Vous êtes sur la page 1sur 289

Développement éditorial

Marie-Claude Côté
Gestion de projet
Yasmine Mazani
Révision linguistique
Martin Benoit
Correction d’épreuves
Mariane Landriau
Recherche iconographique
Aude Maggiori
Directrion artistique
Hélène Cousineau
Supervision de la réalisation
Estelle Cuillerier
Conception de l’intérieur et de la couverture
Martin Tremblay
Réalisation graphique
Cyclone Design

Authorized translation from the English language edition,


entitled FOUNDATIONS OF MACROECONOMICS,
7th Edition, by ROBIN BADE; MICHAEL PARKIN,
published by Pearson Education, Inc., publishing as Prentice Hall,
Copyright © 2015 by Pearson Education, Inc.
All rights reserved. No part of this book may be reproduced or
transmitted in any form or by any means, electronic or mechanical,
including photocopying, recording or by any information storage
retrieval system, without permission from Pearson Education, Inc.
FRENCH language edition published by ERPI, Copyright © 2017.
Cet ouvrage est une version française de la septième édition de
Foundations of Macroeconomics de Robin Bade et Michael Parkin,
publiée et vendue à travers le monde avec l’autorisation de Pearson
Education, Inc.

© ÉDITIONS DU RENOUVEAU PÉDAGOGIQUE INC. (ERPI), 2017


Membre du groupe Pearson Education depuis 1989

1611, boulevard Crémazie Est, 10e étage


Montréal (Québec) H2M 2P2
Canada
Téléphone : 514 334-2690
Télécopieur : 514 334-4720
information@pearsonerpi.com
pearsonerpi.com

Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2017


Dépôt légal – Bibliothèque et Archives Canada, 2017

Imprimé au Canada 123456789 SO 21 20 19 18 17


ISBN 978-2-7613-6336-5 20712 ABCD SM9
AVANT-PROPOS

LES TROIS PREMIÈRES ÉDITIONS DE CET OUVRAGE DE ROBIN BADE ET


MICHAEL PARKIN ONT CONNU UN FORT SUCCÈS. Nombre d’entre vous ont
apprécié l’approche pédagogique privilégiant un apprentissage par la pratique, point
par point, le style simple, direct et vivant, ainsi que les explications précises, soutenues
par des exemples familiers, des éditions précédentes. Cette nouvelle édition garde les
mêmes qualités intrinsèques que les trois premières, tout en actualisant son contenu et
en incorporant plusieurs nouveautés.

Pour susciter l’intérêt et la réflexion, chaque chapitre débute par une question écono-
mique ancrée dans le quotidien de l’étudiant, et la réponse à celle-ci met en évidence le
lien entre les notions théoriques abordées et son vécu. Les capsules Saviez-vous que…
présentent des événements tirés de l’actualité québécoise, canadienne ou internationale
illustrant de manière concrète un concept économique, alors que la rubrique Appliquez
vos savoir-faire donne l’occasion à l’étudiant de passer de la théorie à la pratique et de
mieux comprendre les concepts économiques.

Le contenu de plusieurs chapitres a été remanié. La fusion des chapitres 8 et 9 a donné


naissance à un tout nouveau chapitre 8, intitulé « La monnaie et la politique monétaire ».
Les chapitres 1, 3 et 6 n’ont plus d’appendices. Ils ont été intégrés au contenu
des chapitres.

Toutes les rubriques Coup d’œil (sur le passé, sur l’économie québécoise, sur l’économie
canadienne et sur l’économie mondiale) ont été actualisées pour tenir compte des nou-
velles données et des nouveaux événements qui ont marqué l’actualité économique. Les
Coup d’œil sur un grand économiste racontent l’histoire de grands économistes et leur
contribution à la science économique, comme Adam Smith, David Ricardo, Milton
Friedman et John Maynard Keynes. Les rubriques Coup d’œil se terminent par des
questions permettant à l’étudiant de revisiter leur contenu.

Comme autres nouveautés, le contenu numérique compte désormais des tutoriels accom-
pagnant plusieurs des figures du manuel. L’étudiant pourra les visionner facilement en
numérisant les codes QR qui se trouvent dans le livre. De plus, les étudiants et les ensei-
gnants profiteront de centaines d’exercices sur la plateforme MonLab xL.
IV AVANT-PROPOS

REMERCIEMENTS
Nos remerciements s’adressent, tout d’abord, à Marie-Claude Côté, chef du développe-
ment éditorial, et à Yasmine Mazani, gestionnaire de projets éditoriaux, ainsi qu’à tous
les membres de l’équipe d’ERPI ayant contribué à cette quatrième édition.

Nous remercions nos collaborateurs : Stéphane Demers, du Cégep Beauce-Appalaches ;


Caroline Gagnon, du Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu ; Caroline Lachance, du Cégep de
Trois-Rivières ; Michel Plunus, du Cégep de Drummondville ; et Jacques-René Giguère,
du Cégep de Sept-Îles, qui ont révisé la version manuscrite de cette nouvelle édition.
Leurs commentaires et suggestions nous ont été précieux tout au long de notre démarche.

Nous tenons aussi à souligner la contribution du regretté Raymond Bienvenu, auteur des
éditions antérieures, qui a adapté cet ouvrage à l’enseignement collégial québécois.

Monique Barrette

L’AUTEURE DE L’ÉDITION QUÉBÉCOISE


MONIQUE BARRETTE, auteure de la présente édition, détient un baccalauréat ainsi
qu’une maîtrise en économique de l’Université Laval, et enseigne depuis près de trois
décennies. Elle a fait ses débuts au Cégep de Baie-Comeau et au Cégep de Lévis-Lauzon.
Depuis 1990, elle enseigne au Cégep Garneau. Durant sa carrière, elle a aussi été chargée
de cours à l’École nationale d’administration publique (ENAP) et à l’Université du
Québec à Rimouski (UQAR), et a participé à la révision de plusieurs manuels d’économie
de niveau collégial et des trois premières éditions de cet ouvrage.
AVANT-PROPOS V

LISTE DES TUTORIELS OFFERTS SUR MaBiblio > Multimédia

CHAPITRE 2
Figure 2.1 La CPP et les combinaisons possibles et impossibles p. 33
Figure 2.2 Plein-emploi, sous-emploi, sacrifice et absence de sacrifice p. 35
Figure 2.3 Le calcul du coût de renonciation d’une bouteille d’eau p. 37
Figure 2.4 Le calcul du coût de renonciation d’un téléphone intelligent p. 38
Figure 2.5 Les effets de la croissance économique p. 43

CHAPITRE 3
Figure 3.1 Un barème de demande et une courbe de demande p. 54
Figure 3.2 La différence entre une variation de la quantité demandée et une variation de la demande p. 56
Figure 3.3 Le barème d’offre et la courbe d’offre p. 59
Figure 3.4 La différence entre une variation de la quantité offerte et une variation de l’offre p. 61
Figure 3.5 Le prix et la quantité d’équilibre p. 64
Figure 3.6 Les forces du marché rétablissent l’équilibre p. 65
Figure 3.7 Les effets d’une variation de la demande p. 66
Figure 3.8 Les effets d’une variation de l’offre p. 67
Figure 3.9 L’offre et la demande évoluent dans le même sens p. 69
Figure 3.10 L’offre et la demande évoluent dans des directions opposées p. 69
Figure 3.11 Un loyer plafond entraîne une pénurie de logements p. 72
Figure 3.12 Le salaire minimum entraîne du chômage p. 74

CHAPITRE 4
Figure 4.1 Les flux circulaires des revenus et des dépenses p. 86
Figure 4.2 Dégonfler le ballon du PIB p. 93*

CHAPITRE 6
Figure 6.1 Les phases du cycle économique p. 133
Figure 6.2 Une variation de la quantité demandée de PIB réel p. 136
Figure 6.3 Les variations de la demande agrégée p. 138
Figure 6.4 L’offre agrégée p. 141
Figure 6.5 Les variations de l’offre agrégée p. 143
Figure 6.6 L’équilibre macroéconomique p. 147
Figure 6.7 Les trois types d’équilibre macroéconomique p. 150
Figure 6.8 L’atteinte de l’équilibre de plein-emploi selon l’école classique p. 151
Figure 6.9 L’atteinte de l’équilibre de plein-emploi selon l’école keynésienne p. 152

CHAPITRE 7
Figure 7.3 La politique budgétaire à l’oeuvre p. 168

CHAPITRE 8
Figure 8.4 Les effets d’une variation du taux directeur sur les taux d’intérêt p. 202
Figure 8.6 La politique monétaire à l’oeuvre p. 206

* Animation interactive
À TROIS PAS DE LA RÉUSSITE !

1 Engagez-vous dans
vos apprentissages
Imprégnez-vous de la grande
question économique et avancez
une hypothèse. Dans chaque chapitre,
on vous pose une question économique
ancrée dans le quotidien.

Écoutez les explications


des graphiques animés. Elles sont
la clé pour bien comprendre les concepts
économiques. Grâce aux codes QR du
manuel, vous y accéderez en un clic sur
votre mobile.

2 Passez à l’action
Faites les activités. Lisez les chapitres et
appuyez-vous sur leur contenu pour réaliser les
activités « Faites le point » qui vous sont proposées.

Profitez de la puissance
de MonLab xL et prenez en main vos appren-
tissages. Grâce aux exercices variés et nombreux,
au parcours personnalisé et aux rétroactions
immédiates, c’est comme si votre enseignant était là
en tout temps.
GUIDE D’APPRENTISSAGE

3 Évaluez le chemin
parcouru
Mesurez vos progrès. Faites les activités
« Questions de révision » et lisez le résumé du
« chapitre en bref » pour distinguer les concepts
que vous maîtrisez et ceux que vous devez
retravailler.

Réalisez le défi de l’activité


« Appliquez vos savoir-faire ». Vous y
ferez des liens entre la théorie et l’actualité,
et vous raffinerez votre compréhension des
concepts économiques

Obtenez le portrait de vos progrès


dans MonLab xL en cliquant sur l’onglet
« Résultats ».

Initiation
à l’économie,
accessible sur toutes
les plateformes.
SOMMAIRE

PARTIE 1 INTRODUCTION 2

CHAPITRE 1 Qu’est-ce que l’économique ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2


CHAPITRE 2 Le problème économique fondamental : la rareté . . . . . . . . . . . . 30
CHAPITRE 3 La demande et l’offre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50

PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES 80

CHAPITRE 4 Le PIB et le niveau de vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80


CHAPITRE 5 Le coût de la vie et le chômage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106

PARTIE 3 COMPRENDRE LA MACROÉCONOMIE 130

CHAPITRE 6 La demande et l’offre agrégées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130


CHAPITRE 7 La politique budgétaire et la dette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
CHAPITRE 8 La monnaie et la politique monétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180

PARTIE 4 L’ÉCONOMIE MONDIALE 214

CHAPITRE 9 Le commerce international . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214


CHAPITRE 10 La finance internationale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . III Coup d’œil sur l’économie mondiale


Cuba, une économie en mutation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
À trois pas de la réussite ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . VI
Coup d’œil sur un grand économiste
Adam Smith et la naissance de la science économique . . . 19

PARTIE 1 INTRODUCTION 2
CHAPITRE 2 Le problème économique
fondamental : la rareté . . . . . . . . . . . 30
CHAPITRE 1 Qu’est-ce que l’économique ? . . . . 2
2.1 Les possibilités de production . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.1 L’économique et ses trois questions fondamentales . . 4 La courbe des possibilités de production . . . . . . . . . . . . 32
La microéconomie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 Faites le point 2.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
La macroéconomie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 2.2 Le coût de renonciation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
Êtes-vous capable de combler tous vos désirs ? . . . . . . 5 Le coût de renonciation d’une bouteille d’eau . . . . . . . . 37
Les trois questions fondamentales . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Le coût de renonciation d’un téléphone intelligent . . . 37
Faites le point 1.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Le coût de renonciation et la forme de la CPP . . . . . . . . 38
1.2 La coordination des décisions économiques . . . . . . . . 10 Le coût de renonciation est un ratio . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Les décideurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 Les coûts de renonciation sont omniprésents . . . . . . . . 39
Les marchés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Étudier ou travailler ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
La coordination par le marché et la coordination Faites le point 2.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
par directives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.3 L’expansion des possibilités de production . . . . . . . . . 42
De la théorie à la réalité : des économies mixtes
Faites le point 2.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
et ouvertes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Faites le point 1.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Le chapitre 2 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
1.3 L’économique : une science humaine . . . . . . . . . . . . . . . 16 Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
L’observation et la mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
La construction de modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
La vérification des modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
Faites le point 1.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Coup d’œil sur un grand économiste
1.4 Les graphiques : l’outil des économistes . . . . . . . . . . . . 20 Joseph Schumpeter et les théories de la
Le principe de base de la construction croissance économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
d’un graphique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 Coup d’œil sur l’économie mondiale
L’interprétation des graphiques descriptifs . . . . . . . . . . 20 Quand la Chine rattrapera-t-elle les États-Unis ? . . . . . . . . . 44
L’interprétation d’un graphique illustrant
une relation entre deux variables . . . . . . . . . . . . . 23
Faites le point 1.4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
CHAPITRE 3 La demande et l’offre . . . . . . . . . . . . . 50
Le chapitre 1 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
3.1 La demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 La loi de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 Le barème de demande et la courbe de demande . . . 53
Une variation de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
Faites le point 3.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

Coup d’œil sur l’économie québécoise 3.2 L’offre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58


Le capital humain au Québec : quelques indicateurs . . . . . . 8 La loi de l’offre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
X TABLE DES MATIÈRES

Le barème d’offre et la courbe d’offre . . . . . . . . . . . . . . . 58 La méthode des revenus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88


Une variation de l’offre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59 Deux méthodes, un seul et même résultat . . . . . . . . . . 91
Faites le point 3.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62 Faites le point 4.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
Combien êtes-vous prêt à payer ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63 4.3 Le PIB nominal et le PIB réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.3 L’équilibre du marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64 Du PIB nominal au PIB réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
Le prix : le régulateur du marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64 Le PIB réel et la croissance économique . . . . . . . . . . . . . 94
Les effets d’une variation de la demande . . . . . . . . . . . 65 Faites le point 4.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Les effets d’une variation de l’offre . . . . . . . . . . . . . . . . . 66 4.4 Le PIB réel et le niveau de vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Les variations simultanées de l’offre Les biens et services non comptabilisés
et de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67 dans le PIB réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Faites le point 3.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71 Faites le point 4.4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
Sommes-nous plus riches que les Américains ? . . . . . . 101
3.4 Le contrôle des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Le chapitre 4 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
Le prix plafond . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Le prix plancher . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73 Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Faites le point 3.4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75 Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
Le chapitre 3 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77 Coup d’œil sur l’économie Canadienne
Le calcul du PIB par Statistique Canada . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Coup d’œil sur l’économie Canadienne
Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79 Le calcul du PIB réel par Statistique Canada . . . . . . . . . . . . . 95
Coup d’œil sur l’économie mondiale
Coup d’œil sur l’économie mondiale L’indicateur de développement humain de l’ONU . . . . . . . . 99
Une variation de la demande de roses
Une variation de l’offre de pétrole . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Coup d’œil sur un grand économiste
Alfred Marshall et le modèle de l’offre CHAPITRE 5 Le coût de la vie
et de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70 et le chômage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
5.1 L’indice des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . 108
La construction de l’IPC . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
La mesure de l’inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
PARTIE 2 LES INDICATEURS Faites le point 5.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
MACROÉCONOMIQUES 80
5.2 Valeurs nominales et valeurs réelles . . . . . . . . . . . . . . . 114
La valeur des dollars et des cents
CHAPITRE 4 Le PIB et le niveau de vie . . . . . . . . . 80 à différentes dates . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
Salaire nominal et salaire réel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
4.1 Le PIB, les revenus et les dépenses . . . . . . . . . . . . . . . . . 82 Taux d’intérêt nominal et taux d’intérêt réel . . . . . . . . . 115
La définition du PIB . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82 Faites le point 5.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
Les dépenses dans le modèle des flux circulaires . . . . . 83
5.3 Les indicateurs du marché du travail . . . . . . . . . . . . . . 118
Les revenus dans le modèle des flux circulaires . . . . . . 85
L’égalité entre les dépenses et les revenus . . . . . . . . . . . 85 L’Enquête sur la population active . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
Faites le point 4.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 La nomenclature de l’Enquête . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
Les trois principaux indicateurs du marché
4.2 Le calcul du PIB canadien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 du travail . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
La méthode des dépenses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 Les travailleurs à temps partiel involontaire . . . . . . . . . 120
TABLE DES MATIÈRES XI

Les travailleurs découragés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120 L’équilibre macroéconomique et la capacité


Les types de chômage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121 de production de l’économie . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
Le plein-emploi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122 Les trois types d’équilibre macroéconomique . . . . . . . . 148
Combien d’argent vous faut-il pour vivre ? . . . . . . . . . . . 122 L’atteinte de l’équilibre de plein-emploi . . . . . . . . . . . . . 150
Faites le point 5.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124 L’école classique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
L’école keynésienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
Le chapitre 5 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125 L’école monétariste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
Faites le point 6.4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128 Le chapitre 6 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129 Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
Coup d’œil sur le passé
148 ans d’inflation et de déflation au Canada . . . . . . . . . . . . 112 Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
Coup d’œil sur le passé
Les salaires nominaux et les salaires réels des Coup d’œil sur le passé
premiers ministres du Canada . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116 Les récessions au Canada depuis 1926 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134

Coup d’œil sur l’économie québécoise Coup d’œil sur l’économie québécoise
Le taux de chômage au Québec . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123 L’évolution de l’équilibre macroéconomique
du Québec depuis 1981 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149

CHAPITRE 7 La politique budgétaire


PARTIE 3 COMPRENDRE LA et la dette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
MACROÉCONOMIE 130
7.1 La situation budgétaire du gouvernement
canadien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
CHAPITRE 6 La demande et  Le budget fédéral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
l’offre agrégées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130 L’évolution des revenus, des dépenses
et du solde budgétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
6.1 Les fluctuations économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132 Faites le point 7.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
Le cycle économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132 7.2 La politique budgétaire canadienne . . . . . . . . . . . . . . . . 163
Les fluctuations économiques et le modèle L’évolution de la politique budgétaire canadienne . . . . 163
de la demande et de l’offre agrégées . . . . . . . . . . . 133
Les effets d’une variation des dépenses
Faites le point 6.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134 publiques ou des impôts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
6.2 La demande agrégée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135 La politique budgétaire à l’œuvre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
Les composantes de la demande agrégée . . . . . . . . . . . 135 Les limites de la politique budgétaire . . . . . . . . . . . . . . . 169
La demande agrégée et la courbe DA . . . . . . . . . . . . . . . 135 Faites le point 7.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
Les variations de la demande agrégée . . . . . . . . . . . . . . 137
7.3 Le déficit et la dette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
Faites le point 6.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
Les frais de la dette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
6.3 L’offre agrégée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141 La relation entre les soldes budgétaires et la dette . . . 171
L’offre agrégée et la courbe OA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141 La dette et son poids . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171
Les variations de l’offre agrégée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143 Faites le point 7.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
Faites le point 6.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146 Payez-vous trop d’impôts ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 176
6.4 L’équilibre macroéconomique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146 Le chapitre 7 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
Peut-on prévoir l’avenir ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147 Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
XII TABLE DES MATIÈRES

Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179 Le chapitre 8 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211


Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179 Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212
Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
Coup d’œil sur l’économie québécoise
Le budget du Québec de 2016-2017 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162 Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
Coup d’œil sur un grand économiste
John Maynard Keynes et la révolution  Coup d’œil sur l’économie canadienne
macroéconomique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164 Requiem pour la « cenne noire » (1908-2012) . . . . . . . . . . . . 185

Coup d’œil sur l’économie québécoise Coup d’œil sur le passé


L’évolution de la dette du Québec depuis 1998 . . . . . . . . . . . 174 L’« invention » des banques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195

Coup d’œil sur l’économie mondiale Coup d’œil sur un grand économiste
La dette des principales économies avancées . . . . . . . . . . . . 175 Milton Friedman et l’évolution de la 
politique monétaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
Coup d’œil sur l’économie canadienne
La politique monétaire canadienne à l’œuvre . . . . . . . . . . . . 208
CHAPITRE 8 La monnaie et la
politique monétaire . . . . . . . . . . . . . . . 180

8.1 Qu’est-ce que la monnaie ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182


La définition de la monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182 PARTIE 4 L’ÉCONOMIE MONDIALE 214
Les fonctions de la monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
La monnaie au Canada . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184
CHAPITRE 9 Le commerce international . . . . . . . 214
Une nouvelle monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
Deux mesures officielles de la monnaie : 9.1 Le commerce international : l’exemple du Canada . . . 216
M2 et M2+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188
Notre commerce international de biens . . . . . . . . . . . . . 216
Faites le point 8.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
Notre commerce international de services . . . . . . . . . . . 216
8.2 Le système monétaire et la création de monnaie . . . . 190 Nos partenaires commerciaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 216
Les institutions de dépôt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190 Pourquoi commerçons-nous ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
Les fonctions économiques des institutions Faites le point 9.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221
de dépôt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191
9.2 Les gains du commerce international . . . . . . . . . . . . . . 222
Le profit et la sécurité : un équilibre délicat . . . . . . . . . . 192
Comment les institutions de dépôt créent-elles Les possibilités de production au Canada et
de la monnaie ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192 en Chine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
Faites le point 8.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196 Les gains de l’échange . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 224
Faites le point 9.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
8.3 La Banque du Canada et la politique monétaire . . . . 196
La banque du Canada . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196 9.3 Les restrictions au commerce international . . . . . . . . . 227
Les fonctions de la banque du Canada . . . . . . . . . . . . . . 197 Les tarifs douaniers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227
Les éléments clés et les effets de la politique Les barrières non tarifaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 229
monétaire canadienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 198 Acheter des produits locaux ou importés ? . . . . . . . . . . . 232
Les effets d’une variation du taux directeur Faites le point 9.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233
sur les taux d’intérêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
Les effets en chaîne d’une variation Le chapitre 9 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 234
des taux d’intérêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235
La conduite de la politique monétaire . . . . . . . . . . . . . . 205
Épargner ou emprunter ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209 Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237
Faites le point 8.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 210 Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237
TABLE DES MATIÈRES XIII

Coup d’œil sur l’économie canadienne Le chapitre 10 en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 260


Les échanges commerciaux du Canada . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
Questions de révision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 261
Coup d’œil sur un grand économiste
David Ricardo et les gains du commerce international . . . . 226 Appliquez vos savoir-faire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263

Coup d’œil sur le passé Mots clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 263


L’évolution des tarifs douaniers canadiens . . . . . . . . . . . . . . . 230
Coup d’œil sur l’économie canadienne
L’évolution de la balance des paiements
du Canada depuis 1986 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
CHAPITRE 10 La finance internationale . . . . . . . 238 Coup d’œil sur l’économie mondiale
Les soldes du compte courant en 2014 :
10.1 Le financement du commerce international . . . . . . . . 240
comparaisons internationales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 244
La balance des paiements internationaux . . . . . . . . . . . 240
Coup d’œil sur l’économie québécoise
Prêteurs et emprunteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 244
La balance commerciale du Québec :
Faites le point 10.1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246 un déficit inquiétant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 245
10.2 Le taux de change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246 Coup d’œil sur le passé
La demande sur le marché des changes . . . . . . . . . . . . . 247 Pourquoi le taux de change est-il si volatil ? . . . . . . . . . . . . . 254
L’offre sur le marché des changes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249 Coup d’œil sur le passé
Les variations du taux de change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 253 Le taux de change du dollar canadien de 1947 à 2015 :
fixe ou flexible ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 259
Faites le point 10.2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255

10.3 La Banque du Canada et le marché des changes . . . . 255


Une modification du taux directeur . . . . . . . . . . . . . . . . . 255 Glossaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 264
Une intervention directe sur le marché des changes . . 256
Sources des illustrations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 269
Combien coûtera votre prochain voyage à l’étranger ? . 257
Faites le point 10.3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 258 Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 270
2 PARTIE 1 INTRODUCTION

PARTIE 1
INTRODUCTION
CHAPITRE 1
QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ?

ÊTES-VOUS
CAPABLE DE
COMBLER TOUS
VOS DÉSIRS ?
VOUS DÉSIREZ VIVRE PLUS LONGTEMPS ET EN
MEILLEURE SANTÉ. Vous désirez une maison confor-
table et spacieuse, bien meublée et bien équipée. Vous
désirez fréquenter un bon collège, une bonne univer-
sité. Vous désirez toute une panoplie de matériel récréa-
tif, des simples chaussures de sport aux motomarines,
en passant par les jeux vidéo et les cinémas maison.
Vous désirez avoir du temps pour pratiquer vos activités
préférées, faire du sport, vous amuser, lire, voir des
films, écouter de la musique, voyager, rencontrer vos
amis, jouir de la vie.
Cependant, on ne peut pas tout avoir. Chacun est
limité dans la satisfaction de ses désirs, de ses besoins
par le temps qu’il a, le revenu dont il dispose et les prix
de ce qu’il convoite. Nous nous retrouvons tous et
toutes avec des besoins insatisfaits et la nécessité de
faire des choix.
Dans ce chapitre, nous examinerons ce qui limite
notre capacité à satisfaire tous nos besoins (la rareté)
et la science humaine qui étudie les choix que nous
devons faire devant cette contrainte (l’économique).

COUP D’ŒIL
SOMMAIRE

1.1 ÊTES-VOUS CAPABLE SUR L’ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE 1.2


L’économique et ses trois DE COMBLER TOUS Le capital humain au Québec : La coordination des
questions fondamentales VOS DÉSIRS ? quelques indicateurs décisions économiques

p. 4 p. 5 p. 8 p. 10
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 3

SAVOIR-FAIRE
1 Définir l’économique et distinguer la
microéconomie de la macroéconomie
2 Décrire la coordination des
décisions économiques
3 Décrire le travail des économistes
4 Construire et interpréter les graphiques
utilisés dans les modèles économiques

VOS OUTILS NUMÉRIQUES

MaBiblio > MonLab xL

Réalisez les exercices assignés par votre


enseignant.

COUP D’ŒIL COUP D’ŒIL


SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE 1.3 SUR UN GRAND ÉCONOMISTE 1.4
Cuba, une économie L’économique : Adam Smith et la naissance Les graphiques : Le chapitre 1
en mutation une science humaine de la science économique l’outil des économistes en bref

p. 15 p. 16 p. 19 p. 20 p. 26
4 PARTIE 1 INTRODUCTION

L’ÉCONOMIQUE ET SES TROIS


1.1 QUESTIONS FONDAMENTALES
Dans toutes les sociétés, les besoins qu’expriment les individus et la collectivité dépassent
largement les ressources accessibles pour les satisfaire. En tant que société, notre capa-
Ressources productives cité à satisfaire nos besoins est limitée par nos ressources productives, c’est-à-dire les
Ressources servant à produire ressources naturelles, le travail et l’ingéniosité humaine, ainsi que les outils et l’équipe-
des biens ou des services :
ressources naturelles, travail, ment que nous avons produits.
ingéniosité humaine, outils et
équipements.
En économique, ce phénomène de l’insuffisance des ressources accessibles pour
satisfaire tous les besoins exprimés s’appelle la rareté. Celle-ci n’épargne ni les pauvres
Rareté
Insuffisance des ressources ni les riches. L’enfant qui n’a que 2 $ en poche et qui veut un sac de croustilles à 2 $ ainsi
accessibles pour satisfaire tous que deux tablettes de chocolat à 1 $ chacune est aux prises avec la rareté. Le chef d’en-
les besoins exprimés.
treprise qui veut passer son samedi à jouer au golf et qui souhaite assister à une réunion
importante le même samedi est aux prises avec la rareté. La société qui veut améliorer
son système de santé, brancher toutes les classes du primaire et du secondaire à inter-
net, explorer l’espace, dépolluer les fleuves, les lacs et les rivières, et ainsi de suite, est
aux prises avec la rareté.
La rareté nous impose des choix. Nous devons choisir parmi toutes les possibilités
qui s’offrent à nous. L’enfant doit choisir entre le sac de croustilles et les tablettes de
chocolat. Le chef d’entreprise doit choisir entre le golf et la réunion. En tant que société,
nous devons choisir entre les soins de santé, les branchements à internet, l’exploration
spatiale, l’environnement, etc. Nos choix dépendent des incitatifs auxquels nous sommes
Incitatif soumis. Un incitatif est une récompense (une « carotte ») ou une punition (un « bâton »)
Récompense ou punition qui encourage ou décourage une action. Si le prix du sac de croustilles augmente et que
(« carotte » ou « bâton ») qui
encourage ou décourage
celui des tablettes de chocolat diminue, l’enfant est incité à acheter moins de croustilles
une action. et plus de chocolat. Si un profit de 10 M $ est en jeu, le chef d’entreprise est incité à
renoncer au golf pour aller à sa réunion. Plus le prix des ordinateurs baisse, plus les
commissions scolaires sont incitées à doter les classes du primaire et du secondaire
d’ordinateurs et à les brancher à internet.
Économique L’économique est la science humaine étudiant les choix que font les êtres humains
Science humaine étudiant les quand ils composent avec la rareté et avec les incitatifs qui influent sur leurs choix.
choix que font les êtres humains
quand ils composent avec la Elle se divise en deux branches :
rareté et avec les incitatifs qui
influent sur leurs choix.
• La microéconomie ;
• La macroéconomie.

LA MICROÉCONOMIE
Microéconomie La microéconomie est la branche de l’économique qui étudie les choix des individus et
Branche de l’économique qui des entreprises, ainsi que la façon dont ces choix répondent aux incitatifs, interagissent
étudie les choix des individus
et des entreprises, ainsi que la
entre eux et subissent l’influence des pouvoirs publics. Pourquoi y a-t-il plus de gens qui
façon dont ces choix répondent achètent des véhicules utilitaires sport et moins de gens qui achètent des fourgonnettes ?
aux incitatifs, interagissent Quel est l’effet d’une baisse du prix de la console PlayStation de Sony et du Xbox de
entre eux et subissent
l’influence des gouvernements. Microsoft sur les quantités de ces biens que les gens achètent ? Pourquoi le prix de l’es-
sence fluctue-t-il constamment ? Comment une entreprise maximise-t-elle ses profits ?
Pourquoi le gouvernement taxe-t-il la bière, mais pas le jus d’orange ? Voilà autant
d’exemples de questions microéconomiques.

LA MACROÉCONOMIE
Macroéconomie
Branche de l’économique La macroéconomie est la branche de l’économique qui étudie les effets agrégés (totaux)
qui étudie les effets agrégés des choix des individus, des entreprises et des gouvernements sur l’économie nationale
(totaux) des choix des
individus, des entreprises et des
et mondiale. Pourquoi, après une dizaine d’années de croissance économique soutenue,
gouvernements sur l’économie notre économie a-t-elle connu une récession en 2009 ? La Banque du Canada peut-elle
nationale et mondiale. maîtriser l’inflation en augmentant les taux d’intérêt ? Comment les gouvernements
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 5

peuvent-ils stimuler l’activité économique et, ainsi, réduire le chômage ? Pourquoi la


croissance économique est-elle plus forte en Chine et en Inde qu’elle ne l’est chez nous ?
Voilà autant d’exemples de questions macroéconomiques.
Née dans les années 1930, la macroéconomie est le fruit du travail du célèbre éco-
nomiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946). « Mon rêve, écrivait Keynes,
serait que l’économiste puisse être aussi utile que le dentiste ou le médecin. »

ÊTES-VOUS CAPABLE DE COMBLER


TOUS VOS DÉSIRS ?
La réponse à cette question est non. Tous les jours, vous faites des choix, comme les
35 millions de Canadiens et les 7 milliards de personnes dans le monde. Vous devez
choisir les besoins que vous désirez combler puisqu’il est impossible de tous les assouvir,
en raison du manque de temps et d’argent. Faites-vous des choix qui servent uniquement
votre intérêt ou aussi celui de la société ?

Votre intérêt individuel et l’intérêt social


Chaque fois que vous choisissez ce que vous croyez être le mieux pour vous, indépen-
damment des conséquences pour autrui, vous faites des choix qui servent votre intérêt
individuel. Vous achetez du pain parce que vous avez faim et que vous voulez manger,
et non parce que vous vous dites que le boulanger a besoin de gagner sa vie.
Vos choix dictés par l’intérêt individuel peuvent aussi servir l’intérêt social s’ils sont
les meilleurs possibles pour la société dans son ensemble – autrement dit, s’ils contri-
buent à une utilisation plus efficace des ressources et à une répartition plus équitable
(ou honnête) des biens et des services entre les individus. Comment faire pour que vos
choix dictés par l’intérêt individuel servent également l’intérêt social ?

Vos choix servent-ils aussi l’intérêt social ?


Pensons au réchauffement climatique. La fonte des calottes polaires est une preuve
incontestable du réchauffement de la planète1. On estime que la surface de la Terre s’est
réchauffée de 0,75 °C depuis un siècle. La majorité des scientifiques s’entendent pour
dire que la température monte parce que la quantité de dioxyde de carbone sur Terre
augmente, et l’activité économique humaine contribue à cette augmentation.
À quel point la Terre se réchauffera-t-elle et quels seront les effets de ce réchauffe-
ment ? Nous l’ignorons. Chose certaine, si la température continue à augmenter, le climat
va changer, le niveau des océans va monter et les régions côtières proches du niveau de
la mer devront être protégées des vagues par des digues extrêmement coûteuses.
Tous les jours, lorsque vous veillez à votre intérêt individuel en utilisant de l’essence,
vous contribuez aux émissions de gaz à effet de serre et vous laissez votre empreinte de
carbone. Vous pourriez réduire cette empreinte en vous déplaçant à pied ou à vélo, en
utilisant les transports en commun ou en plantant des arbres, et ainsi servir l’intérêt social.
Parmi les choix suivants, lesquels servent l’intérêt social, selon vous ? Acheter des
légumes chez un producteur local, prendre plus de 30 minutes pour se doucher, déposer
au recyclage le papier, le carton, le plastique et le verre, laisser constamment les lumières
allumées dans la maison. Le premier et le troisième, très certainement. Y a-t-il d’autres
choix que vous faites tous les jours et qui servent à la fois votre intérêt individuel et
l’intérêt social ?

1. Il faut noter qu’une minorité en doute.


6 PARTIE 1 INTRODUCTION

LES TROIS QUESTIONS FONDAMENTALES


Promenez-vous dans un centre commercial et observez l’assortiment de biens et services
qu’on y met en vente ; entrez dans les boutiques et lisez les étiquettes pour savoir où ont
été produits les biens qu’on y vend. La prochaine fois que vous emprunterez l’autoroute,
repérez les plus gros camions, lisez les noms d’entreprises et de produits qui y sont
inscrits, et notez où ces camions ont été immatriculés. Consultez les sites de vente en
ligne, comme Amazon ou eBay, et constatez l’incroyable diversité de biens et services
qui vous sont offerts.
L’économique se penche sur trois questions fondamentales :
• Quoi produire ?
• Comment produire ?
• Pour qui produire ?

Saviez-vous que… Quoi produire ?


En Alberta, la valeur de la consigne a augmenté de Les fermes, les usines, les chantiers de construction, les
5 à 10 cents et de 20 à 25 cents en 2008, alors qu’au commerces et les bureaux du pays produisent une foule
Québec, elle est la même depuis 1986. Trois ans plus de choses, des produits de première nécessité, comme la
tard, toujours en Alberta, le taux de récupération de nourriture, le logement et les soins de santé, aux produits
l’aluminium a augmenté de 75 % à 89 % ; celui des de luxe, comme les croisières, les véhicules utilitaires
contenants de type PET, de 67 % à 79 % ; et celui du sport (VUS) et les tablettes numériques. On appelle biens
verre, de 77 % à 90 %2. Quel incitatif l’Alberta a-t-elle et services tous les produits que les êtres humains valo-
utilisé pour encourager la récupération ? L’a-t-elle fait risent et produisent pour satisfaire leurs désirs et leurs
dans l’intérêt des individus ou de tous les Albertains ? besoins. Les biens sont des objets physiques, comme les
Le Québec devrait-il suivre cet exemple ? balles de golf ; les services sont des tâches qu’on accom-
plit pour des gens, comme les coupes de cheveux.
RÉPONSE

L’Alberta a choisi de récompenser davantage les citoyens qui


récupèrent – la « carotte » plutôt que le « bâton ». Par cet incitatif, En macroéconomie, on classe les biens et services en
l’intérêt de chacun a servi l’intérêt de l’ensemble de la société quatre grandes catégories :
albertaine. Il va de soi que le Québec devrait suivre l’exemple de
l’Alberta afin d’améliorer son taux de récupération de bouteilles et • Les biens et services de consommation ;
de cannettes, et ce, dans l’intérêt de toute la société québécoise. • Les biens d’investissement ;
• Les biens et services des administrations publiques ;
• Les biens et services d’exportation.
Biens et services Les biens et services de consommation sont des biens et services que des particu-
Produits que les êtres humains liers achètent pour leur jouissance personnelle, et qui contribuent à leur niveau de vie.
valorisent et produisent pour
satisfaire leurs besoins et leurs Le logement, les meubles, les vêtements, les VUS, les films et le maïs soufflé, les voyages
désirs ; les biens sont des objets d’agrément, le café et les beignes, les soins dentaires, les services de nettoyage à sec et
physiques, et les services, des
tâches qu’on accomplit pour d’entretien des pelouses en sont des exemples.
des gens. Les biens d’investissement sont des biens que les entreprises achètent pour accroître
Biens et services de leur capacité de production. Les chaînes de montage d’automobiles, la machinerie et
consommation
Biens et services que des l’équipement, les gazoducs, les ordinateurs et les centres commerciaux en sont des
particuliers achètent pour leur exemples.
jouissance personnelle, et qui
contribuent à leur niveau de vie. Les biens et services des administrations publiques sont des biens et services
Biens d’investissement qu’achètent les gouvernements et les administrations publiques. Les soins de santé,
Biens que les entreprises l’éducation, les services de police, les tribunaux, les ordinateurs, la papeterie et l’équi-
achètent pour accroître leur
pement militaire en sont des exemples.
capacité de production.
Biens et services des Les biens et services d’exportation sont des biens et services produits dans un pays
administrations publiques et vendus dans d’autres pays. Parmi les biens d’exportation canadiens, mentionnons les
Biens et services qu’achètent
les gouvernements et les
CRJ (Canadian Regional Jets) produits au Québec par Bombardier et achetés en Australie
administrations publiques. par Sun State Airlines, et le gaz produit dans l’Ouest canadien et acheté par des services
Biens et services publics en Californie et dans les États américains du Midwest et du Nord-Ouest Pacifique.
d’exportation
Biens et services produits
dans un pays et vendus dans
d’autres pays.
2. Pro-Consigne Québec, La hausse de la consigne de 0,05 $ à 0,10 $ : ravivons le débat !, Montréal,
24 mai 2014.
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 7

La figure 1.1 montre comment la production totale au Canada se répartissait entre ces
quatre catégories de biens et services en 2015. Comme on le voit, la catégorie la plus impor-
tante est celle des biens et services de consommation, loin devant celles des biens d’inves-
tissement et des biens et services des administrations publiques. La figure révèle également
l’importance des exportations, une caractéristique clé de l’économie canadienne.

Figure 1.1 Production de biens et services au Canada en 2015

Biens et services
de consommation : 43 %

Biens et services Au Canada, en 2015, les biens et services de


d’exportation : 24 % consommation représentaient 43 % de la
production totale ; les biens d’investissement, 15 % ;
les biens et services des administrations publiques,
19 % ; et les biens et services d’exportation, 23 %.
Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 380-0064,
Produit intérieur brut (PIB), en termes de dépenses,
comptes économiques, modifié le 01-03-2016.

Biens
d’investissement : 17 % Biens et services des
administrations publiques : 16 %

Comment produire ?
Les biens et services sont produits avec des ressources productives que les économistes
appellent facteurs de production. On distingue quatre types de facteurs de production : Facteurs de production
Ressources productives qui
• La terre ; servent à produire les biens
• Le capital ; et services ; comprennent la
• Le travail ; terre, le travail, le capital et
• L’entrepreneuriat. l’entrepreneuriat.

En économique, le terme terre englobe les ressources naturelles qu’on utilise pour Terre
produire des biens et services, soit la terre au sens strict, les minéraux, les ressources Ressources naturelles qu’on
utilise pour produire des biens
énergétiques, l’air, l’eau, les arbres et les plantes sauvages, les animaux, y compris les et services.
oiseaux et les poissons, et les microorganismes. Certaines de ces ressources sont renou-
velables, mais d’autres sont épuisables.
Dans le langage courant, le terme « capital » désigne le capital financier, c’est-à-dire
l’argent, les actions et les obligations. Or, s’il permet aux gens de doter les entreprises de
ressources financières et d’obtenir un revenu d’intérêt, le capital financier ne sert pas direc-
tement à produire des biens et services. De ce fait, il n’est pas en soi une ressource produc-
tive, mais il sert à acquérir les ressources nécessaires à la production de biens et services.
En économique, le terme capital désigne plutôt le capital physique – les outils, les Capital
instruments, la machinerie, les édifices et autres constructions – que les entreprises Outils, instruments, machinerie,
édifices et autres constructions
utilisent pour produire des biens et services. Cela inclut les chaînes de montage, les que les entreprises utilisent pour
autoroutes, les centrales électriques, les aéroports et les avions, les marteaux et les produire des biens et services.
tournevis, les robots industriels, les entrepôts, les magasins de détail, les tours de
bureaux, les ordinateurs et les systèmes de communications électroniques.
Travail
Le terme travail, lui, désigne les ressources humaines – le temps et les efforts que les Temps et efforts que les gens
consacrent à la production
gens consacrent à la production des biens et services. Cela inclut les efforts physiques et de biens et services ; inclut le
mentaux de tous ceux et celles qui travaillent dans des fermes, des chantiers de capital humain.
8 PARTIE 1 INTRODUCTION

construction, des usines, des manufactures, des magasins et des bureaux, ainsi que le
Capital humain capital humain, c’est-à-dire les savoirs, les compétences et les habiletés que les gens
Savoirs, compétences et acquièrent par l’instruction, la formation en cours d’emploi et l’expérience de travail, et
habiletés qu’on acquiert par
les études, la formation en qui améliorent la qualité du travail. En ce moment même, pendant que vous suivez ce
cours d’emploi et l’expérience cours d’économique et d’autres cours, vous êtes en train d’investir dans votre propre
de travail.
capital humain, qui continuera à augmenter quand vous prendrez un emploi à plein
temps, que vous acquerrez de l’expérience et que vous vous perfectionnerez dans votre
travail. En 2012, plus de 80 % de la population canadienne en âge de travailler avait
terminé son secondaire, et près de 54 % détenait un certificat, un diplôme d’études col-
légiales ou un diplôme universitaire3.
Entrepreneuriat On appelle entrepreneuriat le type de ressource humaine qui organise les trois
Type de ressource humaine qui autres facteurs de production – le travail, la terre et le capital. L’innovation est le moteur
organise les trois autres facteurs
de production (le travail, la terre
de l’entrepreneuriat. Les entrepreneurs apportent de nouvelles idées sur ce qu’il
et le capital). convient de produire et sur la façon de le faire, prennent des décisions d’affaires et
assument les risques qui en découlent.

Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE

Le capital humain au Québec : quelques indicateurs


Le tableau ci-contre dresse un portrait du nombre de diplômes Croyez-vous que l’État québécois devrait accroître la part
décernés au Québec en 2005-2006 et en 2011-2012. À la lumière de de ses dépenses consacrées à l’éducation et à la culture
ces informations, peut-on considérer que le capital humain s’est accru afin d’augmenter davantage le nombre de nouveaux
au Québec ? Par rapport à 2005-2006, on constate que le nombre de diplômés ?
diplômés des secteurs secondaire, collégial et universitaire a augmenté.
Modérée pour les secteurs collégial et universitaire, l’augmentation est Diplômes décernés au Québec, 2005-2006
plus importante pour le secteur secondaire, où le nombre de diplômés et 2011-2012
s’est accru de 13 768, surtout en formation technique (accroissement Diplômes décernés 2005-2006 2011-2012
d’environ 10  000). L’augmentation du nombre de maîtrises et de
Secondaire 110 651 124 419
doctorats est également encourageante.
Général 71 740 74 438
Est-ce qu’on reçoit davantage de diplômes au Québec qu’ailleurs ? En Technique 38 911 48 981
2011, le taux d’obtention d’un diplôme d’études secondaires au Québec, Collégial 41 084 44 670
établi à 93 %, surpassait ceux du Canada (88 %) et de l’Ontario (86 %)4. Ce Préuniversitaire 23 601 26 737
taux, pour le Québec, était supérieur à celui de la moyenne des pays de
Technique 17 483 17 933
l’OCDE (84 %) en 20125. Le Québec se classait au sixième rang, derrière la
Universitaire 43 396 47 480
Slovénie (96 %), l’Allemagne (95 %), l’Islande (95 %), la Hongrie (94 %) et
les Pays-Bas (94 %), et loin devant les États-Unis (77 %)6. Baccalauréat 32 117 34 656
Maîtrise 10 001 10 973
Malgré l’augmentation du nombre de diplômes décernés, la Doctorat 1 278 1 851
part des dépenses en éducation et en culture s’est maintenue à Source : Institut de la statistique du Québec, Le Québec chiffres en main,
22 % des dépenses totales de l’État québécois durant cette période. édition 2014.

3. Emploi et Développement social Canada, Indicateurs de mieux-être au Canada, http://mieux-


etre.edsc.gc.ca/misme-iowb/h.4m.2@-fra.jsp (page consultée le 3 février 2015).
4. Conseil des statistiques canadiennes de l’éducation (CSCE) et Statistique Canada, Indicateurs
de l’éducation au Canada : une perspective internationale 2014, 13 février 2015, tableau
A.2.1, Taux d’obtention d’un diplôme de fin d’études secondaires selon le sexe, p. 41.
5. OCDE (2014), Regards sur l’éducation : les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE, tableau A2.1a,
Taux et âge moyen d’obtention d’un diplôme du deuxième cycle du secondaire (2012), p. 70.
6. Ibid.
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 9

L’entrepreneuriat se quantifie difficilement, mais les dernières décennies ont été par-
ticulièrement fastes à cet égard. Bill Gates, le fondateur de Microsoft, John Sleeman, qui
dirige une brasserie dont la croissance est l’une des plus rapides en Amérique du Nord,
Guy Laliberté, qui a créé le Cirque du Soleil, Louis Garneau, qui a lancé une entreprise
spécialisée dans la conception de vêtements sport haut de gamme, et Daniel Langlois, qui
a créé Softimage (acheté par Microsoft), sont des exemples de talent entrepreneurial
exceptionnel. Toutefois, ces figures de proue ne doivent pas nous faire oublier que des
centaines de milliers d’autres personnes dirigent des entreprises de toutes tailles.

Pour qui produire ? Saviez-vous que…


Qui obtient les biens et services que nous produisons ? Cela « Avec un revenu par habitant de 26 046 $,
dépend du revenu que les gens gagnent, ainsi que des biens et le Québec se classe […] au dernier rang des
services qu’ils choisissent d’acheter. Un revenu important permet provinces et des territoires7. » À quelle ques-
de se procurer une grande quantité de biens et services ; un faible tion économique fondamentale associe-t-on
revenu laisse beaucoup moins de choix et ne permet d’acheter cette nouvelle ? Dites pourquoi.
que peu de biens et services.

RÉPONSE
Dans une économie de marché, les gens s’assurent un revenu Pour qui produire ? Puisque le revenu disponible par
habitant au Québec est le plus bas au Canada, les
en offrant les ressources dont ils ont la propriété sur le marché Québécois se procureront moins de biens et services que
des ressources. On distingue quatre types de revenus : les habitants des autres provinces et territoires.

• Le salaire ;
• L’intérêt ;
• Le loyer ;
• Le profit. Loyer
Revenu que rapporte la terre.
Ainsi, la terre rapporte un loyer, le travail rapporte un salaire, le capital financier
Salaire
rapporte un intérêt et l’entrepreneuriat rapporte un profit.
Revenu que rapporte le travail.
Au Canada, quelle source de revenu rapporte la plus grosse part du revenu agrégé Intérêt
(total) ? La figure 1.2, qui montre la répartition du revenu total entre les diverses sources, Revenu que rapporte le
nous apprend que le travail a généré le plus de revenus, avec 72 % du total au Canada capital financier.

en 2015. Il n’existe aucune mesure précise du revenu du capital, du loyer et du profit, Profit (ou perte)
Revenu que rapporte
mais nous savons qu’en 2015 le revenu des entreprises (qu’on appelle « excédent d’ex- l’entrepreneuriat ; peut être
ploitation net ») représentait 16 % du revenu total, et les autres revenus, 12 %. positif ou négatif.

Figure 1.2 Sources de revenu au Canada en 2015

Rémunération Autres revenus : 12 %


des salariés :
72 %

Le travail est la principale source de revenus : en


Excédent
2015, la rémunération des salariés représentait 72 %
d’exploitation net :
du revenu total au Canada.
16 %
Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 380-0063,
Produit intérieur brut (PIB), en termes de revenus, comptes
économiques, modifié le 01-03-2016.

7. Institut de la Statistique du Québec, Bulletin Flash : Revenu disponible, édition 2015.


10 PARTIE 1 INTRODUCTION

1.1
1 Définir l’économique et distinguer la microéconomie de la macroéconomie

EXERCEZ-VOUS 3. À partir de la figure 1.1 (p. 7), énumérez les quatre


grandes catégories de biens et services de la plus
1. L’économique étudie les choix qui découlent d’un
importante à la moins importante au Canada en 2015, et
phénomène précis. Quel est ce phénomène ?
donnez un exemple pour chacune.
2. Dites si les énoncés suivants relèvent de la
microéconomie ou de la macroéconomie.
QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES
a) L’économie canadienne a connu une récession
importante en 2009. 4. Jour après jour, nous devons faire de multiples choix.
Qu’est-ce qui rend ces choix inévitables ?
b) Le gouvernement provincial augmente la taxe sur
l’essence. 5. Quelle est la principale différence entre les biens et
services de consommation et les biens d’investissement ?
c) Les bas taux d’intérêt stimulent la consommation des
ménages. 6. Énumérez les facteurs de production et le type de revenu
que chacun génère. À partir des données de la figure 1.2
d) La hausse du coût des matériaux modifie le prix des (p. 9), déterminez quel facteur de production reçoit la plus
maisons neuves. grande part du revenu total au Canada en 2015.
e) La baisse de la production de biens et services
entraîne une hausse du chômage.

RÉPONSES
1. Ce phénomène est la rareté. Les choix sont inévitables parce que les • Les biens et services de consommation, comme les coupes de cheveux ;
ressources disponibles ne suffisent pas à satisfaire nos besoins illimités. • Les biens et services d’exportation, comme le bois d’œuvre que le Canada
Comme nous ne pouvons pas tout avoir, nous devons faire des choix. vend aux États-Unis ;
2. Microéconomie : b) et d). Macroéconomie : a), c) et e). • Les biens et services des administrations publiques, comme les soins
3. En 2015, les quatre catégories de biens et services au Canada étaient, de la de santé ;
plus importante à la moins importante : • Les biens d’investissement, comme les plateformes pétrolières.

LA COORDINATION DES
1.2 DÉCISIONS ÉCONOMIQUES
Pour bien comprendre le fonctionnement d’une économie, il importe d’en avoir une vue
d’ensemble, d’en connaître les principales composantes et de saisir les relations qu’elles
entretiennent.
Économie fermée La figure 1.3 montre le schéma d’une économie fermée, c’est-à-dire d’une économie
Économie qui n’entretient de qui n’entretient de liens avec aucune autre. En réalité, la seule économie totalement
liens avec aucune autre.
fermée est l’économie mondiale, mais nous nous servirons de ce schéma pour expliquer
sommairement le fonctionnement de la forme la plus simple d’une économie.
Comme on le voit à la figure 1.3, une économie fermée a deux grandes composantes :
• Les décideurs (rectangles bleus) ;
• Les marchés (rectangles gris).
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 11

Figure 1.3 Vue d’ensemble d’une économie fermée

Les ménages décident des quantités


MÉNAGES de travail, de terre, de capital et
Travail, terre,
Biens et d’entrepreneuriat qu’ils vendront ou loueront
capital,
services en échange de salaires, de loyers, d’intérêts
entrepreneuriat
ou de profits, ainsi que de la façon dont ils
Biens et dépenseront leurs revenus pour se procurer
services les divers types de biens et services dont
ils ont besoin. Les entreprises décident des
Impôts quantités de travail, de terre, de capital et
d’entrepreneuriat qu’elles se procureront,
ainsi que des quantités de divers types de
Lois et GOUVERNEMENT / Lois et biens et services qu’elles produiront. Les
MARCHÉS MARCHÉS
ADMINISTRATIONS divers paliers de gouvernement décident
DES PRODUITS règlements règlements DES FACTEURS quels biens et services ils fourniront ainsi
PUBLIQUES
que le montant des impôts que paieront les
Dépenses Salaires, ménages et les entreprises. Ces décisions
Impôts
en biens loyers, des ménages, des entreprises et des
et services intérêts, administrations publiques sont coordonnées
profits par les marchés des facteurs et les marchés
des produits, marchés qui sont eux-mêmes
Biens et
soumis à des lois et à des règlements que
services
les administrations publiques établissent
et font respecter. Dans ces marchés, les prix
s’ajustent constamment pour assurer l’égalité
ENTREPRISES entre la quantité offerte et la quantité
demandée.

LES DÉCIDEURS
Les décideurs sont des agents économiques : ils font des
choix. La figure 1.3 montre trois catégories de
décideurs :
• Les ménages ;
• Les entreprises ;
• Le gouvernement et les autres administrations
publiques.
Un ménage est constitué par toute personne vivant
seule ou tout groupe de personnes vivant ensemble
(couple, famille, colocataires, etc.) et qui agit en tant
qu’unité décisionnelle. Chaque ménage a des désirs illi-
mités et des ressources limitées.
Une entreprise est un organisme qui utilise des res-
sources pour produire des biens et services. Tout produc-
Les services médicaux couverts par le régime d’assurance maladie sont choisis par les
teur de biens ou de services, quelles que soient sa taille et gouvernements. Le montant des impôts que paieront les ménages et les entreprises
sa production, est considéré comme une entreprise. font aussi partie des décisions prises par les gouvernements.

Un gouvernement est un organisme aux multiples


fonctions : il instaure des lois et des règlements, administre le mécanisme qui assure leur
respect (tribunaux et forces policières), impose les ménages et les entreprises, et fournit
des services publics (défense nationale, santé et services sociaux, transports, etc.). Nous
verrons au chapitre 7 comment le budget de l’État influe sur les décisions des ménages
et des entreprises.
12 PARTIE 1 INTRODUCTION

LES MARCHÉS
Dans le langage courant, le mot « marché » désigne le lieu physique où l’on achète et
vend des produits. En économique, le terme marché a un sens plus large : il désigne tout
ensemble – physique ou virtuel – qui réunit des acheteurs et des vendeurs pour leur
permettre d’échanger. Nous étudierons plus en détail le fonctionnement des marchés au
chapitre 3.
La figure 1.3 présente deux types de marchés : les marchés des produits, où
s’échangent des biens et services, et les marchés des facteurs, où s’échangent des fac-
teurs de production. Par ailleurs, elle montre que les transactions qui s’y font résultent
des décisions prises par les ménages et les entreprises. Les ménages décident des quan-
tités de travail, de terre, de capital et d’entrepreneuriat qu’ils vendront sur le marché
des facteurs, et de la façon dont ils dépenseront leurs revenus (salaires, loyers, intérêts
et profits) en biens et services produits par les entreprises. Les entreprises décident des
quantités de travail, de terre, de capital et d’entrepreneuriat qu’elles se procureront, des
types de biens et services qu’elles offriront et des quantités qu’elles produiront pour les
vendre sur le marché des produits.
Les flèches de la figure 1.3 illustrent les flux qui résultent des décisions des ménages
et des entreprises. Les flux rouges représentent les facteurs de production qui vont des
ménages aux entreprises, ainsi que les biens et services qui vont des entreprises aux
ménages. Les flux verts, qui circulent en sens inverse, sont des flux monétaires : ils
représentent les sommes qui circulent au cours de ces échanges. Nous verrons au cha-
pitre 4 comment on mesure tous ces flux, et, au chapitre 8, les sortes de monnaies qui
circulent dans les flux monétaires et le rôle des institutions monétaires comme les insti-
tutions de dépôt et la Banque du Canada. Un processus de choix publics détermine les
lois et les règlements imposés par les divers paliers de gouvernement, les impôts qu’ils
lèvent ainsi que les biens et services qu’ils fournissent. Ces choix des administrations
publiques se trouvent au centre de la figure 1.3.

