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Compilation des bonnes pratiques en matière d’éducation des filles et des femmes en Afrique de l’Ouest

Note
conceptuelle
Liste des acronymes et des abréviations
ANCEFA Africa Network Campaign on Education For All

AME Association des Mères d'Élèves

APE Associations de Parents d’Élèves

BRAOC Le Bureau Régional de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre

CCE Commissions Communales de l’Éducation

CEC Centre d’Éveil Communautaire

CI Cours d’Initiation

CGS Comité de Gestion Scolaire

COGES Comités de Gestion des Etablissements Scolaires

EFTP Programme d’Enseignement et de Formation Techniques et Professionnels

EPT Education pour Tous

FAWE Forum for African Women Educationalists

GLPE Groupe local des partenaires de l’éducation

GND Grossesses non désirées

GPE Global Partnership for Education/ Partenariat mondial pour l’éducation

IEB Inspection de l’Enseignement de Base

PASF Projet d’Appui à la Scolarisation des Filles

PDI Personnes Déplacées Internes

PE Protection de l’Enfant

PEC Prise en Charge

PIG Pédagogie Intégrant la dimension Genre

PTF Partenaires Techniques et Financiers

RAFED Réseau Africain des Femmes en Education

SMT Sciences, Mathématiques et Technologie

TBS Taux Brut de Scolarisation

UNGEI United Nations Girls’ Education Initiative

UNICEF United Nations International Children’s Emergency Fund

VGMS Violences de genre en milieu scolaire


Résumé exécutif
En Afrique de l’Ouest et du Centre, 24 millions d’enfants dont 13 millions de filles,
ne vont pas à l’école primaire. Cette même zone géographique comptabilise le taux
d’alphabétisation le plus faible du monde. Moins de la moitié des femmes âgées de
plus de 15 ans sont capables de lire ou d’écrire. Certes, des progrès en matière
d’éducation ont été réalisés ces quinze dernières années en Afrique et ailleurs mais
les taux de scolarisation restent très faibles dans un grand nombre de régions. Si
de multiples facteurs entravent l’accès à l’éducation des enfants en général, ceux-ci
sont particulièrement variés et complexes lorsqu’il s’agit spécifiquement des filles.
Outre le taux de mariage précoce très élevé dans la région1, un très grand nombre
de filles sont victimes à l’école de violences physiques, psychologiques et sexuelles
(châtiments corporels, insultes, injures, harcèlement sexuel, viols). Nombre d’enquêtes
de terrain menées en Afrique de l’Ouest relèvent le fait que les violences de genre
en milieu scolaire sont « répandues, quotidiennes et frappent en tout premier lieu
les jeunes filles »2. Ces facteurs néfastes à l’éducation des filles auxquels s’ajoute un
manque réel d’infrastructures sensibles au genre (création de latrines séparées, accès
sanitaire facilité, MHM3, etc.) affectent négativement les progrès espérés en matière
d’éducation des filles et d’égalité selon le genre.

