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E

Une maladie qui menace la iciculture


Diana Fernandez*, Maurice lourd*, Mohamed Ouinten“, Abdelaziz Tantaoui** et Jean-Paul Geige?

Depuis plus de 100 ans, les palmeraies du Maroc et d’Algérie sont dévastées par un champignon du sol,
Fusarium oxysporum f. sp. albedinis, qui provoque un dépérissement rapide du palmier dattier. Cette fusario-
se vasculaire, communément appelée Bayoud, affecte tout particulièrement les meilleures variétés productrices
de dattes. Mais son incidence dépasse le simple aspect économique lié aux pertes de production dattière, car
le palmier dattier occupe une position-clé dans I’écosystème oasien et dans l’organisation sociale des peuples
de ces régions sahariennes.
Nous présentons ici le Bayoud et les dernières avancées scientifiques relatives cì la connaissance du parasite
et cì la lutte contre la maladie. En particulier, nous faisons le point des recherches que nous avons effectuées sur
la caractérisation du parasite par des techniques moléculaires, et sur la structure génétique de ses populations.

LE BAYOUD
Palmiers Une maladie propagée par l’homme
dattiers atteints
de Bayoud Le Bayoud sévit uniquement en Afrique du
(palmes blanches) Nord, dans toutes les grandes palmeraies du
dans la palmeraie Maroc (sauf Ouarzazate et Marrakech) et dans
du Draa (Maroc).
Au premier plan,
la plupart de celles du centre, de l’ouest et du
on n‘a pu sud-ouest de l’Algérie (Carte). La maladie est
cultiver que originaire de la vallée du Draa, au Maroc, où
de l‘orge elle fut observée pour la première fois vers
dans cette parcelle 1870. Elle s’est ensuite propagée dans l’en-
où subsistent semble des palmeraies marocaines, le long
seulement des vallées, puis en Algérie (à partir de 1898)
quelques palmiers. par bonds successifs d’oasis en oasis. II ne fait
(ph. Fernondez) aucun doute que l’homme en a été le principal
I l vecteur par les échanges de rejets ou de pro-
duits dérivés des palmes ou du stipe (le
Bayoud n’étant pas transmis par les dattes);
les chemins suivis par le Bayoud coïncident
e palmier dattier (Phoenix dactylifera L.) micro-climat favorable au développement de
avec ceux des caravanes.
est cultivé dans les zones arides et nombreuses cultures annexes. Les palmeraies
semi-arides chaudes d’Asie et d’Afrique, traditionnelles sont organisées en trois strates Au Maroc, les pertes ont été estimées à plus
mais aussi en Australie, dans quelques de cultures : les palmiers dattiers, des arbres de 10 millions de palmiers détruits, soit les
pays d’Amérique où il a été introduit au XVlll” fruitiers ou arbustes et des cultures céréa- deux tiers des arbres productifs. En Algérie, ‘le
siècle, et dans les régions méditerranéennes lières, fourragères ou maraîchères. Toutes ces chiffre de trois millions a été avancé, mais
d’Europe. C’est une plante qui nécessite pour productions conditionnent Economie de I’oa- nous n’avons pu vérifier ces données. De fait,
sa croissance et la production dattière des sis et la stabilité des populations qui y vivent. le Bayoud a été, et demeure, la maladie la plus
températures supérieures à 30 “C et une forte destructrice dans ces deux pays.
luminosité ; elle est donc bien adaptée aux Des clones ancestraux
régions arides et semi-arides chaudes. Elle Les palmeraies sous haute surveillance
Le dattier est dioique : il existe des plants
peut résister à des sécheresses prolongées, mâles et des plants femelles. Seuls ces der-
mais a cependant des exigences en eau pour Le Bayoud continue de progresser vers de
niers sont producteurs de dattes, après pollini- nouvelles régions en Algérie et de s’étendre
la production dattière. C’est pourquoi les pal- sation par le vent ou, artificiellement, par
meraies s’étendent souvent le long de cours dans celles qu’il a déjà atteintes (Carte). A titre
l’homme. Les plants issus de reproduction d’exemple, la vitesse d’expansion du Bayoud
d’eau, ou sont situées dans des régions dont sexuelle présentent un taux d’hétérozygotie
le sous-sol présente des ressources hydriques dans la palmeraie expérimentale du Nebch
élevé, les agriculteurs ont donc recours à la (Zagora, Maroc) est, selon les parcelles, de 4
suffisantes. - reproduction végétative en utilisant les dix à à 15 % de palmiers atteints par an. Des
quinze rejets produits par le palmier dans les recherches ont été initiées au Maroc dès les
LE PALMIER DATTIER premières annnées de sa vie pour multiplier années 30, en collaboration avec la France,
ET SA MULTIPLICATlON les variétés intéressantes. De nombreuses puis plus tard en Algérie et en Tunisie. Dans
variétés ont ainsi été multipliées et propagées les années 80, le Bayoud a fait l’objet d’un pro-
Le palmier dattier est l’arbre fruitier par depuis des siècles. gramme financé par la F.A.O. Des prospec-
excellence du désert saharien où il joue à la La reproduction sexuée présente un premier
fois un.rÔle économique grâce à la production inconvénient : on est contraint d’attendre plu-
des dattes qui constituent la base de I’alimen- sieurs années avant de pouvoir différencier les * Laboratoire de PhytopathologieTropicale, Institut fran-
tation humaine et animale, et un rôle écolo- plants femelles des plants mâles et éliminer çais de recherche scientifique pour le développement
en coopération (ORSTOM), 911, avenue Agropoiis, B.P.
gique puisqu’il confère sa structure à l’oasis. ces derniers. De plus, les qualités des parents 5045, 34032 Montpellier cedex 1.
En effet, il protège du vent et de l’avancée du sont très diluées dans des descendances ** Laboratoire de Phytopathologie,INRA, Centre Régio-
désert tout en créant sous son couvert un aénétiauement hétéroaènes. nal du Haouz Pré-Sahara, B.P. 533, Marrakech, Maroc.
” OdSTOM Fonds” Documentaire Phytoma - La Défense des végétaux - No 469 ’Février 1995
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1 AV88 999% Ho b“
a ,
LE BAYOUD DU PALMIER DATTIER

