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CEM 51 MAI 2015 19 mai.

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AVIS D’EXPERTS

MÉTROLOGIE

Le métier de métrologue

CALCUL D’INCERTITUDE
ET DÉFINITION DES GRANDEURS
D’INFLUENCE
Dans le précédent article, nous avons abordé l’importance de l’incertitude
pour les exploitants de résultats de mesure et pour les équipes métrologie.
Aujourd’hui nous allons nous arrêter sur une des étapes du calcul
d’incertitude : la définition des grandeurs d’influence.
Cette étape est assez compliquée, car il
s’agit de répondre à la question : « qu’est- LES EXPERTS
ce qui fait que je ne suis pas sûr de mon
résultat de mesure ? » Jean-Michel POU Frédéric AUTHOUART
Président fondateur de la société Métrologue, coach et fondateur
Delta Mu, membre des commis- de l’entreprise Crisalis qui allie
La plupart des personnes interrogées sions “Métrologie” et “Méthodes résolution technique et humaine
statistiques” de l’Afnor et président d’une problématique
répondront : « l’instrument ! » Elles n’au-
du cluster d’excellence “Auvergne
ront pas tort. Comme nous n’utiliserons Efficience Industrielle”.
jamais « le mètre étalon(1) » pour mesu-
rer, mais seulement une copie d’une
copie d’une copie de cet instrument quasi Néanmoins, avec un peu de pratique, on chez moi avec le sentiment du devoir
parfait, l’outil que nous manipulerons observe que l’instrument n’est pas le seul accompli. Cependant, je n’étais pas fier
pour réaliser le mesurage contribuera, responsable de l’incertitude de mesure. de moi, car je savais que dès que j’aurai
par ses inévitables imperfections, à l’in- Lorsque j’étais un métrologue en acti- le dos tourné, l’utilisateur remettrait la
certitude qui sera exprimée. vité et que j’étalonnais les balances du hotte en fonctionnement et serait lui
laboratoire, je rencontrais parfois le cas aussi soumis à ce problème d’instabilité
Ces mêmes personnes pourront alors esti- suivant : je posais une masse étalon sur lors de ses pesées. Quel était alors le sens
mer que l’évaluation de l’incertitude est le plateau et j’attendais la stabilité pour de mon travail ? Était-ce de la métrolo-
terminée et s’arrêteront à l’EMT(2) de l’ins- relever la mesure. Parfois, sur certains gie utile ? Est-ce que je garantissais la
trument, qu’il n’y a plus d’autres facteurs postes de pesage, la stabilité ne venait confiance sur la pesée ? Sur la pesée de
qui contribuent à cette dernière. Ce rai- pas. Pire, la variation de l’affichage était mon étalon, oui ; par contre sur celles
sonnement simple serait très rassu- tellement forte que cela dépassait l’EMT de l’utilisateur, pas du tout.
rant, car il ferait porter à l’instrument toute associée à la balance.
la responsabilité de l’incertitude. Cette Cet exemple illustre que le raisonnement
simplification est très confortable pour Que faire ? Ajuster ? Changer la masse ? « incertitude de mesure = EMT de l’instru-
mettre en œuvre une fonction métrolo- Probablement que ces actions n’auraient ment » est réducteur. Une proposition
gie : « Si l’incertitude de mesure est égale à celle rien donné pour résoudre ce problème. La plus réaliste serait de dire : « incertitude
de l’instrument, alors il suffit de mettre en solution ? Elle était très simple à l’époque, de mesure = EMT de l’instrument + incer-
place un système de contrôle des instruments couper la ventilation de la hotte sous titude de mise en œuvre ». Derrière cette
pour la garantir. » C’est cette réflexion qui laquelle était placée ma balance : mira- incertitude de mise en œuvre se cache
a conduit à créer les fonctions métrologie cle ! Les chiffres devenaient stables et tout ce qui va contribuer en plus de l’ins-
traditionnelles que nous connaissons, permettaient de déterminer une erreur trument à créer du doute autour du
c’est-à-dire la gestion d’étalonnages, la de justesse inférieure aux EMT : ma
rédaction des procédures de vérification, balance devenait conforme ! Je pouvais (1) “Le mètre étalon” est ici utilisé comme
les fiches de vie sur l’instrument et les alors poser mon étiquette verte, incré- l’image de l’unité de mesure parfaite.
étiquettes vertes collées sur les appareils. menter mes indicateurs qualité et rentrer (2) Erreur maximale tolérée.

