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Chapitre : Choix d'investissement en avenir incertain

Plan du chapitre
Introduction
I- Définition des concepts
II- Le choix d’investissement en avenir incertain probabilisable
1. Les méthodes mathématiques
2. Les arbres de décision
III- Le choix d’investissement en avenir incertain non probabilisable
1. Présentation des méthodes de choix des investissements
2. Critère de la place
3. Critère optimiste Maximax
Cas pratiques
Conclusion
Bibliographie

1
Introduction :
Nous avons déjà étudié le choix d'investissement en avenir certain en se basant sur des critères
tels que : La valeur actuelle nette "VAN", l'indice de profitabilité "IP", le délai de récupération
"DR" et le taux interne de rentabilité "TIR". Mais ces critères sont-ils pertinents en cas d'une
incertitude, où les résultats attendus pourront être différents de nos prévisions, y a-t-il des
moyens pour éviter les risques de perte, ou bien en se basant sur l'expérience et l'intuition.
Alors, Comment profiter des opportunités d'investissement futures ? Est ce que l'incertitude est
toujours défavorable et obstacle devant l'investissement ? Et quelles sont les techniques
capables de réussir un investissement en avenir incertain?
La décision d’investissement engage l’avenir. Et comme l’incertitude et aléas caractérisent ce
dernier, tant aux plans économique, financier, social, administratif et politique. Alors, le
problème de décisions dans l’incertain se pose.
Ainsi, nous distinguons deux situations :
D’abord, un contexte de risque où le décideur est capable d’associer une distribution aux états
des lieux : Avenir incertain probabilisable.
Ensuite, un contexte d’incertitude où le décideur n’a aucune idée sur la nature de la distribution
associée aux états des lieux : Investissement incertain non probabilisable.
Dans ce chapitre, on essaie de définir en premier lieu les concepts clés à savoir : Le risque,
l’incertitude et les états des lieux et répondre en deuxième lieu aux questions du type :
Quels sont les moyens susceptibles de rompre avec les pertes ou bien de les éviter en cas d'un
engagement d'investissement dans un avenir incertain où les résultats attendus pourront se
produire à l'encontre de nos prévisions ? N'existe-t-il pas un moyen de ne pas perdre des
opportunités d'investissement futures ? Quels sont les différents critères de choix
d’investissements en avenir incertain ?
I/ Définitions
Avant d’aborder les techniques de choix des investissements en avenir incertain, il sera
primordial de définir les concepts clés à savoir :
1. les états des lieux :
Définition : Les états des lieux sont les différentes réactions de l’environnement de
l’entreprise. Par exemple : Demande faible par rapport aux prévisions, Demande conforme aux
prévisions, Demande plus forte par rapport aux prévisions, Environnement économique
favorable, Environnement économique défavorable.
Le responsable doit prendre une décision parmi plusieurs possibles.
Il devra également évaluer les gains ou les pertes en fonction des différents états des lieux
possibles, et cela dans un contexte prévisionnel.
2. L’incertitude
2.1- Incertitude caractérise un état de connaissance du marché et de l’environnement
insuffisant et imparfait :
*Insuffisant, parce que tous les états de l’environnement étudié et son avenir sont inconnus.
*Imparfait, car même ces états peuvent se réaliser de diverses manières et avec différentes
intensités.
Il faut signaler que l’incertitude concerne d’une part, un environnement probabilisable, que ces
probabilités soient objectives, fondées sur des expériences passées ; ou subjectives, probabilités
alloués aux évènements par le preneur de décision compte tenu de son état de connaissance de
l’environnement. D’ autre part, un avenir incertain non probabilisable où il y a
l’indétermination des états des lieux.