tions ont été régulièrement conduites par des


scientifiques au Maroc et en Algérie afin d’éva-
her le nombre d’oasis atteintes et d’estimer
l’étendue des dégâts, Les instituts nationaux Symptômes

-
de protection des végétaux (INPV) ou les caractéristiques
offices régionaux de mise en valeur agricole du Bayoud
sur des palmes
(ORMVA) contrôlent Etat sanitaire des palme- de la couronne
raies et tentent de prévenir l’extension de la moyenne
maladie par des mesures prophylactiques du palmier dattier
simples (interdiction de transport de rejets ou (ph. Fernondez)
de fragments de palmiers, incinération des
plants bayoudés).
Les prospections les plus récentes réalisées
en Algérie (1983-1990) font état de deux types
de situations épidémiques : soit l’infection est
généralisée à l’ensemble dune palmeraie, soit
elle se limite à des foyers localisés. Ces der-
niers sont le plus souvent observés dans des
palmeraies récemment atteintes par la mala-
die, mais dans quelques cas, des foyers très I

anciens ont pu être identifiés. Au Maroc, en ou plusieurs palmes.,(folioles et rachis) au Une fusariose vasculaire
revanche, toutes les palmeraies atteintes pré- niveau de la couronne moyenne du palmier.
Ce symptôme est à l’origine du nom de la Le parasite responsable du Bayoud a été
sentent une infection généralisée. Les pros-
maladie, Bayoud dérivant dy mot arabe abyed isolé pour la première fois en 1921, mais iden-
pections montrent également que les variétés
qui veut dire blanc, et de la ‘forme spéciale du tifié seulement en 1934 par Malençon. II s’agit
de très bonne qualité dattière sont les plus tou-
Fusarium oxysporum qui en est responsable, d’un champignon, Fusarium oxysporum fsp.
chées. De plus, les palmeraies sont extrême-
albedinis, tiré du latin albus (blanc). Le dessè- albedinis (ou E o. albedinis) spécifique du dat-
ment dégradées, l’espace ouvert par les foyers
chement se généralise ensuite à toute la tier, forme spécialisée de l’espèce F: oxyspo-
de Bayoud étant exploité par des cultures de
faible valeur économique (photo 1). palme qui prend un aspect typique de plume ((
rum très commune dans les sols sous tous les
mouillée et s’incline vers le stipe (photo 2). climats. En conditions naturelles, les racines
Face à cette situation, la reconstitution des ))
de certaines plantes (henné, luzerne, orge)
palmeraies constitue un des principaux objec- Les mêmes symptômes apparaissent ensui-
te sur les palmes voisines, puis l’attaque se cultivées en association avec les dattiers peu-
tifs des recherches agronomiques menées au vent héberger le parasite sans montrer de
Maroc et en Algérie. généralise à l’ensemble du palmier qui dépérit
rapidement. symptômes externes. Ces plantes sont consi-
dérées comme des porteurs sains
(( )).

Symptômes unilatéraux Mais les symptômes ne sont pas toujours Le processus infectieux ainsi que le mode
caractéristiques aussi typiques et il est déjà arrivé de confondre d’action du parasite ont été peu étudiés. Le
une attaque de Bayoud avec un dessèche- champignon se reproduit exclusivement de
Un des premiers symptômes externes ment dû à un stress hydrique. II faut donc pro- façon végétative (pas de reproduction sexuée
typiques d’une attaque de Bayoud est un des- céder à l’examen approfondi des plants connue), en formant des spores, les microco-
sèchement et un blanchiment unilatéral d’une malades pour localiser et identifier le parasite. nidies, les macroconidies, et les chlamydo-
spores. La maladie est une trachéomycose : le
champignon envahit le système vasculaire de
la plante, jusqu’aux palmes et au bourgeon ter-
Situation épidémiologique du Bayoud du palmier dattier. minal, à partir des racines où se produit l’in-
fection. II se propage dans les vaisseaux sur-
tout par les conidies véhiculées par la sève.
Les mécanismes précis du dépérissement de
l’arbre ne sont pas connus mais, comme pour
toutes les fusarioses vasculaires, la mort de la
plante résulte probablement de l’effet combiné
des armes chimiques déployées par le parasi-
te, enzymes pectinolytiques et cellulolytiques
qui dégradent les parois cellulaires de l’hôte, et
des réactions de défense de la plante. Celle-ci
réagit notamment en formant des thylles, bou-
chons produits par des cellules du parenchy-
me pour obstruer les vaisseaux et bloquer
l’avance du parasite. Le dessèchement de la
plante résulte donc du blocage de la circulation
de sève, conséquence des différentes altéra-
tions du système vasculaire.
Adrar 0 U Un champignon tellurique
o
- O Foggaretez Zuoa
0In Salah Le E o. albedinispeut survivre dans le sol et
Fenoughil
Aoulef sur des débris végétaux pendant plusieurs
Zaouit Kunta années en l’absence de son hôte. On le retrou-
Reggane *Inghar
ve en faibles quantités jusqu’à 1 m de profon-
deur (10-75 propagules par gramme de sol),
*Palmeraies indemnes Opalmeraies infestées récentes de contaminations avec une répartition très hétérogène. A l’échel-
le d’un foyer, le Bayoud se propage de façon
Phytoma - La Défense des végétaux - No 469 - Février 1995 37
LE BAYOUD DU PALMIER DATTIER

