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Organisation

 pour  l’Harmonisation  en  Afrique  du  Droit  des  Affaires  


Organization  for  the  Harmonization  of  Business  Law  in  Africa  
Organizacion  para  la  Armonizacion  en  Africa  de  la  Legislacion  Empresarial  
Organização  para  a  Harmonização  em  Africa  do  Direiton  dos  Negocios  
 
SECRETARIAT PERMANENT

NOTE DE PRÉSENTATION DU PROJET D’ACTE UNIFORME RÉVISÉ PORTANT


ORGANISATION DES PROCÉDURES COLLECTIVES D’APUREMENT DU PASSIF

La présente Note décrit le processus d’élaboration du projet de l’Acte uniforme révisé portant
organisation des procédures collectives d’apurement du passif (I), met en exergue les diagnostics du
Rapport de l’Audit préalable ainsi que les principaux objectifs dudit projet (II) en présente les
perspectives pour l’appréciation du Conseil des Ministres (CM) de l’OHADA (III) pour in fine, évoquer
les principaux amendements proposés (IV).

I/. PROCESSUS D’ÉLABORATION

Dans le cadre du programme de réforme et de modernisation des Actes uniformes existants, piloté par
le Secrétaire Permanent (SP) de l’OHADA, le CM de ladite organisation a autorisé en 2007 la révision
de l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif (AUPC).
Divers diagnostics juridiques ont alors été commandités afin de relever les insuffisances et faiblesses
juridiques de l’AUPC et de dégager les pistes d’amélioration.

Dans le souci d’affiner les diagnostics juridiques de l’AUPC et de mieux en cerner les points critiques,
le CM réuni à Ouagadougou en juin 2013, a demandé l’élaboration d’un Rapport d’Audit préalable de
l’application de l’AUPC à travers les différents États membres, axé notamment sur l’impact
1
économique des propositions envisagées , conformément aux lignes directrices de la nouvelle
politique de réforme des Actes uniformes.

En décembre 2013, une équipe dirigée par le Pr Filiga Michel SAWADOGO a présenté ledit Rapport
2
d’Audit préalable, établi sous l’angle de l’analyse économique du droit . Cette étude est venue
compléter la série des multiples diagnostics précédents de l’AUPC, permettant ainsi d’avoir une vue
d’ensemble des enjeux et perspectives juridiques et économiques des réformes proposées.

A cet effet, selon les meilleures pratiques juridiques internationales, dont celles du Guide législatif sur
le droit de l’insolvabilité de la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international
(CNUDCI), une législation efficace en matière de procédures collectives doit satisfaire à trois (03)
exigences principales, conformément à l’analyse économique du droit :

1°) réhabiliter les entreprises viables et liquider les entités non viables rapidement ;
2°) maximiser les montants recouvrés par les créanciers sur la base de la valeur du marché du
patrimoine de l’entreprise débitrice ;
3°) établir un ordre précis de paiement des créances garanties ou non garanties.
 
Les pays dotés d’une législation remplissant ces trois (03) exigences affichent en général des taux de
recouvrement de créances supérieurs à ceux d’autres pays. Cela facilite aussi l’accès au financement
et en réduit son coût.

II/. DIAGNOSTIC DU RAPPORT DE L’AUDIT PRÉALABLE ET LES PRINCIPAUX OBJECTIFS


DU PROJET D’AUPC RÉVISÉ

Sous cet angle d’analyse décrit ci-dessus, il est ressorti du Rapport de l’Audit préalable que l’AUPC en
vigueur, surtout par rapport à son application dans les États parties, souffre des insuffisances
suivantes :
                                                                                                                       
1
Voir Compte rendu de la Réunion du Conseil des Ministres de l’OHADA, Ouagadougou (Burkina Faso), 13 et 14 juin 2013,
pages 8 et 9.  
 
2
Voir Juan TORRES LOPEZ, Analyse économique du droit, Madrid, 1987, et Ejan MACKAY, Stéphane ROUSSEAU, Analyse
économique du droit, Dalloz, 2008, n°21. Voir également « Droit et économie », numéro spécial, 1992, 37, Archives de
philosophie du droit.  

1  
 
-­‐ L’absence d’une procédure préventive de conciliation moderne pour promouvoir les
négociations privées et les accords extrajudiciaires entre le débiteur et ses créanciers afin de
sauvegarder les entreprises en difficulté et, en même temps, améliorer les taux de
recouvrement des créances au profit des créanciers garantis et non garantis ;
-­‐ Un champ d’application restreint de l’AUPC ;
-­‐ Une durée trop longue des procédures collectives ;
-­‐ Des procédures assez lourdes pour les micro-entrepreneurs ;
-­‐ L’absence de réglementation des mandataires judiciaires, à savoir les experts au règlement
préventif et les syndics ;
-­‐ L’absence d’un régime adéquat pour les faillites internationales ouvertes hors de l’espace
OHADA ;
-­‐ La clarification de l’ordre de priorité de paiement des créanciers.

En réponse à cette évaluation, une série de recommandations et d’innovations ont été formulées dans
le Rapport de l’Audit préalable en conformité avec l’analyse économique du droit, et avec les
meilleures pratiques juridiques internationales, parmi lesquelles :

-­‐ L’élargissement du champ d’application de l’AUPC et l’institution de procédures simplifiées au


bénéfice des « petites entreprises », notamment les micro-entrepreneurs ;
-­‐ L’intégration de définitions des concepts clés pour faciliter l’application et l’interprétation de
l’AUPC révisé ;
-­‐ L’institution d’une nouvelle procédure préventive de conciliation, selon l’analyse économique
du droit, pour sauvegarder les entreprises en difficulté ;
-­‐ La mise en place d’un privilège d’ « l’argent frais » pour ceux qui font de nouveaux crédits à
l’entreprise en difficulté pour faciliter son assainissement ou son redressement ;
-­‐ Le raccourcissement des délais et de la durée des procédures collectives pour favoriser
l’atteinte des objectifs poursuivis ;
-­‐ La nécessité de l’adoption d’un cadre juridique pour réglementer les activités des mandataires
judiciaires que sont les experts au règlement préventif et les syndics, ainsi que la création des
commissions nationales régulatrices dans chaque État partie ;
-­‐ L’établissement d’un nouveau régime d'insolvabilité transfrontalière basée sur la Loi type de la
CNUDCI.

Le CM, en validant les conclusions et recommandations du Rapport de l’Audit préalable au mois de


janvier 2014, a permis la finalisation du présent projet d’AUPC reformé qui est le fruit de la
collaboration des experts ci-après au cours des sept (07) années dernières :

-­‐ Le Cabinet d’avocats FENEON, en collaboration avec le Cabinet SONNIER, le Cabinet


KONATE-JURIFIS et le Cabinet BLAKE, CASSELS & GRAYDON ;
-­‐ Le Professeur Philippe ROUSSEL GALLE ;
-­‐ Le Professeur Pierre CROCQ ;
-­‐ Le Professeur Filiga Michel SAWADOGO ;
-­‐ Le Professeur Abdoullah CISSE ;
-­‐ Madame Karine GILBERG ;
-­‐ Monsieur Sandy SHANDRO ; et
-­‐ Monsieur Mahesh UTTAMCHANDANI, Madame Antonia MENEZES, Monsieur Pierre Fabrice
AMARIGLIO, Monsieur Alain TRAORE, Monsieur Craig Raymond GIESZE et Monsieur
Seydou KANE du Groupe de la Banque mondiale.

Au vu des travaux et propositions de modifications des experts au cours des années précédentes, un
projet d’Acte révisé a pu être présenté aux représentants des Etats membres lors d’une réunion à
Abidjan, les 30 et 31 mars 2015 à la suite de laquelle divers amendements ont été retenus.

III/. PERSPECTIVES

Le présent projet d’AUPC reformé soumis à l’appréciation et à l’adoption du CM de l’OHADA vise ainsi
à répondre aux besoins des opérateurs économiques pour le développement du secteur privé au
niveau national et régional. Dans cette perspective, les modifications significatives proposées
renforceront la protection et le contrôle des différents acteurs, tout en assurant une plus grande

2  
 
efficacité des procédures préventives et collectives tant en termes de sauvegarde des entreprises
viables que de liquidation rapide des entreprises insolvables.

En vue de combler les vides juridiques ou les lacunes législatives, il a été proposé de s’inspirer du
Guide législatif sur l’insolvabilité de la CNUDCI, des principes et directives régissant le traitement de
l’insolvabilité et la protection des droits des créanciers de la Banque mondiale et de l’analyse
économique du droit. En conséquence, le projet de réforme a été élaboré de sorte à favoriser la
restructuration des entreprises viables ainsi que la liquidation et le transfert efficaces des actifs des
entreprises en faillite.

A cet effet, il était crucial de trouver un juste équilibre entre la liquidation des biens et le redressement
des entreprises. Le choix de la sauvegarde de l’activité sera encouragé au détriment de la liquidation
des biens lorsqu’il est à même de permettre de maximiser la valeur de l’entreprise pour la société en
général (aspects économiques et sociaux) et les créanciers en particulier. En outre, le projet d’AUPC
révisé présenté devant le CM garantira aux créanciers une plus grande sécurité juridique, par un
meilleur respect de leurs droits et par prévisibilité accrue de leur situation.