2
Toute évaluation de projet d’investissement se fonde sur des prévisions et sur l’adoption
d’hypothèses dont la réalisation est incertaine. Ces prévisions sont également soumises à des
risques d’erreur importants et à effets significatifs sur les résultats attendus.
Ces déviations de la réalité par rapport aux prévisions peuvent affecter tant les flux relatifs aux
coûts d’investissement et d’exploitation que ceux relatifs aux produits d’exploitation et par suite
aux bénéfices.
2.2- L’incertitude affecte les principaux éléments déterminants d’un projet d’investissement :
a. le capital investi :
Il est affecté par l’incertitude, cependant il est d’un niveau généralement limité.
Les coûts d’acquisition et les frais d’établissement sont généralement bien cernés par les
fournisseurs.
b. les flux de trésorerie :
Les CF espérés sont en général, beaucoup plus affectés par l’incertitude au niveau des entrées
set des sorties des fonds.
L’incertitude des recettes résulte : Du niveau de la demande et de son évolution, de la
conjoncture des facteurs d’influence des décisions d’achat (effet, mode, fréquence,
régularité,…), de la nature du produit nouveau, jeune, substituable, des caractéristiques du
marché et de la concurrence, des prix de vente, de l’élasticité demande /prix …
L’incertitude des dépenses relative aux coûts d’exploitation résulte :
- Des caractéristiques techniques de l’investissement, de la combinaison productive,
fiabilité technique, entretien.…
- Des évaluations des charges consommables : Salaires, prix des matières premières et des
consommables, frais et services…
- Des conditions d’imputation des coûts répartissables aux différents projets.
c. La durée de vie économique des projets est également incertaine.
L’hypothèse de durée retenue peut s’avérer non réaliste du fait des évolutions technologiques,
de l’avènement d’améliorations techniques, des modifications des conditions de concurrence. Il
est difficile de prévoir le processus d’obsolescence dans une économie ouverte et dynamique ;
Une erreur de quelques années sur une durée de vie peut modifier l’appréciation de la rentabilité
d’un projet, il en est de même des flux de cash-flows estimés.
d. Le taux d’actualisation choisi dans le cadre du critère de la V.A.N peut modifier
sensiblement le résultat suite à une erreur d’estimation de ce taux. Cette sensibilité est d’autant
plus grande que la durée de vie du projet est longue et que les C.F les plus importants
apparaissent en fin de durée de vie.
Il importe en conséquence de procéder à des analyses de sensibilité sur ces paramètres
déterminants afin d’expliciter les variations de V.A.N ou de T.I.R suite à une variation des
revenus ou cash-flows, de durée de vie, de taux d’actualisation.
3. Notion de risque :
Il semble que le principal générateur du risque soit l’incertitude qui affecte les déterminants
d’un investissement. Le risque est donc une conséquence de l’incertitude associée au projet.
C’est en cela que réside leur principale liaison.
Si l’incertitude est une condition nécessaire à l’apparition du risque, elle ne semble pas
suffisante. Pour qu’il y ait risque, il faut qu’il y ait éventualité de réalisation d’un état de la
nature non souhaité par l’entreprise ; c’est à dire un état qui se traduit par un résultat négatif tel
que : ne pas atteindre un certain seuil de rentabilité ou un seuil de liquidité jugé minimum.

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Il s’agit donc des écarts négatifs possibles par rapport à la prévision faite et attendue. Cette
prévision correspond généralement à une situation moyenne et en terme probabiliste à une
espérance mathématique donc à un résultat moyen espéré.
Le risque d’investissement est fonction : De la nature de l’investissement, du caractère plus ou
moins nouveau (innovation/expansion), de l’importance de cet investissement.
On peut aussi distinguer le risque lié au projet et le risque global associé à l’activité de
l’entreprise. Le risque peut être appréhendé à un niveau plus large qui dépasse le cadre stricte de
l’entreprise pour provenir du secteur de l’activité de l’environnement institutionnel, juridique,
réglementaire ou fiscal…
3.1. Notion de risque et phases d’investissement :
Le risque associé à un investissement est en fait un agrégat de risques différents et intervient à
des étapes également différentes du processus d’investissement trois phases, avec des risques
spécifiques ont été avancés :
a. Phase de prévision : Risque d’erreur dans la prévision des potentialités du marché, risque de
mauvaise estimation des coûts.
b. Phase de production : Risque de gestion, risque technologique, risque de fourniture, risque
de collaboration
c. Phase de mise sur le marché : Risque d’obsolescence du produit (substitution), risque
d’introduction (rejet d’un produit mal introduit sur les plans commercial ou techniques ou non
introduit au moment opportun)
3.2. Notion de risque liée aux origines :
Différentes origines aux risques pouvant affecter un actif notamment :
- Les risques industriels, commerciaux, sociaux : Technologique de compétitivité de
pénétration de marché, conflits sociaux, commerciaux.
- Le risque de liquidité : Risque de ne pouvoir vendre l’actif à un prix raisonnable sans
décote spécifique dite de liquidité.
- Le risque de solvabilité caractérise le risque partiel ou total de sa créance pour un
créancier lorsque le débiteur ne peut y faire face et le rembourser.
- Le risque de change induit la perte de valeur possible par la dévalorisation d’un actif ou
la revalorisation d’une dette libellé en devise à la suite de variation de taux de change.
- Le risque de taux d’intérêt produit une perte de la valeur possible, par une moins value
sur l’actif ou un renchérissement de passif, à la suite respectivement d’une baisse de taux
ou d’une hausse de taux d’intérêt sur le marché.
4. Approche du risque en avenir indéterminé
Il s’agit dans ce paragraphe de présenter quelques méthodes d’approche du risque en avenir
probabilisable ou indéterminé (non probabilisable).
4.1 La prise en compte du risque en avenir indéterminé
L’avenir indéterminé a été défini comme un état de connaissance faible ne permettant pas
l’accès à la prévision fondée : Seules les hypothèses subjectives peuvent être adoptées par
l’évaluateur ou l’investisseur en fonction de son état de connaissance partielle et de sa
sensibilité de l’avenir cible.
Finalement , on peut affirmer que le risque est une résultante d’incertitude qui influence les
résultats et les décisions d’où la nécessité d’adopter des méthodes de probabilité permettant
le choix des investissements .

