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L’inconscient nous rend-il irresponsables ?

- Problématisation de la question et choix de textes (qui vont tous dans le sens d’une réponse
négative ; nous en étudierons certains) : pp. 46-48 dans le manuel.

- Sur Internet, un bon cours de Simone Manon sur ce sujet, à lire, avec une bonne
introduction (je vous recommande chaudement son site, qui contient un cours complet de
philosophie, de grande qualité) : https://www.philolog.fr/admettre-lhypothese-dun-
insconscient-psychique-est-ce-denier-a-lhomme-toute-responsabilite/

I. « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison » : l’inconscient freudien.

Très bonne présentation de la théorie freudienne de l’inconscient, qui vous apprendra


l’essentiel, sur le site de Simone Manon : https://www.philolog.fr/freud-ou-lhypothese-dun-
inconscient-psychique/

Revenons sur les 3 extraits des Cinq leçons sur la psychanalyse (1910) qui étaient à travailler,
en guise d’introduction à Freud :

- Extrait 1 : L’hystérie était une névrose se présentant à l’observation clinique sous forme
d’accidents spectaculaires de type : crises nerveuses, paralysies, contractures ou contrastes
d’humeur apparemment immotivés. Le texte donne plusieurs exemples de tels symptômes. La
névrose, en général, est une affection caractérisée par des troubles affectifs et émotionnels,
mais aussi physiques, sans cause anatomique apparente. C’est bien ce qui laisse la médecine
classique démunie : les patients ne présentent ni lésions organiques, ni dysfonctionnements
physiologiques qui pourraient expliquer leurs symptômes. Freud va découvrir que la névrose
est intimement liée à la vie psychique du sujet en ce qu’elle a d’obscur, d’inconnu au patient
lui-même. On distinguera la névrose, qui n’affecte pas radicalement la conscience de soi du
sujet, qui a conscience de ses troubles sans pouvoir les expliquer, de la psychose, qui est une
maladie mentale ignorée de la personne qui en est atteinte (typiquement, la schizophrénie).

- Extrait 2 : Freud (et son collègue de l’époque Breuer) eurent l’idée de mettre des hystériques
sous hypnose – dans un état donc, de conscience « relâchée ». Dans notre extrait, on nous dit
que la malade, sous hypnose, se rappelle « avec extériorisation affective » des circonstances à
l’origine de ses troubles, qu’elle avait totalement oubliées. On apprend que son hydrophobie
vient du dégoût qu’elle ressentit en voyant un chien affreux boire dans son verre, dégoût qui
n’a pas été sur le coup exprimé : « elle n’avait rien dit, par politesse ». L’expression de la
colère et du dégoût, sous hypnose, mis fin à l’hydrophobie… Il semble donc qu’il faille, par
l’hypnose ou par d’autres moyens (Freud finira par abandonner l’hypnose), parvenir à
rappeler à la conscience du patient des souvenirs qu’il avait refoulés, c’est-à-dire rejetés hors
de sa conscience, dans une « partie » de son âme devenue inaccessible (l’inconscient,
précisément). Le concept de refoulement, fondamental pour la psychanalyse, apparaît donc ici
(voir le texte 3 p. 45 dans le manuel), et l’on comprend ce qu’est un symptôme névrotique :
l’expression indirecte, « symbolique » d’un désir/sentiment refoulé, qui ne peut s’exprimer
directement.

- Extrait 3 : Freud souligne que les symptômes sont liés à une amnésie, une « lacune dans le
souvenir » ; on l’a vu, la guérison va consister à se ressouvenir. Ce dernier extrait élabore le
concept d’inconscient (à bien distinguer de l’inconscience), c’est-à-dire de pensées
inconscientes, dont l’individu ignore l’existence, mais qui déterminent pourtant certains
aspects de son comportement. Freud souligne « l’influence que l’état conscient peut recevoir
de l’inconscient », qui pose le problème de notre cours : puis-je être tenu pour responsable de
mes actes, si ceux-ci sont déterminés par des pensées, en moi, que j’ignore  ? Suis-je encore
libre, si je suis le jouet de déterminismes inconscients ? Pensons aux « actes manqués », ces
actes de la vie quotidienne qui manquent le but que l’on s’était consciemment donné en les
accomplissant (un oubli, par exemple, ou un lapsus : on veut dire quelque chose, et on dit tout
autre chose, qui nous « échappe » : voir un exemple parlant dans le texte 2 p. 297 du
manuel) : avec ces actes manqués, l’inconscient psychique, selon Freud, fait irruption dans
notre vie quotidienne, et semble nous retirer la maîtrise que pensions avoir de nous-mêmes.

Voilà ce qu’il faut retenir (des précisions dans le cours de Simone Manon) : avec
l’inconscient psychique, c’est-à-dire l’existence de pensées inconscientes, « le moi n’est plus
maître dans sa propre maison », il n’a plus la maîtrise immédiate de ses pensées et de ses
volontés, n’étant plus conscient de tout ce qu’il pense (contrairement à ce que pensait
Descartes qui, suite au cogito, identifie la pensée à la conscience, toute pensée apparaissant,
par définition, consciente d’elle-même). On peut parler d’aliénation : ignorant ce qui se
trouve dans mon inconscient, ne suis-je pas comme étranger à moi-même ?

Mais comment se fait-il que nous refoulions certaines choses dans notre inconscient ?
C’est que, d’après Freud, certains désirs, certaines émotions s’opposent aux normes sociales,
morales ou esthétiques auxquelles nous adhérons, de sorte qu’ils nous sembleraient
inacceptables si nous en avions conscience – ils nous infligeraient une « blessure
narcissique » (atteinte à l’image que nous avons de nous-mêmes) : c’est pourquoi, sans nous
en rendre compte, nous les refoulons. Seulement, il ne suffit pas de refouler un désir pour
l’anéantir : le désir, on l’a vu, peut se manifester sous la forme d’un symptôme névrotique,
dont le sens nous demeure obscur. Freud parle de « satisfaction substitutive », ou de
remplacement : le symptôme permet une satisfaction indirecte du désir, qui ménage les
exigences morales, etc., du sujet – mais le prix à payer, c’est la souffrance ressentie, les
troubles physiques et/ou psychiques…