Enfin, le présent projet de révision contient des règles sur l’insolvabilité internationale, notamment sur
la reconnaissance des procédures collectives étrangères, ce qui favorisera la coordination entre les
pays et facilitera la coopération dans l’administration des procédures d’insolvabilité ouvertes à
l’étranger.

En définitive, l'adoption par le CM du présent projet d’AUPC révisé se traduira par davantage de
développement du marché des crédits des pays de l’espace OHADA, un meilleur accès au
financement pour les entreprises, en particulier pour les micro-entreprises, la préservation et la
création d'emplois et la promotion de la croissance économique dans les pays de la zone. En d’autres
termes, ce texte révisé participera d’une plus grande attractivité de l’espace OHADA.

IV PRINCIPAUX AMENDEMENTS

La révision de l’AUPC vise une atteinte plus fréquente des objectifs poursuivis. Jusque là, l’application
3
de l’AUPC sur ce plan s’est révélée globalement peu satisfaisante ou décevante .
Dans cette perspective, le projet de révision, vise essentiellement à :  
- Simplifier et sécuriser les procédures afin de permettre la prévisibilité des solutions et de
reconnaître les droits des créanciers existant et établir des règles claires pour classer les
créances prioritaires ;
- Adopter des solutions qui soient adaptées au contexte socio-économique des pays
membres de l’OHADA, aux pratiques des affaires et aux contraintes auxquelles font face les
entrepreneurs et opérateurs économiques ;
- Former un cadre juridique cohérent et harmonieux, notamment en tenant compte des
modifications apportées aux Actes uniformes relatifs au Droit Commercial Général, au Droit
des Sûretés et au Droit des sociétés : le projet prête une attention particulière aux
changements apportés aux sûretés, à la structure et au fonctionnement du RCCM et à des
innovations telles que l’introduction du statut de l’entreprenant ;

                                                                                                                       
3
  Les entreprises qui parviennent à se redresser par la voie des PC lato sensu sont rares. Cela a conduit un auteur à relever,
sans doute avec beaucoup de déception:
« Des entreprises en difficulté, on en trouve un peu partout en Afrique ; des entreprises en difficulté qui se redressent, on en
cherche ».
Diverses causes expliquent cette faible performance de l’AUPC.
Du Rapport Doing Business 2014 de la Banque Mondiale, on note, dans le cadre de l’application de l’AUPC, les éléments ci-
après :
- les créanciers dans l’espace OHADA doivent attendre, en moyenne, 38 mois être payés ;
- les créanciers ne recouvrent approximativement que 14% de leurs créances en souffrance. En outre, les coûts d’application
des procédures de l’AUPC représentent 21,56% de la valeur du patrimoine de chaque entreprise liquidée ;
- une part trop importante de l’actif du débiteur est donc absorbée par les coûts ou frais de recouvrement avec une pointe de
60% pour le Tchad, 34% pour le Cameroun, 29% 29% pour la RDC et 18% pour la Côte d’Ivoire.
Conclusion : les dividendes des créanciers sont faibles, les coûts excessifs (honoraires des syndics), la durée
également trop longue.
 

3  
 
- Intégrer les « bonnes pratiques » internationales qui existent et continuent d’être développées
au plan international en matière, notamment, de faillite internationale ;
- Renforcer et améliorer le statut et les responsabilités des mandataires judiciaires (experts
dans le règlement préventif, syndics dans le redressement judiciaire et la liquidation des
biens) qui jouent un rôle essentiel dans le succès des procédures collectives et précisément
dans l’atteinte ou non des objectifs poursuivis.
Autrement dit, il s’agit de faire évoluer le droit OHADA en ce qui concerne la prévention et le
traitement des difficultés des entreprises et de le rendre plus conforme avec l’esprit du droit OHADA
en en faisant un droit simple (introduction de la conciliation ainsi que du règlement préventif, du
redressement judiciaire et de la liquidation des biens simplifiés), moderne (une place notable est faite
aux procédures collectives internationales ouvertes hors de l’espace OHADA) et adapté (contexte
socio-économique, cohérence externe avec les autres AU et les droits nationaux), sans pour autant
bouleverser l’architecture et la philosophie actuelles de l’AUPC.

.
TITRE PRELIMINAIRE : DISPOSITIONS GENERALES (art. 1 à 3-2)
Au titre des dispositions liminaires, les amendements introduits ont trait, essentiellement, à l’objet de
l’AU, au champ personnel d’application des procédures, à la définition de ces procédures, à la
détermination des « petites entreprises », à la mise en place de définitions et à la détermination de la
juridiction compétente, tant au plan de la compétence d’attribution que de celle territoriale.
Le champ d’application rationae personae de l’AU a été étendu. A cet effet, un nouvel article 1-1
regroupe des dispositions séparées qui avaient trait au même objet mais surtout, il prévoit de prendre
en compte notamment l’entreprenant. Est désormais visée « toute personne physique exerçant une
activité professionnelle indépendante civile ou commerciale, artisanale ou agricole », ce qui a pour
effet, outre les commerçants, de faire entrer dans le champ d’application de l’AU les artisans, les
agriculteurs, l’entreprenant, mais également, les professions libérales, qu’elles soient ou non
réglementées. Comme antérieurement, l’AUPC s’applique à « toute personne morale de droit privé ».
Cela englobe les sociétés commerciales ou civiles et les autres personnes morales de droit privé
(associations, fondations, etc.) mais également, comme le précise expressément le texte, les
entreprises publiques, dès lors qu’elles ont une telle forme.
A propos de définitions, l’introduction du nouvel article 1-1 a entraîné la suppression dans l’art. 2 de
toutes références au champ personnel d’application des procédures ainsi que celles relatives à la
situation de l’entreprise, pour déterminer l’accès aux procédures. Désormais, l’article 2 est structuré
autour de quatre alinéas et il fait place à la nouvelle procédure de conciliation qu’il définit en précisant
ses objectifs. Les alinéas 2, 3 et 4 sont consacrés respectivement à la détermination des objectifs du
règlement préventif, du redressement judiciaire et de la liquidation des biens. Mais surtout un nouvel
article 1-3 donne une liste de définitions qui s’appliquent à l’ensemble de l’Acte uniforme et qui
permettent une meilleure lisibilité de celui-ci.
Pour ce qui est de la compétence juridictionnelle, elle est d’abord élargie à la conciliation, dans
l’article 3, alinéa 1, tandis que l’alinéa 2 relatif au principe dit de « bloc de compétence » demeure
exclusivement consacré aux procédures collectives dont la conciliation ne fait pas partie. Par ailleurs,
un nouvel alinéa 3 ouvre aux États la faculté de désigner une ou plusieurs juridictions pour connaître
de la conciliation et des procédures collectives. Cette faculté se justifie par le souci d’encourager la
« centralisation » des procédures devant une même juridiction pour tenir compte de la technicité et de
la complexité du droit des entreprises en difficulté. Le risque d’éloignement qui pourrait en résulter
pour les plaideurs apparaît largement contrebalancé par l’avantage important en termes de
professionnalisation des juges qui pourraient ainsi acquérir une expérience plus importante en ce
domaine et une meilleure formation, gages d’une plus grande efficacité de ces procédures.