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4.2 La prise en compte du risque en avenir probabilisable
Le futur probabilisable se caractérise par la capacité du preneur de décisions à affecter des
probabilités de réalisation aux principaux paramètres entrant dans la décision d’investissement.
Ces probabilités peuvent être objectives mais plus souvent subjectives.
Ainsi en économie incertaine, il n’est plus question de fonder une décision sur une valeur
ponctuelle mais sur une plage de valeurs de rentabilités qui sera d’autant plus grande que
l’incertitude sera élevée. Le risque y sera d’autant plus important que cette plage de variation
comportera des résultats non désirés ; Il faut signaler à cet égard que le preneur de décision
intègre le risque dans ses prévisions dans le cas de décisions d’investissement ponctuelles par l’
élaboration d’une distribution par des méthodes simples qui consistent à minorer la rentabilité
associé au projet ou par l’élaboration d’une distribution probabilisée de rentabilité pour le
projet. En cas de décision d’investissement séquentiel, on pourra développer la technique des
arbres de décisions. Sans oublier pour les deux cas de procéder à une analyse de sensibilité
pour les variables considérées comme importantes.
II - Le choix d’investissement en avenir incertain probabilisable.
La prise en compte du risque lors de la prise de décision dans l’avenir incertain probabilisable
s’impose pour les investissements, d’expansion notamment, de taille importante.
Dans ce point, nous présenterons des méthodes mathématiques de probabilités et d’autres
techniques décisionnelles, telles que les arbres de décision qui permettent d’intégrer directement
le risque lors du choix d’investissement.
1. Les méthodes mathématiques
a. Espérance mathématique
Une variable aléatoire peut se définir comme une variable susceptible de prendre des valeurs
diverses en obéissant à une loi de probabilité donnée.
L’espérance mathématique de cette variable est alors sa moyenne pondérée par les probabilités
d’apparition :
Espérance de la variable x : E(x) =∑ x. p(x) ou ∑ xᵢpᵢ
Exemple 1 :
Selon la réaction de la demande à son produit, l’entreprise E peut obtenir un bénéfice de :
*200 si la demande est forte, probabilité de 20%
*150 si la demande est moyenne, probabilité de 70%
*100 si la demande est faible, probabilité de 10%
x p(x) X.p(x)
200 0.2 40
150 0.7 105
100 0.1 10
E(x) - 155
Commentaire :
Le gain total espéré pour cette variable aléatoire « demande » est de 155. L’entreprise peut
espérer un bénéfice moyen de 155.
La fiabilité du résultat tient à la justesse des probabilités d’apparition des trois états de la
demande. Par ailleurs, pour un même projet d’investissement les CAF d’exploitation peut être
estimée selon plusieurs hypothèses : Pessimiste, la plus probable, optimiste.
On affecte une probabilité à chaque hypothèse. Il est alors possible de calculer l’espérance
mathématique de la VAN compte tenu de la distribution de probabilités des trois hypothèses.

