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Cours : Droit des libertés publiques

Auteur : Marie-Hélène DOUCHEZ (actualisation par Xavier Bioy, Professeur à l'Université Toulouse 1)
Leçon n° 12 : Les protections non juridictionnelles

Table des matières


Section 1. Les protections non juridictionnelles en droit interne........................................................................... p. 2
§ 1. Le développement des procédés non juridictionnels et leur utilité dans le domaine des libertés................................................p. 2
A. La procédure administrative non contentieuse....................................................................................................................................................... p. 2
B. Les autorités administratives indépendantes.......................................................................................................................................................... p. 2
1. Caractères généraux................................................................................................................................................................................................................................ p. 3
2. Le défenseur des droits........................................................................................................................................................................................................................... p. 3
§ 2. Faiblesses des protections non juridictionnelles......................................................................................................................... p. 4
A. La limitation des pouvoirs des autorités administratives indépendantes................................................................................................................ p. 5
B. La fragilité du statut des autorités administratives indépendantes......................................................................................................................... p. 5
Section 2. Les procédures non juridictionnelles dans le cadre international........................................................ p. 7
§ 1. Les organes................................................................................................................................................................................. p. 7
§ 2. Les différents types de contrôle.................................................................................................................................................. p. 7
A. Le contrôle sur rapports.......................................................................................................................................................................................... p. 7
B. Le contrôle sur saisine d'un Etat ou d'un particulier...............................................................................................................................................p. 8

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La protection par le juge, pour être essentielle, s'est avérée insuffisante sur certains points pour
assurer une protection effective de l'ensemble des libertés. Aussi, se sont développés en droit interne des
mécanismes non juridictionnels. En droit international, ils constituent encore le droit commun des protections.

Section 1. Les protections non juridictionnelles en droit interne

§ 1. Le développement des procédés non juridictionnels et leur utilité dans


le domaine des libertés
Nombre de ces procédés ne présentent guère de spécificité lorsqu'ils concernent la protection des libertés.
Il s'agit de l'application des procédés non contentieux de règlement des conflits. On évoquera
essentiellement ceux qui concernent particulièrement les libertés. La création de la Commission nationale
consultative des droits de l'homme s'inscrit dans cette perspective générale. Rattachée au Premier ministre,
elle est composée de 70 membres et émet, soit d'elle même, soit sur demande du gouvernement, des avis sur
les projets de lois ou de décrets (Cf.avis récent déjà cité sur le droit d'asile in leçon 10).Il convient d'évoquer
un peu plus longuement certaines règles de procédure non contentieuse et le développement des autorités
administratives indépendantes dont le rôle est souvent centré sur la protection des libertés.

A. La procédure administrative non contentieuse


Certains de ses éléments paraissent constituer des garanties individuelles. Les recours administratifs qui
sont des réclamations adressées par un particulier à l'administration peuvent être un élément de dialogue et
permettre d'éviter un conflit contentieux. Le recours gracieux est adressé à l'autorité même qui a pris la décision,
le recours hiérarchique est adressé au supérieur de cette autorité. L'efficacité de ces procédures est directement
fonction des relations que l'administration entretient avec ses administrés. Elle suppose un souci de dialogue
qui ne se manifeste pas toujours avec évidence. Aussi le législateur a-t'il cherché à encadrer ces relations de
manière de plus en plus contraignante pour l'administration.

Divers textes ont tenté de faciliter l'exercice des libertés hors la procédure juridictionnelle. Il en est ainsi
du principe de libre accès aux documents administratifs (loi du 17 juillet 1978(Ressource complète disponible dans la version
en ligne)) ou de la motivation des actes administratifs (loi du 11 juillet 1979(Ressource complète disponible dans la version
en ligne)). Quant à ce dernier texte, on rappellera qu'il n'impose pas une obligation générale de motiver, mais
dresse une typologie des actes devant l'être. Parmi eux figurent notamment les actes restreignant l'exercice
d'une liberté publique, infligeant une sanction, refusant une autorisation, et ceux dérogeant aux règles générales
fixées par les lois et les règlements.