4  
 
TITRE I : DES MANDATAIRES JUDICIAIRES (art. 4 à 4-37)
Une innovation importante consiste à proposer la mise en place d’un statut complet de mandataire
judiciaire, afin de professionnaliser la mission de syndic dans les procédures collectives et d’experts
dans les procédures préventives. L’importance de la fonction de syndic dans le bon déroulement des
procédures n’est, en effet, plus à démontrer. Cette réglementation est considérée comme l’un des
éléments essentiels tendant à assurer l’atteinte des objectifs poursuivis. L’on sait que si les syndics
sont techniquement incompétents, de mauvaise moralité, font preuve d’insouciance vis-à-vis de
l’avancement de la procédure, accaparent les deniers que la procédure dégage, l’entreprise ne sera
pas sauvée ni les créanciers payés.
Il est ainsi proposé la mise en place d’une commission nationale de contrôle des mandataires
judiciaires au niveau de chaque Etat partie (Chapitre 1, art. 4 à 4-8) afin de contrôler l’accès au statut
er
et l’exercice des fonctions de mandataire judiciaire. Ce chapitre 1 a pour objet de préciser les
modalités gouvernant la composition, l’organisation, le fonctionnement, les missions et les pouvoirs de
cette commission mais aussi les règles gouvernant son financement. Elle a une mission générale qui
consiste à assurer la « régulation et de la supervision des mandataires judiciaires » (art. 4, al. 2), ce
qui se traduit notamment par l’établissement de la liste des personnes pouvant exercer ces missions
er
(art. 4-9, al. 1 ) et par le contrôle de l’exercice desdites missions (art. 4-5). Enfin, elle jouit de la
personnalité juridique (art. 4-3, al. 2).
Un chapitre II (art. 4-9 à 4-13) est consacré aux conditions d’accès aux fonctions de mandataires
judiciaires, et en particulier des modalités d’établissement et de mise à jour d’une liste nationale de
personnes pouvant exercer ces fonctions. Ces conditions sont afférentes à la compétence technique
et à la bonne moralité.
Le chapitre III (art. 4-14 et 4-15) est consacré aux conditions d’exercice des fonctions de mandataire
judiciaire. Il régit notamment les questions d’indépendance, d’impartialité (art. 4-14) et d’incompatibilité
avec d’autres activités (art. 4-15).
Les règles relatives au contrôle et à la discipline des mandataires judiciaires font l’objet du chapitre IV
(art. 4-16 à 4-24). Sont ainsi traitées les questions relatives aux modalités d’inspection des
mandataires judiciaires par des inspecteurs choisis parmi les membres de la commission (art. 4-16),
aux règles de déontologie dont la violation peut justifier des sanctions disciplinaires (art. 4-17) ainsi
qu’aux modalités de prononcé des mesures disciplinaires (art. 4-18 à 4-24).
Le chapitre V (art. 4-25 à 4-28) traite des questions de responsabilité et d’assurance professionnelle.
La responsabilité est envisagée, tant vis-à-vis du débiteur et des créanciers que des tiers, étant
surtout précisé que le mandataire qui sollicite, dans l’exercice de ses fonctions, l’intervention d’un
tiers, resterait solidairement responsable des fautes de ce dernier (art. 4-25). On signalera également
une innovation importante qui consiste à imposer la souscription d’une assurance professionnelle (art.
4-27). Enfin, pour éviter tout détournement et toute malversation, le mandataire judiciaire doit tenir une
comptabilité distincte de la sienne pour chaque procédure et il est tenu de la présenter en cas
d’inspection (art. 4-28).
Les règles relatives à la rémunération des mandataires judiciaires figurent au chapitre VI (art. 4-29 à
4-34). C’est une question essentielle pour la moralisation et la professionnalisation de ces
professionnels et, partant, pour le bon déroulement des procédures, qu’ils exercent les fonctions de
syndic ou d’expert. Concernant l’expert au règlement préventif, sa rémunération est déterminée par la
juridiction compétente, à partir d’un barème arrêté par la Commission nationale de chaque Etat partie,
ce barème devant notamment prendre en compte les diligences du mandataire ou encore le nombre
de créanciers concernés (art. 4-30). Pour ce qui est du syndic, sa rémunération est également
déterminée sur la base d’un barème établi par la commission. Le texte liste des éléments qui devront
être pris en compte pour établir ce barème, éléments tenant au chiffre d’affaires, au nombre de
salariés mais aussi aux diligences et à la célérité du syndic. Dans le cadre de la liquidation des biens,
le montant de cette rémunération est plafonné à 20 % du montant des créances recouvrées et de
l’actif réalisé, afin d’éviter que, dans des petites entreprises, toutes les sommes ainsi recouvrées
soient utilisées exclusivement à rémunérer le syndic. Tout comme pour le règlement préventif, un
forfait pourra être déterminé pour les entreprises relevant du champ d’application du redressement ou
de la liquidation simplifié (art. 4-32).
Enfin, un chapitre VII prévoit la création d’un fonds autonome pour le règlement et la formation des
mandataires judiciaires (art. 4-35 à 4-37). L’objectif premier est de permettre le règlement des
procédures impécunieuses. A cet effet, la commission désigne les banques et établissements
financiers dans lesquels les syndics doivent impérativement domicilier les comptes du débiteur (art. 4-
35). Un fonds autonome géré par la commission serait mis en place et il aurait vocation à recevoir les
produits financiers générés par les comptes des débiteurs soumis à une procédure collective. Il sera
utilisé pour rémunérer les dossiers impécunieux et, si un surplus existe, pour assurer des missions de

5  
 
formation des mandataires. Ce surplus pourra éventuellement compléter le budget de fonctionnement
de la commission alloué par le ministère de la justice mais dans ce cas, le montant sera limité à 10 %
des produits financiers au maximum (art. 4-37).

TITRE II : PROCEDURES PREVENTIVES (art. 5 à 5-14)


Elles sont au nombre de deux, se caractérisant par le fait que l’entreprise n’est pas encore en
cassation des paiements. On abordera successivement la conciliation, la procédure entièrement
nouvelle, puis le règlement préventif qui apparait, en comparaison de celle-ci, comme une innovation
limitée.
Chapitre I : Conciliation (art. 5-1 à 5-14)
L’une des innovations envisagées par le projet consiste à mettre en place une procédure de
conciliation avec une dimension amiable fortement marquée, puisque son ouverture n’affecte ni les
droits des créanciers ni les droits du débiteur. Dans cet esprit, le conciliateur qui est nommé est alors
un facilitateur dans la recherche d’un accord, l’interface entre le débiteur et les créanciers. Il n’a aucun
pouvoir de gestion quel qu’il soit et ne peut donc rien imposer au débiteur, pas plus qu’il ne peut
imposer quoi que ce soit aux créanciers. Ces derniers ou les plus importants d’entre eux négocient
librement un accord avec le débiteur, sous l’égide du juge. La conciliation est confidentielle et n’affecte
pas les pouvoirs de gestion du débiteur qui en conserve la maîtrise puisqu’il est seul à pouvoir en
demander l’ouverture. Cette solution se justifie amplement par le fait qu’il ne soit pas en cessation des
paiements.
Les conditions d’ouverture de la conciliation sont régies par les articles 5-1 à 5-5. L’entreprise ne
doit pas se trouver en état de cessation des paiements. Il s’agit donc d’une procédure préventive et
consensuelle. Elle est en outre confidentielle (art. 5-1, al. 3) et la décision d’ouverture comme celle
rejetant la demande d’ouverture ne font l’objet d’aucune publicité (art. 5-3, al. 2) afin de ne pas
ébruiter les difficultés de l’entreprise, ce qui ne ferait que les aggraver.
Cette procédure est ouverte par le président de la juridiction compétente à la demande du débiteur ou
de ce dernier et d’un ou plusieurs créanciers (art. 5-2). L’ouverture de la procédure se traduit par la
désignation d’un conciliateur pour une durée de 3 mois qui peut être prorogée une seule fois pour une
durée d’un mois (art. 5-3). Le débiteur peut proposer une personne à la désignation d’un conciliateur
(la juridiction n’étant pas tenue de suivre) du fait de l’importance de la collaboration entre eux pour le
succès de la procédure. Afin d’ouvrir l’accès aux fonctions de conciliateur à d’autres professionnels
que les mandataires judiciaires, tout en veillant à ce qu’il ait « le plein exercice de ses droits civils », il
justifie « de sa compétence professionnelle » et doit être « indépendant et impartial vis-à-vis des
parties concernées par la conciliation » (cette dernière exigence justifie l’exclusion des magistrats en
fonction ou ayant quitté leurs fonctions depuis moins de 5 ans) (v. art. 5-5). Enfin, celui de la précision
et de l’adaptabilité de la rémunération du conciliateur avec l’accord indispensable du débiteur (art. 5-5,
dernier al.).
Afin d’éviter qu’un créancier « récalcitrant » ne poursuive le débiteur pendant la phase de recherche
de l’accord, le président du tribunal peut reporter le paiement des sommes dues et ordonner la
suspension des poursuites de ce créancier jusqu’à la fin de la conciliation, mais seuls les créanciers
appelés à la conciliation sont concernés (art. 5-7).
Le déroulement de la procédure de conciliation, confirme sa dimension amiable puisque la mission
du conciliateur est de « favoriser la conclusion entre le débiteur et ses principaux créanciers et
cocontractants, d'un accord amiable destiné à mettre fin aux difficultés de l'entreprise » (art. 5-5, al. 1)
et, à cette fin, il peut « obtenir du débiteur tout renseignement utile » (art. 5-5, al. 2). L’article 5-8
prévoit les cas dans lesquels la conciliation prend fin en l’absence d’accord ; c’est notamment le cas
dans l’hypothèse de la survenance de la cessation des paiements ou en cas d’impossibilité de
parvenir à un accord, sur rapport du conciliateur à la juridiction compétente (art. 5-8). En outre, à tout
moment, le débiteur peut demander à ce qu’il soit mis fin à la conciliation (art. 5-8, al. 2), ce qui
manifeste le caractère volontariste de cette procédure puisqu’elle ne peut aboutir à un accord sans la
participation du débiteur.
L’existence d’un accord permet également de mettre fin à la conciliation par une décision le
constatant, insusceptible de recours (art. 5-10, al. 4). L’homologation est du ressort de la juridiction
compétente dont le pouvoir est a priori très limité puisque, sauf à ce que l’accord porte atteinte à
l’ordre public, elle doit faire droit à la demande (art. 5-10, al. 3). L’accord signé par les parties peut être
déposé au rang des minutes d’un notaire (art. 5-10, al. 2).
Pour faciliter le redressement de l’entreprise, un privilège de new money est prévu en faveur des
apporteurs « d’argent frais », qui bénéficient alors d’un privilège de premier rang dans une éventuelle