La persistance des inégalités de genre dans l’éducation soulève de nombreuses


questions quant à la coordination et l’harmonisation des initiatives mises en place
mais aussi quant à la pertinence des mesures, actions et efforts de plaidoyer politique.
En 2014, UNICEF (Bureau Régional Afrique de l‘Ouest et du Centre), soutenu par
l’Initiative des Nations Unies pour l’Éducation des Filles (UNGEI), Aide et Action, Plan
(Bureau régional Afrique de l‘Ouest), le Forum for African Women Educationalists –
Forum des éducatrices africaines (FAWE) et Africa Network Campaign on Education
For All (ANCEFA) ont entrepris un partenariat régional sur l’éducation des filles
autour d’un projet de documentation des bonnes pratiques dans le domaine des
programmes d’éducation pour les filles et les femmes en Afrique de l’Ouest. L’un des
objectifs ciblés est de combiner les efforts fournis dans ce domaine mais aussi de
3.Les statistiques relatives
aux âges du mariage créer un cadre d’échanges, de partage de connaissances et d’expériences pour une
précoce en Afrique de meilleure coordination des activités. Ceci dans le but d’améliorer sensiblement l’accès
l’Ouest et du Centre
sont alarmantes. L’Afrique
et la qualité de l’éducation des jeunes filles et des femmes en Afrique de l’Ouest.
centrale et l’Afrique de
l’Ouest connaissent les
taux les plus élevés avec, L’objet de ce rapport est de mettre en avant les bonnes pratiques des organisations
respectivement, 40 % et 49 partenaires concernées dans le domaine de l’éducation des filles et des femmes dans
% des filles de moins de 19
ans qui vivent en unions
la sous-région en étudiant les stratégies, initiatives, procédures et comportements
conjugales. Le Niger, le qui ont donné de bons résultats. En plus de compiler un ensemble d’expériences, ce
Tchad et le Mali comptent rapport souhaite participer à l’amélioration de la qualité des programmes d’éducation
le taux le plus élevé de
femmes de 20 à 24 ans et de plaidoyer pour les filles et les femmes en se fondant sur les meilleures pratiques
qui disent s’être mariées validées issues de l’expérience des différentes organisations participantes. Le rapport
ou vivre en couples dès présente également une grille d’analyse des bonnes pratiques et un canevas pour le
l’âge de 15 ans. Sources :
Cartographie du mariage suivi des bonnes pratiques, à travers une documentation précise, évolutive, inscrite
précoce en Afrique de dans un cadre étudié. Ce canevas pourra également permettre une communication
l’Ouest, septembre 2013
et un partage plus aisés entre les différentes organisations partenaires en vue d’unir
4. Les violences de genre leurs stratégies autour des bonnes pratiques en matière d’éducation des filles et des
en milieu scolaire en
Afrique subsaharienne femmes en Afrique de l’Ouest. Ce canevas pourra encourager les échanges et les
francophone – connections entre les organisations et leur permettre de communiquer d’une voix
Comprendre leurs impacts
sur la scolarisation des
sur des pistes communes dans le domaine de l’éducation des filles et des femmes.
filles pour mieux les Ce document se veut aussi un outil commun pour identifier, documenter, partager,
comprendre – Ministère promouvoir des solutions ayant fait leurs preuves en matière d’éducation des filles
des Affaires Étrangères et
européennes - 2012
et des femmes en Afrique de l’Ouest. Avec l’espoir constant d’améliorer toujours et
encore les projets et programmes futurs.
5. Menstrual Hygiene
Management
Approche de la méthodologie
utilisée
La revue analytique des bonnes pratiques présentée dans ce rapport est basée sur les
informations recueillies par la consultante auprès des cinq différentes organisations
et sur une revue documentaire approfondie. Ces documents, variés en termes de
zone géographique (sous-régional, régional, national, local), organisation partenaire,
méthodologie employée, objectifs visés, domaines d’intervention, se répartissent de
la façon suivante : descriptions de programmes et de projets, rapports annuels, bilans
d’étape, rapports finaux, documents de capitalisation, rapports d’évaluation, rapports
de recherche et manuels de formation.

Il peut s’agir d’interventions diverses allant de l’amélioration de l’accès à l’éducation, des


approches de l’enseignement et de l’apprentissage tenant compte des sexospécificités,
à de meilleures relations entre les filles et les garçons dans les écoles et les systèmes
d’éducation, ou à un renforcement de l’apprentissage et des résultats des filles, comme
les mesures non cognitives ayant trait à l’estime de soi et au leadership.
Ce rapport sur les bonnes pratiques en matière d’éducation des filles et des
femmes a également pour objet d’identifier les moyens de tirer parti des bonnes
pratiques existantes et de leur assurer un impact positif plus important et plus large
sur l’éducation en Afrique. Dans cette perspective, la consultante en charge de ce
rapport propose un modèle d’évaluation des bonnes pratiques inspiré des critères de
bonnes pratiques d’UNGEI. Ce canevas capture les principales questions, réflexions
et problématiques liées à l’évaluation d’une bonne pratique et propose des pistes
afin de documenter et de partager certains des succès et exemples clés de bonnes
pratiques en faveur de l’éducation des filles et des femmes en Afrique de l’Ouest.