LA COORDINATION PAR LE MARCHÉ


ET LA COORDINATION PAR DIRECTIVES
Le fait le plus marquant concernant les choix des ménages, des entreprises et des admi-
nistrations publiques est probablement que, tôt ou tard, ils entrent en conflit. Ainsi, sur
les marchés des facteurs, les ménages décident de la quantité de travail qu’ils fourniront
et de leur spécialisation, mais les entreprises décident du type et de la quantité de main-
d’œuvre qu’elles emploieront. Autrement dit, les ménages décident du type et de la
quantité de travail à vendre, et les entreprises, du type et de la quantité de travail à
acheter. De même, sur les marchés des produits, les ménages décident quels types et
quelles quantités de biens et services ils vont acheter, alors que les entreprises décident
quels types et quelles quantités de biens et services elles vont vendre.
Comment les milliards de décisions prises par les ménages, les entreprises et les
administrations publiques peuvent-elles se coordonner et s’équilibrer ? Qu’est-ce qui fait
que les ménages désirent vendre le type et la quantité de travail que les entreprises
souhaitent acheter ? Que se passe-t-il si le nombre de ménages qui désirent travailler
dans des compagnies aériennes excède le nombre de travailleurs que les compagnies
aériennes désirent embaucher ? Comment les entreprises savent-elles ce qu’il faut pro-
duire pour répondre à la demande des ménages ? Que se passe-t-il si les entreprises
désirent vendre plus de hamburgers que n’en demandent les ménages ?
Les réponses à ces questions varient selon que l’économie recourt à l’un ou à l’autre
des deux mécanismes de coordination suivants :
• La coordination par le marché ;
• La coordination par directives.
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 13

La coordination par le marché


Les marchés coordonnent les décisions individuelles par des ajustements de prix. Pour
saisir comment, pensez au marché des hamburgers de votre localité. Imaginez que, au
prix courant, la quantité de hamburgers en vente est inférieure à la quantité de hambur-
gers que les consommateurs souhaitent acheter, et que certains consommateurs qui
veulent acheter des hamburgers ne peuvent pas le faire. Pour que le choix des acheteurs
et celui des vendeurs correspondent, les acheteurs doivent refréner leur désir de ham-
burgers, et une plus grande quantité de hamburgers doit être mise en vente. Ce résultat
s’obtient par l’augmentation du prix des hamburgers. La pénurie de hamburgers
entraîne la hausse de leur prix. Ce prix plus élevé incite les producteurs à offrir un plus
grand nombre de hamburgers ; il freine également le désir de hamburgers du consom-
mateur et l’incite à modifier son menu. Un moins grand nombre de consommateurs
achète des hamburgers, et un plus grand nombre achète des hot-dogs (ou autres subs-
tituts des hamburgers). Une plus grande quantité de hamburgers (et de hot-dogs) est
offerte sur le marché.
Imaginons maintenant la situation inverse. Au prix courant, il y a plus de hamburgers
à vendre que les consommateurs n’en désirent. Dans ce cas, pour que le choix des ache-
teurs et celui des vendeurs concordent, il faut que les consommateurs achètent davan-
tage de hamburgers, et que les producteurs en mettent moins en vente. Ce résultat
s’obtient par une baisse du prix des hamburgers. Un surplus de hamburgers entraîne la
baisse de leur prix. Cette baisse de prix décourage la production de hamburgers et en
favorise la consommation. Les décisions de produire et de vendre, d’acheter et de
consommer sont continuellement ajustées et harmonisées par des variations de prix.
Nous venons de voir comment la coordination des décisions par le marché détermine
quoi produire – dans notre exemple, des hamburgers. La coordination par le marché
détermine également comment les biens et services sont produits. Par exemple, les pro-
ducteurs de hamburgers peuvent faire cuire ces derniers grâce au gaz, à l’électricité, au
charbon ou au bois. Leur choix dépend du goût qu’ils recherchent, mais également du
coût des diverses méthodes de cuisson. Quand une de celles-ci devient très coûteuse, ils
l’utilisent moins et recourent davantage aux autres méthodes. Cette substitution provo-
quée par la fluctuation du prix est la réponse du marché à la question comment ?
Enfin, la coordination par le marché détermine pour qui les biens et services sont
produits. Les compétences, talents et ressources rares et très valorisés commandent un
prix élevé, et leurs détenteurs reçoivent un revenu supérieur qui leur permet d’obtenir
une grande partie des biens et services produits. Les compétences, talents et ressources
courants et moins valorisés se vendent à bas prix, et les revenus de leurs détenteurs ne
leur permettent d’obtenir qu’une faible partie des biens et services produits.

La coordination par directives


Le deuxième mécanisme est la coordination par directives, qui permet de déterminer
quoi, comment et pour qui les biens et services sont produits en utilisant, plutôt que le
marché, une structure organisationnelle hiérarchique où les individus exécutent les
directives qu’on leur donne. Le meilleur exemple de ce type de structure est le modèle
militaire. Les commandants prennent des décisions qui sont transmises par voie hiérar-
chique, et les soldats exécutent sur le terrain les ordres qu’on leur donne. Jusqu’aux
réformes entreprises à la fin des années 1980, les économies de l’ex-Union soviétique et
des autres pays de l’Europe de l’Est étaient coordonnées par directives. Ce type d’éco-
nomie se fait de plus en plus rare ; à l’heure actuelle, seule celle de la Corée du Nord
correspond strictement à cette définition.
14 PARTIE 1 INTRODUCTION

DE LA THÉORIE À LA RÉALITÉ : DES ÉCONOMIES MIXTES ET OUVERTES


Économie de marché En théorie, une économie de marché repose strictement sur la coordination par le
Économie qui repose
marché. En pratique, toutefois, la plupart des économies qu’on appelle ainsi sont en fait
strictement sur la coordination
par le marché. des économies mixtes, qui reposent en partie sur une coordination par directives. En
Économie mixte effet, dans la mesure où ils soumettent l’économie de marché à des règles et créent des
Économie qui repose sur la organismes pour la surveiller, les gouvernements influent sur les décisions des ménages
coordination par le marché,
mais aussi sur la coordination
et des entreprises.
par directives dans la mesure La figure 1.3 nous a permis de comprendre le fonctionnement théorique d’une éco-
où le gouvernement soumet
l’économie de marché à des nomie à l’aide du schéma d’une économie fermée. Cependant, on l’a dit, aucune écono-
règles et crée des organismes mie n’est fermée, à part l’économie mondiale ; toutes les économies nationales sont des
pour la surveiller.
économies ouvertes, car elles entretiennent des liens plus ou moins étroits avec d’autres
Économie ouverte économies. Même la Corée du Nord, un pays très fermé, fait du commerce avec la Chine.
Économie qui entretient des
liens économiques avec d’autres La figure 1.4 schématise les transactions auxquelles une économie ouverte (ici, le
économies nationales. Canada) se livre sur les marchés mondiaux. Sur les marchés mondiaux des produits, les
entreprises canadiennes vendent une partie de leur production au reste du monde ; ces
ventes, illustrées par le flux rouge qui va du Canada au reste du monde, constituent les
exportations canadiennes de biens et services. Par ailleurs, les entreprises, les ménages
et les administrations publiques du Canada achètent une partie de la production des
entreprises étrangères ; ces achats, illustrés par le flux rouge qui va du reste du monde
au Canada, constituent les importations canadiennes de biens et services.
La valeur totale des exportations et celle des importations ne sont pas forcément
égales. Lorsque les exportations canadiennes sont supérieures aux importations cana-
diennes, le pays enregistre un surplus commercial. Lorsque les importations cana-
diennes sont supérieures aux exportations canadiennes, le pays enregistre un déficit
commercial. Un pays qui enregistre un surplus commercial prête au reste du monde, et
un pays qui accuse un déficit commercial emprunte au reste du monde. Ces prêts et ces
emprunts internationaux ont lieu sur les marchés financiers mondiaux. Nous consacre-
rons les chapitres 9 et 10 à l’étude des relations commerciales et financières du Canada
avec le reste du monde.

Figure 1.4 Les liens économiques internationaux

Sur les marchés mondiaux des produits


CANADA (flux rouges), le Canada vend une partie de sa
Importations
production au reste du monde (exportations
canadiennes canadiennes de biens et services) et achète
de biens une partie de la production du reste du
Emprunts et services monde (importations canadiennes de biens
canadiens et services) ; ces transactions se font sur les
au reste marchés mondiaux des produits.
du monde Lorsque ses exportations sont supérieures
à ses importations, le Canada enregistre
un surplus et prête au reste du monde.
MARCHÉS MARCHÉS Lorsque ses importations sont supérieures
FINANCIERS MONDIAUX à ses exportations, il enregistre un déficit et
emprunte au reste du monde. Ces prêts et
MONDIAUX DES PRODUITS
ces emprunts internationaux ont lieu sur les
marchés financiers mondiaux (flux verts).
Exportations
canadiennes
de biens
Prêts et services
canadiens
au reste
du monde
RESTE
DU MONDE
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 15

Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE

Cuba, une économie en mutation


Au-delà des plages de sable fin, Cuba est en pleine transformation
sur le plan économique. Dès l’arrivée au pouvoir en 2006 du
président Raoul Castro, frère de Fidel, la libéralisation de
l’économie cubaine s’est accentuée. De nombreuses réformes
ont été mises en place par le gouvernement. La distribution à
des cultivateurs privés des terres agricoles appartenant à l’État,
l’entrée du secteur privé dans le commerce au détail, la mise en
place d’un programme de microprêts des banques publiques
pour les particuliers, l’octroi d’un plus grand nombre de licences
de travailleurs indépendants, le droit d’acheter et de vendre des
maisons, des voitures, des ordinateurs et même des cellulaires, la
possibilité pour les Cubains de circuler librement dans le pays et
à l’étranger en ne présentant que leur carte d’identité cubaine et
leur passeport en sont quelques exemples.
L’économie cubaine est-elle devenue une économie de marché ?

Dans la foulée de ces réformes, une nouvelle loi fiscale


adoptée en janvier 2013 permet à l’État cubain de percevoir
de l’impôt sur le revenu et d’autres types d’impôt. Depuis
décembre 2013, les Cubains peuvent importer des voitures les fournisseurs américains et étrangers de cartes de crédit.
librement. « Bien que l’importation soit graduelle, assisterons- Amorcée à la fin de 2013, la réunification du peso cubain et
nous à la disparition des vieilles voitures américaines, joyau du du peso convertible, à parité avec le dollar américain, devrait
patrimoine cubain8 ? » faciliter les échanges commerciaux entre Cuba et les autres pays,
notamment les investissements étrangers indispensables à la
En janvier 2014, le gouvernement cubain privatise les taxis et modernisation de l’économie cubaine.
crée des coopératives de taxi pour les différentes régions de l’île.
De plus, les entreprises privées et les particuliers cubains peuvent Bien que l’économie cubaine s’ouvre au reste du monde, il y a
désormais louer des logements résidentiels et commerciaux à encore du chemin à faire. Son ouverture demeure théorique car,
des Cubains. pour obtenir un passeport, un Cubain doit verser l’équivalent de
près de trois mois de salaire.
Les relations entre Cuba et les États-Unis étant bien
meilleures qu’avant, plusieurs sanctions américaines ont L’économie cubaine est-elle devenue une économie de
été levées, dont l’interdiction de transfert d’argent entre marché ? Quelles réformes ont pour effet de modifier les
membres d’une même famille habitant l’un ou l’autre des transactions entre les ménages et les entreprises sur le marché
deux pays. La vente de matériel et d’équipements américains des facteurs ? Lesquelles affecteront les transactions entre
aux agriculteurs indépendants cubains et aux entrepreneurs les ménages et les entreprises sur le marché des produits ?
privés de l’île est autorisée. Du côté de Cuba, les entreprises Lesquelles toucheront les transactions entre les ménages, les
américaines et étrangères sont autorisées à opérer sur l’île et à entreprises et le gouvernement ? Lesquelles faciliteront les
ouvrir des comptes dans les banques cubaines, de même que transactions entre Cuba et le reste du monde ?

8. Guillaume LANCTÔT, « Après plus de 50 ans, le socialisme cubain est ouvert au changement »,
Perspective Monde, Université de Sherbrooke, 18 février 2014, http ://perspective.usherbrooke.
ca/bilan/servlet/BMAnalyse ?codeAnalyse=1712 (page consultée le 6 février 2015).
16 PARTIE 1 INTRODUCTION

1.2
2 Décrire la coordination des décisions économiques

EXERCEZ-VOUS QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES


1. Pour chacune des manchettes suivantes, 2. Nommez les trois catégories de décideurs dans une
repérez la catégorie de décideurs concernée. économie fermée en précisant les choix économiques qui
a) Une nouvelle loi québécoise interdit l’usage relèvent de chacune.
des cellulaires au volant. 3. Quelles sont les différences entre une économie
b) Sur le marché des maisons neuves, le nombre de marché et une économie mixte ?
d’acheteurs diminue. 4. Quelles sont les différences entre la coordination par les
c) La Loi sur la protection du consommateur marchés et celle par directives ?
a été modifiée.
d) Un restaurateur sur deux devrait fermer
ses portes au cours de la prochaine année.
e) La main-d’œuvre disponible pour travailler augmente.

RÉPONSES
1. a) Le gouvernement et les autres administrations publiques. Ils instaurent d) Les entreprises. Les restaurateurs sont des entreprises qui produisent
les lois et les règlements. des repas sur les marchés des produits.
b) Les ménages. Ils achètent des maisons neuves sur les marchés des e) Les ménages. Ce sont eux qui décident de la quantité de travail offerte
produits. sur les marchés des facteurs.
c) Le gouvernement et les autres administrations publiques. Ils instaurent
les lois et les règlements.

1.3 L’ÉCONOMIQUE : UNE SCIENCE HUMAINE


Nous avons vu que l’économique est la science humaine étudiant les choix des individus,
des entreprises et des administrations publiques aux prises avec la rareté. L’étude de
l’économique permet de mieux comprendre comment fonctionne le monde qui nous
entoure et la manière dont l’humain prend ses décisions. Elle permet également de
prédire celles-ci. Nous allons maintenant examiner la façon dont les économistes font
leur travail et nous pencher sur certains des problèmes qu’ils rencontrent.
Le but premier des économistes est de découvrir comment fonctionne le monde éco-
nomique. Pour ce faire, comme tous les scientifiques, ils distinguent deux types
d’énoncés :
• Les énoncés relatifs à ce qui est ;
• Les énoncés relatifs à ce qui devrait être.
Les premiers sont des énoncés positifs. Ils expriment ce qu’on comprend couram-
ment du fonctionnement du monde, et peuvent être exacts ou erronés. On peut vérifier
un énoncé positif en le confrontant aux faits. Ainsi procède le chimiste qui fait une expé-
rience en laboratoire.
Les seconds sont des énoncés normatifs. Ils reposent sur des jugements de valeur et
sont invérifiables. Quand ils débattent une motion, les parlementaires essaient de décider
de ce qui devrait être ; ils font des énoncés normatifs.
Pour illustrer la différence entre les énoncés positifs et les énoncés normatifs, pre-
nons l’exemple de la controverse du réchauffement de la planète. Selon la plupart des
scientifiques, l’activité industrielle des deux derniers siècles et les énormes quantités de
combustibles fossiles que nous brûlons ont accru le taux de dioxyde de carbone dans
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 17

l’atmosphère, ce qui a des conséquences pour la vie. « Notre planète se réchauffe à cause
d’une accumulation croissante de dioxyde de carbone dans l’atmosphère » est un énoncé
positif. On peut le vérifier si on dispose de données pertinentes. « Nous devrions réduire
l’utilisation de combustibles fossiles comme le charbon et le mazout » est, quant à lui,
un énoncé normatif. On peut être d’accord ou non avec lui, mais on ne se demande pas
s’il est vrai ou faux. Il ne se prête pas à la vérification par les faits, car il repose sur des
jugements de valeur.
Prenons un autre exemple. « L’universalité des soins de santé réduit le nombre de
jours d’absence au travail pour cause de maladie » est un énoncé positif. « Tous les
Canadiens et Canadiennes devraient avoir un accès égal aux soins de santé » est un
énoncé normatif.
L’économique s’est donné pour tâche de découvrir et de cataloguer les énoncés posi-
tifs qui rendent compte des phénomènes observés et permettent de comprendre le fonc-
tionnement du monde économique. Cette tâche comporte trois étapes :
• L’observation et la mesure ;
• La construction de modèles ;
• La vérification des modèles.

L’OBSERVATION ET LA MESURE
La première étape pour comprendre le fonctionnement du monde économique consiste
à l’observer et à le mesurer. Les économistes recueillent un nombre considérable de
données sur des phénomènes comme la quantité et l’emplacement des ressources
humaines et naturelles, les salaires et les heures travaillées, les prix et les quantités
produites des divers biens et services, les impôts et les dépenses publiques, les quantités
de biens et services achetés ou vendus à d’autres pays, etc.

LA CONSTRUCTION DE MODÈLES
La deuxième étape pour comprendre le fonctionnement du monde économique consiste
à construire un modèle. Un modèle économique est une représentation schématique Modèle économique
d’un aspect donné du monde économique, une description qui ne retient que les élé- Représentation schématique
d’un aspect donné du monde
ments essentiels pour expliquer le phénomène étudié. Un modèle est plus simple que la économique ; description qui
réalité qu’il décrit. Ce qu’un modèle englobe et ce dont il fait abstraction résulte d’hypo- ne retient que les éléments
essentiels pour expliquer le
thèses sur ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. phénomène étudié.
La figure 1.3 de la page 11 est un bel exemple d’un modèle ou d’une représentation
schématique de la réalité, dans ce cas-ci d’une économie fermée. Ce modèle repose sur
l’hypothèse que trois catégories de décideurs sont en présence. La deuxième hypothèse
consiste à examiner la nature de leurs échanges sur deux types de marchés uniquement,
les marchés des produits et les marchés des facteurs. La troisième hypothèse présuppose
que leurs échanges seront de nature monétaire ou de nature physique (facteurs de pro-
duction ou biens et services). Ce modèle a l’avantage de décrire de manière simple le
fonctionnement d’une économie fermée. Il va de soi que la réalité est nettement plus
complexe.

LA VÉRIFICATION DES MODÈLES


La troisième étape consiste à vérifier le modèle. Les prédictions d’un modèle peuvent ou
non correspondre aux faits. S’il y a contradiction entre les faits et le modèle, il faut modi- Théorie économique
fier le modèle ou le rejeter. Un modèle qui passe avec succès et à répétition l’épreuve des Ensemble de généralisations qui
résument notre compréhension
faits sert de base à une théorie économique, c’est-à-dire à un ensemble de généralisa- des choix et des comportements
tions qui résument notre compréhension des choix et des comportements des divers des agents économiques ;
repose sur des modèles qui ont
agents économiques. Une théorie s’élabore par un processus de construction et de véri- passé avec succès et à répétition
fication de modèles. l’épreuve des faits.
18 PARTIE 1 INTRODUCTION

Passons à la vérification du modèle présenté à la figure 1.3 de la page 11. Les


ménages achètent des biens et services et forment donc la demande sur les marchés des
produits. Les entreprises, de leur côté, produisent des biens et services et forment donc
l’offre sur les marchés des produits. Les ménages et les entreprises doivent s’entendre
sur le prix et la quantité de biens et services qui seront produits et achetés, donnant lieu
à une situation d’équilibre. Par conséquent, tout changement de comportement du côté
des entreprises (l’offre) ou des ménages (la demande) entraînera un changement de prix
et de quantité. Ce constat, qui a été à plus d’une reprise vérifié dans la réalité, est à
l’origine de la théorie de l’offre et de la demande, que nous examinerons au chapitre 3.
Les philosophes de l’Antiquité se penchaient déjà sur les questions économiques.
Cependant, on considère généralement que l’économique en tant que science humaine
moderne est née en 1776, avec la publication de Recherches sur la nature et les causes
de la richesse des nations, d’Adam Smith (voir le « Coup d’œil sur un grand économiste »
de la page 19). Depuis, les économistes ont formulé nombre de théories utiles. Toutefois,
dans de nombreux domaines, ils sont toujours en quête de réponses. L’accumulation
progressive de connaissances permet d’espérer que leurs méthodes fourniront un jour
des réponses utiles aux grands problèmes économiques.

Départager la cause de l’effet


Il n’est pas facile de faire des expériences en économique, et la plupart des comporte-
ments économiques ont des causes simultanées. Pour ces deux raisons, il est difficile de
départager la cause de l’effet.
Les ordinateurs sont-ils de moins en moins chers parce que les gens en achètent de
plus en plus, ou les gens en achètent-ils de plus en plus parce qu’ils coûtent de moins en
moins cher ? Y a-t-il un troisième facteur qui explique à la fois la baisse du prix des ordi-
nateurs et l’augmentation des ventes ? Les économistes cherchent à répondre à de telles
questions, et cela ne va pas de soi. Pour départager la cause de l’effet, ils doivent recourir
(comme tous les scientifiques) à ce qu’on appelle « l’hypothèse ceteris paribus ».

L’hypothèse ceteris paribus


Modifier un seul facteur en maintenant tous les autres constants permet d’isoler les effets
particuliers du facteur sur lequel on se penche et de l’étudier sous le meilleur éclairage
possible. Ce raisonnement, que tous les scientifiques utilisent, repose sur l’hypothèse
Ceteris paribus ceteris paribus, une expression latine qui signifie « toutes choses étant égales par ail-
Expression latine qui signifie leurs » ou, plus explicitement, « si tous les autres facteurs pertinents restent constants ».
« toutes choses étant égales par
ailleurs », ou, plus explicitement, Imaginez que nous étudions, en laboratoire, le comportement des acheteurs d’ordina-
« si tous les autres facteurs teurs en les mettant sous une bulle de verre, coupés du reste du monde. Toutes choses
pertinents restent constants ».
étant égales par ailleurs, une baisse du prix des ordinateurs entraînera une augmenta-
tion de la quantité demandée.
Respecter l’hypothèse ceteris paribus – s’assurer que tous les autres facteurs perti-
nents restent constants – est crucial dans bon nombre d’activités, et toutes les tentatives
de progrès scientifique réussies reposent sur ce raisonnement.
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 19

Coup d’œil
SUR UN GRAND ÉCONOMISTE

Adam Smith et la naissance de la science économique


Bien des gens ont écrit sur le sujet avant lui, mais c’est Adam
Smith qui a élevé l’économique au rang de science humaine.

Né en 1723 à Kirkcaldy, une petite agglomération de


pêcheurs près d’Édimbourg, en Écosse, Smith était l’enfant
unique de l’agent des douanes de la ville. À 28 ans, il était déjà
professeur de logique à l’université de Glasgow. Détourné de
l’enseignement par un riche duc écossais qui lui avait accordé
une rente annuelle de 300 livres sterling (10 fois le revenu moyen
de l’époque), Smith a consacré 10 ans de sa vie à la rédaction de
ses fameuses Recherches sur la nature et les causes de la richesse
des nations, publiées en 1776.

« Pourquoi certaines nations deviennent-elles riches alors


que d’autres restent pauvres » ? se demandait Smith. Pendant
qu’il réfléchissait à cette question, la révolution industrielle
battait son plein, et de nouvelles technologies se multipliaient «Pourquoi certaines nations deviennent-elles riches alors que d’autres restent pau-
dans les textiles, la sidérurgie, les transports et l’agriculture. vres ?» se demandait Adam Smith.

Smith en est venu à la conclusion que la richesse trois spécialistes fabriquent la tête, une neuvième personne
économique découle de la division du travail et des marchés la fixe, puis une dixième polit et emballe l’épingle. Mais pour
libres, ce qu’il a illustré avec l’exemple d’une fabrique d’épingles. que cette division du travail soit rentable, précisait Smith, le
En travaillant très dur avec les outils de 1770, estimait Smith, marché devait être très vaste. Une fabrique qui emploierait 10
un artisan pouvait fabriquer 20 épingles par jour. Or, affirmait- personnes devrait vendre plus de 15 millions d’épingles par
il, si on décomposait le processus en plusieurs opérations année pour continuer à fonctionner !
simples permettant la spécialisation – si on adoptait la division
du travail  –, 10 personnes pourraient fabriquer non pas 200, En quoi la division du travail permet-elle d’accroître la
mais 48 000 épingles par jour. Smith a décrit la méthode : une production ? D’après Adam Smith, quelle autre condition faut-il
personne tire le fil de métal, une autre le redresse, une troisième pour accroître la richesse des nations ? Est-ce que les conclusions
le coupe, une quatrième l’enfile, une cinquième émoud la pointe, de Smith sont toujours d’actualité ?
20 PARTIE 1 INTRODUCTION

1.3
3 Décrire le travail des économistes

EXERCEZ-VOUS QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES


1. Lequel des énoncés suivants est normatif ? Pourquoi ? 3. Lequel des énoncés suivants est normatif ? Pourquoi ?
a) Les chômeurs attendent trop longtemps avant qu’on a) Le salaire minimum devrait être haussé de 1 $.
les réembauche. b) L’écart de salaire entre les femmes et les hommes
b) En moyenne, le revenu d’un médecin est supérieur à s’accroît.
celui d’un premier ministre. 4. L’augmentation de la population en âge de travailler et
2. Les facteurs suivants influent sur la consommation des le fait qu’une plus grande proportion de la population
ménages : le revenu, les taux d’intérêt et les impôts occupe un emploi influent sur la quantité de travail
personnels. En vous servant de l’hypothèse ceteris disponible. Rédigez, pour chacun de ces facteurs, une
paribus, rédigez, pour chacun de ces facteurs, une phrase phrase qui départage la cause de l’effet en ce qui concerne
qui départage la cause de l’effet en ce qui concerne la quantité de travail disponible.
la consommation.

RÉPONSES
1. L’énoncé a) est normatif, car on ne peut pas le vérifier. d’intérêt bas entraîneront une hausse de la consommation des ménages,
2. Toutes choses étant égales par ailleurs, une augmentation du revenu et une augmentation des impôts personnels réduira le revenu net des
provoquera une hausse de la consommation des ménages, des taux ménages, et donc leur consommation.

1.4 LES GRAPHIQUES : L’OUTIL DES ÉCONOMISTES


Afin d’expliquer différents modèles ou phénomènes ainsi que le comportement des
agents économiques, les économistes utilisent des graphiques, notamment pour illustrer
la relation entre deux variables ou l’évolution d’une variable au fil du temps. Les gra-
phiques sont les principaux outils des économistes.

LE PRINCIPE DE BASE DE LA CONSTRUCTION D’UN GRAPHIQUE


Pour construire un graphique, on utilise un plan cartésien, c’est-à-dire un système d’axes
composé de deux droites perpendiculaires, comme celles qu’on voit à la figure 1.5. L’axe
vertical est l’axe des ordonnées (ou axe des y), l’axe horizontal est l’axe des abscisses
(ou axe des x). Chaque axe a un point 0 qui coïncide avec le point 0 de l’autre axe ; ce
point commun s’appelle l’origine. Ainsi, à la figure 1.5, l’axe des abscisses mesure le
revenu en milliers de dollars (k $) par année. Un mouvement vers la droite indique une
augmentation du revenu, et un mouvement vers la gauche, une diminution du revenu.
Quant à l’axe des ordonnées, il indique les dépenses en milliers de dollars par année.
Pour construire un graphique à deux variables, il faut connaître la valeur de la
variable mesurée sur l’axe des abscisses et celle de la variable mesurée sur l’axe des
ordonnées. Par exemple, à la figure 1.5, si le revenu se chiffre à 10 000 $ par année, les
dépenses se chiffrent également à 10 000 $ par année au point A du graphique. Si le
revenu se chiffre à 30 000 $ par année, les dépenses s’élèvent à 25 000 $ par année au
point B. Un graphique comme celui de la figure 1.5 peut illustrer n’importe quel type de
données quantitatives sur deux variables.

L’INTERPRÉTATION DES GRAPHIQUES DESCRIPTIFS


Certains types de graphiques sont descriptifs : soit ils explorent une relation possible
entre deux variables (diagramme de dispersion), soit ils montrent l’évolution chronolo-
gique d’une ou de plusieurs variables (histogramme), soit ils facilitent la comparaison
entre les divers éléments d’un ensemble (graphique de coupe transversale).
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 21

Figure 1.5 La construction d’un graphique

2 Dépenses (en k$ par année)


40
Tous les graphiques ont des axes qui
4 mesurent les quantités sous forme de
Revenu de 30 000 $ distances.
30 Dépenses de 25 000 $ 1 L’axe horizontal (axe des abscisses ou axe
des x) mesure le revenu. Un mouvement
vers la droite indique une augmentation
25 B du revenu.
2 L’axe vertical (axe des ordonnées ou
20 axe des y) mesure les dépenses. Un
3
Revenu de 10 000 $ mouvement vers le haut indique une
Dépenses de 10 000 $ augmentation des dépenses.
3 Le point A indique que, si le revenu se
10 A chiffre à 10 000 $ par année, les dépenses
s’élèvent à 10 000 $ par année.
4 Le point B indique que, si le revenu se
chiffre à 30 000 $ par année, les dépenses
s’élèvent à 25 000 $ par année.
0 10 20 30 40
1 Revenu (en k$ par année)

Le diagramme de dispersion représente dans un nuage de points les valeurs d’une Diagramme de dispersion
variable associées à celles d’une autre variable. Ce type de graphique indique s’il existe Graphique qui illustre les
valeurs d’une variable associées
(ou non) une relation entre ces deux variables et, le cas échéant, décrit cette relation. La à celles d’une autre variable.
figure 1.6 montre deux exemples de diagrammes de dispersion.
Le graphique (a) montre une relation entre les les dépenses moyennes par personne
et le revenu moyen par personne au Pays Vert pour une année donnée, de 1999 à 2012.
Dispersés dans le diagramme, les points sont étiquetés selon l’année. Ainsi, le point 03
indique qu’en 2003 le revenu moyen par personne s’élevait à 21 100 $, et les dépenses
moyennes, à 20 100 $. Ce graphique révèle que plus le revenu moyen par personne
augmente, plus les dépenses moyennes sont importantes.
Le graphique (b) montre une relation entre le nombre de minutes d’appels télépho-
niques internationaux et le prix moyen par minute d’appel au Pays Jaune de 1996 à
2012. Il révèle que plus le prix moyen par minute baisse, plus le nombre de minutes
d’appels internationaux augmente.
Un histogramme (ou graphique de série chronologique) indique le temps sur l’axe Histogramme (ou graphique
de série chronologique)
des abscisses, et les variables à l’étude sur l’axe des ordonnées. Le graphique (c) en est
Graphique qui mesure le temps
un exemple ; ici, on mesure le temps en années (de 1975 à 2012) sur l’axe des abscisses, sur l’axe des abscisses, et la
et la variable à l’étude, le taux de chômage au Pays Bleu, sur l’axe des ordonnées. variable ou les variables à
l’étude sur l’axe des ordonnées.
L’histogramme présente rapidement une somme d’information considérable. Ainsi,
le graphique (c) révèle :
1. Le niveau de la variation de la variable (élevé ou bas) – plus la courbe s’éloigne de
l’axe des abscisses, plus le taux de chômage est élevé (comme en 1986) ; plus elle
s’approche de l’axe des abscisses, plus le taux de chômage est bas (comme en 2008) ;
2. Le sens de la variation de la variable (à la hausse ou à la baisse) – quand la courbe
monte, le taux de chômage est en hausse (comme en 1994) ; quand la courbe descend,
le taux de chômage est en baisse (par exemple, de 1999 à 2008) ;
3. La vitesse de la variation de la variable (rapide ou lente) – plus la courbe est abrupte,
plus le taux de chômage monte ou baisse rapidement ; plus la courbe est plate, plus le
taux de chômage monte ou baisse lentement. Ainsi, de 1984 à 1986, le taux de chô-
mage a monté rapidement, alors qu’en 1978 et en 1979, il a monté lentement.
22 PARTIE 1 INTRODUCTION

Figure 1.6 Les données graphiques

Dépenses moyennes (en k$ par année) Prix moyen (en dollars par minute)
30 2,00
1,24 $
Dépenses moyennes (en k$ par année) 09 12 Prix moyen (en dollars par minute)
11
30 08 10 1,50
2,00 96
25
07 98
97 1,2499
$
20 100 $ 06 12
09 00
05 08 11
04 10 1,50
1,00 96 01
25 02
20 03 07 98
02 97 99 03 04
20 100 $ 06
00 01 00 05
04 05 06 07
99 1,00
0,50 01
20 02
11,4 milliards 08 09
15 02 0321 100 $
de minutes 11
03 04 10
00 01 05
06 07 12
99 0,50
0 15 20 25 30 0 10 11,420
milliards 30 08 09 50
40
15 21 100 $ de minutes
Nombre de minutes
Revenus moyen 10d’appels
11
(en k$ par année) (en milliards par année)
12
(a)
0 Diagramme
15 de dispersion
20 : dépenses 25et revenus 30 (b) Diagramme
0 de dispersion
10 20 : prix30
moyen par40minute 50
moyens par personne au Pays Vert Revenus moyen et nombre de minutes d’appels
Nombreinternationaux
de minutes d’appels
(en k$ par année) au Pays Jaune (en milliards par année)
Ce graphique
Taux
(a) de chômage
Diagramme montre que
de(en plus le:revenu
pourcentage
dispersion demoyen
et par personne
la population
dépenses revenus active) Ce graphique
Pays
(b) Diagrammemontre que plus le: prix
de dispersion prixmoyen
moyenparparminute
minutebaisse,
s’accroît, plus les dépenses moyennes
moyens par personne au Pays Vert par personne augmentent. plusetlenombre
nombre de
de minutes d’appels internationaux
minutes d’appels internationaux augmente.
12 Pays au
1 Pays Jaune
Augmentation Élevé
Diminution
Taux rapide
de chômage (en pourcentage de la rapide
population active) Pays 2
10
12 Pays 1
Élevé
Pays 3
Augmentation Diminution
lente
rapide Pays 2
rapide Pays 4
8
10
Pays 3
Augmentation Pays 5
lente Diminution
lente Pays 4
6 Pays 6
8
Pays 5
Faible
Diminution Pays 7
lente
6 Pays 6
0 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 0 2 4 6 8 10
Faible Année Pays 7 Taux de chômage (en pourcentage
de la population active)
(c)
0 Histogramme
1975 1980 :1985
taux de chômage
1990 1995au2000
Pays 2005
Bleu 2010 2015 (d) Graphique
0 à2barres : taux
4 de chômage
6 de
8 sept pays
10
Année Taux de chômage (en pourcentage
de la population active)
(c) Histogramme : taux de chômage au Pays Bleu (d) Graphique à barres : taux de chômage de sept pays

Ce graphique illustre le taux de chômage du Pays Bleu pour Ce graphique représente par des bandes horizontales les
chaque année entre 1975 et 2012 ; il montre le niveau du taux valeurs du taux de chômage annuel moyen de sept pays
de chômage (élevé ou bas), le sens de ses variations (hausse fictifs. Ainsi, on peut comparer les taux de chômage de ces
ou baisse) et leur vitesse (rapide ou lente). pays pour une année donnée.

Tendance De plus, l’histogramme permet de voir s’il y a une tendance dans l’évolution d’une
Mouvement général de la valeur variable, c’est-à-dire un mouvement général de la valeur d’une variable dans un sens ou
d’une variable dans un sens ou
dans l’autre (à la hausse ou à la dans l’autre (à la hausse ou à la baisse). Ainsi, de 1996 à 2009, la tendance générale du
baisse). taux de chômage a été à la baisse, même s’il a monté légèrement en 1999 et en 2004.
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 23

Par contre, de 1975 à 1986, la tendance a été nettement à la hausse : même s’il a connu
des fluctuations durant cette période, le taux de chômage a monté plus qu’il n’a baissé.
L’histogramme permet de comparer rapidement l’état d’une variable à différentes
périodes. Ainsi, le graphique (c) révèle que, de manière générale, le taux de chômage n’a
pas changé beaucoup dans les années 1970, mais a connu des fluctuations prononcées
dans les années 1980 et 1990 – d’abord à la hausse, puis à la baisse.
Comme on le voit, le graphique de série chronologique transmet énormément d’in-
formation, et ce, en moins d’espace qu’il n’en faut pour décrire seulement quelques-unes
de ses caractéristiques.
Le graphique à barres (ou graphique de coupe transversale) représente par des Graphique à barres
bandes horizontales ou verticales les valeurs de chacun des éléments d’un ensemble (ou graphique de coupe
transversale)
donné pour en faciliter la comparaison. Le graphique à barres en (d), qui indique le taux Graphique qui représente par
de chômage annuel moyen pour sept pays fictifs, en est un exemple. Ici, la longueur de des bandes horizontales ou
verticales les valeurs de chacun
chaque barre indique le taux de chômage d’un pays, ce qui nous permet de comparer des éléments d’un ensemble
les taux de chômage de plusieurs pays plus facilement et plus rapidement que ne le ferait donné afin d’en faciliter la
comparaison.
une liste de données.

L’INTERPRÉTATION D’UN GRAPHIQUE ILLUSTRANT


UNE RELATION ENTRE DEUX VARIABLES
Pour interpréter un graphique qui illustre la relation entre deux variables, il faut savoir
que cette relation peut être positive ou négative et que, dans les deux cas, elle peut être
linéaire, croissante ou décroissante. Chacune de ces caractéristiques se traduit par la
forme de la courbe. Voyons cela de plus près, en commençant par les relations positives.

Les relations positives


La figure 1.7 présente trois graphiques illustrant une relation positive (ou relation Relation positive
directe) entre deux variables, c’est-à-dire une relation entre deux variables qui évoluent (ou relation directe)
Relation entre deux variables
dans la même direction. Une telle relation est toujours représentée par une courbe qui évoluent dans le même sens.
ascendante. (Notons qu’il est d’usage d’employer le mot courbe pour désigner toute ligne,
droite ou incurvée qui représente la relation entre deux variables dans un graphique.)
Le graphique (a) montre une relation positive linéaire, c’est-à-dire une relation Relation linéaire
représentée par une droite. Ici, la distance parcourue en cinq heures augmente à mesure Relation représentée par une
droite dans un graphique.
que la vitesse augmente ; ainsi, on parcourt 200 kilomètres en cinq heures si on roule à
40 kilomètres à l’heure (point A), et 300 kilomètres si on roule à 60 kilomètres à l’heure
(point B). On voit que la distance parcourue augmente à un rythme constant par rapport
à la vitesse. Chaque augmentation de 20 kilomètres à l’heure accroît la distance parcou-
rue de 100 kilomètres.
Le graphique (b) montre la relation positive croissante entre la distance parcourue Relation croissante
par un sprinter et le temps de récupération (délai qu’il faut pour que la fréquence car- Relation entre deux variables
où la variation de l’une entraîne
diaque de l’athlète revienne à la normale au repos). On voit que le temps de récupération une variation de plus en plus
de l’athlète augmente à un rythme croissant. Des augmentations égales de la distance importante de l’autre.
parcourue entraînent des augmentations de plus en plus importantes du temps de récu-
pération. Ainsi, l’accroissement du temps de récupération nécessaire après le troisième
100 mètres est plus important que cet accroissement après le deuxième 100 mètres, d’où
une courbe qui augmente à un rythme croissant (relation positive croissante).
Le graphique (c) montre la relation positive décroissante entre le nombre de pro- Relation décroissante
Relation entre deux variables
blèmes qu’un étudiant réussit à résoudre et le temps qu’il consacre quotidiennement à
où la variation de l’une entraîne
l’étude. Cette relation est représentée par une courbe qui augmente à un rythme décrois- une variation de moins en moins
sant : le nombre de problèmes résolus augmente de moins en moins rapidement à importante de l’autre.
mesure que les heures d’étude et la fatigue s’accumulent. Le temps consacré à l’étude
devient donc de moins en moins productif.
24 PARTIE 1 INTRODUCTION

Figure 1.7 Les relations positives (directes)

Distance parcourue en cinq heures


(en kilomètres) Temps de récupération (en minutes) Nombre de problèmes résolus

500 40 20
Relation positive Relation Relation
linéaire (constante) positive positive
400 croissante décroissante
30 15
300 B
20 10
A
200

10 5
100

0 20 40 60 80 100 0 100 200 300 400 0 2 4 6 8


Vitesse Distance parcourue Temps d’étude
(en kilomètres par heure) (en mètres) (en heures)
(a) Relation positive linéaire (b) Relation positive croissante (c) Relation positive décroissante

La vitesse et la distance parcourue en Quand la distance du sprint augmente de Plus le temps d’étude s’allonge,
cinq heures augmentent simultanément façon constante, le temps de récupéra- moins le nombre de problèmes résolus
et de manière constante. tion augmente de plus en plus à chaque augmente rapidement, ce qui se traduit
fois, ce qui se traduit par une courbe qui par une courbe qui augmente à un
augmente à un rythme croissant. rythme décroissant.

Figure 1.8 Les relations négatives (inverses)

Temps consacré au squash (en heures) Coût du voyage (en cents par kilomètre) Nombre de problèmes résolus

5 50 25
Relation Relation
négative négative
4 linéaire 40 décroissante 20

3 30 15
Relation
négative
2 20 10 croissante

1 10 5

0 1 2 3 4 5 0 100 200 300 400 500 0 2 4 6 8 10


Temps consacré au tennis Longueur du trajet Temps de loisir
(en heures) (en kilomètres) (en heures)

(a) Relation négative linéaire (b) Relation négative décroissante (c) Relation négative croissante

Quand le temps consacré au tennis Plus le voyage s’allonge, moins son coût Quand le temps de loisir augmente, le
augmente d’une heure, le temps par kilomètre diminue, ce qui se traduit nombre de problèmes résolus diminue
consacré au squash diminue également par une courbe qui diminue à un rythme de plus en plus, ce qui se traduit par une
d’une heure le long de la droite. décroissant. courbe qui diminue à un rythme croissant.

Les relations négatives


Relation négative La figure 1.8 présente trois graphiques qui illustrent une relation négative (ou relation
(ou relation inverse)
inverse) entre deux variables : celles-ci évoluent dans des directions opposées. Le gra-
Relation entre deux variables
qui évoluent dans des directions phique (a) montre la relation négative entre le nombre d’heures consacrées au squash
opposées. et le nombre d’heures consacrées au tennis sur un total de cinq heures. Jouer une heure
de plus au tennis signifie jouer une heure de moins au squash, et vice versa. Il s’agit
d’une relation négative linéaire (constante).
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 25

Le graphique (b) montre la relation négative décroissante entre le coût par kilomètre
parcouru et la longueur du trajet. Plus le voyage est long, plus le coût par kilomètre est
bas. Cependant, ce coût ne diminue pas de façon uniforme. Il décroît à un rythme accé-
léré pour un trajet relativement court, mais on observe une diminution de moins en
moins marquée à mesure que le trajet s’allonge. Le coût baisse à un rythme décroissant.
Cette relation s’explique par le fait qu’une partie des coûts (comme l’assurance de la
voiture) est fixe quelle que soit la distance parcourue, et que ces coûts fixes sont plus
facilement amortis sur un trajet plus long.
Le graphique (c) montre la relation négative croissante entre le temps de loisir d’un
étudiant et le nombre de problèmes que ce dernier parvient à résoudre. L’augmentation
constante du temps de loisir entraîne une baisse de plus en plus importante du nombre
de problèmes résolus. Ce nombre diminue à un rythme croissant.

1.4
4 Construire et interpréter les graphiques utilisés dans les modèles économiques

EXERCEZ-VOUS QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES


1. Construisez un graphique qui montre la relation entre 2. Construisez un graphique qui montre la relation entre
ces variables : ces variables :

Tableau 1 Tableau 2
x 0 1 2 3 4 5 6 7 8 x 0 1 2 3 4 5 6 7 8
y 0 1 4 9 16 25 36 49 64 y 60 49 39 30 22 15 9 4 0
a) S’agit-il d’une relation positive ou négative ? a) S’agit-il d’une relation positive ou négative ?
b) S’agit-il d’une relation croissante, décroissante b) S’agit-il d’une relation croissante, décroissante
ou linéaire ? ou linéaire ?
c) Énumérez quelques relations économiques qui c) Énumérez quelques relations économiques qui
pourraient ressembler à cette relation. pourraient ressembler à cette relation.

RÉPONSES
1. Relation entre x et y a) La relation entre x et y est positive. Les deux variables évoluent dans le
Y
70
même sens : si x augmente, y augmente ; si x diminue, y diminue aussi.
b) La relation entre x et y est croissante. Une augmentation constante de x
60
engendre une augmentation de plus en plus importante de y.
50 c) Il y a plusieurs réponses possibles à cette question ; vérifiez les vôtres avec
40 votre professeur. Dans cet ouvrage, nous étudierons certaines relations
30
économiques de ce type. Ainsi, au chapitre 3, la courbe d’offre (figure 3.3,
p. 59) établit une relation positive entre le prix d’un bien et la quantité
20
offerte de ce bien, toutes choses étant égales par ailleurs. De même, au
10 chapitre 6, la courbe d’offre agrégée (figure 6.4, p. 141) établit une relation
0 positive entre le PIB réel offert et le niveau général des prix.
2 4 6 8 X
26 PARTIE 1 INTRODUCTION

Le chapitre 1 en bref

1 Définir l’économique et distinguer la microéconomie de la macroéconomie

Économique Quoi produire ?


Science humaine étudiant les choix que nous faisons Biens et services...
quand nous composons avec la rareté et les incitatifs qui • de consommation
influent sur nos choix et les concilient • d’investissement
• des administrations publiques
• d’exportation
Microéconomie
Macroéconomie
Étude des choix
Étude des effets agrégés Comment/Pour qui produire ?
des individus et des
(totaux) des choix des Facteurs de production/Revenus...
entreprises, de la façon
individus, des entreprises
dont ils répondent • Terre/loyer
et des gouvernements
aux incitatifs, interagissent • Travail/salaire
sur l’économie nationale
entre eux et subissent • Capital/intérêt
et mondiale
l’influence de l’État
• Entrepreneuriat/profit

2 Décrire la coordination des décisions économiques

Économie fermée Par les marchés Économie de marché


Économie qui n’entretient de lien Coordination des décisions Économie mixte, en réalité,
avec aucune autre individuelles par des ajustements qui repose en partie sur une
de prix coordination par directives
Décideurs Marché… Par directives Économie ouverte
• Ménages • des facteurs Structure hiérarchique où les Économie qui entretient
• Entreprises • des produits individus exécutent les directives des liens plus ou moins étroits
• États qu’on leur donne avec d’autres économies

3 Décrire le travail des économistes

Énoncés positifs • Observation et mesure Modèle économique


Ce qui est (vérifiables) • Construction de modèles Représentation schématique
• Vérification des modèles d’un aspect donné du monde
Énoncés normatifs économique qui ne retient que
Ce qui devrait être (non vérifiables) les éléments essentiels expliquant
Hypothèse ceteris paribus
un phénomène
Départager la cause de l’effet

4 Construire et interpréter les graphiques utilisés dans les modèles économiques

Construction d’un graphique Diagramme de dispersion Relation positive


à deux variables Relation entre deux variables Variables évoluant dans
• Valeur de la variable x sur l’axe la même direction
des abscisses (horizontal) Histogramme
Évolution chronologique d’une Relation négative
• Valeur de la variable y sur l’axe
des ordonnées (vertical) ou de plusieurs variables Variables évoluant dans des
directions opposées
Graphique à barres
Comparaison de divers éléments Forme de la courbe
d’un ensemble • Relation linéaire
• Relation croissante
• Relation décroissante
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 27

Questions
de révision
Au terme de la section 1.1, L’économique et ses trois Au terme de la section 1.2, La coordination des décisions
questions fondamentales, répondez aux questions 1 à 5. économiques, répondez aux questions 6 et 7.

1. Donnez trois exemples illustrant le fait que même les plus 6. Quelles sont les deux grandes composantes d’une économie ?
riches n’échappent pas à la rareté.
7. Quelle est la différence entre une économie ouverte et une
2. Dites si chacune des nouvelles suivantes concerne un enjeu économie fermée ?
macroéconomique ou microéconomique.
Au terme de la section 1.3, L’économique : une science
a) Une hausse de la taxe sur les cigarettes réduira le
tabagisme chez les adolescents. humaine, répondez aux questions 8 et 9.
b) Le Canada a connu une baisse de son activité
économique en 2009. 8. Déterminez si chacun des énoncés suivants est positif ou
c) Une politique de travail obligatoire pour les assistés normatif.
sociaux réduira le nombre de sans-emploi. a) Au Canada, les pauvres paient trop cher pour se loger.
d) Un gel important en Floride a ruiné une partie de la b) Au Canada, le nombre de fermes a diminué depuis
récolte d’agrumes cette année, ce qui a fait augmenter le 50 ans.
prix des agrumes vendus au Québec. c) Au Canada, la population des régions rurales est restée
e) De 2009 à 2010, le prix des ordinateurs portables a constante dans la dernière décennie.
baissé de 17 % au Canada. d) Au Canada, le gouvernement fédéral devrait investir
davantage pour stimuler l’activité économique.
3. Lesquels des éléments suivants ne sont pas des biens ou e) Au Canada, la Banque du Canada devrait réduire les
des services de consommation ? Pourquoi ? taux d’intérêt pour que la consommation des ménages
a) Une tablette de chocolat augmente.
b) Un remonte-pente
c) Une balle de golf 9. Expliquez comment les économistes s’y prennent pour
départager la cause de l’effet. Pourquoi recourent-ils à l’hy-
d) L’autoroute Transcanadienne pothèse ceteris paribus ?
e) Un camion d’incendie

4. Lesquels des éléments suivants ne sont pas des biens


d’investissement ? Pourquoi ?
a) Une chaîne de montage d’automobiles
b) Un centre commercial
c) Une pizza extra fromage
d) Un pétrolier
e) Un travailleur de la construction

5. Lesquels des éléments suivants ne sont pas des facteurs de


production ? Pourquoi ?
a) Les camionnettes de livraison d’un boulanger
b) Mille actions d’Amazon.com
c) Un gisement de pétrole qui n’a pas encore été découvert
d) Un camion à ordures
e) Un paquet de gomme à mâcher
28 PARTIE 1 INTRODUCTION

Au terme de la section 1.4, Les graphiques : l’outil des a) Construisez un diagramme de dispersion (nuage de
économistes, répondez à la question 10. points) qui montre la relation entre les dépenses en
enregistrements musicaux et les dépenses en services
10. Le tableau qui suit fournit des données sur les dépenses de internet. Décrivez cette relation.
consommation réelles par personne (en dollars par année) b) Construisez un diagramme de dispersion qui montre la
en enregistrements musicaux, en services internet et en relation entre les dépenses en services internet et les
films sur 10 ans. dépenses en films. Décrivez cette relation.
c) Construisez un diagramme de dispersion qui montre la
Tableau 1 relation entre les dépenses en enregistrements musicaux
et les dépenses en films. Décrivez cette relation.
Services d) Construisez un histogramme (ou graphique de série
Musique Films
Année internet chronologique) des dépenses en services internet. En
(en dollars par année) quelle année ou en quelles années ces dépenses étaient-
elles les plus élevées ? Les plus faibles ? En quelle année
2010 43 4 23 ou en quelles années ont-elles le plus augmenté ? Le
2011 47 5 24 moins augmenté ? Observez-vous une tendance dans les
dépenses en services internet ? Si oui, décrivez-la.
2012 56 6 25
e) Construisez un histogramme des dépenses en
2013 57 11 25 enregistrements musicaux. En quelle année ou en
2014 57 17 27 quelles années ces dépenses étaient-elles les plus
élevées ? Les plus faibles ? En quelle année ou en
2015 55 26 29 quelles années ont-elles le plus augmenté ? Le moins
2016 56 32 30 augmenté ? Observez-vous une tendance dans les
dépenses en enregistrements musicaux ? Si oui,
2017 58 37 31 décrivez-la.
2018 62 43 32
2019 66 48 33
CHAPITRE 1 QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIQUE ? 29

Appliquez
vos savoir-faire
Ventes record d’autos aux États-Unis
Les ventes d’autos aux États-Unis ont progressé de quelque 7 %
en février 2016 pour atteindre un sommet en 15 ans, à la faveur
du faible niveau des prix de l’essence, d’un crédit bon marché et de
salaires plus élevés9.

a) Cet événement relève-t-il de la microéconomie ou de la macroéco-


nomie ? Expliquez votre réponse.
b) Quel agent économique a pris des décisions qui ont amené cette
hausse des ventes ? Expliquez votre réponse.
c) À quel mécanisme de coordination l’économie américaine fait-elle
appel pour que les choix des acheteurs et des fabricants d’auto-
mobiles correspondent ? Expliquez votre réponse.
d) En vous servant de l’hypothèse ceteris paribus, rédigez, pour cha-
cun des facteurs évoqués, une phrase qui départage la cause de
l’effet en ce qui concerne les ventes d’autos aux États-Unis.
e) À quelle question économique fondamentale associez-vous cet
Les ventes d’autos aux États-Unis ont progressé de quelque 7 % en
événement ? Dites pourquoi. février 2016 pour atteindre un sommet en 15 ans.

MOTS CLÉS
Biens d’investissement, 6 Intérêt, 9
Biens et services, 6 Loyer, 9
Biens et services d’exportation, 6 Macroéconomie, 4
Biens et services de consommation, 6 Microéconomie, 4
Biens et services des administrations publiques, 6 Modèle économique, 17
Capital, 7 Profit (ou perte), 9
Capital humain, 8 Rareté, 4
Ceteris paribus, 18 Relation croissante, 23
Diagramme de dispersion, 21 Relation décroissante, 23
Économie de marché, 14 Relation linéaire, 23
Économie fermée, 10 Relation négative (ou relation inverse), 24
Économie mixte, 14 Relation positive (ou relation directe), 23
Économie ouverte, 14 Ressources productives, 4
Économique, 4 Salaire, 9
Entrepreneuriat, 8 Tendance, 22
Facteurs de production, 7 Terre, 7
Graphique à barres (ou graphique de coupe transversale), 23 Théorie économique, 17
Histogramme (ou graphique de série chronologique), 21 Travail, 7
Incitatif, 4

9. Reuters, « Aux États-Unis, les ventes d’autos atteignent un sommet de 15 ans », TVA Nouvelles,
publié le 2 mars 2016 à 6 h 32, mis à jour le 2 mars 2016 à 6 h 38, www.tvanouvelles.ca/2016/03/02/
les-ventes-dautos-atteignent-un-sommet-de-15-ans (page consultée le 13 mars 2016).
30 PARTIE 1 INTRODUCTION

PARTIE 1
CHAPITRE 2
INTRODUCTION LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE
FONDAMENTAL : LA RARETÉ

ÉTUDIER OU
TRAVAILLER ?
SE PROCURER UNE AUTOMOBILE OU PRENDRE
L’AUTOBUS  ; acheter une maison ou louer un
appartement  ; faire du sport ou regarder un film  ;
voyager ou payer ses dettes  ; lire ou rencontrer des
amis… Quels choix doit-on faire ?
Comme nos besoins excèdent la capacité que nous
avons de les satisfaire, nous devons faire des choix,
c’est-à-dire déterminer des priorités et décider lesquels
de nos besoins seront satisfaits et lesquels resteront
inassouvis. La rareté nous oblige à choisir.
Ces choix s’imposent car, si considérables soient-elles,
les possibilités de production d’une économie ne sont
pas illimitées. Comment accroître la capacité de
produire d’une économie ? La croissance économique
nous permet-elle d’échapper à la rareté ? Pour répondre
à ces questions, les économistes utilisent un modèle
illustrant la rareté, que nous étudierons dans
ce chapitre.
SOMMAIRE

2.1 2.2 2.3


Les possibilités Le coût de ÉTUDIER OU L’expansion des possibilités
de production renonciation TRAVAILLER ? de production

p. 32 p. 36 p. 40 p. 42
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 31

SAVOIR-FAIRE
1 Utiliser la courbe des possibilités de
production pour illustrer le problème
économique
2 Calculer le coût de renonciation
3 Expliquer comment le progrès technolo-
gique, l’accroissement du capital humain
et l’accumulation du capital augmentent
les possibilités de production

VOS OUTILS NUMÉRIQUES


MaBiblio > MonLab xL
> Multimédia
Réalisez les exercices assignés par votre
enseignant et regardez les tutoriels (aussi
accessibles grâce aux codes QR).

COUP D’ŒIL COUP D’ŒIL


SUR UN GRAND ÉCONOMISTE SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE
Joseph Schumpeter et Quand la Chine
les théories de la croissance rattrapera-t-elle Le chapitre 2
économique les États-Unis ? en bref

p. 43 p. 44 p. 45
32 PARTIE 1 INTRODUCTION

2.1 LES POSSIBILITÉS DE PRODUCTION


Tous les jours, les mines, les usines, les magasins, les bureaux, les fermes et les chantiers
de construction du Canada produisent une multitude de biens et services. Cependant, si
considérable soit-elle, notre capacité de production est limitée par les ressources et la
technologie accessibles. À tout moment, nous disposons de quantités fixes de ressources
et d’une technologie donnée.
Pour étudier les limites de la production, nous allons nous concentrer sur deux biens
en supposant que les quantités produites de tous les autres biens et services restent
constantes. Autrement dit, nous allons nous servir de l’hypothèse ceteris paribus (toutes
choses étant égales par ailleurs) et étudier un modèle économique où rien ne varie, sauf
la production des deux biens qui nous intéressent.