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résultat. L’ensemble « instrument + mise MAIN D’ŒUVRE MATIÈRE MÉTHODE


en œuvre » se nomme le processus de

χ3, pesée unique


mesure. Il est parfaitement identifié dans

χ1, excentration objet χ4, horizontalité


la norme NF EN ISO 10 012(3).
Résultat
sur plateau balance de la
χ7, Dérive justesse
Identifier la liste
χ2, justesse balance
pesée
des grandeurs d’influence en température
La première étape de l’évaluation des incer- χ5, résolution zéro

χ6, résolution charge


titudes de mesure consiste à décomposer
son processus de mesure, c’est-à-dire iden-
tifier la liste des différentes grandeurs d’in- MILIEU AMBIANT MOYENS
fluence. Il s’agit d’exprimer tout ce qui Exemple classique d’un diagramme 5M pour l’évaluation de l’incertitude sur une pesée.
contribue à l’imperfection de la mesure.
Elle consiste à représenter sur un dia- grandeurs d’influence. Les rubriques sont
Pour réaliser cette décomposition, plu- gramme en forme d’arêtes de poisson très souples et il ne faut pas dépenser
sieurs outils sont à la disposition de l’uti- 5 grandes familles de causes de pro- d’énergie à se poser des questions méta-
lisateur : blèmes (dont la première lettre est M). physiques sur la place de telle ou telle
- l’exploitation du diagramme causes - méthode ; composante dans telle ou telle famille
effets d’Ishikawa, appelé aussi méthode - milieu ; plutôt qu’une autre. L’approche 5M est là
5M ; - matière ; pour présenter les éventualités et limiter
- les listes de grandeurs d’influence - moyen ou matériel ; les risques d’oublis de cause d’incerti-
recommandées dans les normes. - main d’œuvre. tude.

Traditionnellement, la méthode 5M est la Dans le cadre d’un calcul d’incertitude, il De même, il ne faut pas vouloir à tout prix
plus utilisée pour réaliser cette première s’agit de décomposer le processus de renseigner toutes les familles de causes.
étape. Elle fut créée par le professeur Kaoru mesure au travers de cette grille de lec- Parfois, vous n’identifierez pas de gran-
Ishikawa (1915-1989) pour optimiser le ture. C’est une méthode qui apporte de deurs d’influence dans une rubrique. Cela
niveau d’assurance qualité en entreprise. la rigueur et qui limite les oublis de gran- ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, mais
Elle est utilisée aussi en accidentologie deurs d’influence. qu’au moment où vous avez fait le travail,
pour réaliser les arbres des causes et c’est vous n’en aviez pas identifié. C’est pour
donc tout naturellement que les métro- Attention, ce diagramme n’a rien d’obli- cela que le calcul d’incertitude est une
logues l’utilisent lorsqu’il s’agit de recher- gatoire ou de réglementé. Son utilisation chose transparente et ouverte. Il est
cher l’origine de l’incertitude. a pour but d’aider à l’identification des important de le partager, de discuter le
fruit de votre réflexion avec d’autres per-
Méthode Instrument de mesure Opérateur sonnes, le diagramme 5M peut alors
devenir un bel outil de communication.
Incertitude d’étalonnage Fidélité Erreur de lecture
Interpolation Erreur de modélisation Les listes présentes
Calculs Résolution
dans les normes
Reproductibilité Hétérogénéité
Jonction de référence Erreur d’origine thermique Une alternative ou un complément à la
Dérive Colonne immergeante méthode 5 M consiste à utiliser des
check-lists. Ces dernières peuvent être
Incertitude très générales ou bien appliquées à des
de mesure méthodes (cas des normes).
Stabilité Alimentation électrique
Homogénéité Autres erreurs d’origine électrique Ces listes de grandeurs d’influence ne
Corps Noir Perturbations électromagnétiques
peuvent malheureusement être données
Rayonnement solaire
Température ambiante que pour des analyses ou des étalon-
Humidité relative nages dont la procédure est très cadrée.

Milieu de comparaison Environnement


(3) NF EN ISO 10 012 : Systèmes de manage-
Extrait de la norme FD X 07-028, Procédure d’étalonnage et de vérification des thermomètres, ment de la mesure Exigences pour les pro-
Estimation des incertitudes sur les mesures de température. cessus et les équipements de mesure.