Ce rapport comprend :
- une mise en contexte de l’éducation des filles et des femmes en Afrique de
l’Ouest ;
- un retour sur le concept de bonnes pratiques et sur la capitalisation des
bonnes pratiques comme facteur d’efficacité ;
- les critères d’identification et d’analyse des bonnes pratiques ;
- un modèle de canevas pour recueillir et évaluer des exemples de bonnes
pratiques de programme d’éducation des filles et des femmes ;
- une compilation des bonnes pratiques en matière d’éducation des filles et
des femmes en Afrique de l’Ouest ;
- des recommandations ;
- une conclusion ;
- une bibliographie.
Contexte

« L’humanité doit donner à l’enfant ce qu’elle a de meilleur. »


Déclaration de Genève, 1924

L’éducation est un droit humain, fondamental et universel, dont doivent bénéficier


tous les enfants, sans aucune distinction ou discrimination. Consacrée à travers le
monde par les législations internationales et nationales, l’éducation doit permettre à
tous les enfants, garçons et filles, de bénéficier des mêmes conditions et opportunités
de se bâtir un avenir propice à leur épanouissement. Chaque enfant mérite en effet
une éducation de qualité dans une perspective d’égalité entre les sexes. Une telle
éducation, axée sur les droits fondamentaux, permettra de lutter contre les inégalités,
qui sont profondément ancrées et inscrites dans la plupart des sociétés, et quasiment
toujours au détriment des filles et des femmes.

En 2000, les représentants de 164 États-nations ont participé au Forum mondial sur
l’éducation, qui s’est tenu au Sénégal, à Dakar, et se sont engagés à réaliser six objectifs
clés visant à garantir l’Éducation Pour Tous d’ici 2015. Adopté lors du Forum mondial
sur l’éducation, le Cadre d’Action de Dakar, « réaffirme l’objectif d’éducation pour tous
formulé lors de la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous » qui s’était tenue
à Jomtien, en 1990, et insiste tout particulièrement sur l’accession de tous à l’école
primaire ainsi que sur le droit des femmes et des filles à disposer d’une éducation. Si
le Cadre d’action de Dakar et les Objectifs du Millénaire pour le Développement ont
fixé l’objectif d’éliminer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire
et secondaire d’ici à 2005, et d’instaurer, d’ici à 2015, l’égalité de genre à tous les
niveaux d’enseignement, il s’avère aujourd’hui encore, en 2014, qu’un très - trop –
grand nombre de filles sont privées de leur droit humain fondamental d’accéder à
l’éducation. Bien que l’éducation soit le domaine dans lequel les progrès en matière
de réduction des inégalités de genre ont été les plus significatifs ces vingt dernières
années, il existe encore de très nombreuses disparités entre les deux sexes. Et si
la parité a été atteinte au niveau mondial concernant l’inscription des garçons et
des filles à l’école primaire, il existe toujours de grandes disparités géographiques,
économiques et sociales dans la scolarisation effective. Ainsi, alors que 32% des filles
n’achèvent pas un cycle complet d’éducation, 39 millions de filles entre 11 et 15 ans
sont déscolarisées, ce qui représente 26% de la tranche d’âge.

