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Les stratégies industrielles et la construction de la filière lait en

Algérie : portée et limites.

Souki Hakima, faculté de sciences de gestion

Introduction

e secteur agroalimentaire est celui autour duquel se cristallisent les enjeux de la sécurité
alimentaire de la population. A l’instar des autres secteurs stratégiques, le domaine
alimentaire en Algérie a longtemps été l’apanage de l’Etat qui a mis en place un système
qualifié d’agro-importateur. L’adoption de telle politique n’a été rendu possible que grâce à
l’aisance financière qui provenait de la rente pétrolière.
Le lait ne fait pas figure d’exception, c’est même la denrée alimentaire la plus importée après
le blé. D’ailleurs, l’Algérie est le deuxième importateur de lait et dérivés après le Mexique (la
croissance des importations laitières s’élève à 57 % en moyenne par an entre 1996 et 2004.)

La filière lait est définie à travers ses quatre principaux maillons : la production, la
collecte, la transformation-commercialisation et la consommation. A cela s’ajoute
l’importation de la poudre de lait et ses dérivés. L’industrie laitière, le maillon le plus puissant
de la chaine laitière, constitue le centre de commande à partir duquel surgissent des boucles
de rétroactions, permettant à la filière lait de s’adapter et d’évoluer.

Actuellement, la filière lait en Algérie recèle une ambivalence dans la mesure où,
l’aval connaît une croissance sans précédent et l’amont malgré les efforts fournis par l’Etat,
n’arrive pas à satisfaire toute la demande exprimée. L’essor que connaît l’aval de la filière se
traduit par des investissements accrus effectués par des entreprises étrangères attirées par la
croissance du marché. En effet, la consommation du lait et dérivés a augmenté de 3,6% en
moyenne par an entre 1970 et 2005. ( Hachachena Z, 1999 et cheriet F, 2006).

Dans ce nouveau contexte, les stratégies adoptées par les industries laitières pourront-elles
initier et développer une réelle dynamique d’intégration de la filière lait ?

1. la filière lait en Algérie : état des lieux.

L’aval de la filière lait est le maillon le plus dynamique grâce à la politique de subvention
des prix à la consommation. En outre, l’Etat intervient dans la régulation du marché du lait en
ajustant par tous les moyens entre l’offre et la demande. Cependant, cette situation n’a pas eu
d’effet d’entrainement sur l’amont de la filière malgré l’intérêt porté à l’élevage laitier.

l’amont de la filière lait : le maillon faible.

La production laitière en Algérie ne permet pas l’autosuffisance. Cette situation est due
globalement au fait qu’une politique laitière était quasi-inexistante au cours des différents
plans de développement. Les quelques actions menées pour accroître les quantités du lait
produit n’ont pas eu d’impact significatif. À partir 1995, le gouvernement a mis en œuvre de
véritables mesures incitatives pour encourager la production de lait dans les exploitations
mais les résultats sont en deçà des espérances.

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Le tableau ci-après montre que la production de lait cru a, certes, augmenté entre 1982 et
2006 de 5 % en moyenne par an, mais elle a stagné depuis 1999. Les périodes de forte
croissance qui s’étalent de 1997 à 1999 s’expliquent par l’importation des cheptels laitiers à
haut rendement.

Concernant la collecte, le maillon clé de la filière lait, en dépit de la progression du taux


de collecte qui passe de 6% en 1999 à 12,5 % en 2006, elle reste marginale comparativement
aux quantités produites.

Tableau 1 : l’évolution de la production laitière et la collecte du lait (1982-2006).


Unité : 106 L
Année Production de lait Collecte de lait (2) Taux de collecte
cru (1) (2)/ (1) %
1982 538 - -
1988 886 - -
1992 1229 38,5 3.13
1997 1050 112,7 10.73
1998 1200 92,5 7.71
1999 1558.6 97 6.22
2000 1583.6 100 6.31
2001 1637.2 91,4 5.58
2002 1560 86,3 5.53
2003 1650 75,2 4.55
2004 1630 91,8 5.63
2005 1600 194 10.25
2006 1750 220 12.57
Source : ministère de l’agriculture et de développement rural, 2007.