LA COURBE DES POSSIBILITÉS DE PRODUCTION


Courbe des possibilités La courbe des possibilités de production (CPP) trace la frontière entre les combinaisons
de production (CPP) de biens et services qu’il est possible de produire et celles qu’il est impossible de produire
Frontière entre les combinaisons
de biens et services qu’il est avec une quantité de ressources fixe et une technologie donnée.
possible de produire et celles
qu’il est impossible de produire
Voyons ce que pourrait être la CPP pour de l’eau embouteillée et des téléphones
avec une quantité de ressources intelligents. La terre (les minéraux, les ressources énergétiques, l’eau, etc.) permet de
fixe et une technologie donnée. produire de l’eau embouteillée ou des téléphones intelligents. Le travail ou la main-
d’œuvre sert à embouteiller de l’eau de source ou à fabriquer des téléphones intelligents.
Le capital est l’ensemble de la machinerie, des équipements ou de l’outillage destinés
au puisage, au filtrage et à l’embouteillage d’eau (ex. : usines d’embouteillage) ou à la
fabrication de téléphones intelligents. Quant aux entrepreneurs, ils consacrent leur créa-
tivité soit à gérer les ressources en eau et les usines d’embouteillage, soit à diriger les
entreprises de fabrication de téléphones intelligents. Quoi qu’il en soit, plus on utilise de
ressources pour produire de l’eau embouteillée, moins il en reste pour concevoir
des téléphones intelligents, et vice versa.
On peut décrire les possibilités de production à l’aide d’un tableau ou d’une courbe
des possibilités de production. Le tableau de la figure 2.1 (p. 33) présente six possibilités
de production pour l’eau embouteillée et les téléphones intelligents – autrement dit, six
combinaisons de quantités d’eau embouteillée et de téléphones intelligents qu’il est pos-
sible de produire avec les ressources et la technologie accessibles.
Dans le contexte de la possibilité de production A, on ne consacre aucune ressource
à l’embouteillage d’eau – la production d’eau embouteillée est nulle. Toutes les res-
sources servent à la fabrication de téléphones intelligents ; on en produit alors 15 mil-
lions par année. Dans le contexte de la possibilité de production B, on consacre assez de
ressources à l’embouteillage d’eau pour produire 1 million de bouteilles par année ;
comme les ressources allouées à l’embouteillage d’eau ne peuvent plus servir à la pro-
duction de téléphones intelligents, celle-ci descend à 14 millions par année. Les possibi-
lités de production C, D et E sont d’autres combinaisons des quantités de ces deux biens.
Dans le cas de la possibilité de production F, on consacre toutes les ressources à la
production de 5 millions de bouteilles d’eau par année, et aucune à la production de
téléphones intelligents, laquelle est donc nulle.
Le graphique de la figure 2.1 illustre les possibilités de production décrites dans le
tableau. L’axe des abscisses (axe horizontal) décrit la quantité d’eau embouteillée, et
l’axe des ordonnées (axe vertical), la quantité de téléphones intelligents. Chaque point
de A à F illustre les différentes possibilités de production du tableau ; ainsi, le point B
illustre une production de 1 million de bouteilles d’eau et de 14 millions de téléphones
intelligents, quantités qui correspondent à la possibilité de production B du tableau.
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 33

La CPP est très utile pour illustrer les effets de la rareté et en entrevoir les consé-
quences ; elle met en lumière trois caractéristiques des possibilités de production, soit
la différence entre :
• Les combinaisons possibles et les combinaisons impossibles ;
• Le plein-emploi et le sous-emploi des ressources productives ;
• Le sacrifice et l’absence de sacrifice.

Les combinaisons possibles et les combinaisons impossibles


La CPP montre les limites de la production : elle trace la frontière entre les combinaisons
possibles et les combinaisons impossibles avec les ressources et la technologie accessibles.
On peut produire toutes les combinaisons de quantités de bouteilles d’eau et de téléphones
intelligents qui se situent sur la CPP ou à l’intérieur de la CPP. Par contre, les combinaisons
des deux biens situées à l’extérieur de la CPP sont impossibles à produire.
La figure 2.1 montre clairement où se situent les combinaisons possibles et impos-
sibles à produire avec les ressources et la technologie accessibles. Seuls les points situés
sur la CPP et à l’intérieur de la CPP (zone beige) correspondent à des combinaisons
possibles. Toutefois, les combinaisons qui se situent sur la CPP nécessitent l’utilisation
de toutes les ressources. Ce n’est pas le cas des combinaisons qui se situent à l’intérieur
de la CPP. Les combinaisons d’eau embouteillée et de téléphones intelligents qui corres-
pondent à des points situés à l’extérieur de la CPP (zone blanche), comme le point G,
sont impossibles à produire puisque les ressources et la technologie accessibles sont
insuffisantes. La CPP indique qu’on peut produire 4 millions de bouteilles d’eau et 5 mil-
lions de téléphones intelligents au point E, ou 2 millions de bouteilles d’eau et 12 millions
de téléphones intelligents au point C, mais qu’il est impossible de produire 4 millions de
bouteilles d’eau et 12 millions de téléphones intelligents au point G avec les ressources
et la technologie dont on dispose.

Figure 2.1 La CPP et les combinaisons possibles et impossibles

Téléphones intelligents
(en millions par année)

18 Possibilités A B C D E F
Bouteilles d’eau (en millions) 0 1 2 3 4 5
Téléphones intelligents  (en millions) 15 14 12 9 5 0
A
15 B Courbe des possibilités
de production (CPP)
Tracé à partir des données du tableau, le graphique permet de
C G visualiser la courbe des possibilités de production (CPP) pour deux
12
biens – ici, des bouteilles d’eau et des téléphones intelligents.
Le point A révèle qu’on peut produire une quantité maximale de
D 15 millions de téléphones intelligents par année si on ne produit
9 Impossible aucune bouteille d’eau. Les points A, B, C, D, E et F du graphique
illustrent les différentes possibilités de production du tableau.
Possible La courbe qui relie tous ces points est la CPP.
6 E
5
La courbe des possibilités de production (CPP) départage les
combinaisons possibles et impossibles. On peut produire les
3 combinaisons situées n’importe où sur la CPP ou à l’intérieur de
la CPP (zone beige). Les points situés à l’extérieur de la CPP,
F comme le point G, correspondent à des combinaisons impossibles.
0 1 2 3 4 5 6
Bouteilles d’eau (en millions par année)

Possibilités A B C D E F

Bouteilles d’eau (en millions) 0 1 2 3 4 5

Téléphones intelligents (en millions) 15 14 12 9 5 0


34 PARTIE 1 INTRODUCTION

Le plein-emploi et le sous-emploi des ressources productives


Plein-emploi Il y a plein-emploi des ressources quand l’utilisation des ressources productives est
Utilisation optimale des optimale compte tenu de la meilleure technologie accessible ; il y a sous-emploi des
ressources productives compte
tenu de la meilleure technologie ressources quand certaines ressources productives restent inutilisées ou ne sont pas
accessible. utilisées de manière optimale.
Sous-emploi
N’importe quelle ressource peut être sous-employée. Ainsi, il y a toujours une cer-
Utilisation incomplète ou
inefficace des ressources taine partie de la main-d’œuvre au chômage. De même, la terre reste souvent inutilisée
productives compte tenu le temps que son propriétaire lui trouve un usage qui optimise sa valeur, ce qui explique
de la meilleure technologie
accessible. l’existence des terrains vagues qu’on voit un peu partout. Il en va de même du capital :
des milliers d’automobiles inutilisées restent parquées dans les terrains de stationne-
ment des concessionnaires et des vendeurs, et les cuisines et tables des restaurants sont
souvent inoccupées.
La figure 2.2 (p. 35) illustre les effets du sous-emploi des ressources. Dans une telle
situation, l’économie produirait à l’intérieur de la CPP, au point H, par exemple ; ici, en
employant une partie des ressources accessibles, on peut produire 3 millions de bou-
teilles d’eau et 5 millions de téléphones intelligents. Cependant, si on employait toutes
les ressources accessibles, on pourrait produire au point D ou E sur la CPP. Au point D,
on produit plus de téléphones intelligents et la même quantité de bouteilles d’eau qu’au
point H, tandis qu’au point E on produit plus de bouteilles d’eau et la même quantité de
téléphones intelligents qu’au point H.

Le sacrifice et l’absence de sacrifice


Sacrifice La rareté des ressources nous oblige à faire des choix, et tout choix implique un sacrifice :
Fait de renoncer à une chose
pour en obtenir une autre.
on doit renoncer à une chose pour en obtenir une autre.
S’il alloue plus de ressources à la défense nationale et réduit ses transferts aux pro-
vinces pour les soins de santé, le gouvernement du Canada sacrifie des soins de santé
au profit de la sécurité nationale. S’il alloue plus de ressources aux routes et réduit celles
qu’il alloue aux collèges et aux universités, le gouvernement du Québec sacrifie des ser-
vices d’éducation au profit du transport. S’il alloue plus
Saviez-vous que… de ressources aux maisons de la culture et réduit les
« En 2014, les 282 000 Québécoises et Québécois en ressources de collecte des déchets, le conseil municipal
situation de sous-emploi […] étaient presque aussi de Montréal sacrifie des services sanitaires au profit de
nombreux que les chômeurs traditionnels1 (331 900)2. » la culture. S’ils abattent moins d’arbres pour préserver
Où se situait l’économie québécoise en 2014 ? À l’intérieur, l’habitat naturel de la chouette tachetée, les produc-
à l’extérieur ou sur sa CPP ? Justifiez votre réponse. teurs de papier sacrifient une partie de leur production
pour préserver une espèce sauvage.
RÉPONSE

En 2014, le Québec ne faisait pas une utilisation optimale de sa La CPP illustre ce type de sacrifices. Si, à la figure 2.2
main-d’œuvre, car près de 614 000 personnes se trouvaient en situation
(p. 35), on produit au point E et si on veut produire
de sous-emploi. Par conséquent, l’économie québécoise se situait à
l’intérieur de sa CPP. plus de téléphones intelligents (point D), on doit renon-
cer à la production d’un million de bouteilles d’eau. Au
point E, toutes les ressources sont pleinement utilisées.
Pour produire au point D, on doit donc réduire les ressources allouées à la production
de bouteilles d’eau et les utiliser pour fabriquer des téléphones intelligents. Autrement
dit, on doit sacrifier des bouteilles d’eau pour obtenir plus de téléphones intelligents.
Les économistes résument souvent cette idée centrale de l’économique – « tout choix
suppose un sacrifice, et rien n’est gratuit ! » – par le vieux dicton : « On ne peut pas avoir
le beurre et l’argent du beurre. »

1. Personnes disponibles pour travailler qui sont sans emploi et qui se cherchent activement un
poste. Source : DEMERS, André, Frontières entre emploi, chômage et inactivité : la mesure du
chômage a-t-elle omis plus de 280 000 personnes en 2014 ?, Flash-info, Institut de la statistique
du Québec, juin 2015, vol. 16, no 2, p. 1.
2. André DEMERS, « Frontières entre emploi, chômage et inactivité : la mesure du chômage a-t-
elle omis plus de 280 000 personnes en 2014 ? », Flash-info, Institut de la statistique du Québec,
juin 2015, vol. 16, no 2, p. 1.
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 35

Il y a cependant une exception à cette règle. En effet, si certaines ressources n’ont


pas été employées ou si leur utilisation n’est pas optimale, on peut accroître la production
d’un des deux biens sans sacrifier quoi que ce soit. La figure 2.2 montre que, si la pro-
duction se situe à l’intérieur de la CPP, au point H, par exemple, on pourra la porter au
point D et augmenter la production de téléphones intelligents sans sacrifier de bouteilles
d’eau en se servant des ressources inutilisées ou en employant les ressources de manière
plus efficace. Dans ce cas, on peut donc avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre.
Quand on produit à un point situé sur la CPP et qu’on veut produire davantage d’un
des deux biens, on doit faire un sacrifice. Par contre, si on produit à un point situé à
l’intérieur de la CPP, on peut produire davantage d’un bien sans réduire pour autant la
production de l’autre bien.
La rareté nous pousse constamment à optimiser l’utilisation de nos ressources.
Autant que possible, nous tâchons de ne pas laisser nos ressources inutilisées ou mal
utilisées ; quand elles le sont, nous tâchons d’y remédier.

Figure 2.2 Plein-emploi, sous-emploi, sacrifice et absence de sacrifice

Téléphones intelligents
(en millions par année) 1 Quand on emploie toutes les ressources
accessibles, on produit des combinaisons situées
18 sur la CPP, aux points D et E, par exemple.
Courbe des possibilités
de production (CPP) 2 Quand une partie des ressources reste inutilisée,
A on produit des combinaisons situées à l’intérieur
15 B 1
de la CPP, au point H, par exemple.
Plein-emploi
3 Quand les ressources sont pleinement utilisées
12 C
et qu’on veut produire davantage, un sacrifice
3 s’impose. Si on produit 5 millions de téléphones
D Sacrifice intelligents par année au point E et si on veut
9 4 en produire 9 millions (point D le long de la CPP),
Absence de sacrifice on doit renoncer à une certaine quantité de
bouteilles d’eau.
6 E
5 2 4 Quand une partie des ressources est inutilisée,
Sous-emploi
H
on peut produire plus d’un bien sans réduire pour
3 autant la production de l’autre bien. Si on produit
5 millions de téléphones intelligents par année
F au point H et si on souhaite en produire 9 millions,
on peut se déplacer jusqu’à la CPP en utilisant
0 1 2 3 4 5 6 toutes les ressources.
Bouteilles d’eau (en millions par année)
36 PARTIE 1 INTRODUCTION

2.1
1 Utiliser la courbe des possibilités de production pour illustrer le problème économique

EXERCEZ-VOUS QUESTION SUPPLÉMENTAIRE


1. Sur l’Île-de-Robinson, les habitants travaillent 40 heures 2. Durant l’hiver, la pêche et la cueillette de fruits sont plus
par semaine à pêcher du poisson et à cueillir des fruits. difficiles, et les habitants de l’Île-de-Robinson travaillent
À partir des données du tableau 1, tracez la CPP de l’Île- moins d’heures par jour. Le tableau 2 décrit la production
de-Robinson. hivernale de l’île. À l’aide de ces données, tracez sa CPP
Tableau 1 pour l’hiver.
Possibilités A B C D E F G Tableau 2
Poisson (en kg) 0 6 11 15 18 19 20 Possibilités A B C D E F

Fruits (en kg) 30 25 20 15 10 5 0 Poisson (en kg) 0 3 6 9 12 15


Fruits (en kg) 20 18 15 11 6 0
a) Dites si chacune des combinaisons suivantes est
possible ou impossible : (a) 0 kg de poisson et 30 kg a) Dites si chacune des combinaisons suivantes est
de fruits ; (b) 6 kg de poisson et 25 kg de fruits ; (c) possible ou impossible : (a) 3 kg de poisson et 18 kg
20 kg de poisson et 20 kg de fruits. de fruits ; (b) 9 kg de poisson et 11 kg de fruits ; (c)
b) Dites si chacune des combinaisons suivantes requiert 15 kg de poisson et 14 kg de fruits.
la totalité des heures de travail des habitants de l’île : b) Dites si chacune des combinaisons suivantes requiert
(a) 15 kg de poisson et 15 kg de fruits ; (b) 7 kg de la totalité des heures de travail des habitants de l’Île-
poisson et 20 kg de fruits ; (c) 20 kg de poisson et 0 kg de-Robinson et si elle implique ou non un sacrifice si
de fruits. les habitants veulent augmenter l’une ou l’autre des
c) Dites si chacune des combinaisons suivantes impose productions : (a) 0 kg de poisson et 20 kg de fruits ;
ou non un sacrifice si les habitants de l’île veulent une (b) 9 kg de poisson et 5 kg de fruits ; (c) 3 kg de
production supplémentaire de 1 kg de fruits : (a) 20 kg poisson et 18 kg de fruits.
de poisson et 0 kg de fruits ; (b) 10 kg de poisson et
15 kg de fruits ; (c) 18 kg de poisson et 10 kg de fruits.

RÉPONSES
1. La CPP de l’Île de Robinson est la suivante : a) (a) Possible (possibilité A) : les habitants ne pêchent aucun poisson et
Fruits (en kg)
A cueillent 30 kg de fruits. (b) Possible (possibilité B). (c) Impossible : si
30
les habitants pêchent 20 kg de poisson, ils ne peuvent pas cueillir de
25
B fruits (possibilité G).
b) (a) Cette combinaison requiert la totalité des heures de travail  des
20
C
habitants de l’île  ; elle  se situe sur la CPP (possibilité D). (b) Cette
combinaison ne requiert pas la totalité des heures de travail  des
D
15 habitants de l’île  ; elle se situe à l’intérieur de la CPP. (c) Cette
E
combinaison requiert la totalité des ressources ; elle se situe sur la
10
CPP (possibilité  G).
5
F c) (a) Cette combinaison implique un sacrifice puisqu’elle se situe sur
la CPP. (b) Cette combinaison n’implique aucun sacrifice puisqu’elle
G
se situe à l’intérieur de la CPP. (c)  Cette  combinaison implique un
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Poisson (en kg)
sacrifice puisqu’elle se situe sur la CPP.

2.2 LE COÛT DE RENONCIATION


Tout le long de la CPP, le choix d’un point plutôt que d’un autre implique nécessairement
Coût de renonciation un sacrifice : pour obtenir davantage d’un bien, il faut renoncer à une quantité donnée de
Quantité d’un bien à laquelle l’autre bien. Mais à quelle quantité de cet autre bien faut-il renoncer exactement pour
il faut renoncer pour obtenir
une unité supplémentaire d’un obtenir une unité supplémentaire du bien que l’on choisit ? Le coût de renonciation, qui
autre bien. se calcule à l’aide de la courbe des possibilités de production, répond à cette question.
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 37

LE COÛT DE RENONCIATION D’UNE BOUTEILLE D’EAU


Le coût de renonciation d’une bouteille d’eau est égal à la diminution de la quantité de
téléphones intelligents divisée par l’augmentation de la quantité de bouteilles d’eau, ou
au nombre de téléphones intelligents sacrifiés divisé par le nombre de bouteilles d’eau
supplémentaires à mesure qu’on se déplace le long de la CPP.

Figure 2.3 Le calcul du coût de renonciation d’une bouteille d’eau

Téléphones intelligents
(en millions par année)
Diminution de
la quantité de 1 bouteille d’eau
CD divisée par 18 coûte 1 téléphone
l’augmentation Mouvement Diminution Augmentation Diminution de la quantité
de la quantité de le long de de la quantité de la quantité de téléphones divisée
bouteilles d’eau A 1 bouteille d’eau
15 coûte 2 téléphones la CPP de téléphones de bouteilles par l’augmentation de
B
14 d’eau la quantité de bouteilles
1 CD par bouteille
1 bouteille d’eau d’eau
2 CD par bouteille
C
12 coûte 3 téléphones
De A à B 1 million 1 million 1 téléphone par bouteille
3 CD par bouteille
De B à C 2 millions 1 million 2 téléphones par bouteille
D 1 bouteille d’eau
4 CD par bouteille 9 De C à D 3 millions 1 million 3 téléphones par bouteille
coûte 4 téléphones
5 CD par bouteille De D à E 4 millions 1 million 4 téléphones par bouteille
De E à F 5 millions 1 million 5 téléphones par bouteille
6 E
5
Quand on descend de A à F le long de la CPP, le coût de renonciation
oût de renonciation
3 de l’eau embouteillée croît à mesure que la quantité produite de
tité 1 bouteille d’eau
coûte 5 téléphones
bouteilles d’eau augmente.

F
0 1 2 3 4 5 6
Bouteilles d’eau (en millions par année)

À la figure 2.3, on produit 0 bouteille d’eau et 15 millions de téléphones intelligents au


point A. Au point B, on produit 1 million de bouteilles et 14 millions de téléphones. Si on se
déplace du point A au point B, la quantité de bouteilles d’eau augmente de 1 million (gain de
1 million) et la quantité de téléphones intelligents diminue de 1 million (sacrifice de 1 million).
Le coût de renonciation d’une bouteille d’eau est donc de 1 téléphone intelligent (1 million de
téléphones sacrifiés divisé par 1 million de bouteilles d’eau supplémentaires).
Répétez ces calculs en vous déplaçant de B à C, de C à D, de D à E et de E à F, et vous
arriverez aux coûts de renonciation qui figurent dans le tableau et le graphique. On constate
que le coût de renonciation d’une bouteille d’eau croît à mesure que la production d’eau
embouteillée augmente.

LE COÛT DE RENONCIATION D’UN TÉLÉPHONE INTELLIGENT


Le coût de renonciation d’un téléphone intelligent est égal à la diminution de la quantité de
bouteilles d’eau divisée par l’augmentation de la quantité de téléphones intelligents, ou au
nombre de bouteilles sacrifiées divisé par le nombre de téléphones supplémentaires à
mesure qu’on se déplace le long de la CPP.
À la figure 2.4 (p. 38), on produit 0 téléphone intelligent et 5 millions de bouteilles d’eau
au point F. Au point E, on produit 5 millions de téléphones et 4 millions de bouteilles. Si on
se déplace du point F au point E, la quantité de téléphones intelligents augmente de 5 millions
(gain de 5 millions) et la quantité de bouteilles d’eau diminue de 1 million (sacrifice de 1 mil-
lion). Le coût de renonciation d’un téléphone intelligent est donc de 1/5 de bouteille d’eau
(1 million de bouteilles sacrifiées divisé par 5 millions de téléphones supplémentaires).
38 PARTIE 1 INTRODUCTION

Figure 2.4 Le calcul du coût de renonciation d’un téléphone intelligent

Téléphones intelligents
(en millions par année)

nution de la
é de bouteilles 1 téléphone coûte
au divisée 18 1 bouteille d’eau
ugmentation Mouvement Diminution Augmentation Diminution de la quantité
uantité de CD
1 téléphone coûte
le long de de la quantité de la quantité de bouteilles d’eau divisée
A 1 la CPP de bouteilles de téléphones par l’augmentation de
15 B /2 bouteille d’eau
uteille par CD
14 d’eau la quantité de téléphones
uteille par CD C 1 téléphone coûte
12 1
/3 bouteille d’eau De F à E 1 million 5 millions 1
/5 de bouteille par téléphone
uteille par CD De E à D 1 million 4 millions 1
/4 de bouteille par téléphone
uteille par CD D De D à C 1 million 3 millions 1
/3 de bouteille par téléphone
1 téléphone coûte
uteille par CD
9 1
/4 bouteille d’eau De C à B 1 million 2 millions 1
/2 de bouteille par téléphone
De B à A 1 million 1 million 1 bouteille par téléphone

6 E
nonciation 5
Quand on monte de F à A le long de la CPP, le coût de renonciation
ugmente.
3 1 téléphone coûte d’un téléphone intelligent croît à mesure que la quantité produite de
1
/5 bouteille d’eau téléphones intelligents augmente.
F
0 1 2 3 4 5 6
Bouteilles d’eau (en millions par année)

Répétez ces calculs en vous déplaçant de E à D, de D à C, de C à B et de B à A, et vous


arriverez aux coûts de renonciation qui figurent dans le tableau et le graphique. On
constate que le coût de renonciation d’un téléphone intelligent croît à mesure que la
production de téléphones intelligents augmente.

LE COÛT DE RENONCIATION ET LA FORME DE LA CPP


Le phénomène de coût de renonciation croissant se reflète dans la forme de la CPP, qui est
concave par rapport à l’origine. Entre les points A et B, le coût de renonciation d’une bou-
teille d’eau est de 1 téléphone intelligent – la pente de la CPP est douce. Entre les points E
et F, le coût augmente à 5 téléphones intelligents – la pente de la CPP devient plus abrupte.
La CPP est concave par rapport à l’origine parce que les ressources ne sont pas éga-
lement productives dans toutes les activités. Prenons le cas d’un commis aux fruits et
légumes dans une épicerie à qui on demande de faire la caisse. Il sera sans doute moins
productif que la caissière. Il faudra peut-être trois commis pour accomplir le travail d’une
caissière (et inversement).
Ainsi, les travailleurs qui ont beaucoup d’années d’expérience sont très qualifiés dans
l’embouteillage d’eau, mais beaucoup moins dans la production de téléphones intelli-
gents. À l’inverse, les travailleurs très qualifiés dans la fabrication de téléphones intelli-
gents le sont beaucoup moins dans la production d’eau embouteillée. Par conséquent, si
certains sont affectés à la production d’eau embouteillée, il en résultera une faible aug-
mentation de celle-ci, mais une importante diminution de la production de téléphones
intelligents.
Plus on augmente la production de l’un ou de l’autre des deux biens, moins les res-
sources supplémentaires consacrées à la production de ce bien sont productives et plus
le coût de renonciation d’une unité de ce bien augmente.
Par contre, si les ressources sont aussi efficaces dans une production que dans l’autre,
le coût de renonciation d’une unité supplémentaire d’un bien est constant, et la forme de
la CPP devient une droite. Cela peut être le cas s’il s’agit de produire davantage d’un bien
que de l’autre à l’échelle d’une entreprise ou d’un individu. Imaginons une entreprise qui
fabrique des chaussures vertes et des chaussures rouges. Le patron demande à ses
employés de faire plus de paires de chaussures rouges. À moins d’être daltoniens, les
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 39

employés seront tout aussi efficaces dans l’une ou l’autre des productions. Pour chaque
paire supplémentaire de chaussures rouges produite, la fabrication de paires de chaus-
sures vertes diminuera d’autant. Le coût de renonciation d’une paire de chaussures rouges
sera constant, et la forme de la CPP sera une droite.

LE COÛT DE RENONCIATION EST UN RATIO


On vient de le voir, pour calculer le coût de renonciation d’une bouteille d’eau, on divise
la quantité de téléphones intelligents à laquelle on renonce par l’augmentation de la
quantité de bouteilles d’eau ; et pour calculer le coût de renonciation d’un téléphone
intelligent, on divise la quantité de bouteilles d’eau à laquelle on renonce par l’augmen-
tation de la quantité de téléphones intelligents. Le coût de renonciation est donc un ratio
– la variation de la quantité d’un bien divisée par la variation de la quantité de l’autre
bien. Le coût de renonciation de la production de l’eau embouteillée est égal à l’inverse
du coût de renonciation de la production de téléphones intelligents. Vérifions cette pro-
position en revenant à nos calculs. À la figure 2.3 (p. 37), quand on se déplace du point
C au point D le long de la CPP, le coût de renonciation d’une bouteille d’eau est de 3 télé-
phones intelligents. L’inverse de 3 est ⅓. Donc, à la figure 2.4, si on augmente la produc-
tion de téléphones intelligents et si on diminue la production d’eau en se déplaçant du
point D au point C, le coût de renonciation d’un téléphone intelligent devrait être de ⅓ de
bouteille d’eau, ce qui est effectivement le cas.

LES COÛTS DE RENONCIATION Saviez-vous que…


SONT OMNIPRÉSENTS « […] la pauvreté coûte à l’ensemble de la société
À peu près toutes les activités imaginables ont un québécoise de 15,7 à 17,0 milliards de dollars annuellement,
coût de renonciation croissant. La production de soit de 5,8 % à 6,3 % du PIB réel3. » Quel est le coût de
denrées nécessite l’utilisation de terres fertiles et de renonciation de la pauvreté ? S’il n’y avait plus de pauvreté
tracteurs, ainsi que l’engagement d’ouvriers agri- au Québec, quelle en serait la conséquence ?
coles, alors que la production de services de santé
RÉPONSE

exige la construction d’hôpitaux, l’utilisation d’am- En raison de la pauvreté, le Québec doit renoncer à produire de
15,7 à 17,0 milliards de dollars de biens et services par année, soit un coût
bulances et l’embauche de brancardiers, d’infir- de renonciation qui représente de 5,8 % à 6,3 % de son PIB réel. S’il n’y avait
mières et de médecins. L’inverse serait absurde. Si plus de pauvreté au Québec, les milliards de dollars que coûte la pauvreté
seraient consacrés à produire d’autres biens et services.
un producteur de soins de santé achetait des terres
fertiles, y construisait un hôpital, transformait les
tracteurs en ambulances et engageait des ouvriers
agricoles comme brancardiers ou comme infir-
miers, la production de denrées baisserait de manière spectaculaire, la production de
services de santé augmenterait très peu et le coût de renonciation d’une unité de services
de santé monterait. De même, si un producteur agricole achetait un hôpital, le transfor-
mait en usine de tomates hydroponiques et engageait des brancardiers, des infirmières
et des médecins comme ouvriers agricoles, la production de services de santé diminue-
rait considérablement, la production de denrées augmenterait très peu et le coût de
renonciation d’une unité de denrées monterait.

3. Athanase BARAYANDEMA et Guy FRÉCHET, Les coûts de la pauvreté au Québec selon le modèle
de Nathan Laurie, Québec, Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion (CEPE), gouvernement
du Québec, 2011, p. 16.
40 PARTIE 1 INTRODUCTION

ÉTUDIER OU TRAVAILLER ?
Étudier ou travailler ? Ces deux activités sont importantes pour vous, surtout si vous
travaillez pour payer vos études. Combien de temps devez-vous consacrer à chacune
d’elles si vous ne disposez que de 40 heures par semaine ? Si vous choisissez d’étudier
à temps plein, vous renoncez à travailler. Si vous choisissez de travailler à temps plein,
vous renoncez à étudier. Visiblement, vous devez trouver un compromis.
La figure suivante illustre la CPP d’une personne qui doit doser le temps qu’elle
consacre aux études et au travail. Étant donné que cette personne est parfaitement
capable de réaliser l’une ou l’autre de ces activités, le coût de renonciation des études
ou du travail correspondra à un certain nombre d’heures sacrifiées, qui sera le même
peu importe si elle choisit d’augmenter le nombre d’heures allouées aux études ou le
nombre d’heures dédiées au travail. Une situation de coût de renonciation constant se
traduit par une CPP ayant la forme d’une droite dont la pente est la même entre chaque
point. Tout point situé sous ou sur la CPP est réalisable, alors que tout point situé
au-dessus de la CPP est irréalisable. La personne Études (nombre d’heures)
qui perd son temps se trouvera en situation de
sous-emploi et occupera un point à l’intérieur de la 40
CPP, comme le point A. Inversement, la personne
qui consacre tout le temps dont elle dispose
30
(40 heures par semaine) aux études et au travail
atteindra le point B sur la CPP.
B
Considérez les possibilités suivantes en vous 20
aidant de la CPP. Étudier à temps plein ? Travailler
à temps plein ? Étudier et travailler en même temps A
10
à temps plein ? Lesquels de ces choix sont réali-
sables ? Lesquels sont irréalisables ? Et vous, quel
est votre choix ? 0
10 20 30 40
Travail (nombre d’heures)

Ces étudiants ont fait le choix d’étudier à temps plein. Pour l’employée de cette boulangerie, c’est l’inverse !
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 41

2.2
2 Calculer le coût de renonciation

EXERCEZ-VOUS QUESTION SUPPLÉMENTAIRE


1. À l’aide des possibilités de production de l’Île-de- 2. À l’aide des possibilités de production hivernale de
Robinson décrites au tableau 1, calculez le coût de l’Île-de-Robinson décrites au tableau 2, calculez le coût
renonciation de 1 kg de poisson. Faites un tableau qui de renonciation de 1 kg de fruits. Faites un tableau qui
illustre ce coût à mesure que les habitants accroissent le illustre ce coût à mesure que les habitants accroissent
temps qu’ils consacrent à la pêche et réduisent le temps le temps qu’ils consacrent à la cueillette de fruits et
qu’ils consacrent à la cueillette de fruits. réduisent le temps qu’ils consacrent à la pêche.

Tableau 1 Tableau 2
Possibilités A B C D E F G Possibilités A B C D E F
Poisson Poisson
0 6 11 15 18 19 20 0 3 6 9 12 15
(en kg) (en kg)
Fruits Fruits
30 25 20 15 10 5 0 20 18 15 11 6 0
(en kg) (en kg)
a) Si les habitants font passer la production de fruits de a) Calculez le coût de renonciation de 1 kg de fruits et
15 kg à 20 kg et la production de poisson de 15 kg à de 1 kg de poisson si les habitants de l’île produisent
11 kg, quel sera le coût de renonciation de 1 kg de actuellement 5 kg de poisson et 10 kg de fruits par
fruits ? Expliquez votre réponse. jour. Expliquez votre réponse.
b) Si les habitants produisent 6 kg de poisson et 20 kg b) Quel est le coût de renonciation de 1 kg de poisson si
de fruits, quel sera le coût de renonciation de 1 kg de les habitants de l’île augmentent leur production de
fruits et de 1 kg de poisson ? poisson de 6 à 9 kg par jour ?
c) Le coût de renonciation de 1 kg de fruits augmente-t-il
à mesure que les habitants de l’île consacrent plus de
temps à la cueillette de fruits ? Expliquez votre réponse.

RÉPONSES

1. Le coût de renonciation de 1 kg de poisson est égal à la diminution de la Mouvement Diminution Augmentation Diminution du nombre
quantité de fruits divisée par l’augmentation de la quantité de poisson le long du nombre du nombre de kg de fruits divisée
à mesure que la production des habitants de l’île augmente et qu’on se de la CPP de kg de kg par l’augmentation
déplace le long de la CPP, ces derniers consacrant de plus en plus de de fruits de poisson du nombre de kg
temps à la pêche et de moins en moins de temps à la cueillette de fruits. de poisson
Par exemple, quand les habitants ne consacrent aucun temps à la pêche, 5/6 kg de fruits
De A à B 5 kg 6 kg par kg de poisson
la production est celle décrite à la possibilité A du tableau  1. Quand ils
consacrent plus de temps à la pêche, la production de poisson augmente 5/5 kg de fruits
de 6 kg et la production de fruits diminue de 5 kg. Le coût de renonciation De B à C 5 kg 5 kg
par kg de poisson
de 1  kg de poisson est donc de 5/6  kg de fruits (5  kg de fruits sacrifiés 5/4 kg de fruits
divisés par 6 kg de poisson supplémentaires). Le tableau ci-contre donne De C à D 5 kg 4 kg par kg de poisson
les coûts de renonciation correspondants.
5/3 kg de fruits
a) Le coût de renonciation de 1 kg de fruits est de 4/5 kg de poisson. De D à E 5 kg 3 kg
par kg de poisson
Quand la production de fruits augmente de 5  kg, la production de
5/2 kg de fruits
poisson diminue de 4 kg. Le coût de renonciation de 1 kg de fruits est De E à G 5 kg 2 kg par kg de poisson
de 4 kg de poisson sacrifiés divisés par 5 kg de fruits supplémentaires.
Ce coût est l’inverse du coût de renonciation de 1 kg de poisson (de C 5/1 kg de fruits
De G à F 5 kg 1 kg
à D au tableau ci-contre). par kg de poisson
b) Si les habitants produisent 6  kg de poisson et 20  kg de fruits, les
coûts de renonciation des fruits et du poisson sont nuls puisqu’ils
gens peuvent augmenter la production de chacun des deux biens
sans réduire la production de l’autre. La combinaison de biens que
produisent les habitants se situe à l’intérieur de la CPP.
42 PARTIE 1 INTRODUCTION

L’EXPANSION DES POSSIBILITÉS


2.3 DE PRODUCTION
Croissance économique L’expansion soutenue des possibilités de production s’appelle croissance économique.
Expansion soutenue des Celle-ci peut-elle éliminer la rareté et le coût de renonciation ? Non : plus on accroît
possibilités de production.
rapidement les possibilités de production, plus le coût de renonciation de la croissance
économique est élevé. Afin d’augmenter de manière importante les possibilités de pro-
duction futures, il faudra réduire la production présente de biens et services de consom-
mation pour produire davantage de capital physique, concevoir de nouvelles technolo-
gies et améliorer la qualité du capital humain.
Ainsi, les trois grands facteurs qui influent sur la croissance économique sont : (1) le
progrès technologique, c’est-à-dire la mise au point de nouveaux biens et services et de
meilleures techniques de production ; (2) l’accroissement du capital humain, c’est-à-dire
l’amélioration de la qualité du travail qui résulte de l’instruction, de la formation sur le
tas et de l’expérience de travail ; et (3) l’accumulation de
Saviez-vous que… capital physique, c’est-à-dire l’ajout de nouveaux équipe-
« Le potentiel éolien théorique du Québec est ments (voir le « Coup d’œil sur un grand économiste », p. 43).
considérable compte tenu de l’immensité du Comment la croissance économique influe-t-elle sur les
territoire. […] ce potentiel aurait atteint 4 000 MW possibilités de production d’une économie ? Supposons
(mégawatts) en 20154. » Si le Québec développe qu’une nouvelle technologie permet d’embouteiller l’eau
tout son potentiel éolien, quel sera l’impact sur plus rapidement qu’auparavant. La figure 2.5 (a) montre que
sa CPP ? Quel sera le coût de renonciation du la quantité maximale de bouteilles d’eau que cette économie
développement du potentiel éolien du Québec ? peut produire est maintenant plus grande qu’elle l’était, et
le point F se déplace en F’. La production de téléphones
RÉPONSE

Cette nouvelle source d’énergie permettra au Québec de


disposer de plus de ressources et ainsi de produire plus de biens
intelligents n’étant pas touchée, la quantité maximale de
et services dans l’avenir. Sa CPP se déplacera vers l’extérieur. téléphones intelligents que cette économie peut produire
Mais pour développer cette nouvelle source d’énergie, la province reste inchangée au point A. La courbe des possibilités de
devra y consacrer des ressources et renoncer à une partie de sa
production de biens et services d’aujourd’hui. C’est le coût de production pivote vers l’extérieur de AF en AF’.
renonciation du développement de son potentiel éolien.
Supposons maintenant que la productivité des travail-
leurs s’est accrue dans les deux industries. Il est maintenant
possible de produire à la fois plus de téléphones intelligents
et de bouteilles d’eau. La figure 2.5 (b) montre que les points A et F se déplacent en A’ et
en F’ respectivement. La courbe des possibilités de production se déplace vers l’exté-
rieur. La nouvelle courbe ne sera parallèle à la première que si l’amélioration de la
productivité influe sur les deux industries également. Dans le cas contraire, le déplace-
ment sera asymétrique, influant davantage sur une industrie que sur l’autre.
Grâce au progrès technologique, à l’accroissement du capital humain et à l’accumu-
lation de capital physique, nous avons aujourd’hui des automobiles qui nous permettent
des déplacements jadis impensables, des satellites qui améliorent considérablement les
communications mondiales par rapport à ce que permettait la technologie du câble, etc.
Cependant, pour pouvoir consacrer plus de ressources au développement de la tech-
nologie, à l’instruction et à la formation des gens ainsi qu’à la production de nouveau
capital, nous devons réduire notre production de biens et services de consommation
aujourd’hui. Cette réduction de la production actuelle de biens et services de consom-
mation est le coût de renonciation de la croissance économique.

4. Ministère de l’énergie et des ressources naturelles du Québec, « Le potentiel éolien au Qué-


bec », Gros plan sur l’énergie, gouvernement du Québec, www.mern.gouv.qc.ca/energie/eolien/
eolien-potentiel.jsp (page consultée le 2 mai 2016).
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 43

Coup d’œil
SUR UN GRAND ÉCONOMISTE

Joseph Schumpeter et les théories de la croissance économique


Pour les économistes classiques des XVIIIe et XIXe siècles, le progrès économique, son œuvre est pluridisciplinaire : une économie, mais
technologique et l’accumulation de capital étaient les moteurs aussi une histoire et une sociologie du capitalisme.
de la croissance. Cependant, dès que la croissance économique De nos jours, on pense que la croissance du revenu ralentit
élevait les revenus au-dessus du niveau de subsistance, une la croissance démographique. Pourquoi ? Parce qu’elle augmente
croissance démographique s’ensuivait, entraînant à son tour le coût de renonciation lié au fait d’avoir des enfants et celui lié à
des rendements décroissants qui réduisaient la productivité et l’investissement dans leur éducation - les rendant plus productifs.
ramenaient les revenus au niveau de subsistance. La productivité et le revenu augmentent grâce au progrès
Formé à l’école classique autrichienne, Joseph Aloïs Schumpeter technologique, et l’ampleur de la croissance de la productivité,
ose rejeter les méthodes et les conclusions de ses maîtres, à qui stimulée par la recherche du profit, est presque illimitée.
il reproche de décrire un système statique, alors que l’économie De plus, Schumpeter perçoit le progrès économique comme
est fondamentalement dynamique. Convaincu que le progrès
un processus de création destructrice : création de nouvelles
économique réside dans l’élaboration et la diffusion de nouvelles
occasions de profits et destruction de commerces (qu’on pense,
techniques par des entrepreneurs avides de profit, Schumpeter
par exemple, à l’effet de l’implantation d’un Wal-Mart sur le
jette les fondements de la théorie moderne de la croissance.
commerce de détail local). Pour Schumpeter, la croissance
Né en 1883, Schumpeter quitte son Autriche natale pour économique et le cycle économique ne font qu’un.
l’Allemagne dans les années 1920, au moment où les deux pays
À sa mort, en 1950, Joseph Schumpeter avait réalisé
sont aux prises avec l’hyperinflation. En 1932, au plus fort de la
l’ambition de sa vie : être l’un des économistes les plus célèbres
Grande Dépression, il s’exile aux États-Unis, où il devient professeur
de sa génération.
d’économique à Harvard. Auteur d’ouvrages sur la croissance
et le développement économiques, les cycles économiques et Quel est l’effet de la croissance du revenu sur la croissance
les systèmes politiques, ainsi que d’une histoire de la pensée démographique selon les économistes classiques ? Et de nos jours ?

Figure 2.5 Les effets de la croissance économique

Téléphones intelligents Téléphones intelligents


(en millions par année) (en millions par année)

A Nouvelle CPP A Nouvelle CPP

CPP initiale CPP initiale

F F' F F'
Bouteilles d’eau (en millions par année) Bouteilles d’eau (en millions par année)

(a)a)Une nouvelle
Une technologie
nouvelle technologied’embouteillage
permet (b) b)
UneLahausse de la productivité
productivité des travailleurs
de la main-d’œuvre
de d’embouteiller
l’eau l’eau de source plus dans les deuxdans
augmente industries
les deux industries.
La rapidement.
CPP pivote vers l’extérieur.
La CPP pivote vers l’extérieur. La CPP se déplace
La CPP versvers
se déplace l’extérieur.
l’extérieur.
44 PARTIE 1 INTRODUCTION

Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE

Quand la Chine rattrapera-t-elle les États-Unis ?


Après avoir dépassé l’Allemagne en 2007, la Chine double le • En tant que l’un des cinq membres permanents du Conseil
Japon au deuxième trimestre de 2010 et devient la deuxième de sécurité des Nations unies, la Chine possède la plus
économie mondiale. La question n’est plus de savoir si elle grande armée du monde (plus de 2 millions d’hommes et de
rattrapera les États-Unis, mais plutôt quand et comment. femmes) et le deuxième plus grand budget militaire après
celui des États-Unis. Puissance nucléaire depuis le 16 octobre
• Avec une population d’environ 1,3 milliard d’habitants, soit
1964, elle est également un des premiers producteurs
18,5 % de l’humanité, elle est le pays le plus peuplé.
d’armes de la planète.
• Les progrès en éducation et en formation professionnelle
• La décision prise par Deng Xiaoping à la fin des années 1970
ont augmenté la productivité de la main-d’œuvre. La Chine
de convertir le pays à l’économie de marché, et l’adhésion
devient ainsi un premier choix pour une entreprise d’ici qui
de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC)
désire se relocaliser.
au début de 2002, qui lui a ouvert le marché mondial,
• Avec une superficie de 9 600 000 km2 (en incluant Taiwan, expliquent la croissance de 10  % par an, pendant près de
Hong Kong, Macao et certains territoires sous sa domination), 25 ans, de son économie.
la Chine se classe au troisième rang dans le monde après la
Russie et le Canada, mais devant les États-Unis. L’émergence de la Chine comme superpuissance économique
• Les ressources naturelles du pays sont considérables, pose au reste du monde un problème d’adaptation difficile. Si
même si la Chine (cinquième producteur avec près de 5 % le 20e siècle a été celui de la triade États-Unis-Europe-Japon, le
de la production mondiale de pétrole) a des besoins en 21e siècle sera celui de la Chine, de l’Inde et des pays émergents.
hydrocarbures qui excèdent de loin ses réserves.
Quel rang occupe la Chine sur les plans économique,
• Sur les plans technique et scientifique, la Chine a peu de démographique et militaire, et quant à sa superficie ? À l’aide
choses à envier à l’Occident. Ses ingénieurs ont été les d’une CPP, illustrez graphiquement l’impact des progrès réalisés
premiers à décoder le génome du riz. La Chine est aussi l’un en éducation et en formation de la main-d’œuvre par la Chine.
des trois seuls pays au monde à avoir envoyé un homme
dans l’espace par ses propres moyens (le 15 octobre 2003,
Yang Liwei est devenu le premier taïkonaute de l’histoire).

2.3
3 Expliquer comment le progrès technologique, l’accroissement du capital humain
et l’accumulation du capital augmentent les possibilités de production

EXERCEZ-VOUS QUESTION SUPPLÉMENTAIRE


1. Le tableau 1 présente la production de services 2. Si l’Absurdistan consacre toutes ses ressources à la
d’éducation et de biens de consommation de production de biens de consommation, connaîtra-t-il
l’Absurdistan. Si l’Absurdistan veut faire passer le nombre une croissance économique, c’est-à-dire un déplacement
de diplômés de 0 à 500 par année, quel sera le coût de de sa CPP vers l’extérieur ? S’il fait passer le nombre
renonciation de ces 500 diplômés ? de diplômés de 0 à 750 par année, connaîtra-t-il une
croissance économique ? Expliquez votre réponse.
Tableau 1
Possibilités A B C D
Éducation (en nombre
1 000 750 500 0
de diplômés) RÉPONSE
Biens de consommation
0 1 000 2 000 3 000 1. Le coût de renonciation des 500  diplômés est de 1  000 unités (3  000 –
(en unités) 2 000) de biens de consommation.
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 45

Le chapitre 2 en bref

1 Utiliser la courbe des possibilités de production pour illustrer le problème économique

Courbe des possibilités de production (CPP)


Courbe décrivant les limites de ce qu’on peut produire en utilisant pleinement et efficacement toutes les ressources accessibles

Combinaisons à l’extérieur Combinaisons sur la CPP Combinaisons à l’intérieur


de la CPP • Combinaisons possibles de la CPP
• Combinaisons impossibles • Ressources pleinement utilisées • Combinaisons possibles
• Ressources disponibles • Accroissement de la production • Ressources sous-utilisées
insuffisantes pour l’instant d’un bien en sacrifiant la production • Accroissement de la production
d’un autre bien des deux biens sans sacrifice

2 Calculer le coût de renonciation

Coût de renonciation de x
La diminution de y divisée par l’augmentation de x

Coût de renonciation de y Coût de renonciation croissant


Inverse du coût de renonciation de x Si les ressources ne sont pas également
productives dans toutes les productions
Coût de renonciation constant
Si les ressources sont également productives
dans toutes les productions

3 Expliquer comment le progrès technologique, l’accroissement du capital humain


et l’accumulation du capital augmentent les possibilités de production

Facteurs de croissance Accroissement des Coût de renonciation de la


• Progrès technologique possibilités de production croissance économique
• Accroissement du capital humain En consacrant plus de ressources La diminution de la consommation
• Accumulation de capital au progrès technologique, dans l’immédiat
à l’accroissement du capital humain
et à l’accumulation de capital
46 PARTIE 1 INTRODUCTION

Questions
de révision
Au terme de la section 2.1, Les possibilités de production, a) Tracez la courbe des possibilités de production (CPP)
répondez à la question 1. de l’Île-des-Fermiers.
b) L’Île-des-Fermiers peut-elle produire 500 kg de maïs
1. L’Île-aux-Mystères ne produit que deux biens, X et Y, dont et 500 kg de bœuf ?
les habitants refusent de dévoiler la nature. Le tableau 1a c) L’Île-des-Fermiers peut-elle produire 800 kg de maïs
décrit les points A et B sur la CPP de l’Île-aux-Mystères. et 1 200 kg de bœuf ?
d) Si l’Île-des-Fermiers décidait de faire passer sa
Tableau 1a
production de bœuf de 900 kg à 1 200 kg par
Possibilités A B année, quel serait le coût de renonciation de cette
Unités de X 500 400 augmentation de la production bovine ?
Unités de Y 250 375 e) Si l’Île-des-Fermiers décidait de faire passer sa
production de maïs de 400 kg à 600 kg par année,
quel serait le coût de renonciation de cette
Si la CPP de cette économie est concave par rapport à augmentation de la production de maïs ?
l’origine (coûts de renonciation croissants), lesquelles des f) Si elle décidait de produire 400 kg de maïs et
possibilités de production décrites au tableau  1b pour- 1 300 kg de bœuf par année, l’Île-des-Fermiers
raient logiquement décrire d’autres points de cette CPP ? emploierait-elle pleinement toutes ses ressources ?
Expliquez votre réponse.
Tableau 1b
Possibilités C D E F G H 4. À l’Île-de-l’Oisiveté, où on ne produit que du divertissement
Unités de X 600 450 600 350 600 450 et de la bonne chère, les seules ressources accessibles
sont 5 unités de capital et 10 heures de travail par jour. Le
Unités de Y 325 325 350 400 360 415
tableau  4 donne les quantités maximales de divertisse-
ment et de bonne chère que l’Île-de-l’Oisiveté peut actuel-
Au terme de la section 2.2, Le coût de renonciation, répon- lement produire en une journée.
dez aux questions 2 à 4.
Tableau 4
2. Le tableau 2 décrit les points A, B et C sur la CPP de l’Île- Possibilités A B C D E F
des-Maigres, qui ne produit que du yaourt et de la laitue. Divertissement
Quelle doit être la valeur de x pour que le coût de renon- (en unités 100 80 60 40 20 0
ciation des deux seuls types de biens que produit cette par jour)
économie soit croissant ?
Bonne chère (en
0 30 50 60 65 67
Tableau 2 unités par jour)

Possibilités A B C a) Tracez la CPP de l’Île-de-l’Oisiveté.


Yaourt (en unités par jour) x 10 0 b) Les habitants de l’Île-de-l’Oisiveté veulent produire
50 unités de divertissement et 50 unités de bonne
Laitue (en unités par jour) 0 50 100 chère. Cette production est-elle possible ? Si oui,
requiert-elle toutes les ressources accessibles ? Quel
3. L’Île-des-Fermiers ne produit que deux biens : du maïs et du sera alors le coût de renonciation de la production
bœuf. Le tableau 3 donne les quantités maximales de maïs d’une unité supplémentaire de divertissement ?
et de bœuf que cette économie peut actuellement produire c) Les habitants de l’Île-de-l’Oisiveté veulent produire
en un an. 40 unités de divertissement et 60 unités de bonne
chère. Cette production est-elle possible ? Si oui,
Tableau 3 impose-t-elle un sacrifice ? Quel sera alors le coût
Possibilités A B C D E F de renonciation de la production d’une unité
supplémentaire de divertissement ?
Maïs (en kg
1 000 800 600 400 200 0 d) Qu’advient-il du coût de renonciation d’une unité de
par année)
bonne chère additionnelle si les habitants de l’Île-de-
Bœuf (en kg l’Oisiveté allouent de plus en plus de ressources à la
0 900 1 200 1 400 1 450 1 500
par année)
production de bonne chère ?
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 47

Au terme de la section 2.3, L’expansion des possibilités de 6. On peut maintenant se procurer des enregistrements
production, répondez aux questions 5 à 10. musicaux sur des sites web spécialisés comme iTunes Store,
emusic.com ou MP3.com.
5. L’Île-aux-Contrastes ne produit que deux biens : de l’acier a) L’avènement de ces sites web a-t-il déplacé la CPP
et du papier. Le tableau 5 donne les quantités maximales des enregistrements musicaux et des autres biens
d’acier et de papier que cette économie peut actuellement et services ? Si oui, comment ?
produire en un mois. b) Y a-t-il encore un sacrifice à faire, ou le coût de
renonciation des enregistrements musicaux a-t-il
Tableau 5 été éliminé ?
Possibilités A B C D E F
7. Le sida est devenu un fléau en Afrique.
Acier (en millions
0 1 2 3 4 5 a) Comment la propagation du sida influe-t-elle sur la CPP
de tonnes par mois)
des économies africaines ?
Papier (en millions b) La propagation du sida a-t-elle accru le coût de
16 15 13 10 6 0
de tonnes par mois) renonciation de certains biens et services ? A-t-elle
réduit le coût de renonciation de quoi que ce soit ?
a) Expliquez ce que décrit ce tableau des possibilités
de production de l’Île-aux-Contrastes en précisant sur
8. Expliquez comment chacun des événements suivants pour-
quelle hypothèse il repose.
rait modifier la CPP du Canada. Dans chaque cas, précisez
b) Définissez le coût de renonciation. s’il y a  un coût de renonciation. Si oui, quel est ce coût ?
c) Calculez le coût de renonciation de l’acier pour chaque Si non, pourquoi n’y en a-t-il pas ?
possibilité de production du tableau 5, en allant de 0 à
5 millions de tonnes d’acier. a) Le gouvernement consacre un pourcentage plus impor-
tant de ses dépenses à la formation professionnelle.
d) Pourquoi le coût de renonciation de l’acier est-il
croissant ? b) Le gouvernement augmente ses dépenses en soins de
santé et réduit ses dépenses en équipement militaire.
e) Le coût de renonciation du papier est-il croissant ou
c) Des feux de forêt rasent de vastes étendues de bois
décroissant ? Chiffrez votre réponse.
d’abattage au pays.
f) Tracez la CPP de l’Île-aux-Contrastes. Que représente d) En plein hiver, une panne d’électricité majeure plonge
chaque point sur cette courbe ? une partie du pays dans le froid et dans le noir pendant
g) Comment expliquez-vous la pente négative de cette 19 jours consécutifs.
CPP ? Pourquoi est-elle concave par rapport à l’origine ?
h) Que représente un point à l’intérieur de cette CPP ? 9. À l’aide d’une CPP, illustrez graphiquement l’effet de chacune
Un point à l’extérieur ? des situations suivantes prise isolément sur la capacité de
i) Décrivez et illustrez graphiquement l’effet qu’aurait sur production du Canada et sur celle du Japon. Considérez que
cette CPP chacun des phénomènes suivants. chaque pays produit au plein-emploi des biens d’investis-
1. Une augmentation de la quantité de toutes les sement (sur l’axe des abscisses) et des biens de consomma-
ressources productives de l’Île-aux-Contrastes tion (sur l’axe des ordonnées).
2. Des progrès technologiques dans les deux industries a) Les possibilités de production par habitant du Canada
(acier et papier) de l’Île-aux-Contrastes sont trois fois celles du Japon.
3. La découverte d’un nouveau gisement de fer à b) Le Canada choisit de produire 1/5 de biens d’investisse-
l’Île-aux-Contrastes ment et 4/5 de biens de consommation, tandis que le
4. Des feux de forêt rasant de vastes étendues de bois Japon choisit de produire 2/3 de biens d’investissement
d’abattage sur l’Île-aux Contrastes et 1/3 de biens de consommation.
c) Comme le Japon a choisi de produire davantage de
5. Une augmentation de la productivité dans les
biens d’investissement, ses possibilités de production
papeteries de l’Île-aux-Contrastes
se sont accrues plus vites que celles du Canada.
6. Une augmentation de la main-d’œuvre disponible à d) Le Japon augmente sa production de biens
l’Île-aux-Contrastes (en supposant que les aciéries de consommation et réduit celle de biens
et les papeteries y utilisent respectivement 40 % et d’investissement, tandis que le Canada réduit sa
60 % de la main-d’œuvre disponible) production de biens de consommation et augmente
7. Un chômage important dans l’Île-aux-Contrastes celle de biens d’investissement.
j) Comment expliqueriez-vous un déplacement de la CPP e) Le Japon, après avoir connu du chômage durant la crise
de l’Île-aux-Contrastes vers l’intérieur (vers le bas et asiatique de 1998, a renoué avec le plein-emploi, alors
vers la gauche) ? que le Canada n’a pas été touché par cette crise.
48 PARTIE 1 INTRODUCTION

10. L’Île-Ordinaire ne produit que deux types de biens : des Figure 1 Figure 2
biens civils et des biens militaires. Laquelle de ces figures
illustre le mieux chacun des énoncés qui suivent ? Biens militaires Biens militaires

a) La semaine de travail passe de 40 à 30 heures par


M M
semaine à l’Île-Ordinaire. B
b) Le stock de capital de l’Île-Ordinaire s’accroît par B
rapport à la période précédente.
A
c) Une innovation technologique permet une utilisation
plus efficace des ressources dans l’industrie des biens
civils de l’Île-Ordinaire.
d) La conjoncture économique se détériore et compromet C C
le plein-emploi de la période précédente. Un grand
nombre de travailleurs de l’Île-Ordinaire se retrouvent Biens civils Biens civils
au chômage. Un point à l’extérieur Un mouvement le long
de la CPP de la CPP
e) Le gouvernement de l’Île-Ordinaire décide d’accroître
la production de biens militaires tout en maintenant le
plein-emploi des ressources. Figure 3 Figure 4
f) Même au plein-emploi, la production actuelle est Biens militaires Biens militaires
insuffisante pour satisfaire aux demandes des deux
groupes de la population de l’Île-Ordinaire : les
militaires veulent une augmentation du budget de la M M
défense, et les civils, une augmentation du budget de
l’éducation, de la santé et des services sociaux. Dans un A
message à la nation, le premier ministre explique que
les demandes de la population dépassent les capacités
de production de l’économie. B

C C C'
Biens civils Biens civils
Le déplacement d’un point Un pivotement de la CPP
sur la CPP vers un point vers l’extérieur
à l’intérieur de la CPP

Figure 5 Figure 6
Biens militaires Biens militaires

M M'
M' M

C' C C C'
Biens civils Biens civils
Un déplacement de la CPP Un déplacement de la CPP
vers l’intérieur vers l’extérieur
CHAPITRE 2 LE PROBLÈME ÉCONOMIQUE FONDAMENTAL : LA RARETÉ 49

Appliquez
vos savoir-faire
Au moins un million de morts en Afrique
Le paludisme (ou malaria), une infection parasitaire potentiellement mortelle
transmise par des moustiques, est responsable chaque année de plus
de 300  millions de cas de maladie aiguë et d’au moins 1  million de morts.
Il est la première cause de décès chez les enfants d’Afrique subsaharienne.
Chaque année, il occasionne des pertes de près de 12 G$ au PIB de l’Afrique,
ce qui représente environ 4 % du PIB total de l’Afrique subsaharienne, et une
réduction de la croissance de ce PIB d’au moins 1  % par an. Il faudrait un
investissement annuel de 3 G$ au cours des années à venir pour parvenir à
éradiquer la maladie. Or, selon le responsable de la lutte contre le paludisme
de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il serait beaucoup trop coûteux
d’essayer de faire disparaître le paludisme (The New York Times, 4 mars 2008).
L’utilisation de moustiquaires, de médicaments et de DDT permet d’éliminer
environ 90 % des cas de malaria.

a) À l’aide d’une CPP illustrant les biens affectés à la lutte contre le


paludisme (axe des  abscisses) et les autres biens et services (axe des
ordonnées), montrez l’impact de cette maladie sur la capacité de produire
de l’Afrique subsaharienne. Chaque année, la malaria, transmise par des moustiques,
fait des milliers de morts en Afrique.
b) Montrez, graphique à l’appui, comment le coût de renonciation des biens
destinés à éradiquer le paludisme varie à mesure que leur production
augmente.

c) Les pays touchés devraient-ils chercher à éradiquer la maladie ou se


contenter de la circonscrire le mieux possible ? Expliquez votre position.

