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Niger, Cour suprême, 04 février 1965, 1965


CS 6 (JN)

Numérotation :

Numéro d'arrêt : 1965 CS 6 (JN)


Identifiant URN:LEX : urn:lex;ne;cour.supreme;arret;1965-02-04;1965.cs.6..jn.

Texte :

LA COUR
Après la lecture du rapport de Monsieur le Président, PONNOU-DELAFFON, audition  de
Monsieur le Procureur Général, Pierre MONTAGNE et en avoir délibéré  conformément à la
loi ;
Statuant sur le pourvoi formé par Monsieur le Procureur Général près la Cour d'Appel le  23
Décembre 1964 contre l'arrêt de la dite Cour en date du 13 Novembre 1964 qui a  condamné
BADOU MOUMOUNI, cultivateur, demeurant à Mandiankaré (cercle de  Magaria) à la peine
d'une année d'emprisonnement et dix mille francs d'amende pour vol  d'un âne ;
Vu la requête produite à l'appui du pourvoi ;
Sur la recevabilité du pourvoi :
Attendu que le pourvoi fondé sur un moyen unique pris de la violation de l'article 321 du 
Code pénal, en ce que l'arrêt a décidé que le vol d'un âne constituant le délit de vol de  menu
bétail, alors que le § 3 du même article répute vol de gros bétail, le vol des  chameaux, boeufs,
chevaux et tous animaux de la même espèce, tend à l'annulation de  l'arrêt attaqué et au renvoi
de l'affaire devant la Cour d'Appel pour être à nouveau statué  conformément à la loi ;
Attendu que l'arrêt, après avoir contrairement aux réquisitions du Ministère Public,  déclaré
ABDOU MOUMOUNI coupable de vol de menu bétail, l'a condamné à un an 
d'emprisonnement et à 10.000 francs d'amende, peine minima prévue par l'article 321 § 1  du
Code Pénal ;
Que si l'âne devait être rangé dans le gros bétail, l'article 325 du Code Pénal interdisant  tout
octroi des circonstances atténuantes, la Cour ne pourrait prononcer contre l'inculpé  une peine
inférieure à 2 ans d'emprisonnement et à 10.000 francs d'amende (321 § 3) ;
Que le Procureur Général a donc intérêt à se pourvoir, les dispositions de l'article 591 du 
Code de Procédure Pénale ne pouvant d'une part recevoir application en l'espèce et de  l'autre,
la peine prononcée contre ABDOU MOUMOUNI risquant être inférieure à celle  prévue par
la loi ;
AU FOND
Attendu que la Cour d'Appel a fondé sa décision à la fois sur des considérations d'ordre 
zoologique et d'ordre économique et en outre sur le principe de l'interprétation  restrictive  de
la loi pénale ;
a) Attendu que nul ne peut contester que l'âne et le cheval appartiennent au même genre  et
non à la même espèce ; Que l'âne étant de l'espèce asine, il est évident qu'il ne peut appartenir
à l'espèce équine  qui comprend seulement le cheval ;
Que par suite l'interprétation littérale du texte de l'article 321 § 3 donnerait la traduction 
suivante :
" Sont réputés gros bétail au sens de la présente section, les chevaux et tous animaux de 
l'espèce équine ", ce qui ôterait toute signification au texte de la loi ;
Qu'il importe donc de considérer que le législateur ne s'est pas référé aux notions  purement
zoologiques pour établir la répression du vol de bétail, d'autant que le texte "  sont réputés
gros bétail... au sens de la présente section " signifie clairement son intention

Attendu qu'il n'a pu en effet que se rapporter au sens communément admis du gros  et  menu
bétail défini comme suit par le petit Larousse :
" le gros bétail comprend les chevaux, les ânes, les mulets, les boeufs, moutons, chèvres  et
porcs forment le menu bétail " ;
b) Attendu que par ailleurs, s'il est exact que l'âne coûte un prix moins élevé que le  cheval, le
prix d'achat à lui seul ne saurait suffire pour déterminer la valeur  économique  de l'âne ;
Qu'en effet, il est incontestable que l'âne est " le cheval des pauvres gens " qui forment la  plus
grosse partie de la population nigérienne et qu'il est, pour ses qualités sobriété et de  rusticité,
préféré même au cheval (Léon Bartin) ;
Que le revenu procuré à son propriétaire au Niger par un âne est trop connu pour n'avoir  pas
à s'y arrêter ;
Qu'en tout cas, rien dans les travaux préparatoires du Code Pénal n'autorise la Cour  d'Appel à
affirmer que le législateur a entendu réprimer moins sévèrement le vol d'ânes  que celui de
chevaux ;
c) Attendu qu'il a été fait une fausse application du principe " in poenalibus causis  benignius
interpretandum est " ;
Qu'en effet avant d'y avoir recours, il importe de rechercher le sens de la loi par tous  les 
procédés de la dialectique juridique :
histoire, travaux préparatoires, le but du législateur, rapprochement des textes, sens usuel  des
mots ;
Attendu que nul n'ignore que dès les premiers mois de la République et aux fins de rendre 
plus efficace la répression des vols de bétail, le législateur nigérien, par ordonnance n 59061
du 17 Avril 1959, a fixé des peines plus sévères que celles prévues par l'article 388  de
l'ancien Code Pénal et a interdit l'octroi des circonstances atténuantes ;
Que cette ordonnance a été suivie d'une circulaire du Ministre de la Justice n 125 du 18  Avril
1959 où il était énoncé clairement " qu'il faut entendre par menu bétail, la chèvre,  le  mouton
et le porc et par gros bétail, le chameau, le cheval et l'âne " ;
Attendu que l'article 321 du Code Pénal n'ayant fait que reprendre les dispositions  de  cette
ordonnance, son interprétation ne donne lieu à aucun doute ;
D'où il suit que la condamnation prononcée contre ABDOU MOUMOUNI après que  l'arrêt
attaqué l'a déclaré coupable du délit de vol d'un âne, n'est pas légalement justifiée ;
PAR CES MOTIFS
Vu les articles 74 et 146 de la loi 61-28 du 15 Juillet 1961 ;
Casse et annule l'arrêt de la Cour d'Appel de Niamey du 13 Novembre 1964 et renvoie  la 
cause et les parties devant la Cour d'Appel de Niamey autrement composée ;
Laisse les dépens à la charge du Trésor Public ;
Ainsi jugé et prononcé par la Cour Suprême, Chambre Judiciaire, en son  audience  publique
les jour, mois, an que dessus ;
Où étaient présents Messieurs :
PONNOU-DELAFFON, Président, Jean-Louis PERAUD, Conseiller, SALLES,  Président du
Tribunal de Première Instance de Niamey, Conseiller intérimaire désigné  pour compléter la
Cour, Pierre MONTAGNE, Procureur Général, et Serge  REVERDY,  Greffier en Chef.

Origine de la décision

Pays : Niger
Juridiction : Cour suprême
Date de la décision : 04/02/1965

Fonds documentaire : JuriNiger