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I

<-

HENRI-GASTON de MONTIGNY

Le Livre du Colon

Recueil de
renseignements utiles

Publié par le ministère de la Colonisation


de la Province de Québec

i BIBLIOTHECA

MONTREAL.
Imprimerie de "La Patrie"

1902
5

tlio

jloï
A V HONORABLE M. LOMER GOUIN,

Minisire de la Colonisation et des Travaux Publics.

QUEBEC.

Honorable monsieur^
J^aï P honneur de vous prier de vouloir bien

agréer V hommage de fnon modeste volume^ car son but

est le vôtre : être patriotiquement utile.

GASTON de MONTIGNY.
Le Livre du Colon

Ire Partie

NOTIONS GENERALES

LA VOCATION
Et tout d'abord, coinmençons par le commencement : il ne
suffit pas de dire :
" Je veux être colon, " il faut avoir la voca-
tion, c'est-à-dire les qualités voulues pour se tirer d'affaire.
Il est bien vrai qu'aujourd'hui, la colonisation s'effectue
dans des conditions beaucoup plus avantageuses qu'il y a cin-
quante ans et que nos défricheurs sont, de la part des autorités,
l'objet d'une sollicitude qui supprime beaucoup d'obstacles, mais
il est aussi vrai que le colon doit faire sa la rge part et d isposer
d 'une énergie suffisante p our ne pas se décourager aux premiers
revers.
Si l'idée de vous mettre sur une terre vous est venue par
goût des aventures ou parce que vous êtes en difficulté avec votre
patron, ça ne suffit pas les colons n'ont pas d'aventures et leur
:

existence est souvent pire que celle d'un ouvrier d'usine.


Mais si vous aimez la vie au grand air, le travail énergique
et la tranquillité ; si vous êtes bon ouvrier intelligent et plein ,

de santé ; si vous aspirez au bonheur de soustraire vos enfants


aux dangers des grandes villes et de leur assurer un avenir mo-
deste, mais solide, oh là par exemple, vous êtes mon homme.
!

Une fois décidé, commencez par bien étudier la région que


vous voulez habiter comparez avec les autres régions et surtout
;

ne vous blaguer par les annonces et les réclames de


laissez pas

telle ou compagnie
telle intéressée lisez plutôt le Guide du
:

Colon, publié par le gouvernement et que vous obtiendrez en


vous adressant au département des Terres, Mines et Pêcheries,
(i LE LIVRE DU COLON

Québec, ou au bureau de M, L. E. Carufel, le représentant du


département de la Colonisation à Montréal (154G, rue Xotre-
Dame).

Région à choisir

On conçoit que je ne puis, ici. vous donner que des conseils


généraus sur la région à choisir : chacune à ses avantages et ses
inconvénients. Je recommande seulement au colon de s'iustal-
les aussi près que possible de sa place natale du côté de Téniis- :

camingue, s'il vient du district d'Ottawa ; du côté de Labelle,


s'il appartient à Montréal ; au lac Saint-Jean, s'il est de
Québec ; du côté de la Gaspésie, s'il vient des comtés du bas du
fleuve ; etc.

Cette façon d'agir a plusieurs avantages : on est plus


proche des siens et par suite plus en famille, et puis, comme
chaque région possède des méthodes de culture particulières, on
a plus tôt fait de se mettre au courant.
Il est donc impossible d'établir des comparaisons: chaque
curé prêche un peu pour sa paroisse, et il a raison, parce que
chaque paroisse a ses mérites : c'est donc à vous de choisir la

région qui vous convient le mieux à vous.


Après avoir étudié la région, étudiez un canton ; demandez
des cartes géographiques au ministère de la Colonisation ou au
bureau de Montréal demandez à l'agent des terres de la région
;

choisie de nouveaux renseignements sur la nature du terraic,


Feau, les montagnes, le bois, les roches, les chemins, la distance
du village, du chemin de fer, du moulin, des voisins et puis, —
allez voir çà vous -même.
"^
Le meilleur temps pour visiter un canton, c'est l'automne,
après la chute des feuilles : vous trouverez un peu plus loin
quelques renseignements à ce propos.
Interrogez aussi les gens de la place, les anciens surtout, et
puis, quand vous aurez trouvé votre affaire, n'hésitez pas :

prenez votre billet de location sans tarder pour ne pas être de-
vancé par un autre. Surtcut, assurez- vous bien que le lot
LE LIVRE DU COLON 7

choisi est réellement en vente et ne faites pas comme ces pauvres


diables qui vont se loger sur une terre sans en dire un mot à per-
sonne et qui, après avoir travaillé péniblement cinq ou six mois,
s'aperçoivent que le lot était vendu à un autre.
Si vous ne vous installez pas immédiatement —vous avez
six mois de délai avant de vous installer, — en attendant le

moment de partir, suivez les cours du soir, si vous êtes à la


\'ille, surtout les cours de menuiserie : çà vous habituera à tra-
vailler le bois et çà vous servira. Entre temps, lisez

mon petit traité : il y manque beaucoup de choses,


mais il vous apprendra peut-être quelques petits secrets oui vous
rendront service.
Autre recommandation : il est reconnu que l'isolement dans
lequel se trouve le colon, placé souvent à plusieurs milles de
tout voisin, est un des plus grands obstacles de la colonisatiou
dans la province de Québec : j'invite donc celui qui veut ouvrir
une terre à ne pas s'en aller seul dans la forêt, à ne pas trop
s'éloigner des centres qui sont destinés à devenir des villages, ou
tout au moins à se trouver deux ou trois bons camarades décidés
comme lui à devenir colons. On prendra de la sorte des lots

voisins, on pourra s'entraider et on s'ennuiera moins : on pourra


pour ne bâtir qu'un seul chantier en arrivant,
aussi s'entendre
pour donner plus d'attention aux défrichements et sauver du
temps, acheter des provisions en commun, n'avoir qu'un cheval
pour l'équipe, etc. Et puis, ce que l'un sait, il l'enseigne aux
autres et, petit à petit, en causant. après l'ouvrage, on se rensei-
gne sur le métier.

Choix d^un lot

Le choix d'un lot est certainement une chose importante,


mais encore faut-il ne pas se montrer trop exigeant.
Pourvu qu'un lot soit assez rapproché d'un bon chemin,
qu'il soit à portée de l'eau, qu'il contienne de 50 à 70 arpents de
bonne terre cultivable et que les lots voisins ne soient pas de la
roche, on peut toujours y gagner sa vie, prospérer et s'enrichir.
8 LE LIVRE DU COLON

Une terre vaut surtout ce que vaut celui qui la travaille.


C'est pourquoi vous voyez souvent des frens s'enrichir sur des
terres qui ne valent pas cher et d'autres se ruiner sur des pro-
priétés de premier choix. La vérité, c'est que les lots sans
défauts sont joliment rares ; mais la vérité est aussi qu'il n'exis-

te peut-être pas un seul lot, parmi ceux qui sont en vente, qui
1 e puisse, avec un travail intelligent, faire vivre confortable-
ment une nombreuse famille.
Encore une fois, c'est le colon qui fait la valeur de con lot.

Or, le colon qui réussit le mieux n'est pas celui qui tr-a vaille

le plus fort : c'est celui qui travaille le plus sensément.


L'agriculture n'est pas seulement un métier qui repo:- >ur
la force des bras ; c'est une science qui repose sur la raison, le

calcul et le jugement.
Quoiqu'il en soit, et toutes choses étant égales d'ailleurs, il

ne faut pas non plus, sous prétexte qu'on est courageux, aller se

loger dans un champ de cailloux quand il y a des bonnes terres à


côté, et voici à ce propos quelques renseignements qui vous aide-
ront à reconnaître le terrain.

Moyems d'apprécier la honte et la nature du sol. —La bonté


du sol se reconnaît à la croissance vigoureuse des arbres, à la
netteté de leur écorce. Les terres noires ou tirant sur le noir,

et qui donnent cette couleur à l'eau qui a séjourné quelque


temps à leur surface, sont de bonne qualité.
On peut aussi faire usage du procédé suivant on pratique :

dans le sol une ouverture que l'on bouche ensuite avec la terre
enlevée pour faire cette ouverture. Si cette terre enlevée ne
peut toute rentrer dans le trou, le terrain est bon si elle le :

comble, il est médiocre ; mais si elle ne le remplit pas. le ter-

rain est mauvais.


faut tenir compte aussi des accidents du terrain
Il maré- :

cages, bas-fonds, swamps, rochers, qui prennent de la place, et

rendent la culture difficile et coûteuse et qui, plus tard, seront

taxés comme de la bonne terre et ne vous rapporteront rien.


Songez aussi à la question de l'égouttement et du drainage, et
préférez un lot qu'on nuisse facilement égoutter.
Les terrains qui ont une forte pente sont difficiles à culti-

ver, il faut les éviter ; les terrains plats et en terre forte sont
,

LE LIVRK DU COLON

souvent travaux du printemps ne peu-


difficiles à égoutter, et les

vent s'y commencer que tardivement en année humide.


Si l'eau des lac3 ou des ruisseaux qui arrosent le terrain est
rougeâtre, le terrain est «rénéralement léger et contient du fer :

cette terre est bonne, mais aura besoin de fumiers riches.


Si l'eau est blanchâtre, le terrain est glaiseux et froid : il faudra
le corriger avec du sable, des cendres, de la chaux, des fumiers
longs. Si l'eau est claire, transparente, froide, si les lacs con-
tiennent beaucoup de truite, les terrains sont généralement
bons, mais rocheux.
Les arbres peuvent encore vous donner de bons renseigne-
ments et vous pouvez, à ce propos, interroger le netit tableau
suivant qui indique les terrains qui conviennent le mieux aux
arbres de nos bois :

NOMS DES ARBRES TERRAINS


QU'ILS PREFERENT

Erable à sucre graveleux, léger, riche


Erable rouge (plaine) alluvion, graveleux, frais
Erable blanc (à fruit laineux). même terrain
Chêne blanc profond
glaise, sec,
Chêne rouge glaise, frais, profond
Bouleau . .frais, sablonneux, peu profond
Merisier rouge . ..même terrain, mais plus riche
Frêne (rouge et blanc) frais, profond, riche
Hêtre montagneux, rocheux, frais
Frêne gras bas, humide ou marécageux
Epinette (noire et blanche) . . frais, graveleux, riche
Epinette rouge , bas, humide ou marécageux
Noyer frais ou humide, riche
Orme même terrain
Tilleul (bois blanc) même terrain
Peuplier (tremble) , maigre, frais
Pin sablonneux, souvent' rocheux
Pruche léger, montagneux, humide
Sapin bas, humide, souvent marécageux
Saule indifférent mais plutôt frais
Sorbier (cormier) . ...frais, montagneux ou rocheux
Cèdre blanc bas, montagneux (savane)

Les bois mêlés, c'est-à-dire ceux qui contiennent par exem-


ple de Férable, du merisier, un peu de frêne, de bois blanc et de
10 LE LIVRE DU COLON

l'épinette, indiquent généralement de bonnes terres ; et si ces


arbres sjnt bien élancés, vigoureux, il n'y a pas à s'y tromper, la
terre est bonne.
La présence du buis dans les bois francs dénote une bonne
terre.
Mieux vaut prendre un lot bien exposé au soleil du midi et

garanti par des montagnes contre les vents froids du nord.


Le voisinage d'un lac a l'avantaere d'être moins exposé aux
gelées : il en est de même des terrains élevés.
Mais si vous vous installez près d'un lac, établissez-vous du
côté du nord ou de l'est, plutôt que du côté du sud eu de l'ouest,
afin d'être mieux protégé contre les vents froids.
En choisissant votre emplacement, n'oubliez pas surtout la
question de l'eau.
L'eau pour une ferme est aussi importante que la poudre
pour un chasseur.
Prévoyez donc d'avance où seront les bâtiments, le jardin,
y a une source, une crique, un bout de rivière ou de
etc., et s'il

lac sur votre lot, tenez en compte et tirez vos plans en consé-
quence.
C'est parce que ces petits détails-là sont trè> important&
qu'on ferait bien de commencer par camper sous une tente au
lieu de bâtir en arrivant. On a ainsi le temps de mieux con-
naître les défauts et les avantages de sa terre et de choisir avec
plus de justesse l'emplacement qui convient aux bâtisses.
Avec 25 ou 30 verges de gros coton jaune, votre mère,
votresœur ou votre femme peut vous fabriquer une petite tente
eu quelques heures, et quand vous aurez une maison, le coton
vous servira toujours à quelque chose. On peut très bien rester
sous la tente jusqu'à la Sainte-Catherine, pourvu cfu'on ait la
précaution d'y étendre des branches de sapin, de cèdre ou de
pruche et de l'entourer d'une petite rigole.

Graines de Semence
En général, le colon ne s'inquiète pas assez du choix de se&
semences : c'est pourtant la question la plus importante pour un
cultivateur, et je vous passe une petite liste qui peut vous servir.
LE LIVRE DU COLON II

Si VOUS ne partez qu'au printemps pour votre canton, vous pour-


liez facilement, dans le cours de l'hiver, épargner de quoi vous
approvisionner. En tous les cas, faites votre possible*, choisissez
dans cette liste celles des graines qui vous serviront le plus cou-
ramment, si vous ne pouvez les acheter toutes.

Noms des Variétés Préférables Quantité Prix


Moyenne Moyen

Betterave (jaune ovoïde) % de livre tn rt-7

Blé d'Inde canadien jaune 4 épis .08


Carotte guérande jaune)
'
I once .10
Chou (Henderson d'été) I paquet .05
Chou de Siani Champion { ) . .
% de livre . 10
Citrouillecanadienne (jaune et verte) % de livre ;
.10
Concombre (épine blanche) I paquet -n";

Fève rameuse (jaune Lima) I paquet .05


Navet blanc ( Globe) % de livre .10
Oignon rouge plat I paquet •05

Vous voyez que c'est bien modeste, mais mon livre est
surtout pour les colons qui ne sont pas millionnaires : les autres
pourront ajouter à cette liste des graines de salade pommée
"Pierre blanche, " de melon "ananas d'Amérique/' de persil
frisé double, de rhubarbe Victoria, de radis rouge écarlate, etc.

Ils en trouveront le prix dans les catalogues que distribuent


les marchands de graines.
Quel que soit l'état de votre fortune ,je vous recommande
cependant de consacrer quelques sous à acheter un paquet d'an-
gélique, de sarriette d'été, de betterave à sucre de France et
deux ou trois onces de graines de soleil.
Quant au tabac, je n'ai pas de conseils à vous donner :

chacun son goût, moi je fume de préférence le vrai canadien,


qui vient bien dans nos terres neuves.
Dites au marchand qui vous vendra vos grainages de mettre
quelques paquets de graines de bouquet par-dessus le marché ;

ça sera pour la ménagère.


Demandez lui aussi un catalogue en français ; vous y trou-
verez les renseignements nécessaires pour semer convenablement
toutes ces graines.
J2 LE LIVRE DU COLON

En s'y prenant à l'avance, votre femme peut aussi vous


exempter quelques dépenses en conservant les graines de semen-
ce? potagères qu'elle peut trouver à sa portée : graines de to-
mates, de concombres, de citrouilles, de melons.
Achetez aussi, sur le marché, deux ou trois navets, autant
de betteraves et de carottes ; choisissez les plus belles : le prin-

temps venu, vous les planterez proprement dans un coin de


votre jardin : ça vous servira de porte-graines et vous sauvera
d'autres dépenses.
Quant aux çrrains proprement dits, avoine, seigle, orge, sar-

rasin, ainsi que la graine de trèfle et de mil, on recommande gé-


néralement de les acheter sur place ;
ça coûte quelques cents de
plus, mais on sauve le coût du fret et on obtient ainsi des varié-
tés acclimatées à la région.
Surtout, n'achetez que du meilleur, quitte à en acheter
moins ; la graine de mil sale, ou l'avoine éventée, coûte toujours
trop cher, même à cinq cents le minot.
Vous pouvez aussi obtenir quelques graines de semences,,
légumes, grains, natates, etc., en écrivant à la Ferme Expéri-
mentale d'Ottawa. Demandez qu'on vous envoie ce qui convient
le mieux pour votre terre (terre légère, terre franche ou terre-
forte). Ecrivez autant que possible avant le 1er de mars de
chaque année. Vous obtiendrez ainsi deux ou trois livres d'excel-

\J lentes semences, et en continuant ainsi pendant quelques années,


vous aurez bientôt tout un assortiment de plantes de choix qui
vous permettront de recueillir vous-même vos graines de se-

mence, sans qu'il vous en coûte un sou.

Adressez votre lettre comme suit :

A Monsieur le Directeur,

Ferme Expérimentale Centrale, Ottaica.

En même temps, demandez lui de vous envoyer le dernier


rapport des fermes expérimentales (en français) ; c'est un gros
livre publié par le gouvernement pour renseigner les cultiva-
teurs. Il y a là bien des choses nui ne peuvent pas immédiate-
ment vous servir, mais vous y trouverez quand même de bons-
renseignemeiits — et ça ne coûte rien.
LE LIVRE DU COLON 13

Quand partir ?

C'est encore toute une question, et la réponse dépend des


circonstances.
Si vous avez l'argent nécessaire pour vivre jusqu'à la ré-
colte de l'an prochain, et vous acheter une vache dès le prin-
temps, partez cet automne. Ca vous donnera de l'avance : vous
pourrez bâtir votre chantier en arrivant, et tandis que votre
femme s'occupera des petits détails de l'installation, vous aurez
le temps d'efferdocher quelques arpents de terrain dont vous
abattrez le gros bois durant l'hiver.
Mais si vous n'avez pas d'argent, et s'il vous
faut, dès le premier hiver, abandonner votre chantier, je
crois qu'il vaut mieux attendre au printemps, surtout si vous
avez de l'ouvrage où vous êtes.

Vous le voyez, il est difficile de donner une réponse iixe,

parce oue les circonstances changent et qu'une chose avanta-,


geuse pour Louis peut causer la ruine de Eobert.

Installation

Vous voici donc sur votre lot avec armes et bagages


y com-
pris, si possible, un ou deux voyages de planches. Si vous ne
voulez pas bâtir votre chantier en arrivant, afin de forcer
le dé-
iricheinent, faites-vous une cabane, pointue ou carrée, avec la
planche que vous avez emportée ; recouvrez-la avec des écorces
eu des auges de cèdre, mettez des branches de sapin comme
plancher en les plaçant en écailles de poisson, pour cacher
les
gros cotons. En plaçant cette cabane à l'abri du vent du nord,
vous pouvez y dormir sans crainte jusqu'à la Toussaint,
même
sans la fermer du devant. Le soir, vous faites un bon feu à
l'entrée, vous vous entortillez bien dans votre couverte,
et bon-
soir !

Cette méthode vous permet de vous mettre à l'efïerdochage


de suite, et à mesure que vous rencontrez une épinette ou
un
sapin qui peut vous convenir pour bâtir, vous l'abattez,
l'ébran-
14 LE LIVRE DU COLON

chez, le coupez en longueur et le laissez sur place. Entre temps,


\'0us vous ferez une échelle d'une vingtaine de pieds avec deux
épinettes et des rondins —votre
tarrière, votre hache et votre cou-

teau de poche suffiront pour cela. —


Eamassez ensuite de la
mousse mousse de
: roche, mousse d'érable, de frêne, de meri-
sier, etc., et faites-là sécher à l'ombre et à l'air.

Puis, quand tout sera prêt et que vos voisins auront fini
leurs récoltes, vous donnerez un hi pour monter le corps et la
charpente de votre chantier.
Personne ne vous refusera un coup de main : c'est dans les

coutumes du pays.
Aussitôt le chantier fini, faites deux ou trois grosses atti-

sées en ouvrant portes et châssis pour chasser l'humidité, et si

possible, ne couchez dans ce chantier qu'après l'avoir chauffé


ainsi un jour ou deux.
Si vos moyens ne vous permettej^t pas d'acheter toute la
planche nécessaire, employez celle que vous avez pour la cou-
verture, et mettez des branches de sapin comme plancher, ou
bien encore des écorces. mais je vous préviens que les arbres
sont durs à écorcer, excepté en juillet et août.
Vous pouvez encore couvrir yotre chantier avec des auges
en cèdre, et les voisins vous diront comment faire cela, mais
autant que possible, ayez de la planche. Vous achèterez ensuite,
si vous n'avez pas déjà, trois ou quatre rouleaux de papier gou-
dronné, et vous étendrez ce papier sur la couverture quand il ne
vente pas. placez des tringles pour le tenir. Ces tringles seront
mises de haut en bas et non de gauche à droite pour laisser cou-
ler l'eau de pluie et la neige fondue. Pour la même raison, faites
votre couverture pas mal à pic.

Entre temps, vous rechaussez bien le bas de votre chantier


avec la terre que vous avez tirée de votre cave. Si vous ne
faites pas de planrher, vous n >
pouvez naturellement pas faire de
cave. En ce cas, prenez de la terre aux environs pour rechaus-
ser. Ce travail est indispensable et vous sauvera bien des ma-
ladies. Eeste à calfeutrer les fentes, joints, etc.

Vous bouchez les plus gros joints avec des éclats de cèdre,
'Je du sapin, etc., puis vous achevez de boucher les
bois blanc,
trous avec de la mousse qu3 vous enfoncez avec un bo .t de bois
LE LIVRE DU COLON J5

taillé en ciseau, pas trop aiguisé, sur lequel vous cognez avec un
rondin.
S'il y a de la terre glaise dans les environs, faites vous du
mortier, voici comment : prenez de cette glaise par pelletées ;

faites la cuire en faisant un feu à l'entour, puis écrasez-là eu


poudre ; délayez-en deux ou trois terrinées dans un seau d'eau,
avec un peu de sable et de mousse ou même sans rien du tout,
et servez-vous en pour bousille: _

Si vous n'avez ni glaise ni chaux pour faire du mortier,


ma foi ! il faudra se contenter de la mousse.
Maintenant, si votre voisin a des vaches, demandez lui deux
ou trois brouettées de bouse, qui vous serviront pour bousiller,
mais d'une manière ou de l'autre, bouchez bien tous les trous ;

surtout les petits ; c'est par les petits trous qu'entre la mort, et
puis, cela vous sauvera trois ou quatre cordes de bois par hiver :

le bois ne vous coûte rien, mais il faut une journée pour en dé-
biter une corde et vous n'avez pas de temps à gaspiller.
Dès que le chantier est habitable, faites venir votre femma-
avec le reste de votre petit bagage, si ce n'est déjà fait.

Défrichement
Que vous soyez arrivé le printemps ou l'automne, vous voilà
donc du moins à peu près. Petit à petit, vous vous per-
installé,
fectionnerez, vous ferez un cLemin pour aller chercher
de l'eau,
puis un grand cadre avec 4 billots retenus par des piquets,
pour
empêcher les copeaux de s'éparpiller partout, puis' une
shed avec des écorces ou des branches pour abriter votre
meule
et le bagage qui ne peut entrer dans le chantier
; etc.

Laissons cela maintenant et parlons du défrichement.


Pour défricher profitablement, il ne suffit pas de se lever
à 3 heures du matin et de taper dans h tas jusqu'au retour des
étoiles il faut faire du bon ouvrage.
;

Prenez donc d'abord votre sape ou faucille et enlevez toutes


les ferdoches, en commençant auprès du chantier. Autant que
possible, arrachez les ferdoches au lieu de les couper. Puis,
16 LE LIVRE DU COLON

faites un mort bien sec, et jetez-y


petit feu d'écorce et de bois
vos ferdoches à mesure pourvu que vous ayez le
: ça brûlera
soin de relever votre feu de temps en temps. A mesure que vous
vous éloignez, faites de nouveau?: feux — et ainsi de suite.

Durant les premiers temps, ne vous sen-ez de la hache que le


moins possible vous n'y êtes pas habitués peut-être et une fou-
:

Ivre est vite attrapée. Ne restez pas non plus trop longtemps ac-
croupi pour travailler : cela étourdit — variez votre ouvrage.
Coupez un peu, arrachez les racines, culbutez les souches pour-
ries, attisez vos feux.
Le lendemain matin, prenez la hache, mais rien que pour
une heure, abattez deux ou trois petits sapins ou épinettes,
ébranchez-les. brûlez les branches — ^billez, c'est-à-dire coupez
l'arbre en longueurs de 10 à 12 pieds, puis, avant de vous sentir
fatigué de la hache, reprenez la sape ou la faucille et continuez
l'efferdochage. Au bout de quelques jours, vous aurez ainsi le

tour de la hache, et pourrez abattre pendant quelques heures.


Si vous êtes en automne, il vaudra mieux forcer sur l'effer-
dochage jusqu'aux neiges et bûcher le gros bois en hiver, à moins
que vous ne soyiez obligé d'aller en chantier.
En ce cas, calculez votre affaire pour arriver à peu près
juste.
Si votre voisin peut vous louer son cheval, sortez tout le bois
qui peut vous servir : bois de corde, piquets de clôtures, perches,
etc. Mettez ça en roll tvay, sur des traverses, en attendant l'heure
de vous en servir.
Quant à l'autre bois, laissez-le sur place pour le brûler le
printemps venu.
Surtout, ne craignez pas de mettre de côté autant de bois
que possible : bois franc, billots, perches, piauets, etc., vous en
aurez besoin plus vite que vous ne le croyez.

Ce bois, quand il est placé sur de bonnes traverses (roïï

ivays) qui l'empêchent de toucher terre, qu'il est bien aéré au


moyen d'autres traverses placées entre chaque lit, et qu'il est

abrité contre le soleil et la p'uie par une couverture en écorces


ou en planches mises sur des perches retenues par des fourches
de bois piquées en terre, peut se conserver ainsi pendant plu-
sieurs années, et au bout d'un an ou deux le colon sera bien aise
LE LIVRE DU COLON 17

de ti'ouver ce bois à sa portée plutôt que d^aller en chercher à 25


ou £0 arpents pour se chauffer, pour bâtir ou faire des clôtures.
Ajoutons qu'en brûlant tout son bois, le colon massacre sa terre
en détruisant tout l'humus qui la recouvre. Cet humus, com-
posé de feuilles pourries, est ce qui rend le sol fertile. Qu'on le

brûle et il ne reste plus que du sable, de la roche ou de la glaise


qui ne donneront parfois que de pauvres récoltes, même malgré
la richesse des cendres.
Il est bien vrai que les terres neuves sont quelquefois aci-
des et que le feu a la vertu de corriger ce défaut ; mais un
simple feu de branches suffit à atteindre ce but.
On pourrait même s'exempter complètement de brûler la
terre neuve, en y répandant de la cendre ou de la chaux.
Ce qui détruit l'acide, ce n'est pas en effet le feu lui-même,
mais la potasse contenue dans la cendre que le feu donne.
Ajoutons que, dans les bois francs ou même dans les bois

mêlés oiî le bois franc domine, la veugle, c'est-à-dire la couenne


de terre acide qu'on cherche à détruire par le feu, n'existe
qu'assez rarement sur une épiasseur capable de nuire, et qu'il suf-
firait souvent, pour avoir une bonne récolte sur ces terrains, de
donner un bon coup de herse.
D'autre part, le colon devant s'efforcer, comme on le verra
tantôt, de cultiver des légumes la première année, et ce travail
s'exécutant surtout à la pioche, on comprend que, même dans un
terrain un peu veugleux, on pourrait s'en tirer sans brûler autre
chose oue des branches et des ferdoches.
L'heure venue de brûler, on réunit tout le gros bois en
bûchers et on met le feu, en relevant à mesure les tas. Il vaut
mieux brûler les tas qui sont près du chantier, le soir, et en
toutes petites quantités à la fois, alors que le vent est tombé, par
crainte des accidents.

Inutile, au reste, de recommander la prudence : il suffit

parfois d'une étincelle pour ruiner un homme.


Il existe une autre méthode de défrichement (^u'on nomme
l'abattis plat ; on l'emploie surtout dans les bois mous (sapiniè-
res etc.) Ici, on n'efferdochera pas du tout. On abat tout le gros
bois, arbre sur arbre, en ébranchant et en hillant à mesure, puis
18 LE LIVRE DU COLON

le printemps venu, on met le feu, après quoi on ramasse les

billots qui restent, et on les met en tas pour les brûler.

