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L'arbre qui pense Si six cents couteaux-scies

L'arbre qui pense Si six cents couteaux-scies,


les pieds dans sa grille
à quoi pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il Si six cents couteaux-scies,
Scient, en six,
Le chien qui pense
la patte en l'air Si six cents couteaux-scies,
que pense-t-il Scient, en six,
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il Six cents saucisses,

Le pavé qui pense


le ventre poli de pas Si six cents couteaux-scies,
que pense-t-il Scient, en six,
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il Six cents saucisses,

Ciel toits et nuages Qu'obtient-on au total ?


Voyez-moi Une cuisine sale.
Là tout en bas
Qui marche
et qui pense à l'arbre qui pense Pierre Coran
au chien au pavé
oh ça oh mais à quoi pensent-ils donc
à quoi pensent-ils donc

Raymond Queneau, Le chien à la mandoline.


Il était une feuille J'écris
Il était une feuille avec ses lignes
J'écris des mots bizarres
Ligne de vie
J'écris des longues histoires
Ligne de chance
J'écris juste pour rire
Ligne de cœur
Des choses qui ne veulent rien dire.
Il était une branche au bout de la feuille
Écrire c'est jouer
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance J'écris le soleil
Signe de cœur J'écris les étoiles
J'invente des merveilles
Il était un arbre au bout de la branche Et des bateaux à voiles.
Un arbre digne de vie
Digne de chance Écrire c'est rêver
Digne de cœur J'écris pour toi
Cœur gravé, percé, transpercé, J'écris pour moi
Un arbre que nul jamais ne vit. J'écris pour ceux qui liront
Et pour ceux qui ne liront pas.
Il était des racines au bout de l'arbre
Racines dignes de vie Écrire c'est aimer
Vignes de chance
Vignes de cœur J'écris pour ceux d'ici
Ou pour ceux qui sont loin
Au bout des racines il était la terre Pour les gens d'aujourd'hui
La terre tout court Et pour ceux de demain.
La terre toute tonde
La terre toute seule au travers du ciel Écrire c'est vivre.
La terre.
Geneviève Rousseau
Robert Desnos
Les petits flocons Leçon de géographie

Cette nuit L'océan a peur de moi


Sans bruit Quand il me voit arriver
Les petits flocons il se retire très loin.
Se sont enfuis
Comme des oisillons Je lui parle doucement
Hors de leur nid ... d'une voix de coquillage
pour tenter de l'apaiser.
Cette nuit
Sans bruit
Les petits flocons Mais chaque fois c'est pareil:
Ont butiné il me faut au moins six heures
Comme des papillons pour enfin l'apprivoiser.
Dans le verger.
Alors il revient vers moi
Cette nuit et il me lèche les pieds.
Sans bruit
Les petits flocons
Se sont ouverts Christian Poslaniec
Comme de fins bourgeons,
Fleurs de l'hiver.

Albert Atzenwiler