Le champ d'application de ce texte est d'autant plus important qu'un décret du 28 novembre 1983(Ressource
complète disponible dans la version en ligne) soumet les décisions concernées à la procédure contradictoire. Cette dernière,
d'origine largement jurisprudentielle, a vu en effet son champ d'application étendu à des mesures qui en étaient
exclues. Le texte précise que les décisions qui doivent être motivées ne peuvent intervenir qu'après que
l'intéressé ait été mis à même de présenter ses observations écrites. Il connaît cependant des limites évidentes.
Notamment son application est écartée en cas d'urgence, de circonstances exceptionnelles, ou formule plus
floue encore, sous réserve des nécessités de l'ordre public.De plus, le Conseil d'Etat avait fait une interprétation
très restrictive de ce texte. C'est pourquoi le législateur a pris de nouvelles dispositions destinées à améliorer
les relations des citoyens avec les administrations : (loi du 12 avril 2000, JO 13 avril 2000)

Meilleur accès aux règles de droit, accentuation de la "transparence" administrative et financière,


élargissement des hypothèses où l'autorité administrative doit délivrer un accusé de réception d'une demande,
raccourcissement de 4 mois à 2 mois du délai nécessaire pour que soit constituée une décision implicite de
rejet.Ces diverses procédures sont sans nul doute importantes. Mais il reste que leur fonctionnement
quotidien est fonction du bon vouloir de l'administration. En effet, en cas de refus d'appliquer ces
dispositions, le particulier ne dispose guère que du recours pour excès de pouvoir et de l'éventuelle mise en
cause de la responsabilité administrative, c'est à dire d'un recours devant le juge. Aussi est-il apparu nécessaire
de mettre en place des autorités non juridictionnelles chargées d'assurer la protection des libertés.

B. Les autorités administratives indépendantes


Leurs caractéristiques générales révèlent l'empirisme de leur création et aussi, la fragilité de leur statut. Le
Médiateur constitue sans doute l'exemple le plus caractéristique de ces institutions.

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1. Caractères généraux
Leurs caractéristiques résultent d'une construction très empirique. Ces éléments sont clairement soulignés
dans l'analyse faite par des membres du Conseil d'Etat (F.Gazier et Y.Cannac, Etudes et documents,1983-1984
et renouvelée dans le rapport 2000-2001).Ces institutions, ne dépendant ni du Parlement ni de l'organisation
juridictionnelle, situées auprès de l'Exécutif, disposent d'autorité en ce sens qu'elles exercent un pouvoir
d'influence dans certains processus de décision. Leur statut leur permet d'échapper aux emprises des pouvoirs
politiques et économiques. Dans son rapport 2001, le Conseil d'Etat répertorie 34 organismes de ce type qui
ne constituent pas un ensemble homogène. Ils sont placés le plus souvent dans les secteurs sensibles où les
droits et libertés semblent menacés. Un des derniers créés (loi du 30 déc. 2004) est la Haute Autorité de lutte
contre les discriminations et pour l'égalité (cf.supra).

Les autorités administratives indépendantes ont donc des fonctions diversifiées mais dont le point
commun, du moins pour la majorité d'entre elles, est d'assurer un certain contrôle soit de l'exercice des
libertés, soit de l'étendue des limites apportées aux libertés.
Les fonctions de contrôle sont notamment illustrées par le rôle du Conseil supérieur de l'audiovisuel, de la
Commission nationale informatique et libertés ou encore du Conseil de la concurrence ou de la Commission
nationale de contrôle des interceptions de sécurité. Pour exercer ces missions, les autorités administratives
indépendantes disposent d'un pouvoir d'intervention qui, en certains cas se réalise de manière individuelle, au
cas par cas. Tel est le cas de la Commission d'accès aux documents administratifs qui intervient en cas de
refus de communication d'un document, ou encore du Médiateur (cf. infra). De même, la commission nationale
informatique et libertés veille au respect de la réglementation des fichiers informatiques afin de protéger les
données relatives à la vie privée..(voir supra, leçon 6).

Mais ce pouvoir d'intervention peut aussi se manifester dans leur participation au pouvoir réglementaire qui
connaît des degrés divers, de la simple recommandation (c'est le cas du Médiateur), à l'exercice d'un véritable
pouvoir de décision, tel celui de la CNIL (loi du 17 juillet 1978) ou du CSA ou encore le Conseil de prévention
de lutte contre le dopage créé en 1999. Nombre d'entre elles ont des pouvoirs de sanction : outre le CSA, en
bénéficie aussi, depuis peu, la CNIL (amendes infligées au responsable d'un traitement contrevenant à la loi).