Les principaux facteurs qui expliquent la stagnation de la production du lait sont :


- l’insuffisance des infrastructures de collecte : sur tout le territoire, il n’y a que 550
collecteurs livreurs qui activent dans le secteur ;
- la politique des prix administrés qui fixe les prix de 24 DA/ L, alors que son coût de revient
est en moyenne de 35 DA/ L ;
- la faible production fourragère et la cherté des aliments concentrés en raison de faible
pluviométrie, et les surfaces irriguées sont réservées aux cultures maraîchères jugées plus
rentables ;
- la marginalisation de la recherche scientifique et technique ;
- le caractère sectoriel de la politique laitière ;
- la lenteur de l’exécution du programme de développement de la production laitière. En
1997, deux ans après l’adoption du programme, il n’y a que 9 % de subventions prévues en
matière d’investissement qui ont été versées aux personnes intéressés ;
- l’insuffisance des crédits accordés aux agriculteurs. Ces derniers ne disposent pas de fonds
propre liquide pour effectuer les investissements, le recours au crédit est impératif;
- la reforme de 1987, les prémisses de la libéralisation du secteur agricole, avait pour objectif
de rendre la terre plus facilement transmissible du moins efficace des agriculteurs au plus
efficace. Ainsi, La gestion directe des terres par l’Etat a laissé place à la mise en œuvre
d’instruments de régulation. Cependant, ce désengagement de l’Etat s’est traduit par le

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délaissement du secteur agricole par les pouvoirs publics. Or, dans les pays développés,
l’agriculture, du fait de sa spécificité, n’est pas restée livrée aux seuls mécanismes du marché.
Les pouvoirs publics y ont mis en place une série d’actions destinées à orienter et soutenir les
productions, sécuriser les exploitants et stabiliser leurs revenus afin de faire face à la
concurrence sur les marchés internationaux des produits agroalimentaires.

1.2 L’aval de la filière lait : un fort dynamisme.

La consommation du lait et dérivés a connu une forte augmentation. Celle ci est


passée de 34 litre / an /hab. en 1970 à 95 L / an / hab. en 1995. En 2003, la consommation est
de 116 L /an / hab, elle a atteint 117 L en 20051.
La ration type de la consommation varie entre 80Kg /an/hab. et 220Kg/an/hab. En Algérie, la
consommation du lait et produit laitier se rapproche plus de la borne supérieure que de la
borne inférieure de cette fourchette. Comme le montre le graphique qui suit, la consommation
du lait et dérivés en Algérie est plus importante que celle du Maroc (42 L ) et de la Tunisie
(102 L), mais elle reste très loin de celle des pays développés ( 380L en France).
Pour ce qui est de la consommation des fromages et des yaourts, celle-ci s’élève à 5 ou
6 Kg par an et par habitant, alors qu’elle était de moins de 1 KG en 1988. Toutefois, elle reste
faible en la comparant à celle des marocains et tunisiens qui s’élevé à 10 Kg / an / hab.
Graphique 1 : La consommation par habitant par an en litres équivalent lait liquide en France
et au Maghreb.

Source : centre français de commerce extérieur (CFCE), 2002.

En 2002, on estime que les 105 litres de lait et produits laitiers consommés par chaque
algérien proviennent à raison de :
- 55 litres de la recombinaison en usine ;
- 15 litres de produits finis importés;
- 35 litres de la production domestique.
Les importations couvraient au total, les deux tiers de la consommation.
L’évolution qu'a connue l'Algérie concernant l'alimentation laitière est liée à plusieurs
facteurs :
- dès la fin des années 60, le déficit protéique de l'algérien moyen a été prononcé (18 g /j/hab.
alors que la norme est de 50g). Pour combler ce déficit, le planificateur a favorisé la

1
Si Taleb « le développement du secteur privé en Algérie et sa place dans les industries alimentaires » thèse de
Magister, 1995 et l’ONS.

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consommation du lait (En raison, d'une part de ses qualités nutritionnelles et d'autre part pour
la modicité de son prix par rapport aux autres sources protéiques), en subventionnant les prix
à la production et à la consommation.
- la dégradation du pouvoir d'achat depuis les politiques de libéralisation;
- les habitudes et les préférences des consommateurs : malgré l'augmentation périodique du
prix du lait pasteurisé en vue de sa libéralisation totale, sa consommation n'a pas connu de
réel changement. Le lait est considéré comme aliment refuge pour les couches pauvres de la
société dont souvent c'est le repas principal de la journée.

