations qui constituent également des éléments essentiels du
contenu des médias. Bien que ne remplissant pas tous les cri-
tères et conditions des œuvres protégées par le droit d’auteur,
ces prestations s’en rapprochent cependant suffisamment, dans
leur nature et leurs formes d’exploitation, pour être soumises à
un régime de protection très semblable à celui du droit d’au-
teur. Il s’inspire de ses méthodes et de ses mécanismes.
Poussée trop loin, l’assimilation risque de provoquer une
certaine dénaturation de cet aspect des droits intellectuels. Au
titre des « droits voisins », sont en effet consacrés, non seule-
ment les droits des artistes-interprètes, mais aussi ceux des pro-
ducteurs de phonogrammes et de vidéogrammes et des entre-
prises de communication audiovisuelle.
On peut et doit admettre que les artistes-interprètes, indi-
viduellement ou en groupe (troupe, orchestre…), sans pour
autant créer une œuvre, s’impliquent dans leurs prestations aux-
quelles ils donnent la marque de leur personnalité. Celles-ci dif-
Droits intellectuels des médias

fèrent selon l’identité de chacun. Il est donc justifié de leur accor- 125
der des droits voisins du droit d’auteur.
L’assimilation de certaines prestations, relevant essentielle-
ment du domaine du financement ou de l’organisation maté-
rielle, des producteurs de phonogrammes et de vidéogrammes
ou des entreprises de communication audiovisuelle, par ailleurs,
pour cela, nécessairement titulaires ou cessionnaires des droits
des auteurs et des artistes-interprètes, paraît bien moins justi-
fiée ou convaincante.

II - Titulaires des droits


Objet de droits intellectuels spécifiques, théoriquement et
pour certaines d’entre elles au moins, parce qu’elles sont le fruit
d’une création ou le reflet d’une personnalité (qui constitue leur
originalité), il est bien normal que ce soit à ces personnes que
revienne, en principe, la titularité des droits sur ces œuvres et
prestations.
L’attribution de tels droits est ainsi assez simple et logique
s’agissant de créations et de prestations individuelles. Elle est
beaucoup plus complexe à l’égard de celles qui font appel à la
contribution de plusieurs personnes… ce qui est, aujourd’hui,
de plus en plus fréquemment le cas !

A - Contributions individuelles
C’est à celui ou à ceux dont l’œuvre ou la prestation reflète
la personnalité que ces droits intellectuels doivent être attribués.
Certaines dispositions du C. propr. intell. posent expressé-
ment, pour quelques types d’œuvres au moins, qu’elles sont « la
propriété de l’auteur qui l’a réalisée » (art. L. 113-4) ; ou, pour
les œuvres audiovisuelles ou radiophoniques, de la ou des « per-
sonnes physiques qui réalisent la création intellectuelle » (art.
L. 113-7 et L. 113-8).
De façon plus large et générale, le même Code présume
auteur celui « sous le nom duquel l’œuvre est divulguée » (art.
L. 113-1). Il appartiendrait, à ceux qui contesteraient cette pré-
Droits intellectuels des médias

126 somption, d’apporter la preuve de leur implication personnelle


sans laquelle la création ou prestation n’existerait pas.
En l’absence pourtant d’un tel lien humain, intellectuel ou
personnel (qui devrait logiquement exclure les prestations en
cause de ce régime particulier !), la loi détermine les titulaires
de certains de ces droits : producteurs de phonogrammes et de
vidéogrammes et entreprises de communication audiovisuelle.
Les médias offrent encore l’illustration de certaines diffi-
cultés dans la détermination des titulaires de droits. La solution
légale y est cependant et heureusement bien plus conforme aux
principes. L’article L. 111-1 C. propr. intell. pose ainsi que
« l’existence ou la conclusion d’un contrat de louage d’ouvrage
ou de service par l’auteur d’une œuvre de l’esprit n’emporte
aucune dérogation à la jouissance du droit » d’auteur. La réa-
lité pratique, s’agissant des médias, apparaît souvent assez dif-
férente, et pas toujours de façon justifiée ! Il peut se faire cepen-
dant que le contrat de commande ou de travail comporte – alors
très régulièrement – une clause explicite entraînant cession des
droits de l’auteur, ou que les ordres et directives donnés, consti-
tutifs du lien de subordination, caractéristique du contrat de tra-
vail, aient privé, celui qui revendiquerait la qualité d’auteur, de
la possibilité d’apporter, à sa prétendue création, la nécessaire
marque de sa personnalité.
Titulaire originaire des droits, l’auteur d’une « œuvre de
commande utilisée pour la publicité », en est cependant, de ce
fait, en application de l’article L. 132-31 C. propr. intell., prati-
quement automatiquement dessaisi au profit du « producteur »…
dont l’identité – annonceur ou agence ? – n’est d’ailleurs pas
clairement déterminée par le texte !

B - Contributions plurales
La multiplicité des participants rend difficile la détermina-
tion des titulaires des droits. Les médias en fournissent l’illus-
tration à l’égard des diverses catégories de contributions. Dans
le domaine des médias audiovisuels s’ajoute, à la contribution
Droits intellectuels des médias

des différents auteurs, l’intervention de plusieurs autres parti- 127


cipants (artistes-interprètes, producteurs de vidéogrammes, entre-
prises de communication audiovisuelle…).

1 - Œuvre de collaboration
L’article L. 113-2 C. propr. intell. définit l’œuvre « de col-
laboration » comme celle « à la création de laquelle ont concouru
plusieurs personnes physiques ».
La notion de concours n’est pas ici très explicite. Elle a été
précisée par la jurisprudence qui exige concertation, intention
commune, volonté de créer ensemble une seule et même œuvre
puisque, comme l’indique l’article L. 113-3 C. propr. intell., cette
œuvre est destinée à être « la propriété commune des coau-
teurs ».
Ne pourrait-on voir dans les conditions d’élaboration d’un
journal les caractéristiques d’une telle œuvre de collaboration ?
N’y a-t-il pas, de la part de ceux des journalistes qui partici-
pent aux conférences de rédaction, concertation, volonté par-
tagée, création commune de cette partie de l’œuvre que consti-
tue la construction générale du journal par détermination de
l’ordre de traitement des nouvelles, de la place accordée à cha-
cune d’entre elles, de l’importance des développements… et
même, sur le fond, de l’angle d’approche, de la nature du com-
mentaire, du point de vue exprimé ? Pourtant le journal est
généralement tenu pour l’exemple type de l’ « œuvre collec-
tive ».
Les œuvres audiovisuelles (définies, par l’article L. 112-1-6°
C. propr. intell., comme des « séquences animées d’images, sono-
risées ou non ») paraissent, par contre, devoir être considérées
comme relevant de la catégorie des œuvres « de collaboration »…
quelles que soient les véritables conditions de leur création.
De la formulation de l’alinéa 2 de l’article L. 113-7 C. propr.
intell., qui semble pourtant seulement contribuer à déterminer
les « coauteurs d’une œuvre réalisée en collaboration », pour le
cas où ces œuvres seraient ainsi réalisées, la jurisprudence, ren-
versant la formulation, a fait, du caractère d’ « œuvre de colla-
Droits intellectuels des médias

128 boration » des œuvres audiovisuelles, une présomption et, sans


doute même davantage, un principe.
Énumérant ceux auxquels la qualité de coauteurs de l’œuvre
audiovisuelle doit ainsi être reconnue, l’article L. 113-7 C. propr.
intell., remettant en cause la définition même de l’œuvre de col-
laboration, leur assimile l’auteur de l’œuvre ou du scénario pré-
existant dont l’œuvre audiovisuelle est tirée, alors même qu’il
n’y aurait pas personnellement participé !
Par ailleurs, quel que soit le soin apporté à l’identification
des titulaires originaires des droits sur l’œuvre audiovisuelle ainsi
créée en collaboration, l’article L. 132-24 C. propr. intell. prive,
en pratique, de l’essentiel de leurs droits, ceux auxquels la qua-
lité d’auteur est ainsi reconnue. Il pose en effet que « le contrat
qui lie le producteur aux auteurs d’une œuvre audiovisuelle […]
emporte, sauf clause contraire […] cession, au profit du pro-
ducteur, des droits d’exploitation de l’œuvre audiovisuelle ». On
sera bien avisé cependant de le prévoir expressément et avec
précision !

2 - Œuvre collective
L’ « œuvre collective » est définie, par l’article L. 113-2, al. 3
C. propr. intell., comme « l’œuvre créée sur l’initiative d’une
personne physique ou morale qui l’édite, la publie et la divulgue
sous sa direction et son nom et dans laquelle la contribution
personnelle des divers auteurs participant à son élaboration se
fond dans l’ensemble en vue duquel elle est conçue, sans qu’il
soit possible d’attribuer à chacun d’eux un droit distinct sur l’en-
semble réalisé ».
Le journal de presse écrite est, avec les dictionnaires et les
encyclopédies, généralement présenté comme l’exemple type de
l’ « œuvre collective » (le journal radiodiffusé ou télévisé sem-
blant, au contraire, devoir être considéré comme une « œuvre
de collaboration », parce qu’étant une « œuvre audiovisuelle » !).
Défini comme propriétaire de l’œuvre (art. L. 113-5 C. propr.
intell.) ou titulaire des droits sur l’ensemble que constitue l’œuvre
collective, mais non pas comme auteur de cette même œuvre,
Droits intellectuels des médias

celui qui en a pris l’initiative ou en a assuré la coordination n’a 129


pourtant pas exactement les mêmes droits sur chacune des contri-
butions constitutives (qui restent propriété de leurs auteurs) de
l’ensemble que sur ce dernier.
S’agissant du droit moral de l’auteur au respect de son œuvre,
peuvent être apportées, aux contributions, les modifications néces-
saires à l’harmonisation de l’ensemble, mais pas davantage.
Par ailleurs, l’auteur conserve, sur ses propres contributions,
tous les droits qu’il n’a pas cédés à l’éditeur de l’œuvre collec-
tive. L’article L. 121-8 C. propr. intell. réserve à « l’auteur »
seul, « pour toutes les œuvres publiées ainsi dans un journal ou
recueil périodique », le droit de réunir ses articles et de les
publier sous forme de recueil et, plus largement, « de les faire
reproduire et de les exploiter, sous quelque forme que ce soit ».
Si – bien que ce soit loin d’être toujours le cas, comme on
pourrait le souhaiter ou l’espérer ! – les différents textes consti-
tutifs du droit des médias doivent avoir, entre eux, une certaine
cohérence, cette limitation des droits, y compris dans leur titu-
larité même, de celui qui a pris l’initiative de l’ « œuvre collec-
tive », est confirmée par les dispositions de l’article L. 761-9
C. trav. (qui pose que « le droit de faire paraître dans plus d’un
journal ou périodique les articles ou autres œuvres littéraires ou
artistiques » dont les journalistes « sont auteurs est obligatoire-
ment subordonné à une convention expresse précisant les condi-
tions dans lesquelles la reproduction est autorisée »)… mais il
est vrai que, tout au contraire, les responsables des médias, se
livrant à une lecture différente des textes, y voient, à leur pro-
fit, une limitation des droits du journaliste ! Une clarification
législative serait, sur ce point, bien nécessaire !

3 - Œuvre composite
Certaines des œuvres publiées par les médias relèvent de la
catégorie des œuvres composites. Celle-ci est définie comme
« l’œuvre nouvelle à laquelle est incorporée une œuvre pré-
existante sans la collaboration de l’auteur de cette dernière »
(C. propr. intell., art. L. 113-2). Cette notion peut notamment
Droits intellectuels des médias

130 servir à déterminer les limites à certaines des exceptions aux


droits patrimoniaux d’auteur (analyses et courtes citations, revues
de presse).
La notion d’ « œuvre composite » ne s’applique pourtant pas
à l’utilisation « d’une œuvre ou d’un scénario préexistants encore
protégés », pour en faire une « œuvre audiovisuelle ». Aux
termes du dernier alinéa de l’article L. 113-7 C. propr. intell.,
dans ces cas-là et de façon bien contestable, « les auteurs de
l’œuvre originaire sont assimilés aux auteurs de l’œuvre nou-
velle », considérée comme une « œuvre de collaboration »…
mais l’essentiel des droits est, pour ce type d’œuvre, transféré
au « producteur » (par l’article L. 132-24 C. propr. intell.) !
La qualification exacte de l’œuvre ou prestation et l’identi-
fication des titulaires de droits sont, en elles-mêmes, tout à fait
essentielles. D’elles dépendent, de façon immédiate ou du fait
de cessions plus ou moins explicites, la jouissance ou l’exercice
de ces droits intellectuels dans leurs différents éléments ou attri-
buts.