Si l’éducation des enfants contribue à réduire la pauvreté, aide à faire baisser les
taux de mortalité infantile et à promouvoir l’égalité entre les sexes, l’éducation
des filles favorise globalement le développement de toutes et de tous. En effet, la
scolarisation des filles, en s’assurant qu’elles rentrent à l’école et y restent, a un «effet
multiplicateur»6. « Le fait d’avoir suivi une éducation de base élargit leurs choix et leur
donne les moyens d’évoluer tout au long de leur vie, ce qui se traduit à son tour par
de multiples avantages pour le pays, pour le ménage et pour la famille7 ». L’éducation
est incontestablement un facteur clé permettant aux femmes d’exercer des activités
rémunératrices, de participer aux revenus du ménage et d’acquérir une autonomie
économique et sociale. Ainsi, il est aujourd’hui démontré qu’une fille instruite se
6. UNICEF mariera plus tard, aura moins d’enfants, se nourrira mieux, aura un emploi mieux
7. Girl’s Education in Africa, rémunéré, participera davantage à la prise de décision tant dans les domaines social,
What do we know about économique et politique. Et ses enfants, à leur tour, auront de meilleures chances
strategies that work, Eileen
Kane, La Banque Mondiale d’aller à l’école et d’y rester dans de meilleures conditions encore.
Si les obstacles à la scolarisation des enfants sont multiples (pauvreté, isolement, etc.),
de nombreux facteurs restent spécifiques aux filles et expliquent l’exclusion scolaire
des filles et les inégalités flagrantes qui subsistent aujourd’hui entre les deux sexes
en matière d’éducation. Les filles, qui sont toujours les premières à être retirées
de l’école, sont confrontées à de nombreuses barrières spécifiques. Tout d’abord,
elles sont discriminées du fait de leur rôle social qui n’est pas l’équivalent de celui
des hommes. Les filles sont perçues comme devant rester au foyer, appuyant leur
mère dans les tâches ménagères (rôle productif), et les parents ne valorisent pas
toujours leur éducation autant que celle de leurs frères. Les filles sont aussi amenées
à quitter l’école en raison de grossesses précoces qui les empêchent d’assister aux
cours. Le mariage précoce apparaît également comme un obstacle important à
l’éducation. Un double lien relie d’ailleurs éducation et mariage d’enfant. Les filles
abandonnent, en effet, plus fréquemment l’école à cause d’un mariage précoce
et l’éducation représente un paramètre majeur de la prévention du mariage chez
les filles et jeunes femmes8. « Il est important […] de convaincre les parents de
maintenir leurs filles à l’école et de leur garantir l’éducation de base à laquelle elles
ont droit »9. Très répandues mais encore taboues, peu visibles et souvent impunies,
les violences de genre en milieu scolaire constituent un autre facteur très important
de déscolarisation des filles. Ces violences subies à l’école, sur le chemin de l’école ou
aux abords de l’école, mettent en jeu des « dimensions multiples : économique (cas
du sexe transactionnel), socioculturelle (tabou sur la sexualité, absence d’éducation
à la sexualité, relations de genre inégalitaires) et sanitaire»10. Elles prennent plusieurs
formes (physiques, psychologiques ou sexuelles) et concernent un grand nombre
d’élèves filles en Afrique de l’Ouest. Bien que difficilement chiffrables, les violences de
genre en milieu scolaire ont des conséquences et impacts multiples et constituent un
obstacle majeur à l’accès des filles et des femmes à l’éducation.

Ces diverses et multiples discriminations portent atteinte au futur de ces filles et


femmes, mais également à celui de leur communauté et de leur pays, car l’éducation
des filles est reconnue pour être un facteur de développement ainsi que de lutte
contre la pauvreté. Les femmes éduquées ont « davantage de poids au sein du foyer,
8. ICRW, new insights on
preventing child marriage : elles savent davantage de choses et leurs coûts d’opportunité sont supérieurs »11.
a global analysis of factors Un an de scolarisation primaire supplémentaire pour les filles serait corrélé à une
and programs,Washington
DC, 2007
croissance supplémentaire de leur futur salaire de 10-20%. Cet impact se ressent
9. Digest Innocenti également à l’échelle macro-économique : une augmentation d’1% de femmes ayant
(UNICEF) N°7, Le mariage atteint le secondaire peut accroître le revenu par habitant de 0,3%12. La scolarisation
précoce, mars 2001 des filles est donc bien à envisager dans une perspective plus large de réduction des
10. Les violences de genre
en milieu scolaire en Afrique
inégalités comme levier majeur de développement. L’égalité filles/garçons représentant
subsaharienne francophone ainsi une condition et un levier permettant de garantir la qualité de l’environnement,
– Comprendre leurs des contenus et des apprentissages éducatifs.
impacts sur la scolarisation
des filles pour mieux les
comprendre – Ministère
des Affaires Étrangères et La garantie des droits des enfants à l’éducation est une priorité absolue.
européennes - 2012
L’amélioration de la qualité de l’éducation à tous les niveaux passe inévitablement
11. Girl’s Education in Africa,
What do we know about par la compréhension, la remise en cause et la lutte à l’égard des facteurs nombreux
strategies that work, Eileen et complexes qui empêchent les filles de jouir pleinement de leur droit à l’éducation.
Kane, La Banque Mondiale
12. Global Campaign
for Education & Results
Educational Fund, Make it
happen. Ending the Crisis in
Girls’ Education
Chiffres clés en Afrique de l’Ouest et du Centre13