Enfin il ne faut pas oublier un autre rôle essentiel de ces autorités, même s'il n'apparaît pas toujours très
clairement dans les textes, à savoir celui d'information de l'opinion. Qu'il s'agisse des rapports annuels ou
de la publicité donnée à telle ou telle activité, l'information évite que des pratiques administratives attentatoires,
directement ou non, aux libertés, ne se déroulent dans une discrétion propice aux abus (fichages, écoutes
téléphoniques...). Sur ce point, le rôle du Médiateur est exemplaire.

Le pouvoir de sanction dont disposent certaines AAI peut à son tour menacer les libertés, notamment les droits
de la défense ou le droit à un procès équitable. Elles tombent alors sous le coup de la Convention européenne
des droits de l'homme et le juge national doit en tirer les conséquences. Voilà ce que fait le Conseil d'Etat en
imposant à la CNIL le respect du principe d'impartialité dans une Ordonnance de référé (19 février 2008, Société
Le Profil) :

« Considérant que la possibilité conférée à un organisme administratif, telle la Commission nationale de


l'informatique et des libertés, qui, eu égard à sa nature, à sa composition et à ses attributions, peut être qualifié
de tribunal au sens de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et
des libertés fondamentales, de se saisir de son propre mouvement d'affaires qui entrent dans le domaine de
compétence qui lui est attribué n'est pas, en soi, contraire à l'exigence d'équité dans le procès énoncé par ces
stipulations ; que celles-ci, pas plus qu'aucun principe général du droit, n'imposent la séparation des phases
d'instruction et de jugement au sein d'un même procès ; que toutefois, la Commission nationale de l' informatique
et des libertés, lorsqu'elle se prononce sur des agissements pouvant donner lieu aux sanctions prévues par les
dispositions des articles 45 et suivants de la loi du 6 juillet 1978, doit statuer dans des conditions respectant le
principe d'impartialité ; qu'il résulte des dispositions de la loi du 6 juillet 1978 que la Commission nationale de
l' informatique et des libertés ne peut faire usage des pouvoirs de sanction qui lui sont dévolus qu'après avoir
mis en demeure le responsable du traitement de respecter les obligations qui lui sont imposées par les textes
législatifs et réglementaires, et faute pour l'intéressé de se conformer à cette mise en demeure. »

Cette intégration dans la catégorie européenne des « tribunaux » ne fait pas pour autant des AAI des juridictions
au sens français du terme. Les AAI prennent en principe des actes administratifs susceptibles de recours devant
le Conseil d'Etat.