Section 2
Éléments et attributs des droits intellectuels
Qu’il s’agisse d’œuvres soumises au régime du droit d’au-
teur, ou de prestations protégées par les droits voisins, les droits
intellectuels comportent ou présentent, selon des formes et à des
niveaux différents, les éléments ou aspects, normalement com-
plémentaires mais parfois aussi contraires ou difficilement conci-
liables, d’attributs du droit moral et du droit patrimonial. La
jouissance de ces droits, dans le secteur des médias, présente, en
droit et en pratique, quelques particularités.

I - Droit moral
Plus que d’autres, le droit français, de type « personnaliste »,
met l’accent sur les éléments et attributs du droit moral. Il s’agit
de protéger ainsi, à travers leurs œuvres et leurs prestations, la
Droits intellectuels des médias

personnalité des auteurs et des autres titulaires de droits. Encore 131


faudrait-il justement – ce qui, contrairement à la nature et aux
fondements mêmes de ces droits, semble n’être pas toujours le
cas dans le domaine des médias notamment ! – qu’une telle per-
sonnalité transparaisse dans ces créations et ces prestations.

A - Droit de divulgation
Le droit de divulgation est celui qui permet à l’auteur, titu-
laire originaire de droits, et normalement à lui seul, de prendre
l’initiative ou la décision de rendre son œuvre publique.
Un tel droit n’est expressément mentionné qu’à l’égard des
auteurs (art. L. 121-2 C. propr. intell.).
Le droit de divulgation des auteurs apportant leur contri-
bution à des médias écrits et audiovisuels est cependant, en pra-
tique, fortement atténué ou atteint, tant en raison de la nature
de l’œuvre que des conditions de sa réalisation.
Le journaliste, salarié ou travaillant sur commande, ne peut
prétendre, au nom de ce droit, reporter à plus tard, à une date
à laquelle il serait enfin pleinement satisfait de son œuvre, la
remise de la contribution attendue. L’actualité, les délais de
publication et le travail en équipe commandent.
Pour ceux des auteurs qui concourent à la création d’une
œuvre audiovisuelle, le droit de divulgation est plus réduit encore.
Aux termes de l’article L. 121-5 C. propr. intell., « l’œuvre
audiovisuelle est réputée achevée lorsque la version définitive a
été établie d’un commun accord entre, d’une part, le réalisateur
ou, éventuellement, les coauteurs et, d’autre part, le produc-
teur ». La décision de divulgation n’est donc généralement prise
que par l’un des coauteurs, qui n’est certes pas le moins impor-
tant dans le processus de création, et le producteur… qui n’est
normalement pas auteur ! Plus grave encore est, de ce point de
vue, la conséquence de l’article L. 121-6 C. propr. intell. qui,
faisant prévaloir les intérêts financiers sur cet attribut du droit
moral, pose que : « si l’un des auteurs refuse d’achever sa contri-
bution à l’œuvre audiovisuelle ou se trouve dans l’impossibi-
Droits intellectuels des médias

132 lité » de le faire, « il ne pourra s’opposer à l’utilisation, en vue


de l’achèvement de l’œuvre, de la partie de cette contribution
déjà réalisée ». La divulgation lui est donc ainsi imposée.
Au moins lorsqu’il agit seul, l’artiste-interprète a nécessaire-
ment, de ce point de vue, la maîtrise de sa prestation. Il en assure
la divulgation lorsque, au-delà ou en dehors d’une répétition ou
représentation privée, il déclame, chante ou joue en public. Les
dispositions de l’article L. 212-3 C. propr. intell., soumettant à
« autorisation écrite de l’artiste-interprète la fixation de sa pres-
tation, sa reproduction et sa communication au public », concer-
nent sans doute davantage les droits patrimoniaux liés à l’ex-
ploitation publique d’une prestation déjà divulguée.
Les autres titulaires de droits voisins (producteurs de pho-
nogrammes et de vidéogrammes, entreprises de communication
audiovisuelle), dont la personnalité ne s’exprime pas véritable-
ment dans la prestation (essentiellement technique ou écono-
mique), n’ont, de ce point de vue de la divulgation comme des
autres attributs du droit moral, aucun droit à faire valoir.

B - Droit au respect
L’œuvre ou la prestation étant le reflet de la personnalité de
l’auteur ou de l’artiste interprète, il importe d’en assurer le res-
pect. Le droit au respect (mentionné aux articles L. 121-1 et
L. 212-2 C. propr. intell.) implique qu’aucune modification ou
transformation, aucun ajout ou retrait… ne doivent y être appor-
tés sans l’autorisation des titulaires originaires des droits.
Ici encore, le droit au respect de tous ceux qui contribuent
aux médias (presse périodique écrite, radio et télévision notam-
ment) subit, en pratique, d’assez importantes restrictions ou
atteintes.
Les contraintes d’espace et de temps, les nécessités d’har-
monisation du style, le travail en équipe, la contribution à une
œuvre collective ou de collaboration, la condition de salarié…
obligent, par exemple, le journaliste à admettre que des modi-
fications soient apportées à sa propre création. Celui qui ne sau-
Droits intellectuels des médias

rait les supporter doit sans doute chercher à exercer ses talents 133
dans d’autres cadres ou lieux où son autonomie créatrice pour-
rait être davantage respectée.
S’agissant des coauteurs d’œuvres audiovisuelles, le droit au
respect n’est garanti que sur l’œuvre « réputée achevée ». Ce
n’est qu’à l’égard de cette « version définitive » que l’article
L. 121-5 C. propr. intell. soumet à accord (de ceux qui ont décidé
de la divulgation) toute modification « par addition, suppres-
sion ou changement d’un élément quelconque ». De façon plus
explicite sinon plus restrictive que le texte de la loi, la Cour de
cassation en a déduit (s’agissant d’une œuvre audiovisuelle, de
collaboration) que « le droit moral de l’auteur sur son œuvre
ne préexiste pas à celle-ci et que l’auteur peut, au préalable,
légalement consentir, par convention, à limiter sa liberté de créa-
tion » (Civ. 1re, 7 avril 1987, État gabonais c/ Antenne 2).
Les coauteurs et les interprètes des œuvres audiovisuelles
auront bien du mal à s’opposer à certaines des altérations liées
à la diffusion à la télévision (interruptions publicitaires, accélé-
ration du rythme de diffusion ou suppression de certaines scènes
pour entrer dans les grilles horaires, coloration…). Les exigences
financières l’emportent alors largement sur le celles du droit
moral !
Ceux qui ne sauraient admettre les atteintes ainsi portées à
leur droit au respect n’ont souvent pas d’autre solution, pour ne
pas avoir à assumer la paternité ou la responsabilité d’œuvres
ou de prestations dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas, que
de renoncer aussi (et en plus !) à leur droit au nom.

C - Droit au nom
Le droit au nom ou à la paternité est encore, pour les auteurs
et les artistes-interprètes, la conséquence de la prise en compte
de ce lien qui les unit à leur création ou prestation, reflet de
leur personnalité.
Ce droit au nom, consacré par les articles L. 121-1 et L. 212-2
C. propr. intell., leur permet de signer leur œuvre ou presta-
Droits intellectuels des médias

134 tion et de s’opposer à ce que, par sa signature, quelqu’un d’autre


ne se l’approprie.
La pratique des médias ne semble cependant pas toujours
pleinement respectueuse de ce droit. Il est vrai que les inter-
ventions successives (réécriture, choix du titre, introduction d’in-
tertitres, montage, illustrations…) finissent par rendre bien dif-
ficile l’identification de l’auteur.

D - Droit de repentir et de retrait


Le dernier élément ou attribut – sans doute assez théorique
ou fictif ! – du droit moral d’auteur est relatif au droit dit « de
repentir » ou « de retrait ».
Aux termes de l’article L. 121-4 C. propr. intell., il s’agit de
permettre à l’auteur, « nonobstant la cession de son droit d’ex-
ploitation », de revenir sur cette décision et, « même posté-
rieurement à la publication de son œuvre », d’en obtenir l’in-
terruption de la commercialisation, pour des raisons morales.
Une limite financière est apportée, à l’exercice de ce droit, par
le même article qui précise que l’auteur ne peut « exercer ce
droit qu’à charge d’indemniser préalablement le cessionnaire du
préjudice que ce repentir ou ce retrait peut lui causer ».
Le peu d’usage fait, en pratique, d’un tel droit, par les auteurs,
et les difficultés matérielles plus grandes encore que la multi-
plication du nombre de ses titulaires ne manquerait pas de pro-
voquer ont sans doute conduit le législateur à ne pas accorder
ce même droit de repentir ou de retrait aux artistes-interprètes.
Quelle que soit la valeur (théorique) essentielle accordée, par
le droit français, au droit moral, le droit patrimonial joue sans
doute, en pratique, aujourd’hui, pour chacun, dans le domaine
des médias notamment, un rôle bien plus important !

II - Droit patrimonial
Le droit patrimonial est ce qui permet aux titulaires – ori-
ginaires ou par cession – des droits d’auteur et des droits voi-
sins de tirer profit de l’exploitation publique des œuvres et des
Droits intellectuels des médias

prestations. Celle-ci est normalement source de revenus finan- 135


ciers constitutifs de ce que, dans le langage courant, réduisant
ainsi ces droits à cette seule dimension, on qualifie de « droits
d’auteur ».
À ce principe d’un droit à rémunération, destiné à récom-
penser les différents titulaires de droits pour leur activité et les
inciter ainsi – s’il le fallait ! – à les poursuivre pour le bien de
tous, la loi apporte cependant, dans l’intérêt public également,
certaines limitations ou exceptions.

A - Principes
Le principe essentiel est que toute exploitation publique d’une
œuvre ou d’une prestation est, tant que dure la protection, sou-
mise à autorisation, objet du contrat de cession de droits, en
contrepartie de laquelle est due une rémunération.

1 - Durée
Le droit patrimonial est d’une durée limitée. À l’expiration
du délai de protection, l’œuvre ou la prestation « tombe dans
le domaine public ». Elle peut, alors, de ce point de vue, être
librement utilisée ou exploitée par tous, sans qu’il soit néces-
saire de solliciter une autorisation ni de verser une quelconque
rémunération.
Selon le type de création ou de prestation et les conditions
de son élaboration, le délai, à l’expiration duquel plus aucune
rémunération n’est due, commence à courir à compter de la date
de la mort de l’auteur, ou du dernier coauteur survivant, ou de
la première publication de l’œuvre ou de la prestation… Il est
maintenant de soixante-dix ans pour les droits d’auteur, et de
cinquante ans pour les droits voisins.

2 - Contrat de cession
Pendant toute la durée de protection des droits patrimo-
niaux, l’exploitation d’une œuvre ou d’une prestation doit nor-
malement faire l’objet d’un contrat de cession. Celui-ci déter-
Droits intellectuels des médias

136 mine les formes, conditions et limites de l’exploitation pour


laquelle les droits ont été cédés. En réalité, certaines dispositions
légales prévoient, dans des conditions variables, une sorte de ces-
sion automatique des droits, entraînant autorisation d’exploita-
tion (diffusion de phonogrammes à la radiodiffusion, reprogra-
phie…) sans perte du droit à rémunération cependant.
Dans l’intérêt des titulaires originaires des droits, que l’on
cherche ainsi à protéger contre les exploitants, le C. propr. intell.
régit, dans le détail, le contenu et la portée de ces contrats de
cession de droits.
Contrairement à la pratique sans doute trop répandue dans
certains médias (presse périodique écrite, radio, télévision), une
telle cession des droits patrimoniaux ne peut être implicite ou
découler de la seule existence d’un contrat de travail… moins
encore pour des utilisations nouvelles ou secondaires ou des ces-
sions à d’autres organes, que pour la première exploitation par
l’employeur.
En fait, la multiplication du nombre de titulaires de droits
(auteurs, artistes-interprètes…) et des utilisateurs ou exploitants
potentiels rend impossible une gestion individuelle et conduit
aujourd’hui à faire appel, de plus en plus fréquemment, à des
sociétés de gestion collective. Les titulaires originaires des droits
en perdent ainsi largement la maîtrise personnelle… mais leur
droit à rémunération en est mieux garanti !

3 - Rémunération
Le droit à rémunération constitue finalement l’aspect ou l’ob-
jet le plus important du contrat de cession de ces droits intel-
lectuels.
Dans l’intérêt des titulaires de droits, la loi, sans pouvoir évi-
demment en fixer le montant, en impose le mode de détermi-
nation. S’agissant des droits d’auteur au moins, le principe est
celui d’une « participation proportionnelle aux recettes provenant
de la vente ou de l’exploitation » (art. L. 131-4 C. propr. intell.).
Ce principe de la rémunération proportionnelle (un certain
pourcentage des recettes) comporte cependant quelques déro-
Droits intellectuels des médias

gations. L’une d’entre elles concerne expressément les « œuvres 137


de l’esprit publiées dans les journaux et recueils périodiques de
tout ordre et par les agences de presse », pour lesquelles il est
prévu que « la rémunération de l’auteur » peut être « fixée for-
faitairement » (art. L. 132-6 C. propr. intell.).
À ce droit à rémunération et, plus largement, à l’ensemble
des attributs du droit patrimonial, le C. propr. intell. apporte
cependant lui-même des limites ou exceptions.