radiale ; il semble que la maladie puisse se 70 afin d‘introduire des facteurs de résistance
transmettre par contact racinaire entre pal- dans des variétés d’importance économique.
miers. Cirrigation favorise aussi le développe- Des géniteurs présentant soit une résistance
ment de la maladie, mais on n’en connaît pas élevée au Bayoud, soit une production dattière
les mécanismes précis (plus grande diffusion intéressante ont été choisis. A partir des mil-
du champignon dans le sol etlou des spores liers de plantules issues de ces croisements,
dans les vaisseaux ?). Les cultures associées quelques centaines de plants femelles résis-
(( porteurs sains peuvent aussi contribuer à
)) tants et appartenant à une dizaine de variétés
maintenir la population de F: o. albedinis dans de bonne qualité fruitière ont été obtenus. Leur
le sol. La dissémination d‘une palmeraie à multiplication in vitro est en cours de mise au
l’autre est due essentiellement au transport de point.
rejets de palmiers ou de fragments (bois, Ces premiers résultats sont le fruit, de plus
palmes) hébergeant le champignon. de 20 ans de travail! II s’agit donc d’une
Mais des facteurs autres que la transmission recherche de longue haleine qui ne saurait se
potentielle du parasite semblent être néces- satisfaire de l’obtention d‘un ou de quelques
saires à I’établissement du Bayoud. Ainsi, cer- génotypes résistants. II faut, en effet, éviter le
tains sols de palmeraie, en particulier ceux de risque de voir la résistance contournée par le
Ouarzazate et de Marrakech, sont résis- parasite, ce qui pourrait se produire dans des
tants )) : ils empêchent I’établissement du palmeraies génétiquiement homogènes. II faut
champignon dans le sol etlou l’expression de donc augmenter le potentiel de sélection pour
son pouvoir pathogène. Des recherches ont obtenir davantage de génotypes intéressants.
montré que cette résistance est d’origine bio- Des recherches sont en cours pour s’affranchir
logique. En effet, après stérilisation à la cha- des tests de sélection sur plants adultes, bien
leur, les sols résistants deviennent réceptifs au trop longs et aléatoires. Elles consistent à
Bayoud ; une compétition microbienne pour développer des marqueurs cytologiques, bio-
les substrats carbonés conditionnerait la chimiques ou génétiques capables de fournir
réceptivité du sol. une information rapide quant au sexe de la
plante et sa résistance au Bayoud.
DES PALMIERS RÉSISTANTS
STRUCTURE GÉNÉTIQUE DES
Comment lutter contre le Bayoud pour sau-
ver les oasis menacées et relancer la produc-
POPULATIONS DE F.O. ALBEDlNlS
tion dattière ? Une des voies les plus active- Pour que les recherches sur la résistance du
ment explorées depuis des années est la palmier dattier progressent avec quelques
sélection de variétés résistantes. Un premier chances de succès, il faut conduire, en parallè-
inventaire du comportement des variétés tradi- le, des études sur la structure des.populations
tionnelles a été réalisé à partir d’enquêtes sur du parasite. En effet, la résistance du palmier
le terrain ou d’essais en parcelles infestées doit être évaluée en tenant compte de la diver-
naturellement. On a observé une variation pra- sité génétique potentielle du F: o. albedinis.
tiquement continue de la sensibilité au Bayoud tion de génotypes par croisements dirigés
entre des plants producteurs de dattes de qua- Les études menées jusqu’à présent au
depuis des variétés totalement résistantes jus-
lité et des plants résistants. Maroc et en Algérie sur le pouvoir pathogène
qu’aux plus sensibles comme la Bou Feggous, n’ont pas permis de révéler l’existence de
pratiquement disparue du Maroc. Toutefdis, un Ces stratégies ont pu être développées