En usant de cette méthode, le colon gagne un peu de


temps, mais court plus de risques d'abîmer sa terre ou d'in-
cendier toute la région.
Quelle que soit la méthode que vous employez, observez les

quelques remarques suivantes : attaquez toujours l'arbre que


vous voulez abattre par le côté où vous voulez qu'il tombe ; faite

une bonne coupe jusqu'au cœur, puis, faite l'autre coupe 2 ou 3


pouces plus haut. Veillez aussi à ce qu'aucune branche ne se
trouve dans le chemin de votre hache i-pour cela, coupez d'abord
toutes les ferdoches qui peuvent vous nuire.
Si vous êtes plusieurs ensemble, criez au moment où votre
arbre va tomber, pour prévenir les autres du danger.
Ne travaillez pas trop rapprochés les uns des autres. Ne
vous tenez jamais en face d'un camarade qui bûche. La hache
peut se défaire ou lui srlisser des mains.
Ne vous ambitionnez pas un effort ou une foulure du poi-
:

gnet est vite attrapée, et si une imprudence vous rend malade


pendant quinze jours, vous serez moins avancé qu'avec le p'tit
train va ïcin.

Cultures de première année

Le colon devra, la première année, semer autant de légu-


mes que possible ça ;
vient bien, ça ameublit la terre et ça vaut
un labour.
Il pourra, vers l'époque du retour des corneilles, faire une
petite couche-chaude, avec une boîte ou des cales de cèdre bien
rechaussées jusqu'au bord, et y semer un peu de tabac, de sala-
de, de choux, de radis, de concombre, etc. Sa femme en pren-
dra soin. Il se rappellera seulement que, quand le lard se
vend 15 cents, un quart d'arpent de jardinage mieux que
paie
deux arpents d'avoine, et il ne craindra pas de donner un coup
main à sa femme pour bêcher le jardin.
^iôe

Dès que les feuilles commenceront à pousser, il achètera


une vache, une canadienne. Il lui attachera une clochette au
LE LIVRE DU COLON 19

cou et la mettra en pacage au bord du bois, après avoir fait une


clôture (V embarras avec de moyens arbres abattus du même côté,
les uns sur les autrej.

Cette vache ne coûtera rien de l'été, donnera du lait, du


beurre et permettra d'engraisser un cochon. Ce qu'on gagnera
de ce côté vaudra déjà la moitié du prix de la vache. Le colon
sèmera un arpent de légumes (patates, navets, etc), un peu de
bié-dlnde et de citrouilles, puis le reste en avoine, soit seule,
soit avec de la graine de mil. Il coupera cette avoine en vert :

elle lui servira, avec les légumes, le blé-d'Inde et les citrouilles,


pour hiverner si, vache.
Disons d'abord nu'il ne faut pas, la première année, trop
s'occuper des roches ou des souches.
En travaillant la terre pour ensemencer, on se réserve
quelques endroits où on jette les bouts de bois et les cailloux
qu'on peut enlever à la main.
Quant aux pierres et aux grosses souches qu'on ne pourrait
remuer sans avoir un levier ou un cheval, on les laisse ; le temps
en viendra bien à bout.
S'il y a, devant la maison, quelques souches plus ou moins
creuses qu'on veut faire pourrir au plus vite, on les remplit de
terre et on y sème des capucines, de la verveine (verbena), de
ia mignonnette, des graines de citrouille ou autres plantes qui
lont touffe : c'est joli comme verdure, et puis ça entretient une
fraîcheur qui fait pourrir le bois.

Pour détruire les souches, on recommande encore le


moyen suivant :

Quand la souche on y creuse, de haut en bas, un


est sèche,
trou de 7 à 8 pouces avec une tarière on remplit le trou avec ;

du pétrole, on bouche soigneusement ce trou, puis, au bout de


quelques mois, quand le pétrole s'est bien infiltré dans toutes les
fibresde la souche, on y met le feu. Mais cette méthode coûte
cher et ne pourrait servir que TX)ur enlever les grosses souches
qui nuisent trop aux alentours du chantier.
Encore une fois, autant vaut attendre : au bout d'un
an ou deux, trois au plus, la plupart de ces souches s'arracheront
aisément avec un cheval ; la première année, le temps presse
trop pour s'arrêter à ce travail.
20 LE LIVRE DU COLON

Courtes notions sur les grains, légumes, etc ,

utiles au colon

Indépeudainment des notions que vous apprendrez en inter-


rogeant des voisins ou en lisant le catalogue que je vous ai dit
de demander au marchand de graines, voici quelques renseigne-
ments qui pourront vous servir :

Blé. —
Doit-on recommander au colon de semer du blé ? Ca
dépend si vous êtes proche d'un moulin à farine, si votre terre
:

est convenable, semez-en ; sinon, abstenez-vous ; cette culture,


du reste, doit être limitée aux besoins de la famille, car vous ne
pourrez guère en vendre ; c'est à vous de calculer toutes ces
choses et de voir si ça vous paierait.
Le blé vient bien dans les terres fortes bien égouttées ou
dans nos terres franches ou légères bien ameublies, mais il pré-
fère la terre forte. Il demande une terre bien exposée au soleil,

car il lui faut beaucoup de chaleur pour mûrir \ un terrain


abrité contre le vent du nord est préférable.

Seigle. — Dans certains sols, le seigle peut être semé plu-


sieurs années de suite sans trop fatiguer la terre, mais il est pré-
férable de s'en exempter, parce que la première récolte vaut
mieux que les suivantes et que cela peut favoriser la croissance
des mauvaises herbes.
Usages. —
Mélangée à la farine de blé, la farine de seigle
donne un bon pain de ménage, économique et soutenant.
— On peut donner un peu de seigle aux animaux quand
l'avoine est rare, mais pas trop souvent, car ça les affaiblirait.
Coupé en vert, le seigle donne un excellent fourrage pour tout
le bétail, mais surtout pour les juments poulinières.
—La paille de seigle peut être donnée aux animaux, soit
seule, soit avec un peu de foin : on en fait aussi des litières, des
paillassons, des paniers pour les mouches à miel, ou on s'en sert
pour couvrir les bâtiments.
Orgei — On dit que l'orge convient à tous les climats : elle

redoute cependant l'humidité prolongée et préfère une bonne


exposition chaude.
LE LIVRE DU COLON 21


Seule, la farine d'orge donne un pain grossier,
Usages.
mais on mélange avantageusement, en petites quantités, à la
la

farine de blé. L'orge non moulue fournit une excellente nour-


riture aux volailles et au bétail; elle est plus rafraîchissante que
l'avoine et convient mieux aux chevaux qui ne travaillent pas
beaucoup en été. La paille est plus dure et moins nourrissante
que les autres : il faut la mélanger au foin ou la garder pour
faire des litières. Coupée en vert, l'orge donne un excellent
fourrage.
Avoine. —L'avoine s'accommode généralement de tous les
terrains, mais vaut mieux
il lui réserver les terres légères.
Usages. — On peut moudre faire l'avoine en farine pour en
faire de la galette, mais cette galette est noire et amère ; il vaut
donc mieux réserver l'avoine pour le bétail. L'avoine augmen-
te le lait des vaches ; elle donne aux cochons un lard ferme et de
bonne qualité : elle engraisse bien les moutons et les volailles,
qui pondent mieux et plus à bonne heure. La paille d'avoine
convient aux chevaux, mais surtout aux vaches et aux moutons.
Elle est très nourrissante et on. doit par conséquent éviter de la
mettre en litière quand on peut faire autrement. Les vaches
nourries seulement à la paille d'avoine finissent par donner un
lait amer qui gâte le goût du beurre ; il vaut donc mieux varier
la nourriture de ces bêtes. L'avoine coupée en vert donne un
excellent fourrage.
Sarrasin. —Le sarrasin redoute le froid, les grandes cha-
leurs, les vents secs, les brusques changements de température ;

il ne mûrit pas non plus régulièrement : c'est dire qu'il ne con-


vient pas toujours au colon. Il peut venir dans les terres pauvres
et maigres : il n'aime pas les terres trop fortes et humides ; les

terres riches — et les terres neuves sont généralement très riches


— le portent à donner beaucoup de pesats, mais peu de grain ;

de plus, prend plus de temps à mûrir.


il

Usages. —
On en fait une galette substantielle et économi-
que ; bien préparée, cette galette n'est pas désagréable au goût et
tient lieu de pain pour un très grand nombre de nos colons et
voire même de nos cultivateurs.
Non moulu, le sarrasin convient aux volailles, aux cochons
tt aux chevaux. Son pesât est généralement donné aux moutons,
22 LE LIVRE DU COLON

mais c'est bien pauvre ; faute de mieux, on emploie ce pesât


comme fourrage ou litière.

BU d'Inde. — Pour mûrir, 1 eblé d'Inde demande encore


plus de chaleur que le blé ; il faudra donc choisir des variétés
très hâtives et les semer dans un terrain bien exposé au soleil et

abrité du vent du nord. Les terres franches sont les meilleu-

res, car le blé d'Inde redoute les terres trop fortes ou trop légè-
res, la sécheresse et l'humidité.

Sur une terre neuve, on sème généralement le blé d'Inde de


3 pieds en 3 pieds, dans de petites fosses creusées à la pioche.
On peut mettre dans quelques-unes de ces fosses, de 6 pieds en 6
pieds, par exemple, une ou deux graines de citrouille avec les
grains de blé d'Inde.
Usages. — La farine de blé d'Inde sert à faire des galettes
qui sont un peu sèches, mais soutenantes ; on en fait aussi des

gâteaux {Jolinny cakes) : bouillie avec de l'eau et du lait, elle

donne une bonne nourriture. On peut aussi la mé-


langer à la farine de blé pour en faire du pain de ménage. Le
Idé d'Inde en farine ou même en grain engraisse bien les cochons

et les volailles. Il remplace avantageusement l'avoine pour les


chevaux, mais il vaut mieux le casser, parce qu'il use les dents.

Les bouettes de farine de blé d'Inde, seule ou mélangée de pa-


tates cuites, conviennent aux vaches, aux bœufs de travail, aux
moutons, Les cotons de blé-d'Inde sont brûlés quand ils
etc.

sont secs ou employés à faire de la fumée pour boucaner les jam-


îions, la viande, etc; les feuilles de la tige et de l'épi sont données

aux vaches. Celles qui sont les plus fines et les plus souples
font d'excellentes paillasses ; les tiges, coupées en petits mor-
ceaux, sont données aux vaches. Si vous en avez beaucoup,
coupc-z-les de suite avec une hache, faites-les bien sécher à l'om-
bre et à l'air, puis, mettez-les au grenier par petits tas durant ;

l'hiver, vous en donnerez de temps à autre à votre vache, après


les avoir fait tremper pendant quelques heures dans l'eau chau-
de, avec un peu de sel.
Enfin, vous trouverez plus loin, dans les recettes de la ména-
gère, la manière de préparer le blé d'Inde lessivé.

Poi<s. —Les pois viennent bien dans les terres neuves ; ils

craignent cependant les sécheresses, les pluies T>rolongécs et les


LE LIVRE DU COLON 23

gelées suivies de chaleur. Les meilleures terres à pois sont les

terres franches ; les terres fortes donnent plus de pesât qu'autre


chose.
Usages. — On connaît l'usage des pois en cuisine. Le pesât

est donné aux "•aches et aux moutons ; les pois, moulus ou en-
tiers, cuits ou crus, conviennent aux vaches, aux cochons et aux

volailles.

Prairies

Prairias. —Plus encore que pour le cultivateur des vieilles


une terre neuve, la base de toute
paroisses, les prairies sont, dans
culture sérieuse, parce que l'éloignement des marchés pousse le
colon à l'élevage ; puis, parce que la main-d'œuvre est rare et

chère, et puis, parce que, assez souvent, les terres, placées en dé-
vallage, sont difficiles à labourer.
donc soigner les prairies.
Il faut
Au Canada, on ne cultive guère d'autre foin que le mil ;

c'est un tort, car le mil n'est pas toujours ce qui convient le


mieux à une terre, et il existe peut-être une cinquantaine d'au-
tres plantes qui donnent un excellent fourrage et rendraient de
meilleurs services. Malheureusement, le colon n'est pas en état
de faire des expériences, et puis, il compte surtout vendre un peu
de fourrage aux marchands de bois qui n'achètent que du mil ;
il faut donc en passer nar là en attendant mieux.
Après avoir levé une légumes sur le terrain des-
récolte de

tiné aux prairies, on sème généralement le mil avec du grain :

seigle, orge ou avoine. On préfère l'avoine qui se vend aux


chantiers, mais l'orge favorise mieux le foin. L'automne venu,
on récolte le grain eu ce n'est que l'année suivante que la prairie
donne.
Ici, laissez-moi vous recommander de ne pas imiter l'im-
prévoyance de plusieurs cultivateurs des vieilles paroisses, qui
maintiennent leurs prairies pendant dix ou quinze ans sans les
relever —une prairie ne profite guère que pendant 4 ou 5 ans, 6

au plus, et encore.
24 LE LIVRE DU COLON

Dès qu'elle commence à faiblir, il faut la laisser en pacage


pendant quelques années, puis labourer, semer des légumes, avec
fumier pendant un an ou deux, puis du grain, qu'on coupe en
vert, et revenir au foin seulement quand la terre est redevenue

propre et grasse. De la sorte, on se donne un peu plus de mal.


mais on n'est pas obligé de défricher cinquante arpents de terre
pour avoir le nécessaire à l'hiveruement du cheval, d'une couple
de vaches et de cinq ou six moutons.
En général, il vaut mieux faucher les prairies assez tôt pour
que les mauvaises herbes n'aient pas le temps de mûrir et de

s'égrener. Un coup de herse légère, donné au commencement


de l'automne, aère bien le sol et y étend les bouses plus unifor-
mément.
Quand donc vous verrez la mousse, la verge d'or, l'oseille, la
marguerite ou même les ferdoches, envahir votre pacage, il n'y a
pas à hésiter ; il faut relever la pièce par un bon labour, enlever
les souches pourries, épierrer, nettoyer, herser, répandre tout le

fumier dont on dispose, herser encore puis semer des légumes.


Aux gi'ands maux les grands remèdea Je vous conseillerais
même de ne pas attendre aussi longtemps pour faire ce travail.
On ne saurait trop recommander au colon de consacrer une
bonne part de sa terre à la culture du trèfle, et surtout du trèfle
blanc, alsike ou jaune ; on l'a vu réussir dans les régions les
plus reculées du bas fleuve, et y donner des résultats très en-
courageants. Semé en prairie, il donnera deux fortes récoltes.
La première coupe fournira au bétail un aliment d'autant plus
substantiel que ledit trèfle aura été coupé plus vert. Ce n'est
pas l'habitude de faucher la seconde coupe. On prétend que
cela épuise le trèfle. On peut cependant y mettre les animaux
en pacage. Ajoutons que cette plante amende les terres au lieu
de les épuiser.

Un mélange de pois et d'avoine coupés verts fait un excel-


lent fourrage. On recommande de semer de bonne heure le

printemps. Un
minot de pois avec deux minots d'avoine fait
un mélange bien proportionné. On doit semer les pois environ
une semaine avant l'avoine.
LE LIVRE DU COLON 25


Fourrages additionnels. Vous ferez bien de donner des
rameaux de pruche à vos animaux deux ou trois fois par semai-
ne ; çà les réchauffe et c'est bon pour la santé.
Je connais même des colons qui ont hiverné des vaches rien
qu'avec cela, mais on conçoit que cette méthode n'est pas à re-
commander. Les foins naturels qui poussent dans les marais
et dans les environs de quelques lacs : foin de castor, foin bleu,
foin plat, etc., etc., peuvent encore, rendre service au colon et
Faider à hiverner ses bêtes. Même si vous avez du foin et des
légumes, recueillez ces niantes si elles sont à votre portée ; ça
mettra de la variété dans le régime du bétail, ça vous permettra
de changer les litières plus souvent et ça augmentera d'autant les
proportions de votre tas de fumier.
Les feuilles de frêne, d'orme, de bois blanc (tilleul), de
bouleau, de merisier, d'érable, de tremble, d'aulne, de chêne, de
coudrier, de hêtre, et quelques autres moins communes, peuvent
aussi vous aider à hiverner \7)tre bétail quand le foin est rare.
Mais ces feuillages sont d'autant plus nourrissants qu'ils sont
cueillis plus à bonne heure en été ou même à la fin du printemps.
En défrichant, vous en ferez donc des fagots que vous mettrez
debout et laisserez sécher à l'ombre et à l'air, et l'hiver venu,
vous donnerez ces fagots au bétail. Il mangera les feuilles, et

souvent même Avec un peu de foin, quelques légumes


l'écorce.

par-ci par-là, une bouette uour les jours de fête, cela lui suffira,
faute de mieux. Il ne faut cependant pas abuser de
ces feuillages qui, tous excepté l'érable, le tilleul (bois blanc),
et le merisier, sont très échauffants, peuvent provoquer des bron-
chites et diminuer le lait des vaches.

Il ne faut donc recourir à ce moyen qu'en cas de malheur,


car un colon doit savoir trouver sur sa terre le foin, la paille et
les légumes voulus pour hiverner sou bétail.

Récoltes.

Notions. — Ici comme dans les autres chapitres, je ne puis


que grouper quelques conseils généraux sous peine de donner à
mon modeste volume les dimensions d'une encyclopédie.
Aussi bien, pourrez-vous toujours recourir à l'expérience
26 LE LIVRE DU COLON

des anciens de la place, qui sont encore les meilleurs juges pour
les détails de la pratique, et qui vous donneront de bons conseils
sur la façon de faire une gerbe, une moyette ou une meule, de
fabriquer un râteau, une fourche de bois, des liens en écorce
d'orme ou de bois blanc, de battre au fléau, de vanner, de faire
un brancard pour transporter vos récoltes si vous n'avez pas de
voiture, etc.
Surtout, n'ayez pas honte de demander un renseignement :

la faute ne consiste pas à ignorer une chose ; elle consiste à né-

gliger d'apprendre quand on le peut.

Les foins. —Pour les foins, il ne faut pas craindre de fau-


cher de bonne heure, c'est-à-dire aussitôt que la fleur du mil
est à peu près formée. On obtient de la sorte un foin plus ten-
dre, plus nourrissant et qui fatigue moins la terre.
Frais coupé, le foin n'a pas peur de la pluie, mais s'il est

à moitié sec, un orage suffit pour le gâter.

La poussière grisâtre qu'on remarque souvent sur le foin en


grange ou en meule provient de la moisissure qui s'y est déve-
loppée parce que le foin a été engrangé sans être complètement
sec. Cette poussière est très malsaine.

Les légumes. — Pour avoir des patates nouvelles avant la


grande récolte, grattez la terre au pied des plus belles tiges,
choisissez les plus belles patates et recouvrez bien l'ouTerture
en tassant la terre ; çà vaut mieux que d'arracher complète-
ment la plante.
La récolte générale se fait, chez les colons, avec une fourche
à dents plates (brock). On laisse les patates sur le terrain pen-

dant quelques heures pour qu'elles se ressuient, puis on les ra-


masse le jour même afin d'éviter la rosée du soir, qui les porte-
rait à pourrir.
On les dépose ensuite sous un hangar, à l'abri de l'humidi-
té de 'la rosée et des gelées possibles ; au besoin, on les recou-

vre, le soir, avec un peu de paille, des branchages secs ou des


sacs au bout d'une quinzaine de jours, après avoir remué les
;

tas detemps en temps, pour que toutes les patates aient le temps
de bien sécher, on les met en cave ou en caveau. On met des
LE LIVRE DU COLON 27

branches bien sèches ou des écorces sous les patates pour qu'elles
ne touchent pas le sol de la cave ; on en met aussi sur les côtés
ei en arrière du carré où elles se trouvent, pour les isoler.
En observant ces quelques conseils, surtout dans les années hu-
mides, on évitera la pourriture de ces tubercules.
Au printemps, évitez de donner des germes de patates à vos
animaux ; vous pourriez les tuer.

Xe leur donnez pas non plus de patates pourries : la pour-

riture n'est bonne que pour le fumier.


Suivez les mêmes conseils pour les autres légumes récoltés :

carottes, navets, betteraves, etc., à qui on recommande de laisser

leurs racines.

Les grains.— Le srain (blé, orge, seigle, avoine, etc.) se


grain, assez bien
récolte quand la tige est jaune dorée et que le
plus s'écraser sous les doigts, se laisse cependant
formé pour ne
rayer par l'ongle. L'épi est alors d'un jaune blanchâtre.
On récolte les pois quand les cosses, bien sèches, commen-
cent à se tordre. On fauche ou on arrache les tiges ; on les
jours,
laissefaner en brassées ou en javelles pendant cinq ou six
puis on les met en bottes nour les transporter.
deux ou trois pou-
Quant au blé d'Inde, coupez-en la tige à
grain durcit et que les feuilles jaunissent,
ces de terre, dès que le
et mâtez-les long d'une clôture ou du chantier, au
en rang le

soleil, pour qu'il achève de mûrir en quelques jours ; après quoi


vous arrachez les épis, que vous éplucherez en famille ou en don-

nant une " épluchette " avec les voisins. Comme, à cette époque,

l'herbe commence à dans les pacages ou les bois, vous


être rare

donnerez une brassée de tiges de blé d'Inde à votre vache tous


les soirs à l'étable ; elle mangera les feuilles et laissera les tiges.

Vous hacherez alors les tiges, vous les ferez bien sécher en les

étendant au soleil empêcher de chauffer, vous les met-


pour les

trez ensui e au sec pour les donner au bétail en hiver, ainsi que
je l'ai dit plus haut. Quant au grain cultivé pour être coupé vert,
sur le
on coupe dès que le grain est formé ; on. le laisse faner
le
pour activer le séchage, on le met en
champ, on le retourne
veilloches ou veillottes, et on le traite exactement comme le mil

ou le trèfle.
28 LE LIVRE DU COLOX

Cette méthode de traiter le grain et de l'utiliser me semble


celle qui, dans la plupart des circonstances, et surtout la pre-
mière année, convient le mieux au colon qui a du bétail et qui
peut s'exempter de vendre son grain.

Bétail

Le gros bétail, sur une ferme, comprend les chevaux, ou :

bœufs de travail, les bêtes à cornes, les cochons et les moutons.


Pour élever des chevaux et en faire un commerce, il faut
d'abord des connaissances que vous n'avez pas plus que moi, sans
doute, puis pas mal d'argent pour commencer. Il faut ensuite
attendre plusieurs années avant que cela ne paie, et courir des
risques que vous n'êtes pas en état de supporter.
Il ne faut donc pas songer à l'élevage des chevaux. Ayez
un ou deux bons chevaux de ferme — des canadiens autant que
possible. — prenez-en soin, élevez les poulains que vous en obtien-
drez, pour les vendre à l'âge de 3 ou 4 ans ; mais n'allez pas
plus loin.
Dans les vieilles paroisses, où on est proche du village et de
la beurrerie. un gros troupeau de vaches peut rapporter de gros
bénéfices en permettant au cultivateur de placer tout son lait et
d'élever des cochons qu'il vend un bon prix ; mais, placé comme
V0U3 êtes peut-être, à quelques milles du village et trop isolé des
voisins pour songer à fonder une beurrerie ou une fromagerie,
vous ne pouvez pas songer encore à l'industrie laitière; ce sera
pour plus tard.
Il peut, je le sais, y avoir des circonstances oii le colon
peut garder plusieurs vaches avantageusement, mais ces circons-
tances sont exceptionnelles.
Ayez donc une, deux ou trois bonnes vaches des canadien- —
nes autant que possible —
pour les besoins de la famille et pour
élever Quelques cochous, mais n'allez pas plus loin tant que vous
serez éloigné d'un centre.
—Mais, direz-vous, que reste-t-il à élever ?

Il reste leB mondons.


Quelques mots sur tout cela :
LE LIVRE DU COLON 29

Chevaux. — Quand on n"a pas d'argent, on ne fait pas ce


qu'on veut, mais ce qu'on peut.
Je n ai donc pas de conseils à vous donner sur le choix d'un
cheval. Inutile de vous dire nu'un trotteur n'est pas ce qu'il
faut. Tâchez seulement d'acheter un cheval qui a les pieds
sains. Un
cheval qui a d^ mauvais pieds ne fera jamais rien
de bien bon dans les souches, les montagnes et les bordées de
neige. Si vous pouvez trouver à acheter dans la région même
où vous êtes, cela vaudra mieux. Enfin, faites pour le mieux, en
profitant des occasions et en tenant compte des circonstances.
Au vous n'avez nas beaucoup de charriage, ne vous pres-
reste, si

sez pas trop d'acheter un cheval que vous serez obligé de nourrir
à ne rien faire.

En été, le cheval peut, à la rigueur, coucher dehors, mais


je vous conseille de lui bâtir une écurie au plus tôt. Le bois ne
coûte rien, les voisins vous donneront un coup de main et vous
serez tranquille ; un refroidissement est vite attrapé et $30 per-
dues, pour un colon qui commence, c'est un désastre.
Un vieux tapis, une couverte ou deux vieilles catalogues
cousues ensemble, ou même des poches cousues de la même
iaçon, pourraient, dans bien des cas, sauver la moitié de la valeur
d'un cheval de $300. Dans les écuries qui ne sont pas bien
finies, cette couverte est surtout d'une grande importance.
Quand, on met son cheval, qui a travaillé toute la
le soir,

journée, dans une écurie froide, on est tout simplement cruel


pour un serviteur utile.

Par les temps froids, surtout lorsqu'il y a une tempête,


frottez vigoureusement vos chevaux avec un bouchon de paille
aussitôt qu'ils rentrent du travail, puis mettez leur la couverture
sur le dos jusqu'au moment oii les poils sont secs. C'est le
moyen de leur éviter une foule de maladies qui n'ont pas d'au-
tres causes que la négligence sous ce rapport.

Il ne faut pas donner au cheval une forte ration d'avoine


au moment où il va travailler : c'est rendre sa digestion plus
difficile et le rendre moins propre au travail. On doit donner
ce supplément de nourriture la veille, quand on veut préparer le
cheval à un surcroît de fatigue. Si sa ration du soir est aug-
80 LE LIVRE DU COLON
mentée, il pourra, le lendemain matin, fournir l'effort qu'on lui
demande.
La jument poulinière doit travailler tous les jours, mais
sans excès. Quelques semaines avant qu'elle pouline, il est bon
de lui donner une nourriture qui se digère aisément, telle que du
grain moulu échaudé, du son de blé, de la moulée d'avoine, etc.
Quand la chose est possible, il vaut mieux laisser l'animal en
liberté, c'est-à-dire au pacage.
Pour ajuster un collier à votre cheval, trempez ce collier
dans l'eau jusqu'à ce qu'il soit bien amolli, puis passez-le au cou
du cheval, bouclez ferme, et laissez sécher. On peut alors atteler
la bête à une grosse charge de la sorte, le collier prend absolu-
;

ment la forme du cou du cheval et ne le blessera jamais.


Boeuf de travail. En queloues régions, les colons emploient
les bœufs à la place des chevaux cet usage a beaucoup de
;

bon, parce que le bœuf convient mieux que le cheval aux tra-
vaux de défrichement (loggage, charroyage, ésouchage. etc.),
parce qu'il est plus persévérant, plus entêté à l'ouvrage et
moins violent que le cheval. Ajoutons que, sur une terre neuve,
un cheval court le risque de s'estropier, et que cet accident est
un malheur d'autant plus grand qu'il est irréparable et repré-
bcnte une ptTte sèche, tandis qu'un bœuf estropié peut toujours
être engrai^^sé et vendu à la boucherie.
Un bœuf a, de plus, l'avantage de coûter moins cher d'en-
tretien qu'un cheval et de manger des herbages qui ne convien-
nent ])as à celui-ci.
Cela ne veut pas dire qu'il faille se contenter de lui donner
des pesats, mais cela veut dire qu'avec une nourrituremoyenne
un bœuf donnera plus de travail utile qu'un cheval. La nour-
riture qui convient au bœuf de travail est à peu près celle qui
convient aux vaches, mais il faut lui donner moins de nourri-
ture liquide, parce que cette nourriture, qui, chez la vache, favo-
rise le lait, a, chez le bœuf, le défaut d'affaiblir.
LE LIVRE DU COLON 31

Du foin sec, des bonnes pailles, un peu de grain par ci par


là, quelques bouettes, des racines (betteraves, patates, etc.),
voilà donc ce que le colon servira de préférence à son bœuf. Il

aura soin aussi de l'étriller de temps en temps —au moins trois


fois par semaine, —non seulement parce que c'est propre et que
la propreté est le plus bel ornement d'une étable bien tenue, mais
parce que ce pansage favorise la croissance du bœuf, lui fouette
le sang, augmente son appétit, le réveille, et par conséquent le
rend plus alerte, plus vigoureux et plus apte à donner un bon
service. Soignez donc votre bœuf comme si c'était un cheval
pur sang, et vous en serez content. Ici comme partout, vous en
aurez pour votre argent —beaucoup si vous donnez beaucoup de
soins, presque rien si vous lésinez.