B - Exceptions
Alors même que l’œuvre ou la prestation bénéficie de la pro-
tection, certaines exceptions au droit patrimonial sont définies
par les articles L. 122-5 et L. 211-3 C. propr. intell. Elles per-
mettent une libre exploitation, sans nécessité d’autorisation ni
de rémunération. Ces exceptions correspondent notamment, par
le sacrifice ainsi imposé aux titulaires des droits, au nom de l’in-
térêt général, à la volonté de faciliter l’accès du public à la
connaissance. Elles sont assez précisément définies et concer-
nent particulièrement les médias pour lesquels elles constituent
ainsi autant de facilités, limitations de droits et obligations contra-
dictoires…

1 - Représentations privées
L’exception de représentations privées entraîne, pour les titu-
laires de droits (auteurs, artistes-interprètes, médias…), la perte
de leur droit à rémunération.
Il s’agit sans doute ainsi, tout à la fois, de faciliter l’accès du
public à la création et à la culture et de tenir compte de l’im-
possibilité juridique (respect de la vie privée) et matérielle ou
pratique de contrôler chacune de ces utilisations. Des droits,
dont on peut penser qu’ils couvrent, en partie au moins, cer-
tains de ces usages, ont, de toute façon, déjà été payés, en amont,
sur les supports (livres, disques, films, cassettes…) ou par les
organismes de diffusion (radios, télévisions…).
Droits intellectuels des médias

138 Pour que l’atteinte aux droits ne soit pas trop grave ou impor-
tante, la principale difficulté est de s’assurer (en fonction du
lieu, des conditions d’accès, du nombre de participants ou des-
tinataires et des liens qui les unissent ou non) du caractère public
ou privé de la représentation. C’est là une notion essentielle et
une question de base, pourtant mal résolue ou pas toujours de
la même façon, de tout le droit des médias !

2 - Copies privées
Une exception de même nature couvre les « copies ou repro-
ductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non
destinées à une utilisation collective ».
L’évolution des techniques, facilitant la réalisation, en très
grand nombre, de telles copies, brouillant ainsi la notion d’usage
privé ou public, au détriment des titulaires de droits… a conduit
le législateur à prendre en compte certains de ces nouveaux
usages et à limiter, à leur égard, l’étendue ou la portée de l’ex-
ception pour copies privées.
Le législateur a d’abord imposé (art. L. 311-1 à L. 311-8
C. propr. intell.) la perception et la répartition (au profit des
auteurs, des artistes-interprètes et des producteurs) d’une rému-
nération sur la commercialisation des supports vierges, dont on
sait que, pour l’essentiel, ils servent à l’enregistrement et – au
mieux ! – à l’usage privé d’œuvres et de prestations protégées.
Les mécanismes sinon garanties d’un droit à rémunération
ont également été mis en place s’agissant des photocopies et,
plus largement, de toutes formes de reprographies. S’est d’abord
posée la question de la détermination du « copiste ». Même non
directement commercialisées, de telles copies ont, en nombre
toujours croissant, longtemps été l’objet d’un usage collectif (dans
les administrations, entreprises et établissements d’enseignement
notamment). Aux termes des articles L. 122-10 à L. 122-12
C. propr. intell., les titulaires de droits abandonnent aujourd’hui
automatiquement et obligatoirement ceux-ci, pour ce type d’usage,
à une société de gestion collective. Celle-ci a pour mission de
négocier avec les utilisateurs de reprographies, de percevoir et
Droits intellectuels des médias

de répartir les sommes dues. On espère ainsi mieux faire res- 139
pecter les limites de l’exception pour copies privées.

3 - Analyses et courtes citations


L’exception d’analyse et de courte citation est sans doute plus
équilibrée pour l’ensemble des titulaires de droits puisqu’elle est
cause, pour eux, autant de droits que d’obligations. La difficulté
est de déterminer le volume des emprunts ainsi permis et d’ap-
précier s’ils correspondent bien à l’un des usages prévus : « carac-
tère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’infor-
mation de l’œuvre à laquelle (ils) sont incorporé(e)s ».
La notion, non précisément définie, d’œuvre « d’informa-
tion » ouvre sans doute assez largement la possibilité de procé-
der à de tels emprunts. Elle a servi à justifier la constitution
d’une banque de données composée d’extraits d’articles de jour-
naux (Ass. plén., 30 octobre 1987, Le Monde c/ Microfor).
La jurisprudence s’est peut-être montrée plus sévère s’agis-
sant de l’appréciation et de l’application de l’exception de « courtes
citations ». Il a ainsi été jugé que la reproduction intégrale d’une
œuvre (tableau, sculpture…), même en très petit format, ou pen-
dant un très court instant à l’occasion d’un reportage télévisé,
ne pouvait correspondre aux limites de l’exception.

4 - Revue de presse
La notion de « revue de presse » est une exception très spé-
cifique aux médias. Elle leur profite autant qu’elle limite leurs
droits.
Faute de précision législative, l’exception doit être limitée à
la définition donnée, de la « revue de presse », par la Cour de
cassation : « présentation conjointe et par voie comparative de
divers commentaires émanant de journalistes différents et concer-
nant un même thème ou un même événement » (Crim., 30 jan-
vier 1978, Dannenmuller c/ Sté Carrefour).
La mention de la « revue de presse » parmi les exceptions
aux droits voisins mériterait sans doute quelque explication ou
justification de la part du législateur…
Droits intellectuels des médias

140 5 - Diffusion de discours

Au profit des médias et dans l’intérêt du public, mais au


détriment de leurs auteurs, est prévue, au titre des exceptions
au droit patrimonial, « la diffusion, même intégrale, par la voie
de la presse ou de télédiffusion, à titre d’information d’actua-
lité, des discours destinés au public ».
Passées les limites et les nécessités de l’actualité (à apprécier
sans doute en fonction de la périodicité du média notamment),
l’exception n’est plus valable.

6 - Parodies et pastiches
La dernière exception concerne les parodies et pastiches des-
tinés, par les similitudes avec une œuvre ou une interprétation
préexistante, à créer, par détournement ou accentuation de cer-
tains traits, un effet comique.
Ici encore, la limite doit être déterminée entre ce qui est
recherche d’un tel effet comique et emprunt systématique, dans
des conditions de nature à créer la confusion, constitutif de
contrefaçon.

Vus dans la perspective ou sous l’angle du droit des médias,
dont (même si ceux-ci n’en ont pas l’exclusivité) ils constituent
un élément ou un aspect essentiel, les droits intellectuels font
sans doute assez crûment et cruellement apparaître les limites
de la conception dite « personnaliste » de ces droits, dès lors
qu’il s’agit de créations et de prestations rarement individuelles,
exigeant de très lourds investissements financiers, pour répondre
à une demande de plus en plus importante, et destinées à des
usages ou à une consommation de masse… Raisons de plus,
peut-être, pour réaffirmer, avec plus de vigueur encore, les prin-
cipes qui correspondent à la tradition du droit français en la
matière ! Les droits intellectuels et probablement le droit des
médias tout entier en seraient dénaturés si l’on oubliait cette
valeur ou dimension « personnaliste » et humaniste qui doit en
constituer un principe fondateur et fédérateur.
Droits intellectuels des médias

Lire aussi 141

- Gautier P.-Y., Propriété littéraire et artistique, PUF, 5e éd., 2004,


936 p.
- Linant de Bellefonds X., Droits d’auteur et droits voisins, Dalloz,
coll. « Cours », 2e éd., 2004, 560 p.
- Lucas A., Propriété littéraire et artistique, Dalloz, coll. « Connaissance
du droit », 3e éd., 2004, 168 p.
- Lucas A. et Lucas H.-J., Traité de la propriété littéraire et artistique,
Litec, 2e éd., 2001, 1132 p.
- Pollaud-Dulian, F., Le droit d’auteur, Economica, 2005, 1051 p.
- Sirinelli P., Propriété littéraire et artistique, Dalloz,
coll. « Mémentos », 2e éd., 2004, 232 p.
Chapitre VIII
Droit international et européen
des médias

Aujourd’hui plus que jamais, du fait de l’évolution des tech-


niques, les médias ignorent les frontières. Avec la télévision par
satellite et la communication au public en ligne (l’Internet)
notamment, la réalité est maintenant celle d’une mondialisation
ou globalisation de la communication. Suivant au moins cette
évolution, faute de parvenir à l’accompagner véritablement et
encore moins à la maîtriser pleinement, le droit des médias
acquiert également cette dimension internationale. Le droit natio-
nal doit s’y adapter et s’y conformer. Dans une relation de réci-
procité, il y trouve certains de ses principes d’inspiration ou
d’orientation et quelques-unes de ses limites. Faute de ces efforts
de coordination sinon d’harmonisation, par le droit internatio-
nal, des droits nationaux, ceux-ci seraient, de toute façon, pri-
vés d’une bonne part de leur portée ou efficacité et donc de leur
utilité. Le droit des médias doit donc désormais être considéré
aussi dans cette nature ou extension internationale nouvelle.
Bien plus fortement et sûrement encore que le droit inter-
national de type universel, le droit européen est appelé à jouer
un rôle important et à influencer le droit français des médias.
Cela est vrai tant du droit, considéré dans sa dimension essen-
tiellement économique, de l’Union européenne, que de celui,
davantage préoccupé de la protection des droits de l’homme
et des libertés, du Conseil de l’Europe. Les traités fondateurs
comme les textes (directives et conventions) venus les complé-
ter ou les préciser constituent, avec la jurisprudence (de la
Droit international et européen des médias

144 CJCE et de la CEDH), un ensemble très important du droit


des médias.
Il a déjà nécessairement été fait quelques allusions ou réfé-
rences au droit international et européen dans certains des cha-
pitres précédents, essentiellement consacrés au droit français des
médias. Renversant la perspective, on considérera ici principa-
lement cette dimension internationale ou européenne du droit
des médias. On peut, d’ailleurs, par souci de clarté et de rigueur,
et pour tenter de contribuer ainsi à l’élaboration d’un véritable
droit des médias, reprendre, au moins en partie, l’articulation
du présent volume.
Rien de vraiment spécifique ne peut ici être dit du statut
des entreprises ou de la dimension économique de l’activité des
médias (qui, sauf s’agissant du statut de l’audiovisuel cependant,
ne font pas toujours l’objet, en droit interne, de dispositions par-
ticulières !), si ce n’est l’application, à ce secteur d’activités, des
principes de libre circulation des produits et des services, de
liberté d’investissement et de libre concurrence (amenant notam-
ment les institutions européennes à se montrer vigilantes à l’égard
des aides d’État au secteur public de la radiotélévision), du Traité
de Rome (repris dans le projet de Traité établissant une Consti-
tution pour l’Europe).
On remarquera également que, en dehors de quelques réso-
lutions ou déclarations de principe, officiellement au nom de la
garantie de la liberté d’expression, concernant la « protection
des journalistes en mission périlleuse », ou, dans la même pers-
pective, de la consécration, par la CEDH (notamment dans ses
arrêts du 27 mars 1996, Goodwin c/ Royaume-Uni, et du 25 février
2003, Roemen et Schmit c/ Luxembourg) du droit au secret des
sources d’information, le droit professionnel des médias n’ap-
pelle, pour le moment, en droit international et européen, aucun
développement particulier.
Méritent donc particulièrement l’attention : la détermination
des sources et des principes du droit international et européen
des médias ; le régime de la responsabilité des médias ; et la ques-
tion des droits intellectuels (droit d’auteur et droits voisins).
Droit international et européen des médias

Section 1 145
Sources et principes du droit international et européen des médias
Le droit international et européen des médias n’est, pour
une grande part, qu’une application, aux médias, du droit inter-
national et du droit européen. Il leur emprunte leurs principes
et en partage les caractéristiques essentielles.

I - Principe de liberté
Fondement des dispositions constitutives du droit interna-
tional et européen des médias, le principe de liberté se retrouve
tant dans l’affirmation du principe spécifique de liberté d’ex-
pression que dans celle du libéralisme économique qui en consti-
tue le contexte mais sans doute aussi, à certains égards, la limi-
tation.

A - Liberté d’expression
Dans le cadre international et européen également, l’affir-
mation du principe de liberté d’expression s’accompagne néces-
sairement de la détermination de limites à l’abus de cette liberté.