MOTS CLÉS
Courbe des possibilités de production (CPP), 32 Plein-emploi, 34
Coût de renonciation, 36 Sacrifice, 34
Croissance économique, 42 Sous-emploi, 34
50 PARTIE 1 INTRODUCTION

PARTIE 1
CHAPITRE 3
INTRODUCTION LA DEMANDE ET L’OFFRE

COMBIEN
ÊTES-VOUS
PRÊT À PAYER ?
VOUS VOULEZ ACHETER UNE PAIRE DE CHAUSSURES
DE SPORT, un beigne et un café, un cinéma maison, un
voyage en Floride ou autre chose. Combien êtes-vous prêt
à payer ? Pour le savoir, vous devez trouver un endroit où
s’achètent et se vendent ces biens ou services, un marché,
un lieu d’échange. Vous désirez convertir 100 dollars
canadiens en dollars américains. Combien de dollars
canadiens devez-vous débourser pour obtenir un dollar
américain ? Dans ce cas, il vous faut dénicher un endroit
où s’échangent des dollars canadiens contre des dollars
américains ; c’est le marché des changes. Et si vous voulez
acheter des actions de Bombardier, où pourriez-vous en
trouver ? Sur les marchés boursiers ! Combien seriez-vous
prêt à payer ?
Il y a donc toutes sortes de marchés où se déterminent
les quantités achetées et vendues, de même que les prix.
Comment le choix de ce que nous achetons et de ce que
nous vendons détermine-t-il les quantités et les prix
des biens et  services produits et consommés ? Ce
chapitre traite des forces fondamentales du marché que
sont l’offre et la demande.
SOMMAIRE

3.1 3.2 COMBIEN ÊTES-VOUS 3.3


La demande L’offre PRÊT À PAYER ? L’équilibre du marché

p. 52 p. 58 p. 63 p. 64
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 51

SAVOIR-FAIRE
1 Distinguer la quantité demandée de la
demande, et expliquer ce qui détermine
la demande
2 Distinguer la quantité offerte de l’offre,
et expliquer ce qui détermine l’offre
3 Expliquer comment l’offre et la demande
déterminent le prix et la quantité sur
le marché, et décrire les effets de
leurs variations
4 Expliquer comment les prix plafonds
ou planchers entraînent des pénuries ou
des surplus

VOS OUTILS NUMÉRIQUES


MaBiblio > MonLab xL
> Multimédia
Réalisez les exercices assignés par votre
enseignant et regardez les tutoriels (aussi
accessibles grâce aux codes QR).

COUP D’ŒIL
SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE
Une variation de COUP D’ŒIL
la demande de roses SUR UN GRAND ÉCONOMISTE
Une variation de l’offre Alfred Marshall et le modèle 3.4 Le chapitre 3
de pétrole de l’offre et de la demande Le contrôle des prix en bref

p. 68 p. 70 p. 72 p. 76
52 PARTIE 1 INTRODUCTION

3.1 LA DEMANDE
Marché Le terme marché désigne tout ensemble qui réunit des acheteurs (les demandeurs) et
Tout ensemble qui réunit des des vendeurs (les offreurs) pour leur permettre d’échanger. Certains marchés sont des
acheteurs (les demandeurs) et
des vendeurs (les offreurs) pour
lieux physiques où les acheteurs et les vendeurs se rencontrent en chair et en os, comme
leur permettre d’échanger. les encans de viandes ou de poissons. D’autres sont des réseaux de personnes dispersées
aux quatre coins du monde, reliées par internet, par téléphone ou par télécopieur, et qui
font des affaires sans jamais se rencontrer ni même se connaître (les marchés boursiers,
par exemple).
La plupart des marchés – ceux où vous faites vos achats – sont des ensembles inor-
ganisés qui réunissent un nombre si important d’acheteurs et de vendeurs que personne
en particulier ne peut influer sur le prix. Sur le marché des chaussures de sport au
Canada, par exemple, les acheteurs sont des millions qui, pour courir ou être à la mode,
se cherchent une paire de chaussures de ce type. Les vendeurs sont les dizaines de mil-
liers de magasins de chaussures de sport. Les acheteurs peuvent choisir où ils vont s’en
procurer, et les vendeurs en sont conscients.
Il y a deux types d’acteurs dans un marché : les acheteurs et les vendeurs. Commençons
par étudier le comportement des acheteurs.
Quantité demandée La quantité demandée d’un bien, d’un service ou d’une ressource est la quantité de
Quantité d’un bien, d’un service ce bien, de ce service ou de cette ressource que les acheteurs veulent et peuvent se pro-
ou d’une ressource que les
acheteurs veulent et peuvent curer à un prix donné et au cours d’une période donnée. Par exemple, si vous décidez
acheter à un prix donné et au d’acheter 2 bouteilles d’eau par jour quand l’eau embouteillée se vend 1 $ la bouteille,
cours d’une période donnée.
cette quantité est votre quantité demandée d’eau embouteillée.
La quantité demandée se mesure toujours pour une période donnée. Si votre quantité
demandée d’eau embouteillée est de 2 bouteilles par jour, on peut aussi dire qu’elle est
de 14 bouteilles par semaine ou de 728 bouteilles par année. En tenant compte des
périodes de canicule, ce nombre peut être plus élevé pour une année ; il est possible qu’il
atteigne 1 000 bouteilles, par exemple. S’il ne correspondait pas à une période précise,
le nombre de bouteilles ne voudrait rien dire.
Supposons que tous les facteurs pouvant influer sur les intentions d’achat restent
constants, sauf un, le prix. Comment la quantité demandée d’un bien variera-t-elle si le
prix du bien change ? La loi de la demande répond à cette question.

Des marchés pour les actions, les devises et les chaussures de sport.
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 53

LA LOI DE LA DEMANDE
La loi de la demande s’énonce ainsi : Loi de la demande
Loi selon laquelle, toutes
Toutes choses étant égales par ailleurs, la quantité demandée d’un bien diminue si choses étant égales par ailleurs,
le prix de ce bien augmente, et la quantité demandée d’un bien augmente si le prix de la quantité demandée d’un
ce bien diminue. bien diminue si le prix de ce
bien augmente, et la quantité
La loi de la demande stipule donc que, toutes choses étant égales par ailleurs, si le demandée d’un bien augmente
si le prix de ce bien diminue.
prix d’un ordinateur portable baisse, les consommateurs achèteront plus d’ordinateurs
portables, et si le prix d’un billet de hockey augmente, les consommateurs achèteront
moins de billets de hockey.
Pourquoi la quantité demandée augmente-t-elle si le prix diminue, toutes choses étant
égales par ailleurs ? Parce que, compte tenu de leurs moyens limités, les consommateurs
ont toujours intérêt à opter pour les achats les plus avantageux. Si le prix d’un article
baisse et que celui des autres articles reste inchangé, l’article dont le prix a baissé
devient plus avantageux, et les gens en achètent davantage. Supposons, par exemple,
que le prix de l’eau embouteillée descend de 1 $ à 0,25 $ la bouteille, alors que le prix
d’une bouteille de Gatorade demeure à 1 $ la bouteille. Certains consommateurs ne
préféreront-ils pas acheter de l’eau plutôt que du Gatorade ? Ils épargneront ainsi 0,75 $
la bouteille, argent avec lequel ils pourront acheter autre chose qu’ils n’avaient pas les
moyens de s’offrir jusque-là.

LE BARÈME DE DEMANDE ET LA COURBE DE DEMANDE


La demande exprime la relation entre la quantité demandée d’un bien, d’un service ou Demande
d’une ressource et son prix, toutes choses étant égales par ailleurs (quand tous les autres Relation entre la quantité
demandée d’un bien, d’un
facteurs susceptibles d’influer sur les intentions d’achat restent constants). Autrement service ou d’une ressource et
dit, alors que la quantité demandée désigne une quantité donnée à un prix donné, la son prix, toutes choses étant
égales par ailleurs ; ensemble
demande, elle, désigne l’ensemble des quantités demandées à divers prix. La demande des diverses quantités
se décrit par un barème de demande et une courbe de demande. demandées à divers prix.
Un barème de demande est une liste des quantités demandées d’un bien, d’un ser- Barème de demande
vice ou d’une ressource à divers prix quand tous les autres facteurs susceptibles d’influer Liste des quantités demandées
d’un bien, d’un service ou
sur les intentions d’achat restent constants. Le tableau de la figure 3.1 (p. 54) montre un d’une ressource à divers prix
barème de demande pour de l’eau embouteillée. On y apprend que, si le prix de l’eau quand tous les autres facteurs
susceptibles d’influer sur les
est de 2 $ la bouteille, la quantité demandée est de 8,5 millions de bouteilles par jour. Si intentions d’achat restent
le prix de l’eau descend à 1,50 $ la bouteille, la quantité demandée s’élève à 9 millions constants.
de bouteilles par jour. À 1 $ la bouteille, la quantité demandée grimpe à 10 millions de
bouteilles par jour et, à 0,50 $ la bouteille, elle passe à 12 millions de bouteilles par jour.
Une courbe de demande est la représentation graphique d’un barème de demande, Courbe de demande
c’est-à-dire des diverses quantités demandées d’un bien, d’un service ou d’une ressource Représentation graphique du
barème de demande, c’est-
à divers prix quand tous les autres facteurs susceptibles d’influer sur les intentions à-dire des diverses quantités
d’achat restent constants. Les points A à D qui apparaissent sur la courbe de demande demandées d’un bien, d’un
service ou d’une ressource à
correspondent aux lignes A à D du barème de demande. Ainsi, le point B du graphique divers prix quand tous les autres
illustre la ligne B du barème de demande ; il montre que, si le prix de l’eau est de 1,50 $ facteurs susceptibles d’influer
sur les intentions d’achat
la bouteille, la quantité demandée est de 9 millions de bouteilles par jour. De même, le
restent constants.
point C sur la courbe de demande illustre la ligne C du barème de demande ; il montre
que, si le prix est de 1 $ la bouteille, la quantité demandée est de 10 millions de bouteilles
par jour.
La courbe de demande illustre la loi de la demande, soit la relation négative (inverse)
entre le prix et la quantité demandée. Le long de la courbe de demande, à mesure que
le prix diminue, la quantité demandée augmente (toutes choses étant égales par ailleurs).
Quand le prix d’une bouteille d’eau descend de 1 $ à 0,50 $, la quantité demandée monte
de 10 millions à 12 millions de bouteilles par jour. À l’inverse, à mesure que le prix
augmente, la quantité demandée diminue. Quand le prix monte de 1 $ à 1,50 $ la bou-
teille, la quantité demandée descend de 10 millions à 9 millions de bouteilles par jour.
54 PARTIE 1 INTRODUCTION

Figure 3.1 Un barème de demande et une courbe de demande

Prix (en dollars par bouteille)

Quantité 2,50
Le tableau présente un barème
demandée de demande qui donne la quan-
Prix (en millions tité demandée d’eau embou-
(en dollars de bouteilles A teillée à divers prix quand tous
2,00
par bouteille) par jour) les autres facteurs susceptibles
d’influer sur les intentions
d’achat restent constants.
A 2,00 8,5 Courbe
B
B 9,0 1,50 de demande La courbe de demande est la
1,50
représentation graphique du
C 1,00 10,0 barème de demande : elle illustre
D 0,50 12,0
la relation entre la quantité de-
C mandée et le prix, toutes choses
1,00 étant égales par ailleurs.

La courbe de demande illustre


D la loi de la demande, soit la
0,50 relation négative (inverse) entre
le prix et la quantité demandée.
Quand le prix baisse, la quantité
demandée augmente ; quand le
prix monte, la quantité deman-
dée diminue.
0 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour)

UNE VARIATION DE LA DEMANDE


La courbe de demande illustre la variation de la quantité demandée d’un bien, d’un
service ou d’une ressource quand le prix change et que tous les autres facteurs suscep-
tibles d’influer sur les intentions d’achat restent constants. Si la variation des intentions
Variation de la d’achat résulte d’une variation du prix, il y a une variation de la quantité demandée,
quantité demandée ce qui se traduit par un mouvement le long de la courbe de demande. Par contre, si la
Variation de la quantité d’un
bien, d’un service ou d’une variation des intentions d’achat résulte d’un facteur autre que le prix, il y a une variation
ressource que les acheteurs de la demande, ce qui se traduit par un déplacement de la courbe de demande.
prévoient acheter lorsqu’il
y a une variation du prix de Les principaux facteurs autres que le prix pouvant influer sur les intentions d’achat
ce bien, de ce service ou de et entraîner une variation de la demande sont :
cette ressource.
Variation de la demande
• Le prix des biens apparentés ;
Variation des quantités • Le revenu des acheteurs ;
d’un bien, d’un service ou • Les anticipations des acheteurs ;
d’une ressource que les • Le nombre d’acheteurs ;
acheteurs prévoient acheter
à divers prix lorsqu’il y a
• Les goûts et les préférences des acheteurs.
une variation d’un facteur
autre que le prix de ce bien,
de ce service ou de cette Le prix des biens apparentés (substituts et compléments)
ressource.
La variation du prix d’un bien peut modifier la demande d’un bien apparenté – c’est-à-
Substitut dire d’un substitut ou d’un complément. Un substitut est un bien ou service qui peut en
Bien ou service qui peut remplacer un autre. Par exemple, l’eau embouteillée peut être un substitut du Gatorade,
en remplacer un autre.
le vin, un substitut de la bière, et une boisson gazeuse, le substitut d’une autre.
La demande d’un bien et le prix d’un substitut varient dans le même sens. Autrement
dit, toutes choses étant égales par ailleurs, la demande d’un bien augmente quand le
prix d’un de ses substituts augmente, et elle diminue quand le prix d’un de ses substituts
diminue. Par exemple, quand le prix du gâteau au chocolat augmente, la demande de
gâteau au fromage augmente elle aussi.
Complément
Bien ou service consommé
Un complément est un bien ou un service qui se consomme avec un autre.
avec un autre. Par  exemple, la salsa est un complément des tortillas, les protège-poignets, un
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 55

complément des patins à roues alignées, et les bouteilles d’eau, un complément des
services d’un centre sportif.
Toutes choses étant égales par ailleurs, la demande d’un bien diminue si le prix d’un
de ses compléments augmente, et elle augmente si le prix d’un de ses compléments dimi-
nue. La demande d’un bien et le prix d’un de ses compléments varient en sens opposé.
Par exemple, la demande de salsa diminue quand le prix des tortillas augmente.

Le revenu des acheteurs (bien normal et bien inférieur)


Quand une hausse du revenu augmente la demande d’un bien ou d’un service et qu’une
baisse du revenu en réduit la demande, on dit qu’il s’agit d’un bien ou service normal. Bien ou service normal
Bien ou service dont la
Par exemple, si vous achetez une plus grande quantité de bouteilles d’eau quand votre demande augmente quand le
revenu augmente, on considérera l’eau embouteillée comme un bien normal. La plupart revenu augmente, et dont la
demande diminue quand le
des biens et des services sont normaux, d’où leur nom.
revenu diminue.
Par contre, quand une hausse du revenu réduit la demande d’un bien ou d’un service
et qu’une baisse du revenu l’augmente, on dit qu’il s’agit d’un bien ou service inférieur. Bien ou service inférieur
Par exemple, si vous achetez moins de boîtes de macaroni au fromage et plus de repas Bien ou service dont la
demande diminue quand le
de restauration rapide quand votre revenu augmente, on considérera le macaroni au revenu augmente, et dont la
fromage comme un bien inférieur. demande augmente quand le
revenu diminue.

Les anticipations des acheteurs


Le fait que les acheteurs s’attendent à une augmentation de revenu ou à une hausse de
prix influe sur la demande. Ainsi, quand on vous promet un emploi mieux rémunéré l’été
prochain et que vous vous offrez un voyage à Cancun durant l’hiver, c’est que l’antici-
pation d’une augmentation de revenu a accru votre demande de voyage dans l’immédiat.
Et quand on annonce une hausse du prix des boîtes de macaroni au fromage la semaine
prochaine et que vous vous précipitez au supermarché afin d’en faire une provision
suffisante pour le reste de l’année scolaire, c’est que l’anticipation d’une hausse de prix
a accru votre demande de macaroni au fromage dans l’immédiat.

Saviez-vous que…
Le nombre d’acheteurs
« Le prix du baril de Brent (pétrole) a été divisé
Plus il y a d’acheteurs dans un marché, plus la demande est par deux entre août 2014 et août 2015. Il coûtait
importante. Par exemple, la demande de places de station- 48 dollars le 2 octobre 2015. […] Avec des prix aussi
nement, de films, de bouteilles d’eau et d’à peu près n’im- bas, la consommation mondiale d’hydrocarbures
porte quoi d’autre est plus importante à Montréal qu’à va augmenter1. » La baisse du prix du baril de Brent
Gaspé ou à Gatineau. a-t-elle un effet sur la quantité demandée ou sur la
demande de pétrole ? Cet événement illustre-t-il un
Les goûts et les préférences des acheteurs mouvement le long de la courbe de demande ou un
déplacement de la demande ?
Quand les goûts et les préférences changent de manière
défavorable, la demande d’un bien ou service diminue et la
RÉPONSE

Au cours de l’année 2015, la baisse du prix du baril de Brent


demande d’un autre bien ou service (ou de plusieurs) aug- a entraîné une hausse de la quantité demandée de pétrole
mente. Ainsi, les campagnes d’information sur les dangers (consommation mondiale d’hydrocarbures), ce qui se traduit
par un mouvement vers le bas le long de la courbe de demande
du tabac ont modifié les goûts et les préférences des ache- de pétrole.
teurs ; la demande de cigarettes a diminué, et la demande
de timbres de nicotine a augmenté.
L’arrivée sur le marché de nouveaux biens modifie également les goûts et les préfé-
rences des acheteurs. Ainsi, l’avènement du MP3 a réduit la demande de CD et a accru
la demande de services internet et d’ordinateurs personnels.

1. Nicolas TARNAUD, « Les gagnants et les perdants de la baisse du prix du pétrole », Huffington
Post, 8 octobre 2015, www.huffingtonpost.fr/nicolas-tarnaud/gagnants-perdants-baisse-prix-
du-petrole_b_8250376.html (page consultée le 26 février 2016).
56 PARTIE 1 INTRODUCTION

Illustrer une variation de la demande


La figure 3.2 illustre une variation de la demande et permet de la différencier d’une
variation de la quantité demandée. Quand le prix d’un bien varie, la quantité demandée
de ce bien varie aussi, ce qui se traduit par un mouvement le long de la courbe de
demande, comme l’indiquent les flèches bleu pâle le long de la courbe D0. Quand un
facteur susceptible d’influer sur les intentions d’achat autre que le prix varie, c’est la
demande qui varie, ce qui se traduit par un déplacement de la courbe de demande. La
figure 3.2 illustre deux variations de la demande. Au départ, la courbe de demande
est D0. Quand la demande d’eau embouteillée diminue, la courbe de demande se déplace
vers la gauche de D0 à D1. Le long de la courbe de demande D1, la quantité demandée
est moindre à chaque prix. Quand la demande d’eau embouteillée augmente, la courbe
de demande se déplace vers la droite de D0 à D2. Le long de la courbe de demande D2, la
quantité demandée est plus importante à chaque prix.

Figure 3.2 La différence entre une variation de la quantité demandée


et une variation de la demande

1 Diminution de la Prix (en dollars par bouteille) 3 Augmentation de la


quantité demandée quantité demandée
Toutes choses étant égales 2,50 Toutes choses étant égales
par ailleurs, si le prix d’un par ailleurs, si le prix d’un
bien augmente, la quantité bien diminue, la quantité
demandée diminue, et il y a un demandée augmente, et il y a un
mouvement vers le haut le long 2,00 mouvement vers le bas le long
de la courbe de demande D0. de la courbe de demande D0.

2 Diminution 1 4 Augmentation
de la demande de la demande
La demande diminue et la 1,50 4 La demande augmente et la
courbe de demande se déplace courbe de demande se déplace
vers la gauche (de D0 à D1) quand : vers la droite (de D0 à D2) quand :

• le prix d’un substitut baisse ; 1,00 2 • le prix d’un substitut monte ;


• le prix d’un complément • le prix d’un complément
monte ; baisse ;
• on s’attend à une baisse de 3 • on s’attend à une hausse
D2
revenu ou de prix ; de revenu ou de prix ;
0,50
• le revenu diminue* ;
D1 D0 • le revenu augmente* ;
• le nombre d’acheteurs • le nombre d’acheteurs
diminue ; augmente ;
• les goûts et préférences • les goûts et préférences
changent de manière changent de manière
défavorable. 0 8 9 10 11 12 13 favorable.
Quantité (en millions de bouteilles par jour) * L’eau embouteillée est considérée comme
un bien normal.
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 57

3.1
1 Distinguer la quantité demandée de la demande, et expliquer ce qui détermine la demande

EXERCEZ-VOUS QUESTION SUPPLÉMENTAIRE


1. Les événements a) à f) se succèdent sur le marché 2. Durant les 20 ans qui ont suivi l’invention du téléphone
des scooters. Expliquez les effets de chacun sur la cellulaire en 1973, peu de gens s’en servaient autrement
demande et sur la quantité demandée de scooters ; que comme téléphone de voiture. Cependant,
illustrez-les par un mouvement le long de la courbe depuis 1993, les téléphones cellulaires connaissent
de demande ou par un déplacement de la courbe une popularité fulgurante, et leur prix a baissé.
de demande ; dites lequel ou lesquels de ces événements a) Y a-t-il des substituts au téléphone cellulaire ?
illustrent la loi de la demande. Si oui, donnez-en un exemple.
a) Le prix des scooters diminue. b) Y a-t-il des compléments au téléphone cellulaire ?
b) Le prix des vélos diminue. Si oui, donnez-en un exemple.
c) À la suite d’une augmentation du nombre de c) Quels facteurs peuvent expliquer la popularité
victimes d’accidents de scooters, le Code de la route grandissante des téléphones cellulaires depuis 1993 ?
en interdit l’usage sur les autoroutes. d) Parmi les facteurs que vous avez nommés, lesquels
d) Les revenus augmentent. ont accru la demande de téléphones cellulaires ?
e) Une rumeur veut que le prix des scooters augmente Illustrez les effets de cette augmentation de la
le mois prochain. demande à l’aide de la courbe de demande de
f) Les scooters ne sont plus à la mode, et le nombre téléphones cellulaires.
d’acheteurs est en baisse. e) Parmi les facteurs que vous avez nommés, lesquels
ont accru la quantité demandée de téléphones
cellulaires ? Illustrez les effets de cette augmentation
à l’aide de la courbe de demande.

RÉPONSES
1. a) La baisse du prix des scooters accroît la quantité demandée, ce qui f) Une baisse du nombre d’acheteurs diminue la demande de scooters.
se traduit par un mouvement vers le bas le long de la courbe de La courbe de demande se déplace vers la gauche (figure 2).
demande (figure 1). Il s’agit d’un exemple de la loi de la demande.
Figure 1 Figure 2
b) Le vélo est un substitut du scooter. Par conséquent, une baisse du
prix des vélos réduit la demande de scooters. La courbe de demande Prix d’un scooter Prix d’un scooter
se déplace vers la gauche (figure 2). La quantité La demande
c) L’interdiction des scooters modifie les goûts et les préférences, et demandée augmente.
réduit la demande de scooters. La courbe de demande se déplace augmente.
vers la gauche (figure 2).
d) Selon toutes probabilités, les scooters sont un bien normal. Par consé-
quent, si les revenus augmentent, la demande de scooters augmente D2
aussi. La courbe de demande se déplace vers la droite (figure 2).
e) L’augmentation anticipée du prix des scooters accroît la demande de D D0
La demande D1
scooters dans l’immédiat. La courbe de demande se déplace vers la diminue.
droite (figure 2).
0 Quantité de scooters 0 Quantité de scooters
58 PARTIE 1 INTRODUCTION

3.2 L’OFFRE
Nous venons d’étudier la demande et le comportement des acheteurs (ou demandeurs).
Passons maintenant de l’autre côté du marché pour étudier l’offre et les forces qui déter-
minent les intentions des producteurs ou vendeurs (offreurs).
Quantité offerte La quantité offerte d’un bien, d’un service ou d’une ressource est la quantité de ce
Quantité d’un bien, d’un service bien, de ce service ou de cette ressource que les producteurs prévoient écouler à un prix
ou d’une ressource que les
producteurs (ou vendeurs) donné au cours d’une période donnée. Par exemple, si le producteur décide d’écouler
prévoient écouler à un 2 000 bouteilles d’eau par jour quand le prix de l’eau embouteillée est de 1,50 $ la bou-
prix donné au cours d’une
période donnée.
teille, ce nombre est la quantité offerte d’eau embouteillée de ce producteur. Comme la
quantité demandée, la quantité offerte se mesure pour une période donnée.
Plusieurs facteurs influent sur les intentions de production. Nous allons commencer
par étudier la relation entre la quantité offerte d’un bien et son prix. Pour ce faire, nous
supposerons que tous les autres facteurs susceptibles d’influer sur la quantité offerte
restent constants, et nous nous poserons la question suivante : toutes choses étant égales
par ailleurs, comment la quantité offerte d’un bien varie-t-elle avec le prix de ce bien ?
La loi de l’offre répond à cette question.

LA LOI DE L’OFFRE
Loi de l’offre La loi de l’offre s’énonce ainsi :
Loi selon laquelle, toutes choses
étant égales par ailleurs, la Toutes choses étant égales par ailleurs, la quantité offerte d’un bien augmente si le
quantité offerte d’un bien prix de ce bien augmente, et la quantité offerte d’un bien diminue si le prix de ce
augmente si le prix de ce bien
augmente, et la quantité offerte bien diminue.
d’un bien diminue si le prix de La loi de l’offre stipule donc que, toutes choses étant égales par ailleurs, si le prix de
ce bien diminue.
l’eau embouteillée augmente, les producteurs mettront une plus grande quantité de
bouteilles d’eau en vente en supposant que les consommateurs soucieux de leur santé
seront disposés à payer plus cher pour se procurer de l’eau embouteillée.
Pourquoi la quantité offerte augmente-t-elle si le prix aug-
mente, toutes choses étant égales par ailleurs ? Si la production
d’un bien, d’un service ou d’une ressource augmente, son coût de
production augmente aussi. Cependant, si le prix excède le coût
de production, le fait d’augmenter la quantité offerte est profi-
table ; un prix plus élevé rend alors la production d’une plus
grande quantité profitable, même si le coût de production est
plus élevé.
Par exemple, pour accroître la quantité produite de bouteilles
d’eau par jour, le propriétaire d’une usine d’embouteillage doit
embaucher plus de main-d’œuvre et accélérer le processus de
production, ce qui augmente son coût de production. Néanmoins,
si le prix d’une bouteille d’eau monte de 1 $ à 2 $ et si le prix de
tous les facteurs de production (y compris les salaires) reste
constant, le propriétaire de l’usine augmentera sa production et
Pourquoi la quantité offerte augmente-t-elle si le prix de ces bouteilles assumera les coûts plus élevés parce qu’en agissant ainsi il aug-
d’eau augmente, toutes choses étant égales par ailleurs ?
mentera son profit.

Offre
Relation entre la quantité offerte LE BARÈME D’OFFRE ET LA COURBE D’OFFRE
d’un bien, d’un service ou d’une L’offre exprime la relation entre la quantité offerte d’un bien et son prix quand tous les
ressource et son prix quand tous
les autres facteurs susceptibles autres facteurs susceptibles d’influer sur les intentions de vente restent constants.
d’influer sur les intentions Autrement dit, alors que la quantité offerte désigne une quantité donnée à un prix donné,
de vente restent constants ;
ensemble des diverses quantités l’offre, elle, désigne l’ensemble des quantités offertes à différents prix. L’offre se décrit
offertes à divers prix. par un barème d’offre et une courbe d’offre.
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 59

Un barème d’offre est une liste des différentes quantités offertes d’un bien à divers Barème d’offre
Liste des diverses quantités
prix quand tous les autres facteurs susceptibles d’influer sur les intentions de vente
offertes d’un bien, d’un service
restent constants. Le tableau de la figure 3.3 montre un barème d’offre pour de l’eau ou d’une ressource à divers
embouteillée. On y apprend que, si le prix de l’eau embouteillée est de 0,50 $ la bouteille, prix quand tous les autres
facteurs susceptibles d’influer
la quantité offerte est de 8 millions de bouteilles par jour. Si le prix de l’eau est de 1 $ la sur les intentions de vente
bouteille, la quantité offerte s’élève à 10 millions de bouteilles par jour. À 1,50 $ la bou- restent constants.
teille, la quantité offerte grimpe à 11 millions de bouteilles par jour, et à 2 $, elle passe
à 11,5 millions de bouteilles par jour.
Une courbe d’offre est la représentation graphique d’un barème d’offre, c’est-à-dire
Courbe d’offre
des diverses quantités offertes d’un bien, d’un service ou d’une ressource à divers prix Représentation graphique
quand tous les autres facteurs susceptibles d’influer sur les intentions de vente restent du barème d’offre, c’est-à-
constants. Les points A à D qui apparaissent sur la courbe d’offre correspondent aux dire des diverses quantités
offertes d’un bien, d’un service
lignes A à D du barème d’offre. Ainsi, le point C du graphique illustre la ligne C du ou d’une ressource à divers
barème d’offre ; il montre que, si le prix de l’eau embouteillée est de 1 $ la bouteille, la prix quand tous les autres
facteurs susceptibles d’influer
quantité offerte est de 10 millions de bouteilles par jour. De même, le point B illustre la sur les intentions de vente
ligne B du barème d’offre ; il montre que, si le prix est de 1,50 $ la bouteille, la quantité restent constants.
offerte est de 11 millions de bouteilles par jour.
La courbe d’offre illustre la loi de l’offre, soit la relation positive (directe) entre le prix et
la quantité offerte. Le long de la courbe d’offre, à mesure que le prix du bien augmente, la
quantité offerte augmente aussi, toutes choses étant égales par ailleurs. Si le prix d’une
bouteille d’eau passe de 1,50 $ à 2 $, la quantité offerte passe de 11 millions à 11,5 millions
de bouteilles par jour. Si le prix diminue, la quantité offerte diminue : si le prix passe de 1,50 $
à 1 $ la bouteille, la quantité offerte passe de 11 millions à 10 millions de bouteilles par jour.

Figure 3.3 Le barème d’offre et la courbe d’offre

Prix (en dollars par bouteille) Le tableau présente un barème


d’offre qui repère les quantités
Quantité offerte
2,50 offertes d’eau embouteillée, à
Prix (en millions différents prix, lorsque tous les
(en dollars de bouteilles autres facteurs susceptibles
d’influer sur les intentions de
par bouteille) par jour) 2,00 A vente demeurent constants.
Au prix de 1,50 $ la bouteille,
A 2,00 11,5 la quantité offerte est de
Courbe 11 millions de bouteilles par jour.
B 1,50 11,0 d’offre
1,50 B La courbe d’offre est la
C 1,00 10,0
représentation graphique du
D 0,50 8,0 barème d’offre ; elle illustre la
relation entre la quantité offerte
1,00 C et le prix, toutes choses étant
égales par ailleurs.

La courbe de l’offre illustre la


loi de l’offre, soit la relation
0,50 D positive (directe) entre le prix
et la quantité offerte : si le prix
augmente, la quantité offerte
augmente ; si le prix diminue, la
quantité offerte diminue.
0 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour)

Variation de la
UNE VARIATION DE L’OFFRE quantité offerte
Variation de la quantité d’un
La courbe d’offre illustre la variation de la quantité offerte quand le prix change et que bien, d’un service ou d’une
tous les autres facteurs susceptibles d’influer sur les intentions de vente restent constants. ressource que les producteurs
prévoient vendre lorsqu’il y a une
Si la variation des intentions de vente résulte d’une variation du prix, il y a une variation variation du prix de ce bien, de
de la quantité offerte, ce qui se traduit par un mouvement le long de la courbe d’offre. ce service ou de cette ressource.
60 PARTIE 1 INTRODUCTION

Par contre, si la variation des intentions de vente résulte d’un facteur autre que le prix
Variation de l’offre du bien ou du service, il y a une variation de l’offre, ce qui se traduit par un déplacement
Variation des quantités d’un de la courbe d’offre. Les principaux facteurs susceptibles d’influer sur l’offre sont :
bien, d’un service ou d’une
ressource que les producteurs • Le prix des biens apparentés ;
prévoient vendre à la suite de
• Les coûts de production ;
la variation d’un facteur autre
que le prix du bien, du service • Les anticipations des producteurs ;
ou de la ressource. • Le nombre de producteurs ;
• La productivité.

Le prix des biens apparentés (substituts de production


et compléments de production)
La variation du prix d’un bien peut modifier l’offre d’un bien apparenté, c’est-à-dire d’un
Substitut de production substitut de production ou d’un complément de production. Un substitut de production
Bien ou service qui peut être est un bien ou service qui peut être produit à la place d’un autre. Par exemple, dans une
produit à la place d’un autre.
fabrique de vêtements, les jeans avec braguette à boutons sont des substituts de produc-
tion des pantalons cargo. L’offre d’un bien et le prix d’un de ses substituts de production
varient en sens opposé. Autrement dit, l’offre d’un bien diminue quand le prix d’un de
ses substituts de production augmente, et elle augmente quand le prix d’un de ses subs-
tituts de production diminue. Par exemple, l’offre de pantalons cargo diminue quand le
prix des jeans avec braguette à boutons augmente.
Complément de production Un complément de production est un bien ou service produit conjointement avec
Bien ou service produit un autre. Par exemple, le cuir de vache est un complément de production du bœuf. L’offre
conjointement avec un autre.
d’un bien et le prix d’un de ses compléments de production varient dans le même sens.
Autrement dit, l’offre d’un bien augmente quand le prix d’un de ses compléments de
production augmente, et elle diminue quand le prix d’un de ses compléments de produc-
tion diminue. Par exemple, l’offre de cuir augmente quand le prix du bœuf augmente.

Les coûts de production


La variation du prix d’un facteur de production ou du salaire des employés entraîne une
variation de l’offre. Le prix des facteurs de production de même que le salaire des employés
influent sur les coûts de production. Si les coûts de production d’un bien augmentent, l’offre
de ce bien diminue. Par exemple, si le salaire des travailleurs d’une usine d’embouteillage
d’eau augmente, les coûts de production de l’eau embouteillée augmentent et l’offre de ce
bien diminue. À l’inverse, une baisse des coûts de production fait augmenter l’offre.
Les subventions et les taxes influencent elles aussi les coûts de production. Par
exemple, les subventions versées aux producteurs leur permettent de réduire leurs coûts
de production et font augmenter l’offre. À l’inverse, les taxes imposées sur chaque unité
produite font augmenter les coûts de production et diminuer l’offre.

Les anticipations des producteurs


Les anticipations de prix influent considérablement sur l’offre. Si un promoteur immobilier
de North Hatley, dans les Cantons-de-l’Est, est persuadé que les efforts de la municipalité
pour attirer de riches villégiateurs feront monter le prix des maisons, il attendra que l’aug-
mentation se produise avant de mettre des maisons en vente, décision qui fera baisser
l’offre de maisons à North Hatley. Et si ce promoteur immobilier s’attend à une forte hausse
de salaire des ouvriers de la construction l’an prochain, il décidera peut-être de construire
plus de maisons cette année, choix qui fera augmenter l’offre de maisons à North Hatley.

Le nombre de producteurs
Plus le nombre de producteurs est élevé dans un marché, plus l’offre est importante.
Ainsi, plusieurs nouveaux producteurs ont créé des usines d’embouteillage d’eau au
Canada, et l’offre d’eau embouteillée a augmenté.
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 61

La productivité
Un accroissement de la productivité, c’est-à-dire de la production par unité de facteur Productivité
de production, réduit le coût de production et augmente l’offre ; inversement, une baisse Production par unité de facteur
de production.
de productivité réduit l’offre. Le progrès technologique est le facteur qui a le plus d’in-
fluence sur la productivité, et donc sur l’offre. Ainsi, le progrès technologique réduit les
coûts de production des ordinateurs et accroît l’offre. Des phénomènes naturels comme
les variations météorologiques font varier la productivité dans les fermes, et donc l’offre
de produits agricoles.

Illustrer une variation de l’offre


Saviez-vous que…
La figure 3.4 illustre une variation de l’offre et permet de la « Le prix du baril de Brent (pétrole) a été divisé
différencier d’une variation de la quantité offerte. Quand le par deux entre août 2014 et août 2015. Il coûtait
prix d’un bien varie, la quantité offerte de ce bien varie aussi,
48 dollars le 2 octobre 2015. […] La baisse [du prix] de
cette matière première a favorisé l’amélioration des
ce qui se traduit par un mouvement le long de la courbe
marges des entreprises2 [de l’industrie chimique]. »
d’offre, comme l’indiquent les flèches bleu pâle le long de la
La baisse du prix du Brent a-t-elle un effet sur la
courbe O0. Quand c’est l’offre qui varie, cela se traduit par un
quantité offerte ou sur l’offre de produits chimiques ?
déplacement de la courbe d’offre. La figure 3.4 illustre deux
Cet événement illustre-t-il un mouvement le long de
variations de l’offre. Au départ, la courbe d’offre est O0. Quand
la courbe d’offre ou un déplacement de l’offre ?
l’offre d’eau embouteillée diminue, la courbe d’offre se
déplace vers la gauche de O0 à O1. Le long de la courbe d’offre

RÉPONSE
La baisse du prix du baril de Brent réduit les coûts de production
O1, la quantité offerte est moindre à tous les prix. Quand l’offre de l’industrie chimique et augmente ses profits, ce qui se traduit
d’eau embouteillée augmente, la courbe d’offre se déplace par un déplacement de la courbe d’offre de produits chimiques vers
la droite.
vers la droite de O0 à O2. Le long de la courbe d’offre O2, la
quantité offerte est plus importante à tous les prix.

Figure 3.4 La différence entre une variation de la quantité offerte


et une variation de l’offre

1 Diminution de la Prix (en dollars par bouteille) 3 Augmentation de la


quantité offerte quantité offerte
Toutes choses étant égales 2,50 O1 Toutes choses étant égales
par ailleurs, si le prix d’un bien par ailleurs, si le prix d’un
diminue, la quantité offerte bien augmente, la quantité
diminue, et il y a un mouvement O0 offerte augmente, et il y a un
vers le bas le long de la courbe 2,00 mouvement vers le haut le long
d’offre O0. de la courbe d’offre O0.

2 Diminution de l’offre 3 O2 4Augmentation de l’offre


L’offre diminue et la courbe L’offre augmente et la courbe
d’offre se déplace vers la gauche 1,50 2 d’offre se déplace vers la droite
(de O0 à O1) quand : (de O0 à O2) quand :

• le prix d’un substitut de • le prix d’un substitut de


production monte ; 1,00 4 production baisse ;
• le prix d’un complément 1 • le prix d’un complément de
de production baisse ; production monte ;
• les coûts de production • les coûts de production
montent ; baissent ;
• on s’attend à une hausse du 0,50 • on s’attend à une baisse
prix du bien ; du prix du bien ;
• le nombre de producteurs • le nombre de producteurs
diminue ; augmente ;
• la productivité diminue. • la productivité augmente.
0 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour)

2. Nicolas TARNAUD, « Les gagnants et les perdants de la baisse du prix du pétrole », Le Huffington
Post, 8 octobre 2015, www.huffingtonpost.fr/nicolas-tarnaud/gagnants-perdants-baisse-prix-
du-petrole_b_8250376.html (page consulté le 26 février 2016).
62 PARTIE 1 INTRODUCTION

3.2
2 Distinguer la quantité offerte de l’offre, et expliquer ce qui détermine l’offre

EXERCEZ-VOUS QUESTION SUPPLÉMENTAIRE


1. Les événements a) à f) se succèdent sur le marché des 2. Le marché des téléphones cellulaires connaît plusieurs
poutres de bois. Expliquez les effets de chacun sur changements successifs. Expliquez l’influence de chacun
l’offre et sur la quantité offerte de poutres. Illustrez-les sur la quantité offerte et sur l’offre de téléphones
par un mouvement le long de la courbe d’offre ou par cellulaires. Illustrez-les par un mouvement le long de la
un déplacement de la courbe d’offre, et dites lequel ou courbe d’offre ou par un déplacement de la courbe d’offre
lesquels illustrent la loi de l’offre. des téléphones cellulaires, et dites lequel ou lesquels
a) Les salaires des travailleurs de scierie augmentent. illustrent la loi de l’offre.
b) Le prix de la sciure de bois augmente. a) Les fabricants utilisent la robotique afin de produire
c) Le prix des poutres de bois augmente. des téléphones cellulaires.
d) On prévoit une hausse du prix des poutres de bois b) Le prix des téléphones cellulaires baisse.
l’an prochain. c) Les salaires des travailleurs de l’industrie des
e) Les environnementalistes persuadent le Parlement téléphones cellulaires augmentent.
d’adopter une loi qui réduira la coupe d’arbres en forêt d) Le nombre de fabricants de téléphones cellulaires
pour le bois d’œuvre. augmente.
f) Une nouvelle technique réduit le coût de production e) Les fabricants prévoient une baisse du prix des terres
des poutres de bois. rares, une importante matière première, l’an prochain.
f) Le prix des téléphones intelligents augmente.

RÉPONSES
1. a) Une augmentation des salaires des travailleurs de scierie réduit f) La nouvelle technique accroît l’offre de poutres de bois et déplace la
l’offre de poutres de bois, et la courbe d’offre se déplace vers la courbe d’offre vers la droite (figure 1).
gauche (figure 1).
Figure 1 Figure 2
b) Les poutres de bois et la sciure de bois sont des compléments de
production. Une augmentation du prix de la sciure accroît l’offre de Prix d’une poutre de bois Prix d’une poutre de bois
poutres, et la courbe d’offre se déplace vers la droite (figure 1). L’offre O1 La quantité
c) Une augmentation du prix des poutres accroît la quantité offerte, ce diminue.
O0 offerte O
qui se traduit par un mouvement vers le haut le long de la courbe augmente.
d’offre (figure 2). On a ici un exemple de la loi de l’offre. O2
d) L’anticipation d’une hausse du prix des poutres de bois diminue
l’offre dans l’immédiat, et la courbe d’offre se déplace vers la gauche
(figure 1).
e) La nouvelle loi diminue l’offre de poutres de bois et déplace la L’offre
augmente.
courbe d’offre vers la gauche (figure 1).
0 Quantité de poutres de bois 0 Quantité de poutres de bois
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 63

COMBIEN ÊTES-VOUS PRÊT À PAYER ?


Ce que vous êtes prêt à payer détermine la quantité que vous désirez vous procurer d’un
bien ou d’un service. Le modèle de l’offre et de la demande permet d’expliquer de quelle
manière la quantité que vous achetez ou que vous vendez d’un bien ou d’un service peut
se modifier. La courbe de demande illustre les intentions d’achat à différents prix, et la
courbe d’offre, les intentions de vente à différents prix.

Vos intentions d’achat


Pensez aux quantités que vous achetez et au prix que vous payez pour chaque bien ou
service que vous désirez vous procurer. Considérez que ces quantités et ces prix sont
différents points sur une courbe de demande. Pour quelles raisons changeriez-vous vos
intentions d’achat ?
Si le prix des ordinateurs neufs baisse alors que celui des ordinateurs d’occasion reste
inchangé, achèterez-vous plus d’ordinateurs neufs ? Jusqu’où le prix des ordinateurs
devrait-il descendre pour que vous puissiez vous procurer à la fois un ordinateur de table
et un portable neufs ? Il y a forcément un prix assez bas pour vous amener à en
acheter plus !
Pensez à tout ce que vous ne pouvez pas vous acheter maintenant, mais que vous
vous offririez si vous en aviez les moyens. Si vous trouviez un emploi mieux payé, quel
serait l’effet sur vos intentions d’achat ? Quels articles vous procureriez-vous en plus
grandes quantités ? Lesquels achèteriez-vous en plus petites quantités ?
Supposons que vous êtes sur le point de faire l’acquisition d’un téléphone intelligent
et qu’au même moment Apple et Samsung annoncent le lancement de leurs nouveaux
modèles, le mois prochain. Si vous anticipez que le prix des anciens modèles baissera,
attendrez-vous un mois pour vous procurer votre téléphone ou l’achèterez-vous
maintenant ?
Parmi les situations précédentes, lesquelles se traduiront par un mouvement le long
de la courbe de demande ou par un déplacement de celle-ci ?

Vos intentions de vente


Il est possible que vous ne vendiez pas beaucoup de choses. Pourtant, vous êtes proprié-
taire d’une ressource précieuse que vous pouvez vendre : votre temps. Si vous avez un
emploi, pensez au nombre d’heures que vous pourriez travailler et au salaire que vous
pourriez gagner. Si vous êtes à un point sur la courbe d’offre de vos services, comment
réagirez-vous si votre patron vous propose de faire des heures supplémentaires au
double de votre salaire horaire ? Serez-vous prêt à travailler plus d’heures ?
Une fois vos cours terminés, vous serez sûrement tenté de vendre vos manuels.
À quel prix serez-vous disposé à le faire ? Il se peut également que vous ayez quelques
vieilles choses à vendre sur Kijiji. Si une personne vous offre un prix plus bas que celui
que vous souhaitez, serez-vous toujours prêt à les lui vendre ?
Parmi les situations précédentes, lesquelles se traduiront par un mouvement le long
de la courbe d’offre ou par un déplacement de celle-ci ?
Si vous avez l’intention d’acheter quelque chose, il faut qu’une personne ait l’inten-
tion de vous vendre ce bien ou ce service. Votre intention d’acheter doit correspondre à
l’intention de vendre d’un autre individu. Les prix s’ajustent pour que les intentions
d’achat et de vente des gens concordent. C’est ce que nous verrons dans la prochaine
section de ce chapitre.
64 PARTIE 1 INTRODUCTION

3.3 L’ÉQUILIBRE DU MARCHÉ


Dans le langage courant, le terme équilibre signifie « forces opposées qui se compensent
réciproquement ». Dans un marché, les forces opposées sont l’offre et la demande. Les
acheteurs veulent bénéficier du plus bas prix possible, et plus le prix est bas, plus la
quantité qu’ils prévoient acheter est importante. Les producteurs, eux, veulent obtenir
le prix le plus élevé possible, et plus le prix est élevé, plus la quantité qu’ils prévoient
offrir est importante.
Équilibre du marché On parle d’équilibre du marché quand la quantité demandée est égale à la quantité
Équilibre qui survient quand la offerte (autrement dit, quand les intentions des acheteurs et celles des producteurs coïn-
quantité demandée est égale à
la quantité offerte (autrement cident). Le prix d’équilibre est le prix auquel la quantité demandée est égale à la quantité
dit, quand les intentions offerte. La quantité d’équilibre est la quantité achetée et vendue au prix d’équilibre.
des acheteurs et celles des
producteurs coïncident). La figure 3.5 présente le marché de l’eau embouteillée. L’équilibre du marché se situe
Prix d’équilibre à l’intersection de la courbe de demande et de la courbe d’offre. Le prix d’équilibre est
Prix auquel la quantité de 1 $ la bouteille, et la quantité d’équilibre, de 10 millions de bouteilles par jour. Au prix
demandée est égale à la d’équilibre, les intentions des acheteurs et celles des producteurs correspondent. Les
quantité offerte.
acheteurs demanderont une plus grande quantité si le prix baisse, et les embouteilleurs
Quantité d’équilibre
Quantité achetée et vendue
en offriront une plus grande quantité si le prix monte. À 1 $ la bouteille, la quantité que
au prix d’équilibre. les gens prévoient acheter est égale à la quantité que les embouteilleurs prévoient
vendre. À ce prix, les forces opposées que sont les intentions des acheteurs et celles des
producteurs s’équilibrent parfaitement.

Surplus (ou offre LE PRIX : LE RÉGULATEUR DU MARCHÉ


excédentaire)
Situation où la quantité offerte
Si l’équilibre du marché est perturbé, le prix agit comme régulateur pour ramener le
excède la quantité demandée. marché vers son point d’équilibre. Quand le prix est supérieur au prix d’équilibre, il y a
Pénurie (ou demande un surplus ou une offre excédentaire – la quantité offerte excède la quantité deman-
excédentaire) dée –, et le prix baisse. Quand le prix est inférieur au prix d’équilibre, il y a une pénurie
Situation où la quantité
demandée excède la ou une demande excédentaire – la quantité demandée excède la quantité offerte –, et
quantité offerte. le prix monte.

Figure 3.5 Le prix et la quantité d’équilibre

Prix (en dollars par bouteille)


2,00 O

1,50
2
Prix
d’équilibre 1 Équilibre du marché
1
Équilibre 2 Le prix d’équilibre est de 1,00 $ la bouteille.
1.00
1,00 du marché
3 Au prix d’équilibre, la quantité demandée et la
quantité offerte sont toutes deux de 10 millions
de bouteilles par jour, la quantité d’équilibre.

0,50
3 D
Quantité
d’équilibre

0 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour)
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 65

À la figure 3.6 (a), quand le prix est de 1,50 $ la bouteille, les producteurs voudraient
vendre 11 millions de bouteilles, mais les demandeurs n’en achètent que 9 millions.
Comme il y a un surplus de 2 millions de bouteilles, le prix se met à baisser. À mesure
que le prix diminue, la quantité demandée augmente et la quantité offerte diminue, de
même que le surplus. Le prix baisse jusqu’à l’élimination du surplus et se stabilise à 1 $
la bouteille.
À la figure 3.6 (b), à 0,75 $ la bouteille, les demandeurs voudraient acheter 11 millions
de bouteilles, mais les fournisseurs n’en vendent que 9 millions. Il en résulte une pénurie
de 2 millions de bouteilles, et le prix se met à monter. À mesure que le prix augmente, la
quantité demandée diminue et la quantité offerte augmente, de même que la pénurie. Le
prix monte jusqu’à l’élimination de la pénurie et se stabilise à 1 $ la bouteille.
Les marchés sont constamment soumis à des événements qui modifient l’offre et la
demande, et qui entraînent des variations de prix et de quantité. Certains de ces événe-
ments influent sur la demande, d’autres influent sur l’offre. Parfois, les influences
sont simultanées.

Figure 3.6 Les forces du marché rétablissent l’équilibre

Prix (en dollars par bouteille) Prix (en dollars par bouteille)
2,00 2,00
3 O O
Surplus

1,50 1,50
4
Le prix 4
baisse. Le prix
monte. 3
Pénurie
1,00
1.00 1,00
1.00

0,75

0,50 D 0,50 D
2 1 2 1
Quantité Quantité Quantité Quantité
demandée offerte offerte demandée

0 8 9 10 11 12 13 0 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour) Quantité (en millions de bouteilles par jour)

(a) Surplus et baisse de prix (b) Pénurie et hausse de prix


À 1,50 $ la bouteille, 1 la quantité offerte est de 11 millions de À 0,75 $ la bouteille, 1 la quantité demandée est de 11 millions
bouteilles, 2 la quantité demandée est de 9 millions de bouteilles, de bouteilles, 2 la quantité offerte est de 9 millions de bouteilles,
3 le surplus est de 2 millions de bouteilles, et 4  le prix baisse 3 la pénurie est de 2 millions de bouteilles, et 4 le prix d’équilibre
jusqu’à ce que le marché soit en équilibre. augmente jusqu’à ce que le marché soit en équilibre.

LES EFFETS D’UNE VARIATION DE LA DEMANDE


À la figure 3.7 (p. 66), la courbe d’offre est O, et la courbe de demande est D0 au départ. Le
prix d’équilibre est de 1 $ la bouteille, et la quantité d’équilibre, de 10 millions de bouteilles.
Supposons qu’une nouvelle étude met en doute la qualité de l’eau du robinet. La
demande d’eau embouteillée augmente alors. À la figure 3.7 (a), la courbe de demande
se déplace vers la droite de D0 à D1. À 1 $ la bouteille, il y a pénurie, de sorte que le prix
monte à 1,50 $ la bouteille, et la quantité offerte, à 11 millions de bouteilles par jour. Une
variation de la demande laisse l’offre inchangée, mais entraîne une variation de la
quantité offerte, c’est-à-dire un mouvement, ici vers le haut, le long de la courbe d’offre.
66 PARTIE 1 INTRODUCTION

Supposons maintenant qu’une nouvelle boisson énergétique sans calories arrive sur
le marché et réduit la demande d’eau embouteillée. À la figure 3.7 (b), la courbe de
demande se déplace vers la gauche de D0 à D2. Au prix initial de 1 $ la bouteille, il y a un
surplus, de sorte que le prix descend à 0,75 $ la bouteille, et la quantité, à 9 millions de
bouteilles par jour. L’offre reste inchangée, mais la quantité offerte diminue.

LES EFFETS D’UNE VARIATION DE L’OFFRE


À la figure 3.8 (p. 67), la courbe de demande est D, et la courbe d’offre est O0 au départ.
Le prix d’équilibre est de 1 $ la bouteille, et la quantité d’équilibre, de 10 millions de
bouteilles.
Supposons que des embouteilleurs américains achètent des sources au Québec et
ouvrent de nouvelles usines d’embouteillage. L’offre d’eau embouteillée augmente. À la
figure 3.8 (a), la courbe d’offre se déplace vers la droite de O0 à O1. Au prix initial de 1 $
la bouteille, il y a un surplus. Le prix descend à 0,75 $ la bouteille, et la quantité deman-
dée monte à 11 millions de bouteilles par jour.
Une variation de l’offre laisse la demande inchangée, mais entraîne une variation de
la quantité demandée – un mouvement le long de la courbe de demande.
Supposons maintenant qu’une sécheresse tarit certaines sources et que l’offre d’eau
embouteillée diminue. À la figure 3.8 (b), la courbe d’offre se déplace vers la gauche de
O0 à O2. Au prix initial de 1 $ la bouteille, il y a pénurie. Le prix monte à 1,50 $ la bouteille
et la quantité demandée descend à 9 millions de bouteilles par jour.
Le nouveau prix d’équilibre est de 1,50 $ la bouteille. Ici encore, la demande reste
inchangée. Il y a une diminution de la quantité demandée, mais la quantité demandée
diminue. La quantité d’équilibre descend à 9 millions de bouteilles par jour.

Figure 3.7 Les effets d’une variation de la demande

Prix (en dollars par bouteille) Prix (en dollars par bouteille)
2,00 1 O 2,00 1 O
La demande La demande
augmente. diminue.
3
La quantité
1.50
1,50 offerte 1,50
2 augmente.
Le prix 2
monte. Le prix
3
baisse. La quantité
offerte
1,00 D1 1,00
diminue.

0.75
0,75

0,50 4 0,50
La quantité D0 4 D0
La quantité
d’équilibre d’équilibre
augmente. diminue. D2

0 7 8 9 10 11 12 13 0 7 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour) Quantité (en millions de bouteilles par jour)

(a) Augmentation de la demande (b) Diminution de la demande


Une augmentation de la demande 1  déplace la courbe de demande Une diminution de la demande 1  déplace la courbe de demande
vers la droite de D0 à D1, 2  augmente le prix, 3  augmente la vers la gauche de D0 à D2, 2  diminue le prix, 3  diminue la quantité
quantité offerte le long de la courbe d’offre, et 4  accroît la quantité offerte le long de la courbe d’offre, et 4  réduit la quantité
d’équilibre. d’équilibre.
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 67

LES VARIATIONS SIMULTANÉES DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE


Qu’advient-il du prix et de la quantité de l’eau embouteillée quand un événement tou-
chant la demande survient en même temps qu’un événement touchant l’offre ? Examinons
les quatre scénarios possibles.

Une augmentation simultanée de l’offre et de la demande


Une augmentation de la demande accroît la quantité, tout comme une augmentation de
l’offre. Cependant, une augmentation de la demande fait monter le prix, tandis qu’une
augmentation de l’offre le fait baisser. Par conséquent, s’il y a augmentation simultanée
de la demande et de l’offre, la quantité échangée augmente, tandis que le prix peut soit
monter, soit baisser, soit rester le même. La figure 3.9 (a) (p. 69) montre ce qui se passe
quand des doutes sur la qualité de l’eau du robinet font augmenter la demande d’eau
embouteillée et que l’ouverture de nouvelles usines d’embouteillage fait augmenter
l’offre. La quantité échangée augmente et, comme l’augmentation de la demande est
plus importante que celle de l’offre, le prix monte.

Une diminution simultanée de l’offre et de la demande


Une diminution de la demande réduit la quantité, tout comme une diminution de l’offre.
Cependant, une diminution de la demande fait baisser le prix, tandis qu’une diminution de
l’offre le fait monter. Par conséquent, s’il y a diminution simultanée de l’offre et de la
demande, la quantité échangée diminue, tandis que le prix peut soit augmenter, soit baisser,
soit rester le même. La figure 3.9 (b) (p. 69) montre ce qui se produit sur le marché de l’eau
embouteillée quand l’arrivée d’une nouvelle boisson énergétique fait diminuer la demande
d’eau et qu’une sécheresse fait diminuer l’offre. La quantité échangée diminue et, comme
la diminution de l’offre est plus importante que celle de la demande, le prix augmente.