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Moyens Méthodes Main d’œuvre

Écart de linéarité
de l’analyseur
Répétabilité de l’analyseur
Résolution de l’analyseur
Logiciel PI Ligne
d’échantillonnage
Carte Entrée SNCC
% de CO2
Fluctuation
de la fréquence
Fluctuation de latension Gaz étalon
Variation de Pamb Dérive à sensibilité
Variation de Tamb
Représentativité Dérive à zéro
de l’échantillon
Matière Milieu

Exemple de diagramme 5M résultat d’un travail d’équipe autour de l’incertitude de mesure du %de CO2 d’un analyseur de fumée d’un cracker catalytique
(source F.Authouart).

Comment faire lorsqu’il s’agit par exem- les taximètres, les comptages de gaz ou mêmes systèmes de supervision, on ne
ple d’évaluer l’incertitude sur la tempé- d’hydrocarbures. Un des objectifs de cette va pas placer les capteurs aux mêmes
rature dans un réacteur affichée en salle standardisation est d’uniformiser la endroits dans les tuyauteries, on ne va
de contrôle ? La quantité d’hydrocarbure valeur de l’incertitude. Si vous avez à pas tous mesurer le même fluide, les opé-
comptée par une pompe à essence ? La faire un calcul d’incertitude sur la mesure rateurs ne seront pas tous les mêmes...
vitesse des automobiles mesurée par d’un cinémomètre situé en Bretagne, Bref, standardiser les systèmes de
cinémomètre ? vous pourrez faire le même calcul sur mesure est impossible et serait même
un autre cinémomètre du même type contre-productif. Si on ne peut pas stan-
Cas de la métrologie légale installé en Alsace. Au travers de ces règles dardiser les installations, et par la même
En métrologie légale, les règles du jeu parfois rigides se cache le secret de l’incertitude de mesure, il faut s’adapter
sont définies dans les textes réglemen- l’équité de traitement des citoyens, c’est et faire du cas par cas.
taires. Ce qui se cache derrière les “règles l’ADN historique de la métrologie
du jeu” s’appelle les standards de concep- légale. Si ces règles sont respectées alors C’est lorsqu’on a compris qu’évaluer l’in-
tion, de validation d’installation et de le niveau de confiance des résultats des certitude de mesure en industrie relève
vérifications périodiques. De nombreuses équipements de mesure réglementés est du travail de terrain et est spécifique à
personnes résument trop souvent la le même partout en France. chaque processus de fabrication ou
métrologie légale à la vignette verte col- d’analyse que l’on comprend l’impor-
lée sur la pompe à essence, mais avez- Cette approche est séduisante et on pour- tance du métrologue.
vous remarqué que les instruments de rait imaginer la retrouver en industrie.
métrologie légale d’une même catégorie Cela serait possible, mais reviendrait à Sur les systèmes de mesure non régle-
se ressemblent tous ? Les cinémomètres réglementer tous les systèmes de mentés, son rôle sera le suivant : animer
sont tous de mêmes types, installés de la mesure. Or, d’une entreprise à l’autre, on la mise en œuvre de l’estimation de l’in-
même manière. Cette similitude se ne va pas utiliser les mêmes instruments, certitude de mesure.
retrouve aussi pour les compteurs d’eau, les mêmes convertisseurs de mesure, les
Pour réussir cette mission, le métrologue
« Ce raisonnement simple serait très réunit autour de lui une équipe pluridis-
ciplinaire composée d’opérateurs, de
rassurant, car il ferait porter à techniciens de maintenance, de spécia-
l’instrument toute la responsabilité listes du procédé... Son objectif est de
travailler avec toutes ces personnes pour
de l’incertitude. » renseigner par exemple le diagramme

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5M. Attention, ce n’est pas au métrologue


de réaliser ce travail seul dans son coin,
il doit le partager, l’ouvrir, le faire vivre.

Cette mission est passionnante et sou-


vent plus difficile que celle qui consiste
à réaliser des étalonnages. Faire travail-
ler des personnes en équipe n’est pas
simple et demande des qualités de péda-
gogue et d’animateur de réunion.
Une fois le diagramme 5M réalisé, il fau-
dra passer à la phase d’évaluation de
l’impact de ces causes d’incertitude sur
le résultat final.