Pour la région Afrique de l’Ouest et Centrale


Plus de 23 millions d’enfants 8 millions d’enfants sont exclus
sont exclus du niveau primaire dans du premier cycle du niveau secondaire
la région et 14 millions sont à et 3 millions sont à risque de
risque de l’être l’être

11% entrent tardivement 32% ont un retard scolaire de 3 ans et plus en primaire
16% abandonnent au cours du cycle primaire

1/4 n’accède
à l’école
jamais
2/4 n’achèvent
le primaire
pas
3/4 n’achèvent
le collège
pas

A noter également qu’une grande proportion des adolescents de 17/18 ans sont retenus au sein
d’un système qui n’est plus adapté, compte tenu de leur âge avancé :

1/10 adolescent de 17/18 ans


est retenu au primaire 1/4 adolescent de 17/18 ans
est retenu au collège

une fille d’une famille qu’un garçon


à faible revenu d’une famille à
et vivant
à la campagne a 2x plus de risque
d’être exclue
haut revenu et
vivant en ville

13. Chiffres issus du Rapport


sur l’exclusion scolaire
du Bureau Régional de
l’UNICEF pour l’Afrique de
l’Ouest et du Centre, 2014
Concept de bonnes pratiques

« Une bonne pratique est tout simplement un processus ou une


méthode qui représente le moyen le plus efficace d’atteindre un
objectif spécifique. Certaines personnes préfèrent utiliser le terme
« bonne pratique » étant donné que dans la réalité on peut se
demander s’il existe une seule et « meilleure » approche, et que
les approches sont sans cesse en évolution et mises à jour. Une
autre définition d’une bonne pratique est une pratique qui a fait
ses preuves et a permis d’obtenir de bons résultats, et qui est dès
lors recommandée comme un modèle. L’essence de l’identification
et du partage de bonnes pratiques est d’apprendre des autres et
de réutiliser le savoir existant. Les bénéfices croissent ainsi que
l’accumulation des expériences ».
SDC Knowledge Management Toolkit - 200414.

Si de nombreuses définitions existent, dans le milieu du développement international,


pour qualifier ce qu’est une bonne pratique, la citation mise en exergue plus haut
peut se prévaloir de rassembler un certain nombre de termes clés qui aident à
mieux identifier le concept. Il n’est, en effet, pas aisé de définir ce qu’est une bonne
pratique car le concept recoupe un certain nombre de réalités. Il a communément
pu être écrit que les « bonnes pratiques » étaient des exemples de procédés et de
conduites ayant débouché sur des réussites. Le terme « Bonnes pratiques » étant
alors à rapprocher du terme « meilleures pratiques » (best practices), terme très en
vogue dans les pays anglo-saxons où ce terme est défini tout simplement comme un
procédé qui fonctionne. Cette définition reste insatisfaisante à bien des égards, car
trop réductrice ; s’il est vrai que, du fait de la mondialisation, on retrouve en général
les mêmes problèmes dans la plupart des systèmes éducatifs du monde, il est en
revanche illusoire de vouloir tous les régler exactement de la même manière, de
leur trouver des solutions toutes-faites15. D’autant plus que l’intégration de l’analyse
différenciée selon les sexes dans les différentes étapes d’un projet implique des
réponses spécifiques selon les contextes.

Les approches évoluant constamment, le terme de « meilleures pratiques » pourrait


plutôt être utilisé pour définir les exemples de pratiques les plus réussies. Les «
meilleures pratiques » serviraient de cadre de référence pour répertorier les
meilleurs outils, méthodes ou approches dans des situations précises. Comme pour
14. Identifier et partager les les bonnes pratiques, les exemples de meilleures pratiques devraient impliquer la
Bonnes Pratiques
facilité de transfert à d’autres situations avec des objectifs similaires et un souci de
15. Développement
curriculaire et « bonne soutenabilité physique et financière. Sur cette base, l’expression « bonnes pratiques »
pratique » en éducation, reste plus prudente que celle de « meilleures pratiques », d’autant que l’emploi de
Cécilia Bralavsky, Abdoulaye
Anne et Maria Isabel Patino
« meilleures pratiques » pourrait apparaître comme excluante, puisque impliquant
16. Idem
17. Les bonnes pratiques à
la FAO : Une démarche de
capitalisation d’expériences
pour un apprentissage
continu
une notion de hiérarchie méthodologique. De manière plus complète, les « bonnes
pratiques » sont souvent exposées comme comportant une approche souvent
novatrice, expérimentée et évaluée16, et dont on peut présumer de la réussite. C’est
l’innovation qui permet d’améliorer le présent et qui, de ce fait, a (ou peut avoir)
valeur de modèle ou de standard dans un système donné. De fait, il existe une
certaine proximité entre « bonne pratique » et « innovation ». Or, si les deux
concepts sont liés, ils sont loin d’être interchangeables. Toute innovation n’est, en
effet, pas synonyme de succès et ne peut donc être assimilée à une bonne pratique.
Par ailleurs, une bonne pratique n’est pas uniquement une pratique qui est bonne,
mais une pratique ayant fait ses preuves et permis d’obtenir de bons résultats, et qui,
dès lors, est recommandée comme modèle. C’est une expérience réussie, testée
et validée, au sens large, répétée, qui mérite d’être partagée afin qu’un plus grand
nombre de personnes se l’approprient17.