Figure 3.8 Les effets d’une variation de l’offre

Prix (en dollars par bouteille) Prix (en dollars par bouteille)
2,00 2,00 O2 1
1 O0 L’offre
L’offre diminue.
augmente. 2
O1 Le prix O0
augmente.
1,50 1.50
1,50

2
Le prix 3
baisse. La quantité
demandée
1,00 1,00 diminue.

0.75
0,75
3
La quantité
0,50 demandée D 0,50
4 4 D
augmente. La quantité La quantité
d’équilibre d’équilibre
augmente. diminue.

0 7 8 9 10 11 12 13 0 7 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour) Quantité (en millions de bouteilles par jour)

(a) Augmentation de l’offre (b) Diminution de l’offre


Une augmentation de l’offre 1 déplace la courbe d’offre vers la droite Une diminution de l’offre 1  déplace la courbe d’offre vers la gauche
de O0 à O1, 2  abaisse le prix, 3  augmente la quantité demandée le de O0 à O2, 2  augmente le prix, 3  diminue la quantité demandée le
long de la courbe de demande, et 4  accroît la quantité d’équilibre. long de la courbe de demande, et 4  réduit la quantité d’équilibre.
68 PARTIE 1 INTRODUCTION

Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE

Une variation de la demande de roses Figure 1


Une augmentation de la demande de roses
La Colombie et l’Équateur sont les deux plus grands producteurs de roses Prix (en dollars par bouquet)
du monde. En moyenne, la quantité vendue de roses dans le monde
s’élève à environ 6  millions de bouquets par mois, et le prix du bouquet 120
O
est d’environ 40 $. Cependant, en raison de la Saint-Valentin, tous les mois
de février, la quantité achetée de roses quadruple par rapport aux autres
mois, et le prix du bouquet de roses double. Le modèle de l’offre et de la
demande permet d’expliquer ce phénomène. La figure 1 montre la courbe 80 Équilibre
Le prix en février
d’offre de roses et deux courbes de demande. La courbe de demande bleue, augmente.
qui représente la demande de roses durant un mois normal, croise la courbe
d’offre à un prix d’équilibre de 40 $ le bouquet et à une quantité d’équilibre
40 Équilibre
de 6 millions de bouquets. En février, la courbe de demande se déplace vers D févr.
D0 normal
la droite jusqu’à la courbe rouge, laquelle croise la courbe d’offre à un prix
d’équilibre de 80 $ le bouquet et à une quantité d’équilibre de 24 millions
de bouquets. Quel serait l’effet sur le marché d’une maladie détruisant une
partie des rosiers de la Colombie et de l’Équateur ?
0 6 24 36
Quantité (en millions de bouquets par mois)
Une variation de l’offre de pétrole Figure 2
Grâce à la fracturation hydraulique, les États-Unis ont la capacité Une augmentation de l’offre de pétrole
d’extraire du pétrole de schiste sur leur territoire. Leur production est Prix du baril de pétrole (en dollars américains)
telle qu’ils sont devenus des exportateurs nets de pétrole. La levée des
sanctions économiques envers l’Iran a aussi permis à ce pays d’accroître 135
O0
O1
ses exportations de pétrole. Cette hausse des exportations a fait chuter 120
les cours du Brent (le brut de référence en Europe, par opposition au WTI La quantité
demandée
[West Texan Intermediate], le brut de référence américain) de près de 105 augmente.
75 % depuis son sommet de juin 2014, passant de 120 $ US à 30 $ US en 90
janvier 2016. La figure 2 montre l’effet de cette hausse des exportations Hausse
pétrolières. L’offre de pétrole augmente, et la courbe d’offre se déplace vers 75 de l’offre
Le prix
la droite. Le  prix du pétrole baisse, et la quantité demandée augmente. 60 diminue.
(On suppose ici que la demande reste inchangée.) Quel serait l’effet sur le
marché d’une baisse de la croissance économique mondiale ? 45

30
D
0 75 80 85 90
Quantité (en millions de barils par jour)

Une augmentation de la demande et une diminution de l’offre


Une augmentation de la demande fait monter le prix d’équilibre, tout comme une dimi-
nution de l’offre. Cependant, une augmentation de la demande accroît la quantité, tandis
qu’une diminution de l’offre la réduit. Par conséquent, quand une augmentation de la
demande et une diminution de l’offre surviennent simultanément, le prix monte, et la
quantité échangée peut soit augmenter, soit diminuer, soit rester la même. La figure 3.10 (a)
(p. 69) montre ce qui se passe sur le marché de l’eau embouteillée quand des doutes sur
la qualité de l’eau du robinet augmentent la demande d’eau embouteillée et qu’une
sécheresse diminue l’offre. Le prix augmente et, comme l’augmentation de la demande
est égale à la diminution de l’offre, la quantité échangée reste la même.
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 69

Figure 3.9 L’offre et la demande évoluent dans le même sens

Prix (en dollars par bouteille) Prix (en dollars par bouteille)
1 3
2,00 O0 2,00 Une diminution O2 O0
Une augmentation simultanée
de l’offre et de la demande simultanée de
augmente la quantité échangée. l’offre et de la
O1 demande diminue
la quantité
1,50 1,50 échangée.

4
1,20 1,20 Comme
OD,
1,00 D1 1,00 le prix augmente.

2
0,50 Comme D0 0,50
DO, D0
le prix augmente.
D2

0 7 8 9 10 11 12 13 0 7 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour) Quantité (en millions de bouteilles par jour)
(a) Augmentation simultanée de l’offre et de la demande (b) Diminution simultanée de l’offre et de la demande
1 La quantité échangée augmente et 2 Le prix peut augmenter, 3 La quantité échangée diminue et 4 le prix peut augmenter,
diminuer ou demeurer le même. diminuer ou demeurer le même.

Figure 3.10 L’offre et la demande évoluent dans des directions opposées

Prix (en dollars par bouteille) Prix (en dollars par bouteille)
1 2,00 3
O1 Une augmentation Une diminution de la O0
de la demande et demande et une augmentation
2,00 une diminution de de l’offre baissent le prix.
l’offre augmentent O2
le prix.
1,50
O0
1,50

1,00

1,00
D1
2 D0
Comme OD, 0,50
4
la quantité Comme DO,
0,50 échangée D2
D0 la quantité échangée
reste la même. reste la même.

0 7 8 9 10 11 12 13 0 7 8 9 10 11 12 13
Quantité (en millions de bouteilles par jour) Quantité (en millions de bouteilles par jour)
(a) Augmentation de la demande et diminution de l’offre (b) Diminution de la demande et augmentation de l’offre
1 Le prix augmente et 2 la quantité échangée peut augmenter, 3 Le prix diminue et 4 la quantité échangée peut augmenter,
diminuer ou demeurer la même. diminuer ou demeurer la même.
70 PARTIE 1 INTRODUCTION

Une diminution de la demande et une augmentation de l’offre


Une diminution de la demande fait baisser le prix d’équilibre, tout comme une aug-
mentation de l’offre. Cependant, une diminution de la demande réduit la quantité,
tandis qu’une augmentation de l’offre l’augmente. Par conséquent, quand une dimi-
nution de la demande et une augmentation de l’offre surviennent simultanément, le
prix baisse, et la quantité échangée peut soit augmenter, soit diminuer, soit rester la
même. La figure 3.10 (b) (p. 69) montre ce qui se passe quand l’arrivée d’une nouvelle
boisson énergétique réduit la demande d’eau embouteillée et que l’ouverture d’une
nouvelle usine d’embouteillage accroît l’offre. Le prix baisse et, comme la diminution
de la demande est égale à l’augmentation de l’offre, la quantité échangée reste
la même.

Coup d’œil
SUR UN GRAND ÉCONOMISTE

Alfred Marshall et le modèle de l’offre et de la demande


Le modèle de l’offre et de la demande a été Ingénieur et économiste, Dupuit a utilisé la loi
découvert dans les années 1830 par le Français de la demande pour calculer les bénéfices que
Antoine-Augustin Cournot (1801-1877), un rapporterait la  construction d’un pont et, une
professeur de mathématiques de l’Université fois ce pont construit, pour déterminer le péage
de Lyon. Toutefois, ce n’est  qu’avec l’expansion qu’on imposerait à ses usagers – travail qui pose
des chemins de fer dans les années 1850 les fondements de ce qu’on appelle aujourd’hui
que la nouvelle théorie trouva ses premières « l’analyse coûts-bénéfices ».
applications pratiques.
Alfred Marshall (1842-1924) a grandi dans
Le train était alors une innovation technolo- une Angleterre transfigurée par les chemins de
gique aussi révolutionnaire que le sera l’avion au fer et par une industrialisation en pleine expan-
XXe siècle, et, comme les compagnies aériennes sion. Professeur à Cambridge, il épousa en 1877
d’aujourd’hui, les compagnies ferroviaires se Mary Paley, une de ses étudiantes, mariage qui
livraient à une concurrence sans merci. L’Irlan- l’obligea à quitter l’université en raison du règle-
dais Dionysius Lardner (1793-1859), professeur Alfred Marshall, pourtant excellent
mathématicien, n’utilise guère les ment de l’établissement sur le célibat. En 1884, à
de philosophie naturelle et d’astronomie à la mathématiques et les diagrammes la faveur d’un assouplissement de ce règlement,
dans son traité The Principles of Eco-
University of London, utilisa la théorie de l’offre nomics. les Marshall revinrent à Cambridge, où Alfred
et de la demande pour montrer aux compagnies devint professeur d’économie politique.
ferroviaires comment elles pouvaient augmenter leurs profits
en réduisant leurs tarifs sur les longs parcours, où la concurrence Si de nombreux autres chercheurs ont raffiné la théorie de
était féroce, et en les majorant sur les trajets plus courts, où la l’offre et de la demande, c’est Alfred Marshall qui, avec la collabora-
concurrence était moins redoutable. Brillant vulgarisateur pour tion reconnue de Mary Paley, en a donné la première formulation
les uns, charlatan pour les autres, Lardner a rédigé des traités complète et approfondie dans la forme que nous connaissons
sur d’innombrables sujets dans les domaines les plus divers – aujourd’hui. Publié en 1890, son traité monumental The Principles
génie, astronomie, économie, météorologie, etc. Surnommé of Economics a fait autorité pendant près d’un demi-siècle des
Dr  Dionysius Diddler (l’escroc) par ses contemporains, ce per- deux côtés de l’Atlantique. Étonnamment, Marshall, pourtant
sonnage haut en  couleur aurait sûrement été un habitué des excellent mathématicien, n’y utilise guère les mathématiques et
talk-shows s’ils avaient existé en 1850. les diagrammes ; ainsi, son graphique de l’offre et de la demande
n’y apparaît que dans une note de bas de page.
Lardner, qui séjourna à l’École nationale des ponts et
chaussées de Paris, y a probablement beaucoup appris du Quel usage a-t-on fait du modèle de l’offre et de la demande
Français Jules Dupuit (1804-1866), qui travaillait alors à son du temps de Lardner ? de Dupuit ? À qui doit-on sa formulation
célèbre ouvrage De la mesure de l’utilité des travaux publics. complète ?
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 71

3.3
3 Expliquer comment l’offre et la demande déterminent le prix et la quantité sur le marché,
et décrire les effets de leurs variations

EXERCEZ-VOUS
1. Le tableau 1 présente les barèmes d’offre et de demande du lait.
a) Où se situe l’équilibre du marché ? Tableau 1
b) Décrivez la situation du marché du lait quand le prix est de 1,75 $ le carton.
c) Que se passe-t-il dans le marché du lait si le prix est de 1,75 $ le carton ? Quantité Quantité
Prix
demandée offerte
Comment le marché atteint-il son nouvel équilibre ?
(en dollars (en milliers de
d) Une hausse du coût de production réduit la quantité offerte de lait par carton) cartons par jour)
de 45 000 cartons par jour à tous les prix. Quel est le nouvel équilibre
1,00 200 110
du marché et comment se rétablit-il ?
e) Une campagne de publicité rend le lait plus populaire, et la quantité 1,25 175 130
demandée augmente de 5 000 cartons par jour à tous les prix. 1,50 150 150
Simultanément, une meilleure alimentation des vaches laitières accroît 1,75 125 170
la quantité offerte de 50 000 cartons par jour à tous les prix. Quel est
2,00 100 190
le nouvel équilibre du marché et comment se rétablit-il ?

QUESTION SUPPLÉMENTAIRE Tableau 2


2. Le tableau 2 présente les barèmes d’offre et de demande de Quantité Quantité
Prix
téléphones cellulaires. demandée offerte
a) Où se situe l’équilibre du marché ? (en dollars (en milliers de
par téléphone) téléphones par semaine)
b) Que se passe-t-il dans le marché des téléphones cellulaires si le prix est
de 300 $ le téléphone ? Comment le marché atteint-il son nouvel équilibre ? 200 3,0 1,0
c) Une augmentation des revenus accroît la quantité demandée de 300 2,5 1,5
1 000 téléphones par semaine à tous les prix. Quel est le nouvel équilibre 400 2,0 2,0
du marché et comment ce dernier l’atteint-il ?
d) Une baisse des coûts de production permet aux producteurs d’augmenter 500 1,5 2,5
la quantité offerte de 750 téléphones par semaine à tous les prix. Les gens 600 1,0 3,0
achètent moins de téléphones cellulaires, et la quantité demandée baisse de
250 téléphones par semaine à tous les prix. Sans augmentation des revenus,
comment le marché des téléphones cellulaires atteint-il son nouvel équilibre ?

RÉPONSES
1. a) La figure 1 montre l’équilibre du marché à 1,50 $ le carton et à quantité demandée (155 000 cartons) est inférieure à la quantité
150 000 cartons par jour. offerte (200 000 cartons). Il y a un surplus, et le prix commence à
b) À 1,75 $ le carton de lait, la quantité demandée (125 000 cartons) est baisser. Quand le prix atteint 1,25 $ le carton, la quantité monte à
inférieure à la quantité offerte (170 000 cartons), ce qui entraîne un 180 000 cartons par jour (figure 2).
surplus de 45 000 cartons par jour.
Figure 1 Figure 2
c) À 1,75 $ le carton, il y a un surplus de lait. Au fur et à mesure que les
fournisseurs baissent le prix, la quantité demandée augmente, la Prix (en dollars par carton) Prix (en dollars par carton)
quantité offerte baisse, et le surplus diminue. Le prix baisse jusqu’à
O1 O0
l’élimination totale du surplus à 1,50 $ le carton. O1
d) La courbe d’offre se déplace vers la gauche de 45 000 cartons par
jour à tous les prix. À 1,50 $, la quantité demandée (150 000 cartons)
1,75 O0 1,50
est supérieure à la quantité offerte (105 000 cartons). Il y a pénurie
de lait, et le prix commence à monter. À mesure que le prix monte,
la quantité demandée diminue, la quantité offerte augmente, et 1,50 1,25
la pénurie diminue. Le prix monte à 1,75 $ le carton, et la quantité D
descend à 125 000 cartons par jour (figure 1). D0 D1
e) La courbe de demande se déplace vers la droite de 5 000 cartons
0 125 150 0 150 180
par jour à tous les prix. La courbe d’offre se déplace vers la droite
Quantité (en milliers de cartons) Quantité (en milliers de cartons)
de 50 000 cartons par jour à tous les prix. À 1,50 $ le carton, la
72 PARTIE 1 INTRODUCTION

3.4 LE CONTRÔLE DES PRIX


On vient de le voir, les  ajustements de prix rendent possible l’équilibre du marché.
Cependant, que se produit-il si, pour une raison ou une autre, le prix du marché ne
s’ajuste pas ? Tout dépend du facteur qui empêche l’ajustement du prix. Parmi ces fac-
teurs, les deux principaux sont :
• Le prix plafond ;
• Le prix plancher.

LE PRIX PLAFOND
Prix plafond Le prix plafond est le prix au-delà duquel la vente de certains biens, services ou res-
Prix au-delà duquel la vente sources devient illégale. Le loyer plafond – loyer maximal au-delà duquel la location de
de certains biens, services ou
ressources devient illégale. logements devient illégale – en est un exemple. Voyons comment le plafonnement des
Loyer plafond loyers influe sur le marché du logement locatif.
Loyer au-delà duquel la location Les propriétaires décident de la quantité offerte de logements ; plus le loyer est élevé,
d’un logement devient illégale
(voir prix plafond). plus cette quantité est importante. Les locataires décident de la quantité demandée de
logements ; plus le loyer est bas, plus cette quantité est importante. Le loyer s’ajuste
jusqu’à ce que la quantité demandée et la quantité offerte s’équilibrent.
La figure 3.11 illustre un marché du logement locatif. La courbe de demande du loge-
ment locatif est D, et la courbe d’offre, O. L’équilibre du marché se situe à un loyer de
550 $ par mois et à une quantité de 4 000 logements.
Supposons que le gouvernement considère que personne ne devrait payer un loyer
plus élevé que 550 $ par mois. Pourra-t-il améliorer la situation des locataires en impo-
sant un loyer plafond ?
Un prix plafond, comme un loyer plafond, n’a pas le même effet selon qu’il est
supérieur ou inférieur au loyer d’équilibre. À la figure 3.11, si le loyer plafond est
supérieur à 550 $ par mois, rien ne changera puisque les locataires paient déjà 550 $

Figure 3.11 Un loyer plafond entraîne une pénurie de logements

Loyer (en dollars par mois)


1 000 1
Équilibre O
2
Loyer du marché
d’équilibre
800

1 Sur ce marché du logement locatif, 2 le loyer


d’équilibre est de 550 $ par mois et 3 la quantité
600 d’équilibre de logements loués est de 4 000.
550
Le loyer plafond – fixé à 400 $ par mois dans cet
exemple – est inférieur au loyer d’équilibre.
Zone illégale
400 Loyer plafond
4 La quantité offerte de logements tombe à 3 000.
6 5 La quantité demandée de logements grimpe à
Pénurie D 6 000. 6 Il y a une pénurie de 3 000 logements.
200 4 3 5
Quantité Quantité Quantité
offerte d’équilibre demandée

0 2 3 4 6 8
Quantité (en milliers d’unités)
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 73

par mois – moins que le loyer plafond. Par contre, s’il est inférieur au loyer d’équilibre,
le loyer plafond aura un effet important sur le marché : il empêchera une hausse de
loyer (de prix) suffisante pour équilibrer la quantité demandée et la quantité offerte.
Dans ce cas, la loi et le marché sont en conflit, et l’un d’entre eux (ou les deux) finira
par céder. Si le loyer plafond est de 400 $ par mois, tout loyer supérieur à ce montant
(au-dessus de la ligne rouge) est illégal. À 400 $ par mois, la quantité offerte est de
3 000 unités, et la quantité demandée est de 6 000 unités. Il y a donc une pénurie de
3 000 logements.
Le premier effet d’un loyer plafond est donc la pénurie de logements. Les locataires
potentiels demandent plus de logements que la quantité que les constructeurs et les
propriétaires ont l’intention d’offrir dans ces conditions.
L’histoire ne s’arrête pas là. D’une façon ou d’une autre, les 3 000 logements que
les propriétaires sont prêts à offrir doivent être répartis entre les locataires qui
cherchent 6  000  logements. En empêchant les ajustements qui permettraient à la
quantité demandée et à la quantité offerte de s’équilibrer, on ne met pas fin à la rareté.
Quand la loi empêche la hausse des loyers de répartir les logements à louer, il faut
recourir à d’autres mécanismes de répartition des ressources en logement, comme la
règle du premier arrivé, premier servi ou l’imposition de critères restrictifs (l’interdic-
tion des animaux, par exemple) – mesures que la plupart des gens trouvent pires
qu’une hausse des loyers.

LE PRIX PLANCHER
Le prix plancher est le prix minimal en deçà duquel la vente de certains biens, services Prix plancher
ou ressources devient illégale. Le salaire minimum, salaire en deçà duquel l’embauche Prix en deçà duquel la vente
de certains biens, services ou
de travailleurs devient illégale, est un exemple de prix plancher. Les entreprises ressources devient illégale.
peuvent payer un salaire supérieur au salaire minimum, mais pas un salaire moindre. Salaire minimum
Quel est l’effet du salaire minimum sur le marché du travail ? Salaire en deçà duquel
l’embauche de travailleurs
Les entreprises décident de la quantité demandée de travailleurs ; plus le salaire devient illégale (voir prix
horaire est bas, plus la quantité demandée est importante. Les ménages décident de la plancher).
quantité offerte de travailleurs ; plus le salaire horaire est élevé, plus la quantité offerte
est importante. Le salaire horaire s’ajuste de manière à rendre égales la quantité deman-
dée et la quantité offerte de travailleurs.
La figure 3.12 (p. 74) illustre le marché du travail des livreurs de pizzas. La courbe
de demande de livreurs est D, et la courbe d’offre, O. L’équilibre du marché s’établit à
un salaire de 5 $ l’heure et à une quantité de 5 000 livreurs embauchés.
Supposons que le gouvernement considère que personne ne devrait travailler à un
salaire aussi bas que 5 $ l’heure et qu’il décide d’augmenter les salaires. Pourra-t-il
améliorer les conditions de travail des livreurs de pizzas en imposant un salaire
minimum supérieur ?
Un prix plancher comme le salaire minimum n’a pas le même effet selon qu’il est
inférieur ou supérieur au prix d’équilibre. À la figure 3.12, le salaire d’équilibre est de
5 $ l’heure et, à ce salaire, les pizzérias embauchent 5 000 livreurs. Si le gouvernement
impose un salaire minimum de 5 $ l’heure ou moins, rien ne changera. Les pizzérias
paient déjà 5 $ l’heure ; comme ce salaire est supérieur au salaire minimum, elles conti-
nueront à embaucher 5 000 livreurs.
L’objectif d’une loi sur le salaire minimum est d’accroître le revenu des travailleurs
à faible salaire. Le salaire minimum doit donc être supérieur au salaire d’équilibre.
Supposons que le gouvernement légifère pour imposer un salaire minimum de 7 $
l’heure. À la figure 3.12, les salaires inférieurs à 7 $ l’heure (dans la zone située sous la
ligne rouge) sont illégaux. Les entreprises et les travailleurs ne peuvent donc plus fonc-
tionner au point d’équilibre, qui est situé dans la zone illégale. Les forces du marché et
la loi sont en conflit.
74 PARTIE 1 INTRODUCTION

Le gouvernement peut fixer un salaire minimum, mais il ne peut pas dire aux pizzé-
rias combien de livreurs elles doivent embaucher. Si elles doivent payer au moins 7 $
l’heure, elles n’engageront que 3 000 livreurs. Au salaire d’équilibre de 5 $ l’heure, elles
en embauchaient 5 000 ; une fois le nouveau salaire minimum en vigueur, elles en congé-
dieront donc 2 000. Supposons par ailleurs qu’à un salaire minimum de 7 $ l’heure,
2 000 personnes qui ne voulaient pas travailler à 5 $ l’heure cherchent un emploi de
livreur de pizzas. La quantité offerte sur le marché du travail se chiffrera maintenant à
7 000 livreurs, dont 4 000 sont sans travail : les 2 000 livreurs congédiés et les 2 000 per-
sonnes qui cherchent un emploi de livreur au salaire minimum.
D’une façon ou d’une autre, les 3 000 emplois offerts doivent être répartis entre les
7 000 personnes prêtes à travailler comme livreurs de pizzas. Comment cela se fera-t-il
si le prix ne joue plus son rôle en tant que moyen de répartition des ressources ? La
réponse est la même que pour le marché du logement : par le recours à la règle du pre-
mier arrivé, premier servi et par l’imposition de critères restrictifs.
Un salaire minimum au-delà du salaire d’équilibre a l’effet d’une loterie où les
gagnants sont les travailleurs dont le salaire augmente, et les perdants, les travailleurs
congédiés et les sans-emploi qui ne trouvent pas de travail à cause des nouvelles condi-
tions salariales. Les recherches économétriques ont établi de manière très fiable que, si
une hausse de 10 % du salaire minimum entraîne une baisse de l’emploi de 2,5 % en
moyenne (entre 1,4 % et 3,7 %) chez les 15-19 ans, elle n’a aucun effet significatif sur
l’emploi chez les 20 ans et plus3.

Figure 3.12 Le salaire minimum entraîne du chômage

Salaire (en dollars par heure)


10

9 O
6
Surplus
8
Salaire minimum
7 1 Sur ce marché du travail des livreurs de pizzas,
2 Zone illégale
2 le salaire d’équilibre est de 5 $ l’heure et
Salaire
6 d’équilibre 3 la quantité d’équilibre de livreurs est de 5 000.
1
Équilibre Le salaire minimum – fixé à 7 $ l’heure dans cet
5 du marché exemple – est supérieur au salaire d’équilibre.

4 4 La quantité demandée de livreurs tombe à 3 000.


5 La quantité offerte de livreurs grimpe à 7 000.
3 6 Il y a 4 000 personnes sans emploi.
3 D
Quantité
2 4 5
Quantité d’équilibre Quantité
1 demandée offerte

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Quantité (en milliers d’unités)

3. Institut de la statistique du Québec, Hausse du salaire minimum au Québec et évolution de


l’emploi : que disent les données statistiques ?, avril 2011.
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 75

3.4
4 Expliquer comment les prix plafonds ou planchers entraînent des pénuries ou des surplus

EXERCEZ-VOUS Tableau 1
1. Le tableau 1 présente le marché du logement locatif Quantité demandée Quantité offerte
Loyer
de Miniville. de logements de logements
(par mois)
a) Quel est le loyer d’équilibre et combien y a-t-il par trimestre par trimestre
de logements loués ? 900 500 $ 450
b) Si le gouvernement plafonnait les loyers à 900 $ 800 600 $ 500
par mois, quel serait le loyer d’équilibre et combien
y aurait-il de logements loués ? 700 700 $ 550
c) Si le gouvernement plafonnait les loyers à 700 $ 600 800 $ 600
par mois, quel serait le loyer d’équilibre et combien 500 900 $ 650
y aurait-il de logements loués ?
400 1 000 $ 700

QUESTION SUPPLÉMENTAIRE Tableau 2


2. Tous les ans, les producteurs agricoles du Pays Fertile Quantité demandée Quantité offerte
Salaire
embauchent des travailleurs agricoles. Le tableau 2 de travailleurs de travailleurs
horaire
décrit ce marché. agricoles agricoles
a) Quel est le salaire d’équilibre et combien de 8 000 5,50 $ 3 500
travailleurs sont embauchés ? 7 000 6,50 $ 4 000
b) Si le gouvernement impose un salaire minimum
de 8 $ l’heure, combien de travailleurs auront un 6 000 7,50 $ 4 500
emploi et combien seront sans travail ? 5 000 8,50 $ 5 000
c) Si le gouvernement impose un salaire minimum 4 000 9,50 $ 5 500
de 9,50 $ l’heure, combien de travailleurs auront un
3 000 10,50 $ 6 000
emploi et combien seront sans travail ?

RÉPONSES
1. a) Le marché du logement est en équilibre lorsqu’à un même prix c) Si le gouvernement plafonnait les loyers à 700 $ par mois, la quantité
(loyer) la quantité demandée de logements est égale à la quantité demandée de logements serait de 700 unités, et la quantité offerte,
offerte. Ici, l’équilibre survient à un loyer de 800 $ par mois et à une de 550 unités. À ce prix, il y aurait une pénurie de 150 logements.
quantité de 600 logements.
b) Comme le loyer plafond (900 $ par mois) est plus élevé que le loyer
d’équilibre (800 $ par mois), il ne modifie pas l’équilibre décrit en a) :
le loyer d’équilibre reste à 800 $ par mois, et la quantité d’équilibre,
à 600 logements.
76 PARTIE 1 INTRODUCTION

Le chapitre 3 en bref

1 Distinguer la quantité demandée de la demande, et expliquer ce qui détermine la demande

Loi de la demande Facteurs susceptibles d’influer sur la demande


Toutes choses étant égales par ailleurs, la quantité • Prix des biens apparentés
demandée augmente à mesure que le prix baisse et diminue • Revenu des acheteurs
à mesure que le prix monte (mouvement le long de la • Nombre d’acheteurs
courbe de demande).
• Goûts et préférences
• Anticipations de prix et de revenus

2 Distinguer la quantité offerte de l’offre, et expliquer ce qui détermine l’offre

Loi de l’offre Facteurs susceptibles d’influer sur l’offre


Toutes choses étant égales par ailleurs, la quantité • Prix des biens apparentés
offerte augmente à mesure que le prix augmente et • Coût de production
diminue à mesure que le prix diminue (mouvement le long • Nombre de vendeurs
de la courbe d’offre).
• Productivité
• Anticipations de prix et de coûts

3 Expliquer comment l’offre et la demande déterminent le prix et


la quantité sur le marché, et décrire les effets de leurs variations

Équilibre du marché Augmentation de l’offre Augmentation


Quantité offerte = Quantité demandée • Prix diminue et de la demande
quantité augmente • Prix et quantité
Surplus Pénurie augmentent
Diminution de l’offre
• Quantité offerte > • Quantité offerte < • Prix augmente et Diminution de la demande
Quantité demandée Quantité demandée quantité diminue • Prix et quantité diminuent
• Baisse du prix pour • Hausse du prix pour
maintenir l’équilibre maintenir l’équilibre
du marché du marché

4 Expliquer comment les prix plafonds ou planchers entraînent des pénuries ou des surplus

Prix plafond inférieur Prix plancher supérieur


au prix d’équilibre au prix d’équilibre
• Pénurie • Surplus
Prix plafond supérieur Prix plancher inférieur
au prix d’équilibre au prix d’équilibre
• Ni pénurie ni surplus • Ni pénurie ni surplus
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 77

Questions
de révision
Au terme de la section 3.1, La demande, répondez à la l) Une amélioration de la conjoncture économique qui se
question 1. traduit par une hausse du revenu des ménages et une
baisse des taux hypothécaires
1. Depuis quelques années, on observe au Québec des m) Une forte spéculation foncière qui entraîne une
hausses parallèles du prix du vin et de la consommation de augmentation marquée du prix des terrains destinés à
vin. Doit-on considérer le vin comme une exception à la loi la construction domiciliaire
de la demande ? Justifiez votre réponse.
4. Pour chacun des énoncés suivants, précisez s’il y a une
Au terme de la section 3.2, L’offre, répondez à la question 2. variation de la demande ou de la quantité demandée, ou
une variation de l’offre ou de la quantité offerte.
2. Décrivez l’effet de chacun des événements suivants sur a) Au printemps 2010, l’éruption du volcan islandais
l’offre ou sur la demande de jeans. Eyjafjallajökull a paralysé le transport aérien
a) Une nouvelle technique réduit de moitié le temps transcontinental ; cette baisse de la quantité offerte
de fabrication d’un jean. a fait augmenter considérablement le prix des vols
transatlantiques.
b) Le prix du denim baisse.
b) Si le soccer devient plus populaire au Québec tandis
c) Les jeans ne sont plus à la mode. que le basketball perd de sa popularité, le prix des
d) Le prix d’un jean diminue. souliers de basketball baissera.
e) Le salaire versé aux travailleurs du vêtement augmente. c) Il est plus coûteux de skier dans les Laurentides en
f) Le Comité olympique canadien lance des jeans hiver qu’au printemps.
« Équipe Canada ». d) Si le prix du yaourt glacé baisse, la demande de crème
g) Le prix des jupes en denim double. glacée diminuera et son prix baissera.
h) Les revenus augmentent.
5. Le tableau 1 donne les barèmes d’offre et de demande des
Au terme de la section 3.3, L’équilibre du marché, répondez tapis de souris.
aux questions 3 à 9. Tableau 1
3. Sur le marché des maisons unifamiliales mises en chan- Prix Quantité demandée Quantité offerte
tier sur la Rive-Sud de Montréal, décrivez l’effet de chacun (en dollars
des événements suivants sur l’offre ou sur la demande de (en milliers de tapis de souris
par tapis de
maisons, et sur le prix et la quantité d’équilibre. par semaine)
souris)
a) Une migration importante de la population urbaine de 3 160 120
Montréal vers la Rive-Sud
4 150 130
b) Une hausse des salaires des ouvriers de la construction.
c) Une forte augmentation des taux hypothécaires 5 140 140
d) Une forte hausse des loyers à Montréal 6 130 150
e) De nouvelles subventions aux entrepreneurs pour 7 120 160
relancer la construction domiciliaire
8 110 170
f) Une forte augmentation du coût des déplacements
en automobile entre la Rive-Sud et Montréal en a) Où se situe l’équilibre du marché ?
raison de hausses du prix de l’essence et des frais de
stationnement b) Décrivez la situation du marché quand le prix du tapis
de souris est de 7 $. Comment le marché atteint-il son
g) Une forte hausse des taxes foncières dans les nouvel équilibre ?
municipalités de la Rive-Sud
c) Qu’advient-il de l’équilibre du marché si une baisse
h) Une diminution du nombre de terrains disponibles du prix des ordinateurs accroît la quantité demandée
pour la construction domiciliaire en raison d’une de 20 000 tapis de souris par semaine à tous les prix ?
modification de la loi sur le zonage agricole Comment le marché atteint-il son nouvel équilibre ?
i) De nouvelles techniques de préfabrication qui d) Qu’advient-il de l’équilibre du marché si un nouveau
permettent des économies importantes sur les coûts logiciel activé par la parole diminue la quantité
de construction de maisons demandée de 10 000 tapis de souris par semaine à
j) L’intégration des transports en commun de la Rive-Sud tous les prix et si, en même temps, une baisse du
au réseau de la ville de Montréal, avec pour résultat une coût de production des tapis de souris augmente
nette amélioration du service et une baisse de prix la quantité offerte de 30 000 tapis par semaine à
k) Une forte hausse du prix des matériaux de construction tous les prix ? Comment le marché atteint-il son
nouvel équilibre ?
78 PARTIE 1 INTRODUCTION

6. Supposons que le marché des téléphones intelligents est d) Supposons qu’un saboteur détruit la moitié des
en situation d’équilibre. fabriques de gomme à mâcher, réduisant ainsi de
a) Décrivez l’effet sur le prix et la quantité d’équilibre de moitié la quantité offerte de gomme à mâcher à
chacune des hypothèses suivantes. tous les prix. Quels seront alors le prix et la quantité
d’équilibre ?
1. L’augmentation de la demande est plus forte que la
e) Supposons maintenant que, grâce à une campagne
baisse de l’offre.
publicitaire particulièrement efficace, la quantité
2. L’augmentation de la demande est égale à la baisse demandée de gomme à mâcher augmente de
de l’offre. 40 millions de paquets par semaine à tous les prix.
3. L’augmentation de la demande est plus faible que la Quels seront alors le prix et la quantité d’équilibre ?
baisse de l’offre. f) Supposons qu’une augmentation du revenu des
b) Quelle conclusion peut-on tirer des trois cas précédents ? consommateurs fait augmenter la quantité demandée
c) Décrivez l’effet sur le prix et la quantité d’équilibre de gomme à mâcher de 20 millions de paquets par
de chacune des hypothèses suivantes. semaine à tous les prix et qu’une baisse des coûts
1. L’augmentation de la demande est plus forte que de production fait augmenter la quantité offerte de
l’augmentation de l’offre. 20 millions de paquets par semaine à tous les prix.
Quels seront alors le prix et la quantité d’équilibre ?
2. L’augmentation de la demande est égale à
l’augmentation de l’offre.
9. La croissance économique des pays émergents comme la
3. L’augmentation de la demande est plus faible que Chine et l’Inde a contribué à augmenter la demande de
l’augmentation de l’offre. carburant, ce qui a entraîné une hausse du prix du pétrole
d) La conclusion tirée en b) est-elle encore valable ? sur le marché mondial au-delà des 100 $US, et ce, jusqu’en
7. Dites si vous êtes d’accord ou en désaccord avec l’énoncé 2014. L’Inde et la Chine ont investi massivement en Afrique,
suivant et justifiez votre réponse : « Si la demande d’ordi- où les réserves d’hydrocarbures sont largement sous-
nateurs augmente et si les coûts de production des ordi- exploitées, afin d’augmenter la production des pays afri-
nateurs diminuent, la quantité d’équilibre sur le marché cains pour satisfaire leur demande intérieure.
des ordinateurs augmentera. Il est toutefois impossible a) Illustrez dans un graphique l’équilibre initial du
de déterminer avec certitude si le prix des ordinateurs marché mondial du pétrole en supposant que le prix
augmentera, diminuera ou restera constant. » d’équilibre est alors de 100 $US le baril, et la production
d’équilibre, de 85 millions de barils par jour.
8. Le tableau 2 donne les barèmes d’offre et de demande de b) Supposons que, toutes choses étant égales par ailleurs, la
la gomme à mâcher. production de pétrole en provenance d’Afrique augmente
de façon importante. Comment le prix du pétrole et la
Tableau 2 quantité échangée varieront-ils ? Justifiez votre réponse
Prix Quantité demandée Quantité offerte et illustrez-la dans le graphique tracé en a).
(en dollars (en millions de paquets c) Supposons que, toutes choses étant égales par ailleurs,
par paquet) par semaine) des ouragans aux États-Unis et des conflits ailleurs
dans le monde détruisent une partie importante des
0,20 200 40 installations pétrolières de la planète. Comment le
0,40 180 60 prix du pétrole et la quantité échangée varieront-
ils ? Expliquez votre réponse et illustrez-la dans le
0,60 160 80 graphique tracé en a).
0,80 140 100 d) Toutes choses étant égales par ailleurs, comment la
1,00 120 120 croissance économique des pays émergents a-t-elle
pu propulser le prix du pétrole à plus de 100 $US ?
1,20 100 140 Expliquez votre réponse et illustrez-la dans le
1,40 80 160 graphique tracé en a).
1,60 60 180 Au terme de la section 3.4, Le contrôle des prix, répondez à
1,80 40 200 la question 10.
2,00 20 220
10. Supposons que le marché de la bière est en équilibre.
a) Donnez le prix d’équilibre et la quantité d’équilibre de la a) Décrivez l’effet de l’imposition par le gouvernement
gomme à mâcher. d’un prix de la bière minimum supérieur au prix
b) Quelle est la situation du marché si le prix de la gomme d’équilibre. Qu’arrivera-t-il si le prix minimum est
à mâcher s’établit à 0,80 $ ? Comment le marché inférieur au prix d’équilibre ?
retrouvera-t-il son équilibre ? b) Décrivez l’effet de l’imposition par le gouvernement
c) Quelle est la situation du marché si le prix de la gomme d’un prix de la bière maximum inférieur au prix
à mâcher s’établit à 1,40 $ ? Comment le marché d’équilibre. Qu’arrivera-t-il si le prix maximum est
retrouvera-t-il son équilibre ? supérieur au prix d’équilibre ?
CHAPITRE 3 LA DEMANDE ET L’OFFRE 79

Appliquez
vos savoir-faire
L’arrivée des téléphones intelligents
Avec l’arrivée des téléphones intelligents, et plus particulièrement de l’iPhone
en 2007, les télécommunications mobiles ont largement évolué, au détriment
des moyens de télécommunications résidentiels, qui perdent de plus en plus
de terrain au Canada. Au cours des dernières années, un nombre grandissant
de ménages canadiens s’est converti aux téléphones mobiles, préférant ces
appareils aux multiples fonctions au bon vieux téléphone résidentiel.

a) Selon vous, pourquoi le nombre de ménages canadiens ayant un


téléphone résidentiel est-il moins important aujourd’hui ?

b) Supposez que le marché des téléphones résidentiels est en situation


d’équilibre. Illustrez dans un graphique l’effet d’une baisse du nombre de
ménages canadiens ayant ce type de téléphone.

c) Pourquoi le nombre de ménages canadiens ayant uniquement des


Le marché des téléphones intelligents n’a cessé de croître depuis
téléphones mobiles a-t-il augmenté ? leur arrivée en 2007.

MOTS CLÉS
Barème d’offre, 59 Prix d’équilibre, 64
Barème de demande, 53 Prix plafond, 72
Bien ou service inférieur, 55 Prix plancher, 73
Bien ou service normal, 55 Productivité, 61
Complément, 54 Quantité d’équilibre, 64
Complément de production, 60 Quantité demandée, 52
Courbe d’offre, 59 Quantité offerte, 58
Courbe de demande, 53 Salaire minimum, 73
Demande, 53 Substitut, 54
Équilibre du marché, 64 Substitut de production, 60
Loi de l’offre, 58 Surplus (ou offre excédentaire), 64
Loi de la demande, 53 Variation de l’offre, 60
Loyer plafond, 72 Variation de la demande, 54
Marché, 52 Variation de la quantité demandée, 54
Offre, 58 Variation de la quantité offerte, 59
Pénurie (ou demande excédentaire), 64
80
CHAPITRE 4
PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

PARTIE 2
LES INDICATEURS LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE
MACROÉCONOMIQUES

SOMMES-NOUS
PLUS RICHES
QUE LES
AMÉRICAINS ?
SOMMES-NOUS PLUS RICHES QUE LES
AMÉRICAINS, LES FRANÇAIS OU LES CHINOIS ?
Sommes-nous plus riches que nos grands-parents ? Pour
répondre à ces questions, il faut connaître la production
totale – la production agrégée – plutôt que la production
d’un bien ou d’un service en particulier afin de mesurer
notre niveau de vie (production par habitant).
Nos choix des biens et services que nous produisons
et consommons, ainsi que de leurs destinataires,
influent sur notre niveau de vie, un sujet central en
macroéconomie. L’un des indicateurs les plus impor-
tants du niveau de vie est, sans nul doute, le produit
intérieur brut (PIB). Dans ce chapitre, vous apprendrez
comment Statistique Canada calcule le PIB. Quelles sont
ses limites en tant que mesure du niveau de vie ? Existe-
t-il d’autres indicateurs du niveau de vie ? 

COUP D’ŒIL
SOMMAIRE

4.1 SUR L’ÉCONOMIE CANADIENNE 4.3


Le PIB, les revenus 4.2 Le calcul du PIB par Le PIB nominal
et les dépenses Le calcul du PIB canadien Statistique Canada et le PIB réel

p. 82 p. 87 p. 90 p. 92
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 81

SAVOIR-FAIRE
1 Définir le produit intérieur brut (PIB)
et expliquer pourquoi la valeur de la
production, celle des revenus et celle
des dépenses s’équivalent dans une
économie de marché
2 Expliquer comment Statistique Canada
calcule le PIB
3 Définir le PIB nominal, le PIB réel et
l’indice implicite des prix du PIB, et
expliquer les relations entre ces concepts
4 Expliquer les limites du PIB réel en
tant que mesure du niveau de vie

VOS OUTILS NUMÉRIQUES


MaBiblio > MonLab xL
> Multimédia
Réalisez les exercices assignés par votre
enseignant et regardez les tutoriels (aussi
accessibles grâce aux codes QR).

COUP D’ŒIL
COUP D’ŒIL SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE
SUR L’ÉCONOMIE CANADIENNE 4.4 L’indicateur de SOMMES-NOUS
Le calcul du PIB réel par Le PIB réel et développement humain PLUS RICHES QUE LES Le chapitre 4
Statistique Canada le niveau de vie de l’ONU AMÉRICAINS ? en bref

p. 95 p. 97 p. 99 p. 101 p. 102
82 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

4.1 LE PIB, LES REVENUS ET LES DÉPENSES


Comment pourriez-vous comparer votre niveau de vie à celui de vos parents quand ils
avaient votre âge, ou encore à celui d’un étudiant de Beijing (Pékin), en Chine ?
Comme votre niveau de vie dépend de la quantité de biens et services que votre
revenu vous permet de consommer, vous pourriez essayer de déterminer qui a le revenu
le plus élevé : vous aujourd’hui ou vos parents dans les années 1990, vous ici ou un
collégien de Beijing. Mais comme le niveau de vie dépend de la quantité de biens et
services consommés, et que, pour être consommés, ces biens et services doivent d’abord
avoir été produits, vous pourriez aussi essayer de déterminer si la production actuelle
du Canada est supérieure à celle du Canada dans les années 1990, ou à celle de la Chine
d’aujourd’hui. Pour ce faire, il vous faudrait mesurer la production totale de biens et
services.

LA DÉFINITION DU PIB
Produit intérieur brut (PIB) Le produit intérieur brut (PIB) mesure la valeur marchande de la totalité des biens et
Valeur marchande de l’ensemble
services finals produits dans un pays au cours d’une période donnée. Cette définition
des biens et services finals
produits dans un pays au cours comprend quatre éléments clés que nous allons examiner un à un :
d’une période donnée.
• La valeur monétaire de la production (valeur marchande) ;
• La nature de la production (biens et services finals) ;
• Le lieu de la production (pays) ;
• Le moment de la production (période donnée).

La valeur monétaire de la production


Pour mesurer la production agrégée, il faut évaluer la production de pommes et d’oranges,
d’ordinateurs, de balles et de bâtons de baseball, de maïs soufflé, etc. Cependant, le
simple décompte de produits aussi disparates ne nous apprendrait pas ce que nous
voulons savoir : quelle est la valeur de la production totale de 100  pommes et de
50 oranges, ou de 50 pommes et de 100 oranges ? Le calcul du PIB répond à cette ques-
tion en évaluant les divers produits à leur valeur marchande, c’est-à-dire au prix auquel
ils s’échangent sur les marchés. Si le prix d’une pomme est de 0,10 $ et si le prix d’une
orange est de 0,20 $, la valeur marchande de 100 pommes et de 50 oranges est de 20 $,
et la valeur marchande de 50 pommes et de 100 oranges est de 25 $. Évaluer la produc-
tion au prix du marché permet d’additionner des pommes et des oranges.
Ainsi, toute transaction qui ne comporte pas un échange de biens ou de services
contre argent, comme le bénévolat ou l’autoproduction, sera omise dans le calcul du PIB.
Si aucune rémunération n’est versée pour la production d’un bien ou d’un service, il
devient impossible d’en comptabiliser la valeur. Il en est de même pour les transactions
non déclarées, dont on cache l’existence (le travail au noir, par exemple). Nous en repar-
lerons plus loin.

La nature de la production
Bien ou service final Pour calculer le PIB, on évalue la somme des biens et services finals produits au cours
Bien ou service destiné à son
d’une période donnée. Les biens et services finals sont destinés à leurs utilisateurs
utilisateur final, et non à la
production d’un autre bien ou finals, alors que les biens et services intermédiaires sont les articles que les entreprises
d’un autre service. produisent et achètent pour les utiliser dans la production de biens et services finals.
Bien ou service Ainsi, un VUS Ford est un bien final, alors qu’un pneu Goodyear du même véhicule est
intermédiaire
Bien ou service produit par une un bien intermédiaire. Notez qu’un pneu neuf remplaçant un pneu crevé n’est pas un
entreprise, acheté par une autre bien intermédiaire, mais un bien final. Toute pièce de remplacement est un bien final.
entreprise et utilisé dans la
production d’un autre bien ou
En ne considérant que les biens et services finals, on évite de compter le même produit
d’un autre service. deux fois.
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 83

Par ailleurs, quand vous faites l’acquisition d’obligations ou d’actions, vous prêtez
votre argent aux entreprises ou à l’État. Quand vous obtenez un prêt étudiant, on vous
prête de l’argent. Dans aucun de ces cas vous n’achetez de biens ou de services. Ce ne
sont que des transferts d’argent d’un individu à un autre, à l’image des dépenses en
valeurs mobilières. Ces transactions sont dites improductives, car elles ne génèrent pas
de production de biens ou de services et ne créent aucune valeur. Elles ne seront pas
comptabilisées dans le calcul du PIB.

Le lieu de la production
Seuls les biens et services finals produits dans un pays sont comptabilisés dans le PIB
de ce pays. Quand le fabricant de chaussures canadien Bata produit des chaussures en
Thaïlande, la valeur marchande de ces chaussures est comptabilisée dans le PIB de la
Thaïlande, et non dans celui du Canada. De même, quand le constructeur d’automobiles
japonais Honda produit des automobiles à Alliston, en Ontario, la valeur marchande de
cette production est comptabilisée dans le PIB du Canada, et non dans celui du Japon.

Le moment de la production
Le PIB indique la valeur marchande de la production au cours d’une période donnée –
habituellement un mois, un trimestre ou une année. Certaines institutions financières,
dont les banques à charte, les caisses populaires, les maisons de courtage et la Banque
du Canada, consultent le PIB mensuel et le PIB trimestriel pour suivre l’évolution de
l’économie à court terme. Par contre, pour analyser les tendances à long terme, on se
réfère au PIB annuel.
Comme le PIB est une mesure de la production réalisée au
cours d’une période donnée, une année, par exemple, on ne
Saviez-vous que…
comptabilise pas la valeur des productions d’années antérieures, Au Canada, 6 009 unités de logement
car elles ont déjà été comptabilisées l’année où elles ont été pro- achevées n’étaient toujours pas vendues en
duites. C’est le cas des biens d’occasion. Ainsi, une voiture fabri- décembre 20141. Ces unités feront-elles partie
quée en 2012 a été comptabilisée dans le PIB de 2012 et, même du PIB de 2014 ou de 2015 ? Qu’en est-il des
si elle se vend sur le marché des voitures d’occasion en 2015, on unités inachevées ?
ne la comptabilise plus.
RÉPONSE

Les unités invendues feront partie du calcul du PIB de


Bref, certaines transactions ne sont pas comptabilisées dans 2014, année où elles ont été achevées, plutôt que de
le PIB : les transactions non rémunérées (bénévolat, autoproduc- celui du PIB de 2015, année où elles seront probablement
vendues. Quant aux unités inachevées en 2014, elles
tion), non déclarées (travail au noir), improductives (prêts), ainsi feront partie du calcul du PIB de 2015, année où elles
que celles s’appliquant à des biens ou services intermédiaires seront achevées.
(achats des entreprises auprès de leurs fournisseurs) ou à des
productions antérieures (biens d’occasion).

LES DÉPENSES DANS LE MODÈLE DES FLUX CIRCULAIRES


Le modèle des flux circulaires illustré à la figure 4.1 (p. 86) décrit les liens qu’entre-
tiennent la production, les revenus et les dépenses dans l’économie : grâce aux facteurs
de production, la production génère des revenus que les ménages dépensent pour ache-
ter les biens et services qui ont été produits. Comme nous allons le voir, la trilogie
production → revenus → dépenses est la base du modèle des flux circulaires et de la
comptabilité nationale.
Les acheteurs de biens et services finals se divisent en quatre groupes : les ménages,
les entreprises, les administrations publiques et les pays étrangers. À ces quatre groupes
correspondent quatre types de dépenses :

1. Statistique Canada, CANSIM, tableau 027-0038, Société canadienne d’hypothèques et de loge-


ment, écoulements et inventaire non écoulé, logements nouvellement achevés, selon le type de
logement dans les régions métropolitaines du recensement, mensuel, modifié le 22-01-2015.
84 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

• Les dépenses de consommation ;


• L’investissement privé brut ;
• Les dépenses totales des administrations publiques ;
• Les exportations nettes de biens et services.

Les dépenses de consommation (C)


Dépenses de consommation On appelle dépenses de consommation (C) les sommes consacrées à l’achat de biens et
Sommes consacrées à services de consommation : nourriture et vêtements, maïs soufflé et films, services den-
l’achat de biens et services
de consommation. taires et services de nettoyeur, ordinateurs personnels, etc., ainsi que les loyers des
maisons et des appartements, y compris la valeur locative des maisons dont le proprié-
taire est aussi l’occupant. Ces dépenses sont habituellement faites par les ménages, mais
aussi par les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM). Depuis 2012,
Statistique Canada présente de manière distincte les données relatives aux dépenses de
consommation des ménages et des ISBLSM offrant des biens et services aux ménages ou
à l’ensemble de la communauté, comme les associations de consommateurs, les orga-
nismes syndicaux, les organismes de services de garde ou de soins à domicile, etc.2

L’investissement privé brut (Ib)


Investissement privé brut On appelle investissement privé brut (Ib), ou formation brute de capital fixe des entre-
Sommes consacrées à prises et des ISBLSM, les sommes consacrées à l’achat de nouveaux biens d’équipement
l’acquisition de nouveaux
biens d’équipement (outils, (outils, instruments, machines, bâtiments et autres constructions) ainsi que les ajouts
instruments, machines, aux stocks des entreprises. Certaines entreprises produisent des biens d’équipement ;
bâtiments et autres
constructions) ainsi que d’autres les achètent. Ainsi, Cummins-Allison ULC produit des compteuses de billets à
l’investissement en stocks. Mississauga, en Ontario, et les banques en achètent. Si Bombardier fait construire une
nouvelle usine d’assemblage de wagons à La Pocatière, il s’agit aussi d’un investisse-
ment. Enfin, quand une entreprise ajoute à son stock une production invendue, on
considère cette dernière comme un investissement en stocks (l’entreprise investit dans
son stock). Par exemple, si General Motors produit 400 000 voitures et en vend 390 000,
son stock augmente de 10 000 voitures. On dit de l’investissement privé qu’il est brut
parce qu’une partie des achats sert à couvrir les biens d’équipement qui se sont dépré-
ciés durant la période. Les ordinateurs, par exemple, perdent rapidement de leur valeur
initiale, et il faut les remplacer régulièrement par des machines plus efficaces. Une partie
des achats d’ordinateurs par les entreprises accroît le stock de capital de ces entreprises ;
l’autre partie sert simplement à remplacer les machines désuètes.

Les dépenses totales des administrations publiques (G)


Dépenses totales des On appelle dépenses totales des administrations publiques (G) les sommes que les
administrations publiques
Dépenses en biens et services
diverses administrations publiques (fédérales, provinciales, municipales) consacrent à
et investissements publics des l’acquisition de biens et services et aux investissements publics (biens intermédiaires et
gouvernements et des autres immobilisations). Les administrations publiques achètent une grande variété de biens et
administrations publiques
du pays. services. Par exemple, le gouvernement fédéral achète des hélicoptères, des sous-
marins, des ordinateurs et des services internet ; les gouvernements provinciaux achètent
des soins de santé et d’éducation ; les administrations municipales achètent des autobus,
des camions d’incendie et des services de collecte des ordures ménagères. Les gouver-
nements construisent aussi des routes, des ponts, des aéroports, des écoles, des hôpi-
taux, etc., qui sont autant d’investissements publics dans l’infrastructure de l’économie.
Notons que les paiements de transfert, comme les pensions ou les prestations d’assu-
rance-emploi, ne sont pas inclus dans les dépenses totales des administrations publiques,
car il s’agit de transferts d’argent des gouvernements aux ménages.

2. Statistique Canada, Accent sur les institutions sans but lucratif au service des ménages (IS-
BLSM), 27 novembre 2015, http://www.statcan.gc.ca/pub/13-015-x/2009000/sect08-fra.htm,
(page consultée le 13 mars 2016).
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 85

Les exportations nettes de biens et services (XN)


On appelle exportations nettes de biens et services (XN) la différence entre la valeur Exportations nettes de
des exportations de biens et services et la valeur des importations de biens et services. biens et services
Différence entre la valeur des
Les exportations de biens et services (X) sont les biens et services produits au Canada exportations de biens et services
et vendus à l’étranger. Les importations de biens et services (M) sont les biens et ser- et la valeur des importations de
biens et services.
vices produits à l’étranger qu’achètent les ménages, les entreprises et les administrations
publiques du Canada. Comme les importations sont comprises dans les dépenses des Exportations de biens
et services
ménages, des entreprises et des administrations publiques, elles devront être soustraites Biens et services produits au
des exportations pour obtenir la valeur nette de celles-ci. Les exportations nettes peuvent Canada et vendus à l’étranger.
être positives (les exportations excèdent les importations) ou négatives (les importations Importations de biens
et services
excèdent les exportations). Biens et services produits
à l’étranger qu’achètent les
ménages, les entreprises et
La dépense agrégée les administrations publiques
du Canada.
La dépense totale en biens et services produits au Canada – ou dépense agrégée – est la
somme des quatre types de dépenses que nous venons de décrire : les dépenses de
consommation (C), l’investissement privé brut (Ib), les dépenses totales des administra-
tions publiques (G) et les exportations nettes de biens et services (XN). Autrement dit,

Dépense agrégée = C + Ib + G + XN, où XN = X - M


La dépense agrégée est égale au montant que reçoivent les producteurs de biens et
services finals.

LES REVENUS DANS LE MODÈLE DES FLUX CIRCULAIRES


Le travail rapporte des salaires, les actifs financiers rapportent des intérêts et des reve-
nus de placement, la propriété foncière rapporte des loyers et les entreprises engendrent
des bénéfices. Les ménages perçoivent ces revenus. Toutefois, une partie des bénéfices
des sociétés n’est pas transférée aux ménages ; les entreprises utilisent une partie de
leurs bénéfices pour financer leurs investissements en capital. De même, puisque les
bénéfices des entreprises sont imposables, une autre partie des bénéfices va aux gou-
vernements et aux autres administrations publiques sous forme d’impôts sur le revenu
des entreprises.