Il s’agit là d’estimer la variabilité de cha-


cune des sources d’incertitudes et leur
propagation sur la dispersion du résultat
final. Le métrologue pourra alors éditer
un plan d’action avec des tâches pour Dans un monde où les données sont « massives » et exploitables facilement, les industriels
s’attacheront à comprendre les conditions d’obtention des « produits » satisfaisants pour pouvoir les
chaque membre de l’équipe. reproduire, plutôt que s’imposer de suivre des recettes empiriques souvent trop coûteuses, car
rarement optimales.
Par exemple :
- pour le chef d’atelier, faire mesurer le rellement, cette mission n’est à mener outils de génération ou de comparaison
même objet par plusieurs opérateurs que sur les processus de mesure cri- sont caractérisés... Néanmoins cette
pour évaluer l’influence de ces derniers tiques, ceux qui engagent un risque pour incertitude de mesure, si utile soit-elle, ne
(reproductibilité interopérateurs) ; la sécurité, la qualité, l’environnement concerne que l’étalonnage. Si les métro-
- pour les techniciens de maintenance, (voir diagramme 5M sur la mesure du logues d’entreprise souhaitent dévelop-
recueillir les caractéristiques techniques CO2 en raffinerie). per leur activité, lui donner plus de
des chaînes de mesure ; visibilité auprès de la direction, il leur
- pour l’équipe du procédé, obtenir la Réaliser un calcul d’incertitude sur un faudra quitter le monde des étalonnages
variation de la masse volumique du processus d’étalonnage peut paraître pour celui des processus de mesure
produit en fonction de la température. compliqué, mais est plutôt simple au industriels.
regard de celui d’un processus de mesure
Ce plan d’action peut prendre plusieurs industriel. Les grandeurs d’influence sont Le prochain article portera sur la confir-
mois pour être réalisé. Évaluer l’incerti- souvent bien définies, il est générale- mation métrologique. Les différentes
tude sur un processus de mesure est ment possible de réaliser des mesures étapes qui conduisent à autoriser ou non
donc un travail de longue haleine qui dans des conditions de répétabilité, les un processus de mesure à être utilisé ●
doit être soutenu par la hiérarchie. Natu- étalons ont des incertitudes connues, les

Frédéric vient de nous décrire la mission périodique des instruments de mesure, point qu’il considère aujourd’hui la valeur
qui devrait occuper l’essentiel du temps de mais ce n’est la partie visible de l’ice- mesurée comme vraie. Que de chemin
travail d’un métrologue. Malheureuse- berg. Dans ce monde, et comme le rap- parcouru depuis les cahiers de doléances
ment, il est rare que ce dernier se consa- pelle Frédéric, l’État a pris à sa charge la dans lesquels les Français réclamaient
cre à l’évaluation des incertitudes de validation de la technologie des instru- « un poids et une mesure » !
mesure, tant il est généralement accaparé ments utilisés et l’impact des conditions
par la gestion de ses étalonnages internes de leur mise en œuvre sur le terrain. Pour Dans ce monde qui est né en 1837, les
et sous-traités. Et il est assez facile de com- garantir la loyauté, il a également orga- mesures du quotidien sont peu à peu deve-
prendre l’origine de cette situation… nisé leur vérification périodique qui se nues fiables (pour l’usage) jusqu’à devenir
matérialise par la fameuse étiquette ce qu’elles sont aujourd’hui dans la tête de
Dans le monde des échanges commer- verte. Tout ce travail et cette organisa- presque tout le monde : justes. Or, nous
ciaux, la confiance dans les mesures tion ont porté leurs fruits : le consom- sommes tous nés dans ce monde et nous
passe apparemment par la vérification mateur a confiance dans le résultat à tel avons acquis inconsciemment, depuis