1 - Affirmation du principe
Formulé dans différentes déclarations, chartes et conven-
tions internationales, le principe de liberté d’expression a été
explicité et conforté, dans le cadre européen, par la jurispru-
dence de la CEDH.
La Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée
le 10 décembre 1948, pose, en son article 19, que « tout indi-
vidu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique
le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de
chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de fron-
tière, les informations et les idées par quelque moyen d’expres-
sion que ce soit ». Le même principe a été consacré à l’article 19
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de
décembre 1966.
Droit international et européen des médias

146 Dans le cadre européen, le principe selon lequel « toute


personne a droit à la liberté d’expression » a été posé à l’ar-
ticle 10 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme,
de novembre 1950. Les deux textes spécifiques relatifs à la télé-
vision (la convention du Conseil de l’Europe et la directive
communautaire), adoptés en 1989, font référence à ce même
article 10. Chargée de veiller au respect du principe ainsi posé,
la CEDH en assure l’interprétation et l’application : Handyside,
7 décembre 1976 ; Sunday Times, 26 avril 1979 ; Barthold, 25 mars
1985 ; Observer et Guardian c/ Royaume-Uni, 24 octobre 1991 ;
Jersild c/ Danemark, 23 septembre 1994 ; de Haes et Gijsels,
24 février 1997 ; Lehideux et Isorni c/ France, 23 septembre 1998 ;
Fressoz et Roire c/ France, 21 janvier 1999 ; du Roy et Malaurie
c/ France, 3 octobre 2000 ; Ekin c/ France, 17 juillet 2001 ; Colom-
bani et autres c/ France, 25 juin 2002 ; R. Garaudy c/ France,
24 juin 2003 ; Radio France c/ France, 30 mars 2004 ; Sté Plon
c/ France, 18 mai 2004…
Le principe de liberté d’expression, ainsi énoncé et consacré,
s’accompagne nécessairement de la détermination de limites.
Celles-ci semblent pourtant fréquemment ignorées ou oubliées,
y compris par la CEDH elle-même qui ne les considère, de toute
façon, que comme des exceptions à la liberté d’expression et non
comme des droits de nature ou de valeur équivalente avec les-
quels un juste équilibre devrait être établi.

2 - Détermination des limites


Envisagées par les textes, ces limites à la liberté d’expression
ne semblent pas, de la part de la CEDH, faire l’objet d’une
application très rigoureuse.
L’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques considère que l’exercice de la liberté d’expression peut
être « soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être
expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires : a) au res-
pect des droits ou de la réputation d’autrui ; b) à la sauvegarde
de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé ou de la
moralité publiques ».
Droit international et européen des médias

C’est au paragraphe 2 de l’article 10 de la Convention de 147


sauvegarde des droits de l’homme qu’il est posé que l’exercice
de la liberté d’expression « peut être soumis à certaines forma-
lités, conditions, restrictions ou sanctions, prévues par la loi, qui
constituent des mesures nécessaires, dans une société démocra-
tique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la
sûreté publique, à la défense de l’ordre ou à la prévention du
crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protec-
tion de la réputation ou des droits d’autrui, pour empêcher la
divulgation d’informations confidentielles ou pour garantir l’au-
torité et l’impartialité du pouvoir judiciaire ».
Dans l’interprétation ou l’application qu’elle fait de ce prin-
cipe et de ses limites, la CEDH semble davantage faire pencher
la balance en faveur de la liberté d’expression. Dans ses arrêts
Handyside c/ Royaume Uni, du 4 novembre 1976 et Sunday Times
c/ Royaume Uni, du 26 avril 1979, notamment, ladite Cour pose
qu’ « elle ne se trouve pas devant un choix entre deux principes
antinomiques, mais devant un principe – la liberté d’expres-
sion – assorti d’exceptions qui appellent une interprétation
étroite » !
Au principe fondamental de liberté d’expression se surajoute,
en droit européen notamment -pour le conforter ou le contre-
dire !- celui du libéralisme économique.

B - Libéralisme économique
Énoncé dans le Traité de Rome ou dans des textes plus spé-
cifiques, relatifs aux médias, le principe du libéralisme écono-
mique comporte également de nécessaires limites.

1 - Affirmation du principe
Aux activités des médias, comme à toute autre, s’appliquent
les principes généraux et fondamentaux de « libre circulation
des marchandises, des personnes, des services et des capitaux »
et de libre concurrence.
Droit international et européen des médias

148 Ces mêmes principes inspirent les différentes directives spé-


cialisées telles que : la directive du 10 septembre 1984, sur la
publicité trompeuse ; la directive du 3 octobre 1989, dite « télé-
vision sans frontières » ; et les diverses directives relatives au
droit d’auteur (du 19 novembre 1992, relative au droit de loca-
tion et de prêt ; du 27 septembre 1993, câble et satellite ; du
29 octobre 1993, sur la durée ; du 11 mars 1996, sur les bases de
données ; du 22 mai 2001 sur le droit d’auteur et les droits voi-
sins « dans la société de l’information »…).
La jurisprudence de la CJCE en assure l’application et le
respect : 10 juillet 1980, Commission c/ Rép. française (publicité
pour l’alcool) ; 18 mars 1980, Coditel c/ Sté Ciné Vog Films (ces-
sion des droits d’auteur) ; 10 janvier 1985, Centres Leclerc c/ Sté
Au blé vert (réglementation du prix du livre) ; 7 mai 1985, Com-
mission c/ Rép. française (régime fiscal de la presse) ; 6 avril 1995,
Magill (abus de position dominante)…

2 - Détermination des limites


À ce principe du libéralisme, les textes constitutifs de l’Eu-
rope économique apportent cependant de nécessaires restrictions
ou limitations qui, elles aussi, concernent les médias.
C’est ainsi que, par l’article 30 du Traité de Rome, sont
admises les « interdictions ou restrictions d’importation, d’ex-
portation ou de transit, justifiées par des raisons de moralité
publique, d’ordre public, de sécurité publique, de protection de
la santé et de la vie des personnes […] ou de protection de la
propriété industrielle et commerciale » (à laquelle on assimile
la propriété littéraire et artistique ou le droit d’auteur) ; à condi-
tion, toutefois, que « ces interdictions ou restrictions » ne consti-
tuent « ni un moyen de discrimination arbitraire, ni une res-
triction déguisée dans le commerce entre les États membres ».
Application a été faite de ces limites au libéralisme écono-
mique, par la CJCE, dans ses arrêts : du 6 octobre 1982, Codi-
tel c/ Ciné Vog ; du 11 juillet 1985, Cinéthèque c/ FNCF ; du
17 mai 1988, Warner Brothers ; du 5 octobre 1994, TV 10 ; du
13 juillet 2004, Commission des communautés c/ Rép. française (à
Droit international et européen des médias

propos de restrictions à la retransmission télévisée, en France, 149


de programmes de compétitions sportives se déroulant dans un
autre État membre et faisant apparaître des publicités pour l’al-
cool)…
Au principe de liberté, tant d’expression que du commerce
et des échanges, est venue se surajouter aujourd’hui l’idée ou
théorie nouvelle, complémentaire, plus imprécise et incertaine
encore dans sa formulation et son application, du « droit à l’in-
formation ».

II - Droit à l’information
La théorie du « droit à l’information » met l’accent sur l’in-
térêt général ou le droit du public. De ce droit à l’information,
à l’éducation, à la culture… par l’intermédiaire des médias,
découlent, pour les professionnels des médias, des devoirs et des
responsabilités. Ne pouvant plus, dans ce cadre ou ce contexte
nouveau, se contenter de l’énoncé théorique ou « formel » de
simples libertés, les autorités publiques nationales et diverses ins-
titutions internationales doivent aussi veiller, par leurs inter-
ventions (peut-être plus économiques que juridiques), à en assu-
rer, au plus grand nombre, la jouissance réelle et effective.

A - Droit du public
Ce principe du droit du public à l’information apparaît dans
divers textes constitutifs du droit européen et international des
médias. Il a été pris en compte et ainsi confirmé par différentes
décisions jurisprudentielles.
Combinant, en réalité, les deux principes de liberté d’ex-
pression et de droit à l’information, l’article 19 de la Déclara-
tion universelle des droits de l’homme, de 1948, fait, de façon
classique, référence au « droit à la liberté d’opinion et d’ex-
pression » et aussi, de manière déjà plus novatrice, à « celui de
chercher, de recevoir et de répandre […] les informations et les
idées ». L’article 27 de la même Déclaration pose que « toute
personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle
Droit international et européen des médias

150 de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès


scientifique et aux bienfaits qui en résultent ». Le principe en
est repris à l’article 15 du Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels, de décembre 1966.
Le droit du public à l’information et à la culture constitue
un des fondements de la Convention européenne sur la télévi-
sion transfrontière, du 5 mai 1989. Dans son préambule, « les
États membres du Conseil de l’Europe […] affirment l’impor-
tance de la radiodiffusion pour le développement de la culture ».
Ils y consacrent « le droit, sans considérations de frontières […]
de chercher, de recevoir […] des informations et des idées ».
Par l’article 9 de ladite Convention, les États s’engagent à prendre
les mesures juridiques nécessaires « afin d’éviter que le droit
du public à l’information ne soit remis en cause du fait de l’exer-
cice, par un radiodiffuseur […] des droits exclusifs pour la trans-
mission » d’événements « d’un grand intérêt ». Par l’article 10,
relatif aux « quotas », sont rappelées les « responsabilités du
radiodiffuseur à l’égard de son public en matière d’information,
d’éducation, de culture et de divertissement ».
Les mêmes objectifs sont exprimés dans la directive dite
« télévision sans frontières », du 3 octobre 1989, révisée le 30 juin
1997.
Ces mêmes préoccupations ont motivé, dans le cadre des
négociations menant à l’institution de l’Organisation mondiale
du commerce (OMC), la revendication (par l’Europe et notam-
ment la France) d’un régime « d’exemption », « d’exception »
ou « de diversité culturelle », cherchant à justifier ainsi cer-
taines mesures protectionnistes ou d’aides publiques au secteur
de l’audiovisuel notamment, contrairement aux principes du
libéralisme économique qui y prévalent.
Dans le domaine du droit d’auteur et des droits voisins, le
préambule des deux traités de l’Organisation mondiale de la
propriété intellectuelle (OMPI), du 20 décembre 1996, évoquent
la « nécessité de maintenir un équilibre entre les droits des
auteurs et l’intérêt public général, notamment en matière d’en-
seignement, de recherche et d’accès à l’information », pour le
Droit international et européen des médias

premier, et « entre les droits des artistes interprètes ou exécu- 151


tants et des producteurs de phonogrammes et l’intérêt public
général », pour le second.
L’intérêt général ou droit du public à accéder à l’informa-
tion est pris en compte par la jurisprudence de la CEDH :
26 novembre 1991, Observer et Guardian c/ Royaume-Uni ; 23 sep-
tembre 1994, Jersild ; 27 mars 1996, Goodwin ; 21 janvier 1999,
Fressoz et Roire c/ France…

B - Interventions publiques
La satisfaction du droit du public à l’information, ainsi inter-
nationalement consacré, constitue la raison, au moins officielle,
de diverses interventions publiques, tant dans le cadre national
que sous forme de coopération internationale.
Différents textes du droit européen et international des
médias, comme la jurisprudence de la CJCE, justifient, par le
droit du public à l’information, certaines interventions des auto-
rités nationales. C’est ainsi, par exemple, que l’article 86 du
Traité de Rome fait référence à des « entreprises chargées de
la gestion de services d’intérêt économique général » (dont peu-
vent relever les activités de radio ou de télévision) ou que l’ar-
ticle 87 considère comme « compatibles avec le marché com-
mun […] les aides destinées à promouvoir la culture et la
conservation du patrimoine » (même si les institutions com-
munautaires sont très sévères dans l’appréciation des aides d’État
qui constituent la contrepartie d’obligations spécifiques de « ser-
vice public »), ou que la directive dite « télévision sans fron-
tières » évoque le système des « quotas ».
Au titre de la coopération internationale, le Traité de Rome
pose, en son article 3, que « l’action de la Communauté com-
porte […] q) une contribution […] à l’épanouissement des cultu-
res des États membres ». Les préoccupations culturelles font,
de façon plus spécifique et détaillée, l’objet de l’article 151 dudit
traité. Différents programmes d’aides européens ont, dans ce
Droit international et européen des médias

152 cadre, été mis en œuvre, en matière de production cinémato-


graphique et audiovisuelle notamment.
Les principes de liberté d’expression et de droit à l’infor-
mation, qui constituent ainsi les fondements du droit interna-
tional et européen des médias, n’excluent cependant pas que des
limites y soient apportées, au nom de la mise en œuvre d’un
nécessaire régime de responsabilité.