notamment grâce à la mise au point, récente races dans les populations de F: o. albedinis.
classement a été établi qui sépare les $arariétés
chez le palmier dattier, de la culture in vitro qui En revanche, des souches peuvent présenter
en trois catégories : résistante, tolerante et
permet d‘obtenir, à partir d’un individu, un des niveaux d’aggressivité différents. La possi-
sensible. Les variétés tolérantes son’t difficiles
grand nombre de plants génétiquement iden- bilité d’une diversification du parasite en diffé-
à caractériser. Certains arbres présentent des
tiques. La sélection pour la résistance inclut rentes races, qui pourraient surmonter la ou
symptômes de Bayoud mais sont capables de
différentes étapes d’inoculations expérimen- les résistances sélectionnées, ne peut pas être
survivre plusieurs années, conpairement aux
tales et de plantation en terrain infesté. II s’agit totalement exclue vue la difficulté à réaliser
palmiers de variétés sensibles, D’autres sem-
d’un processus extrêmement long, mais des tests de pouvoir pathogène fiables. Faute
blent sains, mais le parasite peut être isolé de
nécessaire pour s’assurer du niveau de résis- de pouvoir étudier directement des systèmes
leurs racines, ce qui n’est jamais le cas chez
tance des plants. géniques impliqués dans l‘expression du pou-
les plants résistants. ;
Dans le cadre d’une recherche systéma- voir pathogène dont le déterminisme est enco-
Ces classements ont montré que la plupart re inconnu, une analyse globale du génome de
des variétés présentant 1 un niveau élevé de tique parmi les palmiers spontanés, des pros-
pections ont été effectuées dans les palme- différents isolats de F: o. albedinis a été effec-
résistance produisent, hélas, des dattes de tuée par les techniques récentes de biologie
qualité médiocre. Un très important travail de raies marocaines en1 1967, puis en 1973-75 et
1979-83. Elles ont permis de récolter plus de moléculaire qui permettent d’évaluer la diversi-
sélection doit donc être entreipris afin d’obtenir té génétique des populations du parasite.
des palmiers réunissant à la fois de bonnes 2 O00 individus (rejets) qui subsistaient depuis
aptitudes agronomiques, une production dat- plusieurs années dans des foyers de Bayoud. Vers une carte d’identité génétique
tière de qualité et une résistance au Bayoud Après plantation en terrain infesté, une soixan-
du F. o. albedinis
satisfaisante. taine d’entre-eux ont été sélectionnés. A l’is-
sue des différents tests, un clone résistant et Différentes analyses - compatibilité végé-
A la recherche de palmiers rksistants et producteur de dattes de bonne qualité a éte tative, RFLP, empreintes génétiques et RAPD
de bonne qualité de fruits retenu. Grâce à la culture in vitro, ce palmier a (voir encart) - ont été conduites sur un large
été multiplié et il est actuellement installé en échantillon d’isolats de F: o. albedinis prove-
Faute deJ connaissances précises sur le plantation expérimentale et diffusé auprès des nant de plusieurs palmeraies marocaines et
déterminisme de la résistance, deux stratégies agriculteurs au Maroc. algériennes. Tous les isolats étudiés appar-
ont été développées pour la sélection du dat- Dans le cadre de la stratégie visant à la tiennent au même groupe de compatibilité
tier : 1) une sélection parmi les palmiers issus création de nouveaux génotypes, des croise- végétative et présentent les mêmes profils en
de croisements au hasard (saïrs) ; 2) la créa- ments dirigés ont été entrepris dès les années RFLP de l’ADN mitochondrial. Canalyse RAPD
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LE BAYOUD DU PALMIER DATTIER