Pour définir ce qu’est une bonne pratique, il apparaît donc indispensable de choisir
une définition large mais précise et qui accepte un cadre de référence souple et
inclusif. Cette définition large de ce qu’est une « bonne pratique » permet ainsi de
contenir les actions, procédés, méthodes, qui sont à la fois documentées, évaluées,
riches d’impacts et de succès, reproductibles et constamment améliorées.

Expérience réussie, testée et validée

Expérience à promouvoir

Expérience sensible au genre

Bonne
Expérience reproductible Pratique

Expérience bénéfique

Expérience itérative

Expérience novatrice

Expérience durable

18. Perspectives, vol.


XXXVIII, n° 2, juin 2008,
Ana Benavente et Christine
Panchaud
En matière d’éducation,les bonnes pratiques sont des concrétisations organisationnelles,
pédagogiques et éducatives qui contribuent à résoudre un problème posé18. Les
bonnes pratiques porteuses de résultats en matière d’éducation des filles et des
femmes doivent proposer des projets/programmes qui améliorent significativement
la participation et l’apprentissage des filles et des femmes, en renforçant leur
empowerment.

Le Bureau régional Afrique de l‘Ouest et du Centre de l’UNICEF (soutenu par


l’Initiative des Nations Unies pour l’Éducation des Filles (UNGEI)), Aide et Action,
Plan (Bureau régional Afrique de l‘Ouest), FAWE et ANCEFA estiment aujourd’hui
nécessaire de tirer les enseignements des diverses expériences passées et en cours
afin de progresser toujours et encore en terme d’éducation des filles et des femmes
en Afrique de l’Ouest. Cette démarche, qui suppose d’identifier et de comprendre
les bonnes pratiques, devrait permettre d’améliorer certaines approches utilisées
et de posséder une méthodologie novatrice, partageable et diffusable à différents
niveaux. Ce travail sur les bonnes pratiques a également pour objectif de capitaliser
les expériences, en évitant de reproduire des erreurs commises mais aussi de profiter
de certains succès et leçons apprises pour les transformer en outils clés de réussite.

La capitalisation des bonnes pratiques comme facteur


d’éfficacité
Pour mettre en lumière ces bonnes pratiques, il est tout d’abord nécessaire de
faire un travail de capitalisation d’expériences. Cette idée directrice et nécessaire
de capitalisation d’expériences était évoquée dès 1994 par Pierre de Zutter, qui
écrivit dans un ouvrage considéré comme initiateur du mouvement d’intégration de
la démarche de capitalisation d’expériences des OSI et ONG, que « capitaliser, c’est
transformer l’expérience en connaissance partageable19 ». Une fois cette démarche
de capitalisation effectuée, la pratique peut évoluer, s’améliorer, être adaptée, partagée
et diffusée. L’idée étant de comprendre mieux, pour faire mieux, partager mieux et

18. Perspectives, vol.


XXXVIII, n° 2, juin 2008,
Ana Benavente et Christine
Panchaud
19. Des histoires, des savoirs,
des hommes : l’expérience
est un capital, FPH, Paris,
1994
diffuser mieux.
Le cycle de la capitalisation d’expériences pour définir
des bonnes pratiques : un processus participatif et non
linéaire