2. Le défenseur des droits

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La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a créé une nouvelle autorité chargée de défendre les droits
fondamentaux. Le titre XI bis pose en effet que ' Le Défenseur des droits veille au respect des droits et libertés par
les administrations de l'État, les collectivités territoriales, les établissements publics, ainsi que par tout organisme
investi d'une mission de service public, ou à l'égard duquel la loi organique lui attribue des compétences. Il
peut être saisi, dans les conditions prévues par la loi organique, par toute personne s'estimant lésée par le
fonctionnement d'un service public ou d'un organisme visé au premier alinéa. Il peut se saisir d'office. La loi
organique définit les attributions et les modalités d'intervention du Défenseur des droits. Elle détermine les
conditions dans lesquelles il peut être assisté par un collège pour l'exercice de certaines de ses attributions. Le
Défenseur des droits est nommé par le Président de la République pour un mandat de six ans non renouvelable,
après application de la procédure prévue au dernier alinéa de l'article 13. Ses fonctions sont incompatibles avec
celles de membre du Gouvernement et de membre du Parlement. Les autres incompatibilités sont fixées par la loi
organique. Le Défenseur des droits rend compte de son activité au Président de la République et au Parlement. '.
Cette évolution n’a pas encore été pensée comme une habilitation constitutionnelle à développer des instances
de régulation et de contrôle. Au contraire, le Conseil constitutionnel (CC, 29 mars 2011, déc. n° 2011-626 DC.) a
considéré que son statut constitutionnel ne changeait rien à sa nature d’autorité administrative : « en érigeant le
Défenseur des droits en “autorité constitutionnelle indépendante”, l’article 2 (...) n’a pas pour effet de faire figurer
le Défenseur des droits au nombre des pouvoirs publics constitutionnels ». Ce ne serait qu’à ce prix qu’elles se
verraient reconnaître un statut de protecteur des libertés.
Créé par la loi organique du 29 mars 2011, le Défenseur des droits vient se substituer à quatre
actuelles autorités administratives indépendantes?: le Médiateur de la République, la Commission nationale de
déontologie de la sécurité, le Défenseur des enfants et la Haute autorité de lutte contre les discriminations. L’idée
du « guichet unique » guide cette unification, afin de rationaliser l’offre de protection généraliste des droits. Les
AAI à compétence technique n’entrent pas dans cette reconfiguration. Le Défenseur des droits sera nommé
par le chef de l’État après application de la nouvelle procédure prévue au dernier alinéa de l’article 13 de la
Constitution (avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée, avis juridiquement
contraignant s’il est négatif). Le Comité Balladur avait pourtant préconisé une élection qualifiée par l’Assemblée
nationale. Le président de la République ne pourra procéder à une nomination lorsque l’addition des votes
négatifs dans chaque commission représentera au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des
deux commissions. Le défenseur des droits ne se présente pas comme un nouveau type de pouvoir constitué
voué à la protection des libertés mais comme une AAI aux pouvoirs et compétences accrus et disposant
d’un fondement constitutionnel. Il bénéficiera certes d’un régime d’immunité juridictionnelle et d’incompatibilités
nombreuses qui devraient renforcer son indépendance (les fonctions du Défenseur des droits sont incompatibles
avec celles de membre du gouvernement, de membre du Parlement, de membre du Conseil constitutionnel,
de membre du CSM, de membre du Conseil économique, social et environnemental, ainsi qu’avec tout mandat
électif, toute autre fonction ou emploi public et toute activité professionnelle). Son mandat de six ans non
renouvelable va dans le même sens. Dans les domaines demandant des compétences précises, comme en
matière de déontologie de la sécurité ou de lutte contre les discriminations, il sera assisté de collèges spécialisés,
qui reconstituent les organes délibérants des anciennes AAI, qu’il présidera et auxquels il pourra demander une
deuxième délibération, et dont l’avis ne le liera pas (à condition d’exposer ses propres motifs).
Disposant d'un champ d'attributions très larges, celle nouvelle institution attend toujours sa loi organique
(largement dotée par le Constituant). Ayant vocation à remplacer en partie le médiateur de la République, le
Défenseur des enfants, la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), la CNIL
et même le tout récent Contrôleur général des lieux de privation des libertés, on ne sait pas très bien comment
vont s'agencer les nouvelles compétences.
Les personnes pouvant saisir le médiateur :

• Toute personne s’estimant lésée par le fonctionnement d’une administration ou d’un service public :
Mission Médiation avec les services publics - 7 rue Saint Florentin, 75008 Paris
• Un enfant qui invoque la protection de ses droits ou une situation mettant en cause son intérêt, ou son
représentant légal, un membre de sa famille, un service médical ou social, ou une association de défense
des droits de l’enfant :
Mission Défense des droits de l’enfant - 104 boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
• Toute personne s’estimant victime d’une discrimination, directe ou indirecte, prohibée par la loi ou un
engagement international, que l’auteur présumé de cette discrimination soit une personne privée ou
publique :
Mission Lutte contre les discriminations et promotion de l’égalité - 11 rue Saint Georges, 75009 Paris
• Toute personne qui a été victime ou témoin de faits dont elle estime qu’ils constituent un manquement à
la déontologie par des personnes exerçant une activité de sécurité (police nationale, gendarmerie, police
municipale, administration pénitentiaire, douanes, service de sécurité privée, service de surveillance des
transports en commun, etc.) :
Mission Déontologie de la sécurité - 62 boulevard de la Tour-Maubourg, 75007 Paris

Dominique Baudis a été nommé défenseur des droits le 22 juin 2011

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§ 2. Faiblesses des protections non juridictionnelles
Le développement des protections de type non juridictionnel est sans doute trop récent pour qu'un bilan puisse
être réellement dressé. Leur efficacité est cependant entamée par un double élément : la limitation de leurs
pouvoirs d'une part (A), la fragilité de leur statut d'autre part (B).