Vache à lait. —La vache à lait, surtout notre brave cana-


dienne, est le trésor du colon ; mettez-vous cela dans la tête une
fois pour toutes.
Lait, beurre, fromage, fumier, veaux, viande de boucherie,
cuir, débris animaux propres à engraisser la terre, la vache donne
tout cela, et elle épargne à elle seule bien des dix piastres qu'il
faudrait autrement consacrer à acheter du lard, du beurre, des
chaussures, etc.

Très sobre, la vache canadienne trouve facilement dans les

bois francs une nourriture succulente et s'hiverne facilement


avec de la paille ou du foin de seconde qualité et des légumes.
Les citrouilles, les choux de Siam, les betteraves, le blé
d'Inde à vache, les panais, les carottes, les patates, lui convien-
nent admirablement. Surtout n'ayez pas peur de la bien nour-
rir, de la traiter comme un bon serviteur et comme un ami qui
vous rend d'immenses services. Les colons qui laissent leurs
vaches dépérir pendant l'hiver ne feront jamais rien de bien bon.
Que votre étable soit chaude et surtout bien éclairée. L'obs-
curité est l'âme des maladies.
Si vous mettez du foin dans le grenier de votre étable, veil-
lez à ceque les plafonds de celui-ci soient bien ajustés si vous ;

ne pouvez avoir des plafonds embouvetés, étendez au moins des


32 LE LIVRE DU COLON

écorces ou même des vieilles orazettes sous votre foin, pour em-
pêcher la poussière de passer à travers les fentes et de tomber
dans retable. Cette noussière non seulement salit vos bêtes,
mais leur pénètre dans les yeux, les narines, la gorge, les rend
malades et peut favoriser la tuberculose ou des bronchites per-
nicieuses.

L'automne venu, entrez quelques brouettées de terre bien


sèche dans votre écurie ; mettez cette terre dans un entre-deux,
et toutes les semaines ^ :as en mettrez quelaues pelletées sous la
litière de vos vaches. Certaines tourbes absorbent aussi les uri-

nes d'une façon remarquable et on augmentera de la sorte les


engrais en les améliorant. Ne négligez pas non plus les litiè-

res elles-mêmes, chançrez-les souvent ;


pour cela, faites-en une
bonne provision. Les matières suivantes peuvent, à part les

pailles et les pesats. servir de litières : terre sèche, fanes de


pr tates. roseaux, fougères, framboisiers, joncs, sciure de bois
(surtout la sciure d'épinette, de pin ou de sapin), et les feuilles
mortes mêlées à de la naille.

Il ne faut pas négliger de donner du sel aux vaches : elles

doivent en avoir tous les jours.

Un recommande le sel pour les vaches qui s'é-


cultivateur
touffent en mangeant Ma vache, ajoute-t-il, s'était étouffée
:
"•

en mangeant une citrouille. Lui tenant la tête en l'air et sa


langue de côté, je mis dans sa gueule une poignée de sel commun
et je la tins dans cette position pendant une minute afin que le
selpût descendre dans la gorge. Elle paraissait presque morte,
""
mais l'obstruction disparut et maintenant elle est bien.
En hiver, donnez de l'eau dégourdie à vos vaches au lieu de
leur donner de l'eau glacée.
Il y a quelques années, on a fait à ce propos l'expérience
suivante :en hiver, deux vaches d'une même fécondité laitière
ont été mises au même réeime et à la même nourriture, mais à
la première on donna de l'eau froide tout le temps, tandis qu'à
If.seconde on ne donna que de l'eau dégourdie. Celle-ci. c'est-
à-dire celle qui ne buvait que de l'eau dégourdie, a donné un
tiers de plus de lait que celle qui n'avait eu que de l'eau froide.

On a reconnu, d'après plusieurs observations sérieuses.


LE LIVRE DU COLON 33

iju'en moyenne le terans de gestation d'une vache dure 9 mois


et 7 jours.
(On comprend par le mot gestation le temps qui s'écoule
depuis l'époque de l'accouplement jusqu'au vêlage.)
Cette observation peut être utile à ceux qui veulent
avoir des veaux à telle ou telle époque de l'année plutôt qu'à
telle ou telle autre, ou qui veulent avoir du lait l'hiver.

Dans ce dernier cas, on recommande de faire vêler les va-

ches en octobre, novembre ou décembre ; l'accouplement devra


donc avoir lieu environ 9 mois avant l'une ou l'autre de ces épo-
oues, c'est-à-dire en janvier, février ou mars.

La cause la plus commune de l'avortement des vaches, est


la nourriture endommagée par la moisissure ou'on leur donne
parfois. Les moisissures sont toujours plus ou moins poison et

suffisent en général pour affecter une vache pleine.


Il faut souvent rattacher à cette mauvaise nourriture les

maladies qui attaquent les troupeaux et qui font croire qu'on a


affaire à une épidémie ou à un sort. La plupart du temps, c'est

l'habitant lui-même qui se jette un sort en traitant son bétail


comme s"il était payé pour le maltraiter.

Pour les vaches oui perdent leur lait, on recommande

de faire prendre aux trayons un bain d'eau dans laqiiello


on a fait bouillir du tan ou de l'écorce de pruche ou
d'aulne. Si la vache est rétive, on fera une pommade avec du
tan et de la graisse et on en graissera les trayons.

Laiterie. —Aussitôt que vous aurez une vache, tâchez de


trouver le moyen de vous faire une bonne laiterie. Bâtissez-là
sur un buton ou faites une rigole autour en rejetant la terre
en dedans. Mettez la laiterie du côlé nord, exposé au froid, mais
r. l'ombre autant que possible.
Recouvrez-là en cales, puis mettez un rang d'écorces, puis

un pouce ou deux de terre, puis un autre rang d'écorces retenues


par des perches ou des quartiers de bois. Laissez un " ventila-
34 LE LIVRE DU COLON
leur '"'
jDour aérer rintériour, ou faites-en un en perçant de part ^

en part deux ou trois trous de tarière, en arrière de la laiterie

et aussi haut que possible. Si vous trouvez de belles pierres


plates, dallez l'intérieur, à moins que vous n'a}-ez de la glaise
ou du mortier ; en ce cas, foncez la laiterie en béton —mais mé-
nagez une j)etite rigole "nour laisser sortir l'eau quand vous la-

verez ou qu'il se répandra du lait.

A la sortie de la rigole, mettez des roches et des branches


pour empêcher d'entrer les souris, mais laissez assez de petits
trous pour laisser circuler Tair.
Il ne faut pas mettre l'intérieur de la laiterie en communi-
cation avec un drainage dont les mauvaises odeurs nuiraient à
vos produits laitiers.
Inutile de vous dire que la laiterie, c'est pour le lait, le

beurre et la crème, mais rien de plus, et que l'huile à lampe, le

tabac, les légumes, ne peuvent s'y mettre sans empester le lait


et donner au beurre un goiit désagréable.

Si vous avez quelques objets à mettre à l'aigri, faites plutôt

un petit hangar ouvert, avec des écorces étendues sur des tra-

verses couchées sur des fourches.



Moutons. Il y a de l'argent, beaucoup d'argent à faire sur

une terre neuve, avec des moutons.


Un journal américain dit à ce propos :

" Il faut peu pour les nourrir et ils vivent largement avec
" ce que les autres bestiaux ne mangent pas. Ils donnent des
" profits rapprochés : agneaux et laine tous les ans. Une
" bonne brebis donnera environ huit livres de laine qui, à 25
" cents la livre, donne un total de $2.00. Un agneau devra peser
" 100 livres à quatre mois et demi et se vendre $3.00 (aux Etats,
" ils se vendent $5.00). Ainsi les moutons donne un revenu de
" $5.00 par an. Après avoir soustrait la valeur de leur nourri-
"
''
ture, il y aura un bon profit.
Le mouton a de plus la réputation de manger plus de 500
espèces de mauvaises herbes, tandis que les chevaux, les vaches
et et les cochons n'en mangent que quelques-unes. Mais pour que
les moutons paient, il faut les soigner un peu mieux que ne le

font généralement les cultivateurs des vieilles paroisses.


Avec un bon stock d'animaux de choix — des canadiens tou-
LE LIVRE DU COLON 35

ijours. — tic bons pacages et imc l)onne bergerie bien sèche et ré-

gulièrement nettoyée an moins denx fois par semaine, on peut


tenter l'aventure et on trouvera qu'il y a plus de profits de ce
côté ou'avec un troupeau de bêtes à cornes.
Quand la région sera plus avancée, on pourra peut-être en-
treprendre autre chose, mais en attendant, il vaut mieux n'avoir
qu'une ou deux vaches, les chevaux strictement nécessaires, quel-
ques cochons et des moutons, des moutons et des moutons tant
qu'on en peut nourrir.
(Il est cependant bon de vous dire qu'ici comme ail-

leurs il faut réfléchir avant d'agir, et qu'il existe des régions où


l'élevage du mouton ne conviendrait pas et serait plus désas-
treux ou'utile. En ce dernier cas, il faut plutôt s'efforcer d'a-
grandir son stock de bêtes à cornes, en autant qu'on peut profita-
])lement en écouler les produits.
Autant que possible achetez vos moutons reproducteurs
(bélier, brebis) dans la région même où vous êtes établi ; ils

sont jjIus acclimatés et par suite souffriront moins du change-


ment. Les bêtes communes : moutons canadiens, croisés, etc.,
peuvent donner de beaux profits. Le SliropsJiire est aussi
très estimé et me paraît devoir convenir tout particulièrement
dans les bois en attendant que nos grands éleveurs parviennent à
perfectionner la race canadienne, qui a toutes les qualités vou-
lues pour devenir la meilleure.
Mais on conçoit qu'un colon ne peut songer à ces expérien-
ces. Tous prendrez donc ce que vous trouverez; vous garderez les
brebis les plus belles en vendant les autres, vous changerez le
bélier de temps à autre en achetant toujours meilleur, et avec un
] eu de soin et d'intelligence, vous aurez bientôt un beaii troii-

peau qui vous paiera plus, en consomnumt tous les produits de


votre ferme, que si vous n'aviez d'autre ambition que celle de
ruiner votre terre pour fournir de l'avoine et du foin au mar-
chand de bois. Ici, comme partout, commencez doucement, étu-
diez bien votre affaire, lisez, observez, et vous verrez !

;!< * ^

La laine des moutons dépend non seulement de la race de


ces animaux, mais encore de la nourriture qu'on leur donne.
36 LE LIVRE DU COLON

Des moutons nourris avec du bon foin et des légumes, ou


mis dans de bons pacages, donneront une laine abondante, riche,
égale, tandis qu'en les laissant ronger la porte des étables ou
manger du mauvais pesât on n'aura qu'une laine dont le brin
sera inégal et qui ne vaudra pas cher.
Les moutons sont une banque
; ils payent en proportion de

ce qu'on leurdonne et ne sont pas obligés de faire des miracles.


Les moutons a qui on donne régulièrement un peu de sel
produisent une laine beaucoup plus soyeuse et plus longue. Le
tel, d'ailleurs, est bon nour tout le bétail.

Cochons. —Aussitôt qu'il aura une vache, quelques légumes


et un peu de grain, le colon achètera un ou même deux jeunes
cochons, qu'il nourrira avec les produits de la ferme, en évitant
autant que possible de recourir aux achats de moulée, qui lui
mangeraient beaucoup de ses profits.

Les cochons doivent être logés dans un compartiment bien


aéré et propre : le cochon, malgré sa renommée, ne dédaigne pas
la propreté.

Essayez, et vous verrez que les cochons entretenus propre-


ment engraisseront mieux et plus vite et donneront un meilleur
lard que ceux qui logent dans la pourriture.
Xettoyez donc la souille aussi souvent qu'il le faut, donnez
à vos cochons de la paille fraîche ou des pesats en litière, de
l'eau propre, et vous m'en direz des nouvelles.
Le mode le moins coûteux et le meilleur de garder des co-
chons en été, c'est de les mettre au pacage. Il faut avoir soin
de leur faire un petit abri cdntre le soleil et les vents les plus
froids, et de leur donner beaucoup d'eau pure et fraîche. Avec
cela, de bonne herbe, du petit lait ou lait écrémé et les restes
la

de la cuisine, un cochon se tiendra en bon état et donnera une


viande saine, profitable et de bon goût. Il ne faut même pas avoir
peur de laisser les cochons pacager dans le bois, surtout s'il y a
(lu hêtre ou du chêne dans les environs. Les cochons s'y nour-
riront de faînes et de glands et reviendront tous les soirs, surtout
Si vous leur donnez régulièrement une petite bouette et si vous
lef traitez comme il faut.
Plusieurs cultivateurs ont l'habitude de suranner les co-
chons dans le but d'obtenir une plus grande pesanteur chez ces
LE LIVRE DU COLON 37

animaux, c'est-à dire qu'ils gardent ces animaux jusqu'à l'âge de


15 à 18 mois. Ils leur donnent peu dé nourriture en été, et 'en
hiver tout juste ce qu'il, faut pour les empêcher de crever de
faim. C'est un mauvais calcul : un jeune cochon de 10 mois
qui est toujours bien nourri coûte moins cher et pèse souvent au-
tant qu'un cochon de 18 mois qui a eu de la misère pendant un
an.
Si vous hivernez quelques cochons (reproducteurs, etc.),
veill'jz à ce que votre porcherie soit suffisamment chaude et con-
fortable pendant l'hiver ; car les porcs souffrent beaucoup plus
qu'on ne le croit généralement du froid et du manque de soin.

Il n'y a pas beaucoup d'avantage à donner du son au porc


et on doit ne leur en donner qu'en autant qu'on est à court d'au-
tre chose. Le porc mange assez bien le son, mais ça ne lui pro-

fite pas beaucoup.


D'aucuns prétendent que le son, quoique peu nutritif, a sa
valeur, à cause des propriétés purgatives qu'il possède. Il serait

bon de vérifier par l'usage, et de limiter l'emploi du son aux cas


011 il semble donner de bons résultats.
Tl n'y a pas de me'lleure nourriture pour les jeunes cochons
qui commencent à manger seuls que la bonne avoine battue. Si
elle leur est donnée seule et sèche, ils la mâchent pour en man-
ger l'amende, mais trouvent le moyen de ne pas avaler l'enve-
loppe.
Toute nourriture donnée au cochon qu'on va tuer, douze
heures avant qu'on le tue, est perdue, et elle rend la chair plus
Eujette à chauffer. Les intestins, plus gonflés, sont aussi plus
difficiles à sortir de la carcasse. One ne doit pas non plus faire
boire les cochons le matin de la boucherie. Il est important de
les tuer vivement. Plus vite ils meurent et sont débarrassés de
leur sang, meilleure est la viande.
Les cochons tués au commencement de l'hiver, quand le

temps est assez froidpour qu'ils puissent se refroidir en une


nuit, se conservent mieux que si on les tue plus tard, quand ils
courent le risque de geler. Si la viande gèle, elle renfle et se
remplit d'air. Mi^ en baril dans ces conditions, la viande se
38 LE LIVRE DU COLON

gâtera. Quand on met la viande en baril avec les côtes et les os,

elle seconserve mal pendant les chaleurs, parce qu'il y a tou-


jours de l'air autour des os et que cet air favorise la décomposi-
tion. 11 est impossible de conserver du lard dans un baril qui
a déjà renfermé du bœuf, mais on peut garder du bœuf dans de
vieux barils à lard, pourvu qu'on ait le soin de les ébouillanler.

Basse-Cour

Dès qu'il le pourra, le colon fera bien de s'acheter des pou-


os ; cela ne coiXte pas cher et pourvu qu'on se donne la peine
4' <?n avoir soin, elles sont d'un bon rapport.
D'habitude on en laisse le soin à la ménagère ; c'est un tort,

le colon lui-même devrait surveiller la basse-cour, netto3-er sou-


vent le poulailler, le clôturer proprement, etc.
Quelques dindons et dfs oies complètent bien une basse-
cour.
Si vous avez de l'eau à portée des bâtiments, un ruisseau, un
petit lac^ une grenouillère, vous devriez avoir quelques canards.
Ca coûte peu et ça i^aie d'autant.

une cal)ane sur un terrain sec. donnez-leur


Bâtissez-leur
une bouette de temps à autres et laissez-les faire ils trouveront :

leur vie à barbotter et à numger des loches, des insectes, des gre-
nouilles, des vers, des chenilles, de la grassette, des miettes,
de la folle avoine, etc., etc.

Choisissez seulement de gros canards lourds : ils ne seront


pas tentés de s'envoler avec les canards sauvages, qu'ils attire-
ront, au contraire, et que vous pourrez tuer au fusil si vous êtes
adroit.

On recommande de mettre des ripvcs de bois dans les pou-


laillers, parce qu'elles tiennent les volailles plus chaudement, et
parce que l'odeur du bois chasse la vermine. En outre, les rippes
pourrissent plus lentement que la paille, et le fumier qu'on ob-
tient de cette façon convient très bien aux terres fortes.
Une poule ordinaire neut pondre environ GOO œufs dans sa
vie.

1
LE LIVRE DU COLON 39

La 1ère année, elle pond de 16 à, 20 œufs.


La 2e année, elle pond de 100 à 120 œufs.
La 3e année, elle pond de 120 à 135 œufs.
La 4e année, elle pond de 100 à 115 œufs.
La 5e année, elle pond de 60 à 80 œufs.
La 6e année, elle pond de 50 à 60 œufs.
La 7e année, elle pond de 35 à 40 œufs.
La 8e année, elle pond de 15 à 20 œufs,
La 9e année,, elle pond de 1 à 10 œufs.

Il n'y a donc pas de profit à garder des poules plus de


quatre ans.
Plusieurs poules ont le défaut de manger dos oeufs. Il
suffit, pour les dégoûter à jamais de cette habitude, de faire
tremper dans l'huile de charbon (huile à lampe) deux ou trois
œufs qu'on laisse à leur portée.
Pour détruire la vermine d'un poulailler ou l'empêcher d'y
venir, il suffit de barbouiller de temps en temps les juchoirs,

nids, etc., avec un peu d'huile de charbon. On en met aussi un


peu dans les plumes des volailles qui ont des poux ;
ça ne les
incommode pas. On met aussi de la cendre dans des boîtes en
bois à portée des poules. On blanchit à la chaux, chaque année,
le poulailler.

Engrais et fumier

Aussitôt qu'il aura bâti son écurie, le colon choisira une


place bien sèche pour y mettre le fumier. S'il peut recouvrir
cet endroit avec un toit d'écorce ou de croûtes, tant mieux.
On dit bien que les terres neuves n'ont pas besoin d'être en-
graissées, parce qu'elles sont déjà riches en humus, ou en ter-
reau. ]\rais c'est comme si on disait qu'un millionnaire n'a pas
besoin d'argent.
Ce n'est pas quand une terre est ruinée qu'il faut songer à
l'engraisser, et le colon qui se mettra cette vérité-là dans la tête
dès la première année n'aura jamais besoin de vendre sa terre
pour émigrer.
.
Prenez donc pour ligne de conduite de payer vos dettes.

I
Quand vous enlevez une récolte à votre terre, c'est un emprunt
40 LE LIVRE DU COLOX

eue vous lui faites, car vous lui prenez un peu de sa richessg. Eu
la payant de suite, en bon fumier, vous êtes quitte, mais si vous
attendez deux, quatre ou dix ans, vous aurez à payer des intérêts
tellement élevés que vous n'en finirez plus.

Donc, dès la première année, dites vous que votre tas de


fumier est un petit Klondyke ; ayez-en soin comme d'un trésor
et vous n'aurez jamais besoin d'acheter des engrais chimiques de
$30 à $40 la tonne, conune on le fait dans les vieilles paroisses
pour ramener des terres épuisées, parce qu'on a attendu trop
longtemps avant de les engraisser.

Un cul.ivateur peut se passer de ces engrais chimiques s'il a

soin, dès le commencement, de ramasser tous les engrais qui se


trouvent à sa portée : cendres, suie de poêle, os, raclures de rigo-
le?, fruits pourris, mauvaises herbes, sarclages, feuilles mortes,
bran de scie, balayures, déchets de boucherie, vieilles guenilles,
pailles pourries, etc., et d'arroser ces monceaux de richesses avec
des eaux de lessive, eaux de savon, eaux sales de toute sorte,
urines, etc., sans parler que ça tiendra les alentours de la maison
beaucoup plus propres. On recommande à ce propos de placer un
vieux baril à la porte de la cuisine pour y jeter tous les déchets,
et quand le baril est plein de le verser sur le tas de fumier. Ajou-
tez de temps en temps un peu de terre à ce tas d'ordures ça le :

grossira d'autant, et bientôt la masse entière vous donnera un


compost d'autant meilleur que la terre absorbe mieux les gaz et
les sels, qui s'évaporeraient sans cette précaution.
Encore une fois, songez à cela dès maintenant : plus tard
il sera trop tard de reconnaître que sans engrais on ne peut rien
faire en agriculture. Auprès de ce tas de fumier, ou en tout
autre endroit convenable, placez des latrines. En attendant
mieux, contentez-vous d'une boîte d'emballage dans laquelle
vous percez un ou deux trous, et dans laquelle vous mettez une
couche de fumier de cheval ou de terre pour absorber les urines.
mettant une bonne cramne de fer à un bout de cette
En
boîte,vous pourrez la faire traîner par un cheval sur une de vos
pièces de terre pour la vider. Afin d'empêcher les mauvaises
odeurs qui peuvent se répandre du tas de fumier ou des latrines,
vous pourrez y jet r de temps en temps un peu de charbon de
, LE LIVRE DU COLON 41

bois, écrasé en poudre. Remarquons, en passant, que, pour cette


opération, la tourbe ou la terre de savane est préférable.
Contrairement à ce que font plusieurs colons, ne mélangez
pas vos cendres avecle fumier de vos étables, mais recueillez-les

soigneusement à part. Vous n'ignorez pas que c'est un engrais


merveilleux, mais encore faut-il en avoir soin. La cendre qui a
servi à la lessive mérite aussi d'être conservée pour engrais ; elle
convient surtout aux jardinages et aux prairies. Surtout, n'allez
,iamais vendre votre cendre à moins d'y être forcé par
une extrême nécessité, car ceux qui vous l'aclièteraient même au
prix de 25 cents le minot seraient les j3remiers à se moquer de
vous.
42 LE LIVRE DU COLON

2e PARTIE

LES PETITS RUISSEAUX

Après avoir parlé installation, construction, défrichement,


semences, récoltes, bétail, etc., et parcouru rapidement la no-

menclature des travaux ordinaires du colon, je m'en vais main-


tenant, mon cher ami, vous parler de ce que nous appellerons
les petits ruisseaux du colon.
Vous n'ignorez pas que les petits ruisseaux, en se réunissant,

font les petites rivières, et que les petites rivières, en se réuni s-

SL'nt entre elles et à d'autres petits ruisseaux, font de grandes


rivières. Il en est ainsi de l'argent : trente sous par-ci, trente
sous par là, ça finit par faire des piastres, et piastre par-ci, pias-
tre par-là, ça finit par faireune petite rente.
Je m'en vais donc vous indiquer quelques petits ruisseaux,
et, comme Canadiens, nous allons donner la place d'honneur à

ce qui, pour nous, la mérite le plus, c'est-à-dire au sucre du pays.

Sucre et sirop d^èrablc

S'il existe des érables sur votre lot, je vous recommande


donc de vous garder une belle grande sucrerie. Surtout, ne faites
jamais la bêtise de la culbuter pour faire du bois de corde, car en
supposant même que vous ne soyez qu'à un mille des chars, le

bois de corde, quand vous avez payé votre temps, le charroyage,


la taxe du gouvernement, le fret à bord des chars et le reste,

vous coûte, à vous, quatre piastre la corde et ne vous laisse qu'un


bénéfice de 10, 15 ou 25 cents au plus, qui ne vous arrive qu'après
5, 6 ou 7 mois. Et remarquez que ne compte pas, dans vos
je
dépenses, la valeur du bois lui-même vous faut, en moyen-
; or, il

ne, trois érables pour une corde de bois fendu de 3 pieds 3 pou-
LE LIVRE DU COLON 43

ces de long. Voilà donc trois érables pour trente sous, et c'est

fini : vons restez avec des roches, car une sucrerie est générale-

ment rocheuse. Or, avec du soin, un seul érable va vous donner


ça tous les ans, trente sous, pendant 10, 20, ou 40 ans, sans beau-
coup de travail, sans peine, et sans vous empêcher de consacrer
aux cultures les autres parties de votre lot.

Aux Etats-Unis, on fait jusqu'à 40 et 50 cents de profit net


par érable et par année. ,

Gardez vous donc une belle sucrerie et plaignez ceux qui ne


feront pas comme vous. Surtout ne dites pas J'ai beaucoup :

trop de bois, ma terre est grande, je n'en verrai jamais la fin, etc.
Ce langage est insensé.

y a un -oroverbe qui dit


'^
Il Les fous et les enfants s'ima-
:

"
ginent que 20 sous et 20 ans ne finissent jamais.
Eh bien, il faut ranger parmi ces gens-là le colon qui croit
cu'une terre de 100 acres en bois debout n'a pas de bout.
Etudiez donc cette question, faites d'abord un peu de sucre
et de sirop pour la famille ;
plus tard, vous vous achèterez une
bouilloire, des chalumeaux et des chaudières ;
plus tard encore,
quand vous serez en moyens
que vous connaîtrez bien votre
et
iiiïaire, vous vous achèterez un évaporateur Champion ou un

autre, puis, vous effardocherez tranquillement votre sucrerie,


puis vous y sèmerez un peu trèfle alsike ou de mil pour y faire
pacager vos moutons en été, et un beau jour, vous vous aperce-
vrez qu'un arpent de sucrerie vous paie mieux que deux arpents
d avoine ou de mil et que 5 arpents de forêt abattus en bois de
ccrde.
Calculons, en effet, un peu :

Un érable ordinaire rapporte environ un gallon de sève par


jour.
Il faut environ 22 gallons de sève pour faire un gallon de
sirop de 13 livres au gallon.
En supposant que la saison des sucres dure quinze jours,
une sucrerie de 200 érables donnera donc 3000 gallons de sève
qui donneront 135 gallons de sirop ime sucrerie de 2000 érables
;

donnera donc 1350 gallons de sirop qui, en bidons, se vend $1.00,


$1.25 et même, quand il est extra, $1.75 le gallon.
Tous voyez qu'il y a de l'argent de ce côté, surtout pour
4-1 LE LIVRE I>U COLON

VOUS qui n'avez rien à faire durant cette saison et qui n'avez pas
cher à payer pour le bois.
]\Iais ici comme ailleurs, commencez doucement et prudem-
ment : il ne faut pas compter sur les millions en arrivant. Etu-
diez seulement votre affaire, so3'ez business, et dans quelques
années, vous verrez !