1.3. La dépendance à l’égard du marché extérieur.

L’Algérie importe 70 % des disponibilités en lait et produits laitiers au cours de la


période 1996- 1999. L’importation du lait représente 20 % de la facture alimentaire globale.
Cette forte relation qui existe entre la filière lait et le marché mondial du lait et produits
laitiers implique que celui ci exerce une influence importante sur cette filière.

Face au déficit de la production nationale du lait, l’Etat a fait massivement appel aux
importations. Le graphique qui suit montre l’ampleur de la dépendance de l’Algérie des
fournisseurs étrangers de la poudre de lait.
Graphique 2 : l'évolution des importations du lait et produits laitiers

450
miliers de tonnes

400

350

300

250

200
l'importation du lait
et produits laitiers
150

100

50

0
1980

1981

1982

1983

1984

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Années

Cette dépendance s’aggrave dans un contexte où les prix de la poudre de lait ne font
qu’augmenter. En 2000, les prix ont connu une forte augmentation (52 % entre 1999 et
2000). Cette situation s'explique par la baisse de l'offre mondiale de 9% par rapport à l'année
précédente.

En février 2007, le prix de la poudre de lait a connu une augmentation sans précédent
(3000 $ la tonne). Cette flambée a engendré une augmentation des coûts de transformation de
26 DA / unité à 28 DA / unité tout en maintenant les prix de vente à 25 DA/ l’unité.
Cette tension sur les prix s’explique par plusieurs facteurs :

- L’augmentation de la demande asiatique qui s’explique par l’amélioration de leur


pouvoir d’achat ;

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- La baisse des subventions à l’exportation sous la pression de l’organisation mondiale
de commerce (OMC), cette baisse s’élève à 500 €/ tonne en 2006 ;
- La baisse de la production en raison de mauvaises conditions climatiques ;
- La réduction des quotas de production des pays européens pour réduire les aides
prévues par la politique agricole commune (PAC).

Face à l’échec de l’Etat pour internaliser la filière lait, la mutation que connaît
actuellement l’industrie laitière pourrait-elle en être la solution ?

2. Le marché du lait et dérivés : structure et stratégie.

Le paysage industriel laitier :

Le centre névralgique de la filière lait est, certes, la production et la collecte du lait cru.
Cependant, si l’industrie laitière n’est pas assez performante pour transformer un input qui ne
se conserve pas très longtemps, tous les efforts fournis pour construire une filière, au sens
propre du terme, seront vains. Les entreprises de transformation du lait sont, donc,
considérées comme le noyau de la filière lait. Elles ont un formidable effet d’entraînement
(notamment dans un contexte où les consommateurs sont très demandeurs de produits laitiers
à forte valeur ajoutée). Il parait, donc, nécessaire de s’intéresser à ce secteur, son évolution et
surtout le comportement des entreprises le composant.

La structure générale de l’industrie laitière fait apparaître la coexistence de trois formes


d’entreprises :
- les unités de production publiques organisées sous forme de groupe industriel de production
du lait (GIPLAIT) : Avant la décennie 90, la transformation et la commercialisation étaient
monopolisées par les entreprises d’Etat à travers les offices régionaux qui ont une bonne
couverture géographique. Ces entreprises ont été longtemps baignées dans un environnement
protégé. Quel est le sort de ces entreprises dans le contexte de libéralisation de l’économie
algérienne ?
- les entreprises privées de taille moyenne qui ont tendance à se développer grâce, notamment,
aux partenariats réalisés avec les entreprises étrangères ;
- les entreprises privées de petite taille qui ont une assise régionale et qui se spécialisent dans
la production d’un ou deux produits notamment le fromage.
A ces trois catégories s’ajoutent les toutes petites laiteries qui opèrent dans le secteur non
enregistré (informel).

Depuis la libéralisation de l’économie, le marché de l’offre du lait et dérivés connaît


de réelle transformation. Cela est illustré par le tableau suivant :

Tableau 2 : nombre d’entreprises par année de création.

Date de création Avant 2000 2000 2001 2002 2003 2004 29/11/2005
Nombre d’entreprise 283 90 37 44 60 41 33
Source : ONS, 2005.

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46% d’entreprise laitière ont été créées entre 2000 et 2005. 75 % de ces entreprises ont moins
de 6 salariés et seulement 8 % d’entre elles ont un effectif qui dépasse les 100 salariés
(tableau 3).