Section 2
Droit international et européen de la responsabilité des médias
Dans le cadre international et européen, on admet égale-
ment que la liberté d’expression et le droit à l’information com-
portent nécessairement des limites, au nom de la protection
d’autres droits et libertés. C’est là tout l’objet d’un régime de
responsabilité des médias, prévu par les textes et mis en œuvre,
d’une façon qui n’est pas toujours très équilibrée, par la juris-
prudence de la CEDH.

I - Responsabilité des médias,


dans les textes de droit international et européen
Ayant énoncé le principe de liberté d’expression, les grands
textes internationaux et européens relatifs aux droits de l’homme,
ou plus spécifiquement consacrés à la télévision, y apportent de
nécessaires limites.
Ne se contentant pas à la seule affirmation du principe de
liberté d’expression, l’article 19 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques pose que l’exercice de cette liberté
« comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales.
Il peut, en conséquence, être soumis à certaines restrictions qui
doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont
nécessaires : a) au respect des droits ou de la réputation d’au-
trui ; b) à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public,
de la santé ou de la moralité publiques ». L’article 20 du même
Droit international et européen des médias

Pacte énonce encore que « toute propagande en faveur de la 153


guerre est interdite par la loi », et qu’il en est de même de « tout
appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue
une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence ».
Le paragraphe 2 de l’article 10 de la Convention de sauve-
garde des droits de l’homme considère que l’exercice de la liberté
d’expression « comportant des devoirs et des responsabilités peut
être soumis à certaines formalités, restrictions ou sanctions, pré-
vues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans
une société démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité
territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l’ordre et à
la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la
morale, à la protection de la réputation ou des droits d’autrui,
pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou
pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire ».
S’agissant de limites aux abus de la liberté d’expression, les
deux textes européens (convention du Conseil de l’Europe et
directive communautaire) relatifs à la télévision se préoccupent
essentiellement de bonnes mœurs et de haine raciale.
La portée ou l’efficacité de ces textes dépend essentiellement
de l’existence d’un contrôle juridictionnel, tel qu’assuré par la
CEDH.

II - Responsabilité des médias, dans la jurisprudence


de la Cour européenne des droits de l’homme
Appréciant l’« ingérence » des autorités nationales dans l’exer-
cice de la liberté d’expression, en considérant notamment si elle
est « prévue par la loi », si elle répond à un « but légitime » et
si elle est « nécessaire dans une société démocratique », la CEDH –
apparemment assez oublieuse du paragraphe 2 de l’article 10 de
la Convention, dont elle doit pourtant assurer l’application! –
détermine ainsi son propre régime de responsabilité des médias.
Elle paraît alors assez largement faire prévaloir la liberté d’ex-
pression et le droit à l’information, sur les droits individuels et
les intérêts collectifs avec lesquels ils entrent en conflit.
Droit international et européen des médias

154
A - Droits individuels
Dans l’arrêt de Haes et Gijsels, du 24 février 1997, ladite
Cour a considéré que la condamnation, par les juridictions belges,
des requérants qui avaient critiqué, en termes virulents, quatre
magistrats, n’apparaissait pas, « eu égard à la gravité des cir-
constances de la cause et des questions en jeu », comme néces-
saire dans une société démocratique.
Dans un arrêt du 11 janvier 2000, News Verlag c/ Autriche,
la CEDH a jugé que l’interdiction générale de publier la pho-
tographie d’une personne impliquée dans une procédure judi-
ciaire, au-delà de ce qui est nécessaire pour assurer la protec-
tion de son honneur et de la présomption d’innocence, constitue
une atteinte au principe de liberté d’expression.
Dans l’affaire qui a donné lieu à l’arrêt du 21 janvier 1999,
Fressoz et Roire c/ France, les requérants estimaient que leur
« condamnation pour recel de photocopies de déclarations » de
revenus constituait une violation de la liberté d’expression. La
Cour européenne a conclu que « la condamnation des journa-
listes ne représentait pas un moyen raisonnablement propor-
tionné à la poursuite des buts légitimes visés, compte tenu de
l’intérêt de la société démocratique à assurer et à maintenir la
liberté de la presse. Il y a donc eu violation de l’article 10 ».
Plus récemment cependant, sans qu’il y ait lieu d’y voir un
revirement de jurisprudence, la même Cour, dans un arrêt du
30 mars 2004, Radio France c/ France, a validé une condamna-
tion « pour atteinte à l’honneur et à la dignité » d’une personne
accusée d’avoir participé à la déportation de Juifs, et, dans un
arrêt du 24 juin 2004, Von Hannover c/ Allemagne, a considéré
que les juridictions allemandes n’avaient pas assuré une juste
protection de la vie privée de la personne en cause, à l’encontre
de la publication de photographies dans un périodique.

B - Intérêts collectifs
Dans l’arrêt Handyside, du 4 novembre 1976, la Cour euro-
péenne a considéré, à l’époque, que la protection de la morale
Droit international et européen des médias

constituait un but légitime justifiant, en l’espèce, les restrictions 155


apportées à la liberté d’expression.
S’agissant de lutte contre le racisme, dans l’arrêt Jersild c/
Danemark, du 23 septembre 1994, la CEDH juge que la condam-
nation du requérant, pour complicité dans la diffusion de pro-
pos racistes, a enfreint la liberté d’expression.
La question de l’atteinte à l’autorité et à l’indépendance de
la Justice est au cœur de l’arrêt Sunday Times, du 26 avril 1979.
Ladite Cour conclut cependant à la violation de l’article 10, en
estimant que l’interdiction de publication d’informations sur des
affaires judiciaires en cours « ne correspondait pas à un besoin
social assez impérieux pour primer l’intérêt public s’attachant à
la liberté d’expression ».
Dans l’arrêt du 3 octobre 2000, du Roy et Malaurie c/ France,
la CEDH avait à statuer sur l’application de la loi du 2 juillet
1931 interdisant « de publier, avant décision judiciaire, toute
information relative à des constitutions de partie civile ». Elle
considéra que « l’ingérence avait pour but de protéger la répu-
tation et les droits d’autrui et de garantir l’autorité et l’impar-
tialité du pouvoir judiciaire », et qu’elle avait donc un but légi-
time. Mais elle conclut cependant que « la condamnation des
journalistes ne représentait pas un moyen raisonnablement pro-
portionné à la poursuite des buts légitimes visés compte tenu de
l’intérêt de la société démocratique à assurer et à maintenir la
liberté de la presse », et qu’il y avait « donc eu violation de l’ar-
ticle 10 ». Depuis, la disposition litigieuse a été abrogée par la
loi du 9 mars 2004 !
Dans l’espèce qui a conduit à l’arrêt du 23 septembre 1998,
Lehideux et Isorni c/ France, c’est pour apologie de crime de col-
laboration avec l’ennemi que les deux requérants avaient été
condamnés par les juridictions françaises. La Cour européenne
estime la condamnation « disproportionnée et, dès lors, non
nécessaire dans une société démocratique ». Elle conclut qu’il y
a eu violation de l’article 10.
Les textes internationaux et européens énonçant le principe
fondamental de liberté d’expression accompagnent celui-ci de
Droit international et européen des médias

156 nécessaires restrictions ou limites, destinées à assurer l’équilibre


des droits et des libertés. Dans le contrôle qu’elle exerce sur
l’ « ingérence » des autorités nationales dans l’exercice de cette
liberté, la Cour européenne semble faire largement prévaloir la
liberté d’expression sur les autres droits. Elle considère en effet,
comme elle l’a relevé tant dans l’arrêt Handyside que dans l’ar-
rêt Sunday Times, qu’ « elle ne se trouve pas devant un choix
entre deux principes antinomiques, mais devant un principe –
la liberté d’expression – assorti d’exceptions qui appellent une
interprétation étroite ». Il ne semble alors rester que peu de
place ou de possibilité pour la mise en œuvre d’un véritable
régime international ou européen de responsabilité des médias.

Section 3
Droits intellectuels des médias en droit international et européen
Les œuvres et les prestations, objets des droits intellectuels
(droit d’auteur et droits voisins), circulent désormais à travers
les frontières. Les auteurs et les autres titulaires de droits cher-
chent aussi, de ce fait, la protection de leurs droits à l’étranger.
Pour l’assurer de façon équitable et satisfaisante, un rappro-
chement, au moins, des législations nationales relatives au droit
d’auteur et aux droits voisins est devenu nécessaire. Telle est la
finalité du droit international et européen en la matière.

I - Droit d’auteur et droits voisins en droit international


Le droit d’auteur et, dans une moindre mesure, les droits
voisins constituent des aspects ou des éléments du droit des
médias à l’égard desquels le droit international est le plus ancien
et le plus développé. Bien que s’y manifestent encore des concep-
tions différentes, il s’agit de domaines moins sensibles que d’autres
aux implications ou aux considérations politiques ou idéolo-
giques. Cela a permis une concertation ou coopération interna-
tionale plus poussée, susceptible d’encadrer et d’orienter plus
fermement et efficacement les droits nationaux.
Droit international et européen des médias

157
A - Sources
À l’origine tout au moins, et même si des rapprochements
sont intervenus depuis, la diversité des sources du droit inter-
national d’auteur est l’expression des deux grandes conceptions :
« du droit d’auteur », mettant l’accent sur la personne de l’au-
teur, d’un côté ; du « copyright », se préoccupant davantage de
la valeur économique des créations, de l’autre.
Historiquement, la première convention internationale du
droit d’auteur est la Convention de Berne pour la protection
des œuvres littéraires et artistiques, de 1886, révisée en 1971
et 1979. Elle inclut désormais, en son article 6 bis, une consé-
cration partielle du droit moral d’auteur. Restés, notamment
pour cette raison, longtemps à l’écart de cette Convention, les
États-Unis d’Amérique ont fini par la ratifier en 1989.
L’autre grande convention internationale est la Convention
universelle sur le droit d’auteur, adoptée, à Genève, en 1952. À
l’origine, elle assurait un niveau de protection inférieur à la pré-
cédente. Les révisions successives et parallèles de ces deux conven-
tions ont contribué à leur rapprochement.
Remettant probablement partiellement en cause le rôle et la
portée de ces deux grandes conventions, a été adopté, à Marra-
kech, le 15 avril 1994, dans le cadre de l’Organisation mondiale
du commerce (OMC), l’Accord relatif aux aspects des droits de
propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC). La
dimension économique et commerciale y prévaut sans doute sur
la protection des droits intellectuels (autres que de propriété
industrielle, en tout cas) !
Plus récemment, et pour permettre l’adaptation du droit
international du droit d’auteur à l’évolution des techniques et
de leurs usages, un nouveau Traité de l’OMPI sur le droit d’au-
teur a été adopté le 20 décembre 1996.
Le premier grand accord international sur les droits voisins
est la Convention internationale sur la protection des artistes-
interprètes ou exécutants, des producteurs de phonogrammes et
Droit international et européen des médias

158 des organismes de radiodiffusion, signée, à Rome, le 26 octobre


1961.
Au titre de la protection internationale des droits voisins, on
peut également mentionner : la Convention pour la protection
des producteurs de phonogrammes contre la reproduction non
autorisée de leurs phonogrammes, signée, à Genève, le 29 octobre
1971, et la Convention concernant la distribution de signaux
porteurs de programmes transmis par satellite, de Bruxelles, du
21 mai 1974.
Le 20 décembre 1996, en même temps que le Traité sur le
droit d’auteur, était adopté le Traité de l’OMPI sur les inter-
prétations et exécutions et les phonogrammes.

B - Principes
Les différentes conventions internationales du droit d’auteur
et des droits voisins reposent sur deux fondements ou principes
essentiels : celui dit du « traitement national », d’une part ; et
du « minimum conventionnel », d’autre part.
Schématiquement, le principe dit du « traitement national »
signifie que, dans un État partie à l’une ou l’autre de ces conven-
tions internationales, les œuvres et les prestations des auteurs et
des titulaires de droits originaires d’un autre État partie béné-
ficient de la protection que le droit interne du premier État
accorde à ses nationaux.
Les différentes conventions internationales du droit d’auteur
et des droits voisins déterminent, dans le même temps, ce que
l’on qualifie de « minimum conventionnel ». Tenues d’accor-
der, sur leur territoire, aux œuvres et aux prestations étrangères,
un niveau de protection au moins égal à celui qui est ainsi défini
par les textes internationaux, les autorités nationales ne vont évi-
demment pas moins bien protéger leurs nationaux. Est, par là,
pratiquement assurée, à ce seuil minimum, une certaine har-
monisation des diverses législations nationales relatives au droit
d’auteur et aux droits voisins.
Droit international et européen des médias

Au titre de ce « minimum conventionnel », les différentes 159


conventions internationales considèrent : les œuvres et les pres-
tations protégées ; pour certaines d’entre elles, au moins, les élé-
ments ou attributs du droit moral ; et ceux du droit patrimo-
nial.
Pour ce qui est du droit patrimonial, est fixée la durée mini-
mum de sa protection : cinquante ans après la mort de l’auteur,
dans la Convention de Berne ; vingt-cinq ans après la mort de
l’auteur, dans la Convention universelle ; vingt ans à compter
de la fixation, de l’exécution ou de l’émission, dans la Conven-
tion de Rome ; cinquante ans à compter de la publication, de
l’exécution ou de la fixation dans l’accord ADPIC…
Sont également déterminées les formes d’exploitation don-
nant lieu à application de ces droits, ainsi que diverses excep-
tions.
Par ces diverses conventions internationales et les principes
essentiels qu’elles comportent, est, dans le domaine du droit
d’auteur et des droits voisins, bien plus que dans aucun autre
élément du droit des médias, assurée une réelle harmonisation
du droit. Cela est plus vrai encore en droit européen.