On peut encore faire ini excellent sirop avec la sève de dif-


férents bouleaux, mais surtout avec celle du bouleau-merisier,
qu'on appelle communément merisier rouge.
La manière de procéder est exactement la même que pour
le sirop d'érable : on fait bouillir proprement la sève, et voilà
tout : l'habitude est ici le grand maître. Seulement, il faut,
pour le merisier, beaucoup plus de sève qu'avec l'érable pour ob-
tenir le même quantité de sirop.
Un merisier de bonne taille, au reste, donne jusqu'à 10 gal-
lons d'eau par jour, ce qui nécessiterait des vaisseaux particu-
liers pour opérer en grand.
Ce sirop de merisier, pris en petite quantité, 2 ou 3 cuille-
rées à thé par jour, est un
remède contre les rhumes,
excellent
bronchites, coqueluches, etc. Vous
donc bien d'en faire ferez
chaque printemps un ou deux gallons au moins pour votre fa-
mille. C'est d'autant plus facile que le merisier ne commence
à couler qu'après les érables.
On fait encore, avec la sève d'érable ou de merisier, du ^'ïw,

du vinaigre, des liqueurs, etc., mais ces choses ne sont pas encore
assez populaires pour que vous puissiez compter dessus, et ça de-
mande un matériel auquel vous ne poiwez pas encore songer
Aussi bien, espéré-je pouvoir vous en parler plus longue-
ment un jour, dans un petit livre que je compte écrire expressé-

ment sur ce sujet.

Plantes médicinales

Indépendamment de ces deux ruisseaux qui, bien qu'ils ne


coulent qu'au printemps, donnent déjà pas mal d'eau — et de la

sucrée — il en existe encore d'autres et nous allons les rechercher.

Dans les bois, il y a des centaines d'espèces de plantes qu'on


LE LIVRE DU COLON 45

ne connaît pas, mais dont les médecins se servent pour guérir,


ou du moins pour soigner leurs malades. Aujourd'hui, on fait
venir ces plantes de loin, sans se douter qu'on les possè-
de au pays, mais il faut espérer qu'on finira par être plus pra-
tique. ,

En attendant, vous pouvez toujours tirer parti de quelques-


unes de ces plantes.
La savoyanne, par exemple, que vous connaissez déjà sans
doute, ou que le premier vieux colon que vous interrogerez vous
fera connaître, se vend bien aux pharmacies. On se sert surtout

de la racine. Cette racine est d'un jaune vif et assez touffue.


La savoyanne étant très commune dans les bois un peu sa-

blonneux et frais, vous aurez donc vite fait d'en cueillir quel-
ques livres. ,

Si vous avez des enfants, ils feront facilement cette beso-


gne : cela paiera mieux que de chasser les écureuils ; mais pour
cela, il faut les encourager, en leur donnant quelques cents de
" commission. " Une fois la racine cueillie, vous la secouez
bien, puis vous la faites sécher tranquillement à l'ombre, dans
le grenier, par exemple, en ayant soin de bien l'étendre pour
Tempêchcr de chauffer. Quand elle est bien sèche, vous la
secouez de nouveau doucement, pour enlever les miettes de terre
qui peuvent s'y trouver, puis, quand vous en avez deux ou trois
livres, vous l'envoyez " par la poste " à un pharmacien ou à un
do vos amis de la ville qui la vendra pour vous.

Dans les bois francs on trouve aussi quelquefois du ginseng;


c'est une plante précieuse, et aux Etats-Unis on la cultive.
Si vous en trouvez dans les bois, prenez un brock (fourche
à dents plates) et arrachez-le de façon à ne pas casser les raci-
nes, puis faites sécher comme la racine de savoyanne.
Le meilleur temps pour arracher le ginseng est au com-
mencement de l'automne.
En même temps, recueillez soigneusement la petite caboche
de graines qui se trouve entre les feuilles de la plante, et semez-
les en un coin de votre sucrerie : çà fera double profit.
Avant d'envoyer votre ginseng, triez-le, mettez toutes les
46 LE LIVRE DU COLON

belles grosses racines ensemble; et toutes celles qui sont endom-


magées ensemble.
Les pharmaciens vous achèteront ces racines. (Le ginseng
vaut de $2.00 à $5.00 et même $7.00 la livre, suivant la quali-
té.)

Gommes et résines,

Y a-t-il des sapins dans votre voisinage ? Si oui, nous avons


découvert encore un ruisseau.
A partir de la nouvelle lune jusqu'au
''
décours, " l'écorce
de sapin, comme vous savez, se couvre de vessies de gomme.
Crevez ces vess.es et ramassez la gomme dans une bouteille ou
dans un plat bien propre.
On peut encore entailler les sapins exactement comme les

érables.
On dit qu'un sapin de moyenne taille peut donner jusqu'à
quatre livres de gomme par saison : ily en a, les gros, qui don-
nent jusqu'à 12 et 16 livres. En supposant que ça ar^ vous
donne qu'une livre par arbre et par année, ça vaut encore la
peine de s'en occuper.
La gomme de sapin se vend, en cfEet, de 25 à 35 cents la
livre.

Dix sapins vous donneront donc de $2.50 à $3.50 par année.


Cent sapins vous donneront de $25.00 à $35.00.
Cinq cents sapins vous donneront de $125 à $1T5.00.
Ce sont les p'tits ruisseaux qui font les grandes rivières.
Vos enfants peuvent s'occuper de cette récolte de résine.
La gomme rend de 50 à T5 cents la livre
d'épinette rouge se :

ramassez-la, soit en entaillant l'épinctte, soit en recuillant les


" clairons " de gomme. On peut aussi entailler ces arbres et on
cloue sous l'entaille un petit vase en terre durcie dans laquelle
s'amasse la résine.
Ces petits vases se font avec de l'argile cuite : vous en avez
déjà vu le modèle dans les soucoupes de jjots à bouquets et vous
pouvez en fabriquer vous-même.
. En blessant l'épinette, à l'aide d'une vrille ou d'une mèche,
en cinq ou six endroits suivant la grosseur de l'arbre, vous le
LE LIVRE DU COLON 47

provoquez à suinter de la ji-omme, que vous n'avez plus qu'à ra-


masser, au bout de quelques semaines.
Si une épi nette roug« vous donnait seulement 1 livre de
fromme par année, ça ferai toujours bien cinquante cents, c'est-
à-dire cinq piastres pour dix épinettes, cinquante piastres pour
cent épinettes et deux cent cinquante piastres pour cinq cent.
•Essayez d'alwrd en petit : ce sont les p'tits ruisseaux qui font les
grandes rivières, et dans certains pays de l'Europe cette récolte
de résine suffit à faire vivre bien des gens.

Il y a encore bien d'autres choses qui paient dans nos grands


bois, mais, ainsi que je vous l'ai dit, il faut donner le temps à
nos savants de se reconnaître. Espérons que ça viendra petit à
petit et qu'un jour, une foule de plantes, d'écorces, de racines et
de fruits qu'on méprise aujourd'hui parce qu'on ne les connaît
pas, finiront par acquérir une valeur qui permettra au colon ca-
nadien de ramasser tranquillement une petite fortune, tout en
élevant des moutons et en étant son propre maître.

Petit Thé
En furetant ainsi dans les bois, vous trouverez peut-être
aussi du petit thé (thé de montagne, thé de merisier) ou un
petit arbuste qu'on appelle thé du Canada (ou spirée à feuille
de saule) . Ca pousse un peu partout et vos voisins vous en mon-
treront s'il y en a dans la région. Eamassez-en quelques livres :

c'est vite fait et ça Vous ferez sécher ces feuilles


ne coûte rien.
en les étendant sur des gazettes ou un linge, au grenier par ex-
emple, puis vous les mettrez dans un sac. Ca peut toujours ser-
vir. Une tisane de ce petit thé, préparée comme le thé ordinai-
îe, est bonne pour l'estomac, nettoyé les rognons, fait transpirer
les malades, aide la digestion et enlève le gros mal de tête.
X'ayez pas peur de faire cette tisane bien forte ça ne coûte :

rien. Si vous pouviez prendre l'habitude de boire de ce thé-là


aux repas à la place de l'autre, vous feriez trois bons coups à la
fois : lo parce que le thé commun qu'on vous vend de 25 à 75
48 LE LIVRE DU COLON

cents la livre renferme un tas de saletés qui ruinent lentement


la santé ; 2o parce que vous prendriez une boisson salutaire pour
vous et vos enfants ; 3o parce que vous ménageriez trente sous
par mois. ,

Trente sous par mois représentent $3.00 par année ; avec


$3.00 on achète dix poules, et dix poules bien nourries vous don-
neront cent douzaines d'oeufs.
Il ne s'agit pas ici de vous priver du nécessaire, et je ne

vous demande pas d'abandonner la pipe je vous demande sim- :

plement de remplace r les mauvais thés qu'on vous vend pour


du thé et qui n'en sont pas, par une bonne petite rJante saine et

parfumée qui vous fera du bien au lieu de vous faire du mal, et

qui vous permettra de mettre quelques sous de côté. C'est un


petit ruisseau.
* * *

Est-ce tout ? Non.


Yous pouvez aussi vous faire du vin et de la bière, du vin
pour l'hiver, de la bière pour l'été, et en bo;re tous les jours, sans

que cela vous coûte plus cher que si vous buviez du thé.
Voici comment :

Vin du colon

Prenez de l'écorce de merisier rouge — enlevez l'écor-

ee de dessus qui servira à votre vieille pour allumer


son poêle. Quant à la seconde écorce, la rouge, vous la hachez
en pe.its morceaux, et vous la faites bouillir dans un chaudron
d'eau. Ordinairement on met une terrinée d'écorce fraîche et un
peu moins d'écorc3 eèche pour 8 ou 10 terrinées d'eau. Quand
l'écorce a bien bouilli, on laisse refroidir, on coulo dans un linge
blanc (toile ou laine), on verse l'eau dans une cruche ou dans un
seau ou dans uno tinette bien propre, on met deux, trois ou qua-
tre livres de sucre blanc, ou mieux, du sucre d'érable, gros comme
un jaune d'œuf de levain de ])ain, puis, on place ce mélange à la
chaleur efc on laisse fermenter. Au bout de quelques jours,
c'est-à-dire quand la préparation a fini de travadller, le vin est
prêt. Si vous voulez lui donner une teinte plus claire, mettez-v
r.n peu d'écorce de pruche, que vous ôtez le lendemain ; mais ce
LE LIVRE DU COLON 49

n'es, pas née ssaire. Si vous avez quelques bouteilles, remplis-


sez-les de ce vin, bouchez bien, cachetez avec de l'arcanson fondu,
et mettez-les dans une boîte avec du charbon de bois, recou-
vrant bien vos bouteilles. Cette réserve sera pour les grands
jours,pour les baptêmes, la visite du curé ou du ministre.
Ce vin rend gai, ne lasse pas et purifie le sang. Pris en trop
grande quantité, il pourrait cependant nuire. Plus tard, quand
vous aurez bien appris la façon de le fabriquer, vous achèterez
un petit baril, et en ferez en plus grande quantité. En été, deux
ou trois verres de cj vin dans une "cruche d'eau fait une excel-
lente piquette.

Bière du colon

Faites bouillir à peu près une terrinée de jeunes


pousses d'épi netie (épinette jaune, noire, grosse épinet-
te), puis, versez l'eau dans une cruche ou un petit baril, sucrez
avec 1^ livre de sucre blanc ou de sucre du pays ou avec une pin-
te de mêlasse ou de sirop, un peu de levain, et laissez fermenter
à la chaleur. Si vous mettez cette bière en bouteilles, attachez
bien les bouchons et tenez vos bouteilles au frais.
On peut faire ainsi du vin ou de la bière avec une foule de
choses : écorces, racines, fruits, herbages, etc., mais je dois me
contenter d'indiquer les deux principaux.
Avec ce vin, cette bière, du lait, de la bonne eau de source,
du thé des bois, vous n'auriez jamais besoin de dépenser un sou
peur acheter d'autres boissons. Or, l'économie d'un sou par jour
est encore un petit ruisseau.
Précautions à prendre. — Pour faire ce vin et cette bière, il y a
quelques petites précautions à prendre. N'employez jamais que
des vaisseaux trèî propres — s'ils sentent le rance, ébouillantez-
l'S avec de l'eau de lessive (perlasse et eau) ou bien avec une
i satine de tiges et de feuilles de framboisiers, puis rincez. N'em-
pJoyez pas de vaisseaux de ferblanc, ni de fer.
Pendant que votre boisson fermente, ayez soin de la mettre
en dehors des courants d'air et de la tenir toujours au chaud,
près du poêle en hiver ou au soleil en été, mais à l'abri du vent.
Le soir, enveloppez le vaisseau avec une couverte ou une cata-
logue.
50 LE LIVRE DU COLON

Vinaigre du colon

Pendant les chaleurs, tout en buvant de la j^etite

bière, vous ferez iine cruche de vin d'écorce de me-


risier ordinaire, puis quand il sera fini, vous mettrez dedans à
peu près une roquille de vinaigre de commerce et vous laisserez
la cruche au soleil jusqu'à ce que toute la boisson soit devenue en
vinaigre. Puis vous la boucherez et la mettrez à la cave. Tel
quel, ce vinaigre est déjà excellent, mais si vous voulez en avoir
de l'extra, vous attendrez jusqu'aux premières grosses gelées de
l'automne, vous verserez votre vinaigre dans un seau propre
(pas en métal) et vous le mettrez dehors. Il gèlera un pouce ou
deux au centre ; le matin, enlevez cette glace et jetez-la, ce n'est
rien que de l'eau. Faites cela deux ou trois soirs de suite, remet-
tez votre vinaigre en cruche et je vous réponds que le roi n'en
possède pas de meilleur dans ses marinades, surtout ne le faites

pas geler dans la cruche ou dans les bouteilles, qui casseraient.

Baies & Fruits

Est ce tout ? Non.


Le long des chemins, dans les ''
In'ulés " il y a des arpents
de framboisiers.
Or, les frauiboises se vendent de -iO à 50 cents le petit seau.
10 seaux font $4.00.
100 seaux font $40.00.
Un colon qui a une grosse famille peut ramasser jusqu'à
250 seaux par saison : cela fait $100. Arrangez-vous avtc un
marchand du village voisin pour qu'i vous fournisse les seaux,

et vous lui vendrez vos framboises, en attendant qu'il se fonde


des fabriques dans votre région pour tirer parti sur place de
toutes ces richesses.
Quant aux bluets, on n'en trouve généralement pas assez
pour en faire un commerce, excepté au Saguenay, mais je vous
recommande bien d'en ramasser pour votre usage personnel,
ainsi que des catherinctles. des mûres, des petites poires, des me-
rises, etc on en fait des confitures, du vin. du vinaigre, etc. On
:

peut ainsi varier la nourriture: cela amuse la ménagère et quand


la ménagère est de bonne humeur, tout va bien.

LE LIVRE DU COLON 51

Grenouilles & Wawarons


Est-ce tout ce que nous avons comme petits ruisseaux ?

Non. ,

Dans les lacs et les marais environnants votre chantier, il


y
a des centaines et des milliers de wawarons qui font un vacar-
me du diable, pendant les soirs d'été c'est bien le moins qu'ils
;

en paient la façon. Attrapez-les donc avec un hameçon placé


au bout d'une petite ficelle de 3 ou 4 pouces et d'un grand man-
che ; jDour cela, attachez un petit morceau de flanelle rouge à
l'hameçon et passez cette petite amorce sous le nez de la grenouil-
le qui avale amorce et hameçon et qui se trouve prise. Coupez les

-cuisses en bas des reins, et jetez tripes et carcasse à vos cochons.


Quant aux cuisses, vous leur enlevez peau de haut en bas
la —
cela s'arrache comme un caleçon ;
puis salez légèrement ces
cuisses, couchez-les proprement dans une caisse avec des feuilles
de fougère bien fraîches, et envoyez-les à Montréal, à Québec ou
à Ottawa chez un marchand de poissons ou un restaurateur de
première classe. Les cuisses de wawarons se vendent environ 20
cents la livre, et il faut environ 5 wawarons pour une livre
de cuisses.
Yingt-ciuq wawarons rapporteront donc une piastre, cent
wawarons rapporteront $4.00.
Je connais des jeunes gens qui se sont fait $200.00 en deux
mois rien qu'en vendant ainsi des cuisses de grenouilles.
Vos petiti garçons peuvent en faire autant.

Le travail des enfants

Je vous ferai remarquer en passant que plusieurs de ces


petits travaux peuvent être confiés aux enfants. Au Canada,
ne ne fait pas assez attention au travail de ce petit monde.
On les laisse galvauder jusqu'à 8 ou 9 ans.puis on les envoie

à l'école : après cela, il est trop tard pour leur remettre en tête
le goût du travail des champs. Il faut donc les entraîner dès le
premier- âge en les intéressant à des travaux proportionnés à
leurs forces.
Quelques cents par semaine les encourageront, et en ayant
52 LE LIVRE DU COLON
coin de les payer réoulièrement et surtout de ne jamais les

tricher^ on les accoutumera à l'économie et aux affaires. Ils ap-

prendront mieux à calculer de cette façon qu'en allant à l'école

deux ans de plus.


Dè^ qu'ils seront en état de travailler, achetez-leur donc un
petit râteau, une petite brouette, etc. confiez-leur un coin du ;

jardin, donnez-leur quelques poules, laissez-leur le soin de lever


les œufs, de nettoyer le poulailler, de préparer la bouette des
animaux et surtout de nettoyer les alentours de la maison, de
ramasser tous les outils qui traînent, de les mettre toujours à la
même place et de charrier sur le tas de fumier tout ce qui en-
combre les environs. Une brouettée de balayures par semaine,
donne cinquante-deux brouettées par année en jetant nn peu :

d'eau sale sur ces déchets (eaux de savon, eaux de lessive, etc.),
vous aurez au printemps deux ou trois tonnes de terreau qui
conviendront magnifiquement à vos jardinages. Faites faire ce
travail par vos jeunes et surtout payer-les. Vous y gagnerez et
les alentours de votre maison auront un meilleur aspect.
C'est déplorable de voir combien on néglige ces détails à la
campagne tout est à la traîne les copeaux s'éparpillent de tous
: ;

les côtés au lieu d'être maintenus dans un cadre fait avec quatre
billots ; les outils restent au soleil et dans la cour, au risque d'es-
ti'opier le monde et le bétail ; et pendant ce temps, les enfants
galvaudent dans les bois à dénicher des oiseaux, et le patron lui-
même fume la pipe devant la bavette du poêle en disant qu'il
n'a rien à faire.

Articles en bois

Mais. . .reprenons le cours de nos petits ruisseaux, car il en


reste encore et je crois même qu'ici c'est nresque toute une petite
rivière qui roule, en gazouillant, des pépites d'or.
N'est-il pas vrai, en effet,
que vous n'avez pas toujours l'oc-
casion de faire des gros travaux et que v^ous n'avez rien à faire
pendant les jours de pluie, pendant les soirs d'automne et les
longs mois de l'hiver ?

Pourquoi ne travaillez-vous pas pendant ces heures de chô-


mage ?
LE LIVRE DU COLON 53

Vouo avez du bois sous la main, bois francs et bois mou,


érable piqué, loupes de frênes ou de merisier, etc., et vous êtes,
je l'espère, assez habilepour manier un outil.
Pourquoi ne vous exerce^vous pas à fabriquer des cannes,
des manches de haches, des pipes, des têtes de parapluie, des
ou d'érable piqué, des petites étagères en
petits coffrets de cèdre
érable onde, des moulures, des joujoux, des avirons en bois franc,
des placages et autres objets semblables ? Tout cela se vend et
tcus ceux qui fabriquent ces objets-là pour lecommerce ont com-
mencé comme vous : par l'apprentissage.
Ils ont gâté quelques morceaux, ils se sont coupé les doigts,

puis petit à petit, ils sont devenus habiles.


Il vous faut quelques outils une scie-ruban, un tour, du
:

papier de verre, etc. ; un ami qui habite en ville de


écrivez à
vous acheter tout cela. Commencez avec quelques outils seule-
ment, si vous n'êtes pas riche. Faites des objets faciles si vous
n'êtes pas habitué ;
plus tard, vous vous ambitionnerez.
Prenez surtout patience ; cognez, limez, grattez, frottez, et
recommencez : les fourmis s'y reprennent souvent, jusqu'à
soixante-quinze fo s, avant de pouvoir- passer pardessus un brin
de paille avec une charge, et vous avez plus de cœur qu'une four-
mi, morbleu ! Vous réussirez, vous dis-je, et vous serez d'autant
plus satisfait que vous aurez eu plus de difficultés pour com-
mencer.
Il y a des bons vieux colons qui gagnent de $80 à $80 par
année à faire du bardeau de cèdre ou de pin. Pourtant, le cèdre
0" le pin à bardeau commencent à devenir rares, et puis
le bardeau n'est pas ce qui paie le mieux. Tâchez donc de trouver

auelque chose qui paie pour travailler à temps perdu, et ma foi,


si vous ne pouvez rien de mieux, faites même du bardeau cela :

rapporte encore plus que de fumer la pipe au coin du poêle en


écoutant siller le canard ou la théière.
Donc, il y a de l'argent dans la petite entreprise que je vous
propose, et quand vous aurez attrapé le tour,vous verrez que tous
ces petits riens paient mieux que le bois de corde, qui ne paie
même pas les mitaines que vous massacrez en le manœuvrant.
En Suisse (un petit pays de deux ou trois millions d'âmes),
les habitants se font un revenu de 20 à 25 millions de piastres
54 LK LIVRE DU COLON

en fabriquant de la sorte, à temps perdu, des articles de bois


qu'ils vendent ensuite un peu partout.
En Allemagne, les paysans passent leurs loisirs à faire des
paniers, des mannes, des corbeilles et jusqu'à de jolies valises de
\oyage, avec de l'osier qu'ils ne se contentent souvent pas de re-
cueillir au hasard, mais qu'ils cultivent régulièrement. Pour-
quoi ? Parce que tout cela se vend.
Quand i\< ont commencé, il y a une cinquantaine d'années,
ils étaient comme vous et moi ils ne savaient pas par quel bout
:

prendre la varlope ou comment fendre une hart.


Et voilà !

Petit train va loin, et c'est en ramassant des cents qu'on


devient riche.
Tâchez donc de trouver plusieurs moyens de ramasser des
cents et vous finirez pas avoir une piastre, puis dix, puis cent,
puis mille.

Les arbres ; leurs propriétés, leurs usages, etc»

Voici, à ce propos, une petite liste des arbres que vous pou-
vez trouver sur votre lot, avec indication des principaux usages
qu'on en fait généralement : cela peut vous aider à découvrir

quelques nouveaux ruisseaux.

NOMS DES ARBRES USAGES ORDINAIRES

Bouleau. Travaux de menuiserie, de voiturerie. Echelles,


cercles de barils, sabots, liens, casseaux, taba-
tières, semelles, souliers. Bon pour chauffage.
Employé comme remède.

Cerisier d'automne. Violons, coffrets, placages, étagères, meubles


riches, ornements faiis au tour, tabatières,
boîtes, cassettes, etc. Liqueur 1 pinte de ce-
(

rises dans 1 gallon de whiskey).

Charme Bois dur, pesant. Dents de herse, dents d'en-


grenage, manches d'outils, fléaux, leviers,
etc. Bon pour chauffage, feuilles bonnes
pour le bétail.
. .

LE LIVRE DU COLON 55

NOMS DES ARBRES USAGES ORDINAIRES

Chêne Voitures, tonneaux, travaux de menuiserie,


raies de roues, manches et socs de charrues,
charpentes de herses, meubles, cercles, etc.
Les glands servent à nourrir le bétail; grillés,
ils donnent un café passable. L'écorce sert
à tanner le cuir, et en remède.

Cormier. Bois bon pour placages, coffrets, etc. Fruits


peu agréables au goût, mais sains.

Coudrier S'emploie tordu pour faire des liens, Ecorce


employée comme remède

Erable à sucre. Voitures (essieux, etc.,) instruments aratoires,


manches d'outils, meubles. L'érable piqué,
onde ou plané, est très précieux pour meu-
bles de luxe, placages, étagères, couchettes,
ornements au tour, avirons. Excellent b.ois
de chauffage. Sa sève donne du sucre, du
vin, du vinaigre. Ses feuilles conviennent au
bétail.

Erable rouge Mêmes propriétés que l'érable à sucre, mais


{Plaine) moins estimé. Donne moins de sucre, mais
vaut encore la peine d'être entaillé.

Frêne Bon bois de chauffage quand il est sec. On en


faitdes travails, des essieux, des brancards,
des rames, avirons, manches d'outils, cercles
de tonneaux. Ses feuilles donnent un bon
fourrage. L'écorce sert de remède.

Hêtre ,
Bon pour chauffage. Jantes, essieux, manches
d'outils, de râteaux, attelles, selles, boîtes à
sel, etc. La faîne donne de l'huile à brûler
quand on fait bouillir, ou de l'huile de table
quand on l'écrase à froid.

Noyer noir Meubles sculptés, boiserie, crosses de fusil.


Très précieux. Ecorce employée comme
remède.
. .

56 LE L1VE.E DU COLON

NOMS DES ARBRES rSAGES ORDINAIRES

Noyer blanc ou ten =


Employé en menuiserie, meubles. Ecorce em-
dre plo3ée en rtmède.

Orme blanc Jantes, moyeux. Brûle mal.

Orme roux Jantes, moyeux, pontages d'écurie (résiste à


la pourriture). Ecorce bouillie employée
comme cordes, courroies, traits, etc. Em-
ployée aussi comme remède.

Micocoulier Bois pliant, souple, mais peu durable. Sert à


faire des jougs.

Peuplier Peu de valeur. Feuillage bon pour le bétail,


{Tremble) mais donne un mauvais goût au lait des
vaches.

Peuplier du Canada. Peu de valeur. En hiver l'écorce et les jeunes


\Liard) pousses peuvent être données aux chevaux. .

Peuplier baumier. Bois de peu de valeur. Les bourgeons, bouillis,


donnent une résine bonne comme remè le.
Voir Remèdes du colon.

Platane Se prête aux mêmes emplois que l'érable.

Saule Employé pour faire des paniers et des liens,


{Saille-osier) des corbeilles. Ecorce bonne pour préserver
les moutons de diverses maladies.

Saule pourpre, . Même usage que le précédent, Ecorce aussi


(Osier rovge) bonne pour moutons.

Tilleul . .
.* Très léger. Panneaux de
voitures, plafonds,
lambris, objets de
sculpture, sabots de
[Bois blanc)
femme. Son ecorce intérieure (2e ecorce)
est très forte on en fait des cordes, des
:

liens, etc.
LE LIVRE DU COLON 57

NOMS DES ARBRES USAGES ORDINAIRES

Epinette rouge Bois do sciage. Ecorce sert à faire des couver-

{Mélèze d' Amérique tures. Bonne en remède. Bon pour chauf-


Taniaruc) fage.

Epinette noire Bois de sciage. Ecorce employée en couver-


{Grosse epinette) tures. Pousses servent à faire la petite bière.
Remède.

Pin Usages connus Menuiserie, construction, etc.


Les racines, chauffées à l'étouffée, donnent du
goudron.

Sapin blanc Instruments de musique : violons, etc. Bois de


sciage et voitures légères. Oonime de sapin
employée en médecine ou pour faire les
vernis. Même usage que térébentine de
commerce.

Pruche Pontages d'écurie, traverses de chemins de fer,


lattes, etc. Ecorce employée pour tanner.
La pruche sèche peut servir au chauffage.

Cèdre Coffrets, perchesde clôture, piquets, bardeau.


{Tkuya) Feuilles employées en médecine.

Ruisseaux divers

Dans les bois, vous trouverez peut-être aussi du raisin sau-


vage. En ce cas, remarquez la place, et l'automne venu, vous

effilerez votre couteau et irez en chercher des boutures, autant


que vous pourrez.
Les boutures sont des bouts de branche de 13 à 18 pouces
portant 2 ou 3 yeux, c'est-à-dire des ronds à bourgeons. Empor-
tez-les, faites-les tremper un peu, puis plantez-les de quatre
pieds en quatre pieds dans de la terre meuble en enterrant deu.ï
de ces yeux et en laissant dépasser le troisième. Avant les froids,

recouvrez complètement ces boutures avec de la vieille paille, des


58 LE LIVRE DU COLON

feuilles mortes, des framboisiers, etc.L'amiée suivante, elles


Le donneront rien, mais dans deux ans, elles fleuriront ; vous
couperez ces fleui^s et les petites tiges du bas, pour renforcir les
autres. Dans quatre ou cinq ans, vous aurez des vignes qui,
taillées de temps à autre et engraissées de fumier pourri et de
cendres, vous donneront de belles grappes de raisin gros comme
un marbre. Tous pourrez alors prendre de nouvelles boutures
et augmenter votre vignoble.
Vous trouverez peut-être aussi du lierre sauvage ou autres
plantes qui s'entortillent autour des arbres. L'automne venu,
cueillez-en des graines et semez- les en ligne, en bas du rechaus-
sage de votre chantier. Quand elles commenceront à pousser,
vous planterez auprès de ces grimpants des gaules fixées et can-
tées sur le bord de la couverture. Bientôt, tout votre devant de
fliantier sera en verdure, et comme les gaules empêchent les
grimpants de toucher le chantier, vous n'avez pas besoin de
craindre que cela le fasse pourrir. L'opération ne demande pas
grand'peine et c"est joli.