L’ÉGALITÉ ENTRE LES DÉPENSES ET LES REVENUS


Les revenus et les dépenses que nous venons de décrire sont illustrés à la figure 4.1 par
des flux circulaires. Le revenu agrégé (Y) correspond au flux bleu qui va des entreprises
aux ménages. Quand ils reçoivent leurs revenus, les ménages en versent une partie en
impôts et en réservent une partie à l’épargne. Certains ménages reçoivent des paiements
de transfert de l’État (aide sociale, assurance-emploi, supplément de revenu garanti,
etc.). Les impôts nets (TN) – le flux vert qui va des ménages et des entreprises aux gou- Impôts nets
vernements et aux autres administrations publiques – correspondent à la différence Différence entre les impôts
payés par les ménages et les
entre les impôts payés par les ménages et les entreprises et les paiements de transfert entreprises et les paiements de
ou subventions que l’État leur verse. Quant à l’épargne (É), elle est représentée par le transfert ou subventions qu’ils
reçoivent de l’État.
flux vert qui va des ménages aux marchés financiers. Notons que les deux flux verts ne
sont pas des dépenses en biens et services, mais simplement des flux monétaires.
Les flux rouges représentent les quatre flux de dépenses décrits précédemment : les
dépenses de consommation (C), qui vont des ménages aux entreprises ; les dépenses totales
des administrations publiques (G), qui vont des gouvernements aux entreprises ; les expor-
tations nettes de biens et services (XN), qui vont des pays étrangers aux entreprises ; et
l’investissement privé brut (Ib), qui part des marchés financiers, où les entreprises
empruntent, et va aux entreprises qui produisent les biens d’équipement.
86 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Figure 4.1 Les flux circulaires des revenus et des dépenses

É MARCHÉS
MÉNAGES
FINANCIERS

Y C Ib

TN
G XN

MARCHÉS DES GOUVERNEMENTS/ MARCHÉS


ADMINISTRATIONS PAYS
FACTEURS PUBLIQUES DES PRODUITS ÉTRANGERS

TN Données de 2015
G
C En G$

Y Ib
XN C 1 141
Ib 392
G 500
XN —47

ENTREPRISES Y 1 986

Dans le modèle des flux circulaires, le revenu est représenté par le flux revenus (É). Les entreprises empruntent sur les marchés financiers pour
bleu (Y), et les dépenses en biens et services, par les flux rouges (C, Ib, acheter des biens (Ib) provenant d’autres entreprises. Il y a égalité entre
G et XN). Les flux verts sont des flux monétaires : les ménages et les en- les dépenses, les revenus et la valeur de la production.
treprises paient des impôts nets (TN) aux gouvernements et aux autres Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 380-0064, Produit intérieur brut
administrations publiques et les ménages épargnent une partie de leurs (PIB), en termes de dépenses, comptes économiques, modifié le 01-03-2016.

Comme les entreprises versent les revenus qu’elles reçoivent aux facteurs de produc-
tion, la dépense agrégée est égale au revenu agrégé. Ainsi,

Y = C + Ib + G + XN
Du point de vue des entreprises, la valeur de la production est égale au coût des
facteurs de production utilisés, lequel correspond aux revenus des ménages (revenu
agrégé). Du point de vue des acheteurs, la valeur de la production est égale au coût des
achats effectués pour l’obtenir, c’est-à-dire aux dépenses en biens et services finals
(dépense agrégée). Par conséquent, la dépense d’un agent économique constitue un
revenu pour un autre et vice versa. Un plein d’essence de 30 $ est une dépense pour
vous, mais un revenu pour la station-service. Une paie de 300 $ est un revenu pour
vous, mais une dépense pour votre employeur. Ainsi,

Valeur de la production = Revenu agrégé


= Dépense agrégée
L’égalité entre le revenu agrégé et la dépense agrégée permet de mesurer le PIB de
deux manières. La comptabilisation des revenus et celle des dépenses de l’année
donnent le même résultat, ce que nous allons décrire à la prochaine section.
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 87

4.1
1 Définir le produit intérieur brut (PIB) et expliquer pourquoi la valeur de la production,
celle des revenus et celle des dépenses s’équivalent dans une économie de marché

EXERCEZ-VOUS QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES


1. Dites si les produits suivants sont des biens ou des 3. Dites si les produits suivants sont des biens ou des
services finals ou intermédiaires. services finals ou intermédiaires.
a) Des services bancaires achetés par un étudiant a) L’engrais acheté par un maraîcher de Laval
b) De nouvelles voitures achetées par l’entreprise b) Le magazine Québec Science que vous avez acheté
de location de voitures Hertz aujourd’hui
c) Du papier journal acheté par les propriétaires c) La console de jeux PlayStation 4 que vous avez achetée
d’un grand quotidien sur le site eBay
d) De la crème glacée achetée par un restaurateur pour d) Le carburant d’avion acheté par Air Canada
servir des coupes glacées 4. Cette année, sur l’Île-des-Songes, les ménages ont
2. Cette année, sur l’Île-des-Rêves, les impôts nets dépensé 60 M$ en biens et services, épargné 20 M$,
s’élevaient à 10 G$ ; les dépenses de consommation, et payé les impôts nets avec le reste de leurs revenus.
à 30 G$ ; les dépenses totales des administrations Les dépenses totales des administrations publiques
publiques, à 12 G$ ; l’investissement privé brut, à 15 G$ ; s’élevaient à 15 M$, l’investissement privé brut, à 25 M$, et
les exportations, à 5 G$ ; et les importations, à 2 G$. les exportations nettes étaient nulles. Calculez :
Calculez : a) la dépense agrégée ;
a) la dépense agrégée ; b) les impôts nets ;
b) le revenu agrégé ; c) le revenu agrégé ;
c) le PIB. d) le PIB.

RÉPONSES
1. a) Des services finals. L’étudiant est l’utilisateur final. 2. a) Dépense agrégée =
b) Des biens finals. Ces nouvelles voitures s’ajoutent aux biens C + Ib + G + (X - M) = 30 G$ + 15 G$ + 12 G$ + (5 G$ - 2 G$) = 60 G$
d’équipement et sont donc un investissement. b) Revenu agrégé = Dépense agrégée = 60 G$
c) Un bien intermédiaire. Le papier est un composant du journal. c) PIB = Dépense agrégée = 60 G$
d) Un bien intermédiaire. La crème glacée est un composant des coupes
glacées.

4.2 LE CALCUL DU PIB CANADIEN


Le PIB du Canada est la valeur marchande de la totalité des biens et services finals pro-
duits au pays durant une année. En 2000, le PIB canadien a dépassé le billion de dollars
pour la première fois de son histoire. Pour évaluer le PIB du pays, les analystes de
Statistique Canada utilisent l’une ou l’autre de ces méthodes :
• La méthode des dépenses ;
• La méthode des revenus.

LA MÉTHODE DES DÉPENSES


Le tableau 4.1 présente le calcul du PIB selon la méthode des dépenses : on additionne
les dépenses de consommation (C), l’investissement privé brut (Ib), les dépenses totales
des administrations publiques (G) – qui incluent toutes les dépenses des gouvernements
et des autres administrations publiques du Canada – et les exportations nettes de biens
et services (XN). Autrement dit,
PIB = C + Ib + G + XN
88 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Si on revient au flux circulaire des revenus et des dépenses illustré à la figure 4.1


(p. 86), cette méthode équivaut à mesurer et à additionner la valeur de tous les flux
rouges qui vont des marchés de biens et services vers les entreprises (G, C, Ib, XN).
Le tableau 4.1 présente la somme de tous les postes de dépenses en 2015 mesurés selon
la méthode des dépenses ; cette année-là, le PIB du Canada se chiffrait à 1 986 G$. Comme
les importations (670 G$) excédaient les exportations (623 G$), les exportations nettes
étaient négatives et se chiffraient à - 47 G$.
Le tableau montre aussi l’importance relative des diverses dépenses en 2015. Les
dépenses de consommation représentaient plus de la moitié de la dépense agrégée
([1 141 G$ ÷ 1 986 G$] × 100 % = 57,5 %), l’investissement privé brut, 19,7 %, les dépenses
totales des administrations publiques, 25,2 %, et les exportations nettes, - 2,4 %.

Tableau 4.1 Le calcul du PIB par la méthode des dépenses (2015)


Montant en Pourcentage
Dépenses Symbole
2015 (en G$) du PIB (en %)
Dépenses de consommation C 1 141 57,5
La méthode des dépenses mesure le
Investissement privé brut Ib 392 19,7 PIB en additionnant les dépenses de
consommation (C), l’investissement
Dépenses totales des administrations privé brut (Ib), les dépenses totales des
G 500 25,2
publiques administrations publiques (G) et les
Exportations nettes XN - 47 - 2,4 exportations nettes (XN). En 2015, le PIB
évalué par la méthode des dépenses se
PIB aux prix du marché PIB 1 986 100,0 chiffrait à 1 986 G$.

Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 380-0064, Produit intérieur brut (PIB), en termes de dépenses, comptes économiques, modifié le 01-03-2016.

LA MÉTHODE DES REVENUS


Pour évaluer le PIB selon la méthode des revenus, Statistique Canada recueille des don-
nées sur les revenus que les entreprises versent aux ménages en échange des facteurs
de production qu’elles utilisent (salaires, intérêts du capital financier, loyers aux proprié-
taires fonciers et profits aux entrepreneurs), puis additionne tous ces revenus.
Si on revient au flux circulaire des revenus et des
Saviez-vous que… dépenses de la figure 4.1 (p. 86), cette méthode équi-
En 2015, les dépenses de consommation des Québécois vaut à mesurer la valeur du flux bleu de revenus (Y),
représentaient près de 231 G$, 60,7 % du PIB aux qui va des entreprises vers les ménages.
prix du marché3. Est-ce qu’une baisse de 10 % de la Pour calculer le PIB selon la méthode des revenus,
consommation des Québécois a le même effet qu’une Statistique Canada commence par établir la somme de
baisse de 10 % des autres postes du PIB ? Dites pourquoi. tous les types de revenus, soit :
• La rémunération des salariés ;
RÉPONSE

Étant donné que la consommation des Québécois représentait 60,7 % • L’excédent d’exploitation brut ;
du PIB du Québec en 2015, une baisse de 10 % de la consommation des
Québécois engendrera une baisse du PIB supérieure à celle occasionnée
• Le revenu mixte brut.
par une baisse de 10 % des autres postes, dont l’importance est moindre À cette somme s’ajoutent les impôts moins subven-
(39,3 %).
tions sur la production, sur les produits et sur les
importations. Voyons cela de plus près.

3. Statistique Canada, CANSIM, tableau 384-0038, Produit intérieur brut en termes de dépenses,
par province et territoire, comptes économiques, annuel (dollars sauf indication contraire),
modifié le 8-11-2016.
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 89

La rémunération des salariés (S)


La rémunération des salariés (S) englobe tous les revenus de la main-d’œuvre : salaires,
traitements et avantages sociaux (cotisations à un régime d’assurance-santé complémen-
taire et à une caisse de retraite, etc.) avant le versement des impôts aux gouvernements.
Cette catégorie inclut aussi les soldes et les indemnités versés aux militaires.

L’excédent d’exploitation brut (EE)


L’excédent d’exploitation brut (EE) englobe tous les revenus de sociétés comme les béné-
fices (intérêts touchés et profits réalisés par les entreprises privées et publiques), incluant
les impôts sur le revenu des entreprises ainsi que la dépréciation, ou, dans le jargon Dépréciation
(ou consommation
économique, la consommation de capital fixe. Plus précisément, les bénéfices des de capital fixe)
sociétés comprennent les profits versés sous forme de dividendes, les impôts, ainsi que Valeur de l’usure et de
les bénéfices non répartis (considérés comme des revenus qui s’ajoutent aux revenus des l’obsolescence du stock
de capital.
actionnaires).

Le revenu mixte brut (RM)


Le revenu mixte brut (RM) englobe les revenus d’entreprises individuelles (profits), les
revenus de location (loyers) et d’intérêts, ainsi que la rémunération des propriétaires de
ces entreprises (salaires), d’où le terme « mixte ». Il est parfois difficile de départir les
revenus d’entreprises individuelles, qui représentent le salaire d’un profit. Statistique
Canada fait la somme de tous ces revenus afin d’établir la valeur du revenu mixte en y
incluant les impôts et la dépréciation (ou consommation de capital fixe), d’où le terme
« brut ».
Pour obtenir la valeur de la production aux prix du marché, il faut y ajouter les impôts
moins subventions sur la production, sur les produits et sur les importations.

Les impôts moins subventions sur la production, sur les produits


et sur les importations (IMP – SUB)
Au cours d’une année, les entreprises paient des impôts fonciers, des impôts sur le capi-
tal et sur la masse salariale, l’immatriculation de leurs véhicules, des taxes sur les primes
d’assurance, les licences et les permis reliés à leurs opérations, des amendes et des
pénalités, etc. Ces impôts (ou taxes) ne sont pas prélevés à la source comme les impôts
sur le revenu des particuliers ou des entreprises, qui sont déjà pris en compte aux postes
précédents du PIB par la méthode des revenus. Certaines entreprises reçoivent des sub-
ventions – pour la création d’emplois, la formation de la main-d’œuvre ou la réduction
de la pollution, par exemple. Or, ces impôts et ces subventions sur la production sont
exclus de la rémunération des facteurs de production.
Dans le cas des impôts sur les produits et sur les importations, les taxes prélevées
sur chaque unité vendue, comme la taxe sur les produits et services (TPS) ou la taxe de
vente du Québec (TVQ), les taxes d’accise sur le carburant, les droits de douane, etc.,
font augmenter les prix payés par les ménages et les entreprises pour les biens et ser-
vices qu’ils se procurent, mais les subventions font baisser ces prix.
Afin d’établir la véritable valeur des biens et services produits, il faut ajouter les
impôts et soustraire les subventions au calcul du PIB par la méthode des revenus.
Le tableau 4.2 (p. 91) montre l’importance respective des postes que nous venons de
décrire, dont la somme donne le produit intérieur brut (PIB) aux prix du marché :

PIB = S + EE + RM + (IMP – SUB)


90 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE CANADIENNE

Le calcul du PIB par Statistique Canada


É MARCHÉS
MÉNAGES
FINANCIERS

Y C Ib
TN
G XN

GOUVERNEMENTS/ MARCHÉS
MARCHÉS PAYS
ADMINISTRATIONS
DES FACTEURS PUBLIQUES DES PRODUITS ÉTRANGERS

TN
G C Ib XN
Y

ENTREPRISES

REVENUS EN 2015 (EN M$) DÉPENSES EN 2015 (EN M$)


Rémunération des salariés 1 024 229 Dépenses de consommation finale des ménages
Excédent d’exploitation brut 513 442 et des ISBLSM 1 140 951
Revenu mixte brut 232 029 Dépenses de consommation finale et formation brute
Impôts moins subventions sur la production 84 858 de capital fixe des administrations publiques 499 329
Impôts moins subventions sur les produits et Formation brute de capital fixe des entreprises et
sur les importations 131 625 des ISBLSM et investissements en stocks 392 245
Divergence statistique - 529 Exportations de biens et services 622 832
Importations de biens et services - 670 232
Divergence statistique + 529

PIB aux prix du marché 1 985 654 PIB aux prix du marché 1 985 654

Calculer le PIB par la méthode des revenus revient à mesurer la tissement privé brut (Ib). Enfin, les exportations nettes (XN) se
valeur du revenu agrégé (Y) – le flux bleu qui va des entreprises trouvent sous deux postes distincts : les exportations de biens
aux ménages. Pour ce faire, Statistique Canada recueille des et services et les importations de biens et services  (montant
données sur les revenus bruts des facteurs de production négatif).
en y ajoutant, sous deux postes distincts, les impôts moins
subventions sur la production et les impôts moins subventions En théorie, les revenus égalent les dépenses, et les deux
sur les produits et sur les importations. méthodes arrivent au même total. En pratique, les totaux
divergent, car les données sur les revenus et celles sur les
Calculer le PIB par la méthode des dépenses revient à me- dépenses comportent des marges d’erreur. Estimant que celles-
surer et à additionner la valeur de tous les flux rouges qui vont ci sont sensiblement du même ordre, Statistique Canada divise
des marchés des produits aux entreprises (G, C, Ib et XN). Pour ce la divergence en deux : une moitié est soustraite du total le plus
faire, Statistique Canada utilise les données de sondages sur les élevé et l’autre moitié est ajoutée au total le plus bas. Dans ce
dépenses aux prix du marché. Les dépenses de consommation cas-ci, quelle est la valeur totale de la divergence statistique ?
finale et la formation brute de capital fixe des administrations Pourquoi doit-on soustraire la moitié de cette divergence du PIB
publiques composent les dépenses totales des administrations
par la méthode des revenus et additionner l’autre moitié au PIB
publiques (G) ; les dépenses de consommation finale des mé-
par la méthode des dépenses ?
nages et des ISBLSM forment les dépenses de consommation
(C) ; la formation brute de capital fixe des entreprises et des Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 380-0063, Produit intérieur brut (PIB),
en termes de revenus, comptes économiques, et tableau 380-0064, Produit intérieur
ISBLSM et les investissements en stocks représentent l’inves- brut (PIB), en termes de dépenses, comptes économiques, modifié le 01-03-2016.
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 91

Tableau 4.2 Le calcul du PIB par la méthode des revenus (2015)


Montant en Pourcentage
Revenus Symbole
2015 (en G$) du PIB (en %)
Rémunération des salariés S 1 024 51,6 La somme de tous les revenus et
Excédent d’exploitation brut EE 513 25,8 des impôts moins subventions sur la
production, sur les produits et sur les
Revenu mixte brut RM 232 11,7 importations donne le PIB aux prix du
marché. En 2015, le PIB mesuré selon
Impôts moins subventions sur la méthode des revenus s’établissait à
la production, sur les produits et sur (IMP – SUB) 217 10,9 1 986 G$, la rémunération des salariés
les importations représentant la proportion la plus
PIB aux prix du marché PIB 1 986 100,0 importante du PIB (51,6 %).
Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 380-0063, Produit intérieur brut (PIB), en termes de revenus, comptes économiques, modifié le 01-03-2016.

DEUX MÉTHODES, UN SEUL ET MÊME RÉSULTAT


La comparaison des tableaux 4.1 (p. 88) et 4.2 permet de constater que la méthode des
revenus et celle des dépenses arrivent à la même mesure du PIB, c’est-à-dire de la valeur
marchande de la totalité des biens et services finals produits au Canada en une année.
Ces tableaux, qui résument bien les deux méthodes de calcul du PIB au Canada en
2015, simplifient les calculs que fait Statistique Canada. Le « Coup d’œil sur l’économie
canadienne » de la page 90 en donne une idée plus juste en détaillant chacun des postes
selon les termes et les sous-catégories utilisés par Statistique Canada.

4.2
2 Expliquer comment Statistique Canada calcule le PIB

EXERCEZ-VOUS QUESTION SUPPLÉMENTAIRE


1. Le tableau 1 présente certains postes qui figuraient dans 2. Le tableau 2 présente certains postes qui figuraient dans
les comptes nationaux d’Utopia cette année. les comptes nationaux du Pays de Cocagne cette année.
a) Calculez le PIB d’Utopia. Calculez :
b) Combien les administrations publiques d’Utopia ont- a) le PIB par la méthode des dépenses ;
elles dépensé en biens et services cette année ? b) le PIB par la méthode des revenus.
Tableau 1 Tableau 2
Poste Montant (en G$) Poste Montant (en G$)
Rémunération des salariés 592 Dépenses de consommation 689
Dépenses de consommation 601 Dépenses totales des
269
Impôts moins subventions 139 administrations publiques

Excédent d’exploitation brut 304 Excédent d’exploitation brut 353

Investissement privé brut 227 Revenu mixte brut 133

Exportations nettes 59 Investissement privé brut 212


Exportations nettes 48
Revenu mixte brut 122
Rémunération des salariés 614
Impôts moins subventions 118
RÉPONSES
1. a) Le PIB peut se calculer soit par la méthode des dépenses, où PIB = C + Ib b) Après avoir calculé le PIB d’Utopia par la méthode des revenus, vous
+ G + XN, soit par la méthode des revenus, où PIB = S + EE + RM + (IMP pouvez calculer les dépenses de ses administrations publiques (G) en
- SUB). Comme les dépenses totales des administrations publiques (G) utilisant l’équation de la méthode des dépenses. Si PIB = 1 157 G$ = C
ne figurent pas au tableau, vous ne pouvez pas utiliser la méthode des (601 G$) + Ib (227 G$) + G + XN (59 G$), G = 1 157 G$ − 887 G$ = 270 G$.
dépenses. Par contre, vous pouvez utiliser la méthode des revenus. En
appliquant l’équation, vous obtenez : PIB = 592 G$ + 304 G$ + 122 G$ +
139 G$ = 1 157 G$.
92 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

4.3 LE PIB NOMINAL ET LE PIB RÉEL


On l’a vu, le PIB mesure la totalité des biens et services finals produits pour une période
donnée. En 2014, le PIB du Canada se chiffrait à 1  973  G$ ; en 2015, il s’élevait à
1 986 G$.
Deux raisons peuvent expliquer que le PIB d’une année soit supérieur à celui de
l’année précédente :
• On a produit une plus grande quantité de biens et services ;
• On a payé des prix plus élevés pour les biens et services produits.
Alors qu’une production accrue de biens et services contribue à l’amélioration du
niveau de vie, des prix plus élevés entraînent une hausse du coût de la vie, et donc
une baisse du niveau de vie. Par exemple, si on produit 100 pommes à 0,10 $, le PIB est
de 10 $. Si, l’année suivante, on produit toujours 100 pommes, mais à 0,15 $, le PIB sera
de 15 $. Il aura augmenté, mais la production aura-t-elle suivi ? Il est crucial de savoir
pourquoi le PIB a augmenté.
Comme nous allons le voir, Statistique Canada divise l’accroissement du PIB en deux
parties, l’une qui révèle les variations de la production, et l’autre, les variations de prix.
Produit intérieur L’accroissement de la production se mesure à l’augmentation du PIB réel, c’est-à-dire
brut (PIB) réel
Valeur des biens et services
de la valeur des biens et services finals produits dans une année donnée, et évaluée aux
finals produits dans une année prix d’une année de référence (en dollars constants). La comparaison des PIB réels de
donnée, évaluée en dollars deux années, calculée en dollars d’une même année, permet de mesurer l’accroissement
constants.
de la production indépendamment des variations de prix.

DU PIB NOMINAL AU PIB RÉEL


Produit intérieur Pour calculer le PIB réel, il faut d’abord connaître la valeur du PIB nominal, c’est-à-dire
brut (PIB) nominal
Valeur des biens et services
la valeur des biens et services finals produits dans une année donnée en dollars de cette
finals produits dans une année même année. On parle de PIB nominal plutôt que de PIB pour le distinguer du PIB réel.
donnée, exprimée en dollars de Si la production de biens et services ne s’accroît pas mais que les prix montent, la valeur
cette même année.
du PIB nominal augmentera. Comment déterminer si l’économie produit plus aujourd’hui,
vu qu’une augmentation des prix modifie la valeur du PIB nominal ? Il faut « dégonfler »
cette valeur à l’aide d’un indice des prix, soit un indicateur qui mesure l’évolution des
prix courants par rapport à ceux d’une année de référence ou de comparaison.
Indice implicite des L’indice implicite des prix du PIB (IIP), ou déflateur du PIB, est une moyenne des
prix du PIB (IIP)
Moyenne des prix courants,
prix courants exprimée en pourcentage des prix d’une année de référence (2007, au
exprimée en pourcentage des moment d’écrire ces lignes). L’indice implicite des prix du PIB mesure le niveau des prix.
prix d’une année de référence. On le calcule à l’aide du PIB nominal et du PIB réel en utilisant l’équation suivante :

IIP = (PIB nominal ÷ PIB réel) × 100


Cette équation explique pourquoi l’indice implicite des prix du PIB est une mesure
du niveau des prix. Si le PIB nominal augmente et que le PIB réel reste constant, on peut
conclure que les prix ont augmenté ; le résultat de l’équation serait alors un indice impli-
cite des prix du PIB plus élevé.
Plus le PIB nominal est élevé par rapport au PIB réel, plus les prix sont élevés, et plus
l’indice implicite des prix du PIB est important.
En 2015, le PIB nominal du Canada était de 1 986 G$, et le PIB réel, de 1 768 G$.
Pour obtenir l’indice, il suffit de diviser 1 986 G$ par 1 768 G$ et de multiplier le résultat
par 100. On obtient alors 112,3, l’indice implicite des prix du PIB de 2015. Grâce au
calcul de cet indice, on peut mesurer la valeur du PIB réel comme suit :

PIB réel = (PIB nominal ÷ IIP) × 100


Soulignons que le PIB calculé par la méthode des dépenses ou des revenus n’est plus
exprimé en dollars d’une année courante ou en dollars courants. En convertissant le PIB
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 93

nominal en valeur réelle, on exprime le PIB en dollars d’une année de référence (celle
de l’indice implicite des prix) ou en dollars constants. Cela permet de comparer les PIB
de différentes années entre eux afin d’en calculer la variation en pourcentage puisqu’ils
sont tous mesurés à l’aide du même dollar, celui de l’année de référence de l’indice ayant
servi à la conversion de la production nominale en valeur réelle. Ainsi, en divisant le PIB
nominal (1 986 G$) exprimé en dollars de 2015 par l’indice implicite des prix du PIB
(112,3) dont l’année de référence est 2007 et en multipliant le résultat par 100, on
obtient le PIB réel (1 768 G$) exprimé en dollars de 2007.
Le PIB nominal a augmenté de 2007 à 2015. Une partie de cette augmentation s’ex-
plique par un accroissement de la production ; l’autre, par une hausse des prix. La
figure 4.2 montre que le PIB nominal se compare à un ballon qui se gonfle à mesure que
la production augmente et que les prix montent. L’indice implicite des prix du PIB (IIP)
dégonfle le ballon du PIB nominal en éliminant sa portion inflationniste ; il dévoile ainsi
le PIB réel. Le ballon rouge de 2007 représente le PIB réel de 2007, le ballon vert, le PIB
nominal de 2015, et le ballon rouge de 2015, le PIB réel de 2015. Pour obtenir la valeur
du PIB réel de 2015, on procède à une déflation du PIB nominal à l’aide de l’IIP.
Une fois sa portion inflationniste éliminée, le PIB dévoile les variations réelles de la
valeur de la production. Ainsi, de 2007 à 2015, le PIB nominal est passé de 1 582 G$ à
1 986 G$, une augmentation de 25,5 %, mais le PIB réel, lui, est passé de 1 582 G$ à
1 768 G$, et son augmentation n’a été que de 11,8 %. Nous verrons plus loin comment
se calcule la variation en pourcentage du PIB réel.

Figure 4.2 Dégonfler le ballon du PIB

PIB
Indice implicite
2 000 PIB des prix du PIB
nominal
1 800

1 600

1 400

1 200
PIB PIB PIB
1 000 réel réel réel

800

600

400

200

0
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2007 2015 Année

(a) PIB nominal (en G$ dollars courants) (b) Le ballon du PIB


et PIB réel (en G$ enchaînés de 2007*)

Le ballon rouge de 2007 représente le PIB réel de 2007 (1 582 G$), le ballon vert, le PIB nominal de 2015 (1 986 G$),
et le ballon rouge de 2015, le PIB réel de 2015 (1 768 G$). Pour obtenir la valeur du PIB réel de 2015, on procède à une
déflation du PIB nominal à l’aide de l’IIP.
* Depuis 2001, Statistique Canada calcule le PIB réel en $ enchaînés tel qu’expliqué au Coup d’œil sur l’économie canadienne,
« Le calcul du PIB réel par Statistique Canada ». p. 95.

Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 380-0064, Produit intérieur brut (PIB), en termes de dépenses, comptes économiques,
modifié le 01-03-2016.
94 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

LE PIB RÉEL ET LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE


Le calcul de la variation en pourcentage du PIB réel permet de mesurer la croissance
économique, c’est-à-dire l’augmentation des quantités de biens et services produits,
indépendamment des variations de prix.
Pour calculer une variation en pourcentage ou un taux de croissance (tc), il faut
appliquer la formule suivante :

(donnée de l’année courante – donnée de l’année précédente)


tc = × 100
donnée de l’année précédente
Ainsi, le taux de croissance (tc) du PIB réel d’une année par rapport à la précédente
correspond au changement en pourcentage du PIB réel entre ces deux années :

(PIB réel de l’année courante − PIB réel de l’année précédente)


tc du PIB réel = × 100
PIB réel de l’année précédente
Le PIB réel canadien (en dollars de 2007) étant passé de 1 748 G$ en 2014 à 1 768 G$
en 2015, le taux de croissance du PIB réel en 2015 était donc de :

(1 768 G$ − 1 748 G$)


tc du PIB réel = × 100 = 1,14 %
1 748 G$
Saviez-vous que…
Puisqu’en 2015 le taux de croissance du PIB réel était positif,
De 2014 à 2015, le PIB réel du Québec (en on peut affirmer que l’économie canadienne était en période d’ex-
dollars de 2007) est de 334 G$ à 338 G$4. pansion : le PIB réel de 2015 était supérieur à celui de 2014. Dans
Est-ce que l’économie québécoise était le cas d’un taux de croissance négatif, l’économie serait en réces-
en récession ou en expansion en 2015 ? sion puisque le PIB réel de l’année courante serait inférieur à celui
de l’année précédente.
RÉPONSE

En 2015, l’économie québécoise était en expansion


puisque le taux de croissance du PIB réel était positif :
tc = [(338 G$ − 334 G$) ÷ 334 G$] × 100 % = 1,2 %

4. Statistique Canada, CANSIM, tableau 384-0038, Produit intérieur brut en termes de dépenses,
par province et territoire, comptes économiques, annuel (dollars sauf indication contraire),
modifié le 8-11-2016.
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 95

Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE CANADIENNE

Le calcul du PIB réel par Statistique Canada


Depuis 2001, Statistique Canada calcule le PIB réel en dollars Supposons une économie qui ne produit que deux biens,
enchaînés. Auparavant, on le calculait de la manière que nous des pommes et des oranges. Pour calculer le PIB réel, il faut
avons vue précédemment. Cette dernière méthode est valable d’abord calculer le PIB nominal, c’est-à-dire la valeur des biens
tant que la structure des prix évolue lentement. Cependant, et services finals produits dans une année donnée en dollars
quand la production de certains biens ou services progresse de cette même année. Au tableau suivant, on présente le PIB
rapidement et s’accompagne d’une baisse notable des prix nominal de 2014 (a) et celui de 2015 (b) de cette économie
(comme dans le cas des technologies de l’information et des fictive. Ils s’élèvent respectivement à 200 $ et à 575 $. Par la
communications au Canada depuis le début des années 1990), suite, on calcule la valeur de production aux prix de chacune des
elle conduit à une surestimation du PIB réel et de la croissance années pour obtenir 270 $, la valeur de la production de 2015
économique, car elle ne tient pas compte de ces baisses de aux prix de 2014 (c), et 500 $, la valeur de la production de 2014
prix. Au printemps 2001, Statistique Canada a donc choisi aux prix de 2015 (d).
d’harmoniser sa façon de calculer le PIB réel avec celle des États-
Unis, qui utilisent un indice de volume Fischer depuis 1996.

Le PIB réel en dollars enchaînés : un calcul simplifié


Article Quantité (Q) Prix (P) Dépenses = Q x P
(a) En 2014
Pommes 100 1,00 $ l’unité 100 $
Oranges 200 0,50 $ l’unité 100 $
PIB nominal de 2014 200 $ 2016
20162016 300
300$ 300
$ $ +20
+20%+20
% %
(b) En 2015
Pommes 160 0,50 $ l’unité 80 $
Oranges 220 2,25 $ l’unité 495 $ 2015
20152015 250
250 $ $ +25
$ 250 +25%+25
% %
PIB nominal de 2015 575 $
(c) Quantités de 2015 aux prix de 2014
Pommes 160 1,00 $ l’unité 160 $ 2014*
2014* 200
2014* 200 $ 200
$ $
Oranges 220 0,50 $ l’unité 110 $
Production de 2015 aux prix de 2014 270 $
(d) Quantités de 2014 aux prix de 2015
Pommes 100 0,50 $ l’unité 50 $
Oranges 200 2,25 $ l’unité 450 $ * Année de référence

Production de 2014 aux prix de 2015 500 $

Nous avons maintenant deux comparaisons possibles entre On répète chaque année le calcul que nous venons de
2014 et 2015. En dollars de 2014, la valeur de la production décrire, et on compare chaque année à la précédente. Par
nominale est passée de 200 $ en 2014 à 270 $ en 2015. La exemple, le PIB réel de 2016 sera égal au PIB réel de 2015 +
hausse est de 70 $, soit de 35 % [(70 $ ÷ 200 $) × 100]. En dollars le pourcentage de variation du PIB de 2016. Si le PIB réel de
de 2015, la valeur de la production est passée de 500 $ en 2014 2016 est de 20 % supérieur à celui de 2015 et si le PIB réel de
à 575 $ en 2015. La hausse est de 75 $, soit de 15  % [(75 $ ÷ 2015 se chiffre à 250 $, le PIB réel de 2016 sera donc de 300 $.
500 $) × 100 %]. Lorsqu’on ajoute ainsi la variation en pourcentage au PIB réel de
l’année précédente, le PIB réel de chaque année est en quelque
Pour calculer le PIB réel, on fait la moyenne de ces deux sorte « enchaîné » aux dollars de l’année de référence (2007, au
pourcentages d’augmentation, ce qui donne 25 % [(35 % + 15 %) moment d’écrire ces lignes).
÷ 2]. Le PIB réel de 2015 a augmenté de 25 % par rapport à 2014.
Comme le PIB réel de 2014 se chiffrait à 200 $, on lui ajoute 25 % Pourquoi Statistique Canada a-t-il changé sa façon de
de sa valeur pour obtenir le PIB réel de 2015, ce qui donne 250 $ calculer le PIB réel ? Pourquoi doit-on le calculer de cette façon ?
[200 $ + (0,25 × 200 $)]. En quoi consiste ce calcul ?
96 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

4.3
3 Définir le PIB nominal, le PIB réel et l’indice implicite des prix du PIB, et expliquer les relations
entre ces concepts

EXERCEZ-VOUS QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES


1. Le tableau 1 présente les données concernant le PIB 3. Le tableau 2 présente les données concernant le PIB
nominal, l’indice implicite des prix et le PIB réel de l’Île- nominal, l’indice implicite des prix et le PIB réel de
aux-Palmiers. Calculez : l’Île-aux-Pinces. Calculez :
a) le PIB nominal en 2024 ; a) le PIB réel en 2024 ;
b) le taux de croissance du PIB nominal en 2025 ; b) le taux de croissance du PIB nominal en 2025 ;
c) le PIB réel en 2025 ; c) l’indice implicite des prix du PIB en 2025 ;
d) le taux de croissance du PIB réel en 2025 ; d) le taux de croissance de l’indice implicite
e) le PIB nominal en 2026 ; des prix du PIB en 2025 ;
f) l’indice implicite des prix du PIB en 2026 ; e) le taux de croissance du PIB réel en 2025 ;
g) le taux de croissance de l’indice implicite des prix du f) le PIB nominal en 2026 ;
PIB en 2026. g) le taux de croissance du PIB réel en 2026.
2. Dites si l’économie de l’Île-aux-Palmiers est en récession 4. Dites si l’économie de l’Île-aux-Pinces est en récession
ou en expansion durant cette période. ou en expansion durant cette période.

Tableau 1
PIB nominal tc PIB nominal IIP tc IIP PIB réel tc PIB réel
Année
(en G$) (en %) (2024 = 100) (en %) (en G$) (en %)
2024 100 1 200
2025 1 280 102 2
2026 5 1 292 3
Tableau 2
PIB nominal tc PIB nominal IIP tc IIP PIB réel tc PIB réel
Année
(en G$) (en %) (2024 = 100) (en %) (en G$) (en %)
2024 1 300 100
2025 1 400 1 360
2026 1,4 106 3 1 340

RÉPONSES
1. a) Le PIB nominal en 2024 est de 1 200 G$, soit (100 × 1 200 G$) ÷ 100. f) L’indice implicite des prix du PIB en 2026 est de 104, soit (1 344 G$ ÷
b) Le taux de croissance du PIB nominal en 2025 est de 6,7 %, soit 1 292 G$) × 100.
(1 280 G$ – 1 200 G$) ÷ 1 200 G$ × 100. g) Le taux de croissance de l’indice implicite des prix du PIB en 2026 est
c) Le PIB réel en 2025 est de 1 255 G$, soit (1 280 G$ ÷ 102) × 100. de 2 %, soit (104 – 102) ÷ 102 × 100.
d) Le taux de croissance du PIB réel en 2025 est de 4,6 %, soit (1 255 G$ 2. L’économie de l’Île-aux-Palmiers est en expansion puisque le taux de
– 1 200 G$) ÷ 1 200 G$ × 100. croissance du PIB réel est positif.
e) Le PIB nominal en 2026 est de 1  344  G$, soit (1  280  G$ × 5  %) +
1 280 G$.
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 97

4.4 LE PIB RÉEL ET LE NIVEAU DE VIE


Pour comparer le niveau de vie de divers pays ou pour suivre l’évolution du niveau de Produit intérieur brut
vie d’un pays, on utilise un autre indicateur : le PIB réel par habitant. On obtient le PIB (PIB) réel par habitant
PIB réel d’un pays divisé
réel par habitant d’un pays en divisant son PIB réel par sa population totale. par sa population totale.
En 2015, le PIB réel par habitant du Canada en dollars constants de 2007 s’élevait à
49 052 $, soit 38 % de plus qu’en 1990 (35 468 $). Cet accroissement du PIB réel reflète-
t-il véritablement les changements de notre niveau de vie et de notre qualité de vie ?
Non, et ce, pour deux raisons. Premièrement, le niveau de vie dépend de tous les
biens et services que nous consommons, et pas seulement de ceux qui sont comptabilisés
dans le PIB. Deuxièmement, notre qualité de vie dépend de bien d’autres facteurs que
de la simple consommation de biens et services.

LES BIENS ET SERVICES NON COMPTABILISÉS DANS LE PIB RÉEL


Le PIB mesure la valeur des biens et services achetés sur des marchés légalement consti-
tués. Il exclut de nombreuses activités hors marchés :
• La production domestique (et le bénévolat) ;
• L’économie souterraine ;
• Le temps libre (loisirs) ;
• La qualité de l’environnement.

La production domestique et le travail bénévole


Tous les jours, nous nous livrons dans nos maisons à de nombreuses activités produc-
tives qui ne sont ni échangées sur le marché ni comptabilisées dans le PIB : préparation
des repas, ménage et entretien de la maison, soins aux enfants, aide aux devoirs, rem-
placement d’une ampoule grillée, tonte de la pelouse, lavage de la voiture, etc. Il en va
de même de tout le travail bénévole que nous effectuons à l’extérieur de nos maisons.
Comme il exclut toutes ces activités, le calcul du PIB sous-estime la production de nom-
breuses personnes, en grande majorité des femmes.

L’économie souterraine
L’économie souterraine regroupe les activités qu’on cache délibérément à l’État pour
échapper à l’impôt ou à la réglementation, ou à cause de leur caractère illicite. Comme
elles ne sont pas déclarées, les activités économiques souterraines ne sont pas compta-
bilisées dans le PIB.
Il est plus facile de décrire l’économie souterraine que de la mesurer. Au Canada,
elle était estimée par Statistique Canada5 à 42 milliards de dollars en 2012 (les chiffres
les plus récents à la parution de cet ouvrage), soit à environ 2,3 % du PIB6. Depuis le
début des années 2000, ce pourcentage est relativement stable et se situe entre 2,3 %
et 2,4 %. Les quatre secteurs économiques les plus impliqués en 2012 étaient ceux de
la construction (28,3 %), de la finance, des assurances, des services immobiliers, des
services de location à bail et des sociétés de portefeuille (13,8 %), du commerce de détail
(12,2 %) et des services d’hébergement et de restauration (11,6 %). Ces secteurs repré-
sentaient ensemble près des deux tiers de la valeur ajoutée par ce type d’activité. Pour
le Québec, l’économie souterraine représentait un peu plus de 10 G$ en 2012, soit 2,9 %
du PIB. Ces données sur l’économie souterraine au Canada et au Québec ne tiennent
pas compte des activités liées à la drogue et à la prostitution. Or, l’économie souterraine

5. Statistique Canada, « L’économie souterraine au Canada, 2012 », Le Quotidien, 29 avril 2015,


http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/150429/dq150429c-fra.htm (page consultée le
21 mars 2016).
6. Les estimations de l’économie souterraine sont entièrement intégrées dans le cadre actuel du
Système de comptabilité nationale du Canada.
98 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

inclut l’embauche de main-d’œuvre illégale payée en deçà du salaire minimum, les


travaux rémunérés en espèces pour éviter l’impôt sur le revenu ou les taxes de vente,
la fabrication et le commerce des drogues illégales, la prostitution et le reste. Ces acti-
vités sont évidemment impossibles à quantifier avec précision.

Le temps libre et les loisirs


Le temps libre dont nous disposons est un bien économique. Toutes choses étant égales
par ailleurs, plus nous disposons de temps libre, meilleure est notre qualité de vie. Le
temps que nous passons au travail entre dans le calcul du PIB, mais pas le temps libre.
Pourtant, à nos yeux, une heure de loisir vaut autant, sinon plus, que le salaire d’une
heure de travail – sinon, nous nous empresserions de remplacer nos heures de loisir par
des heures de travail. Au fil des ans, la semaine de travail a diminué, le nombre de jours
de vacances a augmenté, et les gens prennent leur retraite plus tôt. Ces améliorations
de notre niveau de vie n’entrent pas dans le calcul du PIB.

La qualité de l’environnement
La qualité de l’air, l’accessibilité aux espaces verts et la pollution atmosphérique ne font
pas partie du calcul du PIB. Par ailleurs, une société industrielle pollue davantage l’at-
mosphère qu’une société agricole : elle brûle davantage de charbon, de pétrole et d’es-
sence, et contribue à l’épuisement des ressources, à la déforestation massive et à la
pollution de l’air, des lacs et des rivières. La destruction et la détérioration des res-
sources, de la terre, de l’eau, de l’air que nous respirons ne font pas partie du calcul du
PIB. Il faudrait inclure dans ce calcul les coûts de la destruction et de la détérioration des
ressources (les coûts liés à la dépollution, par exemple) pour obtenir une mesure tenant
compte des effets de la croissance économique sur l’environnement. Cette mesure est
communément appelée le « PIB vert ». Le problème, c’est qu’il est difficile d’estimer la
valeur d’une ressource qui a disparu ou qui s’est détériorée, pour laquelle il n’existe pas
de marché et donc pas de prix, comme l’eau ou l’air. En 2012, l’Organisation des Nations
unies (ONU) a présenté à la Conférence de Rio + 20 un nouvel indicateur, l’Indice de
richesse globale, ou Inclusive Wealth Index7, en anglais (IWI), qui intègre au PIB la valeur
des dommages causés à l’environnement. Cet indicateur affiche une croissance nette-
ment moindre que celle du PIB. Ainsi, le taux de croissance moyen par habitant de la
Chine de 1990 à 2008 est ramené de 9,6 % à 2,1 %, celui des États-Unis, de 1,8 % à
0,7 %, celui du Brésil, de 1,6 % à 0,9 %, et celui de l’Inde, de 4,5 % à 0,9 %. Au Canada,
il passe de 1,6 % à 0,4 %. En Afrique du Sud et en Russie, il devient négatif : il est ramené
de 1,3 % à - 0,1 % et de 1,2 % à - 0,3 %, respectivement.

Saviez-vous que…
Autres facteurs qui influent sur le niveau de vie
« En 2013, 44 % des Canadiens ont donné de et sur la qualité de vie
leur temps, […] consacré près de 2 milliards
La quantité de biens et services que nous consommons influe
d’heures à leurs activités de bénévolat,
ou l’équivalent d’environ 1 million d’emplois grandement sur notre niveau de vie, mais c’est aussi le cas
à temps plein8. » Ces heures de bénévolat d’autres facteurs comme la santé, l’espérance de vie, la liberté
sont-elles incluses dans le PIB ? politique et la justice sociale, dont on ne peut s’attendre à ce qu’ils
soient comptabilisés dans le PIB.
RÉPONSE

D’après Statistique Canada, un bénévole est une personne Comme le PIB réel n’est pas une mesure parfaite, on a mis au
qui fournit un service sans rémunération à un organisme,
à une association communautaire ou sportive. Par point d’autres mesures, comme l’Indicateur du développement
conséquent, ces milliards d’heures de bénévolat ne seront humain, ou IDH (voir le « Coup d’œil sur l’économie mondiale »).
jamais prises en compte dans le calcul du PIB.
Grâce à l’IDH, on peut comparer l’évolution du PIB réel par habi-
tant et le mieux-être.

7. Programme des Nations unies sur l’environnement (PNUE), Inclusive Wealth Report 2012,
[en ligne] www.unep.org/pdf/IWR_2012.pdf.
8. Statistique Canada, « Enquête sociale générale : dons, bénévolat et participation, 2013 », Le
Quotidien, 30 avril 2015, http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/150130/dq150130b-fra.htm
(page consultée le 21 mars 2016).
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 99

Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE

L’indicateur de développement humain de l’ONU


Nous l’avons vu dans ce chapitre, le PIB réel par habitant n’est (ONU*) a conçu l’Indice de développement humain (IDH). Les
pas une mesure parfaite du niveau de vie, de sorte que, pour données sur l’espérance de vie, la durée de scolarisation et le
comparer le niveau de vie de différents pays, on doit utiliser niveau de revenu par habitant sont prises en compte afin d’établir
d’autres indicateurs. Ainsi, l’Organisation des Nations unies les valeurs de l’IDH telles que présentées au tableau suivant.

Indice de développement humain et quelques composantes, 2013


Indice de Revenu national brut
Espérance de vie à la Durée moyenne de
Classement à l’IDH développement (RNB) par habitant
naissance (années) scolarisation* (années)
humain (PPA $ 2011)
Développement humain très élevé
1 Norvège 0,944 81,5 12,6 63 909
2 Australie 0,933 82,5 12,8 41 524
3 Suisse 0,917 82,6 12,2 53 762
4 Pays-Bas 0,915 81,0 11,9 42 397
5 États-Unis 0,914 78,9 12,9 52 308
6 Allemagne 0,911 80,7 12,9 43 049
7 Nouvelle-Zélande 0,910 81,1 12,5 32 569
8 Canada 0,902 81,5 12,3 41 887
9 Singapour 0,901 82,3 10,2 72 371
10 Danemark 0,900 79,4 12,1 42 880
Développement humain élevé
57 Fédération de Russie 0,778 68,0 11,7 22 617
71 Mexique 0,756 77,5 12,8 15 854
79 Brésil 0,744 73,9 7,2 14 275
91 Chine 0,719 75,3 7,5 11 477
Développement humain moyen
110 Afrique du Sud 0,658 56,9 9,9 11 788
121 Vietnam 0,638 75,9 5,5 4 892
135 Inde 0,586 66,4 4,4 5 150
Développement humain faible
152 Nigéria 0,504 52,5 5,2 5 353
169 Afghanistan 0,468 60,9 3,2 1 904
187 Niger 0,337 58,4 1,4 873
* Données de 2012.

Les États-Unis arrivent au 5e  rang, derrière la Norvège (au classe bon dernier, au 187e  rang, avec une durée moyenne de
1er rang), l’Australie, la Suisse et les Pays-Bas. Le Canada se classe scolarisation de 1,4 année et un revenu national brut (RNB) par
au 8e rang, tout juste après l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande, habitant de 873 $ US.
qui occupent respectivement le 6e  et le 7e  rang. Le Niger se
100 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Il y a beaucoup d’écart entre le Canada et les États-Unis en (63 909 $ US). Parmi les pays dits émergents faisant partie du
ce qui a trait à l’IDH (0,902 contre 0,914), mais les deux pays se BRICA, comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique
classent derrière la Norvège, qui a une bonne longueur d’avance du Sud, lesquels ont un IDH très élevé, élevé, moyen ou faible ?
pour ce qui est du revenu national brut (RNB) par habitant Pourquoi ?
* L’ONU a conçu d’autres indices : l’IDH ajusté aux inégalités (IDHI), l’indice Source : Programme des Nations unies pour le développement, Rapport mondial
d’inégalités de genre (IIG), l’indice de la pauvreté multidimensionnelle (IPM) et sur le développement humain 2014 : pérenniser le progrès humain : réduire les
l’indice de développement de genre (IDG). vulnérabilités et renforcer la résilience.

4.4
4 Expliquer les limites du PIB réel en tant que mesure du niveau de vie

EXERCEZ-VOUS b) Quels pays sont les plus difficiles à comparer pour ce


qui est du niveau de vie ? Pourquoi ?
1. En 2021, le Fonds monétaire planétaire publie les
données suivantes sur le PIB réel par habitant en 2020 : c) De quels autres renseignements faudrait-il disposer
Chinoisie, 3 976 $ ; Russinie, 8 377 $ ; Nacada, 27 840 $ ; pour pouvoir comparer précisément le niveau de vie
Zéta-Zunis, 34 142 $. D’autres renseignements indiquent de ces quatre pays en 2020 ?
que la production domestique du Nacada et des Zéta- d) Diriez-vous que le classement de ces pays selon le PIB
Zunis était semblable, mais inférieure à celle de la réel par habitant correspond à leur classement selon
Chinoisie et de la Russinie. L’économie souterraine le niveau de vie ?
était plus importante (et vraisemblablement dans une
proportion similaire) en Russinie et en Chinoisie. Les QUESTION SUPPLÉMENTAIRE
Nacadiens et les Zétazuniens jouissaient d’un plus
grand nombre d’heures de loisirs que les Chinoisiens 2. En 2020, l’espérance de vie était de 78,8 ans au Nacada,
et les Russiniens. Le Nacada et les Zéta-Zunis de 77,0 ans aux Zéta-Zunis, de 70,5 ans en Chinoisie et
dépensaient davantage que la Chinoisie et la Russinie de 66,1 ans en Russinie. Chaque année, le ministère du
pour la protection de l’environnement. À partir de ces Bien-être mondial évalue la liberté politique dans tous
renseignements et en faisant abstraction de tous les les pays du monde sur une échelle qui va de 1 pour les
autres facteurs qui influent sur le niveau de vie, répondez plus libres à 7 et plus pour les moins libres. En 2020, le
aux questions suivantes : classement est le suivant :
le Nacada et les Zéta-Zunis, 1,1 ; la Russinie, 4,5 ;
a) Quels pays sont les plus faciles à comparer pour ce la Chinoisie, 7,6. Que changent ces données à ce que le
qui est du niveau de vie : la Chinoisie avec la Russinie, classement selon le PIB réel par habitant nous apprend
le Nacada avec les Zéta-Zunis, ou les deux premiers sur le niveau de vie dans ces pays ?
avec les deux autres ? Pourquoi ?

RÉPONSES
1. a) On peut facilement comparer le Nacada et les Zéta-Zunis, dont les d) Oui, le classement de ces pays selon le PIB réel par habitant
données sur les activités domestiques, l’économie souterraine, les correspond vraisemblablement à leur classement selon le niveau de
loisirs et l’environnement se ressemblent. Il en va de même pour la vie, car, quand les différences sont minimes (entre le Nacada et les
Chinoisie et la Russinie, pour la même raison. Zéta-Zunis), les autres facteurs sont semblables, et quand les autres
b) Il est plus difficile de comparer le Nacada et les Zéta-Zunis avec la facteurs diffèrent, les différences sont considérables.
Chinoisie et la Russinie : les données sur la production domestique
et l’économie souterraine réduisent les différences, tandis que les
données sur le temps de loisirs et l’environnement les accentuent.
c) Il faudrait des renseignements plus précis sur la valeur de la
production domestique et sur celle de l’économie souterraine, ainsi
que sur le nombre d’heures de loisirs et sur les sommes consacrées à
la protection de l’environnement.
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 101

SOMMES-NOUS PLUS RICHES


QUE LES AMÉRICAINS ?
Le PIB témoigne de la richesse d’une nation, de son niveau de vie. Dans les journaux et les magazines
d’affaires, les bulletins de nouvelles télévisés et les sites d’information sur internet, les reportages sur
le PIB sont fréquents. Quels impacts ces données ont-elles sur vous ? Vos transactions font-elles partie
du calcul du PIB selon les dépenses ou selon les revenus ? Comment ces renseignements sur le PIB
peuvent-ils vous servir dans votre vie personnelle ?

Votre contribution au PIB


Vos transactions économiques apparaissent dans le calcul du PIB, tant du côté des revenus que de
celui des dépenses : elles font partie des dépenses et des revenus calculés pour établir le PIB et
contribuent à accroître le niveau de vie des Canadiens.

La plupart de vos dépenses font partie des dépenses de consommation. Si vous achetiez une
maison, cette dépense apparaîtrait dans les investissements. Puisque la majorité des biens que
vous consommez ont été produits à l’étranger, les dépenses pour ces biens sont calculées dans les
importations. Si vous avez un emploi, votre revenu fait partie de la rémunération des salariés.

Étant donné que, dans le calcul du PIB, on n’inclut que les transactions commerciales, il est
probable qu’une partie de votre production de biens et services ne soit pas prise en compte. Quels
sont les produits et services hors marchés que vous produisez ? À combien les évaluez-vous ?

Comparez votre revenu avec ceux d’autres pays


En vous basant sur le PIB par habitant, comparez votre revenu personnel avec le PIB par habitant du
Canada. Si votre revenu personnel en 2015 était de 10 000 $, il était nettement inférieur au PIB par
habitant du Canada (55 082 $). En dollars américains, il représenterait 7 820 $9, selon un taux de change
de 1,2787 $ CA10. Pour disposer de données sur le PIB par habitant d’autres pays en dollars américains,
consultez le site de la Banque mondiale (donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.PCAP.CD).
Vous pourrez comparer votre revenu personnel avec celui de gens vivant en France, aux États-Unis ou
en Chine, par exemple, et ainsi vérifier si vous êtes plus riche qu’eux.

L’achat d’une maison est probablement l’investissement le plus important que vous ferez dans votre vie.

9. 10 000 $ ÷ 1,2787 $ = 7 820 $.


10. Banque du Canada, Département des marchés boursiers, Moyenne annuelle des taux de
change, Ottawa, 2015, moyenne de 250 jours.
102 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Le chapitre 4 en bref

1 Définir le produit intérieur brut (PIB) et expliquer pourquoi la valeur de la production,


celle des revenus et celle des dépenses s’équivalent dans une économie de marché

PIB Production = Revenu agrégé = Dépense agrégée


Valeur marchande de l’ensemble
des biens et services finals produits Méthode des revenus Méthode des dépenses
dans un pays au cours d’une Évaluer la production Évaluer la production
période donnée à partir de ce que les gens à partir de ce que les gens
ont gagné ont dépensé

2 Expliquer comment Statistique Canada calcule le PIB

Exclues du calcul du PIB


• Transactions non rémunérées, non déclarées ou improductives
• Transactions touchant les biens intermédiaires et d’occasion

Méthode des dépenses Méthode des revenus


Dépenses de consommation (C) Rémunération des salaires (S)
+ Investissement privé brut (Ib) + Excédent d’exploitation brut (EE)
+ Dépenses des administrations publiques (G) + Revenu mixte brut (RM)
+ Exportations nettes (XN) + Impôts – Subventions (IMP - SUB)

3 Définir le PIB nominal, le PIB réel et l’indice implicite des prix du PIB,
et expliquer les relations entre ces divers concepts

PIB nominal PIB réel PIB réel


(en $ courants) (en $ constants) PIB nominal
× 100
Mesure la variation des Mesure la variation IIP
prix et de la production de la production
Taux de croissance (tc) du PIB réel
(PIB réel de l’année courante – PIB réel de l’année précédente)
× 100
PIB réel de l’année précédente

4 Expliquer les limites du PIB réel en tant que mesure du niveau de vie

PIB réel par habitant Autres mesures du niveau de vie


Ne tient pas compte... • Indice de développement humain (IDH)
• Production domestique et travail bénévole • Indice de richesse globale (Inclusive
• Économie souterraine Wealth Index, IWI)
• Loisirs, environnement, santé, espérance
de vie, liberté politique, justice sociale...
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 103

Questions
de révision
Au terme de la section 4.1, Le PIB, les revenus et les dé- Au terme de la section 4.2, Le calcul du PIB canadien, répon-
penses, répondez aux questions 1 à 4. dez aux questions 5 et 6.