Tableau 3 : nombre d’entreprise laitière par tranche d’effectif


Tranche d’effectif 0-5 6-12 20-59 60-99 100 et plus total
Nombre d’entreprises 244 31 21 5 25 326
Source : ONS, 2005.

Ces données montrent clairement que le marché du lait est un oligopole à frange
localisées où coexistent un nombre réduit d’entreprise qui dominent le marché notamment
avec l’arrivée des firmes multinationales agroalimentaires et plusieurs petits producteurs
ayant une assise régionale.

Cette nouvelle structure de marché aura-t-elle une influence sur l’organisation de la


filière lait ?

2.2. Les orientations stratégiques des entreprises laitières :

Pour répondre à la question posée précédemment, une étude sur le terrain a été
réalisée auprès de sept entreprises ayant un certain poids sur le marché laitier : GIPLAIT,
DANONE DJURJURA, TCHIN LAIT-CANDIA, GENERAL INDUSTRIE YOPLAIT ,
SOUMMAM, PATURAGE ALGERIE et MATINALE. Ces entreprises sont situées dans trois
régions : Alger, Bejaia, Tizi Ouzou considérées comme les plus grands pôles agroindustriels
du pays.

Afin de déterminer ses orientations stratégiques, l’entreprise doit déterminer l’état de


ses ressources et le fonctionnement de la concurrence dans le secteur où elle active.

2.2.1 L’analyse des ressources des industries laitières :

L’état des ressources des entreprises étudiées est hétérogène. Le groupe public
constitue le canard boiteux du secteur laitier. Étranglé par la dette et frappé par la désuétude,
ce groupe est gardé en vie par l’Etat pour des raisons sociales (garder l’emploi). Les
entreprises privées, profitant de la croissance du marché et les aides accordées par l’Etat,
connaissent une bonne santé financière et une dynamique importante.

Le groupe public est dans une situation difficile, la concurrence des entreprises privées
nationales ou étrangères lui ont fait perdre des parts de marché considérables. Ce groupe très
endetté, souffre de l’obsolescence de ses équipements de production. Le retard accusé dans le
processus de privatisation (difficulté de trouver preneur) limite la marge de manœuvre de
cette entreprise, ce qui contraint sa compétitivité.

Certaines des entreprises privées (Djurdjura, Yoplais et Candia) ont pu développés des
partenariats avec des entreprises étrangères (alliances, franchises, prise de participation…).
Ces PME locales ont pu bénéficier de plusieurs opportunités à savoir le transfert du savoir de
la FMN en terme de gestion et de marketing, bénéficier de leur expertise en terme de
procédure de qualité et d’investissement et enfin l’amélioration nette des résultats financiers.

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Quant aux entreprises privées qui ont gardé la propriété familiale (Soummam),
elles ont renforcé leur position compétitive en fournissant davantage d’efforts dans la
communication et la segmentation fine du marché.

Les entreprises étudiées présentent deux caractéristiques communes à savoir :


- la sous utilisation des moyens de production ;
- la dépendance des fournisseurs étrangers de matière première ainsi que l’équipement
de production.

Cette dépendance s’explique par :

- la suppression de prime d’integration-transformation qui s’élève à 12 DA/L, réservé


uniquement aux entreprises qui utilisent exclusivement du lait cru ;
- la dispersion et l’éloignement des fermes des entreprises de transformation ce qui
induit des coûts de transport élevé ;
- l’attractivité des prix du lait vendu en l’état aux crémeries urbaines ;
- l’attractivité des prix de la poudre de lait importée. Le prix de revient d’un litre de lait
reconstitué se situe entre 12 et 16 DA/L or le coût de revient d’un litre de lait cru varie
entre 30 et 40 DA/L.

2.2.2 La carte stratégique de l’industrie laitière :

La définition de Porter du groupe stratégique est la suivante : « un groupe stratégique se


compose de l’ensemble d’entreprises d’un secteur qui suivent la même stratégie ou une
stratégie voisine »2

Plusieurs facteurs permettent d’apprécier la similitude ou la proximité des stratégies : la


demande visée, le type d’avantage concurrentiel recherché (prix, qualité, service, etc.), le
mode de production, de distribution, de promotion…..