II - Droit d’auteur et droits voisins en droit européen


En droit européen, également, les droits intellectuels, et
notamment le droit d’auteur et les droits voisins, constituent
une des branches les plus développées du droit des médias. On
y retrouve aussi la même ambiguïté d’une limitation ou remise
en cause partielle des droits nationaux et, dans le même temps
ou par là, un renforcement de ces droits. Bien au-delà sinon à
l’encontre de la protection du droit d’auteur et des droits voi-
sins, le droit européen est surtout inspiré par les préoccupations
économiques de la mise en place et de la garantie d’un marché
commun. Pour cela cependant, et afin d’empêcher ou d’éviter
toute discrimination ou tout obstacle à la liberté des échanges,
le droit européen du droit d’auteur et des droits voisins, par la
recherche d’une harmonisation des droits nationaux, contribue
Droit international et européen des médias

160 sans doute aussi globalement à une intensification et améliora-


tion de ces droits.

A - Sources
Ce n’est que très indirectement que le Traité de Rome peut
être considéré comme une source du droit en la matière. Posant,
en son article 28, le principe selon lequel « les restrictions quan-
titatives à l’importation ainsi que toutes mesures d’effet équi-
valent sont interdites entre les États membres », le même texte,
par son article 30, y apporte cependant certaines exceptions ou
dérogations en précisant qu’il n’est pas ainsi fait « obstacle aux
interdictions ou restrictions d’importation, d’exportation ou de
transit, justifiées par des raisons […] de protection de la pro-
priété industrielle et commerciale ». Cette formule a été inter-
prétée, notamment par la CJCE, comme englobant aussi le
droit d’auteur et les droits voisins. Il est cependant précisé, par
le même texte, que « ces interdictions ou restrictions ne doi-
vent constituer ni un moyen de discrimination arbitraire, ni
une restriction déguisée dans le commerce entre les États
membres ».
Parmi les directives communautaires venues contribuer à
l’harmonisation des droits nationaux en la matière, on peut men-
tionner notamment celles : du 19 novembre 1992, « relative au
droit de location et de prêt et à certains droits voisins du droit
d’auteur » ; du 27 septembre 1993, dite « câble et satellite » ; du
29 octobre 1993, « relative à l’harmonisation de la durée de pro-
tection du droit d’auteur et de certains droits voisins » ; du
11 mars 1996, « concernant la protection juridique des bases de
données » ; du 21 mai 2001 « sur l’harmonisation de certains
aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de
l’information ».
La jurisprudence de la CJCE a contribué à la conciliation
de ces droits avec les exigences du marché et, pour cela ou ainsi,
au renforcement de leur protection. Parmi les arrêts les plus
connus, on peut mentionner : les deux arrêts Coditel et autres c/
Droit international et européen des médias

Ciné Vog Films, du 18 mars 1980 et du 6 octobre 1982 ; l’arrêt 161


Musik Vertrieb Membran c/ Gema, du 20 janvier 1981 ; l’arrêt
Warner Brothers et Metronome Video c/ Christiansen, du 17 mai
1988 ; l’arrêt Basset c/ Sacem, du 9 avril 1987 ; l’arrêt Phil Col-
lins c/ Patricia et EMI Electrola, du 20 octobre 1993 ; l’arrêt Fore-
ningen af dansk Videogramdistributorer, du 22 septembre 1998…

B - Éléments
Outre les quelques références éventuellement faites à la déter-
mination des œuvres et des prestations protégées, ou au droit
moral, c’est, bien évidemment, la dimension économique du
droit patrimonial qui est prise en compte dans ce cadre. La coor-
dination ou harmonisation, par le droit européen, des règles
relatives au droit patrimonial est relative tant à la durée de la
protection, qu’à la détermination des exploitations concernées.

1 - Durée de la protection
Par la directive du 29 octobre 1993, la durée de protection
du droit d’auteur est fixée : s’agissant des œuvres individuelles,
à « la vie de l’auteur et pendant soixante-dix ans après sa mort » ;
pour les autres formes de création, « la durée de la protection
est de soixante-dix ans après que l’œuvre a été licitement ren-
due accessible au public ».
Pour les bases de données, la durée de la protection au titre
du droit dit sui generis est, par la directive de mars 1996, fixée
à quinze ans après la date d’achèvement ou de mise à disposi-
tion du public.

2 - Exploitations concernées
Cherchant à établir un certain équilibre entre la protection
des droits intellectuels et les principes économiques de libre cir-
culation des produits et de libre prestation de services, le droit
européen, particulièrement à travers la jurisprudence de la Cour
de justice, considère très différemment les choses selon qu’il
s’agit de reproduction ou de représentation.
Droit international et européen des médias

162 En matière de reproduction (fixation d’une œuvre sur un


support matériel : livre, disque, cassette…), on estime que le
droit de l’auteur « s’épuise » lors de la fixation ou, tout au
moins, lors de la première exploitation commerciale du « pro-
duit » dans un des pays de l’Union, et que les titulaires de droits
ne peuvent prétendre s’opposer à sa commercialisation dans un
autre État membre.
En matière de « représentation » (utilisation dans un lieu
public, diffusion radiophonique ou télévisuelle, exploitation ciné-
matographique…), par contre, des restrictions ou exceptions
sont, au titre de la protection des droits d’auteur, apportées au
principe de libre prestation des services. Il est tenu compte du
fait que les titulaires de droits ont un intérêt légitime à contrô-
ler et à gérer différemment chacune des exploitations faites de
leurs créations ou prestations et à prétendre à une rémunéra-
tion pour chacune des exploitations ou représentations dont elles
sont l’objet.
Au-delà des formes les plus « classiques » d’exploitation des
œuvres et des prestations protégées, le droit européen a égale-
ment fait évoluer les droits nationaux en matière notamment
de location et de prêt et de protection des bases de données.

Dans un monde de plus en plus ouvert et où la communi-


cation ignore les frontières, du fait notamment de la télévision
par satellite et, plus encore, de la communication au public en
ligne (l’Internet) dont c’est assurément l’aspect le plus remar-
quable et le plus problématique, les médias ont toujours sinon
plus que jamais besoin de droit. Celui-ci doit donc désormais
être aussi, en toutes ses branches ou tous ses éléments, un droit
international et, plus immédiatement et efficacement pour nous,
européen. C’est ainsi que pourra être assurée l’harmonisation
des droits nationaux, condition et garantie de la libre circula-
tion de l’information, autour de quelques grands principes fon-
damentaux de liberté et de responsabilité des médias.
Droit international et européen des médias

Lire aussi 163

- Achilleas Ph., La télévision par satellite. Aspects juridiques


internationaux, Montchrestien, 1995, 201 p.
- Derieux E., Droit européen et international des médias, LGDJ, 2003,
280 p.
- Derieux E., Droit de la communication. Droit européen
et international. Recueil de textes, Victoires Éditions, 2000, 335 p.
- Desbois H., Françon A. et Kéréver A., Les conventions
internationales du droit d’auteur et des droits voisins, Dalloz
- Pinto R., La liberté d’information et d’opinion en droit international,
Economica, 1984, 420 p.
Épilogue
Des droits, au droit des médias

Ainsi essentiellement constitué de l’application, moyennant


quelques adaptations ou aménagements, de règles empruntées
aux diverses branches du droit national, international et euro-
péen, et qui obéissent parfois à des préoccupations ou à des prin-
cipes différents sinon contradictoires, le droit des médias paraît
encore manquer, aujourd’hui, de la cohérence et de l’unité néces-
saires à une branche ou discipline juridique véritable.
Cela tient, sans doute, en partie, à la jeunesse relative de
la matière et à l’exceptionnelle diversité de son objet, mal défini,
au contenu et aux contours changeants, tant l’influence de
l’évolution des techniques et de leurs usages y est forte et
constante. Comment pourrait-il en être autrement, alors que
la notion de « médias » englobe : la presse, la radio, la télévi-
sion, le cinéma, le livre, le disque, l’affiche, la communication
au public en ligne (l’Internet), le multimédia (pour lequel,
s’agissant tout au moins de son usage public, il n’est pas besoin
d’un autre droit !)… Toutes ces techniques ont en commun de
constituer des moyens de publication ou de permettre que des
messages soient ainsi mis à la disposition du public. Tout à
fait essentielle, servant à déterminer le champ d’application de
ce droit particulier, cette notion de publication mériterait d’être
clarifiée et précisée. Cela contribuerait à donner au droit des
médias, par une meilleure définition de son objet, davantage
de cohérence.
Des droits, au droit des médias

166 Cette rigueur et cette unité, nécessaires à une branche du


droit, ne pourront être obtenues sans un indispensable regrou-
pement des textes constitutifs, actuellement fortement éclatés et
dispersés. Outre le fait que cela en favoriserait la connaissance
et, on peut alors l’espérer, l’application et le respect, le rappro-
chement de tels textes, spécifiques ou non, en rendrait les contra-
dictions et les incohérences plus éclatantes et, du même coup,
inacceptables et insupportables. Parce qu’actuellement impos-
sible, une codification du droit des médias n’en est que plus
nécessaire !
Le droit n’est qu’une technique d’expression et de mise en
œuvre d’objectifs sociaux et de principes (politiques, écono-
miques, culturels…) supérieurs dont la détermination dépasse
la compétence et la responsabilité des seuls juristes. Ces derniers
peuvent cependant utilement contribuer à leur conception et à
leur formulation. Le constat d’une très grande diversité des
droits des médias étant fait, c’est là que doivent être recherchés
les principes d’une nécessaire cohérence. Quels peuvent ou doi-
vent être le rôle et la place des médias dans une société déve-
loppée, du type des démocraties occidentales, faisant de la per-
sonne humaine et de sa liberté la valeur essentielle, fondement
et objectif de toute l’organisation sociale ?
Le droit des médias est un droit de l’homme ou pour l’homme.
Il dépend de l’organisation sociale générale et contribue à lui
donner sa véritable nature et signification. Il est l’expression et
la garantie d’un choix de société. Dans la diversité et l’incohé-
rence des règles actuellement applicables, empruntées aux diverses
branches et disciplines juridiques, le droit des médias semble
souvent n’être que le résultat de l’intervention de groupes de
pression et ne chercher qu’à consacrer et protéger les privilèges
des médias et de leurs collaborateurs, au détriment des droits
du public des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, qui sont,
pourtant, « au nombre des destinataires essentiels de la liberté
proclamée par l’article 11 de la Déclaration de 1789 » (Conseil
constitutionnel, décisions des 10 et 11 octobre 1984 et 18 sep-
tembre 1986).
Des droits, au droit des médias

Médiateurs, les médias sont ou doivent être au service de 167


l’homme et du public. Ils doivent, pour cela, être libres et agir
conformément au droit ; protégés, par le droit, des menaces,
interventions ou pressions extérieures, de toutes natures et ori-
gines, comme de leurs propres excès. Seule une conception glo-
bale des médias, de leurs droits et devoirs essentiels, permettra
l’élaboration d’un véritable droit des médias.
Bibliographie générale

Ouvrages
– Auvret P., Journalistes. Statut. Responsabilités, Delmas
– Bigot Ch., Connaître la loi de 1881 sur la presse, Victoires Éditions-
PUF
– Bilger Ph., Droit de la presse, PUF
– Biolay J.-J., Droit de la communication audiovisuelle, Delmas
– Debbasch Ch. et autres, Droit de la communication, Dalloz
– Debbasch Ch., dir., Droit des médias, Dalloz
– Derieux E., Droit de la communication, LGDJ
– Derieux, E., Droit européen et international des médias, LGDJ
– Derieux, E., Dictionnaire de droit des médias, Victoires Éditions-PUF
– Derieux, E., dir., Juris-Classeur Communication, LexisNexis
– Dreyer E., Droit de l’information. Responsabilité pénale des médias,
Litec
– Edelman B., La propriété littéraire et artistique, PUF
– Edelman B., Droits d’auteur. Droits voisins. Droit d’auteur et marché,
Dalloz
– Gautier P.-Y., Propriété littéraire et artistique, PUF
– Linant de Bellefonds X., Droits d’auteur et droits voisins. Propriété lit-
téraire et artistique, Delmas
– Lucas A., Propriété littéraire et artistique, Dalloz
– Lucas A. et Lucas J.-H., Traité de la propriété littéraire et artistique,
Litec
– Morange J., La liberté d’expression, PUF
– Pollaud-Dulian F., Le droit d’auteur, Economica
– Regourd S., Droit de la communication audiovisuelle, PUF
– Regourd S., L’exception culturelle, PUF
Bibliographie générale

170 – Sirinelli P., Propriété littéraire et artistique, Dalloz


– Sirinelli P., dir., Droit des médias et de la communication, Lamy

Codes et recueils
– Bonet G., dir., Code de la propriété intellectuelle, Dalloz
– Derieux E., Droit de la communication. Législation. Recueil de textes,
Victoires Éditions
– Derieux E., Droit de la communication. Jurisprudence. Recueil de textes,
Victoires Éditions
– Derieux E., Droit de la communication. Droit européen et internatio-
nal. Recueil de textes, Victoires Éditions
– Huet J. et Maisl H., dir., Code de la communication, Dalloz
– Vivant M., Code de la propriété intellectuelle, Litec
Index alphabétique
Les nombres en caractères gras renvoient aux pages traitant principalement de la question

A Auteur responsable > 97-99.


