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GHJUSSANI (2B): Ghjunsaninchi "ceux d’en bas"

Dans son Vocabolario (1915) Falcucci donne la liste des pieve «al tempo dell’occupazione francese»
parmi lesquelles, «Ghjussani, cantone di Olmi-Cappella». Il cite le dicton «purtà pece in Ghjussani» (y
«apporter de la poix» c’est faire «chose inutile»). Quant à l’étymologie du toponyme, Rodié (1937) pense à
une déformation de Giustani, “habitants de l’ancien village de San-Giusto, dont les ruines se trouvent sur la
route forestière d'Olmi-Cappella”. L’interprétation n’est guère convaincante phonologiquement: comment
passe-t-on de Giustani à Ghjussani? À propos de Giussano (Lombardie) le Dizionario di toponomastica
(UTET) mentionne sans conviction un nom de personne latin Cluttius ou Clustius.
Nous préférons partir d’un adjectif IOSSANUS, de IOSSU (latin classique DEORSUM) qui signifie
«inférieur, situé en bas», et ferait référence comme c’est souvent le cas en toponymie à la situation ou a
l’exposition des lieux concernés (quelli d’inghjò). Les termes de ce type sont très fréquents en toponymie
corse: in ghjò («en bas» /in sù «en haut»; suttanu, di sottu «en dessous, d’en bas» /supranu «d’en haut».
Outre les pieve de Sorru insù et Sorru inghjò (2A), on a beaucoup d’autres noms de lieux du même type:
Supranu (Bastelica 2A), Foce Suprana (Ortu 2B), Funtana Suttana (Loretu 2B)…
Rodié donne par ailleurs le même type d’explication pour «Sotta (sous-entendu villa ou casa), maison
d'en bas» et ajoute: «souvent on oppose deux hameaux d'un village par les mots Soprano et Sottano». Il
évoque cette interprétation dans “Les noms de lieux Corses” (Annu Corsu 1936): «La position basse est
marquée par Sotta, le Giussano; français, Juzennecourt».
On retrouve le même étymon latin jusanus «inférieur , situé en bas» en occitan (jusan) ou en ancien
français (jusain): Dauzat y rattache des noms de lieux français comme Jusanvigny ou Gésincourt.
On a aussi la variante Ghjunsani: les habitants sont les Ghjunsaninchi. L’alternance –SS-/-NS- est
courante: massa/mansa «tas, bande» ou spussa/spunsa («poussée, bousculade»). Ce dernier terme, peut-être
par crainte excessive du gallicisme, est ignoré des dictionnaires mais présent dans la littérature corse:
“avemu francatu l'età dulcissima di a zitellina tichjenduci di colpi, di cazzotti, di spunse è di pattoni di
amicizia” (Thiers)
“dopu à e prime spusse è qualchì scapochju, vucàvanu e cazzuttate” (DeZerbi)
Jean Chiorboli
linguacorsica@gmail.com