ne permet pas davantage de différencier les doit se poursuivre auprès des agriculteurs
isolats, à l’exception de quelques uns prove- TECHNIQUESrD’ETUDE DE LA pour la lutte préventive et l’adoption de varié-
nant des palmeraies de Ghardaia et Adrar, en DIVERSITE GENETIQUE tés nouvelles sélectionnées en stations expéri-
Algérie. Ces résultats sont la preuve d‘une DES CHAMPIGNONS mentales.
remarquable homogénéité génétiques du Remerciements : nous tenons à remercier M. Jean
Compatibilité vegetative : capacité qu’ont LOUVET pour les documents qu’il a mis à notre dispo-
champignon malgré la grande diversité des deux isolats de champignon à former un hété- sition et pour ses commentaires et suggestions pendant
variétés de dattier qu’il peut infecter. Les diffé- rocaryon (cellule à deux noyaux) par fusion de la rédaction de cet article.
rentes populations du champignon, dépourvu leurs hyphes mycéliens.
de reproduction sexuée, ont probablement une Polymorphisme de longueur des frag- BIBLIOGRAPHIE
origine clonale ; une ou quelques souches ments de restriction (RFLP) : cette analyse
seraient à l’origine de tous les foyers de ANNUAIREFAO DE CA PRODUCTION, VOI. 46, 1992. CO\\.
révèle des mutations au niveau des sites de FAO : Statistiques No 112, FAO, Rome, Italie.
Bayoud des palmeraies du Maroc et d‘Algérie. restriction de l’ADN (sites spécifiquement BRAGDE LA PERRIERE RA. ET BENKHALIFA A., 1991- Pro-
Pour vérifier cette hypothèse, une analyse très reconnus par les enzymes de restriction ou gression de la fusariose du palmier dattier en Algérie.
fine du génome a été réalisée par l’établisse- Sécheresse, 2, 119-128.
ment des empreintes génétiques A l’aide
(( )). BULIT J., J. LOUVET D. BOUHOTET G. TOUTAIN,1967 -
d‘une sonde d‘ADN particulière, des profils Recherches sur les fusarioses. I. - Travaux sur le
Bayoud, fusariose du palmier dattier en Afrique du Nord.
complexes comprenant environ 25 bandes ont Ann. Epiphyties, 18, 213-239.
été établis pour tous les isolats (photo 3). La -
DJERBIM., 1991 Bilan des activités de recherche sur
comparaison des empreintes génétiques a
(( )) le Bayoud en Afrique du Nord (1989 - 1990). Rapport
permis d’identifier plusieurs lignées, fruits PNUD/FAO/RAB/88/024, FAO, Rome, Italie, 29 p.
d’une évolution à partir de quelques clones, LOUVET J., 1991 - Que devons-nous faire pour lutter
qui sont cependant très proches génétique- contre le Bayoud ? In Physiologie des Arbres et
Arbustes en zones arides et semi-arides. Ed. Groupe
ment. II existe donc une variabilité génétique d’Etude de l’Arbre, Paris, France, pp 337-346.
chez E o. albedinis, mais celle-ci reste faible, MALENÇON -
G. 1934 Le Bayoud, maladie fusarienne
comparée à celle d‘autres formes spécialisées du palmier dattier au Maroc. Fruits, 5, 279-289.