A. La limitation des pouvoirs des autorités administratives indépendantes


La principale faiblesse du statut de ces autorités est sans doute l'extrême limitation des pouvoirs qui
leur sont octroyés. Fréquemment (tel est le cas du Médiateur) leurs propositions ou suggestions adressées
aux pouvoirs publics, n'ont d'écho que dans la mesure où les autorités concernées le veulent bien. Parfois,
l'intervention d'une autorité administrative indépendante, faute de pouvoir de décision, a pour effet essentiel
d'allonger encore une procédure de contestation au détriment de l'administré. L'exemple en est fourni par la
Commission d'accès aux documents administratifs. Outre son pouvoir de proposition et de conseil, celle-ci en
effet intervient lorsqu'un particulier s'est heurté à un refus de communication d'un document.

La commission peut alors être saisie dans un délai de deux mois et dispose d'un mois pour rendre son avis.
L'administration concernée indique alors la suite qu'elle entend donner dans le délai de un mois. Le refus définitif
peut être attaqué devant le juge administratif. Dépourvue de moyen de coercition, la CADA ne peut avoir qu'une
fonction d'influence, inefficace en cas de mauvaise volonté de l'autorité publique. Son intervention a alors pour
effet essentiel de retarder l'issue de la procédure juridictionnelle.

L'indépendance de ces autorités peut donc être assez illusoire lorsqu'elles ne disposent pas des moyens
réellement nécessaires à l'exercice de leurs missions. On observera qu'il s'agit là d'une caractéristique
commune aux différentes procédures non juridictionnelles. Les recours administratifs divers, de droit commun
ou spécialement prévus par un texte n'ont de portée que dans la mesure de la volonté de dialogue de
l'administration, et cette volonté est loin d'être toujours évidente.

B. La fragilité du statut des autorités administratives indépendantes


Créées au cas par cas, sans véritable cohérence ni quant à l'étendue des pouvoirs conférés ni quant à leur statut,
les A.A.I. demeurent éminemment fragiles. Leur statut est en effet ambigu. Elles doivent obtenir à la fois
la confiance de l'opinion publique et celle des pouvoirs politiques pour agir avec efficience. Leur stratégie doit
donc être empreinte de prudence. Encore faut-il que leur indépendance soit réelle et qu'elles disposent d'une
influence suffisante pour faire accepter leurs décisions ou propositions.

Sur le premier point, pour se limiter ici à une analyse globale, les modes de désignation, les garanties statutaires,
semblent garantir l'absence de pression du pouvoir politique. Toutefois il faut préciser que la diversité des statuts
génère des situations très différentes. Ainsi que le souligne Y.Madiot (Droits de l'Homme préc. p. 154), il n'y
a guère de rapports entre la CADA (2 magistrats de la Cour de Cassation et de la Cour des comptes, deux
parlementaires, un élu local et 4 hauts fonctionnaires) et le CSA (Trois membres désignés par le Président de la
République, trois par le Président de l'Assemblée nationale, trois par le Président du Sénat) dont la composition
est beaucoup plus politique. Le même auteur souligne justement que la transformation de ces organismes
en véritable "cocktail" n'est pas non plus une réelle garantie d'indépendance. A cela il faut ajouter l'absence
fréquente (crédits inscrits au budget de l'Etat, présence de fonctionnaires détachés...) de réelle indépendance
fonctionnelle qui limite leurs initiatives.

Surtout, cette indépendance, de même que les pouvoirs que ces autorités peuvent exercer restent largement
à la merci du pouvoir politique, faute de constitutionnalisation de leur statut. L'exemple est évident s'agissant
notamment des autorités intervenant dans le secteur de l'audiovisuel où les changements de majorité ont pu
conduire à des bouleversements de statut (de la Haute Autorité de la communication individuelle créé en 1982
au Conseil Supérieur de l'audiovisuel créé en 1989).Enfin, le qualificatif d'autorité administrative, fut-il assorti
d'indépendance, réduit quelque peu la portée de leur intervention et surtout leur image.

Jurisprudence
En confirmant ce qualificatif notamment dans l'arrêt Retail (Ass. 10 juillet 1981(Ressource complète disponible dans la
version en ligne)), le Conseil d'Etat a certes appliqué des principes classiques, il n'en reste pas moins que l'un des
effets de cette jurisprudence est une certaine banalisation, réduisant l'intérêt de la création de ces autorités.
Dans son rapport de 2001, le Conseil d'Etat formule notamment des propositions quant à l'insertion des
autorités indépendantes dans leur environnement, quant aux conditions d'exercice de leurs missions et quant
aux conditions de leur contrôle.