6  
 
liquidation des biens ultérieure mais dans ce cas, la décision d’homologation doit viser ledit privilège
et être publiée afin d’éviter la création d’un privilège occulte. Elle est en outre susceptible de recours
(art. 5-11).
Pour le reste, pendant la durée de son exécution, l’accord interrompt ou interdit les poursuites des
créanciers parties à l’accord, ce qui, dans l’esprit des rédacteurs, n’est d’ailleurs que le rappel de
l’effet contractuel de l’accord. Mais en sus, l’accord interrompt pendant toute sa durée les délais
impartis aux créanciers afin de protéger leurs droits (art. 5-12). Et dans le but d’encourager le recours
à la conciliation, il est proposé que les personnes ayant consenti certaines garanties, en particulier, un
cautionnement, puissent se prévaloir de l’accord (art. 5-12, al. 2).
Dans l’hypothèse d’une inexécution de l’accord, l’art. 5-13, al. 1, attribue à la juridiction compétente
ayant connu de la conciliation, la compétence exclusive et le pouvoir d’en prononcer la résolution.
Lorsque celle-ci est prononcée, les créanciers recouvrent leurs droits, déduction faite des sommes
perçues (art. 5-13, al. 2).
Enfin, pour clore le chapitre consacré à la conciliation, le sort de celle-ci en cas d’ouverture d’une
procédure collective est fixé par l’art. 5-14. Le premier alinéa prévoit que « l’ouverture d’une
procédure de règlement préventif, de redressement judiciaire ou de liquidation des biens met fin de
plein droit à la conciliation et, le cas échéant, à l'accord ». Le second alinéa consacre les
conséquences à l’égard des créanciers qui recouvrent leurs droits, déduction faite des sommes
perçues.

Chapitre II. Règlement préventif (art. 6 à 23)


Si le règlement préventif n’est pas fondamentalement modifié, il accueille d’importants amendements
dans le but de le rendre plus efficace et de protéger les créanciers.
Concernant les conditions d’ouverture, si le débiteur doit, comme auparavant, ne pas être en
cessation des paiements, il doit également justifier de difficultés financières ou économiques
sérieuses (art. 6, al. 1). Parmi les documents qu’il doit fournir à l’appui de sa demande figure
désormais impérativement le projet de concordat préventif (art. 6-1, 13°) et c’est au vu de ce projet et
de son caractère sérieux que la procédure est ouverte par le président de la juridiction compétente qui
désigne un expert (art. 8), étant ajouté que non seulement le nouveau texte prévoit des règles
précises pour assurer son indépendance et son impartialité mais il permet également au débiteur et à
tout créancier de demander son remplacement (art. 8-1). L’une des innovations réside en ce que la
procédure s’ouvre dès la première décision ; laquelle entraine la suspension des poursuites et la
nomination d’un expert.
Comme auparavant, l’ouverture du règlement préventif interdit les poursuites des créanciers
antérieurs mais de tous, les personnes physiques garantes pouvant se prévaloir de cette mesure (art.
9). En contrepartie, la durée de la suspension des poursuites est allongée d’un mois (3 mois au lieu
de deux mois antérieurement plus un en cas de prorogation) et elle est strictement encadrée. Ainsi, à
l’expiration des délais précités, le règlement préventif et donc la suspension des poursuites prennent
fin de plein droit (art. 9, dernier al.). En outre, toute personne intéressée peut saisir la juridiction
compétente « s’il apparaît que le débiteur est en cessation des paiements » (art. 9-1). C’est d’ailleurs
dans le même esprit, à savoir éviter que cette suspension des poursuites perdure, qu’aucune requête
en règlement préventif ne pourra plus intervenir si un concordat préventif est encore en cours, ou
avant expiration d’un délai de 3 ans à compter de l’homologation d’un concordat préventif et, en tout
état de cause, avant l’expiration d’un délai de 18 mois à compter de la fin d’un règlement préventif
n’ayant pas abouti à un concordat préventif homologué (art. 6, derniers al.).
Concernant les créanciers, là encore il est prévu un privilège de new money en faveur des
personnes qui font un nouvel apport en trésorerie ou qui fournissent un nouveau bien ou service (art.
11-1). Bien évidemment, au moment de l’homologation du règlement préventif, la juridiction
compétente doit vérifier que les conditions d’octroi de ce privilège sont réunies et le mentionner dans
sa décision ainsi que le montant des sommes concernées pour éviter toute discussion ultérieure (art.
15, 2, al. 4). Concernant les créanciers qui n’auraient accepté aucun délai de paiement ou remise, le
président du tribunal peut, comme auparavant, rendre le délai de paiement prévu par le concordat
préventif à leur encontre, mais uniquement si le concordat préventif comporte seulement une
demande de délai de paiement n’excédant pas deux ans. Toutefois, désormais, ils devront recevoir au
moins 25 % de leur créance au plus tard au terme de chaque semestre, pour éviter de reporter leur
paiement complet à l’issue du délai de deux ans (art. 15, 2°, avant dernier al.).
Pour le reste, les personnes physiques coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle ou
affecté ou cédé un bien en garantie peuvent se prévaloir du concordat préventif (art. 18, al. 3) afin de

7  
 
rendre cette procédure plus attractive puisque ces garanties sont souvent accordées par le dirigeant
ou ses proches.
Enfin, on signalera des modifications relatives aux voies de recours concernant le règlement préventif
(art. 22 à 23-1) visant essentiellement à assurer une meilleure sécurité juridique pour les créanciers.
La section 4 relative au règlement préventif simplifié est totalement nouvelle. Cette variante du
règlement préventif, réservée aux petites entreprises, constitue pour elles un choix. Elles peuvent
donc, même si elles en remplissent les conditions d’ouverture, décider de ne pas y recourir (art. 24-2).
Le texte commence par le rappel de la soumission du règlement préventif simplifié aux règles du
règlement préventif, ordinaire ou de droit commun, sous réserve des dispositions particulières qu’elle
introduit (art. 24). Diverses règles prévoient ensuite les dérogations au « droit commun » du règlement
préventif :
1. le critère d’application du règlement simplifié qui a été retenu, renvoyant à l’article 1-3 sur les
« petites entreprises » (art. 24-1) ;
2. l’allégement des conditions d’ouverture étant en particulier prévu que l’absence de projet de
concordat préventif n’empêche pas le recours à cette procédure simplifiée (art. 24-2) ;
3. l’absence de recours contre la décision de faire application du règlement préventif simplifié
(art. 24-3) ;
4. une durée du règlement réduite à deux mois prorogeable de 15 jours (art. 24-4) ;
5. l’établissement du projet de concordat par le débiteur avec le concours de l’expert, du fait qu’il
n’est pas nécessairement fourni avec la requête en demande d’ouverture (art. 24-5).

TITRE III
REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET LIQUIDATION DES BIENS
(art. 25 à 173)
Le Titre III consacré au redressement judiciaire et à la liquidation des biens constitue la partie la plus
substantielle de l’AU. Il a fait l’objet de nombreux amendements dont certains sont de simples
modifications des dispositions existantes tandis que d’autres consacrent de véritables nouveautés,
notamment, le redressement judiciaire et la liquidation des biens simplifiés. Ces amendements
consacrent également une nouvelle structuration de ce titre en six chapitres.

CHAPITRE I - OUVERTURE DU REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET DE LA LIQUIDATION DES


BIENS (art. 25 à 38)
Les modifications introduites dans ce chapitre sont destinées à apporter des précisions sur certaines
notions, améliorer la cohérence externe de l’AUPC, élargir l’initiative de l’ouverture d’une procédure de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens tout en tenant compte de l’élargissement du
champ des procédures à d’autres professionnels non commerçants.
Ainsi, au titre des précisions :
-­‐ le critère de la cessation des paiements a été fixé (art. 25) en tenant compte de la théorie dite
de la réserve de crédit consentie par certains créanciers largement prise en compte par la
jurisprudence ;
-­‐ la déclaration a été simplifiée pour le débiteur, qui n’a plus à présenter concomitamment à sa
demande une offre concordat (art. 26) ; ce projet de concordat devra néanmoins être déposé
au plus tard dans les 60 jours de la déclaration de cessation des paiements (art. 27) ;
-­‐ si le redressement ou la liquidation des biens peuvent toujours être ouverts à la demande d’un
créancier (art. 28), le ministère public se voit reconnaître un droit de saisine tandis que la
saisine d’office est maintenue (art. 29) ;
-­‐ alors que jusqu’à présent, la juridiction compétente prononçait soit le redressement judiciaire,
soit la liquidation des biens, elle peut désormais en outre décider de la cession globale de
er
l’entreprise (art. 33, al. 1 ) en particulier s’il n’existe pas de projet de concordat dans le délai
de 60 jours suivant la déclaration de cessation des paiements (art. 33, al. 3) ;
-­‐ très exactement comme en conciliation et en règlement préventif, un nouvel article 33-1
prévoit un privilège en faveur des personnes qui consentiraient dans le concordat de