Autorisations > 10, 13, 15, 19, 32, 49,
Abonnements, abonnés > 35, 37, 40, 58, 59, 60, 64, 67, 70, 71.
41, 62. Autoritaires (régimes politiques) > 10,
Abus (de liberté d’expression) > 11, 16, 13, 18, 19-20, 24.
95, 96, 110, 116, 117, 118. Autorité administrative indépendante
Abus de position dominante > 52. > 48, 51, 71.
Accord ADPIC > 157, 159. Avis > 49.
Action civile en réparation > 114, 115,
118.
Actualité > 31, 79.
B
Affichage, affiche > 112. Banque de données, base de données
Affranchissements postaux > 41, 42. > 27, 139, 148, 160, 161, 162.
Agences de presse > 26, 30, 31-33, 41, Bonne foi > 104.
42, 43, 74, 78, 80, 81, 84, 91, 137.
Agence France Presse-AFP > 26, 33-34, C
42.
Aide (de l’État, publique) > 10, 21, 22, Cahiers des charges > 53, 60, 62.
25, 26, 31, 32, 37-42, 45, 56, 67, 71, Campagne électorale > 22.
73, 74, 75, 82, 144, 150, 151-152. Carte d’identité professionnelle
Analyse > 139. de journaliste > 78, 82-83.
Annonceur (publicité) > 18, 40, 113. Censure > 13, 19, 40, 70, 71.
Apologie de crimes et délits > 106, 155. Cessation (publication) > 90.
Archives > 22, 74. Cession (journal, parts de capital
Archives audiovisuelles de la justice de société éditrice) > 28, 90, 91.
> 109. Cession de droits (d’auteur et voisins)
Artistes-interprètes > 121, 124, 127, > 136.
132, 134, 151. Changement notable de caractère
Atteintes à l’autorité et à l’indépendance ou d’orientation > 91.
de la justice > 110, 155. Cinéma, cinématographique > 22, 61,
Audiovisuel > 18, 22, 45-65. 71, 74, 112, 165.
Auteur (droit d’auteur) > 121, 125, 127, Circonstances exceptionnelles > 20.
129, 131, 134, 156, 157. Citations > 139.
Index alphabétique

172
Clause de conscience > 88, 90-91. Concentration (anticoncentration) > 18,
Coauteurs (œuvre de collaboration) 22, 26, 29-31, 33, 55, 57.
> 127, 128, 133. Concurrence > 46, 48, 52, 53, 60.
Code civil > 96, 114, 115, 117, 118. Conseil de la concurrence > 49, 51.
Code de la consommation > 113, 114. Conseil de l’Europe > 14, 143, 150.
Code général des impôts > 39, 40. Conseil des prud’hommes > 91.
Code du patrimoine > 74, 109. Conseil supérieur de l’audiovisuel-CSA
Code pénal > 98, 108, 110. > 19, 47-50, 51, 52, 53, 54, 59, 60,
Code de procédure civile > 116. 62, 64, 71, 73.
Code de procédure pénale > 108. Constitution, constitutionnel,
Code de la propriété intellectuelle constitutionnalisation,
> 121-141. constitutionnalité > 11, 12, 15, 17,
Code de la santé publique > 111, 112, 18, 20, 22, 53, 54, 166.
113. Contestation de crime contre l’humanité
Code du travail > 78, 79, 80, 81, 84, > 99.
Contrat de cession des droits d’auteur
89, 90, 91, 129.
> 135-136.
Codification > 166.
Contrat de travail > 77, 126, 136.
Commande > 126, 131.
Contrefaçon > 140.
Commission arbitrale > 89, 91, 92.
Contrôle administratif > 10, 13, 19, 20,
Commission de la carte d’identité
24, 67, 68-73.
professionnelle de journaliste > 82,
Contrôle judiciaire > 13, 20, 68, 69, 71,
83.
73.
Commission paritaire des publications et Convention de Berne > 157, 159.
agences de presse-CPPAP > 32, 40, Convention de Rome > 157, 159.
42, 81. Convention collective nationale de travail
Communication audiovisuelle > 16, 22, des journalistes > 83, 89.
23. Convention (européenne) de sauvegarde
Communication au public en ligne > 27, des droits de l’homme > 14, 15, 72,
30, 80, 91, 98, 100, 102, 143, 162, 95, 146, 147, 153.
165. Convention européenne sur la télévision
Communication par voie électronique transfrontière > 146, 150, 153.
> 16, 48, 80, 81, 91, 98. Conventions internationales > 121.
Compétence territoriale > 100. Convention universelle sur le droit
Complice, complicité > 109. d’auteur > 157, 159.
Comptes rendus d’audiences > 23, 109. Coopératives de messagerie de presse
Comptes rendus des débats des > 36.
assemblées parlementaires > 23. Copies privées > 138.
Index alphabétique

173
Copyright > 157. Directives relatives au droit d’auteur
Cour européenne des droits de l’homme- > 148.
CEDH > 13, 72, 109, 118, 144, 145, Directive télévision sans frontières
146, 147, 151, 152, 153, 155, 156. > 146, 148, 150, 151, 153.
Cour de justice des Communautés Discours > 140.
européennes-CJCE > 13, 144, 148, Distribution > 35, 42, 74.
151, 160, 161. Diversité culturelle > 150.
Culture, culturel > 6, 7, 9, 22, 48, 56, Documents administratifs
60, 63, 137, 150, 151. (droit d’accès à) > 22, 74.
Dommages-intérêts > 114, 117.
D Données publiques > 74, 75.
Droits > 6, 7, 9, 11, 13, 15.
Déclaration > 70. Droit administratif > 8, 67-76.
Déclaration des droits de l’homme Droit d’auteur > 22, 25, 75, 121, 122-124,
et du citoyen-DDHC > 11, 17, 22, 95, 130, 144, 148, 150, 156-162.
145, 166. Droit de divulgation > 131-132.
Déclaration universelle des droits Droit européen > 8, 143-163, 165.
de l’homme-DUDH > 14, 149. Droit à l’information, droit du public
Décret du 6 avril 1987 > 102. à l’information > 10, 19, 20-23, 24,
Décret du 4 octobre 2004 > 72. 25, 37, 42, 74, 149-152.
Décret-loi du 6 mai 1939 > 72. Droits intellectuels > 8, 121-141, 144,
Démission (journaliste) > 88, 90-92. 156-162.
Démocratie, démocratique > 5, 6, 7, 10, Droit international > 8, 143-163, 165.
15, 26, 69, 73, 95, 118, 147, 153, Droit de location > 148, 160, 162.
154, 166. Droit moral d’auteur > 129, 130-134,
Déontologie > 83, 92, 118. 157, 159, 161.
Dépôts > 70, 73. Droit au nom, à la paternité > 133-134.
Dépôt de cautionnement > 15, 70. Droits de la personnalité > 115, 124.
Dépôt légal > 22. Droit patrimonial d’auteur > 130, 132,
Dictionnaire > 128. 134-140, 159.
Diffamation > 15, 23, 99, 103, 104, Droit de prêt > 148, 160, 162.
116, 118. Droit professionnel > 8, 25, 77-93, 144.
Diffusion > 35. Droit de repentir (de retrait) > 134.
Dignité > 106. Droit de réponse > 23, 99, 101-103,
Directeur de la publication > 97, 98, 99, 116.
103. Droit au respect de l’œuvre > 129,
Directives européennes > 121, 148. 132-133.
Index alphabétique

174
Droit de la responsabilité > 8, 25, F
95-119, 144.
Droit de retrait (ou de repentir) > 134. Film (œuvre cinématographique) > 20,
Droit du travail > 77, 84, 88, 92. 53, 60, 62-64, 68, 71.
Droits voisins > 121, 122, 124-125, Formalités préalables > 69-70.
130, 139, 144, 150, 156. France Télévisions > 55.
Durée de protection (droits d’auteur
et voisins) > 135, 148, 160, 161. G
Gouvernement > 47, 49, 50, 53.
E Groupage > 36.
Économie, économique > 17, 18, 21, 25, Groupe (de presse, de communication)
27, 31, 34, 37, 45, 46, 64, 121, 122, > 29, 30, 57.
123, 143, 144, 145, 147, 148, 149,
150, 157, 159, 161, 166. H
Éditeur > 129.
Hebdomadaires > 39.
Édition > 61.
Élections, électoral > 49.
Employeurs > 77, 84, 85, 86, 87, 88, I
89, 91, 136. Image > 107, 110, 111, 115, 154.
Entreprise de communication Immunités > 23, 106, 109.
audiovisuelle > 22, 54-59, 64, 124, Impartialité > 34, 36, 48, 82.
125, 132, 144. Impôt sur les bénéfices > 39, 41.
Entreprises éditrices de presse > 22, 25, Imprimeur > 98.
35, 41, 74, 81, 82, 84, 144. Indemnités (de licenciement) > 88,
Entreprises de groupage 89-90, 91, 92.
et de distribution des journaux > 35. Indemnité de préavis > 89.
Entreprise de presse (statut) > 25, Indépendance > 26, 28, 29, 32, 34, 38,
26-31, 32, 38-41, 42, 56. 45, 47, 48, 50, 51, 54, 56, 57, 74,
Épuisement du droit d’auteur > 162. 77, 82, 85.
Étrangers (fonds, capitaux) > 29. Indépendance de la justice > 107.
Européen > 7, 13. Information > 6, 7, 17, 23, 26, 29, 56,
Événements d’importance majeure 139.
(de grand intérêt) > 23, 150. Information policière et judiciaire
Exceptions (droits d’auteur et voisins) > 106-107, 108-110.
> 22, 130, 135, 137-140. Information politique et générale > 30,
Exception culturelle > 150. 39.
Exemption culturelle > 150. Initiative de l’action > 101.
Index alphabétique