1. Nommez chacun des flux désignés par les lettres Q, R, U, V, 5. Les comptes nationaux de l’Île-du-Papier étaient tenus
W, X et Z à la figure 1. sur… papier. Un incendie a détruit le Bureau de statistique,
et les comptes nationaux du revenu et de la production
2. Au Pays du Futur, en 2026, les valeurs de certains des flux sont maintenant incomplets. On a toutefois retrouvé les
illustrés à la figure 1 étaient les suivantes : Q = 1 092 G$, données suivantes pour l’an dernier : la rémunération des
U = 204 G$, W = 621 G$ et Z = 57 G$. Calculez : salariés, 2 000 $ ; les dépenses de consommation, 2 000 $ ;
les impôts moins subventions sur la production, sur les
a) le PIB du Pays du Futur ; produits et sur les importations, 200 $ ; le revenu mixte
b) X. brut, 800 $ ; les dépenses totales des administrations
publiques, 800 $ ; l’investissement privé brut, 800 $ ; les
3. Au Pays de l’Avenir, en 2026, les valeurs de certains des flux importations, 1 800 $ ; les exportations nettes, 200 $. On a
illustrés à la figure 1 étaient les suivantes : U = 1,6 G$, W = retenu vos services pour rétablir les chiffres manquants en
6,2 G$, X = 1,4 G$ et Z = -0,2 G$. Calculez : calculant :
a) Q ; a) le PIB ;
b) R + V. b) les exportations ;
c) l’excédent d’exploitation brut.
Figure 1
6. Le tableau  1 présente des données incomplètes sur les
MÉNAGES V MARCHÉS comptes nationaux pour l’année courante de trois pays :
FINANCIERS
Alpha, Bêta et Gamma. Calculez les données manquantes.
W X
Q R Tableau 1
U Z
Alpha Bêta Gamma
Poste
Montant (en G$)
MARCHÉS GOUVERNEMENT/ MARCHÉS PAYS
DES FACTEURS ADMINISTRATIONS DES PRODUITS ÉTRANGERS
PUBLIQUES Rémunération des salariés 310 380
Z Dépenses de consommation 380 400
R X
Q U W
Impôts moins subventions 50 75 55
ENTREPRISES
Produit intérieur brut aux
500
prix du marché

4. Voici des données sur l’économie du Pays Imaginaire cette Dépenses totales des
80 75 90
année : le PIB, 100 G$ ; les impôts nets, 18 G$ ; les dépenses administrations publiques
totales des administrations publiques, 20 G$ ; l’épargne des
ménages, 15  G$ ; les dépenses de consommation, 67  G$ ; Excédent d’exploitation brut 105 75 110
l’investissement privé brut, 21  G$ ; les exportations de
biens et services, 30 G$. Exportations 20 25 15
a) Trouvez la valeur des importations en biens et services
du Pays Imaginaire. Revenu mixte brut 30 40 30
b) Trouvez la valeur des exportations nettes du Pays
Investissement privé brut 30 90
Imaginaire.
c) Retracez le schéma de la figure 1 en y inscrivant les Importations 25 20
valeurs du Pays Imaginaire.
104 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Au terme de la section 4.3, Le PIB nominal et le PIB réel, 9. En 2015, le PIB nominal du Canada s’élevait à 1 986 G$, et le
répondez aux questions 7 à 9. PIB réel (en dollars de 2007), à 1 768 G$. Le PIB réel de 2007
(en dollars de 2007) se chiffrait à 1 582 G$.
7. Le tableau 2 présente les données relatives au PIB de la a) Calculez l’indice implicite des prix du PIB de 2007 et de
Syldavie pour l’année 2027. 2015.
Tableau 2 b) Quel a été le pourcentage d’augmentation du niveau des
prix entre 2007 et 2015 ?
Montant c) Quel a été le pourcentage d’augmentation du PIB réel
Poste
(en G$) entre 2007 et 2015 ?
Rémunération des salariés 352 d) Quel a été le pourcentage d’augmentation du PIB
nominal entre 2007 et 2015 ?
Revenu mixte brut 119
Excédent d’exploitation brut 150 Au terme de la section 4.4, Le PIB nominal et le PIB réel,
répondez à la question 10.
Impôts moins subventions 109
Dépenses de consommation 433 10. Le 20  avril 2010, l’explosion de la plateforme Deepwater
Investissement privé brut 111 Horizon dans le golfe du Mexique a provoqué le déverse-
ment d’environ 4,9 millions de barils de pétrole dans l’eau
Dépenses totales des administrations pu- (soit l’équivalent de 780 millions de litres), créant une marée
165
bliques noire qui a affecté les écosystèmes et les économies de la
Exportations nettes 21 Louisiane (premier producteur de crevettes aux États-Unis)
et de la Floride, menaçant plus de 400  espèces marines
Produit intérieur brut en 2026 690
(baleines, dauphins, lamantins, etc.) et de nombreuses
Indice implicite des prix du PIB de 2026 115 espèces d’oiseaux (aigrettes, hérons, etc.). Ce n’est qu’après
Indice implicite des prix du PIB de 2027 125 plusieurs tentatives infructueuses que la fuite a enfin été
colmatée, le 19 septembre 2010.
a) Calculez le PIB aux prix du marché pour l’année 2027 a) Comment le désastre écologique produit par ce
selon la méthode des revenus. déversement a-t-il été comptabilisé dans les comptes
b) Calculez le PIB aux prix du marché pour l’année 2027 nationaux des États-Unis ?
selon la méthode des dépenses. b) Les comptes nationaux tiennent-ils correctement
c) Calculez le PIB réel en 2026 et en 2027. compte des effets d’un tel désastre écologique sur le
d) Quel a été le taux de croissance du PIB réel en 2027 ? niveau de vie des gens qui en ont subi les conséquences ?
Justifiez votre réponse.
8. Le tableau 3 présente des données incomplètes sur l’éco-
nomie de Futurama. Calculez les données manquantes.
Tableau 3
PIB nominal PIB réel
Année IIP
(en G$)
2021 1 107 1 036
2022 1 153 100,0
2023 1 174 103,3
2024 1 291 106,6
2025 1 375 1 247
2026 1 282 112,8
CHAPITRE 4 LE PIB ET LE NIVEAU DE VIE 105

Appliquez
vos savoir-faire
Le PIB et l’économie criminelle11
En septembre 2014, Eurostat a demandé aux pays membres
de l’Union européenne d’inclure dans le calcul de leur PIB la
valeur des activités liées à la drogue, à la prostitution, ainsi
qu’à la contrebande d’alcool et de tabac. Ces activités stimulent
l’économie puisque les revenus qu’elles génèrent sont dépensés
et créent des revenus à leur tour. Ce sont des activités illicites
difficilement mesurables. Pour intégrer la valeur de ces activités
au calcul du PIB, il faut procéder à des estimations. En 1987, l’Italie
a inclus la valeur du travail au noir, ce qui a fait bondir son PIB
de 11  %, dépassant même celui de la Grande-Bretagne comme
quatrième économie européenne. On estime qu’inclure la drogue,
la prostitution et la contrebande d’alcool et de cigarettes ferait
augmenter le PIB de l’Italie de 20 %, et ceux de la France et de la
Grande-Bretagne, de 3 % et de 1 %, respectivement. Au Canada, le
À cause de son caractère illicite, la valeur exacte de l’économie criminelle est dif-
PIB augmenterait de 5 %. ficile à mesurer.

a) Comment peut-on intégrer la valeur des activités économiques issues de la drogue, de la


prostitution et de la contrebande d’alcool et de tabac dans le calcul du PIB ?

b) De quelle manière l’inclusion de la valeur de ces activités issues de l’économie criminelle


affecterait-elle la valeur du PIB de l’Italie, de la France, de la Grande-Bretagne et du Canada ?

c) Est-ce que le fait d’inclure la valeur des activités issues de l’économie criminelle ferait du PIB un
indicateur plus juste de l’activité économique ? Justifiez votre réponse.

MOTS CLÉS

Bien ou service final, 82 Impôts nets, 85


Bien ou service intermédiaire, 82 Indice implicite des prix du PIB (IIP), 92
Dépenses de consommation, 84 Investissement privé brut, 84
Dépenses totales des administrations publiques, 84 Produit intérieur brut (PIB), 82
Dépréciation (ou consommation de capital fixe), 89 Produit intérieur brut (PIB) nominal, 92
Exportations de biens et services, 85 Produit intérieur brut (PIB) réel, 92
Exportations nettes de biens et services, 85 Produit intérieur brut (PIB) réel par habitant, 97
Importations de biens et services, 85

11. RDI Économie, Drogue, sexe et PIB, Entrevue avec François Delorme, économiste [en ligne]
www.facebook.com/rdieconomie/videos/292743114244567/ (page consultée le 1er février 2016).
106
CHAPITRE 5
PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

PARTIE 2
LES INDICATEURS LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE
MACROÉCONOMIQUES

COMBIEN
D’ARGENT
VOUS FAUT-IL
POUR VIVRE ?
VOUS TRAVAILLEZ POUR GAGNER NOTRE VIE ET
dépensez pour vous nourrir, vous loger, vous habiller,
vous déplacer, vous divertir… Vos revenus suivent-ils
l’augmentation des prix? Pas toujours! Surtout lorsque
vous vous retrouvez sans emploi, en chômage. Combien
d’argent vous faut-il pour subvenir à vos besoins?
Comment le savoir?
Le principal indicateur de l’évolution du coût de la vie
est l’indice des prix à la consommation (IPC) que
Statistique Canada publie tous les mois. Dès que l’IPC
est connu, les analystes des médias s’empressent de
spéculer sur les causes des  dernières variations des
prix, sur leurs répercussions dans l’ensemble de
l’économie et sur les mesures que prendra la Banque
du Canada par rapport aux taux d’intérêt. Il en va de
même pour les résultats de l’Enquête sur la population
active, qui dresse tous les mois le portrait du marché
du travail canadien et nous renseigne sur le taux de
chômage.
Dans ce chapitre, nous nous concentrerons sur les
mesures du coût de la vie et du chômage. Comment
Statistique Canada mesure-t-il le niveau des prix, le
taux d’inflation et les principaux indicateurs du marché
du travail ?

COUP D’ŒIL
COUP D’ŒIL
SOMMAIRE

SUR LE PASSÉ
5.1 SUR LE PASSÉ 5.2 Les salaires nominaux et les
L’indice des prix à la 148 ans d’inflation et de Valeurs nominales salaires réels des premiers
consommation déflation au Canada et valeurs réelles ministres du Canada

p. 108 p. 112 p. 114 p. 116


CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 107

SAVOIR-FAIRE
1 Définir l’indice des prix à la consommation
(IPC) et le taux d’inflation, et expliquer
comment ils se calculent
2 Corriger des valeurs monétaires pour tenir
compte de l’inflation : le salaire réel et le
taux d’intérêt réel
3 Expliquer les principaux indicateurs du
marché du travail et leur calcul, et distin-
guer les divers types de chômage

VOS OUTILS NUMÉRIQUES

MaBiblio > MonLab xL

Réalisez les exercices assignés par votre


enseignant.

COUP D’ŒIL
5.3 SUR L’ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE
Les indicateurs du marché COMBIEN D’ARGENT VOUS Le taux de chômage Le chapitre 5
du travail FAUT-IL POUR VIVRE ? au Québec en bref

p. 118 p. 122 p. 123 p. 125


108 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

5.1 L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION


Indice des prix à la L’indice des prix à la consommation (IPC) mesure l’évolution du niveau moyen des prix
consommation (IPC)
Indicateur de l’évolution du
d’un panier fixe de biens et services consommés par un ménage type au cours d’une
niveau moyen des prix d’un période donnée et, donc, du coût de la vie. Statistique Canada calcule l’IPC tous les mois,
panier fixe de biens et services ce qui nous permet de comparer le coût actuel du panier de l’IPC à ce qu’il coûtait à une
consommés par un ménage type
au cours d’une période donnée. autre période.
Coût de la vie L’IPC est un indice à base 100 ; autrement dit, Statistique Canada évalue à 100 le coût
Quantité d’argent nécessaire du panier pour une période donnée – la période de base de l’IPC –, choisie arbitraire-
pour se procurer des biens
et services au cours d’une ment. Depuis mai 2007, la période de base est 2002, ce qui signifie que l’IPC de 2002
période donnée. est égal à 100. Le coût du panier de l’IPC des périodes subséquentes est établi par rap-
Période de base de l’IPC port au coût du panier de l’IPC de 2002. Par exemple, si le coût du panier de l’IPC monte
Période de référence pour de 500 $ à 520 $ d’une année à l’autre, soit une augmentation de 4 % en un an, l’IPC
laquelle on établit la valeur de
l’IPC à 100 ; depuis mai 2007, augmente lui aussi de 4 %, passant de 100 à 104 [(520 $ ÷ 500 $) × 100 = 104].
la période de base de l’IPC
est 2002.
LA CONSTRUCTION DE L’IPC
Pour construire un IPC, il faut sélectionner les biens et services qui constitueront le
panier de l’IPC, relever chaque mois les prix de ces biens et services et procéder au calcul
de l’IPC.

Le panier de l’IPC
La première étape consiste à repérer les biens et services qui font partie des habitudes
de consommation des ménages et qui constitueront le panier de l’IPC. Ce panier contient
près de 600 biens et services qui sont représentés dans l’indice dans des proportions
reflétant exactement leur importance relative dans la structure des dépenses d’un
ménage type. Ainsi, comme les ménages dépensent plus en logement qu’en billets d’au-
tobus, l’IPC accorde proportionnellement plus d’importance au prix du logement qu’à
celui des billets d’autobus.
Pour déterminer les habitudes de consommation des ménages, Statistique Canada
utilise les données de deux enquêtes : l’Enquête sur les dépenses des ménages et l’En-
quête sur les dépenses alimentaires. Le panier de l’IPC doit être mis à jour régulièrement
(tous les quatre ou cinq ans, en moyenne) pour éviter que des changements dans les
habitudes de consommation faussent les statistiques.
La figure 5.1 montre la pondération du panier de l’IPC de 2013 ; les quelque 600 biens
et services qu’il contient sont regroupés en huit grandes catégories. Le logement repré-
sente 26,8 % des dépenses totales du ménage type. Si on y ajoute la catégorie « Dépenses
courantes, ameublement et équipement du ménage », qui inclut 13,1 % des dépenses, on
arrive à près de 40 %. Viennent ensuite les transports (19,1 %) et les aliments (16,4 %).
À elles seules, ces quatre composantes représentent un peu plus de 75 % des dépenses
totales du ménage type. Relativement importante (10,9 %), la catégorie « Loisirs, forma-
tion et lecture » est suivie des catégories « Vêtements et chaussures », « Soins de santé et
soins personnels » et « Boissons alcoolisées et produits du tabac ».
Statistique Canada décompose chacune de ces huit catégories en sous-catégories. Par
exemple, le dentifrice appartient à la sous-catégorie « Articles et accessoires de soins
personnels », qui fait elle-même partie de la catégorie « Soins de santé et soins
personnels ».
Quand vous considérez l’importance relative des catégories du panier de l’IPC,
souvenez-vous que les pourcentages de chacune des catégories reflètent la structure des
dépenses du ménage type, et non d’un ménage ou d’un individu en particulier. Par
exemple, il se peut que la catégorie « Vêtements et chaussures » représente 50 % de votre
budget, alors qu’elle représente seulement 6,1  % des dépenses de l’ensemble des
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 109

consommateurs canadiens (le ménage type). Étant donné la pondération plus élevée de
cette catégorie au sein de votre budget, une hausse des prix touchant cette catégorie
affectera davantage la valeur moyenne des prix de votre panier de biens et services.
Pensez à vos dépenses et amusez-vous à comparer les biens et services que vous achetez
avec ceux du panier de l’IPC.

Figure 5.1 Les pondérations du panier de l’IPC de 2013

Importance relative des produits du panier de l’IPC


(en pourcentage) Le panier de l’IPC contient
Boissons alcoolisées et produits
100 du tabac (2,9 %) les produits de consommation
qu’achetait un ménage
Loisirs, formation et lecture
80 (10,9 %) type au Canada en 2013. La
pondération des catégories
Soins de santé et soins personnels (4,7 %)
« Aliments » (16,4 %), « Logement »
60 Transports (19,1 %) (26,8 %), « Dépenses courantes,
Vêtements et chaussures (6,1 %) ameublement et équipement
40 Dépenses courantes, ameublement du ménage » (13,1 %),
et équipement du ménage (13,1 %) « Vêtements et chaussures »
20 Logement (26,8 %) (6,1 %) et « Transports » (19,1 %)
représente 81,5 % du revenu
0 du ménage.
Aliments (16,4 %)
Source : Statistique Canada, CANSIM,
tableau 326-0031, Les pondérations
du panier de l’Indice des prix à
la consommation, occasionnel
(pourcentage), modifié le 19-02-2015.

Le relevé mensuel des prix


Tous les mois, Statistique Canada relève les prix des quelque 600 biens et services du
panier de l’IPC chez des détaillants de 64 centres urbains disséminés dans tout le pays.
Comme l’IPC vise à mesurer les variations de prix, il importe que les prix relevés d’un
mois à un autre correspondent exactement au même article, ce qui n’est pas toujours
évident : si le prix d’un sac d’arachides a augmenté, mais que le sac contient plus d’ara-
chides, le prix des arachides a-t-il vraiment augmenté ? Statistique Canada doit donc
noter dans leurs moindres détails les changements dans la qualité ou le conditionnement
des produits afin d’isoler les variations de prix réellement attribuables à l’inflation. Après
avoir recueilli les données brutes sur les prix, on passe au calcul de l’IPC.

Le calcul de l’IPC
Le calcul de l’IPC se fait en trois étapes.
• On trouve le coût du panier de l’IPC aux prix de la période de base.
• On trouve le coût du panier de l’IPC aux prix de la période courante.
• On calcule l’IPC pour la période de base et pour la période courante.
Pour simplifier, supposons que le panier de l’IPC ne contient que deux biens et ser-
vices : des oranges et des billets de cinéma. Toujours pour simplifier, construisons l’IPC
annuel (plutôt que mensuel) en prenant l’année 2002 comme période de base et l’année
2015 comme période courante.
La partie (a) du tableau 5.1 présente, à titre d’exemple, les données pour la période
de base. En 2002, les consommateurs ont acheté 10 oranges à 1 $ l’unité et 5 billets de
cinéma à 8 $ l’unité. Afin de calculer le coût du panier de l’IPC pour la période de base,
on multiplie les quantités par les prix de cette période. Ainsi, les oranges coûtent 10 $
(10 × 1 $), et les billets de cinéma, 40 $ (5 × 8 $). La dépense totale pour le panier de l’IPC
aux prix de la période de base est donc de 50 $ (10 $ + 40 $).
110 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

La partie (b) du tableau 5.1 présente les données pour la période courante. Supposons
qu’en 2015 le prix d’une orange est passé de 1 $ à 2 $, et le prix d’un billet de cinéma,
de 8 $ à 10 $. Pour calculer le coût du panier de la période courante, on multiplie les
quantités de 2002 par les prix de 2015. Ainsi, le coût des oranges est de 20 $ (10 × 2 $),
et le coût des billets de cinéma, de 50 $ (5 × 10 $). Le coût du panier de l’IPC aux prix de
la période courante est donc de 70 $ (20 $ + 50 $).
À la troisième étape, nous utilisons ces chiffres pour trouver l’IPC de 2002 et de 2015
à l’aide de la formule suivante :

Coût du panier de l’IPC aux prix de la période courante


IPC = × 100
Coût du panier de l’IPC aux prix de la période de base

IPC en 2002 = (50 $ ÷ 50 $) × 100 = 100


Comme le coût du panier de l’IPC aux prix de la période courante et celui du panier
de l’IPC aux prix de la période de base sont identiques, la valeur de l’IPC sera toujours
égale à 100 pour la période de base.

IPC en 2015 = (70 $ ÷ 50 $) × 100 = 140


Comme le coût du panier de l’IPC aux prix de la période courante est supérieur à
celui du panier de l’IPC aux prix de la période de base, la valeur de l’IPC est supérieure
à 100 pour la période courante. Dans le cas contraire, la valeur de l’IPC serait inférieure
à 100.
L’IPC permet de faire la moyenne de ces prix en comparant le coût du panier plutôt
que le prix des articles. Cette méthode simplifiée est utilisée tous les mois par Statistique
Canada pour calculer l’IPC.

Tableau 5.1 L’IPC : un calcul simplifié


(a) Coût du panier de l’IPC aux prix de la période de base (2002) (b) Coût du panier de l’IPC aux prix de la période courante (2015)
Panier de l’IPC Coût du Panier de l’IPC Coût du
panier panier
Article Quantité Prix de l’IPC Article Quantité Prix de l’IPC
Oranges 10 1 $ l’unité 10 $ Oranges 10 2 $ l’unité 20 $
Billets de cinéma 5 8 $ l’unité 40 $ Billets de cinéma 5 10 $ l’unité 50 $
Coût du panier de l’IPC aux prix Coût du panier de l’IPC aux prix
50 $ 70 $
de la période de base de la période courante

Une moyenne pondérée des variations de prix


Selon nos calculs, entre 2002 et 2015, le prix de notre panier de l’IPC composé d’oranges
et de billets de cinéma a augmenté de 40 % [(140 – 100) ÷ 100 × 100]. Comment peut-on
arriver à une augmentation de 40 % du coût du panier, alors que les oranges ont aug-
menté de 100 %, et les billets de cinéma, de 25 % ? L’augmentation du coût du panier ne
devrait-elle pas être égale à la moyenne de ces deux augmentations de prix, soit 62,5 % ?
La réponse à cette question est non. Comme les dépenses en oranges et celles en billets
de cinéma n’ont pas la même importance relative dans le coût du panier pour l’année
de base, on ne peut pas utiliser la moyenne arithmétique simple pour calculer la hausse
du prix du panier. Qui accorderait la même importance à une hausse de 10 % du prix
des allumettes qu’à une hausse de 10 % du prix du logement ? De toute évidence, cette
dernière aurait une incidence beaucoup plus grande sur notre budget. De même, pour
calculer le pourcentage d’augmentation du niveau des prix, il faut utiliser une moyenne
pondérée, c’est-à-dire qui tient compte du poids – ou facteur de pondération – de chaque
bien dans le panier de l’IPC.
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 111

L’IPC permet, entre autres choses,


de mesurer les variations du coût
de la vie.

Ainsi, le tableau 5.1(a) révèle que les dépenses en oranges (10 $) représentent 20 %
[(10 $ ÷ 50 $) × 100] du coût du panier ; le facteur de pondération est donc de 0,2. Quant
aux dépenses en billets de cinéma, elles représentent 80 % [(40 $ ÷ 50 $) × 100] du coût
du panier ; le facteur de pondération est donc de 0,8. Si on calcule le pourcentage d’aug-
mentation du coût du panier en pondérant chaque hausse de prix selon l’importance
relative du bien concerné dans le panier initial, on obtient 40 % [(100 % × 0,2) + (25 %
× 0,8)], soit la moyenne pondérée de l’augmentation du prix des oranges et des billets
de cinéma.
D’après Statistique Canada, l’IPC était de 126,6 en 2015, ce qui indique que le niveau
moyen du prix du panier de biens et services consommés par un ménage type avait
augmenté de 26,6 % par rapport à 2002.

LA MESURE DE L’INFLATION
L’IPC permet, entre autres choses, de mesurer les variations du coût de la vie. Si l’IPC Inflation
augmente, il y a inflation (augmentation généralisée des prix) ou hausse du coût de la Situation où le coût de la vie
monte.
vie. Si l’IPC diminue, il y a déflation (baisse généralisée des prix) ou baisse du coût de
Déflation
la vie. Situation où le coût de la vie
Pour mesurer les variations de l’IPC, on calcule le taux d’inflation, c’est-à-dire le baisse.

pourcentage de variation du niveau des prix mesuré par l’IPC d’une année à une autre, Taux d’inflation
Pourcentage de variation du
selon la formule suivante :
niveau des prix (mesuré par
l’IPC) d’une année à une autre.
(IPC de l’année courante – IPC de l’année précédente)
Taux d’inflation = × 100
IPC de l’année précédente
Le taux d’inflation, qui mesure le changement relatif (en %) de l’IPC,
est une moyenne pondérée des variations de prix survenues dans l’éco- Saviez-vous que…
nomie au cours d’une période donnée. En 2014, l’IPC s’établissait à Au Québec, l’IPC est passé de 121,7 en
125,2. La comparaison des IPC de 2014 et de 2015 révèle donc que la 2013 à 123,4 en 2014, puis à 124,7 en
moyenne des prix du panier de biens et services consommés par un 20151. Quels étaient les taux d’inflation
ménage type avait augmenté de 1,1 % : en 2014 et en 2015 ? Le Québec était-il
Taux d’inflation en 2015 = [(126,6 – 125,2) ÷ 125,2] × 100 = 1,1 % en déflation durant cette période ?
RÉPONSE

Au Québec, le taux d’inflation était de 1,4 %


[(123,4– 121,7) ÷ 121,7 × 100] en 2014 et de
1,0 % [(124,7 – 123,4) ÷ 123,4 × 100] en 2015. La
province n’a pas connu de déflation durant cette
période puisque l’IPC n’a cessé de croître.
1. Statistique Canada, CANSIM, tableau 326-0021 et produit no 62-001-X au catalogue, Indice
des prix à la consommation, aperçu historique, par province et territoire (2011 à 2015),
modifié le 22-01-2016.
112 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Coup d’œil
SUR LE PASSÉ

148 ans d’inflation et de


déflation au Canada
La figure ci-dessous montre les variations du niveau général des
prix au Canada depuis la  Confédération canadienne jusqu’en
20152. À part quelques poussées inflationnistes, la période qui
va jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918) se
caractérise par la déflation (des taux d’inflation négatifs) ou des
hausses de prix très modérées. De la crise de 1920-1922 jusqu’à la Grande Dépression des années 1930, les hausses
de prix restent faibles.

Les Années folles (1916-1920) se terminent abruptement


avec la crise de 1920-1922, marquée par un effondrement juguler l’inflation en augmentant les taux d’intérêt de façon
boursier, une baisse importante de l’activité économique et une draconienne au début des années 1980, mais cette intervention
chute brutale des prix, qui se poursuit jusqu’en 1924. précipite l’économie canadienne dans la plus forte récession
qu’elle a connue depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Les hausses de prix restent faibles durant les six années
suivantes, jusqu’à la Grande Dépression des années 1930, une L’économie s’en remet difficilement vers la fin des années
crise encore plus grave que celle de 1920 et qui se prolongera 1980, puis est précipitée dans une deuxième récession en 1990-
jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945). 1992. Au sortir de cette dernière, le gouvernement fédéral et
la Banque du Canada adoptent une politique conjointe de
En 1947 et 1948, le boom de l’après-guerre entraîne une réduction de l’inflation basée sur l’atteinte d’une cible explicite
poussée inflationniste importante, qui se résorbe jusqu’à ce que d’inflation (2 %).
la guerre de Corée (1950-1953) dope nos exportations vers les
États-Unis et pousse les prix à la hausse. Comme le montre la figure, cette politique, qui est toujours
en vigueur, a été particulièrement efficace pour contrer l’inflation,
Les deux décennies suivantes sont relativement calmes mais n’a pas empêché la récession de 2008-2009. De 1867 à
jusqu’à la poussée inflationniste de 1972 à 1982. Durant cette 2015, le Canada a-t-il connu des périodes de déflation ? Combien
décennie, l’État canadien semble avoir perdu la maîtrise de de fois le taux d’inflation a-t-il été inférieur à 0 % ? Supérieur à
ses dépenses et des prix. La Banque du Canada parvient à 10 % ? Depuis 1987, quel est le taux d’inflation au Canada ?

Le taux d’inflation au Canada depuis 1867


Taux d’inflation (en pourcentage par année)

16
14
12
10
8
6
4
2
0
2
4
6
8
10 Sources : Statistique Canada, CANSIM, tableau 326-0021,
12 Indice des prix à la consommation (IPC) panier 2009, annuel,
modifié le 22-01-2016. Statistique Canada, Statistiques
historiques du Canada, séries K33-43, no 11-516-XIF au
1867 1887 1907 1927 1947 1967 1987 2007 catalogue, édition 1965.
Année

2. Comme le calcul de l’IPC a débuté en 1914, les variations du niveau général des prix de
1867 à 1914 ont été estimées à l’aide de l’indice des prix de gros (excluant l’or), dont les
données remontent à 1867. Nous remercions M. Charles Morissette de Statistique Canada de
son aide précieuse.
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 113

5.1
1 Définir l’indice des prix à la consommation (IPC) et le taux d’inflation,
et expliquer comment ils se calculent

EXERCEZ-VOUS Tableau 1
1. L’Enquête sur les dépenses des ménages à Ville-Maigre révèle Année IPC
que les gens n’y consomment que du jus et du tissu. En 2013 225
2014, année de l’enquête qui sert aussi de période de base, 2014 274
le ménage type a dépensé 60 $ en jus et 40 $ en tissu. Le
2015 310
prix du jus était de 4 $ la bouteille, et celui du tissu, de 10 $
le mètre. En 2015, l’année courante, le prix du jus est de 5 $
la bouteille, et celui du tissu, de 11 $ le mètre. QUESTION SUPPLÉMENTAIRE
a) Quelle était la composition du panier de l’IPC en 2014 ?
3. L’Enquête sur les dépenses des ménages à Pétard-Ville
b) Calculez le facteur de pondération de chacun des révèle que les gens n’y consomment que des pétards et
biens du panier en 2014. des pansements. En 2014, année de l’enquête et période
c) Calculez l’IPC en 2014 et en 2015. de base, le ménage type a dépensé 100 $ en pétards et
d) Trouvez le taux d’inflation en 2015 en calculant le 10 $ en pansements. En 2014, le prix des pétards était
pourcentage de changement relatif du coût du panier de 2 $ l’unité, et celui des pansements, de 1 $ le paquet.
de 2014 à 2015. Dans l’année courante, 2015, le prix des pétards est de 3 $
e) Montrez que le taux d’inflation calculé en d) est égal l’unité, et celui des pansements, de 1,25 $ le paquet.
à la moyenne pondérée des variations de prix de a) Calculez le panier de l’IPC de la période de base, ainsi
chacun des produits du panier. que la pondération de chacun des biens du panier.

2. Le tableau 1 donne les IPC de la Haute-Slobovie de 2013 b) Calculez l’IPC et le taux d’inflation en 2015, et montrez
à 2015. Calculez les taux d’inflation pour 2014 et 2015. que ce dernier est égal à la moyenne pondérée des
Le niveau des prix a-t-il monté ou baissé entre 2014 et variations de prix de chacun des produits du panier
2015 ? Le taux d’inflation a-t-il monté ou baissé entre de l’IPC.
2014 et 2015 ?

RÉPONSES

1. a) Le panier de l’IPC contient les quantités achetées en 2014, année de d) Pour calculer le taux d’inflation en 2015, il faut diviser la différence de
l’enquête. Le ménage type a dépensé 60 $ en jus à 4 $ la bouteille ; il l’IPC de 2015 et de l’IPC de 2014 par l’IPC de 2014, puis multiplier par
en a donc acheté 15 bouteilles. Il a aussi dépensé 40 $ en tissu à 10 $ 100, ce qui donne un taux d’inflation de 19 %, ou [(119 – 100)] × 100.
le mètre ; il en a donc acheté 4 mètres. Le panier de l’IPC contient donc e) De 2014 à 2015, le prix du jus a augmenté de 25 %, [(5 $ – 4 $) ÷ 4 $]
15 bouteilles de jus et 4 mètres de tissu. × 100, et le prix du tissu a augmenté de 10 %, [(11 $ – 10 $) ÷ 10 $] × 100.
b) En 2014, le ménage type a dépensé 60 $ en jus et 40 $ en tissu ; En b), nous avons calculé un facteur de pondération de 0,6 pour le jus
ses dépenses totales s’élevaient donc à 100 $. Ses dépenses en jus et de 0,4 pour le tissu. Donc, la moyenne pondérée de l’augmentation
représentaient 60 % de ses dépenses totales [(60 $ ÷ 100 $) × 100], des prix est de 19 % [(25 % × 0,6) + (10 % × 0,4) = (15 % + 4 %)].
soit un facteur de pondération de 0,6, tandis que ses dépenses en 2. Le taux d’inflation en 2014 est de 21,8 %, [(274 – 225) ÷ 225] × 100. En
tissu représentaient 40  % du panier [(40 $ ÷ 100 $) ×  100], soit un 2015, il est de 13,1 %, [(310 – 274) ÷ 274] × 100. Entre 2014 et 2015, le
facteur de pondération de 0,4. niveau des prix a monté, mais le taux d’inflation a baissé.
c) L’IPC de 2014 est égal à 100, puisque 2014 est l’année de base. Pour
calculer l’IPC de 2015, il faut trouver le coût du panier de l’IPC en 2014
et en 2015. En 2014, il se chiffrait à 100 $ (60 $ en jus + 40 $ en tissu),
et en 2015, à 119 $ [75 $ en jus (15 bouteilles à 5 $ la bouteille) + 44 $
en tissu (4 mètres à 11 $ le mètre)]. L’IPC de 2015 est donc égal à 119
[(119 $ ÷ 100 $) × 100].
114 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

5.2 VALEURS NOMINALES ET VALEURS RÉELLES


En 2015, poster une lettre au Canada coûtait 1,00 $. Un siècle plus tôt, en 1915, poster
la même lettre ne coûtait que 0,02 $. Payez-vous vraiment 50 fois plus cher que votre
arrière-grand-mère pour poster une lettre ? Vous savez bien que non. Comme le dollar
de 2015 permettait d’acheter moins de choses que le dollar de 1915, un timbre ne coûtait
pas vraiment 50 fois plus cher. Cela dit, le coût du timbre a-t-il augmenté depuis un
siècle ? Avez-vous payé plus cher en 2015 que votre arrière-grand-mère en 1915 pour
poster une lettre au Canada ? L’IPC permet de répondre à de telles questions. En fait,
c’est une de ses principales raisons d’être. Voyons comment on peut comparer le prix
d’un timbre en 1915 et le prix d’un timbre en 2015.

LA VALEUR DES DOLLARS ET DES CENTS À DIFFÉRENTES DATES


Pour comparer des montants d’argent à différentes dates, il faut savoir quel était l’IPC
à ces dates. En 2015, l’IPC était de 126,6 ; en 1915, il était de 6,1 (2002 = 100). Avec ces
deux chiffres, on peut calculer la valeur relative du dollar en 1915 et en 2015. Pour ce
faire, on divise l’IPC de 2015 par l’IPC de 1915. Ce ratio est égal à 126,6 ÷ 6,1 = 20,8.
Autrement dit, en moyenne, les prix étaient 20,8 fois plus élevés en 2015 qu’en 1915.
On peut utiliser ce ratio pour convertir le prix d’un timbre de 0,02 $ en 1915 en son
équivalent en 2015 à l’aide de la formule suivante :
Prix d’un timbre en dollars de 1915, converti en dollars de 2015 =

IPC en 2015 0,02 $ × 126,6


Prix d’un timbre en dollars de 1915 × = = 0,42 $
IPC en 1915 6,1
Saviez-vous que… Le résultat (0,42 $) est égal au prix d’un timbre en 1915 (0,02 $)
En 1982, le prix moyen d’un litre multiplié par le ratio de nos deux indices de prix (20,8). Poster une
d’essence était de 0,45 $ au Québec. En lettre coûtait donc réellement moins cher à votre arrière-grand-mère
2015, il avoisinait 1,10 $3. Étant donné que en 1915 (0,42 $ en valeur d’aujourd’hui) qu’à vous en 2015 (1,00 $).
l’IPC est passé de 54,9 à 126,6 de 1982 à Ce calcul est un exemple de conversion d’une valeur nominale en
20154, le litre d’essence est-il réellement une valeur réelle. Une valeur nominale s’exprime en dollars courants ;
plus cher aujourd’hui (en 2015) ? une valeur réelle, en dollars constants (en dollars d’une année de base
ou de référence).
RÉPONSE

Le prix moyen d’un litre d’essence en dollars de


1982, converti en dollars de 2015, est de 1,04 $, soit Deux autres différences entre les valeurs réelles et nominales
[(0,45 $ × 126,6) ÷ 54,9]. Un litre d’essence coûtait jouent un rôle crucial en macroéconomie et… dans nos vies :
donc 0,06 $ de moins en 1982 (1,04 $ en dollars de
2015) qu’en 2015 (1,10 $). • La différence entre salaire nominal et salaire réel ;
• La différence entre taux d’intérêt nominal et taux d’intérêt réel.

SALAIRE NOMINAL ET SALAIRE RÉEL


Salaire nominal Le prix du travail est le salaire. Le salaire nominal est le salaire exprimé en dollars
Salaire exprimé en
dollars courants.
courants (aux prix d’aujourd’hui). Le salaire réel est le salaire exprimé en dollars
constants (aux prix de l’année de base).
Salaire réel
Salaire exprimé en dollars Pour calculer le salaire réel, on divise le salaire nominal par l’IPC de la période cou-
constants (dollars de l’année rante, puis on multiplie par l’IPC de l’année de base (égal à 100 par définition).
de base), mesurant la quantité
de biens et services qu’on peut
Salaire nominal en 2015 × IPC de l’année de base
se procurer. Salaire réel en 2015 =
IPC de 2015

3. Statistique Canada, CANSIM, tableau 326-0009, Prix de détail moyens, essence et mazout,
selon le centre urbain, mensuel (cents par litre), modifié le 22-07-2016.
4. Statistique Canada, CANSIM, tableau 326-0021, Indice des prix à la consommation, annuel
(2002-100 sauf indication contraire), modifié le 22-01-2016.¢
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 115

En 2015, le salaire nominal moyen se chiffrait à 855,66 $ par semaine et l’IPC était
de 126,6 (2002 = 100), de sorte qu’en dollars de 2002 le salaire réel moyen était de
675,88 $ par semaine.

855,66 $ × 100
Salaire réel en 2015 = = 675,88 $
126,6
Le salaire réel exprimé en dollars constants mesure la quantité de biens et services
qu’on peut réellement se procurer ou le pouvoir d’achat. Toute variation du salaire réel
permet de mesurer la variation de la quantité de biens et services qu’on peut se procurer
ou du pouvoir d’achat. Par contre, une variation du salaire nomi-
nal mesure la variation de la quantité de biens et services qu’on Saviez-vous que…
peut se procurer et la variation des prix. Le salaire réel élimine les
Au 1er mai 2015, le salaire minimum au Québec
effets de l’inflation, qui influence la valeur du salaire nominal.
est passé à 10,55 $ l’heure, soit une hausse de
Ainsi, une hausse du salaire nominal ne signifie pas nécessai- 0,20 $ l’heure6. Étant donné que l’IPC est passé
rement qu’on est plus riche. Si l’inflation augmente plus vite que de 123,4 à 124,7 de 2014 à 20157, quel était le
le salaire nominal, le salaire réel diminue. Comme la hausse du salaire minimum réel en 2014 et en 2015 ? Le
salaire nominal ne suit pas l’augmentation généralisée des prix, salaire minimum réel a-t-il augmenté ou diminué
on s’appauvrit puisqu’on subit une baisse du pouvoir d’achat. durant cette période au Québec ?
Le salaire réel est une variable économique révélatrice, car il

RÉPONSE
mesure la rétribution réelle du travail, principal déterminant du Le salaire minimum réel en 2014 était de 8,39 $ [(10,35 $ ÷
123,4) × 100]. En 2015, le salaire minimum réel était de 8,46 $
niveau de vie, ainsi que le coût réel du travail, qui influe sur la [(10,55 $ ÷ 124,7) × 100]. Au Québec, le salaire minimum réel a
quantité de main-d’œuvre que les entreprises sont prêtes à augmenté de 0,07 $, soit d’à peine 0,8 %, de 2014 à 2015.
embaucher.

TAUX D’INTÉRÊT NOMINAL ET TAUX D’INTÉRÊT RÉEL


Le taux d’intérêt nominal est le rendement en pourcentage de la valeur nominale d’un Taux d’intérêt nominal
prêt ou d’un dépôt. Par exemple, si vous déposez 100 $ (valeur nominale) dans un compte Rendement en pourcentage de
la valeur nominale d’un prêt ou
d’épargne à la banque à un taux d’intérêt nominal de 5 % par année, vous recevrez 5 $ d’un dépôt.
d’intérêt à la fin de l’année.
Le taux d’intérêt réel est le rendement en pourcentage de la valeur réelle (pouvoir Taux d’intérêt réel
d’achat) d’un prêt ou d’un dépôt : c’est le taux d’intérêt nominal moins les effets de l’in- Rendement en pourcentage
de la valeur réelle (pouvoir
flation. Considérons qu’à la fin de l’année, votre dépôt représente 105 $ (100 $ + 5 $ d’achat) d’un prêt ou d’un dépôt
d’intérêt). Si les prix grimpent de 3 % durant l’année, il vous faudra 103 $ pour acheter (soustraire le taux d’inflation du
taux nominal).
ce qui vous coûtait 100 $, l’année précédente. Donc, vous n’avez gagné que 2 $ d’intérêt
(105 $ - 103 $), ce qui correspond approximativement à un taux d’intérêt réel de 2 %
par année.
Pour convertir un taux d’intérêt nominal en un taux d’intérêt réel, il suffit de sous-
traire le taux d’inflation du taux nominal. Ainsi :

Taux d’intérêt réel = Taux d’intérêt nominal – Taux d’inflation


Taux d’intérêt réel = 5 % – 3 % = 2 %
Si le taux d’intérêt nominal est de 5 % par année, et le taux d’inflation, de 3 % par
année, le taux d’intérêt réel est de 2 % par année5 (5 % – 3 %).
Par contre, si le taux d’inflation passe de 3 % à 6 %, le taux d’intérêt réel de votre dépôt
devient négatif, (5 % - 6 % = -1 %). Vous vous appauvrissez, mais votre banque s’enrichit
puisque le taux d’intérêt nominal de votre dépôt est inférieur au taux d’inflation.

5. Si on tient compte de la perte de pouvoir d’achat des 2 $ d’intérêt, la formule devient la


suivante : Taux d’intérêt réel = (Taux d’intérêt nominal – Taux d’inflation) ÷ [1 + (Taux d’infla-
tion/100)] Ainsi, dans notre exemple : Taux d’intérêt réel = (5 % – 3 %) ÷ (1 + 0,03) = 1,94 %.
6. Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, [en ligne], www.
cnt.gouv.qc.ca/salaire-paie-et-travail/salaire/.
7. Statistique Canada, CANSIM, tableau 326-0021 et produit no 62-001-X au catalogue, Indice
des prix à la consommation, aperçu historique, par province et territoire (2011 à 2015),
modifié le 22-01-2016.
116 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Coup d’œil
SUR LE PASSÉ

Les salaires nominaux et les salaires réels des premiers ministres


du Canada
Le salaire réel d’un pilote de ligne ou d’un mineur était-il plus élevé
en 2015 qu’en 1960 ? Le progrès a tellement changé la nature de
ces emplois que la comparaison serait forcément boiteuse.

Par contre, le travail de premier ministre n’a guère changé.


La description d’emploi est restée sensiblement la même, et le
stress inhérent à la fonction est probablement très similaire.
Il est donc tentant de calculer les salaires réels des premiers
ministres qui se sont succédé au Canada pour voir comment leur
rétribution a évolué au fil des ans. La figure ci-dessous montre
que le salaire nominal du premier ministre du Canada (ligne
verte), qui était de 14  500 $ par année en 1906, n’a progressé
que très lentement pendant presque un demi-siècle.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’inflation a grugé le


salaire réel du premier ministre (ligne rouge). Après la guerre, la
déflation (baisse des prix) a compensé une partie de ces pertes. Le salaire réel de Justin Trudeau sera-t-il inférieur ou supérieur à son salaire nominal ?
Au début des années 1930, la chute des prix entraînée par la
Grande Dépression a fait grimper le salaire (en dollars réels) de que Stephen Harper jusqu’au 1er avril 2016, date où son salaire
R. B. Bennett à un niveau inégalé depuis Wilfrid Laurier. est passé de 334 800 $ à 340 800 $, une augmentation de 1,8 %.

Dans les trois décennies qui ont suivi, l’inflation a Le salaire réel des premiers ministres du Canada a-t-il
recommencé à éroder le salaire du premier ministre jusqu’à toujours été supérieur à leur salaire nominal depuis 1906 ?
ce qu’il ne représente plus que la moitié de ce qu’il était à son Pourquoi le salaire réel et le salaire nominal de Jean Chrétien
sommet de 1933. En 1963, une augmentation de salaire de étaient-ils identiques ? Pourquoi le salaire réel de Stephen Harper
61  % l’a ramené à peu près à son niveau de 1912 mais, après était-il inférieur à son salaire nominal ? Le salaire réel de Justin
1963, l’inflation a recommencé à grignoter le pouvoir d’achat Trudeau sera-t-il inférieur ou supérieur à son salaire nominal ?
du premier ministre, et ce, malgré plusieurs augmentations
Les salaires des premiers ministres du Canada depuis 1903
du salaire nominal. À la fin des années 1990, le salaire réel du
Salaire du premier ministre (en milliers de dollars par année)
premier ministre était revenu à son niveau de 1962.
350
Toutefois, de 1997 à 2003, il a presque doublé, ce qui a
300 Justin
fait de Jean Chrétien, de Paul Martin et de Stephen Harper les Wilfrid Richard Lester
Paul
Martin Trudeau
Laurier Bennett Pearson
premiers ministres les mieux payés depuis Wilfrid Laurier en 250 Jean
Stephen
1905. De 2001 à 2004, le salaire nominal du premier ministre Chrétien
Harper
200
était le même que celui du juge en chef de la Cour suprême. Salaire
Depuis 2004, pour éviter l’érosion de son pouvoir d’achat, il est 150
réel

indexé à la moyenne des rajustements salariaux dans les grands Louis


St-Laurent
Pierre
Trudeau
100
règlements (500 employés et plus) du secteur privé. Le salaire
de 334 800 $ gagné par Stephen Harper en 2015 correspond à 50 Salaire
un salaire réel de 264 455 $ en dollars de 2002, soit moins que le nominal

salaire de Jean Chrétien en 2002 (272 172 $). Le salaire nominal 0


1903 1923 1943 1963 1983 2003 2023
de Stephen Harper est resté constant de 2009 à 2012, alors que Année

l’inflation a augmenté. Il a donc vu son salaire réel diminuer. Sources : Bibliothèque du Parlement, Indemnités, salaires et allocations, 1er avril 2015.
Statistique Canada, L’indice des prix à la consommation, CANSIM, tableau 326-0021
Justin Trudeau, élu en octobre 2015, recevait le même salaire et produit no 62-001-X au catalogue, modifié le 22-01-2016.
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 117

5.2
2 Corriger des valeurs monétaires pour tenir compte de l’inflation : le salaire réel et le taux d’intérêt réel

EXERCEZ-VOUS QUESTION SUPPLÉMENTAIRE


1. Le tableau 1 donne le prix de l’essence et l’IPC pour 2000, 4. Le tableau 2 donne le taux d’intérêt nominal et le taux
2007 et 2014 au Pays Vert. d’inflation de la Basse-Slobovie de 2012 à 2015.
a) Calculez le prix réel de l’essence pour chacune de ces a) Calculez le taux d’intérêt réel pour chacune de ces
années en dollars de 2002. années.
b) Durant laquelle de ces années le prix réel de l’essence b) Le taux d’intérêt réel de la Basse-Slobovie a-t-il été
était-il le plus élevé ? négatif pour l’une ou l’autre de ces années ? Pourquoi ?
c) De combien le prix réel de l’essence a-t-il varié entre Tableau 1
2000 et 2014 ?
Prix de l’essence IPC
Année
2. En 2015, Fiction Industries a consenti à payer ses (en dollars par litre) (2002 = 100)
travailleurs 22 $ l’heure, une augmentation de 10 % par 2000 1,12 120,3
rapport au salaire horaire de 2010, qui était de 20 $. L’IPC
était de 120,4 en 2010 et de 125 en 2015. 2007 1,24 144,0

a) Calculez le salaire réel en 2010 et en 2015. 2014 1,34 158,0

b) De combien le salaire réel des travailleurs de Fiction Tableau 2


Industries a-t-il varié entre 2010 et 2015 ?
Taux d’intérêt nominal Taux d’inflation
3. Miriam a travaillé à temps plein pendant un an afin Année (en pourcentage (en pourcentage
d’économiser suffisamment d’argent pour pouvoir étudier par année) par année)
à temps plein l’année suivante. Elle a placé ses économies 2012 4 2
dans un fonds mutuel à un taux d’intérêt nominal de 7 %
2013 5 1
par année. L’IPC était de 123 au début de l’année et de
132 à la fin. À quel taux d’intérêt réel Miriam a-t-elle placé 2014 2 4
ses économies ? 2015 3 5

RÉPONSES

1. a) Pour calculer le prix réel de l’essence en dollars de 2002, il faut diviser b) Le salaire réel des travailleurs n’a augmenté que de 0,99 $ l’heure, soit
son prix nominal par l’IPC de chacune de ces années, puis multiplier par de 6 %.
100, ce qui donne 0,93 $ pour 2000, 0,86 $ pour 2007 et 0,85 $ pour 2014. 3. Durant l’année où Miriam a travaillé, le taux d’inflation était de 7,3  %,
b) C’est en 2000 que le prix réel de l’essence était le plus élevé ; celle-ci soit [(132 – 123) ÷ 123] × 100. Ses économies étaient placées à un taux
coûtait alors 0,93 $ (en dollars de 2002) par litre. d’intérêt réel égal au taux d’intérêt nominal (7 %) moins le taux d’inflation
c) Entre 2000 et 2014, le prix réel de l’essence est passé de 0,93 $ à 0,85 $ (7,3 %), soit à –0,3 % (7 % – 7,3 %). Miriam a donc placé ses économies à un
par litre, une baisse de 0,08 $, soit de 8,6 %. taux d’intérêt réel négatif. (Notons que, si elle avait gardé ses économies
2. a) En 2010, le salaire réel en dollars de 2002 était de 16,61 $ l’heure sous son matelas, son taux d’intérêt nominal aurait été de 0 %, et son taux
[(20 $ ÷ 120,4) × 100]. En 2015, il était de 17,60 $ l’heure [(22 $ ÷ 125) d’intérêt réel, de –7,3 %, ce qui aurait été encore pire.)
× 100].
118 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

5.3 LES INDICATEURS DU MARCHÉ DU TRAVAIL


Tous les mois, 720 intervieweurs de Statistique Canada prennent contact avec quelque
54 000 ménages pour les interroger sur la situation d’emploi de leurs membres. Les
résultats de cette Enquête sur la population active permettent à Statistique Canada de
surveiller en permanence l’état du marché du travail canadien.

L’ENQUÊTE SUR LA POPULATION ACTIVE


La figure 5.2 présente les données sur la population canadienne en 2015. Statistique
Canada divise la population en deux groupes : celle qui est en âge de travailler et celle
Population en âge qui ne l’est pas. L’expression population en âge de travailler désigne l’ensemble des
de travailler
personnes âgées de 15 ans et plus8. En 2015, au Canada, on estimait cette population à
Ensemble des personnes âgées
de 15 ans et plus. 29,280 millions d’individus.
Population active La population en âge de travailler se divise à son tour en deux groupes : la population
Ensemble des personnes active et la population inactive (les inactifs). La population active se compose de l’en-
occupées et des chômeurs.
semble des personnes occupées et des chômeurs. En 2015, la population active du
Canada comptait 19,278 millions de personnes, et la population inactive, 10,002 millions
de personnes, dont certaines étudiaient à temps plein ou étaient à la retraite et n’occu-
paient aucun emploi.
La population active se divise en deux groupes : les personnes occupées et les chô-
meurs. En 2015, la population active canadienne se composait de 17,947 millions de
personnes occupées et de 1,331 million de chômeurs.

Figure 5.2 Données sur la population canadienne en 2015

Population totale
(35,9 millions)
La population en âge de travailler se divise
en deux groupes : la population active et la
Population en âge de travailler population inactive. La population active
(29,280 millions) se divise à son tour en deux groupes :
les personnes occupées et les chômeurs.
Population de
Population active moins de 15 ans Sources : Statistique Canada, CANSIM, tableaux
282-0002 et 282-0022, Caractéristiques de la
(19,278 millions) (6,620 millions) population active, emploi et chômage, modifié le
08-01-2016. Statistique Canada, CANSIM, tableau
Population inactive 051-0001, Estimations de la population, selon
Personnes occupées Chômeurs (10,002 millions) le groupe d’âge et le sexe au 1er juillet, Canada,
provinces et territoires, annuel (personnes sauf
(17,947 millions) (1,331 million)
indication contraire), modifié le 28-09-2015.

0 5 10 15 20 25 30 35 40
Population (en millions)

LA NOMENCLATURE DE L’ENQUÊTE
Selon la nomenclature de l’Enquête sur la population active, fait partie des personnes
occupées toute personne qui, dans la semaine précédant l’enquête :
• A fait un travail rémunéré quelconque pour un employeur ou à son propre compte
(cela comprend aussi le travail familial non rémunéré, c’est-à-dire le travail non
rémunéré pour une entreprise dirigée ou gérée par un membre du ménage) ;

8. Ce groupe exclut les militaires, les personnes institutionnalisées, les habitants du Yukon, des
Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, ainsi que les résidents des réserves amérindiennes.
Ces personnes soit ne peuvent faire partie du marché du travail, soit travaillent dans des con-
ditions qui ne sont pas représentatives de celles du marché du travail canadien. On désigne
souvent la population en âge de travailler par l’expression population civile hors institutions
de 15 ans et plus (ou P15+).
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 119

• Avait un emploi, mais n’était pas au travail à cause d’une maladie ou d’une in-
capacité, pour obligations personnelles ou familiales, pour des vacances ou à la
suite d’un conflit de travail.
Selon cette même nomenclature, fait partie des chômeurs toute personne qui, dans
la semaine précédant l’enquête, était sans emploi et disponible pour travailler, et satis-
faisait à l’une des trois conditions suivantes :
• Avoir été mise à pied temporairement, mais s’attendre à être rappelée au travail
et être disponible pour travailler ;
• Être sans emploi, avoir activement cherché un emploi au cours des quatre der-
nières semaines et être disponible pour travailler ;
• Avoir été engagée pour un nouvel emploi, être appelée à s’y présenter dans les
quatre semaines à compter de la semaine de référence et être disponible pour
travailler.
Toute personne en âge de travailler qui, selon les critères précédents, n’est ni occupée
ni chômeur est exclue de la population active.

LES TROIS PRINCIPAUX INDICATEURS DU MARCHÉ DU TRAVAIL


À partir des données de l’Enquête sur la population active, Statistique Canada calcule
plusieurs indicateurs de l’état du marché du travail, notamment :
• Le taux d’activité ;
• Le taux d’emploi ;
• Le taux de chômage.

Le taux d’activité
Le nombre de personnes qui composent la population active sert d’indicateur de la
volonté des personnes en âge de travailler à trouver un emploi. Le taux d’activité est le Taux d’activité
Pourcentage de la population
pourcentage de la population active au sein de la population en âge de travailler :
active au sein de la population
en âge de travailler.
Population active
Taux d’activité = × 100
Population en âge de travailler
En 2015, la population active comptait 19,278 millions de personnes, et la population
en âge de travailler, 29,280  millions. On calcule donc le taux d’activité en 2015
comme suit :

19,278 millions
Taux d’activité = × 100 = 65,8 %
29,280 millions

Le taux d’emploi
Le taux d’emploi, aussi appelé rapport emploi-population, mesure le pourcentage de Taux d’emploi
personnes occupées au sein de la population en âge de travailler. On le calcule selon la Pourcentage de personnes
occupées au sein de la
formule suivante : population en âge de travailler.

Personnes occupées
Taux d’emploi = × 100
Population en âge de travailler
En 2015, la population en âge de travailler comptait 29,280 millions de personnes,
dont 17,947 millions étaient occupées. Le taux d’emploi était donc de 61,3 % :

17,947 millions
Taux d’emploi = × 100 = 61,3 %
29,280 millions
120 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Le taux de chômage
Chômage L’ampleur du chômage révèle la disponibilité des emplois sur le marché du travail
Situation d’une personne,
– la difficulté qu’éprouvent les personnes qui cherchent un emploi à en trouver un. Le
d’une entreprise ou d’un
secteur de l’activité économique taux de chômage est le pourcentage de chômeurs au sein de la population active.
caractérisée par le manque Autrement dit :
de travail.
Taux de chômage Nombre de chômeurs
Pourcentage de chômeurs au Taux de chômage = × 100
sein de la population active. Population active
En 2015, le nombre de chômeurs s’élevait à 1,331 million, et la population active
comptait 19,278 millions de personnes. On calcule donc le taux de chômage en 2015
comme suit :

1,331 million
Taux de chômage = × 100 = 6,9 %
19,278 millions

LES TRAVAILLEURS À TEMPS PARTIEL INVOLONTAIRE


Travailleur à temps plein L’Enquête sur la population active mesure aussi le nombre de travailleurs à temps plein
Personne qui travaille
habituellement 30 heures ou
et de travailleurs à temps partiel. Les travailleurs à temps plein sont ceux qui travaillent
plus par semaine. habituellement 30 heures ou plus par semaine, et les travailleurs à temps partiel, ceux
Travailleur à temps partiel qui travaillent habituellement moins de 30 heures par semaine. En 2015, la population
Personne qui travaille occupée comptait 17,947 millions de personnes ; de ce nombre, 14,559 millions travail-
habituellement moins de
30 heures par semaine.
laient à temps plein, et 3,388 millions, à temps partiel.
Travailleur à temps Dans le chômage partiel, les travailleurs à temps partiel involontaire, c’est-à-dire
partiel involontaire les travailleurs à temps partiel qui veulent du travail à temps plein, mais n’en trouvent
Travailleur à temps partiel qui
veut du travail à temps plein,
pas, ne sont pas considérés comme des chômeurs. Le taux de chômage sous-estime donc
mais n’en trouve pas. le taux de chômage réel9.

LES TRAVAILLEURS DÉCOURAGÉS


Les trois indicateurs que nous venons d’étudier sont conçus pour être utilisés conjointe-
ment. S’en tenir au seul taux de chômage, comme le font souvent les médias, peut être
trompeur.
Par exemple, une baisse du taux de chômage n’est pas nécessairement une bonne
nouvelle ; elle peut indiquer que les conditions du marché du travail sont tellement
moroses que de nombreuses personnes ont cessé de chercher activement un emploi et
Travailleur découragé ont rejoint les inactifs. On appelle travailleurs découragés (ou chercheurs d’emploi
(ou chercheur d’emploi
découragé) découragés) ces personnes sans emploi, disponibles et désireuses de travailler, mais qui
Personne sans emploi, n’étaient pas activement à la recherche d’un emploi au cours des  quatre dernières
disponible et désireuse de semaines. Comme elles ne sont plus recensées comme chômeurs, le taux de chômage
travailler, mais qui n’était pas
activement à la recherche d’un diminue. Dans une telle situation, le taux d’emploi et le taux d’activité seraient à la
emploi au cours des quatre baisse.
dernières semaines.
À l’inverse, une hausse du taux de chômage n’est pas nécessairement une mauvaise
nouvelle. À la fin d’une récession, plusieurs travailleurs découragés reviennent sur le
marché du travail. Comme ils n’ont pas encore d’emploi et qu’ils sont activement à la
recherche d’un emploi, ils sont recensés comme chômeurs, et le taux de chômage aug-
mente. Dans une telle situation, le taux d’activité de la population augmente et, par la
suite, le taux d’emploi aussi.