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Exemple 2 :
Un investissement d’un montant de 80 millions de dirhams(MDH) est supposé procurer les CAF
(MDH) suivantes affectées de leurs probabilités :
Pessimiste Plus probable Optimiste
Année 1 20 30 40
Année 2 25 40 50
Année 3 30 50 60
Probabilités 0.5 0.3 0.2

Le taux d’actualisation retenu par l’entreprise est de : 10% ; on sait que E (x)=∑ XᵢPᵢ
L’espérance mathématique de la VAN est calculée comme suit :
Soit Rᵢ (avec i=1, 2, 3) les valeurs prises par les recettes nettes d’exploitation ; au cours de la
première année l’espérance mathématique de ces recettes E(R1) =∑PiR i. De même, on désigne
par E (R2) et E (R3) l’espérance mathématique des recettes de la 2ème année et de la 3ème
année.
E (VAN ) = - DI + [E(R1)(1+t)-1 + E(R2) (1+t)-2 + E(R3) (1+t)-3]
D’ où les tableaux suivants :
R₁ pᵢ piR₁
20 0.5 10
30 0.3 9
40 0.2 8
_ _ 27
R₂ Pᵢ PᵢR₂
25 0.5 12.5
40 0.3 12
50 0.2 10
_ _ 34.5
R₃ Pᵢ PᵢR₃
30 0.5 15
50 0.3 15
60 0.2 12
_ _ 42

On obtient E(R1) = 27 ; E(R2) = 34,5 ; E(R3)=42.


E(VAN₁ₒ%) = -80 + [27(1.10)-¹ + 34,5(1.10)-2 + 42(1.10)-³] = 4.6
Puisque le résultat dégagé est positif, compte tenu des aléas présentés durant les trois années, on
peut avancer que le projet d’investissement est favorable.
b. La variance et l’écart type de la VAN
La valeur absolue du risque d’un projet peut être mesurée par la variance ou par l écart type de
la VAN. Pour améliorer le critère de l’espérance mathématique, on peut calculer la variance de

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la variable aléatoire, indiquant ainsi la dispersion de la distribution de la variable, ce qui permet
une analyse du risque encouru.
Nous allons comparer deux décisions avec leur espérance et leur variance en reprenant
Exemple 1 :
x P(x) xp(x) x2 x2p(x)
200 0.2 40 40000 8000
150 0.7 105 22500 15750
100 0.1 10 10000 1000
- - E(x) = 155 - 24750

V(x) = 24750 - (155)² = 725


La variance est de 725 et l’écart type : racine carrée de la variance = 27
Donc la variable x, compte tenu de ses résultats possibles et de leurs probabilités d’apparition, a
une espérance de résultat de 155 avec un risque d’oscillation par rapport à cette moyenne de 27
Exemple 2 :
y P(y) yP(y) y2 y2 p(y)
400 0.05 20 160000 8000
200 0.40 80 40000 16000
100 0.55 55 10000 5500
- - E(x) =155 _ 29500

V(y) = 29500 - (155)2 = 5475


La variance est de 5475 et l’écart type =74
Commentaire :
La variable y, compte tenu de ses résultats possibles et de leurs probabilités d’apparition, a une
espérance de résultats de 155 comme x, mais un risque de dispersion beaucoup plus fort puisqu’
il est de 74 en plus ou en moins par rapport à la moyenne. Les deux décisions ont la même
espérance mathématique mais la dispersion de y est plus grande, donc c’est une décision plus
risquée.
Exemple 3 :
Reprenons le même exemple 2, la variance d’une variable aléatoire x est donnée par
V(x) =∑ PᵢXᵢ²- E(x)²
V(R1)=∑ pᵢR1² - E ((R 1))²
On a V (VAN₁ₒ%) = V(R 1)(1+t)-¹+V(R 2)(1+t)-²+V(R 3)(1+t)-³
E(VAN₁ₒ%)=V(R 1)(1.10) -¹+V(R 2)(1.10)-²+V(R 3)(1.10) -³
A partir de cette formule, on calcule dans les taux ci-dessous ∑PiXi² pour chacune des trois
années et selon chaque hypothèse :

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R₁ᵢ Pᵢ PᵢR₁ᵢ PᵢR1ᵢ²

20 0.5 10 200
30 0.3 9 270
40 0.2 8 320
- - 27 790
R₂ᵢ Pᵢ PᵢR₂ᵢ PᵢR2ᵢ²
25 0.5 12.5 312.5
40 0.3 12 480
50 0.2 10 500
- - 34,5 1292,5