Agir

La capitalisation
sert à :
Comprendre les bonnes Tirer des leçons
pratiques, les intégrer des expériences
et les appliquer passées

Expliciter Modéliser

Partager les bonnes Recueillir les bonnes


pratiques et les pratiques et les
diffuser documenter
Valoriser
Les critères d’identification et
d’analyse des bonnes pratiques
Afin d’identifier et d’analyser les bonnes pratiques porteuses de résultats en matière
d’éducation des filles et des femmes, il apparaît nécessaire d’établir des critères
d’identification des bonnes pratiques. Nous avons décidé dans ce rapport de nous
baser sur les critères d’identification des bonnes pratiques de UNGEI, qui se fondent
eux-mêmes sur les lignes directrices du Secrétariat du Commonwealth concernant les
présentations pour le prix Good Practice Award in Education, 2012, et les ressources
ONU Femmes relatives aux bonnes pratiques en matière d’intégration des femmes20.

Les 8 critères d’identification UNGEI

1) Pertinence La bonne pratique constitue une réponse


économique et socio-culturelle appropriée
au contexte et défi de l’éducation dans un
environnement spécifique, ainsi qu’aux besoins et
priorités identifiés dans la population cible.

2) Analyse Le concept et la mise en œuvre de la bonne


sexo-spécifique pratique reflètent systématiquement les liens
qui unissent les relations hommes-femmes et le
problème à résoudre par l’éducation, en accordant
une importance particulière aux normes, pratiques
et convictions sociales, ainsi qu’aux règles, politiques
et procédures qui ont une influence sur les options,
les chances et les résultats des filles et des garçons,
puis des femmes et des hommes, dans la société.

3) Suivi et Toute bonne pratique exige l’utilisation d’un


évaluation système efficace de suivi et évaluation susceptible
de montrer : a) l’impact en termes mesurables
de l’intervention sur le groupe, l’organisation ou
le système visé ; b) au moins des signes montrant
que l’intervention est efficace, et éventuellement c)
qu’il existe une possibilité de réunir des données
fondées sur le suivi et l’évaluation de l’intervention
afin de connaître ses résultats et son impact.

4) Efficacité et Lors de la mise en œuvre d’une bonne pratique,


rentabilité les ressources sont utilisées efficacement et
économiquement, et un lien peut être établi entre
les activités et les résultats, réels ou attendus, pour
la vie des filles, des femmes ou concernant les
systèmes à renforcer.

20. http://www.un.org/
womenwatch/resources/
goodpractices/guideline.
html
5) Participation et La bonne pratique est synonyme d’approche
orientation du fondée sur une participation et une collaboration
partenariat plus fortes, avec l’appui d’un large éventail d’acteurs
(société civile, secteur privé, gouvernement, etc.)
ainsi que de filles et de garçons, d’hommes et de
femmes exerçant un leadership sur un pied d’égalité.

6) Durabilité La bonne pratique comportera des éléments de


durabilité, notamment en levant des fonds pour
la suite, en assurant l’adoption d’une intervention
ou d’une méthode au niveau institutionnel, ou
en renforçant les capacités des acteurs à intégrer
l’initiative dans les systèmes en place de prestations
de services – qu’il s’agisse du gouvernement,
d’universités, de la société civile, d’écoles, de
communautés etc. – afin de garantir un soutien
institutionnel et financier à long terme.

7) Reproduction Dans des conditions ou des situations similaires,


la bonne pratique peut potentiellement être
reproduite dans différents contextes dans le pays
ou à l’extérieur.