8  
 
redressement judiciaire un nouvel apport en trésorerie ou un nouveau bien ou service (art. 33-
1) ;
-­‐ la date de cessation des paiements est déterminée (art. 34, al. 1) avec une possibilité de la
reporter. Une limite importante a, tout de même, été apportée à cette possibilité de report car
la date ne pourra être reportée à une date antérieure à la décision d’homologation du
règlement préventif. Il s’agit de prendre en compte l’autorité de la chose jugée attachée à la
décision d’homologation d’autant plus que, au moment de l’homologation, la juridiction
compétente a vérifié que le débiteur n’était pas en cessation des paiements (art. 34 al. 2). Il a
été également proposé une modification à la fin de l’alinéa 3 pour imposer à la juridiction qui
modifie la date de cessation des paiements de motiver spécialement sa décision, les effets du
report de la date de cessation des paiements étant redoutables pour la sécurité juridique des
tiers et, dans le dernier al., afin de prévoir que le report de la date de cessation des paiements
ne pourra plus intervenir après le dépôt du rapport du syndic aux fins d’adoption du concordat
de redressement ou dans un délai d’un an à compter de la décision prononçant la liquidation
des biens ;
-­‐ les modalités de publicités ont été allégées et simplifiées (art. 37 et 38).
L’élargissement de l’initiative de l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ou de
liquidation des biens tout en tenant compte de l’élargissement du champ des procédures à d’autres
professionnels non commerçants a donné lieu à certaines dispositions spécifiques.

CHAPITRE II : ORGANES DU REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET DE LA LIQUIDATION DES


BIENS (art. 39 à 51)
Dans ce chapitre consacré aux organes du redressement judiciaire et de la liquidation des biens, des
modifications plutôt légères ont été apportées aux dispositions régissant ces organes.
Section 1 : Juge-commissaire (art. 39 et 40)
La section consacrée au juge-commissaire n’a fait l’objet que de légères modifications en vue de
préciser ses missions dans les articles 39 et 40. Il est cependant à noter l’introduction d’un alinéa 2 à
l’article 39 en vue de préciser que « la fonction de juge-commissaire est exclusive de l’exercice de
toute autre attribution juridictionnelle relative à la procédure collective pour laquelle il a été désigné en
cette qualité ». Cette disposition est destinée à assurer l’impartialité de la juridiction compétente qui ne
doit pas être influencée par le juge-commissaire.
Section 2 : Syndic (art. 41 à 46)
Le statut des mandataires judiciaires qui peuvent être désignés en qualité de syndic faisant désormais
l’objet de règles spécifiques, cette section concerne essentiellement les cas dans lesquels le syndic
doit demander son remplacement (art. 41), les réclamations tenant à sa révocation et à son
remplacement (art. 42), l’obligation qui lui est faite d’ouvrir un compte spécial dans une banque
désignée par la commission nationale de l’Etat partie dans lequel la procédure est ouverte pour y
déposer sans délai toute somme reçue dans le cadre de la procédure à peine de voir condamné à
payer un intérêt au taux légal majoré de 8 points (art. 45).
Section 3 : Ministère public (art. 47)
La Section 3 consacrée au Ministère public est composée du seul article 47 dont les amendements
sont simplement destinés à en préciser et clarifier le sens sans en modifier la substance.
Section 4 : Contrôleurs (art. 48 et 49)
Dans les articles 48 et 49 qui composent la section 4 consacrée aux contrôleurs, les modifications
apportées ont : accru le nombre maximum des contrôleurs qui passe de trois à cinq ; rendu obligatoire
dans certaines conditions la désignation du contrôleur salarié par les instances représentatives ou son
élection par les autres salariés, ce qui, dans l’esprit des rédacteurs, accroit sa légitimité ; et renforcé
les incompatibilités des contrôleurs (art. 48). Quant à l’article 49, il prévoit désormais que les
contrôleurs assistent également le syndic (al. 1).
Section 5 : Dispositions générales (art. 50 et 51)
Les dispositions générales n’ont pas subi de modification profonde si ce n’est que l’art. 51 a tout de
même été réécrit, non seulement par souci de précision de son sens, mais afin d’en modifier la
substance par un renforcement des interdictions d’acquérir dont il est précisé qu’elles concernent
également le débiteur et les dirigeants (art. 51, al. 2).

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CHAPITRE III - EFFETS DE LA DECISION D'OUVERTURE A L'ÉGARD DU DÉBITEUR
(art. 52 à 71)

Section 1 : Assistance ou dessaisissement du débiteur (art. 52 à 66)


De nombreuses dispositions concernant l’assistance et le dessaisissement du débiteur sont restées
inchangées Aussi, les seuls amendements présentant une valeur normative substantielle ont trait à :
1. la prise en compte de l’extension des procédures aux professions libérales, notamment,
lorsque celles-ci sont soumises au secret professionnel, en ce qui concerne le traitement du
courrier du débiteur (art. 56) ou lors de l’inventaire (art. 63, al. 2) ou encore à l’occasion de la
transmission du rapport du syndic (art. 66) ;
2. le caractère désormais facultatif de la remise du courrier du débiteur au syndic durant la
liquidation des biens (art. 56) ;
3. la précision suivant laquelle, d’une part, l’inventaire a lieu dès l’ouverture de la procédure (art.
63, al. 1) et, d’autre part, la prisée n’aurait lieu en redressement judiciaire que lorsque la
cession d’un bien est envisagée mais resterait systématique en liquidation des biens, les
rédacteurs fondant cette nouveauté sur l’exigence de limitation du coût du redressement
judiciaire qui rend inopportune la prisée systématique des biens dans cette procédure (art. 63,
al. 6) ;
4. l’indication que l’absence d’inventaire ne fait pas obstacle à l’exercice des actions en
revendication ou en restitution (art. 63, dernier al.).

Section 2 : Actes inopposables à la masse des créanciers (art. 67 à 71)


Les seules modifications, dans cette section consacrée aux actes inopposables à la masse (certains
articles étant inchangés : art. 71) consistent dans des modifications de pure forme (art. 67 et 68) ou
dans la réécriture de certaines dispositions, soit pour une meilleure cohérence et une plus grande
facilité de compréhension (art. 69 et 69-1), soit pour définir la période suspecte (art. 67) ou élargir
l’initiative de l’action en déclaration d’inopposabilité au créancier contrôleur aux fins qu’il agisse en lieu
et place du syndic (art. 70).

CHAPITRE IV - EFFETS DE LA DECISION D'OUVERTURE A L'ÉGARD DES CRÉANCIERS


(art. 72 à 117)

Section 1 : Constitution de la masse et effets suspensifs (art. 72 à 77)


Les amendements substantiels sont sur ce point peu nombreux. On signalera en particulier la
possibilité accordée au contrôleur d’agir dans l’intérêt collectif après une mise en demeure du syndic
restée infructueuse pendant un délai de 21 jours (art. 72, al. 2), mais aussi la réécriture de l’article 75
relative à la suspension des poursuites (art. 75). Par ailleurs il est proposé que les personnes
physiques coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle ou affecté ou cédé un bien en
garantie ne puissent être poursuivies après le jugement d’ouverture du redressement judiciaire ni
durant l’exécution du concordat de redressement judiciaire, afin d’inciter le débiteur et surtout les
dirigeants de personnes morales à recourir à cette procédure (art. 75-1). Ces personnes physiques
bénéficient également de l’arrêt du cours des intérêts (art. 77).
Section 2 : Production et vérification des créances (art. 78 à 90)
La plupart des modifications proposées dans cette section sont de pure forme. Elles sont destinées à
supprimer toute référence aux créanciers revendiquants dont les droits sont régis par ailleurs (art. 85,
86, 88, 89 et 90), certaines dispositions ayant d’ailleurs été maintenues sans changement (art. 82).
Au titre des amendements ayant un effet sur le fond, il convient de relever la précision sur les
personnes soumises à la production et celles qui en sont dispensées et notamment les créanciers
d’aliments, ainsi que les délais (art. 78) ou encore l’assimilation des créanciers liés au débiteur par un
contrat publié à ceux titulaires d’une sûreté publiée quant au point de départ du délai de production et
l’obligation d’avertir les créanciers connus (art. 79).
Mais surtout, il est proposé que les créances non déclarées dans les délais ne soient plus éteintes
mais seulement inopposables à la masse (art. 83), aussi bien en matière de liquidation des biens