R₃ᵢ Pᵢ PᵢR₃ᵢ PᵢR₃ᵢ²


30 0.5 15 450
50 0.3 15 750
60 0.2 12 720
- - 42 1920

On obtient V(R1) = 790 - 27² = 61 ; V(R2) = 1292,5 - 34.5² =102,25 ; V(R 3) =1920 - 42² =156.
V (VAN₁ₒ%)=61(1,10)-¹+102,25(1,10)-²+156(1,10)-³=257 et l’écart type de VAN=16.
c. Le coefficient de la variance de la VAN et sa signification
Le coefficient de variation de la VAN mesure la dispersion de la distribution de probabilités des
profits attendus du projet. Il s’exprime ainsi :
CV(VAN)=σ(VAN)/E(VAN)
Un projet est d’autant plus risqué que la distribution de probabilités des profits est dispersée. Le
coefficient de variation est donc une mesure du risque.
Dans l’exemple précédent, on obtient :
CV (VAN) =σ (VAN)/E(VAN)=16/4,6 = 3,48.
2. Les arbres de décision
L’arbre de décision permet de présenter sous forme d’un schéma les décisions et les
événements.
En effet, lorsque la décision d’investissement comporte des choix complexes face à une variété
d’éventualités, on les représente par un arbre décision.
Nous signalons dans ce contexte que :
Décision : elle est prise par le décideur.
Evénement : il est indépendant du décideur, il se réalise ou non et s’impose à lui ; il est affecté
d’une probabilité.
Un arbre de décision est généralement constitué d’une série de points, décision notée (D) à
partir desquels les choix possibles et réalisables sont explicités. Chaque stade se caractérise par
des points –incertitudes ou aléas appelés points événement (E) qui induisent des résultats
aléatoires probabilisés à partir desquels de nouvelles décisions doivent être prises.

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L’élaboration d’un arbre de décision passe par 4 phases :
1-Génération des variantes du projet et détermination des points décisions et des points
événements.
2- Les probabilités aux différentes alternatives.
3- Evaluation des alternatives.
4- Détermination de la meilleure solution.
Un arbre de décision est une méthode qui permet de déterminer les différentes solutions qui se
présentent au décideur, d’évaluer pour chacune le résultat qui peut la caractériser, de
probabiliser ce résultat et de décider de la solution à privilégier après comparaison de
performances probables.
Exemple :
Le propriétaire d’un matériel de production doit choisir entre trois décisions possibles :
Première décision : Vendre le matériel immédiatement, la vente rapporte 245000dh ;
Deuxième décision : Conserver le matériel de production un an et le vendre, pendant cette
période nous souhaitons profiter des hausses du marché.
On a deux cas :
Une hausse du marché qui a une probabilité 30% et la vente dans ce cas rapportera 360000 dhs.
Par contre, une baisse du marché qui une probabilité 70% et le prix de vente est 260000dh.
Troisième décision :
Engagement des travaux d’investissement pour un montant 90000dh (3mois) et après vendre le
matériel de production durant l’année. Les hypothèses des ventes envisagées sont :
Qualité de la Probabilité Montant
vente
médiocre 50% 320000dh
moyenne 40% 390000dh
bonne 10% 430000dh

Quelle la meilleure décision à prendre ? (méthode arbre de décision)


Le taux d’actualisation est de 10 %
Corrigé :
Etape1 : Présenter les trois premières branches de l’arbre de décisions D1, D2 et D3. Elles
partent du même point qui représente le choix entres les trois décisions.
D1 : Vente égale 245 000 dh.
D2 : On a deux états des lieux : Baisse du marché ou Hausse du marché.
Cas 1 : Baisse du marché : Le prix de vente net actualisé égal :
360000/1.10 =327272.72dh
Cas 2 : Haute de marché : Le prix de vente net actualisé égal :
260000/1.10 = 236363.63dh
D3 : Il n’y a pas de l’actualisation (t0)
On doit procéder à la déduction des investissements prévus 90000, ce qui donne :

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Vente " médiocre" : 320000 - 90000= 230000dh
Vente "moyenne" : 390000 - 90000 = 300000dh
Vente "bonne" : 43000 -90000 = 340000dh
Etape 2 : Allant de la droite vers la gauche en calculant les E (van) des décisions D2 et D3 :
E (vanD2) = 229999.81dh E (vanD3) = 269000dh
Etape 3: Choisir la décision retenue c’est à dire celle qui maximise la VAN ou l’espérance de
VAN. D’après l’exemple, il faut choisir la 3ème décision (départ et conclusion de l’arbre de
décision)