9. Pour mesurer l’étendue de ce type de sous-emploi, Statistique Canada calcule le taux de


travail à temps partiel involontaire, c’est-à-dire le pourcentage de la population active qui
occupe un emploi à temps partiel, mais qui désire un emploi à temps plein, selon la formule
suivante :
Taux de travail à temps Nombre de travailleurs à temps partiel involontaire
= × 100
partiel involontaire Population active
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 121

LES TYPES DE CHÔMAGE Saviez-vous que…


Selon ses causes, on distingue quatre types de chômage :
En 2015, la population québécoise âgée de 15 ans
• Le chômage frictionnel ; et plus comptait 6 843 300 personnes, la population
• Le chômage structurel ; à l’emploi, 4 097 000 personnes, et la population en
• Le chômage saisonnier ; chômage, 337 200 personnes10. Quels étaient le taux
• Le chômage cyclique. de chômage, le taux d’activité et le taux d’emploi
au Québec ?
Le chômage frictionnel

RÉPONSE
On appelle chômage frictionnel le chômage qui résulte de En 2015, le taux de chômage s’établissait à 7,6 %, soit
la mobilité normale de la main-d’œuvre. Deux raisons [337 200 ÷ (4 097 000 + 337 200) × 100]. Le taux d’activité était
de 64,8 %, soit [(4 097 000 + 337 200) ÷ 6 843 300 × 100]. Enfin,
expliquent cette mobilité. Premièrement, des personnes le taux d’emploi représentait 59,9 % de la population en âge
intègrent ou quittent tous les jours le marché du travail de travailler au Québec et était calculé ainsi : [(4 097 000 ÷
6 843 300) × 100].
(finissants en quête d’un premier emploi, retours aux études,
congés de maternité ou de paternité, etc.). Deuxièmement,
le roulement des entreprises entraîne inévitablement la
création et l’élimination continuelle d’emplois. Ce type de chômage est un phénomène Chômage frictionnel
Chômage qui résulte de la
permanent et sain dans une économie dynamique et en croissance. mobilité normale de la main-
Il suffit de lire le journal ou d’aller sur un des nombreux sites web spécialisés pour d’œuvre, c’est-à-dire du fait que
des gens intègrent ou quittent
constater qu’il y a toujours des postes vacants et des personnes en quête de travail. En continuellement le marché
général, les employeurs n’embauchent pas le premier venu, et les chômeurs ne sautent du travail.
pas sur le premier emploi vacant ; les uns comme les autres essaient plutôt de trouver
ce qu’ils pensent leur convenir le mieux. La recherche d’emploi permet aux personnes
au chômage de trouver un travail qui correspond à leurs compétences, à leurs champs
d’intérêt et à leurs exigences salariales ; entre-temps, ils sont en chômage frictionnel.

Le chômage structurel
Le chômage structurel apparaît quand le progrès technologique ou la concurrence inter- Chômage structurel
nationale change les compétences requises pour occuper un emploi ou modifie la localisa- Chômage qui apparaît quand
le progrès technologique ou
tion des emplois. Comme ce type de chômage oblige les travailleurs à se recycler et peut-être la concurrence internationale
à déménager pour trouver un nouvel emploi, ces épisodes sont habituellement plus longs change les compétences
requises pour occuper un
que ceux du chômage frictionnel. Par exemple, si on automatise un central téléphonique à emploi ou modifie la localisation
Halifax, certains emplois disparaissent dans cette ville. Entre-temps, de nouveaux emplois des emplois.
dans la vente d’assurance et la vente au détail se créent au Québec, en Alberta et en
Colombie-Britannique. Après quelques mois de chômage, les ex-téléphonistes se résignent
à déménager, à se recycler et à accepter un de ces nouveaux emplois. Le chômage structurel
est une douloureuse épreuve, en particulier pour les travailleurs plus âgés, souvent forcés
de prendre une retraite précoce avec un revenu inférieur à celui qu’ils escomptaient.

Le chômage saisonnier
Comme son nom l’indique, le chômage saisonnier résulte de la baisse du nombre d’em-
Chômage saisonnier
plois en raison de contraintes saisonnières. Au Canada, ce type de chômage augmente Chômage qui résulte de la
l’hiver et diminue au printemps et à l’été. Le travailleur agricole qu’on licencie après la baisse du nombre d’emplois
en raison de contraintes
récolte automnale et qu’on réembauche l’été suivant est en chômage saisonnier. Au
saisonnières.
Canada, environ 200 000 travailleurs sont en chômage saisonnier tous les hivers.

Le chômage cyclique
Le terme chômage cyclique (ou conjoncturel) désigne le chômage dont les fluctuations Chômage cyclique
coïncident avec celles du cycle économique ; il augmente en période de récession et (ou conjoncturel)
Chômage dont les fluctuations
diminue en période d’expansion. Le travailleur de l’automobile qu’on licencie quand coïncident avec celles du cycle
l’économie entre en récession et qu’on réembauche quand une reprise s’amorce quelques économique ; augmente en
période de récession et diminue
mois plus tard est en chômage cyclique. en période d’expansion.

10. Statistique Canada, CANSIM, tableau 282-0002, Enquête sur la population active (EPA), esti-
mations selon le sexe et le groupe d’âge détaillé, annuel (personnes sauf indication contraire),
modifié le 08-01-2016.
122 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

LE PLEIN-EMPLOI
Plein-emploi Le chômage peut être élevé même en situation de plein-emploi. Une économie est en
Situation où l’économie produit situation de plein-emploi quand elle produit à sa pleine capacité, en utilisant efficace-
à pleine capacité en utilisant
efficacement toutes ses ment toutes ses ressources productives (main-d’œuvre, technologie, terre, capital et
ressources et où il n’y a aucun autres facteurs de production). Cependant, même dans ces conditions, certains travail-
chômage cyclique.
leurs peuvent encore être sans emploi. Le plein-emploi ne résorbe que le chômage
Taux de chômage naturel
cyclique ; les chômages frictionnel, structurel et saisonnier perdurent. Le taux de chô-
Taux de chômage observé
en situation de plein-emploi mage naturel est le taux observé en période de plein-emploi. Comme Statistique Canada
(addition des chômages publie chaque mois un taux de chômage désaisonnalisé pour tenir compte des variations
frictionnel et structurel).
saisonnières, le taux de chômage naturel équivaut à l’addition du chômage structurel et
du chômage frictionnel. Si l’économie n’est pas au plein-emploi, l’écart entre le taux de
chômage observé et le taux de chômage naturel s’explique par le chômage cyclique.
Il n’existe aucune mesure fiable du taux de chômage naturel. La plupart des écono-
mistes considèrent que ce taux fluctue et qu’il peut être élevé durant les périodes de
changements démographiques ou structurels rapides. Au Canada, le taux de chômage
naturel se situait probablement autour de 9 % au début des années 1990. Présentement,
il serait d’environ 6 %.

COMBIEN D’ARGENT VOUS FAUT-IL


POUR VIVRE ?
Votre revenu est-il suffisant pour faire face au coût de la vie ? Votre situation sur le
marché du travail détermine votre revenu, alors que le taux d’inflation détermine la
variation du coût de la vie. Toute baisse de votre revenu ou toute hausse du taux d’infla-
tion réduit votre pouvoir d’achat.

Quelle est votre situation sur le marché du travail ?


Il y a de fortes chances que vous travailliez dans le secteur des services – à condition,
bien sûr, que vous ayez trouvé du travail. Il est probable que, d’ici votre retraite, vous
occupiez plus d’un emploi. En effet, il se peut que vous décidiez d’en quitter un ou que
votre poste disparaisse si l’économie est en récession. Vous vous mettrez alors en quête
d’un nouveau travail.
Bref, dans le monde d’aujourd’hui, la situation de l’emploi fluctue. Il est possible que
vous changiez de travail et même que vous vous retrouviez momentanément en chômage
durant certaines périodes.
Considérez votre situation actuelle sur le marché du travail. Faites-vous partie de la
population active ? Cherchez-vous un emploi ? Si non, avez-vous un emploi ? Le cas
échéant, travaillez-vous à temps partiel ou à temps plein ?

Quel est le taux d’inflation au pays ?


Statistique Canada recueille tous les mois les données nécessaires à l’établissement de
la valeur de l’IPC (ou du coût de la vie) et du taux d’inflation (vitesse à laquelle le niveau
général des prix augmente). En prenant connaissance de ce dernier taux, vous serez en
mesure de savoir si l’augmentation de votre revenu est supérieure ou inférieure à la
hausse du coût de la vie.
Pour connaître l’état du marché du travail et le niveau de l’inflation dans l’ensemble
du pays ou dans votre région, visitez le site de Statistique Canada, www.statcan.gc.ca.
Vous y trouverez des données concernant la situation du marché du travail et de l’infla-
tion au Canada, mais aussi au Québec.
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 123
Coup d’œil
SUR L’ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE

Le taux de chômage au Québec Figure 1


Les taux de chômage au Québec et au Canada de 1975 à 2015
En 2015, le taux de chômage s’élevait à 7,6 % au Québec, alors Taux de chômage (en pourcentage)
qu’il n’était que de 6,9 % au Canada. La « nouvelle » n’a pas fait 15
les manchettes, et aucun économiste ne s’en est étonné, car Québec
historiquement le taux de chômage a toujours été plus élevé
au Québec que dans l’ensemble du Canada. Comme le montre 10 2010
2015
la figure 1, depuis une quarantaine d’années, l’écart entre les
taux de chômage canadien et québécois s’est maintenu autour Canada
5
de 2 % et a très peu varié (de 1,3 % à 3 %). Cette figure met
également en évidence l’effet des récessions de 1981-1982 et
de 1990-1992 (la pire depuis la Deuxième Guerre mondiale), qui 0
ont propulsé le chômage à des taux inégalés. La figure montre 1980 1988 1996 2004 2012 Année
aussi que le Québec a beaucoup mieux traversé la récession de
Figure 2
2009 que le Canada dans son ensemble. En effet, au sortir de la
Taux de chômage par province, en pourcentage (2015)
récession, en 2010, le taux de chômage au Québec a rejoint celui
Provinces
du Canada pour la première fois dans l’ensemble de la période
considérée. Il semble toutefois que  cette embellie ait été Terre-Neuve-et-Labrador
éphémère. Notons par ailleurs qu’après chacune des récessions Île-du-Prince-Édouard
l’emploi a mis plusieurs années à revenir à son niveau antérieur. Nouveau-Brunswick
Nouvelle-Écosse
En 2015, le taux de chômage du Québec (7,6  %) était Québec
nettement supérieur à celui de l’Ontario (6,8 %), comme on peut Canada
l’observer à la figure 2. Seules les provinces de Terre-Neuve- Ontario
et-Labrador (12,8  %), de l’Île-du-Prince-Édouard (10,4  %), du Colombie-Britannique
Nouveau-Brunswick (9,8  %) et de la Nouvelle-Écosse (8,6  %) Alberta
affichaient un taux de chômage supérieur à celui du Québec. Manitoba
Saskatchewan
Comme toutes les moyennes nationales, le taux de
chômage du Québec dissimule des écarts régionaux 0 3 6 9 12 15
considérables. Le tableau 1 permet de comparer le taux %
Tableau 1
de chômage de l’ensemble du Québec au 4e  trimestre de Taux de chômage par région administrative,
2015  avec celui que connaissait chacune de ses 17  régions en pourcentage (4e trimestre de 2015)
administratives (les taux de chômage des régions Côte-Nord
et Nord-du-Québec sont comptabilisés ensemble). Comme on Régions administratives Pourcentage

peut le constater, le taux de chômage variait de 15,1 % dans 11 – Gaspésie−Îles-de-la-Madeleine 15,1


04 – Mauricie 10,2
la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine à 4,5 % dans la région 06 – Montréal 10,7
Capitale nationale – un écart de 10,6 % ! 09/10 – Côte-Nord / Nord-du-Québec 9,8
13 – Laval 9,5
Quel était le taux de chômage de l’ensemble du Québec en 01 – Bas-Saint-Laurent 8,2
2015 ? Était-il supérieur ou inférieur à celui du Canada ? Était- 14 – Lanaudière 8,1
02 – Saguenay−Lac-Saint-Jean 7,9
il supérieur ou inférieur à celui des provinces de l’Ouest ? Si le
Ensemble du Québec 7,6
taux de chômage naturel s’élevait à 6 %, quelle était l’ampleur
08 – Abitibi-Témiscamingue 7,2
du chômage cyclique au Canada, au Québec et en Ontario ? 05 – Estrie 6,7
07 – Outaouais 6,6
Sources : Statistique Canada, CANSIM, tableau 282-0002, Enquête sur la population 17 – Centre-du-Québec 6,3
active (EPA), estimations selon le sexe et le groupe d’âge détaillé, annuel (personnes
sauf indication contraire), modifié le 08-01-2016.
16 – Montérégie 5,9
Statistique Canada, Enquête sur la population active, adapté par l’Institut de 12 – Chaudière-Appalaches 5,7
la statistique du Québec, Travail et rémunération, population active, emploi et 15 – Laurentides 5,2
chômage, Taux d’activité, d’emploi et de chômage, données désaisonnalisées, par
région administrative, Québec, 4e trimestre 2014 au 4e trimestre 2015, 28 janvier 03 – Capitale nationale 4,5
2016.
124 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

5.3
3 Expliquer les principaux indicateurs du marché du travail et leur calcul,
et distinguer les divers types de chômage

EXERCEZ-VOUS QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES


1. Au Pays Vert, la population en âge de travailler se compose 2. Au Pays Bleu, la population en âge de travailler compte
de 24,5 millions de personnes, la population active, de 24,97 millions de personnes, la population active,
15,9 millions de personnes, et la population occupée, 17,13 millions de personnes, et la population occupée,
de 14,7 millions de personnes. Le taux de chômage naturel 15,81 millions de personnes. Le taux de chômage naturel
est de 7,5 %. du Pays Bleu est de 7 %.
a) Calculez le taux de chômage. a) Calculez le taux de chômage.
b) Calculez le taux d’activité. b) Calculez le taux d’activité.
c) Calculez le taux d’emploi. c) Calculez le taux d’emploi.
d) Calculez l’ampleur du chômage cyclique. d) Calculez l’ampleur du chômage cyclique.
3. Au Pays Jaune, la population en âge de travailler
compte 214 millions de personnes, la population active,
143,9 millions de personnes, et la population occupée,
135,3 millions de personnes. Le taux de chômage naturel
du Pays Jaune est de 6 %.
a) Calculez le taux de chômage.
b) Calculez le taux d’activité.
c) Calculez le taux d’emploi.
d) Calculez l’ampleur du chômage cyclique.

RÉPONSES

1. a) La population active inclut l’ensemble des personnes occupées et c) Le nombre de personnes occupées était de 14,7  millions, et la
des chômeurs. Le nombre de chômeurs est donc égal au nombre population en âge de travailler, de 24,5 millions, ce qui donne un taux
de personnes qui composent la population active moins le nombre d’emploi de 60 % [(14,7 millions ÷  24,5 millions) × 100].
de personnes occupées, soit 1,2 million de personnes (15,9 millions d) Puisque le taux de chômage observé est égal au taux de chômage
– 14,7 millions). Le taux de chômage est le pourcentage de chômeurs naturel, le taux de chômage cyclique est nul. Le chômage cyclique a
au sein de la population active, soit 7,5 % [(1,2 million ÷ 15,9 millions) été résorbé complètement.
× 100].
b) Le taux d’activité de la main-d’œuvre est le pourcentage de la
population active au sein de population en âge de travailler, soit 64,9 %
[(15,9 millions ÷ 24,5 millions) × 100].
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 125

Le chapitre 5 en bref

1 Définir l’indice des prix à la consommation (IPC) et le taux d’inflation, et expliquer comment ils se calculent

Indice des prix à la consommation (IPC) Taux d’inflation


Mesure le niveau moyen des prix Pourcentage de variation de l’IPC d’une année à une autre
d’un panier fixe de biens et services
consommés par un ménage type (IPC de l’année courante – IPC de l’année précédente)
× 100
IPC de l’année précédente
Coût du panier courant
× 100
Coût du panier de base

2 Corriger des valeurs monétaires pour tenir compte de l’inflation :


le salaire réel et le taux d’intérêt réel

Salaire réel Conversion d’une valeur d’une année B en $ Taux d’intérêt réel
Salaire nominal d’une année A Taux d’intérêt nominal
× 100
IPC IPC d’une année A – Taux d’inflation
Valeur d’une année B ×
IPC d’une année B

3 Expliquer les principaux indicateurs du marché du travail


et leur calcul, et distinguer les divers types de chômage

Taux d’activité Chômage saisonnier


Population active Chômage résultant de la baisse du nombre d’emplois
× 100
Population en âge de travailler en raison de contraintes saisonnières
Taux de chômage Chômage frictionnel
Nombre de chômeurs Chômage résultant de la mobilité normale de la main-d’œuvre
× 100
Population active
Chômage cyclique (ou conjoncturel)
Taux d’emploi
Personnes occupées Chômage dont les fluctuations coïncident
× 100 avec celles du cycle économique
Population en âge de travailler
Chômage structurel
Chômage apparaissant quand un progrès
technologique ou la concurrence internationale
change les compétences requises pour occuper un emploi
ou modifie la localisation des emplois
126 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Questions
de révision
Au terme de la section 5.1, L’indice des prix à la consomma- 3. La Boldavie est un petit pays qui ne produit que trois biens :
tion, répondez aux questions 1 à 3. du vin, du fromage et du tissu. L’an dernier, le vin se vendait
5 $ le litre, le fromage, 20 $ le kilo, et le tissu, 10 $ le mètre
1. Deux pays, le Pays Chaud et le Pays Froid, mènent des carré. La  famille boldavienne typique dépensait alors
enquêtes sur les dépenses de consommation. Au Pays 3 000 $ en vin, 6 000 $ en fromage et 1 000 $ en tissu. Cette
Chaud, les consommateurs achètent 70  bouteilles d’eau, année, le vin se vend 5,50 $ le litre, le fromage, 22 $ le kilo,
20  kilos de pain et 10  litres d’huile d’olive par année. Au et le tissu, 12 $ le mètre carré.
Pays Froid, les consommateurs n’achètent aucune bouteille a) Décrivez la composition du panier de l’IPC de la
d’eau (ils sucent des glaçons qui ne leur coûtent rien), mais Boldavie pour l’année dernière (année de base).
ils achètent 80 litres d’huile d’olive et 20 kilos de pain par b) Calculez le coût du panier de l’année dernière et de
année. Les prix dans les deux pays sont les mêmes, et cette année.
mesurés avec la même monnaie, le dollar. Dans l’année de
c) Calculez l’IPC de la Boldavie pour l’année dernière et
base, l’eau embouteillée coûtait 1 $ la bouteille, le pain, 5 $
pour cette année.
le kilo, et l’huile d’olive, 10 $ le litre. Dans l’année courante,
l’eau embouteillée coûte 2 $ la bouteille, le pain, 6 $ le kilo, d) Quel est le taux d’inflation en Boldavie cette année ?
et l’huile d’olive, 11 $ le litre. e) Selon l’éditorialiste du Bolda-Matin, la principale cause
de l’inflation au pays est l’augmentation de 20 % du
a) Quel est l’IPC au Pays Chaud dans l’année courante ? prix du tissu. Êtes-vous d’accord avec cette affirmation ?
b) Quel est l’IPC au Pays Froid dans l’année courante ? Pourquoi ? (Suggestion : calculez la moyenne pondérée
c) Dans lequel de ces deux pays l’IPC a-t-il augmenté le des variations de prix.)
plus rapidement ?
d) Pourquoi l’IPC a-t-il augmenté plus rapidement dans Au terme de la section 5.2, Valeurs nominales et valeurs
l’un des deux pays ? réelles, répondez aux questions 4 et 5.

2. Le tableau 1 présente les habitudes de consommation des 4. Le tableau 2 montre le salaire nominal moyen et le salaire
cégépiens du Pays du Futur, avec le prix des biens de leur réel d’un groupe de travailleurs, de même que l’IPC pour les
panier en janvier 2017 (période de base) et en janvier 2018 années consécutives 1, 2 et 3.
(période courante).
a) Calculez les valeurs qui manquent dans ce tableau.
a) Calculez le coût du panier de biens des cégépiens du b) Si le taux d’inflation est de 5 % la quatrième année
Pays du Futur en janvier 2017, puis en janvier 2018. et si le salaire nominal monte à 882 $, quelle sera la
b) Calculez l’IPC pour janvier 2017 et janvier 2018. variation du salaire réel des travailleurs ?
c) Calculez le taux d’inflation de janvier 2017 à janvier
2018. Tableau 2
d) Calculez le pourcentage de variation de prix de chacun Salaire Salaire
Année IPC
des quatre biens qui composent le panier de janvier nominal réel
2017 à janvier 2018.
1 760 $ 95
e) Calculez le facteur de pondération de chacun de ces
quatre biens en janvier 2017. 2 798 $ 798 $
f) Calculez la moyenne pondérée du pourcentage 3 105 800 $
d’augmentation des prix de ces quatre biens de janvier
2017 à janvier 2018.
g) Montrez que le taux d’inflation mesuré par l’IPC est la 5. Cette année, le taux d’intérêt nominal est de 9  % en
moyenne pondérée du pourcentage d’augmentation de Haute-Slobovie et de 5  % en Basse-Slobovie. Le taux
prix des quatre biens qui composent le panier. d’inflation est de 10  % en Haute-Slobovie et de 3  % en
Basse-Slobovie.
Tableau 1 a) Quel est le taux d’intérêt réel en Haute-Slobovie ?
Prix moyen b) Quel est le taux d’intérêt réel en Basse-Slobovie ?
Quantité (en dollars)
Bien
moyenne Janvier Janvier
2017 2018
Repas à la cafétéria 20 4 5
Jean 1 40 60
Chemise 2 30 36
Spectacle 1 20 22
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 127

Au terme de la section 5.3, Les indicateurs du marché du 8. Supposons qu’un des ménages sondés lors de l’Enquête
travail, répondez aux questions 6 à 10. sur la population active de Statistique Canada se compose
d’une retraitée, d’une femme au foyer, d’un professeur de
6. Le tableau 3 présente des données partielles sur l’état du 50 ans, d’un jeune âgé de 13 ans et d’une diplômée âgée
marché du travail de la Neustrie en mai, en juin et en juillet de 20  ans à la recherche de son premier emploi. Dites
derniers. Calculez les données qui manquent. lesquelles de ces personnes font partie de la population
active et précisez pourquoi.
Tableau 3
Nombre de personnes 9. En juillet dernier, la population active du Pays Vert
(en milliers) comptait 629  000  personnes âgées de 15  à 24  ans, dont
Indicateur 302  800  femmes et 326  200  hommes. Chez les femmes,
Mai Juin Juillet le taux d’activité était de 65,0  %, et le taux d’emploi, de
Population en âge de travailler 20 700 20 000 57,5 % ; chez les hommes, le taux d’activité était de 70 %,
et le taux d’emploi, de 57 %. Quel était le taux de chômage
Population active 13 800 13 650 des femmes ? des hommes ? de l’ensemble des 15-24 ans ?
Emploi 12 006 12 400
10. En début d’année, Monopolis comptait 100 000 chômeurs,
Chômeurs 1 600 soit 10 % de sa population active. Durant l’année, la ville
Taux d’activité 65 % a connu 17  300  pertes nettes d’emplois. Pourtant, en fin
d’année, il n’y avait plus que 87  300  chômeurs à Mono-
Taux de chômage 10 % polis, soit 9  % de la population active. Sachant que la
Taux d’emploi population en âge de travailler n’a pas changé, comment
expliquez-vous cet apparent paradoxe ?
7. Dites de quel type de chômage il s’agit dans chacune des
situations suivantes.
a) À cause de la récession, une grosse entreprise met
300 travailleurs à pied.
b) Comme tous les hivers, Louis, un jeune pêcheur
gaspésien, se retrouve au chômage.
c) Maria, une Montréalaise qui travaille depuis 25 ans
dans l’industrie du vêtement, perd son emploi parce
que l’entreprise où elle travaillait ne peut plus soutenir
la concurrence des produits importés.
d) Profitant des conditions favorables du marché du
travail, Anne change d’emploi. Elle a quitté celui qu’elle
occupait la semaine dernière et ne commencera le
nouveau que dans deux semaines. Elle sera donc sans
emploi durant la semaine de référence de l’Enquête sur
la population active.
e) Charlot quitte son emploi à Chicoutimi pour aller vivre
avec sa femme à Toronto.
f) Fraîchement diplômée, Virginie a du mal à décrocher
son premier emploi.
g) L’implantation d’une chaîne de montage robotisée
a entraîné l’abolition du poste d’Albert, qui est
maintenant au chômage.
h) Tous les ans, en janvier et en février, Pierre se
retrouve au chômage à cause du ralentissement de la
construction.
128 PARTIE 2 LES INDICATEURS MACROÉCONOMIQUES

Appliquez
vos savoir-faire
Les effets de la baisse du prix de
l’essence sur l’IPC11
En 2015, la hausse de l’IPC s’est établie à 1,1 % comparative-
ment à 2,0 % en 2014, à cause de la baisse du prix de l’essence.
Les consommateurs ont payé 16,5 % de moins pour l’essence
en 2015 qu’en 2014 ; c’est la baisse la plus marquée depuis
2009. Si on exclut l’essence, la hausse de l’IPC a été de 2,0 %
en 2015.

Les prix ont augmenté dans sept des huit catégories en 2015.
Seule la catégorie « Transports » a connu un recul de l’ordre de
3,0 %. Les prix des aliments ont progressé de 3,7 %, en raison
de la hausse de 15,1  % du prix du bœuf et de la hausse de
8,1 % du prix des légumes frais.

Les prix de la catégorie « Dépenses courantes, ameublement


et équipement du ménage » ont connu une hausse de 2,7 %,
attribuable à l’augmentation de 4,0 % des prix des appareils
électroménagers et de l’augmentation de 3,1 % des prix des
meubles ; c’est la hausse la plus marquée depuis 1999.

Le coût du logement était en hausse de 1,1  % en 2015


Au cours de 2015, le prix de l’essence vendue à la pompe n’a cessé de baisser au Canada.
comparativement à 2,7  % en 2014. Cette décélération est
attribuée à la diminution de 19,1 % du prix du mazout et de la
baisse de 6,4 % de celui du gaz naturel.

a) Parmi les huit catégories du panier de l’IPC, lesquelles ont


connu une augmentation des prix en 2015 ?
b) Quelle a été la variation des prix de chacune des
catégories du panier de l’IPC mentionnées ci-dessus ?
Expliquez votre réponse.
c) Quelle catégorie a contribué à la faible hausse de l’IPC en
2015 ? Expliquez votre réponse.
d) Si votre salaire a progressé de 1,9 % en 2015, calculez
son augmentation réelle en tenant compte de la hausse
de l’IPC.

11. Statistique Canada, «Indice des prix à la consommation : revue annuelle, 2015», Le Quo-
tidien, 22 janvier 2016, http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/160122/dq160122c-fra.htm
(page consultée le 3 mai 2016).
CHAPITRE 5 LE COÛT DE LA VIE ET LE CHÔMAGE 129

MOTS CLÉS
Chômage, 120 Salaire nominal, 114
Chômage cyclique (ou conjoncturel), 121 Salaire réel, 114
Chômage frictionnel, 121 Taux d’activité, 119
Chômage saisonnier, 121 Taux d’emploi, 119
Chômage structurel, 121 Taux d’inflation, 111
Coût de la vie, 108 Taux d’intérêt nominal, 115
Déflation, 111 Taux d’intérêt réel, 115
Indice des prix à la consommation (IPC), 108 Taux de chômage, 120
Inflation, 111 Taux de chômage naturel, 122
Période de base de l’IPC, 108 Travailleur à temps partiel, 120
Plein-emploi, 122 Travailleur à temps partiel involontaire, 120
Population active, 118 Travailleur à temps plein, 120
Population en âge de travailler, 118 Travailleur découragé (ou chercheur d’emploi découragé), 120
130 PARTIE 3 COMPRENDRE LA MACROÉCONOMIE

PARTIE 3
CHAPITRE 6
COMPRENDRE LA LA DEMANDE ET L’OFFRE AGRÉGÉES
MACROÉCONOMIE

PEUT-ON
PRÉVOIR
L’AVENIR ?
VIVRONS-NOUS LES EFFETS D’UNE BAISSE OU
D’UNE HAUSSE DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE ?
Comment le savoir ?
L’économie peut se comparer à un océan qu’on regarde
sur la plage à marée montante. Même si on sait que, de
manière générale, la mer est en train de monter, ce qu’on
remarque surtout, c’est qu’elle monte et descend au gré
des vagues qui vont et viennent. À long terme, notre
niveau de vie s’élève, et le coût de la vie augmente
constamment. Pourtant, à court terme, le PIB réel, l’em-
ploi et le niveau des prix augmentent et diminuent au gré
des fluctuations économiques. Comme le flux et le reflux
des vagues, ces fluctuations si répétitives à première vue
sont en réalité difficiles à prévoir, car ce ne sont jamais
exactement les mêmes, ni en force ni en durée.
Pourquoi notre économie ne progresse-t-elle pas de
façon constante ? Qu’est-ce qui explique les fluctua-
tions cycliques de la production, de l’emploi et du
niveau des prix ? Pour répondre à ces questions, nous
étudierons un modèle macroéconomique qui permet
de prévoir les variations du PIB réel et du niveau des
prix, soit le modèle de la demande et de l’offre agré-
gées, et d’ainsi mieux comprendre les hauts et les bas
de l’activité économique.

COUP D’ŒIL
SOMMAIRE

6.1 SUR LE PASSÉ


Les fluctuations Les récessions au Canada 6.2 6.3
économiques depuis 1926 La demande agrégée L’offre agrégée

p. 132 p. 134 p. 135 p. 141


CHAPITRE 6 LA DEMANDE ET L’OFFRE AGRÉGÉES 131

SAVOIR-FAIRE
1 Décrire les phases du cycle économique
2 Expliquer les facteurs susceptibles
d’influer sur la demande agrégée
3 Expliquer les facteurs susceptibles
d’influer sur l’offre agrégée
4 Expliquer comment l’offre et la demande
agrégées déterminent le PIB réel et le
niveau des prix et décrire les différents
types d’équilibre macroéconomique

VOS OUTILS NUMÉRIQUES


MaBiblio > MonLab xL
> Multimédia
Réalisez les exercices assignés par votre
enseignant et regardez les tutoriels (aussi
accessibles grâce aux codes QR).

COUP D’ŒIL
SUR L’ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE
6.4 L’évolution de l’équilibre
L’équilibre PEUT-ON macroéconomique du Le chapitre 6
macroéconomique PRÉVOIR L’AVENIR ? Québec depuis 1981 en bref

p. 146 p. 147 p. 152 p. 154


132 PARTIE 3 COMPRENDRE LA MACROÉCONOMIE

6.1 LES FLUCTUATIONS ÉCONOMIQUES


Tout le monde connaît ces phénomènes physiques très courants que sont les cycles. Le
passage quotidien du jour à la nuit et de la nuit au jour, le va-et-vient de la balle de tennis
sur le court et les hauts et les bas de la balançoire à laquelle l’enfant donne une impulsion
en sont autant d’exemples familiers. Dans les trois cas, il y a fluctuation – c’est-à-dire
alternance de mouvements en sens contraire.
Bien qu’aucune de ces trois comparaisons ne soit parfaite, chacun de ces phénomènes
cycliques comporte un aspect qui nous aide à comprendre ce que sont les cycles écono-
miques. Comme les cycles jour-nuit, ils peuvent se reproduire indéfiniment. Comme la
balle de tennis, l’économie reçoit des impulsions qui la propulsent dans une direction ou
l’autre. Enfin, comme pour la balançoire, une impulsion lui imprime un mouvement dont
l’intensité diminue peu à peu jusqu’à ce qu’une nouvelle impulsion la relance.
Dans ce chapitre, nous verrons que les fluctuations cycliques de l’économie s’expliquent,
elles aussi, par les chocs intérieurs ou extérieurs que reçoivent la demande globale et l’offre
globale – ou, comme le disent les économistes, la demande agrégée (DA) et l’offre agrégée
(OA). Commençons par nous intéresser de plus près au cycle économique.

LE CYCLE ÉCONOMIQUE
Cycle économique On appelle cycle économique la fluctuation périodique mais irrégulière de l’activité
Fluctuation périodique économique. Le cycle économique comporte deux phases, une d’expansion et une de
mais irrégulière de l’activité
économique caractérisée par récession, et deux points de retournement, un sommet (le plus fort niveau d’activité
deux phases – une expansion économique atteint durant le cycle) et un creux (le plus faible niveau d’activité écono-
(qui inclut une phase de reprise)
et une récession – et par deux mique atteint durant le cycle). Le niveau d’activité économique se mesure principalement
points de retournement – par le niveau du PIB réel par habitant et par le niveau de l’emploi.
un sommet et un creux.
La phase d’expansion du cycle débute à un creux et prend fin à un sommet ; elle se
Expansion
Phase du cycle économique
caractérise par une accélération soutenue de l’activité économique, laquelle se traduit
caractérisée par une par une augmentation du PIB réel et de l’emploi. Toute phase d’expansion commence
accélération soutenue de par une période de reprise, qui part du creux et dure jusqu’à ce que l’activité écono-
l’activité économique, laquelle
se traduit par l’augmentation mique soit revenue au niveau du sommet précédent.
du PIB réel par habitant et de
l’emploi ; débute à un creux et
La phase de récession se caractérise par
prend fin à un sommet ; inclut un ralentissement soutenu de l’activité éco-
une période de reprise. nomique, lequel se traduit par la diminution
Reprise du PIB réel et de l’emploi ; elle débute à un
Dans la phase d’expansion du
cycle économique, période qui
sommet et prend fin à un creux.
part du creux et dure jusqu’à ce Notons qu’il n’existe aucune définition
que l’activité économique soit
revenue au niveau du sommet précise de ce qu’est une récession. La règle
précédent. souvent citée dans les médias et les manuels
Récession voulant qu’une économie soit technique-
Phase du cycle économique ment en récession lorsque le PIB réel baisse
caractérisée par un
ralentissement soutenu de durant deux trimestres consécutifs n’est
l’activité économique, lequel se pas fondée. Il peut survenir une baisse de
traduit par la diminution du PIB
réel par habitant et de l’emploi ;
l’activité économique sur un ou deux tri-
débute à un sommet et prend mestres sans que nous soyons en récession.
fin à un creux. Il faut prendre en compte d’autres indica-
teurs, comme ceux du marché du travail.
Une baisse significative et généralisée du
PIB réel sur plusieurs mois accompagnée
d’une hausse du taux de chômage au même
moment est un indicateur annonçant
une récession.
Durant une phase d’expansion économique, la construction est en plein essor,
et les emplois abondent. Durant une récession, les files de chômeurs s’allongent.
CHAPITRE 6 LA DEMANDE ET L’OFFRE AGRÉGÉES 133

La figure 6.1 illustre les phases et les tournants d’un cycle économique complet. Elle
montre que la durée d’un cycle économique complet correspond au temps écoulé d’un
sommet au sommet suivant (ici, de l’an 2 à l’an 8), ou d’un creux au creux suivant (ici,
de l’an 4 à l’an 10). Le temps écoulé entre le creux et le sommet donne la durée de la
phase d’expansion ; le temps écoulé entre le sommet et le creux, la durée de la phase
de récession.
La durée des phases d’expansion et de récession varie d’un cycle à l’autre, de même
que leur ampleur – c’est-à-dire l’importance des variations de la production par habitant
et de l’emploi. Depuis 1926, année où l’ancêtre de Statistique Canada, le Bureau fédéral
de la statistique, a commencé à dresser un bilan mensuel de notre économie, le Canada
a traversé 14 récessions (voir le « Coup d’œil sur le passé », p. 134).

Figure 6.1 Les phases du cycle économique

PIB réel

Sommet Un cycle économique a deux phases


– une expansion et une récession –
et deux points de retournement
– un sommet et un creux. La phase
d’expansion débute à un creux et
Expansion Récession prend fin à un sommet ; elle commence
Sommet par une période de reprise, qui part du
Creux creux et dure jusqu’à ce que l’activité
économique soit revenue au niveau du
Reprise sommet précédent (ici, de l’an 4 à l’an
6). La phase de récession débute à un
Récession
sommet et prend fin à un creux. La
durée d’un cycle économique complet
correspond au temps écoulé d’un som-
Creux met au sommet suivant (ici, de l’an 2 à
l’an 8), ou d’un creux au creux suivant
0 2 4 6 8 10 (ici, de l’an 4 à l’an 10).
Année

LES FLUCTUATIONS ÉCONOMIQUES Saviez-vous que...


ET LE MODÈLE DE LA DEMANDE ET DE L’OFFRE « Au premier trimestre de l’année 2015,
AGRÉGÉES l’économie canadienne s’est contractée
Comme nous venons de le voir, si elle est généralement ascendante, de 6 millièmes. C’est un recul économique
la trajectoire du PIB réel n’est pas régulière ; à court terme, elle fluc- minuscule. Au second trimestre, elle s’est
tue. Comment expliquer ces fluctuations ? contractée de 5 millièmes. […] Ajoutons
Le modèle de la demande et de l’offre agrégées nous apprend que que toutes les provinces ne sont pas
l’économie reçoit des impulsions – des chocs – qui la propulsent dans touchées également. Les chiffres sont
une direction ou l’autre. On peut classer ces impulsions ou ces chocs
tirés vers le bas par l’Alberta et Terre-
Neuve1. » Est-ce que le Canada était en
en deux catégories, selon qu’ils touchent les intentions de dépenses (la
récession en 2015 ?
demande agrégée) ou les intentions de production (l’offre agrégée).
Comme nous le verrons dans le reste de ce chapitre, le modèle
RÉPONSE

Le recul du PIB réel n’était pas significatif, à


de la demande et de l’offre agrégées, ou modèle DA-OA, repose sur peine 0,6 %. Il n’était pas généralisé au sein de
l’économie puisque l’économie de 2 provinces
deux variables clés : sur 10 était en contraction. Sur la base de ces
• La production de biens et services de l’économie, données, nous ne pouvons pas conclure que le
Canada était en récession, mais nous pouvons
soit le PIB réel ; affirmer que la croissance économique a ralenti.
• Le niveau général des prix mesuré par
l’indice implicite des prix du PIB (IIP).

1. Jean-Denis Garon, « Le Canada en récession ? », Le journal de Montréal,


25  juillet 2015, www.journaldemontreal.com/2015/07/25/le-canada-en-reces-
sion (page consultée le 12 avril 2016).
134 PARTIE 3 COMPRENDRE LA MACROÉCONOMIE

Coup d’œil
SUR LE PASSÉ

Les récessions au Canada depuis 1926


Le tableau ci-contre retrace le début et la fin de chacune Les récessions au Canada de 1926 à 2009
des 14  récessions qu’a connues le Canada depuis 1926. Récession Début Fin Durée
La plus longue et la plus grave du xxe  siècle, la Grande
1929-1933 Juin 1929 Février 1933 44 mois
Dépression, a sévi de juin 1929 à février 1933. Le taux de
1937-1938 Décembre 1937 Juin 1938 6 mois
chômage a culminé à 27 % (près du tiers de la population
1947-1948 Septembre 1947 Mars 1948 6 mois
active du Canada était sans travail), le PIB réel a connu une
chute historique de 30 %, et le niveau des prix a dégringolé 1949 Février 1949 Juillet 1949 5 mois
de 18 %. 1951 Juin 1951 Décembre 1951 6 mois
1953-1954 Avril 1953 Avril 1954 12 mois
Depuis, le Canada a connu 13 autres récessions d’ampleur 1957-1958 Avril 1957 Janvier 1958 9 mois
et de durée variables. Les récessions de 1981-1982 et de 1990- 1960-1961 Février 1960 Mars 1961 13 mois
1992 ont été les plus longues. La récession de 1981-1982 a été
1970 Mars 1970 Juin 1970 3 mois
la plus importante, avec une baisse de 4,9 % du PIB réel sur 15
1975 Janvier 1975 Mars 1975 2 mois
mois, alors que celle de 1990-1992, caractérisée par un double
creux, a été la plus longue, avec une durée de 24 mois et une 1980 Février 1980 Juin 1980 4 mois
baisse du PIB réel de 3,4  %. La dernière récession que nous 1981-1982 Juillet 1981 Octobre 1982 15 mois
venons de traverser, soit celle de 2008-2009, a vu le PIB réel 1990-1992 Avril 1990 Avril 1992 24 mois
chuter de 3,6 % et a duré 12 mois. Combien de récessions le 2008-2009 Novembre 2008 Novembre 2009 12 mois
Canada a-t-il connues dont la durée était de moins d’un an ?
Sources : Cross, P., « Sur la piste du cycle d’affaires : analyse mensuelle de l’économie à
Parmi celles-ci, laquelle a été la plus courte ? Statistique Canada de 1926 à 2001 », L’Observateur économique canadien, décembre 2001,
et Cross, P., « Étude spéciale : Revue de fin d’année : 2009 », L’Observateur économique
canadien, avril 2010.

6.1
1 Décrire les phases du cycle économique

EXERCEZ-VOUS QUESTIONS SUPPLÉMENTAIRES


1. Dites si les manchettes suivantes annoncent une phase 2. Dites si les manchettes suivantes annoncent une phase
de récession ou d’expansion. de récession ou une phase d’expansion.
a) Encore une hausse du chômage en avril. a) Le chômage atteint son taux naturel.
b) Le taux d’utilisation des capacités de production dans b) Les marchés boursiers s’effondrent.
le secteur manufacturier est à son plus haut. c) Faute de contrats, plusieurs entreprises licencient
c) Hausse du coût du logement dans la plupart des des travailleurs.
grandes villes canadiennes. d) Malgré le plan de relance, la récession s’aggrave
d) Les entreprises rappellent leurs travailleurs licenciés. aux États-Unis.
e) Les ventes d’automobiles neuves s’effondrent. e) Le marché immobilier connaît ses meilleures années
f) L’éclatement de la bulle immobilière fait baisser le de la décennie.
prix des maisons, ce qui rend les consommateurs et f) Le PIB réel du Canada s’approche du PIB potentiel :
les investisseurs nerveux. l’inflation nous menace.
3. Un camarade de classe soutient que, grâce aux avancées
RÉPONSES de l’économique, les pays comme le Canada seront
1. Les manchettes (a), (e) et (f) annoncent une récession. Les manchettes (b), dorénavant à l’abri des récessions. Êtes-vous d’accord
(c) et (d) annoncent une phase d’expansion. avec cette affirmation ? Pourquoi ?
CHAPITRE 6 LA DEMANDE ET L’OFFRE AGRÉGÉES 135

6.2 LA DEMANDE AGRÉGÉE


Les impulsions et les chocs que subit l’économie influent sur les intentions de dépenses
des consommateurs, des entreprises, des administrations publiques et des étrangers qui
désirent acheter nos produits. Autrement dit, ils influent sur la demande agrégée.
La demande agrégée exprime la relation entre la quantité demandée de PIB réel et Demande agrégée
le niveau des prix quand tous les autres facteurs qui influent sur les intentions de Relation entre la quantité
demandée de PIB réel et le
dépenses restent constants. niveau des prix quand tous les
autres facteurs qui influent
Vous l’aurez deviné, la quantité demandée de PIB réel est la quantité totale de biens sur les intentions de dépenses
et services que les consommateurs, les entreprises, les administrations publiques et les restent constants.
étrangers voudraient et pourraient acheter au pays à un niveau de prix donné et au cours Quantité demandée
d’une période donnée, toutes choses étant égales par ailleurs. de PIB réel
Quantité totale de
Pour bien comprendre la demande agrégée, nous passerons d’abord en revue ses biens et services que les
diverses composantes, ainsi que les facteurs qui influent sur elles. Puis, nous verrons consommateurs, les entreprises,
les administrations publiques
pourquoi le niveau général des prix influe sur les intentions de dépenses. Enfin, nous et les étrangers voudraient et
nous pencherons sur les facteurs qui modifient la demande agrégée. pourraient acheter au pays à un
niveau de prix donné et au cours
d’une période donnée, toutes
choses étant égales par ailleurs.
LES COMPOSANTES DE LA DEMANDE AGRÉGÉE
Au chapitre 4, lorsque nous avons étudié le calcul du PIB canadien par la méthode des
dépenses, nous avons vu que la dépense agrégée se compose des quatre types de
dépenses que les consommateurs, les entreprises, les administrations publiques et les
étrangers ont effectuées au Canada au cours de la période, soit :
• Les dépenses de consommation (C) ;
• L’investissement privé brut (Ib) ;
• Les dépenses totales des administrations publiques (G) ;
• Les exportations nettes de biens et de services (XN).
On avait alors :

PIB = Dépense agrégée = C + Ib + G + XN


Nous venons aussi de voir que la demande agrégée est la quantité demandée de PIB
réel – soit la somme des dépenses en biens et services que les consommateurs, les entre-
prises, les administrations publiques et les étrangers ont l’intention de faire au Canada
– à chaque niveau de prix, toutes choses étant égales par ailleurs.
La demande agrégée (DA) est donc égale à la dépense agrégée planifiée – soit à la
somme des quatre composantes de la dépense agrégée auxquelles on ajoute l’exposant p
pour indiquer qu’il s’agit de dépenses planifiées, et non de dépenses déjà effectuées
comme dans le calcul du PIB – à chaque niveau de prix, toutes choses étant égales par
ailleurs. Autrement dit,

DA = Cp + Ibp + Gp + XNp
Plusieurs facteurs influent sur les intentions de dépenses. Pour étudier la demande
agrégée, on les divise en deux catégories : le niveau des prix et tous les autres facteurs.
Nous verrons d’abord l’effet du niveau des prix sur les intentions de dépenses, puis nous
étudierons l’effet des autres facteurs.

LA DEMANDE AGRÉGÉE ET LA COURBE DA


La figure 6.2 (p. 136) montre une courbe de demande agrégée, DA. Le long de cette
courbe, un seul des facteurs qui influent sur les intentions de dépenses varie : le niveau
des prix. Une hausse du niveau général des prix réduit la quantité demandée de PIB réel
et entraîne un mouvement vers le haut le long de la courbe de demande agrégée.
136 PARTIE 3 COMPRENDRE LA MACROÉCONOMIE

Inversement, une baisse du niveau général des prix accroît la quantité demandée de PIB
réel et entraîne un mouvement vers le bas le long de la courbe de demande agrégée.
La courbe de demande agrégée est une relation négative, ce qui s’explique par deux
phénomènes :
• L’effet de richesse ;
• Les effets de substitution.

Figure 6.2 Une variation de la quantité demandée de PIB réel

Niveau des prix (IIP, 2007 = 100)


140
1
Une hausse
130 du niveau des prix
réduit la quantité
demandée de PIB réel.
La courbe de demande agrégée (DA)
120
montre la relation entre la quantité
demandée de PIB réel et le niveau des
prix quand tous les autres facteurs qui
110 influent sur les intentions de dépenses
restent constants. La quantité deman-
2 dée de PIB réel 1 diminue quand le
Une baisse
100 du niveau des prix
niveau des prix monte et 2 augmente
accroît la quantité quand le niveau des prix baisse.
demandée de PIB réel.
DA
90

0 850 900 950 1000 1050 1100 1150


PIB réel (en G$ enchaînés de 2007)

L’effet de richesse
Toutes choses étant égales par ailleurs, plus le niveau des prix augmente, plus la richesse
réelle diminue. La richesse réelle correspond à la valeur des actifs monétaires des gens
(argent en banque, obligations, actions, REER, etc.), mesurée non pas en dollars, mais
en biens et services que ces actifs peuvent acheter – autrement dit, en pouvoir d’achat.
Une hausse du niveau des prix réduit la valeur réelle des actifs détenus et incite les gens
à la rétablir en réduisant leurs dépenses courantes et en épargnant davantage. Une
hausse des prix entraîne donc une diminution de la quantité demandée de PIB réel.
Prenons l’exemple des intentions d’achat d’Anna, une étudiante qui vit à Moscou.
Anna a travaillé dur tout l’été et a réussi à épargner 20 000 roubles (le rouble est l’unité
monétaire de la Russie), qu’elle a l’intention d’utiliser pour payer des études supérieures
en économie. L’épargne d’Anna se chiffre donc à 20 000 roubles. Pendant l’année sco-
laire, Anna occupe un emploi à mi-temps, dont le revenu couvre ses dépenses courantes.
Mais voilà que le niveau des prix en Russie augmente de 10 %. Anna a maintenant besoin
de 22 000 roubles pour acheter ce qui coûtait auparavant 20 000 roubles. Pour compen-
ser en partie la perte de valeur de son épargne, Anna achète donc moins de biens et
services, et essaie de reconstituer ses économies.
Inversement, toutes choses étant égales par ailleurs, une baisse du niveau des prix
entraîne une augmentation de la quantité demandée de PIB réel. Prenons l’exemple des
intentions d’achat de Mika, une étudiante qui vit à Tokyo. Comme Anna, elle a travaillé
fort tout l’été, et elle a épargné 200 000 ¥ (le yen est l’unité monétaire du Japon), qu’elle
CHAPITRE 6 LA DEMANDE ET L’OFFRE AGRÉGÉES 137

a l’intention d’utiliser pour payer des études supérieures en médecine. Or, voilà que le
niveau des prix au Japon baisse de 10 %. Comme 180 000 ¥ suffisent maintenant pour
acheter ce qui coûtait auparavant 200 000 ¥, Mika décide, en plus de payer des études
supérieures en médecine, de s’acheter un nouvel iPad.

Les effets de substitution


Deux types d’effets de substitution expliquent la relation négative entre la quantité
demandée de PIB réel et le niveau des prix.
LA SUBSTITUTION ENTRE LES BIENS ACTUELS ET LES BIENS FUTURS Toutes choses étant
égales par ailleurs, quand le niveau des prix monte, les taux d’intérêt montent aussi. La
raison est fort simple : les institutions financières désirent que les prêts qu’elles ont
consentis aux ménages et aux entreprises continuent à donner le même rendement
qu’avant la hausse des prix. Or, comme nous l’avons vu au chapitre 5, ce rendement est
le taux d’intérêt réel, soit le taux d’intérêt nominal moins le taux d’inflation. Lorsque le
niveau général des prix augmente, les institutions financières haussent donc le taux
d’intérêt nominal afin de maintenir le taux d’intérêt réel constant. Ces hausses de taux
d’intérêt augmentent le coût des biens financés par des emprunts, comme les biens
durables des ménages et les biens de capital des entreprises. Les hausses du taux d’in-
térêt nominal incitent donc les ménages et les entreprises à reporter ces achats, et la
quantité demandée de PIB réel diminue.
Pour bien comprendre l’effet d’une variation du taux d’intérêt sur la quantité deman-
dée de PIB réel, imaginez que vous décidez d’acheter une voiture d’occasion. Vous
empruntez 8 000 $ à la banque à un taux d’intérêt de 5 % sur 5 ans ; votre mensualité
sera alors de 150,97 $. Comme vous travaillez 20 heures par semaine, vous estimez être
en mesure de rembourser l’emprunt. Mais si le taux d’intérêt grimpe à 12 %, des men-
sualités de 177,96 $ vous sembleront peut-être trop élevées et vous inciteront alors à
reporter votre achat, lorsque le taux d’intérêt sera plus avantageux.
LA SUBSTITUTION ENTRE LES BIENS CANADIENS ET LES BIENS IMPORTÉS Supposons que,
toutes choses étant égales par ailleurs, le niveau des prix monte au Canada et ne varie
pas dans les autres pays. Les biens et services produits au Canada deviennent alors plus
chers que les biens et services produits à l’étranger, ce qui incite les gens à dépenser
moins en produits canadiens et davantage en produits étrangers. Par exemple, les étran-
gers achètent moins d’automobiles de fabrication canadienne (les exportations cana-
diennes diminuent) et les Canadiens achètent plus d’automobiles de fabrication étran-
gère (les importations canadiennes augmentent).
Si vous avez le choix entre un manteau d’hiver produit par Kanuk à Montréal à 450 $
et un manteau d’hiver produit par Columbia Sportswear aux États-Unis à 500 $, vous
choisirez très probablement le Kanuk. Mais si, à la suite d’une hausse des prix au Canada,
le Kanuk passe à 600 $ alors que le prix du manteau d’hiver américain reste inchangé, il
y a de fortes chances que votre prochain manteau d’hiver soit un Columbia Sportswear.

LES VARIATIONS DE LA DEMANDE AGRÉGÉE


La variation d’un des facteurs qui influent sur les intentions de dépenses autres que le
niveau des prix entraîne une variation de la demande agrégée. Quand cette dernière
augmente, la courbe de demande agrégée se déplace vers la droite ; ainsi, à la figure 6.3
(p. 138), elle se déplace de DA0 à DA1. Quand la demande agrégée diminue, la courbe de
demande agrégée se déplace vers la gauche ; ainsi, à la figure 6.3, elle se déplace de DA0
à DA2. Les facteurs qui modifient la demande agrégée sont les changements qui influent
sur les intentions de dépenses :
• Des consommateurs ;
• Des entreprises ;
• Des administrations publiques ;
• De nos partenaires commerciaux.
138 PARTIE 3 COMPRENDRE LA MACROÉCONOMIE

Figure 6.3 Les variations de la demande agrégée

Niveau des prix (IIP, 2007  100)

140

130 1
Augmentation
de la demande
agrégée
120
Quand la demande agrégée augmente  1 ,
la courbe de demande agrégée se déplace
vers la droite de DA0 à DA1.
110
Quand la demande agrégée diminue  2 ,
la courbe de demande agrégée se déplace
2 vers la gauche de DA0 à DA2.
100
Diminution
de la demande DA1
agrégée
DA0
90
DA2

0 850 900 950 1 000 1 050 1 100 1 150


PIB réel (en G$ enchaînés de 2007)

Les intentions de dépenses des consommateurs


Les intentions de dépenses des consommateurs dépendent du niveau de revenu dispo-
nible dont ils jouissent. Lorsque le revenu disponible augmente, une petite partie de
l’augmentation est consacrée à l’épargne, mais généralement, la plus grande partie est
consacrée à l’achat de biens et services divers. La demande de biens et services de
consommation augmente, entraînant avec elle une augmentation de la demande agré-
gée. Une baisse de l’impôt sur le revenu aurait pour effet d’augmenter le revenu dispo-
nible et, par ricochet, la demande agrégée.
Les variations des taux d’intérêt ont également une incidence importante sur les
intentions de dépenses des consommateurs, particulièrement en ce qui a trait aux achats
de biens durables (électroménagers, voitures, maison, etc.) achetés à crédit. La baisse
des taux d’intérêt des cartes de crédit, des emprunts personnels, des marges de crédit
et des prêts hypothécaires incite les consommateurs à accroître leurs achats de biens
durables, et augmente donc la demande agrégée.
Les anticipations affectent également les intentions de dépenses des consommateurs.
L’anticipation d’une hausse du revenu augmente la quantité de biens de consommation
(en particulier la demande de biens durables) que les gens ont l’intention d’acheter
immédiatement, et accroît la demande pour ces biens. De même, l’anticipation d’une
hausse de l’inflation modifie les intentions des consommateurs : les gens décident d’ache-
ter plus de biens et services dès maintenant, avant la hausse des prix, puis la demande
agrégée augmente. À l’inverse, l’anticipation d’une baisse du revenu ou des prix incite
les consommateurs à reporter à plus tard leurs achats de biens et services, puis la
demande agrégée diminue.

Les intentions de dépenses des entreprises


Le profit anticipé est la variable qui influe le plus sur les investissements en capital
(machinerie, outillage, équipement et immobilisations) projetés des entreprises. Les
entreprises n’investissent pas pour obtenir un gain immédiat, mais pour les bénéfices
CHAPITRE 6 LA DEMANDE ET L’OFFRE AGRÉGÉES 139

escomptés dans les périodes à venir. L’anticipation d’une augmentation du profit aug-
mente les investissements que les entreprises ont l’intention de faire immédiatement et
accroît la demande agrégée.
Les entreprises financent leurs investissements en capital en utilisant leurs capitaux
propres (les bénéfices non distribués) ou en effectuant des emprunts sur les marchés
financiers. Une diminution de l’impôt sur les bénéfices des sociétés ou une diminution
des taux d’intérêt est de nature à encourager les entreprises à investir davantage, ce qui
stimule la demande agrégée.

Les intentions de dépenses des administrations publiques


Les intentions de dépenses des administrations publiques, comme nous le verrons au
prochain chapitre, ne sont jamais plus clairement exprimées que lors du dépôt de leurs
budgets. Lorsque les administrations publiques décident d’augmenter leurs dépenses
courantes en biens et services ou d’augmenter leurs investissements publics (écoles,
routes, ponts, etc.), la demande agrégée augmente, l’augmentation de la demande du
secteur public en biens et services s’ajoutant à la demande du secteur privé.

Les intentions de dépenses de nos partenaires commerciaux


Le taux de change et le niveau de revenu réel de nos partenaires commerciaux sont les
deux principaux facteurs qui inf luent sur leurs intentions d’acheter des produits
canadiens.
Le taux de change du dollar canadien indique le Saviez-vous que...
nombre d’unités de monnaie étrangère qu’on peut se
procurer avec un dollar canadien. Toutes choses étant « À la mi-janvier [2016], si un Québécois avait
égales par ailleurs, une augmentation du taux de change loué une petite maison à Old Orchard au coût de
diminue la demande agrégée. 1 000 $ US pour une semaine, il l’aurait payée 1 455 $
CA une fois le taux de change effectué. Hier [15 avril
Pour comprendre comment le taux de change influe
2016], la même maison […] lui aurait coûté 1 282 $.
sur la demande agrégée, supposez que le dollar vaut
C’est grâce à la valeur du dollar canadien, […],
0,90  € et qu’un téléphone Nokia fabriqué en Finlande
pa