du F: oxysporum, ou à d’autres champignons à MUNIERP., 1973 - Le palmier dattier. Coll. Techniques
reproduction asexuée. Agricoles et Productions Tropicales, XXIV. Ed. G.-F?
Maisonneuve et Larose, Paris, France, 221p.
Par ailleurs, si on compare les caractéris- SA AI DI^ M., G. TOUTAIN,H.BANNEROT ET J. LOUVERT, 1981
tiques génétiques des F: o. albedinis à celles de - La sélection du palmier dattier (Phoenix dactylifera L.)
F: oxysporum de sols de la vallée du Draa, on pour la résistance au Bayoud. Fruits, 36, 241 - 249.
constate qu’ils n’ont aucun point commun. Les TOUTAING., 1965 - Note sur I’épidémiologie du Bayoud
en Afrique du Nord. AI Awamia, 15, 37-45.
F: oxysporum que l’on peut isoler du sol, ou
même de racines de palmiers, appartiennentà
RÉSUMÉ
d‘autres groupes de compatibilité végétative,
présentent un ADN mitochondrial différent en La phœniciculture est largement développée en
Afrique du Nord et au Moyen Orient oh le palmier dattier
RFLP et ne donnent pas du tout les mêmes est I’élément structurant des oasis dans les régions
profils d’amplification RAPD. Ils n’ont vraisem- désertiques. Plusieurs millions d’arbres ont été détruits
blablement pas la même origine phylogéné- dans les palmeraies marocaines et algériennes par une
tique. Bien sûr, ces résultats sont à vérifier sur fusariose vasculaire, le Bayoud. Ce sont des mesures
pjlytosanitaires strictes qui ont, jusqu’à ce jour, permis
un échantillon plus large de souches du sol d‘éviter l’extension de la maladie aux autres pays phoe-
provenant d‘autres régions du Maroc et d’Algé- nicicoles. Les recherches, engagées depuis plus de 20
rie. Mais s’ils sont confirmés, les particularités ans pour la sélection de variétés résistantes produc-
génétiques des F: o. albedinis, comparées à trices’de dattes de bonne qualité, sont en voie d‘aboutir.
La caractérisation moléculaire de Fusarium oxysporum f.
celles des F: oxysporum, pourront être mises à sp. albedinis, responsable du Bayoud, a montré que les
profit pour proposer des outils de détection et populatiolisdu champignon, en Algérie et au Maroc, sont
d‘identification rapides du champignon dans le peu diversifiées et semblent avoir une même origine CIO-
sol et le matériel végétal, sans avoir à recourir nale. Dans un proche avenir, les méthodes moléculaires
pourront sans doute permettre d‘identifier rapidement le
aux inoculations expérimentales. parasite dans le-sol et dans le matériel végétal.
Empreintes génétiques d’isolats de Mots-clés : Palmier dattier, fusariose, Fusarium oxy-
CONCLUSION F. o. albedinis. Cette forme spéciale de sporum f. sp. albedinis, diversité génétique, sélection,
F. oxysporum présente une remarquable détection. \