245 000

D1 236363.63dh
0.30
D2
D3 229999.81 0.70 227 272.73dh

D3 0.50 230 000dh


269000
0.40 300 000dh
0.10
340 000dh

Nous avons vu jusqu’ au maintenant quelques méthodes de probabilités, qui aident les décideurs
à choisir les projets qui diminuent les risques.
Mais, la question qui se pose quels critères peut –on employer dans le cas d’un avenir incertain
non probabilisable ?
III/ Les critères de choix d’investissement en avenir incertain non probabilisable.
Dans ce contexte, l’avenir est incertain. Il n’est pas non plus probabilisable.
L’investisseur dispose de critères. Le choix qu’il opérera sera lié à la nature, à son attitude face
au risque.
Le cadre de la décision n’est pas parfaitement connu. L’avenir comporte des risques. Le
décideur est capable d’énoncer les différents états de la nature possible mais n’est pas capable
de probabiliser l’apparition de ces différentes situations possibles.
Le décideur, à partir de données chiffrées sur les résultats de différentes actions dans plusieurs
contextes possibles utilise des critères de choix en fonction de son degré d’optimisme et de
goût du risque.
1. Présentation des méthodes de choix des investissements en avenir incertain non
probabilisable.
Nous proposons dans ce qui suit un certain nombre de modèles de décisions, il s agit de :
1.1 : Critère de la place :
La première idée qui peut éclaircir notre choix provient du mathématicien la place (1) qui
suggère de retenir la stratégie dont la moyenne arithmétique est la plus forte. Ce critère

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correspond à l’espérance de gain en considérant les différents états de la nature comme
équiprobables (événement ayant la même probabilité).
Selon ce critère, la décision pour laquelle la moyenne arithmétique des résultats probables sera
la plus élevée, est la plus favorable.
1.2 : Critère optimiste Maximax :
Ce critère consiste à déterminer pour chaque stratégie la meilleure valeur (maximum du
résultat), puis à choisir la stratégie qui dont la valeur la plus forte. Il s’agit donc de retenir le
maximum des maxima (d’où le nom de Maximax).
Ce critère privilégie l’attitude la plus risquée, la plus optimale. Sera retenue la décision offrant
le résultat maximum le plus élevé.
1.3 : Critère pessimiste de Wald (ou Maximin) :
A l’opposé de la méthode précédente, il suffit de conserver pour chaque stratégie le résultat le
plus mauvais, puis, il faut retenir le meilleur, limitant ainsi les pertes éventuelles dans le pire des
cas.
Ce critère privilégie l’attitude la plus prudente, Sera retenue la décision offrant le résultat
minimum le plus élevé.
1.4 : Critère d’Hurwicz :
Le critère d’Hurwicz permet de relativiser la prise de décision. Hurwicz(2) recommande de
pondérer les résultats probables minimum et maximum selon un coefficient subjectif reflétant le
degré d’optimisme ou de pessimisme, la nature offensive ou prudente du décideur.
V=a M+ (1-a)m
Avec a : Coefficient de pondération compris entre 0 et 1. La valeur 0 est attribuée au décideur
prudent ou pessimiste et la valeur 1 au décideur audacieux ou optimiste, M : Valeur minimum.
Le projet retenu est celui dont la moyenne arithmétique des résultats, et la plus élevée.
1.5 : Critère de Savage (minimax Regret) :
Ce critère privilégie la prudence. Savage recommande, pour chaque état de la nature possible,
de calculer le<<regret>> qui correspond à la différence entre le cas le plus favorable et le plus
particulier. La décision à retenir est celle pour laquelle le regret maximal est la plus faible.

(1)Pierre-Simon Laplace (1749-1827), mathématicien, astronome et physicien français.


(2) Leonid Hurwicz (1917-2008) est un économiste américain, lauréat du prix Nobel d'économie
en 1970.