8) Leçons apprises La bonne pratique doit normalement faciliter


l’apprentissage et permettre de tirer des
enseignements susceptibles de faciliter la
dissémination et le transfert à d’autres contextes.
Elle devrait tenir compte des conditions qui
facilitent le succès, des contraintes possibles qui
limitent l’avancement et les identifier, et fournir
des connaissances supplémentaires susceptibles
d’étayer la réflexion sur l’éducation des filles et
l’égalité des sexes.
Bibliographie
- Annexe : Checklist for Assessing a School for Gender Responsiveness - FAWE
- Auto-évaluation assistée du projet filles à l’école « Profile », Rapport final, Aide et Action,
Fondation Orange, 2010
- Cartographie du mariage précoce en Afrique de l’Ouest – Une étude des tendances, des
interventions, des méthodes efficaces, des bonnes pratiques et la voie à suivre, septembre 2013
- Contribution du gouvernement français pour la promotion de l’éducation des filles et la lutte
contre les violences de genre en milieu scolaire – Rapport de progrès n°2, Juin 2014
- Conceptualisation et dissémination des « bonnes pratiques » en éducation : essai d’une approche
internationale à partir d’enseignements tirés d’un projet - Abdoulaye Anne, Genève, 2003
- Contribution du Gouvernement français pour la promotion de l’éducation des filles et la lutte
contre les violences de genre en milieu scolaire, rapport de progrès n°2, juin 2014
- Document de politique nationale de l’éducation et de la formation des filles au Bénin, Ministère
en charge de l’Éducation et de la formation, 2006
- Droits Éducation-Formation-Insertion des Jeunes et Adultes dans la région de Mopti « Défi-
Jeunes Adultes », document de projet Décembre 2012-Novembre 2013, Aide et Action, 2011
- Évaluation de l’impact des interventions d’Aide et Action dans la région de la Kara, Aide et
Action, Odile Akpaka, octobre 2008
- Evaluation of the Gender-Responsive Pedagogy (GRP) Model for the Forum for African Women
Educationalists
- Evaluation Report, Dr Sonia Ben Jaafar, Février 2010
- Girl’s Education in Africa, What do we know about strategies that work, Eileen Kane, Banque Mondiale
- Identifying and Promoting Promising Practices, Intermediary Development Series, US Department
of Health and Human Services, 2008
- La mère-enfant – Face aux défis de la grossesse chez l’adolescente, UNFPA état de la population
mondiale 2013
- Le projet d’appui à la scolarisation des filles au Bénin, document de capitalisation, Aide et Action,
UNICEF, 2009
- Les bonnes pratiques à la FAO :
Une démarche de capitalisation d’expériences pour un
apprentissage continu – Note conceptuelle externe, septembre 2013
- Les violences de genre en milieu scolaire en Afrique subsaharienne francophone – Comprendre
leurs impacts sur la scolarisation des filles pour mieux les comprendre – Ministère des Affaires
Étrangères et européennes – Marie Devers, Paule Elise Henry, Élisabeth Hofmann, 2012
- Projet d’Appui à la Gouvernance Éducative dans les départements de Doutchi et Filingué, bilan
d’étape de la première année, Aide et Action, Orange, juin 2011
- Projet d’Appui à la Gouvernance Éducative dans les départements de Doutchi et Filingué, bilan
d’étape de la deuxième année, Aide et Action, Orange, juin 2011
- Projet « Filles à l’école » dans la zone de Balleyara, département de Filingué, Aide et Action
- Projet filles à l’école « Profile », Rapport final, Aide et Action, Fondation Orange, 2010
- Rapport 2013 sur l’éducation des filles – Mariage d’enfant et éducation – Faire reculer le mariage
précoce par l’éducation des filles – Plan, 2013
- Rapport d’évaluation du programme multi-acteurs d’appui à l’alphabétisation à Mopti, 2009-2011,
Aide et Action, août 2011
- Rapport de l’atelier régional sur la lutte contre les violences de genre en milieu scolaire en
Afrique de l’Ouest, atelier conjoint Ministère français des Affaires Étrangères, UNGEI, UNICEF,
Ouagadougou, 19-21 novembre 2013
- Sous-programme multi-acteurs d’alphabétisation et de formation professionnelle à Mopti, rapport
annuel d’activités 2012, Aide et Action, ICCO, Enda, Association Éveil, Association Subaahi Gumo,
décembre 2012
- Sous-programme multi-acteurs d’appui à lphabétisation à Mopti, rapport final d’activités 2012,
Aide et Action, ICCO, Enda, Association Éveil, Association Subaahi Gumo, décembre 2011
- The Gender responsive School. The Fawe Centre of Excellence Model : A Handbook for
Education Practitioners : (by Penina Mlama, Marema Diuom, Lornah Murage), 2005
- Trop souvent en silence – Prise en charge de la violence en milieu scolaire – Initiatives modèles en
Afrique occidentale et centrale, Action Aid, Plan, Save the Children, UNICEF
- UNGEI Policy Advocacy Agenda

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