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notre plus jeune âge, cette croyance selon « Le consommateur a confiance dans
laquelle les mesures seraient justes. Bien
sûr, personne ne nous l’a jamais dit expli- le résultat à tel point qu’il considère
citement, mais personne ne nous a dit le
aujourd’hui la valeur mesurée
contraire non plus. Depuis toujours, nous
entendons des résultats de mesure sous comme vraie. »
la forme d’une valeur unique, celle indi-
quée par l’instrument, et nous avons Les incertitudes de mesure existent et il empiriquement par la fonction. Elles sont
donc fini par faire en sorte que cette suffit le plus souvent pour s’en convain- sûrement beaucoup plus petites que le
valeur soit suffisante. cre de faire répéter les mêmes mesures besoin réel, mais ce sont elles qui,
au même opérateur, puis de changer aujourd’hui, font foi. Mais à quel prix ?
En effet, notre système industriel actuel l’opérateur, pour observer que la mesure
repose en grande partie sur cette varie, et parfois considérablement. En En revanche, dans le monde dans lequel
croyance. Les tolérances et spécifications modifiant les conditions de mesure (en nous semblons nous diriger, les choses
qui nous sont demandées ont fait leurs arrêtant la hotte, suivant l’anecdote seront très différentes. Qu’on l’appelle
preuves dans ce monde de valeurs mesu- racontée par Frédéric ou en modifiant la industrie 4.0, usine du futur, Smart Factory,
rées considérées vraies. Les tolérances température ambiante), on peut égale- le futur industriel s’appuiera probable-
ont été le plus souvent mises au point ment observer une variation du résultat ment beaucoup plus qu’aujourd’hui sur
empiriquement, jusqu’à ce que le pro- de la valeur indiquée par l’instrument. Il l’analyse des expériences positives, c’est-
duit (au sens large) donne satisfaction, en va ainsi pour de nombreux facteurs… à-dire sur des recettes a posteriori. Dans un
c’est-à-dire remplisse sa fonction. Ainsi, Un processus de mesure est un proces- monde où les données sont « massives »
elles sont souvent conçues par et pour des sus à part entière qui, comme tous les (big data, lire le focus technique du der-
valeurs mesurées, pas systématiquement processus, est perturbé par chacun de nier numéro) et exploitables facilement
pour des valeurs vraies. Dans ce monde, ses facteurs, c’est inexorable. L’identifi- (puissance de calcul, data mining), les
il « suffit » de mesurer comme on a tou- cation et la quantification des causes à industriels s’attacheront à comprendre
jours mesuré et de respecter la tolérance l’origine des dispersions sont un travail les conditions d’obtention des « produits »
pour assurer la fonction, puisque c’est à part entière, pas toujours aisé. Frédéric satisfaisants pour pouvoir les reproduire,
en mesurant dans la spécification qu’on a décrit une bonne approche pour venir plutôt que s’imposer de suivre des
a mis au point « la recette ». Et ce système à bout de cette question, mais qui va recettes empiriques souvent trop coû-
s’est fondé en organisant la vérification vouloir s’y investir sans espoir de retour teuses, car rarement optimales. Dans ce
périodique des instruments de mesure. réel ? En effet, dans le monde dont nous nouveau contexte, la fiabilité des mesures
Du coup, tout naturellement, l’industrie avons hérité, le problème des incerti- deviendra un impératif pour tendre vers
s’attache à vérifier ses instruments de tudes de mesure a été contourné, comme l’efficience(4), car elles devront représen-
mesure et occupe beaucoup d’énergie à nous l’avons vu plus haut, en établissant ter le plus fidèlement possible la réalité
cela, mais est-ce raisonnable ? des tolérances a priori adaptées ensuite pour en décrire les secrets. Demain, il ne
s’agira plus de se contenter d’une
croyance dans des valeurs mesurées qui
« Une méthode qui apporte de la rigueur
seraient vraies ni d’oublier l’incertitude de
et qui limite les oublis de grandeurs mesure en l’imaginant négligeable. Il fau-
dra, au contraire, s’attacher à faire la part
d’influence. » des choses entre « réalité » et « mesure »
pour faire en sorte que ce soit bien la réa-
MESURER LE BIG DATA lité qui soit décrite par les résultats de
mesure, et pas simplement, comme c’est
Souvent à l’avant-garde des pratiques en matière de métrologie, Delta Mu s’investit dans parfois (souvent ?) le cas, les erreurs de
cet avenir prometteur pour les industriels en général et pour les métrologues en particulier. mesure elles-mêmes ●
Nous lançons la première version d’un tout nouveau site internet début mai. Ce site est
destiné à sensibiliser tous les acteurs de l’usine du futur (métrologues, ingénieur process,
data dcientist, direction industrielle...) à cette question de la fiabilité des mesures. Vous
pourrez notamment télécharger gratuitement un document qui reprend quelques exemples
réels qui prouvent à quel point « mesure » et « réalité » ne font pas toujours bon ménage !

+ SUR LE WEB
www.mesuronsbienlebigdata.com (4) Comprendre : « produire au juste néces-
saire »

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