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2. Exemple :
Un investisseur présente un projet d’investissement. Une étude de marché lui permet de prévoir
les résultats attendus, selon la capacité de production disponible et les recettes escomptés.
Recettes en MDH 8000 9000 10000 11000
Capacités de Production en milliers

A : 100 -50 -20 0 10


B : 120 -80 -10 50 110
C : 140 -110 -30 80 150
Quelle est la décision à prendre ?
1- Critère de Laplace :
A: - 50 – 20 + 0 + 10 = - 15
4
B: - 80 - 10 + 50 + 110 = 17,5
4
C: - 110 – 30 + 80 + 150 = 22,5
4
La décision C est optimale selon le critère de Laplace
2- Critère optimiste Maximax
Résultat maximum :
Décision A : 10
Décision B : 110
Décision C : 150
Selon ce critère, la décision C est optimale.
3- Critère pessimiste de Wald (ou Maximin)
Résultat minimum :
Décision A : - 50
Décision B : - 80
Décision C : -110
Selon ce critère, la décision A est optimale.
4- Critère d’Hurwicz
Moyenne pondérée :
Décision A : 0,6 (-50) + 0,4 (10) = -26
Décision B : 0,6 (-80) + 0,4(110) = -4
Décision C : 0,6 (-110) + 0,4(150) = - 6
Les coefficients retenus sont très nuancés et conduisent à retenir la solution B.

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5- Critère de Savage
8000 9000 10000 11000
-50 - (-50) = 0 -10 – (-20) = 10 80 – 0 = 80 150 – 10 =140
A
-50 – (-80) = 30 -10 – (-10) = 0 80 – 50 = 30 150 – 110 =40
B
-50 – (-110) = 60 -10 – (-30) = 20 80 – 80 = 0 150 – 150 = 0
C
Regret maximum :
Décision A : 140
Décision B : 40
Décision C : 60
Selon ce critère, la décision optimale est la décision B.
On ne peut que constater que ces critères conduisent à des choix différents, car ils sont
personnels et dépendent des appréciations des individus.
Bref, quelle que soit la situation, l’utilisation des critères de choix ne peut pas prévaloir dans la
décision en raison de leur fiabilité. Tous aussi importants sont l’expérience du décideur, de son
équipe et les impératifs stratégiques.
Cas pratique 1 :
Première partie :
La société immobilier du nord veut lancer un nouveau produit. Deux marchés M1 et M2 sont
envisagés. L’estimation des bénéfices probables sur ces deux marchés est la suivante :
M1
Bénéfice Probabilité Pi
en dh : Ri
1 000 0.15
2 000 0.20
3000 0.45
4000 0.20
M2
Bénéfice en dh : Probabilité Pi
Ri
1 000 0.05
2 000 0.60
3 000 0.18
4 000 0.17
Travail à faire :
Comparer les deux marchés en calculant l’espérance mathématique, la variance et l’écart type

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2ème partie :
La société possède 5 immeubles, elle a le choix entre 2 décisions :
D1 : Vendre les immeubles immédiatement à un prix 950000dh
D2 : Engager des investissements d’un montant 150000dh
Dans ce cas et selon l’évolution du marché, 2 scénarios de vente sont envisagés :
Qualité de la probabilité montant
vente
Médiocre 65% 1050000
bonne 35% 1750000
Présenter l’arbre de décision et déterminer la meilleure décision
Solution :
Première partie :
M1
Ri(en milliers de dh) Pi PiRi Ri(PiRi)
1 000 0.15 150 150 000
2 000 0.20 400 800 000
3 000 0.45 1350 4050000
4 000 0.20 800 3200000
E (Ri) _ 2700 8200000

E(R) = 2700
V(R) =8200000 - (2700)2 = 910 000
Ecart type(R) = 953,94
M2
Ri(en millier de dh) pi PiRi Ri(PiRi)
1000 0.05 50 50000
2000 0.60 1200 2400000
3000 0.18 540 1620000
4000 0.17 680 2720000
E (ri) _ 2470 6790000

E(R)= 2470
V(R)= 6790000 - (2470)2 = 689100
Ecart type (R) = 830
Commentaire : Le marché M1 a une espérance de bénéfice plus forte, car son espérance
mathématique est supérieure à celle du marché M2. Mais, le marché M1 est le plus risqué car
son écart type est supérieur à celui du marché M2.

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2 ème partie :
L’arbre de décision :
900000 dh
1145000dh 0.65
D2
D2 0.35 1600000dh

D1 950000 dh

Cas pratique 2 :
Une entreprise X souhaite se développer au Maroc, mais elle dispose d’un financement limité
qui l’oblige à choisir parmi quatre marchés : Tanger Tétouan (TT) / Casablanca Rabat (CR)
Fès Meknès (FM) / Marrakech Agadir (MA)
Le marché de son activité dépend en grande partie de sa localisation, ainsi les conséquences
d’une hausse ou d’une baisse du marché peuvent être inverses dans ces différentes régions du
Maroc. L’entreprise a pu représenter les états futurs réalisables et les VAN qui en résultent dans
le tableau suivant :
Marché Baisse stagnation Hausse
TT -15 75 300
CR 120 210 225
FM 150 195 180
MA 165 150 60

1) Selon le critère de Laplace, quel projet doit-on retenir ?