175
Injure > 15, 99, 103, 105. Livre > 27, 30.
Instance de tutelle, de régulation Loi du 29 juillet 1881 > 12, 15, 70, 72,
> 47-54. 73, 96, 97-107, 108, 109, 114, 115,
Interdictions (de publications) > 10, 13, 117, 118.
19, 20, 67, 68, 70, 71-73. Loi du 29 mars 1935 > 88.
Intérêt général, public > 5, 7, 21, 39, Loi du 2 avril 1947 > 35-37.
40, 43, 64, 74, 149, 151. Loi du 16 juillet 1949 > 71, 72-73.
Intermédiaires techniques > 99. Loi du 10 janvier 1957 > 33-34.
Intermittents du spectacle > 77. Loi du 17 juillet 1970 > 110.
International > 7, 11, 13, 14, 15, 20. Loi du 27 décembre 1973 > 113.
Internet > 27, 30, 98, 100, 102, 143, 162. Loi du 4 juillet 1974 > 86.
Intervention, interventionnisme étatique Loi du 17 juillet 1978 > 74.
> 10, 18, 21, 25, 37. Loi du 3 janvier 1979 > 74.
Loi du 10 août 1981 > 27.
J Loi du 29 juillet 1982 > 56, 81, 98, 102.
Loi du 16 juillet 1984 > 23.
Journal (journaux) > 26, 27, 32, 35, 36,
Loi du 23 octobre 1984 > 27.
38, 41, 81, 91, 121, 127, 128, 129,
137. Loi du 3 juillet 1985 > 124.
Journalistes > 18, 22, 23, 30, 31, 32, Loi du 11 juillet 1985 > 109.
77-93, 109, 121, 127, 129, 131, 132, Loi du 13 décembre 1985 > 98.
139, 144. Loi du 1er août 1986 > 27-31.
Judiciaire (autorité) > 20. Loi du 30 septembre 1986 > 16, 30,
Juridictions > 49, 51-52. 46-64, 81, 98.
Jurisprudence, jurisprudentiel > 16, 17. Loi du 13 juillet 1992 > 23.
Justice (atteinte à autorité Loi du 1er février 1994 > 59.
et indépendance) > 110, 155. Loi du 15 juin 2000 > 103, 109.
Loi du 9 mars 2004 > 99.
L Loi du 21 juin 2004 > 81, 98, 102.
Loi du 9 juillet 2004 > 48, 57, 58, 99.
Législatif > 15, 16. Loi du 30 décembre 2004 > 105, 106.
Libéral, libéralisme > 10, 12, 16, 21, Louage d’ouvrage > 85, 126.
22, 25, 26, 27, 31, 42, 45, 46, 95, Louage de services > 84, 126.
118, 145, 147, 148, 150.
Libertés > 5, 6, 7, 9, 11, 13, 15. M
Liberté de communication, d’expression,
de la presse > passim. Médias > passim.
Liberté d’entreprise > 18, 25. Médias audiovisuels > 8, 25, 30, 31,
Licenciement (journaliste) > 88-90. 33, 45-65, 84, 102, 109, 126, 131.
Index alphabétique

176
Médias écrits (imprimés) > 8, 20, 25-43, Originalité (création) > 123, 124, 125.
45, 61, 64, 80, 84, 86, 91, 102, 131. Outrage > 15.
Média électronique > 86, 102.
Mensuel > 39. P
Messageries de presse > 26, 35-37, 42,
Pacte international relatif aux droits
73.
civils et politiques > 14, 15, 145,
Minimum conventionnel > 158.
146, 152.
Monopole > 45, 46, 47, 54, 56.
Pacte international relatif aux droits
Montage (paroles, image) > 111.
économiques, sociaux et culturels
Multimédia > 18, 165.
> 150.
Parlement > 47, 49, 50, 52, 53, 54.
N Parodie > 140.
Nouvelles messageries de la presse Parrainage > 53, 62.
parisienne-NMPP > 36. Pastiche > 140.
Périodique > 26, 27, 28, 32, 35, 36, 38,
39, 41, 45, 78, 80, 81, 91, 102, 103,
O 129, 137.
Objectif, objective, objectivité > 33, 34, Pigiste (journaliste) > 78, 85-86, 87.
109, 114. Pluralisme, pluraliste > 10, 18, 22, 25,
Œuvre > 121, 122-124, 130, 156, 159, 26, 28, 29-31, 33, 37, 40, 45, 46, 53,
161. 54, 56, 57-58, 59, 103.
Œuvre audiovisuelle > 62-64, 125, 127, Police administrative > 20, 68-73.
128, 130, 131, 133. Pornographie, pornographique > 72.
Œuvre cinématographique > 62-64. Portage > 35, 37.
Œuvre de collaboration > 127-128, 130, Pouvoir de sanction > 50, 51, 52, 59, 71.
132. Préavis > 88, 89, 91.
Œuvre collective > 127, 128-129, 132. Prescription > 97, 99-100, 115.
Œuvre composite > 129-130. Présomption d’innocence > 107, 115-
Offense > 15. 116, 154.
Office de radiodiffusion télévision Présomption de salariat > 86-87.
française-ORTF > 55. Presse > 81, 112.
Opinion > 17. Prête-nom > 57.
Ordonnance du 26 août 1944 > 27, 31. Preuve de la vérité du fait diffamatoire
Ordonnance du 2 novembre 1945 > 104, 117.
> 31-33, 42, 81. Préventif > 68.
Ordre public > 68, 69. Principes du droit des médias > 8, 9-24.
Organisation mondiale du commerce- Principes fondamentaux reconnus
OMC > 150, 157. par les lois de la République > 12.
Index alphabétique

177
Privatisation > 46. R
Prix du livre > 22, 27, 148.
Procédure > 15, 96, 97-101, 114, 117, Racial, racisme, raciste > 61, 72, 99,
118. 105, 153, 155.
Producteurs, production > 124, 126, Radiotélévision > 19, 45-65, 102, 103,
127, 128, 130, 131, 132. 112.
Programmation, programme > 46, 48, Réalisateur > 131.
53, 59-64. Recel > 109.
Propriétaire (propriété) > 18, 28, 31, 57. Récidive > 112.
Protection des journalistes en mission Réclames (publicitaires) > 40.
périlleuse > 144. Recommandations > 49.
Provisions pour investissements > 41. Redevance > 52, 56.
Provocation à crimes et délits > 106. Référé > 20, 97, 115, 116-117.
Régime politique > 9, 27.
Public, publication > 6, 18, 165.
Régulation > 19, 47-50, 64.
Publications destinées à la jeunesse
Rémunération (droits d’auteur et voisins)
> 20, 72-73, 112.
> 136-137.
Publications étrangères > 72.
Réparation > 96, 111, 114, 115, 117.
Publications étrangères destinées
Représentation > 162.
à la jeunesse > 71, 72.
Représentations privées > 137-138.
Publications périodiques, de presse
Répression pénale > 96, 114, 115, 118.
> 25, 28, 37, 38.
Reproduction > 162.
Publicité, publicitaire > 6, 29, 30, 32, 39,
Reprographie > 136, 138.
53, 56, 60-62, 63, 73, 111-114, 126.
Responsabilité des médias > 16, 25,
Publicité pour l’alcool > 61, 111, 85-119, 152-156, 162.
112-113, 148. Responsabilité en cascade > 98-99.
Publicité clandestine > 62. Responsabilité civile > 98, 108, 114-118,
Publicité comparative > 111, 114. 124.
Publicité financière > 29. Responsabilité pénale > 97, 98, 108-114.
Publicité indirecte > 62. Retraite > 88.
Publicité mensongère > 111, 113. Revue de presse > 139.
Publicité rédactionnelle > 29. Rupture du contrat de travail
Publicité tabac > 61, 111-112. (journaliste) > 87-92.

Q S
Quotas > 63, 150, 151. Saisies (de publications) > 10, 13, 19,
Quotidiens > 22, 28, 29, 30, 39, 78, 80, 20, 67, 68, 73.
102. Salaire > 84, 89.
Index alphabétique

178
Salarié (journaliste) > 77, 78, 84-85, Subordination > 84, 85, 86, 87, 126.
86, 87, 88, 90, 131, 132. Subventions > 41, 42.
Sanction > 50, 51.
Secret de l’enquête et de l’instruction T
> 108-109.
Secret professionnel > 109. Tarifs réduits > 41.
Secret professionnel des journalistes, Taxe professionnelle > 39, 41, 42.
protection des sources d’information Taxe à la valeur ajoutée-TVA > 40, 41,
> 22, 92, 144. 42.
Secteur privé (radiotélévision) > 46, 47, Télévision française 1-TF1 > 55.
49, 51, 53, 54, 55, 56-59, 60, 64, 71, Traitement national > 158.
73, 74. Traités de l’OMPI (droit d’auteur
Secteur public (radiotélévision) > 46, et droits voisins) > 150, 157, 158.
47, 48, 49, 51, 52, 53, 54-56, 60, 61, Traité de Rome > 144, 147, 148, 151,
62, 64, 74, 144. 160.
Service d’intérêt économique général Transparence > 28, 32, 45, 56-57.
> 151. Tutelle de l’audiovisuel > 47-54.
Service public > 21, 22, 46, 51, 74.
Sexisme, sexiste (discrimination,
diffamation, injure) > 105, 106.
U
Sociétés de gestion collective des droits Union européenne > 14, 29, 57, 143,
d’auteurs > 136, 138. 162.
Société de programme > 55, 56.
Sondage d’opinion > 107. V
Sportive (information) > 23.
Statut des entreprises de communication Vente au numéro > 35, 37, 41, 73.
audiovisuelle > 22. Vie privée > 17, 23, 104, 110-111, 115,
Statut des entreprises de presse > 26-31. 116, 154.
Stupéfiants > 72. Visa d’exploitation des films > 20, 71.
Table des matières
Avant-propos ....................................................... 1

Introduction ........................................................ 5

Chapitre I . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Principes du droit des médias
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Principe de liberté
— I. Principe consacré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
— II. Principe contesté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Autres principes
— I. Systèmes autoritaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
— II. Théorie du droit à l’information . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

Chapitre II . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
Droit des médias écrits
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Statut des entreprises
— I. Entreprises de presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
— II. Agences de presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
— III. Agence France Presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
— IV. Messageries de presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Aide de l’État
— I. Entreprises de presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
— II. Agences de presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
— III. Messageries de presse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42

Chapitre III . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
Droit des médias audiovisuels
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Instances de tutelle
Table des matières

180 — I. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47


— II. Autres instances et institutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Statut des entreprises
— I. Secteur public . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
— II. Secteur privé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
- Section 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Obligations de programme
— I. Messages publicitaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
— II. Œuvres cinématographiques et audiovisuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
Chapitre IV . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Droit administratif des médias
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Contrôle administratif des médias
— I. Pouvoirs généraux de police administrative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
— II. Pouvoirs spéciaux de police administrative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Soutien administratif des médias
— I. Aides financières publiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
— II. Accès aux informations publiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Chapitre V . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
Droit professionnel des médias
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
Définition de la profession de journaliste
— I. Définition du journaliste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
— II. Carte de journaliste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Exercice de la profession de journaliste
— I. Journalistes salariés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
— II. Journalistes pigistes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
— III. Présomption de salariat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
- Section 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Rupture du contrat de travail du journaliste
— I. Licenciement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
— II. Démission . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
Table des matières

Chapitre VI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95 181
Droit de la responsabilité des médias
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Régime de responsabilité de la loi de 1881
— I. Règles de procédure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
— II. Contenu des infractions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
Régime de responsabilité défini par d’autres textes
— I. Responsabilité pénale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
— II. Responsabilité civile . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114

Chapitre VII . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121


Droits intellectuels des médias
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
Objet et titulaires des droits intellectuels
— I. Objet des droits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
— II. Titulaires des droits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
Éléments et attributs des droits intellectuels
— I. Droit moral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
— II. Droit patrimonial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134

Chapitre VIII . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143


Droit international et européen des médias
- Section 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
Sources et principes du droit international et européen des médias
— I. Principe de liberté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
— II. Droit à l’information . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
- Section 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
Droit international et européen de la responsabilité des médias
— I. Responsabilité des médias, dans les textes
de droit international et européen . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
— II. Responsabilité des médias, dans la jurisprudence
de la Cour européenne des droits de l’homme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Table des matières

182 - Section 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 156


Droits intellectuels des médias en droit international et européen
— I. Droit d’auteur et droits voisins en droit international . . . . . . . . . . . 156
— II. Droit d’auteur et droits voisins en droit européen . . . . . . . . . . . . . . 159
Épilogue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
Des droits, au droit des médias
Bibliographie générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
Index alphabétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171

Conception graphique : Atelier 33


6, rue Béranger
92240 Malakoff

PHOTOCOMPOSITION : SARL SAINT-CYR COMPO - CAHORS (LOT)


DROIT
DES MÉDIAS
Dans le respect et la mise en œuvre des principes
de liberté d’expression et de droit à l’information, le
droit des médias régit, dans la diversité des tech-
niques et des moyens de publication (presse, radio,
télévision, cinéma, livre, supports de sons et
d’images, multimédia, internet…) et des disciplines
juridiques (droit des entreprises, droit administratif,
droit professionnel, droit de la responsabilité,
droits intellectuels), le statut des médias, de leurs
agents, de leurs usages et de leur contenu.
L’ouvrage décrit et analyse, dans ses grandes lignes
et caractéristiques principales, le cadre juridique
actuel (essentiellement national, mais également
européen et international).
L’auteur s’interroge aussi sur les fondements, réalités
pratiques, insuffisances et imperfections du droit en
vigueur. Il suggère quelques méthodes (simplifica-
tion, harmonisation, codification…) et possibles
réformes nécessaires à l’existence d’un véritable
Couv. : conception graphique Sevan D. / Photo : D.R.

droit des médias.

Emmanuel Derieux est professeur à l’Université


Panthéon-Assas (Paris II).

ISBN 2 247 06284 9

http://www.dalloz.fr 10,50 €