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En droit interne la qualification d’Autorité administrative, quoique indépendante, demeure en principe exclusive
de la qualité de juridiction. Cela n’empêche pas de leur imposer parfois le respect des garanties de qualité de
l’article 6 de la CEDH. L’arrêt du Conseil d’Etat du 19 février 2008, Société Le profil, intéresse à ce titre. La
société requérante s’occupe de recouvrement de créances et stocke des données relatives aux débiteurs de ses
clients. Elle demande la suspension d’une délibération de la CNIL la sanctionnant en se fondant sur l’absence de
garanties entourant ses fichiers. Le juge administratif admet que dans cette fonction la CNIL doit respecter, « la
possibilité conférée à un organisme administratif, telle la Commission nationale de l'informatique et des libertés,
qui, eu égard à sa nature, à sa composition et à ses attributions, peut être qualifié de tribunal au sens de l'article
6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de se
saisir de son propre mouvement d'affaires qui entrent dans le domaine de compétence qui lui est attribué n'est
pas, en soi, contraire à l'exigence d'équité dans le procès énoncé par ces stipulations.

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Section 2. Les procédures non juridictionnelles dans le cadre
international
La société internationale a également mis en place des mécanismes de protection des libertés ; ils ne
doivent pas apparaître comme trop contraignants à l'égard des Etats, qui refuseraient alors de s'engager, tout en
permettant un certain contrôle du respect des engagements pris. C'est la raison pour laquelle les procédures
non juridictionnelles sont largement dominantes.

§ 1. Les organes
Certaines institutions au sein des organismes internationaux ont, à titre principal ou non, pour mission de veiller
au respect des droits de l'homme, et procèdent à enquêtes et études en dehors même de la mise en œuvre
d'une convention.

Exemple
Tel est le cas des organes des Nations-Unies : Assemblée générale, Conseil économique et social ou encore
du Conseil des droits de l'homme de l'ONU qui a remplacé en Mars 2006 la Commission des droits de l'homme.
critiquée pour sa trop grande politisation.L'un des premiers de ses actes aura été de condamner les violations
du droit humanitaire au Liban et de mettre en place une commission d'enquête.(Cf. art. Philippe Texier in ' Le
Monde diplomatique ' oct. 2006, Droits de l'homme, une réforme en demi-teinte, Consultable sur Internet).

Des organes spécifiques interviennent également en application de conventions particulières ou de portée


générale : Conseil des droits de l'Homme créé en application du Pacte relatif aux droits civils et politiques(Ressource
complète disponible dans la version en ligne), Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, Comité des droits
économiques et sociaux...Ces organes qui échappent parfois difficilement, surtout pour la première catégorie,
à l'emprise de la politisation, interviennent pour l'essentiel dans le cadre de deux types de procédures : la plus
fréquente est le contrôle sur rapports. La plus élaborée, du moins relativement, quant à la protection des
droits de l'homme, est la procédure sur saisine d'un Etat ou d'un particulier.

Le 15 mars 2006, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution (A/60/L.48) instituant un
Conseil des droits de l'homme "chargé de promouvoir le respect universel et la défense de tous les droits de
l'homme et de toutes les libertés fondamentales, pour tous, sans aucune sorte de distinction et en toute justice
et équité". Il est composé de 47 membres élus par l'Assemblée générale à la majorité absolue pour une période
de trois ans et non rééligibles après deux mandats consécutifs. La nomination s'effectue sur une base régionale
équitable. Les représentations de l'Asie et de l'Afrique sont renforcées. Le Conseil tient un minimum de trois
sessions durant au moins dix semaines par an et peut se réunir en sessions spéciales à l'approbation d'un tiers
de ses membres. Il dispose d'un mécanisme d'évaluation - l'Examen périodique universel - au sein duquel le
respect des obligations en matière de droits de l'homme de tous les Etats est évalué. Chaque membre du Conseil
fait l'objet d'un examen de son action dans le domaine des droits de l'homme au cours de son mandat.