En faisant attention, vous trouverez aussi, au printemps,


des petites plantes à fleurs blanches qui sentent le muguet et
qui ont des feuilles semblables à celles de la pensée des jardins.
E]nportcz-en quelques touffes, avec racines et motte de terre, et
transplantez-les à l'ombre de la maison.
Pendant les premiers temps, recouvrez-les avec des bran-
chages. Cela ne demande ])as grand soin et ça fera plaisir à
\otre femme. Ily a de la sorte une foule de plantes-roses,
œillets, etc., qui peuvent vous être utiles ou agréables, et tout
ce que vous ferez pour embellir votre demeure et ses alentours
tendra naturellement à vous faire aimer davantage la paisible
existence du colon.
Il reste encore bien des plantes, des centaines, qui poussent
dans les bois et qui pourraient vous être utiles, soit pour faire
du vin, ou des remèdes, soit pour manger, soit pour autre chose,
mais il faudrait tout un livre pour les décrire, et même en ce
cas. il faudrait prendre beaucoup de précautions, parce que
quelques-unes de ces plantes peuvent jouer de mauvais tours,
("est pourquoi je ne les indique pas. Au reste, celles qui sont

utiles sont généralement connues des gens de la place, et vos voi-


LE LIVRE DU COl.ON (9

sins vous renseigneront. Seulement, soyez lu-udents, car un ac-


cident est vite arrivé.
En furetant dans les Bois, si vous trouvez des groseilliers,
vous pouvez cependant non seulement en manger, mais en arra-
cher un pied ou deux et les transplanter dans votre jardin.
L'automne venu, taillez-ks, en coupant avec un couteau bien
effilé les branches trop vieilles ou mal faites, racourcissez les
autres de trois ou quatre pouces, mettez un peu de famicr au
pied de l'arbuste, et vous verrez.
Le cormier non plus, n'est pas rare. Semez-en quelques
graines aux quatre coins de votre jardin. S'il v en a auprè:'- du
thantier, déterrez-leur un peu le pied au printem;;.?, faites-y une
fente dans l'écorce et le bois, mettez-y un petit .jaillov pour em-
pêcher la fente de se refermer, puis renterrez. Toute Tamertu-
me de l'arbre s'en ira par là, et à l'automne, vous aurez dfs fruits
qui vous donneront un très bon vin,, en les prépa''înir comme
votre vin de merisier.
Entaillez de la même manière les cerisiers à ^ippe-î s'il en
pousse chez vous, les noyers, etc. C'est uve affaire de rien, et
Çii vous rapportera de bons fruits.
Est-ce bien tout, cette fois ?

Voyons ? Eh ! mais non ! Et la pêche, et la eliasse, ne sont-


elles pas aussi deux choses qui, en épargnant le lard, évitent des
dépenses au colon, et, par suite, constituent deux ruisseaux pré-
cieux ? La loi vous autorise à tuer trois chevreuils par année ;

vous ferez donc bien d'en protîter, de même que des lièvres, per-'
drix, canards, outardes et autre gibier qui passera à la portée de
votre fusil. Seulement, il faut que tout cela se fasse à temps
perdu, sans quoi il y aurait mauvais calcul, et par suite déficit
au lieu de profit pour vous.
Dans les ruisseaux voisins vos enfants pourront encore
tendre des pièges au vison ou au rat musqué, et de la sorte
chacun fera sa petite part.
Les lacs regorgent généralement de poissons dans toute la
province. Le poisson est une nourriture excellente et toute
aussi nourr'ssante que la viande. On croit généralement le con-
traire, mais c'est parce que le poisson se digère mieux, et par
suite fatigue moins que les viandes. Je n'ai pas à vous ensei-
60 LE LIVRE DU COLON

gn^r la iranièro de prendre le poisson. Disons seulement que


le poisson est plus soutenant quand il est boucané que frais.

Vous ferez donc bien de vous monter une jDetite houcanière avec
un foyer en pierraille, entouré d'une o^rande écorce d'épinette.
Pour rendre cette écorce plus dure au feu, faites-la tremper dans
de la lessive de cendres de bois. Faites ensuite des traverses
placées sur des fourches et suspendez-y les poissons après les
avoir nettoyés et attachés deux à deux par la queue. Faites un
ftu de bois sec recouvert de bois pourri et de morceaux d'écorce
dv^ bouleau, de merisier rouge, de tiges de framboisiers, d'écorce
de cerisier, mais surtout de branches de saule vert. Cela donne-
ra du goût. Vous pouvez boucaner ainsi toute sorte de gibier
ou de poisson.

Travail de la femme

Votre ménagère peut aussi vous aider pas mal à améliorer


votre position, et cela sans entreprendre des travaux au-dessus
de ses forces. C'est dire qu'il y a aussi pour elle des petits ruis-
seaux. A part les soins du ménage, l'entretien du jardin, les
petis sarclages, la surveillance du poulailler, la fabrication du
beurre, le lavage, etc., etc., elle peut, en effet, tricoter, et une
bonne tricoteuse n'a pas de peine, tout en surveillant la soupe
ou en poussant le " ber " du petit avec son pied, à gagner de
$?5 à $30 par année ça paie déjà le pain de la petite famille.
:

En élevant des moutons, vous garderez donc la laine pour


vous au lieu de la vendre ; vous la ferez carder proprement, et
votr." femme, après l'avoir passée au rouet, en fera des mitaines,
fies bas, des tuques, des crémones, etc., etc. Tout cela rapporte,
d"abord parce que cela vous exempte de recourir au magasin, et
puis parce que le surplus se ven-d bien.
Les guenilles, vieux linge, etc., serviront à faire de la
bonne Catalogne du pays, si propre et si jolie quand elle est bien
faite. Ca fera de jolis tapis pour votre chantier. Si wus en
avez trop, vous la vsndrez. ,

Ah ! si les femmes d'aujourd'hui voulaient faire comme


les bonnes vieilles Canadiennes du temps passé et revenir à tous
ces petits travaux qui, même quand on n'en vend pas,
LE LIVRE DU COLON 61

évi.ent des dépenses et donnent à la maison du cultivateur un


cachet de coquetterie charmante !

Elles pourraient ainsi s'occuper de faire des tricots, de la


to le, de l'étoffe du pavs, de ceintures fléchées, des tapis, des
travaux en paille, des dentelles et une foule d'autres choses, qui
demandent plus de patience que de force, plus d'adresse que de
niuscles, et elles seraient elles-mêmes surprises de voir combien
importantes deviendraient les recettes de cette source, sans
parler de la satisfaction personnelle qu'elles éprouveraient en
réalisant ce progrès. Je sais bien que plusieurs femmes de
colons s'occupsnt déjà un peu de ces choses, mais on n'a pas
encore, à mon
goût, assez généralement compris que ce sont les
petits ruisseaux qui font les grandes rivières.
62 LE LIVRE DU COLON

3e PARTIE

Recettes et renseignements utiles pour la


ménagère et le colon

On comprend que je ne puis guère ici entrer clans les dé-


tails de cuisine et de ménage dans lesquels une femme s'entend
beaucoup mieux qu'un homme, non plus que révéler tous les
petits secrets qu'une bonne ménagère apprend do ses voisines ou
par expéiience.
Je ne parlerai pas, non plus, de la propreté indispensable,
non seulement parce qu'elle est l'âme de la santé, mais encore
de la richesse, parce que pour s'enrichir, il faut avoir de l'ordre
ei parce que l'ordre n'est que de la vraie propreté. Xos ménagè-
res, Dieu merci, n'ont pas besoin de leçons là-dessus.
Quelques petits secrets suffiront donc ici La cendre de :

bois, que vous avez sous la main, ou la perlasse que votre mari
peut préparer avec cette cendre, peut vous rendre plusieurs ser-
. vices : mettez-en une cuillerée dans un petit sac de toile que
vous laissez tremper dans votre eau de vaisselle : ça vous em-
pêchera d'user du savon. Changez naturellement la cendre
chaque fois. En n'en mettant pas beaucoup, vous pourrez
donner cette eau de vaisselle aux animaux.
Un peu de cendre dans un petit sac fera cuire plus faci-
lement les pois qui sont durs à cuire. Yn peu de cendre ou de
perlasse et d'eau chaude vous aidera à laver les vitres tachées,
les lampes, les globes de lampes et tous les instruments imbibés
de graisse ou d'huile, les seaux, etc. Un peu de cendre sert pour
frotter les couteaux, les plats de ferblanc, les terrines, qu'on
rince ensuite proprement.
LE LIVRE DU COLON 63

Un peu de cendre dans de l'eau donne une bonne lessive


pour le plancher. Evitez de laver avec cette eau les peintures
ou les vernis.
Vn peu de cendre dans de Teau chaude, et un peu de savon,
lave bien le linge blanc, la laine l)lanche, les couvertes ;
pour les

étoffes de couleur, les indiennes, etc., n'en mettez pas. En met-


tant une lessive de cendre et une poignée de pelures d'oignons
dans votre eau, vous donnerez une belle teinte dorée à votre
plancher. Si vous n'avez pas d'oignons, mettez un peu d'écorce
d'aulne ou de l'écorce de bouleau.
Faites vous un balai avec des branches de cèdre : si le cèdre
est rare, faites un balai avec des petites branches de h ois blanc

(tilleul) ou d'orme. En écrasant le bout de ces branches avec un


maillet de bois on leur donne beaucoup de souplesse, et ça dure
Si votre balai durcit trop, trempez-le dans de l'eau bouillante
et laissez sécher. Vous pouvez de cette façon vous faire des
époussettes. Faites vous un porte-ordures avec un morceau d'é-
corce d'épinette : vous arrachez la grosse écorce de dessus, vous
faites un petit rebord d'un côté et à gauche et à droite, et vous
cousez cela ensemble avec une grosse aiguille à laine et de la
bs biche ou du gros fil frotté de gomme d'épinette, ou bien
encore avec une petite ficelle d'écorce d'orme ou de bois blanc.
"Vous mettez quelques cailloux dans l'assiette du porte-ordures
er. vous le laissez sécher ; cela devient très dur.
Vous pouvez faire ainsi des paniers, des casseaux, des
Sleepers, pour vous et vos enfants, et plusieurs autres objets
semblables, de même qu'avec Técorce de bouleau.
Si vous trouvez de la pierre de sable, c'est-à-dire une pierre
qui s'égrène en petits grains, ramassez-en quelcpies morceaux
]jour frotter le plancher en le lavant ;
ça vaudra la meilleure
lessive. Cette pierre est aussi bonne pour frotter les couteaux,
les plats, etc.

En été, pendant les grosses chaleurs, faites vous faire un


abri en écorce à la porte de la cuisine, avec un foyer en pierre, et
vous y préparerez les repas au lieu d'allumer le poêle.
Au lieu de mettre le linge dans des coffres, ce qui le frippe

et l'expose aux mites, pliez-le sur des tablettes en le recouvrant


avec des serviettes pliées sur le long, de la largeur du paquet.
64 LE MVRE DU COLON
Mettez les vêtements ensemble, les draps ensemble, etc. Ca vous
exemptera de tout culbuter pour trouver une bavette nette ou
une chemise.
Si vous voulez avoir beaucoup de temps pour tricoter ou
jardiner, commencez dès maintenant à faire chaque chose à son
heure, à laver la vaisselle aussitôt le repas fini, à donner un
coup de balai tout de suite après, etc.

Faites un petit hei'da tous les matins après déjeuner : ba-


layage, toilette des lits, etc. ; un moyen hcrda tous les samedis
matin : lavage du plancher, des boiseries, nettoyage des marmi-
tes à la pierre de sable, etc. ;
puis un grand herda le printemps
(vers le mois de mai) et l'automne, après les récoltes. Et de la
sorte, votre chantier sera toujours propre, vous serez de bonne
humeur et votre famille sera heureuse.
Faites vous faire du bois à l'avance et prenez pour habitude,
tous les soirs, de mettre tout prêt pour le déjeuner du lende-
main. Ca sauvera du temps, ça vous exemptera de vous lever
avant le coq ou de faire attendre votre mari jusqu'à huit heures
pour manger. '

Toici maintenant quelques recettes qui peuvent vous servir


un ;;'our ou l'autre :

Lavage des indiennes

Faites bouillir deux livres de riz dans dix pintes d'eau


jusqu'à ce que le riz soit complètement dissons. Versez cette
eau de riz dans une cuve. Quand la chaleur de cette eau sera
assez diminuée pour être endurée par les mains, mettez dans la
cuve ks cotons imprimés, perses, indiennes, etc., que vous vou-

lez nettoyer. Lavez comme à l'ordinaire, mais sans savon. Rin-


cez et faites bouillir pendant ^ heure dans l'eau du rinçage, à
laquelle vous ajouterez autant d'eau pure.
Les co.onnades ainsi lavées conservent leurs couleurs et
leur lustre.

Note. —Le riz qui est resté dans le chaudron est naturelle-
ment bon à manger.
LE LIVRE DU COLON 65

Empois de la ** colonne"

Epluchez quatre ou cinq patates, et râpez-les dans une ter-

rine aux trois quarts pleine d'eau froide. Brassez quelques ins-
tants, puis laissez reposer. Aussitôt le dépôt formé, versez l'eau
doucement, sa7is agiter. Lavez ensuite ce dépôt dans de la nou-
vellc eau et laissez encore reposer, versez l'eau comme la pre-

mière fois et lavez de nouveau. Etendez ensuite cette fleur de


patate sur des linges blancs bien propres, en l'écrassant, et laissez-
la sécher au soleil ou près du poêle. Changez le linge deux ou
trois fois. Quand cette fleur de patate est bien sèche de part en
part, mettez-la dans une boîte, c'est de l'empois.

Pour vous en servir, délayez d'abord votre empois avec un


peu d'eau froide pour en former une pâte épaisse, puis ajoutez
petit à petit un peu d'eau tiède pour éclaircir. Ajoutez ensuite
une cuillère' à dessert de sucre et un petit morceau de beurre.
Vous obtiendrez ainsi un luisant égal à celui des buanderies.

Conservation des fourrures pendant Tété

Pourvu que les fourrures soient bien secouées et brossées,


afin qu'il n'y reste aucun œuf de mites, le meilleur procédé pour
les conserver à l'abri de cette vermine est de les envelopper
dans un journal.
Si votre mari est adroit et travaille bien le bois, dites-lui de
vous fair '
une boîte en lois de cèdre : l'odeur du cèdre chasse
les mites. A défaut de boîte, mettez quelques copeaux ou retail-
les de cèdre dans vos fourrures.

Chaussures étanches

Pour empêcherles chaussures de prendre l'eau, on recom-


mande de imprégner de temps à autre avec de l'eau de savon
les
(quatre cuillerées de savon nour une pinte d'eau). Tl faut se
servir d'eau de source ou de rivière. Il suffit pour cette opéra-
tion de tremper une guenille dans l'eau de savon, d'en frotter
bien les coutures, les semelles et les parties de la chaussure qui
sont exposées à être mouillées. La même recette s'applique, na-
turellement, à toute espèce de cuir : attelages, etc.
6(3 IvE LIVRE DU COLON

Cirage a chaussure

Un mélange de suie et de lait donne un eirage qui peut faire


aussi l)ien qu'un autre, pour frutter les chaussures.

Couteaux de table

Coupez une patate en deux, mettez-en la surface ])late dans


de la poudre de brique à couteaux et frottez les lames, comme
avec un bouchon de liège. Vous enlèverez ainsi la rouille et
les taches et donnerez à vos couteaux un brillant magnifique.

Verres de lampe

Pour rendre moins cassants les verres de lampe (gloltes), on


les fait "cuire", c'est à-diro qu'on les met dans un ckaudron
plein d'eau froide, puis on fait bouillir et refroidir tranquille-
ment.
Il faut aussi avoir smu de ne pas, en allumant la lampe,
lever la mèche à sa hauteur ordinaire avant que le globe ait eu
"
le temps de se "ressuj-er.

Savon de patates

On peut laver le linge sans savon ni lessive, en frottant ce


linge avec des patates cuites dans l'eau. Ce procédé réussit très
bien pour la toile, le coton, la laine, la soie, et quelle que soit

leur saleté, les objets lavés ainsi deviennent très j^ropres.

Savon de terre glaise

On fait détremper de la glaise dans un peu d'eau pendant


un quart d'iieure, de façon à faire une espèce de pâte claire. On
savonne avec cela le linge à nettoyer et on le place dans une
cuve en y ajoutant un peu d'eau à mesure qu'elle est absorbée
par le linge. On frotte ensuite quelques minutes, puis on rince et

fait sécher. Ce moyen est excellent pour dégraisser et nettoyer


\f. drap, les lainages, les coutils de couleur, les overall, etc.
IvE LIVRE DU COLON 67
!

Savon de ménage
Pour cinq livres de graissaillos (huiles, suifs, beurres
rtmces, graisses, débris, etc.), prenez ^ seau d'eau, faites fondre
à part 1 livre de perlasse et ajoutez aux graissailles. Faites
bouillir })cndant environ une heure. Au moment oîi le savon
commence à tourner, ajoutez trois quarterons d'arcanson. Lais-
sez bouillir encore un quart d'heure ou 20 minutes, ajoutez une
chopine de gros sel. Pour voir si le savon est prêt, jetez-en quel-
ques gouttes dans de l'eau froide ou sur la neige. S'il est
prêt, il durcit comme la tire de mêlasse. Laissez refroidir len-
tement, coupez par morceaux et laissez durcir.
Note. — L'eau qui a servi au savon fait une excellente lessive,

peut-être un peu forte. Surtout, surveillez les enfants pour


qu'ils n'aillent pas se fourrer tête première dans le chau-
dron.

Colle pour la vaisel'e

Prenez une tête d'ail et écrasez-la soigneusement en pâte ;

froitez en les morceaux de vaisselle cassée et joignez les bien


en attachant le tout avec un fil de fer, et faites bouillir dans de
l'eau pendant une demi-heure.

Encre du colon

Faites bouillir de l'écorce d'aulne (une poignée) dans ime


pinte d'eau, laissez réduire, coulez, jetez les écorces, versez une
cuillerée à thé de couperose, mettez gros comme un pois de
gomme de petite merise, et laissez fondre ; faites chauffer, cou-
lez une seconde fois, laissez refroidir et mettez dans une bou-
teille.

L'écorce d'aulne bouillie dans de l'eau et additionnée de


ccupe-rose donne une bi'lle couleur noire qui peut servir à tein-
dre la laine.
Pour teindre en jaune

Prenez 1 livre de boursreons et de jeunes branches do peu-


plier (tremble) ; faites bouillir dans 3 livrer d'eau (une terri-
née à peu prè>). contenant un" cuillerée à thé d'alun. Après
68 LE LIVRE DU COLON

avoir laissé cuire environ 25 ou 30 minutes, on coule ce mélange


à travers un linge, on laisse reposer ;
puis on coule une seconde
fois, et on nouveau reposer pendant 3 ou 4 jours à l'air
laisse de

et à la lumière. On obtient ainsi un liquide qui donne aux tis-


sus de belles teintes, jaune or et orange.
Les différentes manières d'obtenir d'autres coleurs (vert,
bleu, rouge, etc.), sont trop connues en même temps que trop
longues à décrire, pour que je les mentionne ; vos voisines vous
renseigneront sur ce chapitre.

Couvertures de lit en papier

On dispose, sur une .grande table, sans les coller, bord à


l)ord, un certain nombre de papiers quelconques ; puis, on les
touche délicatement, de distance en distance, avec un pinceau
de colle. Pardessus, on dispose une nouvelle couche de feuilles
de papier et, ainsi de suite, jusqu'à épaisseur voulue. Finale-
ment, on coud cet encollage entre deux pièces d'étoffe quelcon-
que, soit seulement sur les bords, soit en carrés, comme pour les
couvre-pieds ouaté?. Les couvertures ainsi obtenues sont plus
ou moins souples, mais bien des pauvres diables qui claquent des
dents tout l'hiver seraient bien aises de s'y envelopper. Les
bonnes âmes et les mauvais poètes ont là une bonne méthode
d'utiliser la littérature contemporaine.

Vieilles gazettes

Peu de personnes de ménage connaissent le parti que l'on


peut tirer du papier de rebut.
Après qu'un poêle a été noirci et poli, on peut le tenir pro-
pre très longtemps en le frottant tous les matin avec du papier.
On nettoie bien mieux les cafetières, théières, etc., en les frot-
tant avec du papier qu'en les lavant avec du savonnage. Le pa-
pier nettoie bien les couteaux et les fourchettes, une fois écurées,
et aussi tous les ustensiles de ferblanc ou d'étain. Le papier net-
toie mieux les miroirs, les vitres, les tuyaux de lampe (globes),
qu'un ling,' sec. Les contitures recouvertes de gros papier se
conservent mieux que celles qui le sont avec du linge. Le
LE LIVRE DU COLON 69

papier fait beaucoup mieux sous un tapis ou une catalogue, que


la paille ; il est plus chaud, plus mince, et fait moins de bruit
sous les pas.
Feu de pétrole

Pour éteindre un feu de pétrole (huile de charbon), il


suffit de jeter du lait sur les flammes, qui s'anéantissent comme
par enchantement.

Quelques conseils

Les toiles cirées ne doivent jamais être lavées à l'eau chau-


de ; la chaleur en fait craquer le vernis.,
—Les chaises de canne se savonnent et doivent sécher vive-

ment, dehors ou au moins dans un courant d'air ; l'humidité


prolongée les altérerait très vite.

—Les objets de paille doivent être aussi traités rapidement,


vigoureusement essuyés. Une poignée de gros sel dans l'eau
avec laquelle on les nettoie, retarde leur jaunissement.

Un i)eu de vinaigre, dans l'eau qui sert à laver les bas noirs,
les empêche absolument de rougir.

Poids et mesures des ménagères

Quatre grandes cuillerées à soupe de liquide égalent ^ ro-


quille.

2 roquilles font ^ chopine.


3 chopine^ font une pinte.
4 pintes font 1 gallon.
1 roquille pèse 4 onces.
1 cuillerée à soupe pèse ^ once.

Pain de ménage

Voici la quantité de farine et de pain de ménage que four-


nissent les différents grains suivants :

Un minot de blé pesant 6ô livres fournit 48 livres de farine


et 64 livres de pain.
Un minot de seigle pesant 54 livres fournit 42 livres de
farine et 56 livres de pain.
70 LE LIVRE DU COLON

Un minot d'orge pe.-ant 48 livres fournit 37^ livres de


farine et 50 livres de pain.
Un minot d'avoine pesant 40 livres fournit 22^ livres de
farine et 30 livres de pain.

Vermines des légumes

Pour débarrasser les légumes de la vermine (limaces, vers,

chenilles, insectes) avant de les employer pour la cuisine, il suf-

til; de les plonger pendant cinq minutes dans de l'eau salée. Les
bestioles ne peuvent supporter ce bain et cherchent à s'échapper.
Ce bain, d'ailleurs, ne peut qu'améliorer le goût des légumes.

Bouillon qui surit

En été, les bouillons deviennent rapidement surs. Pour les

ramener, on procède comme suit :


— On remet le bouillon sur le
feu et quand il bout on jette dedans quelques tisons ou char-
bons en feu. On enlève ensuite ces charbon avec une passoire,
et c'est tout.
Autre méthode. — On fait une lessive douce avec quelques
cuillerées de cendre dans de l'eau, on coule à travers un linge et

on jette dans le bouillon un peu de cette lessive à plusieurs re-

prises jusqu'à ce qu'il ait reprit son goût naturel.


On ramène ainsi du vin ou de la petite bière qui surit.

Café d'orge

Mettez quelques poignées d'orge dans la poêle, sans eau


ni rien autre chose, et faites-la rôtir, sans la faire brûler, en
brassant continuellement.
z dans une boîte.
Laissez refroidir et mette,
Pour une demi tasse de cette orge
faire le café, prenez gril-

lée et infusez-la comme du café ordinaire. Pour café au lait,

ajoutez autant de lait que d'eau.


Vous pouvez aussi mêler à cette orge des croûtes de pain sec
écrasées et grillées de la même manière.
Ce café est très bon au goût, nourrissant et bon pour la
santé.
LE LIVRE DU COLON 71

Blé d'inde lessivé

Préparez d'abord une lessive passablement forte en faisant


bouillir de la cendre de bois franc dans de l'eau. Coulez ensuite
cette lessive proprement, puis versez-la dans un chaudron de fer
pour la faire bouillir avec quelques terrinées de Ijlé-d'Inde en
grains. Quand le blé-d'Inde ainsi traité commence à fleurir,
c'est-à-dire à so déchirer en crevant la petite peau qui l'envelop-
pe, vous jetez la lessive et rincez le blé-d'Inde dans de l'eau froi-
de en brassant bien. Après l'avoir changé d'eau une ou deux fois,

vous le remettez ensuite bouillir dans de l'eau pure pendant quel-


ques secondes, puis vous l'étendez sur un linge propre pour le

faire égoutter, après quoi, vous l'étendez dehors, sur une table,
un dessus de boîte ou des écorces pour le faire geler si le froid
est assez fort. Sinon, vous vous contenterez de le faire sécher
au soleil ou près du poêle. Vous le mettrez ensuite dans une
tinette ou une poche, dans un endroit assez froid pour qu'il se

ccnserve. Vous le savez déjà sans doute, ce blé-d'Inde lessivé


sert, avec les pois, à faire une excellente soupe de ménage : on
fait d'abord bouillir les pois comme à l'ordinaire avec lard, lé-

gumes, etc., puis, on y ajoute une, deux ou trois tasses de blé-


d'Inde lessivé qu'on a fait dégeler ou tremper d'avance dasn une
terrinée d'eau froide. Inutile de vous recommander d'agir avec
prudence pendant que vous faites bouillir le blé-d'Inde dans la

lessive pour qu'il n'arrive pas d'accidents aux enfants.

Cuisses de grenouille

Les cuisses de grenouille constituent un mets très nutritif

et savoureux. La meilleure méthode de les accommoder est en-

core la suivante Les cuisses sont parfaitement dépouillées de


:

leur peau, et on ks trempe ensuite pendant cinq minutes dans


de l'eau bouillante légèrement salée puis on les retire et on les
;

plonge pendant quelques instants dans de l'eau froide ; on les

laisse ensuite égoutter puis on les met dans une poêle chaude
avec du beurre, etc., et on les fait rôtir comme du poulet.
72 LE LIVRE DU COLON

Conservation de la viande, du gibier, de la volaille,

du poisson, etc»

Pour conserver le gibier, la viande, la volaille, le poisson,


etc., durant les chaleurs de l'été, et empêcher les vers de s'y
mettre, on enlève les intestins et on introduit à leur place un
morceau de charhon de hois et un oignon, puis on enveloppe le^

tout dans une gazette ou dans des feuilles de fougère et on le

met à Li fraîche. On peut aussi, après l'avoir ainsi préparé,


l'enterrer dans une cave sous un ou deux pouces de terre fraîche

mais non mouillée.

Conserva' ion de la viande

Coupez la viande en morceaux de 3 ou 4 livres au plus ;

placez ces morceaux dans des vases de grès ou des boîtes de bois
étanches, et recouvrez-les bien avec du charbon de bois en poudre.
Par ce moyen, on peut conserver de la viande de boucherie pen-
flant plus de 15 jours, même dans les grandes chaleurs de l'été.
Il faut que la viande ainsi traitée soit recouverte par une couche

de charbon d'un pouce d'épaisseur au moins.


Autre méthode. — Pour conserver la viande fraîche
en été, on recommande de la mettre dans de grandes terrines
ou dans des pots de grès, remplis de lait caillé ou de lait écrémé,
et de mettre le tout à la cave. Il faut avoir soin de mettre une
pierre sur la viande pour qu'elle ne surnage pas. La viande
peut se conserver ainsi pendant 8 jours sans prendre mau-
vais goût : elle s'améliore, au contraire. Au moment d'em-
ployer la viande, on la lave et on l'essuie.