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qu’en cas de redressement judiciaire. L’extinction des créances a paru comme étant une règle un peu
excessive et trop rigoureuse, surtout en prenant en compte les leçons du droit comparé.
Section 3 : Cautions et coobligés (art. 91 à 94)
La section consacrée aux cautions et coobligés n’a été modifiée que légèrement.
Section 4 : Super privilège des salariés (art. 95 et 96)
Dans cette section l’unique modification ayant une incidence sur le fond est celle qui prévoit que les
organismes prenant en charge tout ou partie des salaires en cas de procédure collective sont
subrogés dans les droits des salariés à hauteur des avances faites (art. 96, al. 3). De tels organismes
ne semblent pas exister dans les Etats de l’OHADA, sauf en matière bancaire, mais en prévoyant
cette règle les auteurs des amendements espèrent encourager la création de tels organismes ou, à
tout le moins, régir pour partie leurs modalités d’interventions, s’ils venaient à être créés.
Section 5 : Droit de résiliation et privilège du bailleur d’immeuble (art. 97 et 98)
Le principe de la poursuite du bail est maintenu comme auparavant en raison de son importance
« vitale » pour le redressement de l’entreprise et même pour sa liquidation dans des conditions
er
optimales. Ce principe est même réaffirmé puisque l’alinéa 1 de l’article 97 paralyse toute clause ou
autre disposition contraire.
Section 6 : Droits du conjoint (art. 99 à 100-1)
Une seule modification se traduit par le fait d’imposer au juge d’entendre ou à tout le moins de
convoquer le conjoint in bonis avant la vente d’un bien de la communauté (art.100-1).
Section 7 : Droits du vendeur de meubles et revendications (art. 101 À 106-2)
L’intitulé de cette section a été modifié pour plus de clarté. Pour le reste, des amendements
importants ont permis, dans cette section, la mise en place d’une procédure spécifique à l’action en
revendication (art. 101 et 101-1) et une voie de recours spécifique en matière de revendication (art.
101-2). De ce fait, les revendiquants ne sont plus soumis aux règles de la production des créances,
ou à tout le moins la production de leurs créances ne sera plus une condition de la revendication.
Certaines situations spécifiques ont été traitées dans de nouvelles dispositions (art. 101-3) traitant de
la revendication du propriétaire d’un bien lorsque le contrat portant sur ce bien a fait l’objet de
publicité) ou en reprenant l’ancien art. 102 (revendication des effets de commerce remis à
l’encaissement ou autres titres non payés remis par leur propriétaire pour être spécialement affectés à
des paiements déterminés).
Enfin, la cohérence avec les nouvelles dispositions de l’AUS est renforcée par un renvoi concernant
les biens faisant l’objet de réserve de propriété (art. 103), les articles 104 et 105 n’ayant subi aucune
modification.

Section 8 : Contrats en cours et licenciements (art. 107 à 111)


Si le principe du maintien des contrats en cours est conservé et même réaffirmé (art. 107), on
signalera essentiellement un élargissement du dispositif qui ne fait plus référence aux contrats
expressément prévus par les Etats parties et inclut désormais tous les contrats, même conclus intuitu
personae, à l’exception des contrats de travail expressément exclus de ce régime (art. 107). Par
ailleurs, les modalités de continuation et de résiliation des contrats en cours ont été réécrites afin de
renforcer les droits des cocontractants (art. 108 et 109).
Concernant les licenciements, les articles 110 et 111 ne connaissent qu’une légère modification.
Section 9 : Continuation de l’activité (art. 112 à 117)
On signalera concernant la liquidation des biens que la poursuite de l’activité, qui a un caractère
exceptionnel et provisoire, ne peut désormais intervenir que pour une durée de 60 jours renouvelable
une seule fois (art. 113).
Par ailleurs, la possibilité de conclure un contrat de location-gérance serait limitée à la procédure de
redressement judiciaire pour deux ans maximum renouvelable une fois pour la même durée (art. 115).
Section 10 : Responsabilité des tiers (art. 118)
Aucune modification n’a été opérée.

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CHAPITRE V - SOLUTIONS DU REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET DE LA LIQUIDATION DES
BIENS (art. 119 à 182)

Section 1 : Solution du redressement judiciaire (art. 119 à 145)


Sous-section 1 : Formation du concordat de redressement judiciaire (art. 119 à 130)
Les modifications envisagées ont essentiellement pour objet de renforcer les obligations du syndic
dans l’aide à la préparation du concordat notamment en lui donnant comme mission nouvelle
l’élaboration d’un bilan économique et social précisant l’origine, l’importance et la nature des difficultés
du débiteur (art. 119-1) Deux nouveaux textes régissent la possibilité de procéder à une modification
du capital (art. 119-2) et de convertir des créances en capital (art. 119-3). Enfin, un nouvel article 127-
1 régit la question du remplacement des dirigeants. A noter enfin que la possibilité prévue d’adopter
un concordat sans vote dans l’article 122, lorsqu’il n’est demandé aucune remise ni délai supérieur à
deux ans est maintenue mais aménagée pour le redressement judiciaire simplifié (v. infra).
Sous-section 2 : Concordat comportant une cession totale ou partielle d'actif (art. 131 à 133)
Les amendements apportés dans cette sous-section sont essentiellement destinées à prendre en
compte l’introduction de la cession totale d’actif à côté de la cession partielle (art. 131 à 133) et à
mettre en cohérence ces dispositions avec le nouvel AUS (art. 134).
Sous-section 3 : Effets et exécution du concordat (art. 134 à 138)
La plupart des modifications apportées dans cette section sont de pure forme à l’exception d’un
nouvel article 138-1 qui permettrait la modification du concordat en vue d’en favoriser l’exécution.
Sous-section 4 : Résolution et annulation du concordat préventif ou du redressement judiciaire
(art. 139 à 143)
Cette sous-section reste globalement inchangée car elle n’enregistre que très peu de modifications de
pure forme (art. 141) ou pour prendre en compte les nouvelles dispositions de l’AUS (art. 140), la
plupart des dispositions étant d’ailleurs restés inchangées (art. 139, 142 et 143).
Sous-section 5 : Survenance d'une seconde procédure collective (anc. art. 144 et 144-1)
Quelques légères modifications visent à mettre l’article 144-1 en cohérence avec la sous-section
précédente.
Sous-section 6 : Redressement judiciaire simplifié (art. 145 à 145-9)
La sous-section 6 relative au redressement judiciaire simplifié est totalement nouvelle. Elle introduit le
rappel de la soumission du redressement judiciaire simplifié aux règles du redressement judiciaire
ordinaire ou de droit commun, sous réserve des dispositions particulières qu’elle introduit (art. 145).
Cette procédure simplifiée serait réservée aux « petites entreprises » (art. 145-1) qui auraient la
faculté d’y recourir ou non (art. 145-2).
L’originalité de cette procédure tient surtout au fait que l’assemblée concordataire ne serait pas
réunie. Le concordat serait donc homologué directement par le tribunal. En contrepartie, outre les
remises et délais de paiements acceptés par les créanciers, ledit concordat ne pourrait prévoir que
des délais de paiement inférieurs ou égaux à deux ans, avec obligation de payer un premier dividende
dans un délai de 6 mois et un second dans un délai d’un an, chacun d’un montant au moins égal à 20
% du montant de chaque créance (art. 145-9). La réunion d’une assemblée concordataire est en effet
apparue lourde, coûteuse et inadaptée pour les petites entreprises. Bien sûr, si celles-ci estiment que
les dispositions prévues pour le concordat simplifié sont insuffisantes, elles peuvent toujours recourir
au redressement judiciaire « de droit commun ».

Section 2 – Solution de la liquidation des biens (art. 146 à 172)


L’art. 146 fait l’objet d’une précision : un nouvel alinéa 3 concerne la poursuite des opérations de
vérification des créances par le syndic lorsque la liquidation résulte d’une conversion du redressement
judiciaire. Un nouvel article 146-1 vient en outre préciser qu’il ne sera plus procédé à la vérification du
passif chirographaire si l’actif est trop faible pour payer le passif privilégié, sauf si une action en
responsabilité contre les dirigeants est envisagée.
Sous-section 1 : Réalisation de l'actif (art. 147 à 163)
Les modifications apportées aux règles régissant la réalisation de l’actif sont très réduites du fait que,
très techniques et pointilleuses, elles étaient déjà bien agencées dans l’AUPC originel. On signalera
toutefois, l’introduction d’un art. 154-1 prévoyant, d’une part, que le syndic sera subrogé dans les

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droits du créancier qui a engagé une procédure de saisie immobilière avant l’ouverture de la
procédure et, d’autre part, la prise en compte, dans l’art. 161, al. 2, de la possibilité d’un engagement
à maintenir tout ou partie des emplois dans la cession globale d’actifs.
Sous-section 2 : Apurement du passif (art. 164 à 169)
Là encore, les innovations restent limitées, sous réserve de l’introduction aux premiers rangs, dans
l’ordre des répartitions des deniers provenant de la vente des immeubles et des meubles, des
créances bénéficiant du privilège de l’argent frais (art. 5-11, 11-1, et 33-1) accordé respectivement en
conciliation, règlement préventif et redressement judiciaire (art. 166 et 167). Ce rang peut paraître très
voire trop favorable, mais en pratique, de telles créances n’existeront sans doute que de manière
exceptionnelle.
Sous-section 3 : Clôture de l'union (art. 170 à 172)
Les dispositions de cette sous-section sont pour l’essentiel inchangées.