Les résultats enregistrés dans le cadre des homogénéité génétique.


recherches menées sur le Bayoud peuvent (ph. Fernondez) SUMMARY
nous rendre optimistes quant au développe- THE BAYOUD : A’DISEASE THREATENING
ment d’une résistance durable chez le palmier DATE PALM.
dattier : des variétés résistantes et de bonne Date palm is widely grôwn in North Africa and in the
qualité de dattes sont déjà sélectionnées en Middle East, and it is the basic component of the oasis.
laboratoire ou en palmeraie expérimentale, et Several millions of trees were destroyed in moroccan
l’analyse du E o. albedinis montre que ses and algerian palm groves due to a vascular fusariosis,
called Bayoud. Severe prophytactic measures have allo-
populations sont génétiquement peu diversi- wed, until now, to control the spread of the disease in
fiées. Cette caractéristique nous rend égale- other phoenicicolous countries. The researches conduc-
ment optimiste quant à la mise au point de ted for more than 20 years to select resistant date palm
techniques d‘identification rapide et fiable de varieties with high fruit quality, are close to succeed.
Molecular characterization of Fusarium oxysporum f. sp.
l’agent pathogène. De tels outils contribue- albedinis, the causal agent of Baqoud, showed that
raient certainement à faciliter le travail des épi- algerian and moroccan populations 01 the fungus dis-
démiologistes et des améliorateurs. Quoiqu’il play a low level of genetic diversity and might be of the
en soit, les recherches se poursuivent active- same clonal origin. Moreover, these molecular methods
will allow to identify rapidly and efficiently the parasite
ment dans les domaines de la sélection et de into the soil as well as in plant tissues.
l’amélioration du dattier, ainsi que dans la valo- Key words : date palm, fusariosis, Fusarium oxyspo-
risation agricole des palmeraies. II demeure rum f. sp. albedinis, genetic diversity, selection, detection.
qu’un très important travail de sensibilisation
Phytoma - La Défense des végétaux - No 469 - Février 1995 39