Pour attendrir le jambon

On recommande le moyen suivant pour attendrir les jam-


bons les plus vieux et les plus durcis (jambons de magasin, lard,
chevreuil ou poisson boucané) : Essuyez votre jambon, envelop-
pez-le dans un linge et enterrez-le dans une terre ni trop sèche ni
trop humide, de manière à le recouvrir d'environ un pied et

demi de terre. Au bout d'une heure, il sera devenu très tendre


sans avoir perdu sa fermeté.
LE LIVRE DU COLON 7X>

Barattes, tinettes neuves, etc»

Pour enlever le goût de bois de ces vaisseaux, ébouillautez-


les d'abord en y laissant refroidir l'eau, puis, faites fondre de la
perlasse ou du soda ou simplement de la cendre de bois, dans de
l'eau tiède, en y ajoutant, si on peut, une poignée de chaux, et
lavez la dedans du vaisseau neuf avec ce mélange. Echaudez en-
suite une seconde fois, puis rincez bien.
On recommande encor,- d'ébouillanter des framboisiers dans
les tinettes, barattes, etc., soit pour leur enlever l'odeur de bois

neuf, soit pour les désinfecter quand elles ont déjà servi.

Conservation du beurre frais

Enveloppez le beurre dans un linge bien propre, imbibé de


bon vinaigre, et aspergez-le tous les huit jours avec du vinaigre.
Placez votro beurre dans une cave ou laiterie, aérée, sèche et
fraîche, et il se conservera plusieurs mois avec un goût délicieux.

Soin a donner au lait

Xe gardez pas de lait dans des greniers ou des caves, car


cela lui donne souvent une odeur de moisi.
Ne le gardez pas, la nuit, en grosse quantité dans de grands
vaisseaux (chaudières, bidons, etc.).
Xe le mettez pas dans de l'eau froide avant qu'il ne se soit
refroidi naturellement.
Xe le mettez même pas du tout refroidir dans de l'eau, à
moins que le temps ne soit très chaud ou qu'il faille le garder
un jour ou deux.
Certains mauvais goûts sont donnés au lait par Feau. Il

faut à tout prix ne jamais donner que de l'eau pure, claire et

srdne, aux vaches laitières.

On ne doit jamais employer de seaux de bois pour traire


les vaches ou conserver le lait.

Attendez que le lait soit refroidi avant de le couler.


74 LE LIVRE DU COLON

Fromage blanc
Mettez du lait caillé dans un sac de toile suspendu au-des-
sus d'un plat et laissez le bien égoutter. Mettez-le ensuite dans
un casseau d'écorce ou autre vaisseau de bois, salez légère-
ment, retournez-le tous les jours. Au bout de 3 ou -i jours il est
bon à manger, sans plus de préparation.

Sel de saloir

Quand un saloir ne contient plus de viande, il reste au fond


beaucoup de sel qu'on peut employer avec avantage pour la cui-
sine. On le lave rapidement en jetant dessus de l'eau fraîche
qu'on n'y laisse pas séjourner, et on le met à sécher au four ou
au soleil. Outre le sel il se trouve beaucoup de saumure, à laquel-

leon ajoute l'eau dans laquelle on a lavé le sel on conserve cette ;

saumure pour saler la nourriture des cochons à la fin de l'en-


graissement, lorsqu'ils ne mangent plus avec appel it. Le sel

excite leur appétit, leur fait accepter les aliments qu'ils refuse-
raient autrement, et facilite leur digestion.

Excellente saumure

Pour chaque gallon d'eau, prenez 1^ livre de sel, ^ livre de


sucre, -J
once de salpêtre et ^ once de potasse ou 1 once de cen-
dre de bois. Faites bouillir le tout ensemble et écumez. Puis,
laissez refroidir, et lorsque la saumure est froide, ver.sez-la sur
votre viande ou voire lard et laissez-la le temps ordinaire, c'est-

à-dire quatre ou cinq semaines. La viande doit être bien noyée


dans la saumure.

Contre les punaises

Prenez des feuilles de noATr (noix longues), écrasez-les


avec un maillet, faites- les tremper 24 heures dans de l'eau froide
et lavez avec cette eau les bois de lits, etc., fréquentés par les pu-
naisas.
Chiures de mouches

Pour préserver les cadres, dorures, etc., des taches que lais-

sent les mouches, on les badigeonne de temps en temps avec un


LE LIVRE DU COLON 75

peu d'eau d'oignons, que l'on obtient en faisant bouillir G ou 12


oignons dans 1 ou 2 chopincs d'eau.
Lei oignons eux-mêmes sont naturellement encore bons à
manger.
Contre les fourmis

Les fruits ou le sucre qu'on met dans une armoire, un gre-


nier, etc., attirent les fourmis, et c'est souvent difficile de s'en
débarrasser. On recommande pour cela de jnetfre tout simple-
ment un ou deux morceaux de charbon de bois à côté des fruits
ou du sucre pour chasser ces petites ravageuses.

Contre les mouches

Prenez quelques bardeaux ou des bouts de planchette, peii\

turez-les avec un peu de mêlasse et suspendez-lesau mur avec


une ficelle accrochée à un clou. Les mouches, qui aiment le
sucré, viennent se coller dans la mêlasse et périssent. Quand la
planchette est couverte de mouches, on la racle avec un couteau
et on recommence.
—Un autre bon moyen consiste à suspendre des paquets de
fougère dans le chantier. Le soir, toutes les mouches vont s'y

p'acer. On prend alors un drap ou une poche, on entortille dou-


cement le paquet de fougère, et on sauce le tout dans l'eau pour
noyer les mouches.

Maringoutns^ moustiques, brûlots, etc.

Voilà la terreur du colon et de la colonne, et il y a de quoi.


D'autant plus qu'ici, les remèdes sont rares. Quoi qu'ilen soit,
on recommande de se graisser les mains, le visage, le cou, etc.,
avec une graisse quelconque : suif, couenne de lard, huile, etc.
Eviter d'ouvrir les portes et hs quand il y a de
f3nêtres le soir
la lumière dans le chantier, faire de la houcane, en employant

de préférence du bois franc pourri ou des champignons de meri-


ser ou d'érable. Si on est trop piqué, on calme la douleur en
lavant les plaies avec un peu d'eau salée, d'eau vinaigrée ou d'un
peu d'eau où on met une pincée de cendre.
76 LE LIVRE DU COLON

Mouches a cornes
Pour défendre le bétail contre les mouches à cornes, on re-
commande de faire bouillir des feuilles de tomates, mélangées si

l'on veut avec une feuille ou deux de tabac. On lave avec cette
décoction la tête et même le corps de l'animal une fois tous les
deux jours. On arrive ainsi à rendre la tranquillité aux vaches
ec à augmenter la production du lait.

Etourneaux, corneilles, etc»

Pour éloigner les étourneaux et autres mangeurs de grains


de votre champ, prenez une patate grosse comme le poing, plan-
tez-y une vingtaine de plumes de volailles ou de perdrix, et ac-
crochez cela au bout d'une ficelle et d'une perche dans votre
champ. On recommande aussi d'attacher de la même manière
des retailles de ferblanc, que le vent agite et fait sonner on dit :

que cela vaut mieux qu'un bonhomme de paille habillé d'un


vieux gilet et coiffé d'un chapeau de feutre.

Insectes, rats, etc.

Pour garder le grain contre les insectes (charançons, poux


de on enseigne beaucoup de moyens. Celui qui con-
blé, etc.),

vient le mieux est de mettre le grain dans un grenier froid et de


le- remuer à la pelle ou de le transvider de temps à autre. Quand

aux insecte- qui ravagent la récolte sur pied, ils ne craignent


que les oiseaux, les crapauds et les couleuvres. C'est donc à vous
de protéger ces modestes amis et d'empêcher vos enfants de leur
faire du mal.
Les rats, les souris, mulots, etc., seront surtout confiés au
chat.
Autre recette contre les insectes

Le mélange suivant est bon pour à peu près tous les insec-
tes qui ravagent les Jardins, depuis le ver à chou jusqu'aux mou-
ches à patates.

Huile de charbon 8 chopines


Eau 4 chopines
Savon mou i livres.
LE LIVRE DU COLON 77

On fait chauffer ensemble l'eau et le savon, puis on ajoute


l'huile et on brasse bien jusqu'à ce que le mélange soit comme
une colle. Pour se servir de ce mélange, on y ajoute trois ou
quatre fois autant d'eau et on répand sur les plantes, soit avec
une pompe-arrosoir, soit avec un balai de branches de cèdre.
L'huile de charbon employée seule fait périr les plantes.

Quantité moyenne de semence par arpent, pour


terre neuve

{Note. — Dans ce calcul, je compte que les souches pren-


nent à peu près la moitié du terrain. Vous pourrez donc aug-
menter ou diminuer selon que votre terre sera en-deçà ou au-
delà de la moyenne).
— minot.
Blé 1

— f de minot à minot.
Seigle. 1
Orge. — minot à 1| minot.
1
Avoine. — à 1^ minot.
1

Sarrasin.— minot 1 (variable.)


Blé-d'Inde. — (en butte 1800 buttes à : l'arpent) 1 pinte pour
200 bu: tes.

— 1^ minot.
Pois.
— (coupées), 4 minots.
Patates.
— à2
Carottes. 1 livres.

Navets (choux de Siam). — 1 livre.


Betteraves. — 2^ à 3 livres.
Mil.— 7 à 10 livres.

Trèfle — à
alsike. 6 8 livres.

Mesures utiles

La confusion qui se glisse très souvent dans l'emploi des


mesures agraires, tant françaises qu'anglaises, donne lieu à des
méprises qu'il est bon de chercher à éviter.
Dans la province de Québec, les terrains sont divisés à la
mesure anglaise et à la mesure française également. Les deux
systèmes sont reconnus par la loi.

Ces deux systèmes diffèrent et il importe de ne pas les con-


fondre, ni de les mêler.
78 LE LIVRE DU COLON

Mesures françaises

18 pieds français font 1 perche.


180 pieds français font 1 arpent.
15120 pieds français font 1 lieue.

10 perches françaises font 1 arpent.


840 perclies françaises font 1 lieue.

8-i arpents français font 1 lieue.


180 pieds anglais ne forment pas un arpent, il en faut vir-

tuellement 192.

Un arpent de terre en superficie équivaut à un carré dont


lei quatre côtés mesurent 180 pds français ou 192 pds anglais.
28 arpents donnent 1 mille et 92 pieds anglais ; 1 lieue
(S4 arpents) vaux 3 milles et 276 pieds anglais.
Le pied que l'on trouve sur les mesures appelées usuelle-
ment " pieds-de-roi, '^ est le pied anglais. Jl est bien rare de
trouver, au pays, une mesure quelconque qui soit divisée en
pieds français.
12.79 pds anglais valent 12 pieds français.
3 pieds anglais font une verge.
16-î pds anglais font 1 perche anglaise (rod)
66 pieds anglais font 1 chaîne.
5280 pieds anglais font 1 mille.
1760 verges anglaises font 1 mille.
1 perches anglaises (rods) font 1 chaîne.

320 perches anglaises (rods) font 1 mille.

80 chaînes anglaises (rods) font 1 mille.


Un mille anglais (la mesure française ne connaît pas de
mille) vaut 5280 pieds anglais ou 4954 pieds français, ou encore
27 arpents, 5 perches et 4 pieds.
L'acre n'est pas une mesure linéaire ou de longueur, c'est
à tort que l'on s'en sert dans ce sens. C'est uniquement une
mesure de superficie. Il contient une surface de 43,560 pieds
îinglais. Un acre de terre équivaut à un rectangle de 5 chaînes
tlelongueur sur 2 chaînes de largeur ou à im carré dont chaque
côté mesurerait 3.16 chaînes ou 208.71 pieds anglais (208 pds
8 pcs 4^ lignes de 1.8 de pce.)
LE LIVRE DU COLON 79

L'acre vaut 1.18 arpent en superficie.


L'arpent vant 0.85 de l'acre.

1 baril de farine pèse 19G4b.


1 baril de lard pèse 200 Ib.

Le blé, les fèves et la graine de trèfle pèsent GO Ib. au minot.


Le blé d'inde. le seigle et la graine de lin pèsent -"iG Ib. au
minot.
Le sarrasin, 52 Ib.
L'orge, 48 Ib.

L'avoine, 35 Ib.

Le son, 20 Ib.
La graine de mil, 45 Ib.

Le gros sel, 85 Ib.

Balance du colon

Une l)alance est troj) utile pour vous en passer et trop


chère pour en acheter : faut en faire une avec une traverse atta-
chée b.en au milieu par une ficelle; à chaque bout suspendez un
plateau en écorce, et ça y est. Quand vous irez chez un voisin
qui a une romaine ou une balance, vous pèserez une livre de sa-
ble sec. Juste une livre. Trouvez ensuite un cailloux qui pèse
exactement autant, voilà votre poids d'une livre. Divisez en-
suite votre sable en deux parties égales : trouvez un cailloux qui
pèse autant qu'une de ces ])arties et vous aurez la demi-livre.
La moitié vous donnera le quarteron, puis l'autre moitié le poids
de deux onces. Deux cail eux d'une livre vous permettront de
trouver un cailloux de 2 livres, puis de 4, etc., etc. Avec ce
moyen-là, pourvu que votre traverse, vos cordes et vos plateaux
soient solides, vous êtes capables de trouver le moyen de peser
jusqu'à un cochon de 300 livres.

Manche de hache casse

Avant de mettre dans le feu votre hache pour en enlever


le bout du manche qui est resté dans l'œillet, entourez le taillant
a'îec de la glaise humide ; de la sorte vous ne courez aucun
risque do détremper votre outil.
80; LE LIVRE DU COLON

Un feon moyen de durcir vos manches de hache consiste à


les graisser légèrement avec du suif de mouton ou de la graisse,
et à les laisser sécher ainsi tout près du poêle.Quand la graisse
€8t imbibée, on frotte énergiquement le manche de hache avec
an morceau d'étoffe, de laine, etc., et on le fait chauffer encore
un peu.

Remèdes du Colon.

Ecoutez d'abord ce que dit un vieux docteur qui connaît


son affaire :

Quand iu es malade, ne dis pas : "Le mal est venu tout


"
seul.
Le mal ne vient jamais tout seul.
Xes trois quarts du temps, c'est ta faute si tu es malade.
Tu as fait quelque imprudence que tu aurais très hicm, pu
éviter.

Dieu t'a fait présent d'une longue vie. C'est à toi de ne

pas la faire courte, par nénlinence ou par ignorance.


Ta. soigner quand tu es malade, c'est très bien. Mais c'est

mieux de te soigner quand tu es hien portant.

Il est bien plus facile d'empêcher la maladie d'entrer que


de la chasser une fois installée.
La maladie} entre par une porte à deux battants : elle sort

par un trou d'aiguille.

C'est vous dire qu'il y a des précautions à prendre : voici

les principales :

Propreté. —De l'eau, du savon et un balai de cèdre vous

sauveront bien des remèdes.


Que tout brille de propreté : les murs, les meubles et le
'

plancher. •

Vous devriez vous baigner souvent tout le corps, en été,


dans le lac ou la rivière, et l'hiver vous laver tout le corps avec
de l'eau tiède. Deux fois par semaine en été, une fois en hiver,
layez-vous les pieds : la moitié des maladies viennent des pieds
sales.
LE LIVRE DU COLON 81

Evitez aussi de vous savonner le visage, même avec du


savon d'odeur ; l'eau froide suffit généralement.

Ayez toujours du linge propre, surtout des bas. Même en


faisant de la terre neuve, vous devez vous tenir propre, et vous
laver surtout, parce que la '«oussière de charbon encrasse. Un
bon lavage au savon en vient à bout.
Evitez les refroidissements subits : en été, quand vous êtes

tout en sueurs, n'arrêtez pas brusquement de travailler pour vous


asseoir à l'ombre et encore moins boire de l'eau de source : ça
peut vous tuer. Modérez plutôt petit à petit, puis arrêtez ;

quand le sang est reposé, asseyez-vous, puis buvez avant de vous


remettre à l'ouvrage.
L'hiver ou le soir, ne sortez pas sans vous mettre quelque
chose sur les épaules et sur la tête.

Ne dormez jamais dans un courant d'air, surtout en été.

S'il fait trop chaud, roulez-vous plutôt dans une couverte et

dormez dehors, sur des branches de sapin.


Voici maintenant quelques remèdes :

Surtout méfiez-vous des pilules, des remèdes en bouteilles


qu'on vous vend au village : le meilleur ne vaut rien, et même
s'il vaut quelque chose, il ne faut pas en prendre, à moins que le

docteur ne l'ordonne.
Evitez aussi très soigneusement les recettes des voisins, si

vous ne. connaissez pas parfaitement la valeur des plantes indi-


quées. Plusieurs plan.tes de nos boig sont dangereuses ; je n'in-

dique que celles qui sont parfaitement connues, afin d'éviter, en


vous indiquant d'autres bons remèdes, de faire des erreurs qui
pourraient vous coûter cher.
Ne vous servez jamais jamais de toiles d'araignée, ni pour
les plaies, ni encore moins pour la fièvre. En supposant que ce
remède soit bon, il est impossible d'avoir une toile d'araignée
qui ne imprégnée de toutes espèces, de saletés, microbes,
,soit

poussières nuisibles, etc. Et ça peut vous empoisonner le sang,


donner le charbon, le tétanos, ou quelque autre maladie mortelle.
Ca ne tue pas toujours, sans doute, mais il, suffit de savoir que
ça peut tuer, pour ne. pas se risquçr.
Purgatifs à prendre en cas de nécessité.- — Quand la tête est
S2 LE LIVRE DU COLON

lourde, les selles difficiles et rares, la langue épaisse, les yeux


abatttus, l'appétit nul, prenez un quarteron de feuiles le frêne
bouillies dans une pinte d eau. Buvez-en une tasse le matin à
jeun, une autre ravant-midi. et le reste dans l'après-midi.
Sucrez à volonté. Mangez légèrement. Evitez les refroidisse-
ments. Note. — Faites nne provision de feuilles de frêne, faites-
les sécher à l'ombre et à l'abri, et conservez-les dans une boîte ou
un sac de papier, avec le nom dessus : ça vaut le meilleur séné.
Diarrhées, coliques, etc. —Ecorce de saule blanc, en tisane.
Dose :
^ cuillerée à soupe d'écorce dans une chopine d'eau ou
dans du vin. Ou bien, écorce de frêne, d'aulne, d'orme, de bou-
leau, de pruclie. de peuplier ou tremble, dose un peu plus forte.

Mal de ressii\ (retranchement d'urine, rhumatisme de l:i

vessie, etc.). — Boire de temps à autre, 2 ou 3 fois par jour, uno


tisane de bourgeons de sapin ( ^ cuillerée à soupe dans de l'eau
sucrée ou du vin). Tisane de persil ou de pissenlit. Manger
des gnons crus. Boire des tisanes faites avec des chevcu.v de
blé-d'Inde.
Vers. —Ecosse de saule blanc, de frêne, de tremble (peu-
plier) , en tisanne. | cuillerée à soupe d'écorce pour une
Dose :

chopine d'eau, à prendre en trois fois par jour. Donner | dose


seulement aux enfants. Ou bien, pour adultes, 2 ou 3 gousses
d'ail bouillies dans du lait.

Manque d'appétit, faiblesse, maigreur. —


Mâcher de l'écorce
d"orme, de saule blanc, de frêne. Manger deux ou trois bouffies
de gomme de sapin par jour. Mâcher des racines de savoyannc.
Boire de la tisane de racines de salsepareille ou de racines de
(jinseng. ]\[anger quelques gousses d'ail par jour. Boire quel-
ques tisanes de tiges d'angHique et de mélisse dans l'eau ou le
vin. Infusion de feuilles de cassis (gadel'e noire) dans le vin
eu l'eau. Infusion de baume (menthe poi\Tée).
Refroidissement. —Tisane de fleurs de sureau blanc, bien
chaude, ou de menthe ou de camomille. 2 ou 3 fois par jour. Se
coucher et se couvrir pour transpirer. Changer de linge après
transpiration, sans faute, et se recoucher. Tisane d'angélique.
F èvre. — Tisane d'écorce d'aulne. Faire transpirer le ma-
lade avec tisane de fleurs de sureau. Eviter de lui donner à
manger trop copieusement. T'n simple liouillon ou une tisane
LE LIVRE DU COLON 83

(l'orge ou d'avoine vaut mieux. L'iufusion ou tisane de menthe


(baimie) ou de camomille est aussi excellente. Tisane d'angé-
lique chaude. Tisane d''écorce*de coudrier.
Rhumes. — Sirop de merisier, sirop de savoyanne ou tisane
u.' savoyanne sucrée. Tisane d'écorce de bois blanc (tilleul).
Louffies de gomme de sapin.
Faire un sirop avec de la carotte râpée et du sucre ; laisser
bouillir et réduire presque en sucre. A prendre par cuillerées, 3
ou -i fois par jour.
Sirop d'oignon (même procédé), même dose.
Sirop d'écorce d'orme (faites bouillir, coulez, sucrez et ré-
duisez en sirop).
Coqueluche. —
Prenez une poignée d'ail ; coupez-la en petits
morceaux, mettez dans une tasse à thé de saindoux, faites cuir>;
jusqu'à ce que l'ail soit bien mou ;
passez ce mélange à travers
une toile en comprimant bien. Lorsqu'un enfant a la coque-

luche, graissez lui le dos, le creux de l'estomac, la paume (le

dedans) des mains, la ])lante (le dessous) des pieds et la gorge,


avec cette pommade. En même temps, faites lui prendre quel-
ques cuillerées à thé de miel de temps en temps, si vous en avez
ECUS la main (Voir remède pour le rhume : sirop de savoyanne.
R]iumat{s}ii('. — Prendre du sirop de merisier, 1 cuillerée à

tjié 3 fois par jour. Késine de peuplier-baumier (obtenu en


faisant bouillir les bourgeons).! cuillerée en 3 fois par jour.
Cataplasme de gomme de sapin. Mouche de racine de raifort

on poudre, délayée dans un peu de vinaigre. Frictionner la

partie malade avec de l'onguent de cèdre (feuilles de cèdre


écrasées et chauffées avec du Ijcurre non salé, du saindoux ou
de l'huile). Appliquer sur la partie malade un petit sac plein
d'avoine sèche et bien chaude.

Cataplasme de feuilles de patates écrasées
Hémorrhdides.
et cuites. Laver avec une infusion de ces feuilles.

Epuisement, consomrition, etc. Hacher en petits morceaux
4 livres de -s'iande crue et fraîche verser sur cette viande une
;

pinte d'eau froide et laisser tremper 4 heures ; presser ensuite


énergiquement à travers une toile, et faire prendre en un jour
au malade le liquide rouge ainsi obtenu. Continuer jusqu'à la

guérison, qui s'effectue avec une rapidité merveilleuse.


84 LE LIVRE DU COLON

Ce remède a été découvert tout récemment par deux grands


médecins français, les docteurs Eichat et Héricourt.
On recommande aussi de prendre du sirop de navet. Râpez
ou coupez un ou deux navets, et faites bouillir avec du sucre
jusqu'à ce que le sirop se forme. Plusieurs cuillerées par jour
(de 5 à 8).
Impureté du sang. —Au printemps, boire de l'eau d'érable
tant qu'on pourra, sans excès, naturellement. Un peu plus tard,

faire une tisane de sapinages : rameaux d'épinette avec un peu


de jeunes pousses de sapin (pas beaucoup), des bourgeons de
cormier, de l'écorce de cerisier sauvage ; en boire pendant quel-
qi^es jours, deux ou trois verres ou tasses par jour. La tisane de
racine de pissenlit est aussi recommandée.
Pïades, etc. —Laver avec tisane d'écorce d'épinette. Mettre
sur la plaie un peu de gomme de sapin.
Si la plaie coule, y mettre des cataplasmes trempés dans
une tisane de feuilles de noyer, et changer matin et soir ; ou les

feuilles elles-mêmes, bouillies et tièdes.


On peut aussi employer le pissenlit de la même manière, ou
des tisanes d'écorce de saule (saule blanc, osier, hart rouge, etc.).
Poudre de charbon de bois.

Coupures, écorchures, atc. —Les feuilles de tous les géra-


niums ont l'avantage de guérir rapidement les coupures, écor-
chures et autres plaies semblables.
On prend une ou deux feuilles de cette plante, que l'on
écrase un peu sur un linge et qu'on applique sur la plaie. Sou-
vent, une seule feuille suffit à g\iérir. Elle s'attache fortement
à la peau, rapproche les chairs et cicatrise la blessure en peu de
temps.
Chancres, morsures de cTi'en, piqûres de mouches charbon-
neuses, etc. —Pour toute plaie dangereuses, il faut brûler \-\

chair au plus tôt avec de la perlasse ou de la cendre vive, puis

laver avec de la tisane d'avoine et mettre un peu de gomme de


sapin. Ce remède est aussi bon pour le bétail, pour des plaies
lualsaines, etc.

Clous. —
Indiquent généralement du mauvais sang. Prendre
une légère purgation, pendant deux ou trois jours. Manger peu.
LE LIVRE DU COLON 85

Surtout s'abstenir des nourritures trop fortes (lard, fèves, etc.).


Appliquer sur le clou un cataplasme d'oignon cuit.

Maladies contagieuses. — S'il ^ a des maladies épidémiques


dans la région (fièvre, diphtérie, picote), redoublez de propreté.
Changez souvent le linge de vos enfants et ne laissez pas le linge
sale traîner sans le laver. Mettez du charbon de bois en diffé-

rents endroits dans le chantier ; changez-le tous les 3 ou 4 jours,


eï jetez le vieux dans le poêle. Coupez quelques oignons crus en
deux, et mettez-en sur les tablettes ;
quand ils seront secs, vous
les brûlerez et en mettrez d'autres. Si des visiteurs suspects
(sales, etc.) entrent chez vous, brûlez un peu de vinaigre sur des
tisons aussitôt après leur départ. Tout ça chasse les microbes.
Llangez aussi quelques morceaux d'oignons crus, de temps à
autre ; faites-en aussi manger aux enfants. Si votre cave sent
mauvais, mettez-y des paquets de tiges de framboisiers. Mettez-
en quelques touffes dans tous les bâtiments, ainsi que du char-
bon de bois, et ouvrez les soupiraux.
Mal d'yeux. — Prenez cinq ou six feuilles crues, de chou ou
de laitue (salade) ; ôtez-en les grosses côtes (cotons), et appli-
quez-les sur la partie malade en les fixant avec une bande de
toile. Renouveliez deux ou trois fois par jour. La fraîcheur de
ce cataplasme enlève l'inflammation et apaise la douleur. On
recommande surtout ce cataplasme de feuilles de laitue pour les
inflammations des yeux. Ca ne peut jamais faire de mal.

Dangers à éviter

Les bas de certaines couleurs, surtout les rouges et les noirs,

peuvent être dangereux parce qu'ils sont teints avec des acides

et des poisons qui se délaient dans la sueur des pieds et peuvent


occasionner des démangeaisons, des plaies, et même des empoi-
sonnements du sang.
Plusieurs ménagères ont l'habitude de porter des claques
dans la maison, parce que c'est moins lourd que les chaussures ;

c'est très malsain, parce que les claques empêchent l'air de pé-
nétrer jusqu'aux pieds, provoquent la sueur, et peuvent occa-
sionner différentes indispositions. Il ne faut porter des claques
que pour sortir, et les ôter en arrivant. Pour la maison, faites
86 LE LIVRE DU COLON
\ous des pantoufles en forme de souliers de bœuf, soit avec du
cuir mince, soit avec de l'étoffe, soit même avec de l'écorce, et
ayez des sabots pour sortir.

Remèdes du bétail

Les différents remèdes indiqués plus haut pour le colon et sa


fi-.mille conviennent également au bétail : il suffit de doubler la
dose pour le gros bétail, de la réduire, au contraire, pour les
moutons etpour les gorets, et de suivre les prescriptions autant
qu'elles peuvent s'appliquer, aux animaux. D'ailleurs, avec de
la propreté, une étable sèche, une nourriture saine, de l'eau
propre et plutôt tiède nue froide (même en été), un coup d'étril-

lé de temps à autre, un coup de balai tous les matins pour sortir


le fumier, vos animaux ne seront jamais malades que par acci-
dent. Or, avec de bonnes clôtures, de la gomme de sapin et
quelques tisanes, vous n'avez rien à craindre des accidents. Mais
surtout, veillez aux clôtures.