Section 3 : Clôture pour insuffisance d’actif (art. 173 à 177)


Si les conditions de clôture pour insuffisance d’actif ne connaissent pas de modification (art. 173), il en
va différemment des effets de cette décision (art. 174). En effet, afin de favoriser le rebond du
débiteur, il est proposé que les créanciers ne recouvrent pas leurs droits de poursuites après cette
clôture. Toutefois, d’une part diverses exceptions sont prévues, soit à raison de la nature de la
créance (créances d’origine pénale, créances d’aliments, créances du garant qui a payé au lieu et
place du débiteur), soit à raison de la situation du débiteur (prononcé d’une faillite personnelle, d’une
banqueroute, ou « récidive » dans un délai de 5 ans).
Sous ces réserves, le débiteur serait donc déchargé de la partie du passif qui n’aurait pas pu être
payée dans le cadre de la liquidation. Le sacrifice ainsi imposé aux créanciers est limité puisque ce
n’est qu’en cas de retour à meilleure fortune qu’ils auraient une chance d’être payés. En revanche,
cette mesure très favorable au débiteur lui permettrait de rebondir et rendrait la liquidation des biens
attractive pour lui.
Section 4 : Clôture pour extinction du passif (art. 178 et 178-1)
Les seules modifications envisagées sont essentiellement des modifications de forme.
Section 5 : Liquidation des biens simplifiée (art. 179 à 179-10)
La section 5 consacrée à la liquidation des biens simplifiée fait écho à l’introduction de procédures
simplifiées de règlement préventif et de redressement judiciaire. Elle introduit la règle classique du
rappel de la soumission de la liquidation des biens simplifiée aux règles de la liquidation des biens
sous réserve des dispositions particulières qu’elle introduit (art. 179). Applicable aux petites
entreprises (art. 179-1), mais en l’absence d’actif immobilier (art. 179-4), cette procédure présenterait
l’avantage d’être très rapide, 120 jours prorogeable une seule fois pour une durée de 60 jours. Dans
cet esprit, les modalités de réalisation des actifs et de répartition des deniers seraient simplifiées.

CHAPITRE VI : DISPOSITIONS PARTICULIERES AUX DIRIGEANTS DES PERSONNES


MORALES ET AUX TIERS (art. 180 à 193)

Section 1 : Comblement du passif (art. 183 à 188)


La section consacrée au comblement du passif a fait l’objet de quelques modifications de fond aux
fins, d’une part, de prise en compte des dirigeants retirés (art. 183, al. 2) et, d’autre part, de mise en
harmonie avec la réforme de l’AUSC en tenant compte de la création des valeurs mobilières
composées, les dirigeants pouvant être contraints à se dessaisir « des parts sociales, titres de capital
ou valeurs mobilières donnant accès au capital » de la personne morale dont le produit de la vente
contribuera à diminuer les dettes (art. 185) et, enfin, de renforcement du rôle du syndic dans la
publication de la décision (art. 188).
Section 2 : Extension des procédures de redressement judiciaire et de liquidation des biens
aux dirigeants des personnes morales (art. 189 à 193)
L’expression d’extension de la procédure n’est pas tout à fait exacte mais a l’avantage de la facilité.
On signalera dans l’article 189 quelques modifications visant à prendre en compte le nouveau champ
d’application rationae personae de l’AUPC.

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TITRE IV : FAILLITE PERSONNELLE ET REHABILITATION
(art. 194 à 203)

CHAPITRE 1 : FAILLITE PERSONNELLE (art. 196 à 203)


Section 1 : Cas de faillite personnelle (art. 196 à 199)
Dans cette section, un amendement important a été apporté. Ainsi, suivant l’avis des commentateurs,
les rédacteurs ont entendu rendre les cas de faillite personnelle facultatifs dans le but de permettre à
la juridiction compétente d’apprécier souverainement la gravité des fautes commises (art. 196).
Section 2 : Procédure (art. 200 à 202)
Cette section fait l’objet de modifications mineures destinées à en clarifier et adapter le contenu.
Section 3 : Effets de la faillite personnelle (art. 203)
Les dispositions consacrées aux effets de la faillite personnelles ont fait l’objet d’amendements qui
permettent un élargissement de l’interdiction de diriger à toutes les personnes morales par la
suppression de la référence à l’exercice d’une activité économique par la personne morale (art. 203).

CHAPITRE II - REHABILITATION (art. 204 à 215)


Ce chapitre n’a fait l’objet que de modifications mineures qui ne demandent pas de développements.

TITRE V - VOIES DE RECOURS EN MATIERE DE REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET DE


LIQUIDATION DES BIENS (art. 216 à 225)
Ce chapitre n’a fait l’objet que de modifications mineures. On signalera toutefois la possibilité de
permettre l’arrêt de l’exécution provisoire en cas d’appel de la décision prononçant la liquidation des
biens (art. 217, al. 2). L’expérience a montré que la juridiction d’appel pouvait prononcer le
redressement judiciaire à un moment où la liquidation des biens, non suspendue par l’appel, est
devenue quasi irréversible.

TITRE VI - BANQUEROUTE ET AUTRES INFRACTIONS (art. 226 à 246)


Les modifications envisagées sont essentiellement de forme et visant à mettre en cohérence le texte
avec le nouveau champ d’application de l’AUPC.

TITRE VII - PROCEDURES COLLECTIVES INTERNATIONALES


(art. 247 à 289)
La justification des amendements apportés dans ce titre consacré aux procédures collectives
internationales tient au fait que l’AUPC de 1998 a adopté une solution pragmatique pour résoudre les
difficultés liées aux procédures collectives internationales, mais dont la portée se limite au territoire
des États parties au Traité de l’OHADA, alors qu’il apparaît possible et souhaitable de lui donner une
plus grande portée.
Il a été tenu compte des difficultés pratiques rencontrées en matière d’insolvabilité internationale et
des solutions modernes consacrées au plan international, notamment par la loi type de la CNUDCI,
par les trois Conventions Européennes relatives aux procédures d’insolvabilité ainsi que par la
jurisprudence de la Cour de cassation française sur le caractère d’ordre public à la fois interne et
international des principes de l’arrêt des poursuites individuelles des créanciers, du dessaisissement
du débiteur et de l’interruption de l’instance en cas de faillite.
Ainsi, s’inspirant des standards internationaux, les rédacteurs ont proposé des règles consacrées à la
reconnaissance et aux effets des procédures collectives étrangères dans les États parties à l’OHADA
dans le second chapitre du titre consacré aux procédures collectives internationales après avoir repris
et amélioré dans un premier chapitre la reconnaissance et les effets des procédures collectives
ouvertes dans les États parties.

CHAPITRE I - RECONNAISSANCE ET EFFETS DES PROCÉDURES COLLECTIVES OUVERTES


DANS LES ETATS PARTIES (art. 247 à 255)

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Les modifications introduites dans ce premier chapitre tendent, d’une part, à étendre la
reconnaissance d’une décision étrangère à l’espace OHADA par une juridiction d’un Etat partie à tous
les Etats de la zone (art. 247, al. 2), d’autre part, à prévoir l’engagement de la responsabilité civile des
syndics comme sanction en cas de violation de leur obligation de publier dans tout État partie (art. 248
al. 1 et 4) et de manière générale de leurs autres obligations prévues dans ce chapitre (art. 252), puis
à prévoir et inciter les juridictions à coopérer entre elles (art. 252-1).

CHAPITRE II - RECONNAISSANCE ET EFFETS DES PROCEDURES COLLECTIVES OUVERTES


HORS DE L’ESPACE OHADA (ART. 256 À 289)
Les dispositions de ce nouveau chapitre sont destinées à combler un vide dans l’AU de 1998
concernant les aspects internationaux hors de l’espace OHADA. Le nombre sans cesse croissant des
faillites transfrontalières rendait opportune, voire indispensable, l’introduction de dispositions visant à
traiter de ces questions. Il y va de l’amélioration constante de l’attractivité du droit OHADA.
La loi type de la CNUDCI, qui a acquis une réelle notoriété au plan international, constitue une
importante source d’inspiration qui a été adoptée par beaucoup d’États à travers le monde. Ainsi,
étant un texte connu des milieux internationaux, la reprise substantielle de cette loi participe d’une
plus grande sécurité juridique et pourrait donc favoriser une plus grande attractivité de l’espace
OHADA tout en préservant les prérogatives judiciaires des États parties. Mais l’intégration de ce texte
dans l’AUPC s’est opérée en l’adaptant aux réalités de la zone OHADA à travers des dispositions
réparties entre les cinq sections qui composent le chapitre y afférent.

