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L’optimisation économique et sanitaire de l’élevage de volailles de chair et de poules pondeuses a conduit à la

pratique de la bande unique. Ceci consiste à élever dans un même bâtiment ou dans plusieurs bâtiments sur
un même site un grand nombre d’animaux du même âge, afin d’éviter les risques sanitaire liés au mélange des
âges. Idéalement la bande quitte le bâtiment en une seule fois.
Dans le cas des poules pondeuses, le troupeau de poulettes prêtes à pondre sera transféré en une seule fois
vers le bâtiment de ponte et au bout d’une saison de ponte (environ un an), elles partiront toutes à l’abattoir.
En volailles de chair, lorsqu’un bâtiment abrite des animaux des 2 sexes, d’une espèce présentant un fort
dimorphisme sexuel, dindes, canards ou poulets lourds, les femelles partent en premier à l'abattoir, puis les
mâles. Cette pratique est source de risque sanitaire.
Techniquement, cette organisation nécessite donc, en amont, la fourniture par un couvoir d’un grand nombre
de poussins de 1 jour à la date requise, et, en aval, un débouché programmé en abattoir pour les volailles de
chair et un bâtiment de ponte propre et désinfecté pour les poulettes prêtes à pondre. Au terme de la bande,
les bâtiments seront nettoyés et désinfectés, permettant d’installer une nouvelle bande dans les meilleures
conditions d’hygiène.
Pour assurer l’efficacité économique des élevages conventionnels, les animaux sont élevés en grand nombre.
Cette caractéristique constitue un risque pour la multiplication et la diffusion d’agents pathogènes, une fois
qu’ils commencent à se développer au sein d’une bande.
Par conséquent, tout doit être mis en œuvre pour empêcher l’éclosion d’une maladie. L’apparition des
premiers signes cliniques sur quelques animaux exige que le traitement choisi vis-à-vis de l’affection
diagnostiquée soit appliqué d’emblée à l’ensemble du cheptel, on parle de métaphylaxie.
Ces conditions d'élevage en grand nombre, peuvent aussi être à l’origine, selon les espèces, d’agressions entre
individus qui sont susceptibles d’entraîner des blessures par picage voire du cannibalisme.
C’est la raison des pratiques d’épointage du bec et de section des griffes qui visent à éviter ces agressions ou
réduire leurs conséquences, par exemple en élevage de dinde, de canards ou de poules pondeuses. Ces
pratiques sont cependant critiquées comme attentatoires au bien-être animal.
Les mesures hygiéniques constituent la base des mesures préventives à mettre en œuvre en élevage pour
maintenir les animaux dans un bon état de résistance naturelle, prévenir leur exposition aux agents pathogènes
et aux agressions de l’environnement. Elles permettent également de s'affranchir de la présence d'agents
microbiens non pathogènes pour l’animal mais pathogènes pour l’homme (on parle de zoonoses), mais aussi
de s'affranchir des risques de transmission de bactéries à l’homme par la viande ou les œufs. Pour les agents
pathogènes les plus contagieux, résistants ou dangereux, des mesures préventives médicales, en particulier
vaccinales, sont mises en œuvre lorsque leur rapport coût/efficacité est jugé satisfaisant. Ainsi, le programme
vaccinal des pondeuses est particulièrement étoffé en raison de leur longue durée d’élevage.
Les mesures hygiéniques et médicales mises en œuvre et leur importance relative sont très variables pour
s’adapter aux différentes situations épidémiologiques.
La gestion de la santé des volailles s’appuie sur la maîtrise de 3 composantes sanitaires :
La première concerne, la qualité sanitaire des poussins qui arrivent en élevage. Il s’agit de maitriser le risque
d’une transmission verticale ou de la présence d’agents pathogènes en éclosoir et d’assurer la qualité de
l’immunité passive des poussins
La seconde concerne la qualité des conditions d’élevage, d’alimentation et de bien-être, toutes nécessaires au
développement de tout leur potentiel zootechnique et de leurs défenses naturelles
La troisième est relative à la biosécurité de l’élevage, qui doit assurer sa protection efficace contre une
contamination exogène par des pathogènes. Le tryptique « nettoyage-désinfection-vide sanitaire » est un
élément clé de cette protection.
La santé du poussin est une condition préalable pour la maitrise de la santé :
Le principal danger biologique provient du risque de transmission verticale d’agents pathogènes ou
zoonotiques de la poule à l’œuf, que ce soit au cours de sa formation dans l’oviducte ou par une souillure de
la coquille dans le cloaque ou dans le nid. Pour cette raison, les troupeaux parentaux font l’objet de détection
ciblée de certaines affections et les œufs à couver sont désinfectés avant mise en incubation.
Un lot de poussins peut provenir de plusieurs troupeaux de reproducteurs. Leurs différences d’âges et
d’historiques sanitaires et immunitaires peuvent conduire à des déséquilibres de protection immunitaires et à
des contaminations croisées entre poussins, à l’origine de troubles de la santé au démarrage de la bande.
D’autres facteurs peuvent enfin exposer les poussins à des stress : l’attente dans l’éclosoir, qui peut durer de
24 à 36 heures, le tri et parfois le sexage au couvoir, enfin la durée et les conditions d’attentes et de transport
jusqu’au bâtiment d’élevage.
A titre préventif, il est possible d’administrer au couvoir des vaccins contre certains agents pathogènes.
La maitrise des conditions d’élevage est capitale : elle doit permettre aux volailles de chair d’exprimer leur
potentiel de production, et d’atteindre les objectifs de qualité et de sécurité des produits qui en seront issus.
Ces bonnes conditions concernent l’ambiance thermique du bâtiment, la qualité de la litière, la qualité et la