Conclusion générale

Vous avez, mon cher ami, dans votre terre, dans votre
énergie personnelle et dans les modestes pages que vous venez
do lire, à peu près tout ce qu'il faut pour réussir, non seulement
à vivre, mais à vous enrichir.
Tl se contenter du nécessaire
ne faut pas il faut avoir de :

l'ambition, non pour dominer, non pour faire parler de soi, non
pour éblouir, mais pour être plus puissant à faire le bien. Vos
enfants grandiront, et vous devez dès maintenant songer qu'ils
seront vos héritiers, mais que le plus bel héritage que vous puis-
siez leur laisser est une solide instruction. Pour cela, il faut
dv' l'argent. Faites donc de l'argent : ])lus vous en ferez, plus
vous pourrez faire de bien ; et vous savez que l'iiomme n'a pas
d'autre devoir auprès de ses semblal^les que celui de faire du
bien.
Vous ferez de l'argent cti rons occupant de votre affaire.
Cela ne veut pas dire de rester enfermé dans votre trou. Cela
veut dire, au contraire, de chercher à vous renseigner sur tous
LE LIVRE DU COl.ON 87

les moyens possibles de faire le plus sûrement fortune on utili-

sant toutes les ressources que la nature a mises à votre disposi-


tion.
Ne perdez donc aucune occasion de vous instruire sur les

mille secrets de votre profession.


Et puis, quand vous saurez une chose, que vous penserez
pouvoir la réussir, essayez d'abord en petit, et dites-vous bien
que, si Mais pour
ça paie votre voisin, ça doit aussi vous payer.
que ça paie, il moyens
faut adopter tous voulus pour
les que ça
paie. Il ne faut donc pas avoir peur de payer le iirix, quand
vous avez besoin de matière première : bétail, graines, etc.

Soignez surtout les détails : le succès, en agriculture, dé-

pend souvent d'un clou bien enfoncé, d'une porte bien fermée,
d'un fossé bien fait, d'une allumette mise à sa place. Les traî-

neux sont généralement des apprentis-g^iéie^<a;.


Faites tout de suite et faites bien ce que vous avez à faire. Il
vaut mieux prévenir que guérir, et ce n'est pas au jour où votre
terre sera empestée de mauvaises herbes, que vos vaches auront
pris l'habitude de défaire vos clôture savec leurs cornes, ou que
les renards auront pillé votre poulailler, qu'il faudra se dire :

" Hélas, j'avais su


"
si !

/En un mot, ayez de l'ordre, et tout marchera sur des rou-


lettes, parce qu'un homme d'ordre est un homme intelligent, et

que l'intelligence est la qualité la plus sûre pour arriver à la


fortune. ^
INFORMATIONS OFFICIELLES

Tirées de la loi concernant les Terres de la Couronne et les choses


qui en relèvent (Ch. 6 Statuts Refondus P. Q.)
et des règles et règlements du Département
des Terres, Forêts et Pêclieries

Le prix d'un lot.

Le prix des terres est purement nominal ; il varie de 20 cts


à 60 cts l'acre, et le colon le moins fortuné peut toujours aspirer
à devenir propriétaire d'un ou de plusieurs lots.
Bien plus, lorsque le ministère des Terres a la preuve qu'il
a affaire à un colon de bonne foi, il tempère volontiers pour lui

ijt rigueur de ses règlements, et facilite, dans la mesure du pos-


sible, son établissement sur nos terres publiques.

Les conditions de la vente*

Disons tout d'abord que c'est à l'agent local du ministère


des terres de la Couronne que doit s'adresser, soit verbalement,
soit par écrit, toute personne désirant faire l'acquisition d'un
lot de terre.
Naturellement la vente d'un lot s'effectue à certaines con-
ditions. Nous les énumérons ci-après pour l'utilité des colons :

L'acquéreur doit prendre nossession de la terre dans les six

mois qui suivent la date de la vente.


Il doit y résider et .l'occuper, soit en personne, soit par
d'autres, au moins deux ans à compter de la vente.

Dans le cours des quatre premières années, il est tenu de


défricher et de mettre en culture au moins un dixième de la
terre, et d'y construire une maison habitable de seize pieds sur

vingt.
Il doit payer comptant un cinquième du prix d'achat, et la
LE LIVRE DU COLON 89

balance en quatre versements éa^aux et annuels, portant intérêt


de six pour cent par année.
De plus^ trouve dans une région sous licence de
si le lot se

coupe de ou encore dans un région qui tombe sous le coup


bois,

de PActe des Mines, le colon est tenu de se conformer aux dispo-


sitions de la loi qui régit les forêts, les mines et les eaux.
Toutes ces conditions sont énumérées dans le reçu que l'on
remet à l'acheteur, et dont voici la teneur :

^^0....

Agence du ministère des Terres de la Couronne

$ . : 190

Eeçu de la somme de
étant le premier versement d'un cinquième du prix d'achat de .

acres de terre contenus dans . . .lot

Ko dans rang du canton de


P.Q., la balance étant payable en quatre versements égaux an-
nuels, avec intérêt de cette date.
Cette vente, si elle n'est pas désapprouvée (dans les quatre,
mois) par le ministère des Terres de la Couronne, est sujette
aux conditions suivantes, savoir : L'acquéreur devra prendre pos-
session de la terre dans les six mois de la date de la

présente vente, et continuer d'y résider et de l'occuper soit en


personne, soit par d'autres, pendant au moins deux
ans, à compter de ce temps ; et dans le cours de
quatre années au plus, il devra défricher et mettre en culture
v\\moins un dixième d'icelle, et y construire une maison habi-
table d'au moins seize pieds sur vingt. Il ne sera coupé de bois
avant l'émission de la patente que pour défrichement, chauffage,
bâtisses ou clôtures ; et tout bois coupé contrairement à cette
condition sera considérée coupé sans licence sur des
terres publiques. Nul transport des droits de l'acquéreur ne
sera reconnu s'il y a eu défaut d'accomplissement d'aucune des
conditions de vente. Les lettres patentes ne seront
émises, dans aucun cas, avant l'expiration des deux années d'oc-
cupation, ni avant l'accomplissement de toutes les conditions re-
90 LE LIVRE DU COLON
quiscs. uiênic quand le prix de la terre sera pa3^é en entier. L'ac-
quéreur s'oblige à payer toutes les améliorations utiles faites par
d'autres à la terre vendue. Cet octroi est sujet aux lois et règle-
ments concernant les terres publiques, les bois et forêts, les mi-
nes et les pêcheries de cotte province.

Agent.

Avis. —Lorsque le ministre des Terres de la Couronne est


convaincu qu'un acquéreur de terres publiques ou son cession-
nairo, représentant ou avant cause, s'est rendu coupable d'une
fraude ou d'im abus, ou a enfreint ou négligé, d'accomplir quel-
que condition do la vente aussi, lorsqu'une vente a été faite par
;

méprise ou erreur, il peut annuler la vente, reprendre la terre y


désignée et en disposer de même que si elle n'eût jamais été
vendue. (Voir art. 1283 des S. E. P. Q.)
Ue plus, l'acquéreur d'un lot doit faire devant Tagent ou
devant tout autre fonctionnaire autorisé par la loi à faire prêter

serment, la déclaration solennelle qui suit :

Je (iioui de rac(jucrcur) de
comté de déclare solennellement :

1. Que je suis âgé de ans.


2. Que je désire acquérir le lot de terre (indiquer le lot),
du . . . .rang, dans le canton de comprenant
acres.
3. Que, dans mon opinion ledit lot est propre à la culture et

ne tire point sa principale valeur du bo's ou des minerais qui s'y

trouvent.
4. Que j'ai l'intention d'acquérir ledit lot, en mon nom, aux
fins de le défricher et cultiver pour mon usage et bénéfice
personnels, .et nullement pour l'usage et bénéfice, directs ou indi-
rects, d'autres personnes ;
que je ne désire pas non plus acquérir
ce lot, ni en devenir le possesseur, dans le seul but d'exploiter le
lois qui s'y trouve, ou de tirer uniquement avantage des mines
et minéraux (pii peuvent s'y trouver.
5. Je dk'lare en outre que ledit lot, actuellement inoccupé,
n'a pas encore été travaillé. (Spécifier les exceptions s'il y en a.)

LE LIVRE DU COLON 91

Je, soussigné, déclare solennellement que les faits ci-dessus


sont vrais ; et je fais cette déclaration solennelle la croyant cons-
ciencieusement vraie et sachant tiu'elle a la même force et le
même effet que si elle était faite sous serment, sous l'empire de
l'Acte de la Preuve au Canada, 1893.
Déclaré devant moi, soussigné, à
ce jour de 190

(Signature de l'agent ou d'un juge de paix.)

Les chemins publics

Sur chaque lot vendu par le gouvernement, une réserve


ce cinq pour cent de l'étendue totale du terrain est faite pour les
chemins publics.
Cette réserve n'existe pas, cependant, s'il s'agit d'un îlot.

Elle n'est pas circonscrite à un endroit particulier ; elle

peut être faite où on le juge à propos et dans l'endroit qui paraît


li plus convenable nour une route public^ue.
L'acquéreur d'un lot ne perd rien par suite de cette réserve.
Le gouvernement vend en effet des lots d'une étendue supposée
dt cent acres, et l'acheteur ne paie que ces cent acres, bien
que le lot mesure en réalité cent cinq acres.
Les lots, dans les cantons, peuvent être divisés et subdivisés
dans un sens ou dans l'autre — sur le long ou sur le travers
pourvu, toutefois, que l'étendue de chacune des divisions ou sub-
divisions soit une partie aliquote.

Révocations de ventes

Le ministre des Terres, Forêts et Pêcheries peut toujours


invalider une vente et reprendre la terre vendue, s'il lui est prou-
vé que l'acquéreur s'est rendu coupable de fraude, ou a négligé
r/accomplir aucune des conditions de la vente.
Il en est de même si le lot a été vendu par méprise ou par
erreur : la vente du lot est révoquée et le ministère peut en (dis-

poser comme s'il n'eût jamais été vendu.


Celui quidemande l'annulation de la vente doit faire faire
préalablement, .i ses frais, par l'agent du ministère des Terres ou
92 LE LIVRE DU COLON
le garde forestier, une inspection du lot, pour constater si les con-
ditions d'établissement n'ont pas été remplies.
Une révocation de vente ne pGut cependant être prononcée
avant qu'avis en ait été donné dans la Gazette Officielle.
Cet avis — dans lequel sont désignés les lots visés par la
révocation — est transmis à l'agent, qui le fait afficher dans un
endroit public. Ce n'est que trente jours après cet affichage que
l'annulation peut être prononcée.
L'agent doit, dans tous les cas, informer par écrit l'occu-
j)ant ou l'acquéreur du lot, que la révocation de la vente est an-
noncée dans la Gazette Officielle.
L'acquéreur est toutefois admis à bénéficier des délais de

l'affichage pour exposer au ministre, par écrit, les raisons de son


opposition à la révocation de la vente. Le ministre ou le cabinet
décide alors ce qu'il convient de faire.

Colons sans titres. —Rente (inoccupation.

Les colons sans titre (squatters) sont ceux qui occupent des
terres sans les avoir acquises de la Couronne. Ils ne sont pas
reconnus par le ministère, mais ils sont toujours admis à régu-
lariser leur position, c'est-à-dire à obtenir un titre de propriété
qui les empêche d'être dépossédés à un moment donné des fruits
de leurs travaux.
Ils s'adressent, à cet effet, à l'agent local ou au ministère
des Terres, et doivent payer au moment de l'achat la rente d'oc-
cvpation.

Le montant de cette rente d'occupation est fixé par un rè-

glement passé en 18T4, et encore en vigueur. Il varie suivant la


valeur de la terre :

Eente de 100 acres de terre à 60 centins par acre $2.50 par :

année pour les sept premières années, et double de ce montant,


savoir. -fô.OO ))ar année, ensuite.
IJente de 100 acres de terre à 40 centins par acre : $2.00 par
année pour les sept premières .années, et double de ce montant,
savoir. $4.00 par année, ensuite.
LE LIVRE DU COLON 98

Rente de 100 acres de terre à 30 centins par acre : $1.50


par année pour les sept premières années, et double de ce mon-
t'int, savoir, $3.00 par année, ensuite.
Eente de 100 acres de terre à 30 centins par acre : $1.00
par année pour les sept premières années, et double de ce mon-
tant, savoir, $2.00 par année, ensuite.
Et ainsi de suite, en proportion, pour de moindres ou de
plus grandes étendues.
La rente doit être ajoutée au prix par acre, et le tout doit
Ctre payé, par versements, suivant l'usage.
La rente d'occupation est due par le colon pour tout le

temps qu'il a occupé le lot.

La question d'imputation des droits de coupe en paiement


du lot peut aussi se présenter pour les colons sans titre. Cette
question est résolue par un article de la loi qui se lit ainsi :

^'
Si des colons n'ont pas pris de billet de location, mais oc-
cupent de bonne foi des lots appartenant à la Couronne, sur les-

quels ils ont rempli les conditions d'établissement requises avant


l'octroi de lettres patentes, le cabinet peut, à sa discrétion, im-
puter les droits de coupe imposables sur le bois coupé dans l e dé- aJ^^T^
f richement, sur la somme due à la Couronne pour le prix ijj^oc-
cupation de ces lots, et peut remettre la balance de ces droits, s'il

y en a, aux occupants. " (Art. 1342, E.S.P.Q., amendé par 55-56


V., eh. 18.)
D'un autre côté, l'article 35 des règlements des bois et
i'orêts défend strictement à tout' colon sans titre (squatter), à
moins qu'il n'en ait préalablement obtenu l'autorisation du mi-
nistre des Terres, Forêts et Pêcheries, ou de ses agents, de
s'établir ou de faire aucun défrichement ou abattis en-
traînant coupe de bois de commerce, dans aucun territoire non
arpenté, ou sur aucun terrain subdivisé, mais non offert en vente,
compris dans les limites de la province de Québec et formant
partie des concessions faites pour coupe de bois ; lesdits bois ap-

partenant aux concessionnaires de droits de coupe, qui ont plein


droit d'intenter des poursuites contre les auteurs de pareils délits.
94 LE LIVRE DU COLON

Les agents du gouvernement

< Attributs et devoirs


Les terres publiques sont comme on sait administrées —
par un des membres du oonvernement provincial, qui a le titre de
ministre des Terres, Forêts et Pêcheries.
Partout où il y a des terres publiques à administrer, le mi-
nistre est représenté par des agents.
C'est par ces agents que s'effectue la vente des terres à colo-
niser.

Les règlements défendent aux agents de vendre plus de 200


même personne. Il ne leur est pas
3cres de terre à une seule et
ptrmis non plus de vendre à des personnes âgées de moins de
seize ans.
Si l'agent a raison de croire que c'est uniquement dans l'in-

tention de couper du bois, et non pour faire des défrichements


et cultiver, qu'on veut acheter des lots, il doit refuser de vendre.
Les agents perçoivent les arrérages dus à la Couronne,
règlent les difficultés qui peuvent surgir de réclamations oppo-
sées, sont chargés de l'inspection des terres, ainsi que de la pro-
tection du domaine public.
Ils peuvent dresser eux-mêmes, s'ils en sont requis, les actes

de transport, lorsqu'un lot chantre de mains.


Ces transports peuvent également se faire par acte notarié.
Si l'agent en est chargé, on lui paiera comptant un honoraire de
cinquante centins.
Une fois dressé et signé par les parties intéressées, l'acte de
t:?nsport est transmis au ministère pour enregistrement. Cet
envoi doit être accompagné d'une piastre, prix de l'enregistre-
ment.
Pour être acceptés par le ministère, les actes de transport ne
doivent contenir aucime condition ([ui n'ait été remplie ou aucu-
ne obligation qui n'ait été acquittée d'avance. Il faut de plus
que tous les versements échus aient été payés.
Les agents sont autorisés à accorder aux colons des certifi-

cats d'exécution des conditions d'établissement, lorsqu'ils possè-


dent les renseignements nécessaires pour le faire. Chaque certi-
LE LIVRE DU COLON 95

f cat est remis, sur paiement d'uu honoraire de trois piastres, à


la personne qui le requiert.
Si l'on a confié à un agent Ja tâche de faire une inspection
spéciale au sujet d'un achat de terres, ou de s'enquérir si les con-
ditions d'établissement sur un ou plusieurs lots ont été remplies,
il a droit à une somme de quatre piastres par jour, durant l'ins-

pection, hors de sa résidence. Cet honoraire doit être payé d'a-


vance par la personne qui demande l'inspection.
Enfin, s'il s'élève quelque conflit au sujet ue terres ou au
sujet de droits à percevoir sur le bois, tous les documents et
pièces à conviction se rapportant à Tatïaire doivent être transmis
à l'agent. Celui-ci est tenu, suivant les exigences et la difficulté
du cas, de faire rapport au ministère des Terres et de solliciter
son action directe.
Les agents doivent s'efforcer d'obtenir des renseignements
e:;acts sur tout ce qui se rattache aux terres soumises à leur ju-

ridiction, de manière à éviter, autant que possible, la vente de


lots impropres à la culture et sur lesquels il n'y a que du bois de
commerce.
Ils doivent aussi faciliter, autant que faire se peut, la tâche
do ceux qui dasirent occuper de lionne foi des terres publiques, et
kur procurer le moyen d'obtenir leur billet de location.
Les agents sont tenus de rendre au ministère, au com-
mencement de cha-^ue mois, un compte de leurs opérations.
Cette règle ne souft're pas d'exception. Une copie de ce compte
rendu leur est renvoyée par le ministère, après révision, et les
agents int-crivent dans leurs livres les corrections qui y ont
été faites.
Les agents pour la vente des bois sont aussi tenus d'infor-
mer le minislère des opérations forestières à faire dans leur
agence, et d'indiquer où le garde forestier doit êfre délégué. Ils

doivent également, lorsquMs font la vente d'un lot compris dans


une limite à bois, en informer les porteurs de licences.

Les arpenteurs et gardes forestiers.


Les arpenteurs ou gardes forestiers chargés d'examiner les

travaux et améliorations faits à des terres publiques, sont


tenus de constater dans leurs rapports, qu'ils communiquent au
96 LE LIVRE DU COLON

ministère ou à son agent, la nature et l'étendue de ces travaux


et de ces améliorations, ayant soin, en outre, de faire la distinc-
tion entre les défrichements partiels, les défrichements aban-
donnés, etc.

Ils doivent indiquer également si les terres examinées par


eijx sont en bon état de culture et si la maison —en supposant
qu'une maison ait été construite — est actuellement occupée. Il
est même très utile de donner le nom de la personne qui réside
actuellement sur le lot.

Les arpenteurs ou gardes forestiers doivent noter de plus


toutes les réclamations que peuvent faire valoir les parties inté-
ressées.
Les comptes des gardes forestiers doivent, avant d'être
transmis au ministère, avoir été examinés et vérifiés par l'agent.

La coupe du bois.

D'après la lettre même du billet de location, le colon, tant


qu'il n'a pas rempli les conditions requises pour l'émission des
lettres patentes, n'a le droit de couper du bois sur son lot que
pour le défrichement, les bâtisses, le chaulïage et les clôtures.
Mais le ministre des Terres, Forêts et Pêcheries interprète tou-
jours les termes du billet le plus favorablement possible pour le
colon, si ce dernier lui semble de bonne foi.

Le bois que le colon coupe sur son lot dans les défriche-
ments, dont il dispose pour des fins de commerce, est sujet
et
aux droits de coupe réglementaires. Ces droits sont appliqués
au paiement de ce qui reste dû sur le prix du lot :

'*
Les droits de coupe fixés par les règlements du minis-
tère sont prélevés sur tout bois coupé pour fins d'établisse-
ment sur des lots régulièrement acquis de la Couronne par billet
de location et qui ne sont pas entièrement payés, et le produit de
ces droits est imputé sur la balance due en capital et intérêt

sur le prix du lot jusqu'à concurrence de cette balance ; le sur-

plus, s'il y en a, est remboursé au colon, si le lieutenant-gouver-


rjeur en conseil le décide ainsi. " (Art. 1343. S.E.P.Q.. amendé
par 55-56 V., ch. 18.)
LE LIVRP: du colon 97

"Lorsque le prix d'achat est entièrement payé et que les con-


ditions d'établissement requises pour l'émission des lettres pa-
tentes sont remplies, le coîon peut couper tout le bois qui se
trouve sur son lot et en disposer à son gré, sans payer aucun
droit.
"Nul droit de coupe ne sera prélevé sur le bois coupé par les
colons sur des lots régulièrement acquis de la Couronne par bil-
lets de location et qui sont entièrement payés, pourvu que ces
lots soient occupés de bonne foi et que les conditions d'établisse-
ment requises aient été remplies. " (Art. 1342, S.E.P.Q., amen-
dé par 55-56 V., ch. 18.)
Il importe de bien établir ces principes, afin d'éviter tout
malentendu. En prenant un billet de location, le colon, même
s'il paie tout le prix du lot, n'acquiert par la permission de
couper le bois comme il l'entend : il ne peut couper que
peur les fins mentionnées en son titre de vente. L'article 24 des
règlements des bois et forêts se lit ainsi :

" Les colons, occupants, acheteurs ou concessionnaires à ti-

tre gratuit de terres publiques qui, avant d'avoir rempli les con-
ditions de la vente ou de l'octroi, couperont sans licence du bois
dans ces terres (si ce n'est pour défricher la terre, pour bâtir,

pour construire des clôtures), ou autres qui le couperont avec


leur permission, seront passibles des pénalités imposées par la loi
"
dans les cas de bois coupé sans licence.
Le colon a donc intérêt à se mettre le plus tôt possible en
éïat d'obtenir ses lettres patentes, et la loi actuelle lui facilite
cette tâche par l'application, au paiement du prix du lot, des
droits payés sur le bois coupé pour les fins d'établissement.

Application des droits de coupe.

Pour profiter des bienveillantes dispositions de la loi qui


permet de payer le prix d'un lot avec les droits sur le bois coupé
pour les fins d'établissement, le colon doit rendre un compte
exact du bois ainsi coupé, afin que l'agent puisse faire au mi-
nistère le rapport voulu ; et, s'il désire que l'application des
dîoits de coupe soit faite sans retard, qu'il les paie lui-même
a l'agent, ou qu'il voie à ce que l'acheteur de son bois, qui
98 LE LIVRE DU COLON

retient généralement le montant de ces droits sur le prix


du bois, les paie en temps et lieu. Il ne peut être, en effet,

question d'appliquer des droits non payés, et, du reste, si le mi-


ir stère ignore que le bois a été coupé pour les fins d'établisse-
ment, Tapplication des droits payés ne peut se faire.

De même, afin de ne pas pa3'er de droits lorsque son lot


est dans les conditions requises pour l'émission des lettres paten-
tes, le colon doit produire un état assermenté du bois coupé, avec
indication du lot, suivant une formule imprimée qu'il obtient
de l'agent ou du garde forestier, et que voici :

Province de Québec,
District de

A comparu devant moi, un des Juges de Paix de Sa Ma-


jesté pour ledit district (nom et prénoms du coion)
de comté de lequel,

après avoir prêté serment sur les Saints Evangiles, dépose et dit :

Qu'il a vendu et livré à de


les quantités suivantes de billots (ou autres effets), savoir :

Que ce bois a été coupé par lui ou par son ordre, durant la

saison 189.-190., sur le lot Xo. . . dans le

rang du canton de et qu'il n'a vendu audit . . .

aucun autre billot ni bois d'aucime autre espèce,

et qu'il n'a coupé aucun aiitre billot ni bois d'aucune autre espèce

j.ur des terrains privés ou sur le terrain


de la Couronne.durant la-
est le (propriétaire, concessionnaire, etc.)
dite saison ; et qu'il
du lot susmentionné.
Assermenté devant moi, à
f,^
Jour de

Juge de Paix.
LE LIVRE DU COLON 99

La coupe en contravention.
Il est expressément défendu de conper du bois sans permis-
sion sur des terres publiques. L'article 31 des règlements des
bois et forêts dit :

" Toute personne coupant du bois sur des terres publiques


sans y être autorisée par une licence, sera punie suivant la loi.
" C'est-à-dire qu'elle perdra son droit au bois qu'elle aura
a'nsi coupé, ainsi que ses frais de fabrication et d'exploitation
;

e: toute personne qui enlèvera ou fera enlever ou aidera à enle-


\er du bois ainsi coupé sans permission, se rendra passible d'une
amende de trois piastres ($3.00) par arbre ainsi abattu, plus les
fiais encourus.
" Toute personne cherchant à empêcher ou empêchant un
officier ou agent du ministère des Terres de la Couronne de sai-
sir du bois coupé illégalement, ou d'enlever ou de faire enlever
du bois saisi en vertu de la loi, se rend coupable de félonie.
''Les personnes qui coupent du bois sur des terres qu'elles ont
achetées en apparence pour des fins de colonisation, mais en réa-
lité dans le but d'en enlever le bois, se rendent coupables du
n ême délit que si ce bois était pris dans le domaine de la

Couronne.
" Au cas d'une contravention commise de bonne foi, il est
permis au ministre des Terres. Forets et Pêcheries d'acquitter

le bois en imposant, comme pénalité, double, triple ou quadruple


d:oit. On ne prélève, en général, qu'un double droit de coupe et
les frais occasionnés par la contravention, pourvu que le contre-
venant cesse de couper. Mais c'est une erreur d'en conclure
qu'il est permis de couper du bois sur des terres publiques en
payant double coupe. Au contraire, les officiers du ministère
des Terres ont ordre d'empêcher toute contravention, et, si les

contrevenants refusent d'obéir, la loi s'applique dans toute sa ri-


gTeur.
Les licences de coupe de bois.

La permission de couper du bois sur des terres de la Cou-


ronne se vend à enchère publique.
Celui qui désire obtenir cette permission doit s'adresser au
ministre des Terres et désigner suffisamment le territoire qu'il
100 LE LIVRE DU COLON
veut accepter. La demande est notée au ministère pour être
examinée lorsque le ministre décide d'offrir à l'enchère des
terres boisées.
Avis public de toute vente de limites à bois est donné sui-
vant la loi.

La mise à enchère a lieu au jour fixé, et la licence pour


chaque limite sujette au paiement de la rente foncière et aux
autres conditions réglementaires, est accordée au plus haut en-
chérisseur.
La licence de coupe de bois est dans les termes suivants :

AVIS AUX PORTEURS DE LICENCES


La rente foncière pour le renouvellement de cette licence
devra être payée le ou avant le 1er septembre prochain ; autre-
ment le licencié sera sujet aux pénalités imposées par les règle-

ments.
Des affidavits indiquant la quantité et donnant la descrip-

tion des bois coupés en vertu de chaque licence, et autres détails,

conformément aux formules fournies par le bureau de l'agent


soussigné, devront être déposés audit bureau avant le trente de
juin prochain.
Des acquits pour tout le bois coupé devront être obtenus
avant qu'il sorte des limites de cette agence ; et afin que le bois

coupé sur les terres des particuliers ne soit pas frappé de droits,

des affidavits devront être déposés à ce bureau, indiquant sur


quels lots ce bois a ét3 coupé et la quantité coupée sur chaque lot.

Agent pour la vente des bois de la Couronne.