Section 1 : Objet, champ d’application et disposition générales (art. 256 à 256-7)


Plutôt que de reprendre ici les définitions comme c’est le cas dans la loi CNUDCI, puisqu’il existe
désormais un article 1-3 consacré à des définitions, celles-ci ont été reprises dans cet article.
Pour le reste, l’article 256 fixe les objectifs et les grands principes qui sous-tendent les dispositions
introduites dans ce chapitre (art. 257) tandis que l’article 256-1 en détermine le champ d’application. Il
est prévu une règle de conflit, d’une part entre l’AUPC et les traités en faveur des dispositions des
traités et, d’autre part, entre les dispositions spécifiques de ce chapitre et d’autres dispositions de l’AU
en privilégiant ces dernières en cas de conflit (art. 256-2). L’article 256-3 résout la question de la
juridiction compétente en assurant la mise en harmonie avec les articles 3 et 3-1 de l’AUPC.
Viennent ensuite des dispositions visant à :
-­‐ déterminer expressément les personnes ayant qualité pour agir dans un État étranger à la
zone OHADA, à savoir le syndic, mais également l’expert désigné dans le cadre d’un
règlement préventif (art. 256-4) ;
-­‐ prévoir l’exception d’ordre public, classique en droit international privé, pour préserver les
attributions des juridictions des États parties, qui, en tout état de cause, peuvent refuser de
reconnaître une procédure ou refuser une demande qu’elle quelle soit d’un représentant
étranger en cas de contrariété à son ordre public (art. 256-5) ;
-­‐ permettre au syndic lorsque la loi locale l’autorise, de fournir une assistance supplémentaire à
celle qui est ici prévue (art. 256-6) ;
-­‐ prévoir des principes d’interprétation du chapitre, tenant compte de son origine internationale,
de la nécessité de promouvoir l’uniformité de son application ce qui suppose qu’il soit, autant
que possible, interprété de la même manière dans tous les États OHADA ; le respect de la
bonne foi est exigé (art. 256-7).

Section 2 : Accès des représentants étrangers et des créanciers étrangers aux juridictions des
Etats parties de l’OHADA (art. 256-8 à 256-13)
En vue de traiter des questions liées à l’accès des représentants et créanciers étrangers aux
juridictions des États parties de l’OHADA, il était nécessaire que ces derniers soient habilités à
s'adresser directement à une juridiction des États parties de l’OHADA. C’est ce que prévoit l’article
256-8.
Puis tirant les conséquences de cette habilitation, l’accès aux juridictions des États parties est
réglementé en :

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-­‐ assurant le représentant étranger qu’en s’adressant à une juridiction d’un État partie, sa seule
démarche n’entraîne aucun effet juridique sur les biens ou affaires du débiteur étranger (art.
256-9) ;
-­‐ admettant la possibilité pour le représentant étranger, de demander l’ouverture d’une
procédure dans un État partie de l’OHADA si les conditions d’ouverture de cette procédure
sont réunies (art. 256-10) ;
-­‐ permettant au représentant étranger, dès la reconnaissance d'une procédure étrangère à
participer à une procédure concernant le débiteur, ouverte en vertu de l’AUPC (art. 269) et en
étendant une telle possibilité, sous certaines réserves et limites, aux créanciers résidant à
l’étranger (art. 256-11) ;
-­‐ instituant une obligation de notification aux créanciers résidant à l’étranger et en en précisant
les modalités (art. 256-12 et 256-13)

Section 3 : Reconnaissance de la procédure collective étrangère et mesures disponibles (art.


256-14 à 256-23)
La reconnaissance de la procédure étrangère obéit aux règles déterminées dans cette section et
produit les conséquences qui y sont prévues. En ce qui concerne les règles présidant à la
reconnaissance de la procédure étrangères, elles ont pour objet de :
-­‐ déterminer les modalités à suivre pour un représentant étranger qui souhaiterait voir
reconnaître la procédure qu’il représente dans un État partie de l’OHADA (art. 256-14) ;
-­‐ permettre à la juridiction saisie d’une demande de reconnaissance d’une procédure étrangère
de présumer certains points, tout en lui laissant implicitement le soin de demander des
éléments supplémentaires si elle le juge utile (art. 256-15) ;
-­‐ fixer les conditions de reconnaissance d’une procédure étrangère par un État partie de
l’OHADA en ménageant la possibilité, après cette reconnaissance, qu’elle puisse être
modifiée voire entièrement remise en cause, dans certains cas (art. 256-16) ;
-­‐ prévoir l’obligation pour le représentant étranger d’informer la juridiction à laquelle il a
demandé de reconnaître la procédure étrangère, de toute modification ou autre ouverture de
procédure étrangère qui interviendrait après la date de sa demande, afin de permettre à la
juridiction de statuer en toute connaissance de cause (art. 256-17) ;
-­‐ permettre à la juridiction compétente de l’État partie de l’OHADA d’ordonner diverses mesures
conservatoires (art. 256-18) ;
Au titre des conséquences de la reconnaissance de la procédure étrangère, les dispositions de cette
section prévoient :
-­‐ que cette reconnaissance n’interdit pas l’ouverture d’une procédure en vertu de l’AUPC, c’est-
à-dire évidemment dans un autre État partie mais également dans l’État partie qui a reconnu
la procédure étrangère (art. 256-19) ;
-­‐ les mesures qui peuvent être décidées par la juridiction compétente dès la reconnaissance de
la procédure étrangères (art. 256-20) ;
-­‐ la protection des créanciers ou du débiteur, que la procédure étrangère soit reconnue ou non
(art. 256-21) ;
-­‐ la mise en œuvre des actions en inopposabilité (parfois appelées actions révocatoires)
prévues par l’AUPC pour les actes passés durant la période suspecte (art. 256-22) ;
-­‐ la possibilité, pour le représentant étranger, dès la reconnaissance d’une procédure
étrangère, si les conditions prévues par l’AUPC sont réunies, d’intervenir dans toute
procédure à laquelle le débiteur est partie (art. 256-23).

Section 4 : Coopération avec les tribunaux étrangers et les représentants étrangers (art. 256-24
à 256-31)
Pour un traitement efficace d’une procédure internationale d’insolvabilité, les dispositions de cette
section tendent à encourager la coopération, d’une part, entre les juridictions de l’État partie et celles
de l’État étranger (art. 256-14) et, d’autre part, entre les syndics des procédures (art. 256-25) tandis
que l’article 256-26 régit, de manière indicative, les modalités de la coopération.

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Section 5 : Procédures concurrentes (art. 256-27 à 256-31)
L’existence d’une pluralité de procédures concurrentes peut être la source de difficultés dont traite
cette section. Les règles de coordination des procédures concurrentes concernent diverses
hypothèses qui ont été envisagées, notamment :
-­‐ lorsque, suite à la reconnaissance d’une procédure étrangère dans un État partie, une
procédure est ouverte ultérieurement dans ce même État, l’art. 256-27 précise les conditions
d’ouverture et effets de cette procédure que l’on pourrait qualifier de secondaire ;
-­‐ lorsqu’une procédure est ouverte par un État partie et une autre par une juridiction étrangère,
l’art. 256-28 prévoit la coordination des procédures ;
-­‐ la situation où plusieurs procédures étrangères ont été ouvertes à l’encontre du même
débiteur (art. 256-29).
Par ailleurs, l’article 256-30 introduit une règle de bon sens, à savoir que la reconnaissance d’une
procédure principale par une juridiction d’un État partie, permet de présumer que le débiteur est
insolvable, précision utile s’il est envisagé d’ouvrir une procédure dans l’État partie qui a reconnu la
procédure principale.
Enfin, l’art. 256-31 établit des règles de paiement des créanciers afin de coordonner les rangs de
paiement au sein de plusieurs procédures. On notera à cet égard que la collaboration entre syndics
peut s’avérer très utile, voire indispensable.

TITRE VIII - DISPOSITIONS FINALES (art. 257 et 258)


Les dispositions finales prévoient, d’une part, l’abrogation des dispositions antérieures et le champ
d’application temporel de l’AUPC qui n'est applicable qu'aux procédures collectives ouvertes après
son entrée en vigueur (art. 257) et d’autre part, l’entrée en vigueur de l’AUPC (art. 258) qui est une
reprise de l’article du Traité.
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Au total, l’AUPC révisé, s’il est adopté, devrait favoriser davantage le sauvetage des entreprises en
difficulté qui sont encore viables, avec la conciliation, le règlement préventif réformé, le redressement
judiciaire qui comporte la cession globale de l’actif ou cession d’entreprise… Il devrait également
aboutir à des dividendes plus substantiels pour les créanciers, avec l’accélération de la liquidation des
biens qui est enfermée dans des délais raisonnables, la réglementation du statut du syndic dans le
sens de plus de compétence, de travail et de la moralisation ainsi que de la limitation de sa
rémunération qui ne devrait plus, comme souvent par le passé, engloutir une part prépondérante de
l’actif du débiteur. A cet égard, la Commission nationale de contrôle des mandataires judicaires que
chaque Etat partie doit mettre en place jouera un rôle important.
Mais l’AUPC restera tributaire des hommes chargés de le mettre en œuvre au premier plan desquels
se situent les juges qui doivent prendre davantage conscience de la portée de leur rôle et de la finalité
des procédures qui présentent un caractère d’intérêt général./-

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