L’appartenance des entreprises de même secteur à des groupes stratégiques différents


traduit l’existence de différentiel de compétences qui à son tour reflète l’existence de barrières
à la mobilité stratégique plus au moins élevées entre les groupes stratégiques. Selon les choix
stratégiques qu’elles font et qui déterminent le groupe auquel elles appartiennent, les
entreprises se trouvent diversement exposées au jeu des forces concurrentielles. La
compétition inter-groupes prend en compte les choix stratégiques différents réalisés par les
concurrents et les barrières à la mobilité que leurs comportements contribuent à ériger.

L’analyse structurelle de l’industrie laitière a permis son découpage en cinq groupes


stratégiques selon les dimensions de l’intégration verticale, de la spécialisation, et de la
pénétration des marchés par la fonction commerciale. Ces dimensions constituent des
barrières à la mobilité importantes permettant de mettre en évidence les différences
stratégiques entre les différents groupes. Il ressort de cette carte une compréhension adaptée
des mécanismes de base de la lutte stratégique au sein d’un secteur.

2
Porter M « choix stratégique et concurrence : technique d’analyse des secteurs et de la concurrence dans
l’industrie » ed Economica, 1990.

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Figure 3: les cartes stratégiques de l’industrie laitière.

L’image de marque
Tchin-lait
forte Danone
Djurdjura
Soummam et
Yoplait

Pâturage Algérie et
matinale Giplait
Faible

Faible Fort
Degré d’intégration

Il faut préciser que le profit des firmes appartenant à des groupes stratégiques différents
lui aussi est différent. Plus les barrières à l’entrée à un groupe sont élevées plus les profits des
entreprises établies sont élevés et leurs parts de marché sont stables. L’importance des cinq
forces concurrentielle n’est pas identique pour les différents groupes stratégiques.

Les changements dans la structure d’un secteur peuvent se traduire soit par la constitution
d’un nouveau groupe stratégique, soit rendre les groupes plus homogènes. Dans le cas du
secteur laitier, les changements peuvent provenir de la formation d’un nouveau groupe
constitué d’entreprises fortement intégrées vers l’amont telle que Cevital ou vers l’aval telle
que Blanky ayant une forte notoriété sur la marché national et une surface financière
importante. La modification dans le comportement des clients ou l’innovation technologique
peut entraîner l’apparition de nouveau groupe stratégique. À l’inverse la maturité de secteur
peut diminuer le nombre de groupe stratégique.

2.2.3 La concurrence élargie au sein des entreprises du même groupe stratégique :

Les choix stratégiques d’une entreprise sont conditionnés non seulement par ses
concurrents directs mais aussi par ses clients, ses fournisseurs, ses concurrents potentiels et
les produits de substitution. C’est ce que M.Porter appelle « la concurrence élargie ».
Les forces qui commandent la concurrence au sein du secteur laitier sont illustrées par le
schéma qui suit :

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La menace des nouveaux entrants
-attrait du secteur laitier ;
-barrière à l’entrée faible ;
- facilité accordée par l’Etat ;
-privatisation des unités du groupe
Giplait.

Pouvoir de négociation La rivalité entre firmes existantes Pouvoir de


des clients faible -marché oligopolistique avec frange ; négociation des
-asymétrie -forte différenciation des produits et FRS fort
informationnelle ; hyper segmentation du marché ; -la concentration des
-faible possibilité -DDA leader sur le segment des PLF, FRS de la PDL ;
d’intégration vers Soummam et Trèfle sont des -la dispersion des
l’amont ; suiveurs ; importateurs
-atomisation des -Tchin lait leader sur le segment lait algériens.
distributeurs. UHT.

La concurrence des produits de


substitution
-boissons (jus, boissons gazeuses, thé) ;
-fruits.

Les fournisseurs de matières premières disposent d’un fort pouvoir de négociation en


raison de :
- la dispersion des importateurs algériens. Ils sont une dizaine et les quantités achetées
sont faibles, à part Milk trade (filiale de Giplait ) qui approvisionne ses 19 filiales. Cela
s’explique par un fond de roulement insuffisant pour constituer des stocks lorsque la
conjoncture le favorise. La donne aurait changé si les importateurs se regroupaient en une
seule entité. Ils peuvent affaiblir le pouvoir dont disposent les fournisseurs étrangers.
- l’incapacité des éleveurs locaux à satisfaire les besoins en lait des entreprises de
transformation. En effet, les fournisseurs de la PDL et de la MGLA ne sentent pas la
menace du produit de remplacement qui est le lait cru local. Malgré les efforts consentis
par les pouvoirs publics dans le cadre de la réhabilitation de la production laitière, les
problèmes d’acheminement du lait vers les usines de transformation et de la production
fourragère persistent toujours.
- la part importante qu’occupe la PDL dans l’ensemble des achats globaux des entreprises
de transformation. Celle-ci représente environ 70 % des coûts globaux de l’entreprise.