EN" VERTU DES POUVOIRS à moi conférés par les Sta-


tutsRefondus du Canada, chap. 28, et des règlements mainte-
nant en vigueur, et en considération de certains paiements faits
ou qui seront faits à Sa Majesté ;
Je, par la présente licence, donne plein pouvoir et autorisa-

tion à et à ... . agents et employés, de

prendre, sur les terrains désignés au dos de la présente, les bois


carrés, bois de sciage et autres bois énumérés dans la lOième
section des règlements actuellement en .vigueur et de jouir
LE LIVRE DU COLON 101

exclusivement de ladite location, sauf les exceptions ci-dessous


à compter du jusqu'au
30 avril 19.., avec droit de 'transporter ledit bois à travers
aucune des terres non occupées ou incultes de la Couronne.
Et en vertu de cette licence, ledit licencié a
droit, suivant lesdits Statuts Eefondus du Canada, chap. 23, à
tout bois coupé par d'autres, pendant la durée de cette licence,
fcUi les terrains désignés ci-contre, avec plein pouvoir de le saisir
et de s'en emparer partout où il le trouvera, dans la province de
Qi~ébec.
Mais cette licence est sujette aux conditions suivantes,
savoir :

Que toute personne pourra en tout temps faire des chemins


et voyager sur et à travers les terrains désignés ci-contre.
'.^ue rien dans la présente n'empêchera qui que ce soit, dû-
ment autorisé à cet effet par le ministre des Terres, Forêts et
Pêcheries ou le ministre des Travaux Publics, de prendre sur les
terrains désignés ci-contre, du bois debout, de quelque espèce
que ce soit, pour construction de chemins ou de ponts, ou pour
autres travaux publics faits par ordre du gouvernement de cette
province.
Que tous les lots vendus ou loués par l'autorité du minis-
tre des Terres, Forêts et Pêcheries avant la date de la
présente, sont soustraits à cette licence ; et, aussi, que les lots

ainsi vendus ou mis en location subséquemment à l'émission de


cette licence cesseront le 30 avril suivant d'y êti«e sujets ; et
dans chaque cas oii la vente ou la location d'aucun desdits lots
sera annulée, ces lots seront remis sous le coup de al licence.

Que les personnes qui s'établiront, par autorité


ou titre légal, dans les limites de la location accordée par la
piésente, ne seront en aucune manière molestées dans leurs opé-
rations de défrichement et de culture par ledit licencié ou ses
représentants.
Que ledit licencié (ou ses représentants) se conformera à
tous les règlements établis ou qui pourront l'être par le cabinet,

et consentira à ce que tout le bois coupé en vertu de cette


licence soit compté on mesuré, et paiera les droits imposés
sur icelui lorsqu'il en sera requis par moi ou aucun
102 LE LIVRE DU COLON
officier à ce autorisé ; autrement, ledit bois sera confisqué au
profit de la Couronne et ledit licencié sujet aux autres péna-
Ltés que la loi impose.
Donné sous mon seing à ce
jour de en l'année de Xotre-Seigneur mil neuf
cmt en double.
Rente foncière, $
Le licencié ci-dessus nommé sera tenu, en payant
la rente foncière pour le renouvellement de la présente, de
déclarer sous serment s'il est encore propriétaire de Jjonne fox de

Il Hniite désignée au dos d'icelle, ou s'il l'a vendue ou transpor-


tée, en tout ou en partie, ou pour qui il la détient.

La licence est accordée pour un an, commençant au 1er mai.


Le porteur de licence a droit au renouvellement annuel de
sa licence, s'il paie la rente foncière et se conforme, quant au
rtste. aux règlements.
Si. dans le territoire sous licence, des lots sont concédés
pour fins agricoles, le licenci3 conserve le droit d'v couper du bois
jusqu'au 30 avril qui suit la concession. Après cette date, les
lots vendus sont soustraits à sa licence, et il n'a plus droit au
bois.

"Tous les lots vendus ou mis sous location par l'autorité du


ministre, avaiit l'octroi d'une licence de coupe de bois pour le

territoire dans lequel sont situés ces lots, sont exclus de cette li-

cence, mais les lots ainsi vendus ou mis sous location dans ce
territoire, après l'octroi de la licence, ne cessent d'être
sujets à cette licence qu'après le trente avril suivant, et dans le
cas d'annulation de vente de ces lots ils sont remis sous l'effet de
cette licence. " (Art. 1343 S.K.P.Q., amendés par 55-56 V., ch.

18.)
L'expérience démontre que des relations amicales existent
généralement entre le colon de bonne foi, qui s'établit sur un lot

dfns un territoire sous licence de coupe et y travaille au défri-


chement, et le licencié qui explojte pour le bois le territoire ovi
s3 trouve ce lot.
LE LIVRE DU COLON 103

Il yau contraire, malaise et conflit, lorsque de soi-disant


a,

celons prennent des lots pour y faire le commerce du bois. Aussi


le ministère s'etîorcc d'éviter les ventes de lots aux colons spécu-

lateurs.
Au reste, il y a toujours contre ces ventes le recours en an-
nulation, suivant la loi.

Tarif des droits de coupe.

Voici le tarif des droits de coupe fixé par les règlements :

Chêne et noyer noir par pied cube — -i centins

Pin blanc et pin rouge, merisier, bois blanc, cèdre,

épinette, orme, frêne, épinette rouge et tout au-


tre bois de construction —par pied cube ... 2

Billots de pin blanc, bois pour estacades, bois de di-

mension et tout autre bois destina à être scié,


excepté le pin rouge, l'épinette, la pruche, le

cyprès, le sapin et le cèdre — par mesure-étalon


de 200 pieds, étant l'équivalent de $1.30 par
1030 pieds 20 "
llillots de pin rouge —par 200 pieds, étant l'équiva-

îent de 80 cents nar 1000 pieds 10 "


B:llots d'épinette, de pruche, de cyprès, de sapin et
de cèdre —par 200 pieds, étant l'équivalent de
13
65 cents par 1000 pieds
Bois de chauffage (franc) — par corde de 128 pieds
cubes 20
Pois de chaufEage (mou) — par corde de 128 pieds
cubes 10
Perches de cèdre n'excsdant point 12 pieds de lon-
gueur par cent — 30
Piquets de cèdre par cent — 15
n'excédant
Perches d'autres bois nue le cèdre et

point 13 pieds de longueur— .... par cent 15


Piquets d'autres bois qwe le cèdre par cent ... 10
Pardeaux de cèdre ou de pin (courts) — par mille . 10
Bardeaux de cèdre ou de pin (longs) — par mille . . 15 contins

104 LE LIVRE DU COLON


Poteaux de télégraphe, de téléplimie ou d'éclairage
électrique, en cèdre ou autre bois, n'excédant '

point 10 pouces de diamètre à la base ou


gros bout —par pied linéaire . . . .
J-
ceïitin
L>Jto, excédant 10 pouces de diamètre à la Ijase,
par pied linéaire ^ "
Traverses de chemin de fer de toute es-
pèce de bois —chaque 2 centins
Pruche et bois à —par corde de
lattes 128 pds cubes 20 "
Ecorce de pruche —par corde de 128 pds cubes . . 32 "
Petits billots de pin, cèdre, merisier, ou autres bois,
n'excédant point 10 pieds de longueur ni 10
pouces de diamètre au petit bout, pour bar-
deaux, bobines, planches de petite dimension
par corde de 128 pieds cubes 25 "
Bois de pulpe — par corde de 128 pieds cubes (avec
réduction de $0.25 par corde si le bois est ma-
nufacturé dans la province de Québec) . . . .$0.65
Genoux, courbes, varangues et autres pièces qui
entrent dans la constniction des vaisseaux et
non énumérés plus liant — droit ad valorem de 10 p. cent

La loi du ^'Homestead/^
'•'

La loi " concernant la protection des colons et l'établisse-


ment des homesteads, " sanctionnée le 9 janvier 1897, décrète
ce qui suit :

1. Les articles 1743, 1744 et 1745 des Statuts refondus


sont remplacés par les suivants :

1743. Xulle terre publique octroyée à un colon de bonne


foi, par instrument sous forme de billet de location, permis d'oc-
cupation, certificat de vente ou autre titre semblable, ou aux
mêmes fins en vertu du chapitre sixième du titre quatrième dos
présents Statuts refondus, relativement au département des
Terres de la couronne et aux matières qui en relèvent, ainsi qu'en
conformité des arrêtés pris et règlements faits en vertu du-

* 60 Vict., chap. XXVII.


LE LIVRE DU COLON 105

dil chapitre, ne peut, tant que les lettres patentes ne sont pas
émises, être engagée ni hj'pothéquée par Jugement ou autrement,
E' être saisie et exécutée pour aucune dette quelconque, non plus
que les bâtiments, constructions et améliorations sur icelle, y
compris les moulins dont le colon se sert pour son propre usage,
h moins que ce ne soit pour le prix de la terre, et ce, nonobs-
tant les articles 1980 et 1981 du Code civil, et les articles 553
et 551 du Code de procédure civile.

1744. Tout concessionnaire de terre publique en cette pro-


vince, en vertu de lettres patentes, détient cette terre, pourvu
qu'elle n'ait pas plus de 200 acres en superiîcie — et en cas d'ex-
cédent, 200 acres de cette terre. — ainsi que les bâtiments, cons-
tructions et améliorations sur icelle, 5' compris les moulins dont
le concessionnaire se sert pour son propre usage, à titre de pa-
trimoine de famille (hoinœtead).
Aucun patrimoine de famille (homestead) ne peut-être
saisi ni vendu pour une dette quelconque, la vie durant du con-
cessionnaire primitif, de sa veuve et de ses ou de leurs enfants
et descendants en ligne directe.
Le propriétaire du patrimoine de famille peut l'aliéner à

titre gratuit ou à titre onéreux.

Toutefois, s'il est marié il lui faut le consentement notarié


de son conjoint, et, si ce dernier est décédé et qu'il reste des
enfants mineurs au propriétaire, le consentement du conseil de
famille homologué par la Cour Supérieure ou par un juge de ce
tribunal

1745. Sans préjudice des articles 556 et suivants du Code


cle procédure civile, les meubles et effets ci-dessous énumérés,
qu'ils soient entre les mains d'un co'on de bonne foi, suivant les
termes de l'article 1713, ou entre les mains d'un concession-
naire, suivant les termes do l'article 1744, ou de sa veuve,
ou de ou de leurs enfants ou descendants en ligne directe,
ses
tant que le saisi est possesseur ou propriétaire de la terre men-
tionnée dans ces articles, sont exempts, pour toute dette quel-
conque, de saisie et d'exécution, savoir :

1. Les lits, literies et bois de lit à l'usage de la famille ;


106 LE LIVRE DU COLON

2. Les vêtements nécessaires et ordinaires pour le colon et sa


famille ;

3. Un poêle et son tuyau, une cr.Miiaillère et ses accessoires,


i^ne paire de chenets, un assortiment d'ustensiles de cuisine, une
pfcire de pincettes et une pelle, une ta])le, six chaises, six cou-
teaux, six cuillères, six fourchettes, six assiettes, six tasses à
thé, six soucoupes, nn sucrier, un pot au lait, une théière, tout
rcuet à filer et métier à tisser destiné à Tusage domestique, une
hache, une scie, un fusil, six jnèges, les rets et seines de pêche
ordinairement en usage, et dix volumes ;

4. Du combustible, de la viande, du poisson, de la farine et


des légumes, suffisants pour le colon et sa famille pendant trois
mois ;

5. Les grains nécessaires pour ensemencer sa terre ;

6. Deux chevaux, deux bœufs de lal)our, quinze autres bêtes


à cornes, vingt-cinq moutons, dix cochons, les aninuiux de Imsse-
cour, les grains et fourrages destinés à la nourriture ou à Ten-
giaissement de ces animaux.

7. Les voitures et instrunu'uts d'agriculture.

8. Les matériaux de construction destinés aux construc-


tions, améliorations et outillages susdécrits.

Les effets mentionnés aux paragraphes 1. 2, 3, 4, 5 et 6 sont


laissés, sur un >^lus grand nombre, au choix du débiteur.
Les effets mentionnés aux paragraphes 3. 4, 5 et G ne sont
pas exempts de la saisie et de l'exécution s'il s'agit du prix
de leur acquisition.

II. L'ai'ticle 1T4() desdits Statuts rcfundus (vt abrogé .

III. Les cédules A et B, qui se trouvent dans lesdits Statuts


refondus à la suite de l'article 1748, sont abrogés.

IV. Les terres pul)liqucs actuellement octroyées par lettres


patentes ou par instrument sous forme de billet de location, per-
mis d'occupation, certificat de vente, ou autre titre semblable.
LE LIVRE DU COLON 107

E9 seront pas sujettes à l'aioplication de la présente loi, mais


continueront à être régies, .pour les matières auxquelles elles
se
rapportent, par les dispositions abrogées ou amendées comme
si
la présente loi n'avait pas été passée.

Terres à Sucre

Le prix des terres à sucre est assez variable : il dépend du


nombre des érables, de l'espèce, de la qualité, de la quantité du
bois, et enfin, de la qualité du sol.

Si les bois francs dominent, et que le nomljre des érables ne


dépasse pas 500, le prix de la terre est d'une piastre et demie
l'acre.

Si la terre porte presque en égale quantité du bois franc et


du boismou, le prix n'est plus que d'une piastre l'acre— pourvu
toujours qu'il n'y ait pas plus de cinq cents éral)les.
S'il y a plus de cinq cents érables sur le lot, on exige alors
un prix additionnel de cinq centins par acre pour cliaqae groupe
supplémentaire de cent érables.
Le règlement donne aussi au ministre des Terres le droit
d'exiger un prix additionnel pour le bois marchand qui pour-
lait se trouver sur les terres à sucre.
Disons, enfin, que la loi ne permet pas de vendre à la même
Ijersonne plus de cent acres de terre à sucre.

Terres à bois de chauffage

Dans le vaste domaine forestier de l'Etat, se trouve néces-


sairement une certaine étendue de terres impropres à la culture,
et même des terres sur lesquelles l'on ne trouve du bois de com-
merce qu'en quantité négligeable.
Ces terres sont vendues pour leur bois de chauffage
et ceux qui les achètent ne sont point assujettis aux " conditions
d'établissement ".
108 LE LIVRE DU COLON

Le prix de ces terres à bois de chauffage varie quelque peu,


selon qu'elles portent du bois franc ou du bois mou :

Pour un lot où l'érable, le merisier ou tout autre bois


franc domine, le prix est d'une piastre et cinquante centins
($1.50) l'acre.
Pour une terre de bois mêlé, contenant presque autant de
bois mou que de bois franc, le prix est d'une piastre ($1.00)
l'acre.

Si le bois mou domine, comme l'épi nette, le sapin, etc, le


prix n'est plus que de soixante-quinze centins ($0.75) l'acre.
Enfin, pour les terres participant de ces trois catégories et
sur lesquelles se rencontre une quantité assez notable de bois
de commerce — qui ce de est nature à en augmenter la va-
leur —un prix additionnel peut être exigé. Ce prix est déterminé
par le ministre, qui le base sur les rapports d'inspection qui lui
b'ont communiqués par ses agents.

Le prix des terres à bois de chauffage est payable comptant,


et on n'en vend à personne plus de cinquante acres en superfi-
cie. L'acheteur doit être chef de famille ou de maison, et n'être
pas déjà iDropriétaire d'une terre semblable achetée de la
Couronne.
De plus, on ne peut acheter une terre à bois de chauffage
Ëituée à plus de vingt-cinq milles de sa demeure.

L'acheteur supporte les frais. d'inspection de son lot, s'il y a


inspection spéciale, et si c'est une inspection générale, il con-
tribue pour sa quote-part aux frais encourus, laquelle est déter-
minée par le ministère des Terres, Forêts et Pêcheries.

Ceux qui ont acheté des lots aux conditions d'établissement


et n'ont pas encore rempli ces conditions, peuvent acquérir, au
prix des terres à bois, cent acres de la première concession, si la
terre est connue impropre à la culture, et ne se trouve point
oans un territoire sous licence de coupe de bois. Ils devront
cependant payer la différence entre le prix du premier achat et
le prix, fixé pour les terres à bois.
Les agents du ministère des Terres et Forêts de la Cou-
r.mne auxquels l'on fait la demande de ces terres à bois de chauf-
LE LIVRE DU COLON 109

fage ne doivent point consentir à la vente avant de s'être assu-


rés, par un récent certificat du garde forestier, que la terre est

impropre à la culture et ne contient pas de bois de commerce.

Familles de douze enfants

CONCESSIONS GRATUITES

Formalités à remplir pour se faire concéder cent acres de terre

Depuis 1890, les chefs de famille de douze enfants vivants


peuvent obtenir gratuitement cent acres de terres publiques. (53
A^ict. chap. 26, et 54 Yict., chap. 19.)
On a voulu, par ce moyen, venir en aide aux familles nom-
bieuses et faciliter leur établissement sur les terres à coloniser.
Cette loi de 1890, remplacée par la loi de 1892 (55-56 Vict.
ch. 19), donne aux pères de douze enfants la faculté de choisir
leur lot de cent acres dans le canton oii ils ont leur domicile, ou
dans le canton le plus voisin s'il n'y a pas de terres disponibles
dans le premier.
Les terres choisies doivent être propres à la culture. Le
ministre peut toutefois en refuser l'octroi, si c'est un terrain
minier, ou si le terrain choisi contient du bois de commerce en
grande quantité.
La demande et le choix du lot se font par le père. Si

celui-ci est décsdé, la mère peut le remplacer.


La demande se fait par simple requête adressée au minis-
tre des Terres, Forêts et Pêcheries, et doit être accompagnée de
trois certificats :

1. Le certificat de mariage du requérant.


2. Un certificat indiouant le nombre et les noms des enfants

du requérant. Ce certificat doit être attesté sous serment devant

un juge de paix ou un commissaire de la Cour Supérieure.


3. Un certificat du curé de la paroisse, corroborant les allé-
110 LE LIVRE DU COLON
gâtions contenues dans la requête ; ou un certificat de toute
autre personne connaissant les faits *.

Si la demande du requérant est agréée, un billet de loca-


tion (50 Vict.) rédigé comme il suit, lui est remis par le minis-
tère des Terres, Forêts et l'êcheries :

* Pour l'avantage de ceux que cela peut intéresser, nous


donnons ci-après un exemplaire de la formule de la requête que
peut présenter un chef de famille de douze enfants :

La requête de {nom
et prénoms) de la paroisse de
dans le comté de
Expose respectueusement :

Que jour do 1900


i] a contracté mariage avec
tel qu'il appert au certificat de mariage produit avec la présente.
Que dece mariage sont nés {)iombn') enfants, dont ....
sont vivants, tel qu'il appert aux documents aussi produits avec
la présente requête.
Qu'en vertu de l'acte de la législature de la province de Qué-
bec, 55-56 Vict., chap. XIX, intitulé " Acte autorisant des oc-:

trois gratuits aux pères et mères de douze enfants, " votre requé-
lant a droit à cent acres de terres publiques, propres à la culture.
C'est pourquoi votre reauérant conclut à ce qu'il plaise à
l"honoral)le ministre des Terres. Forêts et Pêcheries de vouloir
p]-endre en considération la présente requête et les pièces qui
l'accompagnent, afin que les cent acres de terre auxquels il a
droit, en vertu de l'acte précité, lui soient accordés.
Et votre requérant ne cessera de prier.

En foi de quoi- j'ai signé à ce


jour de 190. .

(Jertificat du cure :

Je, soussigné, prêtre curé, résidant à


certifie que les faits allégués ci-dessus par le requérant sont
exacts.


X. B. Le requérant devra annexer à la requête ci-dessus
scn affidavit, son extrait de mariage, et faire signer le présent
certificat au curé, missionnaire ou ministre du culte de l'endroit
cà il réside.
.

LE LIVRE DU COLON 111

Province de Québec.

ÛCTKOI GKATUIT DES CENT ACRES DE TERRE AUX PÈRE ET MÈRES


DE DOUZE EX'FAXTS VIVANTS

Billet de location

est
I;ar les présentes auttn-isé à prendre possession du lot de terre
Xo
contenant cent acres, et à l'occupe, aux conditions suivantes :

1° Il devra prendre possession du lot dans les six mois


de la date de ce permis et continuer à y résider et à l'occuper, soit
eu personne, soit par d'autres, pendant au moins deux ans à
compter de ce temps.
2° Dans le cours de quatre années au plus, il devra défri-
cher et mettre en culture au moins un dixième de ce lot et y cons-
truire une maison habitable d'au moins seize pieds sur vingt.
3° Il ne sera coupé de l)ois sur ce terrain, avant l'émission
des lettres patentes, que pour défrichement, chauffage, Ijtltisses et

clôtures ; et tout bois coupé contrairement à cette condition sera


considéré coupé sans licence sur des terres publiques. De plus,
cette location sera sujette aux licences de coupe de bois
actuellement en vigueur et le locataire sera ol)ligé de se
conformer aux lois et règlement concernant les terres publiques,

les bois et forêts, les mines et les pêcheries de cette province.


4° Les lettres patentes ne seront émises dans aucun cas
avant l'accomplissement des conditions qui précèdent.

Donné sous mon seing au département


des Terres, Forêts et Pêcheries, à

Québec, ce. . . .jour de. . . . 190.

Assistant-commissaire

des Terres, Forêts et Pêcheries. "


112 LE LIVRE DU COLON

Toutefois, les lettres patentes ne sont accordées au père Je


douze enfants que sur production d'un certificat de l'agent du
ministère des Terres ou d'un garde forestier, ou d'un arpenteur,
que les conditions d'établissement requises par le billet de loca-
tion ont été remplies.
Le défaut d'accomplissement des conditions d'établisse-
ment entraîne pour le chef de famille de douze enfants la perte
c'e ses cent acres et le prive de plus de la faculté de faire le choix
d'un autre lot.

Ce patrimoine concédé par l'Etat ne peut être aliéné par les


pères ou mères tant qu'ils en ont la jouissance, ni être hypothé-
qué ou saisi, sauf pour taxes municipales ou scolaires et pour
contributions aux réparations d'église ou de presbytère. Ils

peuvent toutefois le léguer, ainsi que les améliorations qui y ont


été faites, à l'un ou à nlusieurs de leurs enfants, soit par dona-
tion entrevifs, soit par testament. A défaut de donation entre-
vifs ou de donation testamentaire, la propriété tombe dans la
succession.

NOTES GENERALES

A moins d'obstacles qui les rendent trop dispendieux, les

chemins de front sont ouverts par les colons. Le gouvernement


grandes routes.
fait les

Les intéressés doivent être prudents et ne placer les chemins


que dans les endroits les plus avantageux pour le public ; autre-
ment on s'expose à multiplier les voies de communication et à
surcharger les intéressés de frais d'entretien. Car les che-
mins et ponts, construits en tout ou en partie par le gouverne-
ment dans une municipalité, demeurent à la charge de cette mu-
nicipalité comme tous les autres chemins et ponts. Art. 1716 —
des Statuts refondus de la province de Québec.

Les municipalités peuvent verbaliser les chemins faits en


teut ou en partie par le Gouvernement, mais elles ne peuvent les

ftrmer sans une ordonnance du ministre des Travaux Publics


et de la Colonisation.— Art. 1717 S.E.P.Q.
LE UNRE DU COLON 113

Le Gouvernement et ses employés ont le droit de prendre,


i^ons indemnité, sur les lots situés dans le voisinage des ponts ou
des chemins de colonisation, le bois, la pierre, la terre, le gravier,
le sable nécessaires à la construction de ces ponts ou de ces che-
mins.— Art. 1719 S.R.P.Q.

Le ministère de la Colonisation n'est pas tenu de faire des


chemins sur les terres appartenant à la Couronne. —Art. 780 du
Code Municipal.
Il n'est pas non plus tenu des servitudes de voisinage, telles
que clôtures, fossés, etc., lelong d'un chemin de colonisation
souG sa niridiction.— Art. 1720 S.E.P.Q.

L'acquéreur d'un lot contracte, entre autres, l'obligation


d'en prendre possession, ou personnellement ou par d'autres,
dcms les six mois, et d'y faire graduellement les défrichements
requis pour l'octroi d'un titre parfait. S'il ne le fait, cet acqué-
leur, loin de favoriser la colonisation, l'entrave plutôt, car le

défaut de chemins de front empêche les voisins de profiter des


routes ouvertes par le Gouvernement.
Que l'on s'empresse donc de faire sur son lot le défriche-
ment nécessaire pour livrer un passage, afin de ne pas être un
clstacle.
Les nouveaux colons devraient demander l'annulation des
obstacle à la circulation.

Les colons ne doivent pas s'isoler s'ils veulent profiter des


travaux faits par le Gouvernement. Les groupes sont toujours
favorisés de préférence. Le colon qui s'isole doit, en tout cas,
veiller à se placer non loin des chemins projetés.

Les colons ne doivent pas oublier que les chemins et les

ponts faits par le Gouvernement leur sont destinés, et qu'une


114 LE LIVRE DU COLON

iégère réparation faite à pronos suffit, bien souvent, pour empê-


cher les détériorations. On ne doit pas négliger les ponts, sur-
tout ;
qu'on avertisse plutôt le ministère de la Colonisation.

Les groupes de colons doivent se hâter, dès qu'ils ont une


population suffisante (300 âmes), de s'ériger en municipalité.
TABLE DES MATIERES

Le Livre du Colon

ïre partie

Notions générales

Page
La vocation , 5
Région à choisir g
Choix d'un lot 7
Graines de semence 10
Quand partir ? I3
Installation 33
Défrichement I5
Cultures de première année 19
Courtes notions sur les grains, légumes, etc., utiles au colon 20
Prairies 23
Récoltes 25
Bétail 28
Basse-cour ;
38
Engrais et fumier 39

2e partie

Les Petits Ruisseaux

Sucre et sirop d'érable .....,..,' 42


Plantes médécinales 44
Gommes et résines 4(j
Petit thé .',
47
Vin du colon 48
Bière du colon 49
Vinaigre du colon 50
Baies et fruits 50
Grenouilles et wawarons 50
Le travail des enfants 51
Articles en bois 52
Les arbres produits
;
et usages 54
Ruisseaux divers 57
Travail de la femme 01

3e partie

Recettes et renseignements utiles pour la ménagère et le colon

La cendre de bois ; ses usages 62


Balais rustiques 63
Usages des écorces 63
Lavages de plancher 63
Cuisine en plein air 63
Soin du linge 63
Lavage des indiennes 64
Empois de la " colonne " 65
Conservation des fourrures pendant l'été 65
Chaussures étanchcs 65
Cirage à chaussures 66
Couteaux de table 66
Verres de lampe 66
Savon de patates 66
Savon de terre glaise 66
Colle pour la vaisselle 67
Encre du colon 67
Teinture jaune 67
Vieilles gazettes 68
Couvertures de lit en papier 68
Feu de pétrole 69
Chaises de canne, objets de paille, elc 69
Poids et mesures des ménagères 69
Pain de ménage 69
Vermine des légumes 70
Bouillon qui surit 70
Café d'orge 70
Blé d'Inde lessivé 71
Cuisses de grenouilles 71
Conservation de la viande, du gibier, de la volaille, du poisson, etc. . 72
Pour attendrir le jambon 72
Barattes, tinettes neuves, etc 73
Conservation du beurre frais 73
Soin à donner au lait 73
Fromage blanc 74
Sel de saloir 74
Excellente saumure 74
Contre les punaises 74
Chiures de mouches 74
Contre les fourmis 75
Contre les mouches 75
Maringouins, brûlots, etc 75
Mouches à cornes 76
Etourneaux, corneilles, etc 76
Insectes, rats, etc 76
Quantité moyenne de semence par arpent, pour terre neuve 77
Mesures utiles 77
Mesures françaises 78
Balance du colon 79
Manche de hache cassé 80
Remèdes du colon 80
Dangers à éviter 85
Remèdes du bétail 86
Conclusion générale 86

Appendice

Imformations officielles tirées de la loi concernant les terres de la Cou-


ronne, et des règlements du ministère des Terres, Forêts et
Pêcheries.

Le prix d'un lot 88


Conditions de la vente 88
Chemins publics 91
Révocations de ventes 91
Colons sans titre 92
Rente d'occupation 92

Agents du gouvernement. Attributs et devoirs 94
Arpenteurs et gardes forestiers 95
Coupe du bois par le colon 96
Application des droits de coupe 97
Coupe illicite 98
Licences de coupe 99
Tarif des droits de coupe 103
La loi du " homestead " 104
Terres à sucre 107
Terres à bois de chauffage 107
Familles de douze enfants 109

NOTES GENERALES :

Chemins et ponts 112


Nécessité du groupement 113
Formation des municipalités 114
La BlbZÀ,othèque, Tko, lÀ^bhjoxy
Université d'Ottawa Uni vers ity of Ottawa
Echéance Date Due

SEP 23 '82 ^^ i

mzy^
335003 0098557596