§ 2. Les différents types de contrôle


La procédure la plus fréquente est le contrôle sur rapports. La plus élaborée, du moins relativement, quant à la
protection des droits de l'homme, est la procédure sur saisine d'un Etat ou d'un particulier.

A. Le contrôle sur rapports


L'exemple le plus caractéristique est fourni par le Pacte relatif aux droits économiques et sociaux. Les
Etats s'engagent en effet à présenter des rapports au Secrétaire général de l'ONU pour transmission au
Conseil économique et social et éventuellement aux institutions spécialisées. La procédure conduit à des
recommandations destinées à faciliter la mise en œuvre des engagements souscrits.
(M. Ban Ki-moon, huitième Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, a remplacé Kofi Annan).

Ce type de contrôle existe aussi dans le cadre du Pacte relatif aux droits civils et politiques, de même qu'il est
mis en œuvre par des institutions universelles spécialisées (OIT, UNESCO), ou dans des cadres régionaux (par
exemple la Charte sociale européenne(Ressource complète disponible dans la version en ligne)).

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Les limites de telles procédures sont doubles. D'une part, aucune contrainte, difficilement envisageable, il est
vrai, pour les droits économiques et sociaux, ne peut obliger les Etats. D'autre part, et surtout, le caractère très
politique de certains organes réduit considérablement la portée de la procédure.

Au sein de l'ONU le Conseil des droits de l'homme est un organe intergouvernemental du système des Nations
Unies, composé de 47 états qui ont la responsabilité de renforcer la promotion et la protection des droits de
l'homme autour du globe. Le Conseil a été créé par l'Assemblée générale de l'ONU, le 15 mars 2006, avec le
but principal d'aborder des situations de violations de droits de l'homme et d'émettre des recommandations à
leur encontre.

Un an après avoir tenu sa première réunion, le 18 juin 2007, le Conseil a adopté sa mise en place des institutions,
lui fournissant les éléments pour le guider dans ses futurs travaux. Parmi ces éléments, on trouve le nouveau
mécanisme d' examen périodique universel qui permettra d'évaluer les situations de droits de l'homme dans
chacun des 192 Etats membres de l'ONU. D'autres dispositifs incluent un nouveau Comité consultatif qui sert
de « groupe de réflexion » au Conseil, lui fournissant expertise et conseil sur des questions thématiques des
droits de l'homme, ainsi que le mécanisme révisé de procédé de plaintes, qui permet à des individus et à des
organismes de porter à connaissance du Conseil des plaintes de violations de droits de l'homme. Le Conseil de
droits de l'homme continue également à travailler étroitement avec les procédures spéciales de l'ONU, établies
par l'ancienne Commission des droits de l'homme et assumées par le Conseil.

B. Le contrôle sur saisine d'un Etat ou d'un particulier


Il est notamment prévu par le Pacte relatif aux droits civils et politiques. Encore faut-il que les Etats
concernés l'aient accepté, soit en vertu des dispositions de l'art. 41 (saisine de l'Etat) soit en vertu du Protocole
facultatif (saisine par un particulier).
• Dans la première hypothèse, les Etats sont d'abord invités à trouver une solution directe. En cas d'échec,
une mission de conciliation est confiée au Conseil. Si une solution satisfaisante n'a pu être trouvée et si
les Etats l'acceptent, une commission de conciliation est désignée. Elle préconise dans un rapport, les
possibilités de règlement pacifique du litige.
• Dans la seconde hypothèse, le particulier, après épuisement des voies de recours internes, peut saisir le
Comité : la réclamation est alors transmise à l'Etat concerné qui fait part de ses observations. Le Comité
transmet en réponse ses propres observations à l'Etat et au particulier requérant et présente un résumé
de la question dans son rapport annuel.
Pour intéressantes qu'elles soient, au sens où elles permettent la dénonciation de violations de droits sur la
scène internationale, et permettent aux individus d'accéder aux instances supra étatiques, ces procédures
sont extrêmement limitées dans leurs effets : conciliation éventuelle dans l'hypothèse de saisine par un Etat,
constatation de violations en cas de saisine par un particulier.Dans le cadre régional européen est organisée
une procédure de règlement à l'amiable des conflits en matière de droits de l'homme. Son efficacité semble
plus assurée dans la mesure où elle a été confiée par le protocole n°11 à la Cour elle même en préalable à la
procédure juridictionnelle (voir art.38 et 39 du protocole).

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