distribution de l’eau de l’aliment, l’éclairage, la qualité de l’air et son renouvellement. Elles contribuent ainsi
au bien-être des oiseaux.
Pour que la période d’élevage se passe au mieux, les paramètres à maîtriser sont structurels (bâtiment et
matériel adapté, entretenu, nettoyé et désinfecté), humains (surveillance régulière, vigilance aux critères
d’alerte), techniques (qualité de l’eau et de l’aliment), managériaux (maitrise du chauffage et de la ventilation,
entretien des systèmes de régulation et des automates de distribution), …
Un défaut de maîtrise de ces paramètres peut avoir deux types de conséquences :
augmenter la réceptivité des oiseaux vis-à-vis de différents agents potentiellement pathogènes, conduisant à
une maladie ou aggravant ses conséquences
causer des troubles de la santé, sans que l’intervention d’agents spécifiques soit nécessaire.
Quelques étapes doivent faire l’objet d’une vigilance particulière :
Au démarrage, des poussins qui arriveraient stressés, ne seront pas assez résistants pour s'alimenter et
s'abreuver, avec des conséquences négatives sur leur survie ou leur développement.
Pendant les premières semaines, le coût du chauffage peut conduire l’éleveur à réduire la ventilation. Ceci va
augmenter l’hygrométrie de l’air et sa teneur en ammoniac et en poussière. Il s’en suit un risque accru de
troubles respiratoires ainsi que de troubles locomoteurs et de troubles cutanés (pododermatite et ampoule
du bréchet), , en lien avec une litière plus sale et plus humide.
La digestibilité de l’aliment peut varier en fonction de la nature et de la qualité des matières premières qui le
composent. La qualité chimique et microbiologique de l’eau est aussi très variable. Ces variations peuvent être
à l’origine de déséquilibres de la flore intestinale et conduire à des troubles digestifs non spécifiques, mais
aussi prédisposer à certaines affections spécifiques (coccidiose, entérite nécrotique).
La priorité est à la prévention : on parle de biosécurité
L’objectif de la biosécurité est de protéger un élevage des dangers biologiques extérieurs ET de protéger les
élevages environnants. Le principe de la démarche de mise en biosécurité d’un élevage consiste donc à
analyser les risques d’exposition de l’élevage à ces dangers biologiques, ainsi que le risque d’exposer d’autres
élevages aux dangers biologiques issus de son propre élevage.
Classiquement, on distingue 4 types de facteurs de risque :
Le premier facteur de risque est lié aux intrants :
Poussins : cette question a été évoquée avec la notion de qualité du poussin
Aliments : l’aliment peut apporter des contaminants infectieux (salmonelle par ex.), toxiques (mycotoxines par
ex.) ou contribuer à l’introduction d’insectes nuisibles.
Litière : si l’éleveur s’approvisionne à l’extérieur (paille, copeaux), il ne maîtrisera pas les contaminations ayant
pu intervenir lors de la récolte ou du stockage par des oiseaux, des rongeurs.
Le second facteur de risque est humain :
Les humains sont susceptibles de véhiculer sur leurs vêtements et leurs mains des contaminants microbiens :
l’éleveur(s) et ses collaborateurs, les techniciens, vétérinaires, les livreurs (aliments, poussins..), les équipes de
ramassage et d’intervention.
Les précautions à prendre en cas d’entrée dans l’élevage doivent s’appliquer à toutes les personnes. Celles-ci
doivent en effet changer de vêtements et se laver les mains dans un SAS organisé et équipé pour cet usage.
La troisième catégorie de risque est liée aux facteurs environnementaux
Tous les véhicules abordant l’exploitation (Transport de poussins, d’aliments, de litière, équarrissage,
techniciens, vétérinaires, réparateurs..) doivent suivre un itinéraire prescrit pour chacun et stationner sur une
zone placée de sorte à éviter au maximum la souillure de l’abord du bâtiment, en particulier de son sas.
La présence d’autres volailles (basse-cour) doit être proscrite et la présence d’autres espèces domestiques sur
l’exploitation doit être tenue à distance
Le prêt de matériels agricoles ou d’élevage doit être évité
Un traitement de l’eau doit empêcher qu’elle ne soit une source de contamination pour l’élevage
Tout ce qui peut attirer les oiseaux, rongeurs et insectes à proximité du bâtiment doit être dégagé des abords
: buisson, herbes hautes, eau stagnante, stockage d’effluents et complété par un programme de dératisation.
L’aliment est aussi une source d’attraction et d’entretien d’insectes dans l’élevage (ténébrion en particulier)
La contamination d’un élevage par des agents aéroportés est très fréquente. Le principal risque est la présence
d’autres élevages à proximité. De même l’enlèvement et l’épandage de fumier ou de lisier de volailles à
proximité du bâtiment sont des sources directes de contamination.
Enfin, le quatrième facteur de risque est lié au lot précédent
La qualité du nettoyage et de la désinfection lors du vide sanitaire entre 2 lots conditionne étroitement la
protection des nouveaux arrivants vis-à-vis de différents contaminants présents dans le lot précédent.

Réciproquement, l’éleveur doit mettre en œuvre toutes les mesures empêchant la sortie des contaminants de
son élevage
En cas de problème sanitaire rencontré sur son exploitation, il ne devra pas hésiter à élever le niveau de
précaution vis-à-vis de ses partenaires et d’en expliquer les raisons.
En conclusion, retenons que la gestion de la santé et du bien-être des volailles :
demande à l’éleveur une vigilance et des efforts soutenus,
qu’elle nécessite un dialogue permanent et exigeant avec ses partenaires
et que les solutions techniques préventives doivent être privilégiées pour ne pas avoir à recourir à des
traitements (antibiotiques ou autres) consécutivement à des erreurs de conduite.

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