2) Selon le critère Maximax, quel projet doit-on retenir ?
3) Selon le critère de Wald, quel projet doit-on retenir ?
4) Selon le critère de Savage, quel projet doit-on retenir ?
5) Selon le critère de Hurwicz, quel projet doit-on retenir ? (On retiendra un coefficient
très optimiste de 0,8 et légèrement optimiste 0,6).
Corrigé :
1) Critère de Laplace :
Il consiste à calculer la moyenne arithmétique des VAN en fonction des différents états futurs et
à retenir la plus élevée.
Marché Baisse stagnation Hausse Moyenne
TT -15 75 300 120
CR 120 210 225 185
FM 150 195 180 175
MA 165 150 60 125

On retiendra donc Casablanca Rabat (avec 185) selon ce critère.

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2) Critère Maximax ou optimiste :
Il consiste à retenir la VAN la plus important pour chacun des projets, puis à sélectionner le
projet qui correspond à la VAN la plus important du tableau.
Marché Baisse stagnation Hausse MAX
TT -15 75 300 300
CR 120 210 225 225
FM 150 195 180 195
MA 165 150 60 165

Le maximum est 300, on retiendra donc Tanger Tétouan selon ce critère.


3) Critère de Wald ou du Maximum
Il consiste à retenir la VAN la plus faible pour chacun des projets, puis à sélectionner, dans cette
liste, le projet qui présente la VAN (minimale, donc) la plus forte.
Marché Baisse stagnation Hausse MIN
TT -15 75 300 -15
CR 120 210 225 120
FM 150 195 180 150
MA 165 150 60 60
Le maximum est 150, on retiendra donc Fès Meknès selon ce critère.
4) Critère de Savage ou du minimax Regret :
Marché Baisse Stagnation Hausse Regret maximum
TT 165 – (-15) =180 210 – 75 = 135 300 – 300 = 0 180
CR 165 – 120 = 45 210 – 210 = 0 300 - 225 = 75 75
FM 165 – 150 = 15 210 – 195 = 15 300 – 180 =120 120
MA 165 – 165 = 0 210 – 150 = 60 300 – 60 =240 240

Selon ce critère, la décision est optimale est la décision Casablanca Rabat (75).
5) Critère de Hurwicz
Il consiste à déterminer, pour chaque projet, une valeur moyenne V composée à partir de la
meilleure et de la plus petite VAN et pondérée par un coefficient d’optimisme laissé à
l’appréciation du gestionnaire.
V = α M + (1 – α) m
Marché Baisse stagnation Hausse Max Min α = 0.6 α = 0.8
TT -15 75 300 300 -15 174 237
CR 120 210 225 225 120 183 204
FM 150 195 180 195 150 177 186
MA 165 150 60 165 60 123 144

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Si on retient un coefficient légèrement optimiste (α = 0.6), on choisit Casablanca Rabat.
Si on retient un coefficient très optimiste (α = 0.8), on choisit Tanger Tétouan.
Conclusion :
L’investissement constitue un véritable moyen pour assurer le développement et la pérennité de
l’entreprise par l’engagement des dépenses dans le présent et avoir une rentabilité dans le futur.
Et comme nous avons affirmés précédemment ce futur est menacé par l’incertitude et le risque
d’où la nécessité de les prendre en compte lors des décisions d’investissements .Ainsi, en
avenir incertain, l’existence du risque ne tient au fait que les valeurs des flux de trésorerie
prévisionnel. Et plus généralement de tous les paramètres d’un projet d’investissement qui ne
sont pas connus avec Certitude, à l’exception peut être de celle de la dépense initiale.
Pour surmonter les difficultés de risques. L’investisseur adopte des critères et des méthodes
qui lui permettent d’éviter les pertes et gagner les opportunités du marché.
Nous avons développé dans ce chapitre deux types de critères :

Cas 1 : investissement incertain probabilisable : espérance mathématique - écart type arbres de


décision.
Cas 2 : investissement incertain non probabilisable : critère La place, Savage, Wald, Hurwicz,
et Maximax.
Enfin, il faut signaler l’importance de la vision stratégique de l’investisseur dans le choix des
projets d’investissement.

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