Le pouvoir de négociation des clients est faible parce qu’ils ne disposent d’aucun moyen
de pression lors des négociations. Les distributeurs grossistes ne disposent pas de toute
l’information concernant la demande, du moment qu’ils ne sont pas en contact direct avec les

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clients finals. Les coûts des entreprises de transformation sont également ignorés par les
distributeurs. Dans ces conditions, les clients ne disposent d’aucun moyen de pression dans la
négociation. En outre, les distributeurs des entreprises étudiées sont des particuliers disposant
de chambre froide, d’un ou plusieurs camions frigorifiques. Ce type d’entreprise est de très
petite taille employant en moyenne 4 employés. Cette situation traduit les faibles quantités
achetées par ces distributeurs.

Une menace de plus en plus accrue provenant des nouveaux intrants rendue possible grâce
à la faiblesse des barrières à l’entrée. Quant à la concurrence des produits de substitutions
(jus, fruits…) elle est plutôt saisonnière.

La rivalité entre firmes établie ne porte pas sur les prix (vu la faible elasticité-prix de la
demande), mais sur des paramètres hors prix à savoir l’innovation produit. Celle-ci porte
principalement sur l’élargissement de la gamme des produits offerts et l’adoption d’une
politique de communication intensive. Les entreprises étrangères se limitent à introduire sur le
marché national des gammes déjà lancées ou en phase de déclin dans les pays développés.

Conclusion

Le développement des entreprises de transformation du lait n’a pas permis de limiter


la dépendance laitière de l’Algérie des fournisseurs étrangers. L’industrialisation du ce secteur
a ouvert des débouchés aux entreprises étrangères fournissant les matières premières et
l’équipement de production.

Les orientations stratégiques des entreprises laitières s’inscrivent dans la recherche du


profit immédiat sans se soucier de leur dépendance. Pour un produit aussi vital, la dépendance
n’est pas permise, une politique d’encouragement de la production laitière s’avère plus que
nécessaire.

Cependant, les résultats des aides allouées par l’Etat au secteur laitier sont mitigés en
raison de faibles ressources prévues pour ce programme et l’insuffisance de nombre de
bénéficiaires. La mise en place d’un élevage laitier nécessite que ces investissements soient
sécurisés par une vision claire de l’avenir du marché. L’Etat est censé les protéger de la
concurrence du lait importé des pays qui subventionnent les producteurs laitiers. Cette
protection passe par la taxation du lait importé. Mais la réalité est toute autre, l’Algérie vient
d’éliminer totalement les taxes sur la PDL lors de l’entrée en vigueur de l’accord
d’association avec l’Union Européenne en septembre 2005.

En somme, faute de relation bien établie entre les acteurs de la filière lait et faute d’un
dispositif d’information et de guidage à long terme, cette politique risque de perdurer.

Bibliographie :

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- Cherfaoui.A « essai de diagnostic stratégique d’une entreprise publique en phase de
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- Cheriet F « analyse des alliances stratégiques entre FMN et PME : cas de l’accord Danone
Djurdjura en Algérie » thèse de Master of science n° 79, 2006.
- Hachachna.Z « évolution du concept de politique alimentaire et ses effets sur la
consommation : exemple de l’Algérie » thèse de master of science, IAMM, CIHEAM, 1999.
- Haddad. E « dynamique locales de la compétitivité en économie ouverte : application aux
IAA au Liban » thèse de doctorat, université de monpelier I, 1992.
- Si-Tayeb.H « le développement du secteur privé en Algérie et sa place dans l’industrie
alimentaire. Etude de cas : industrie laitière privée » thèse de magister en sciences
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- Snoussi M « la libéralisation des échanges et compétitivité industrielles cas de l’industrie
laitière en Tunisie » thèse de master of science IAMM. 1999.
- Zeroukhi M « Intensité de la Concurrence, Incitations à Innover et Pouvoir du Marché »
mémoire de DEA en économie industrielle, 2004, université de Monpellier.

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