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Orthod Fr 2009;80:69–78 Disponible en ligne sur : Rapport


c EDP Sciences, SFODF, 2009 www.orthodfr.org
DOI: 10.1051/orthodfr/2008033

Chapitre 1
Les polymères de thermoformage
Claire Averlant-Dubois *
88 rue nationale, Hameau d’Ennetières, 59710 Avelin, France

Si le thermoformage n’est pas une technique ré- – Pour les gouttières de rigidité intermédiaire, ou
cente en orthopédie dento-faciale (Kesling, 1945), matériau démoulant : les polyéthylènes haute
elle suscite un réel intérêt thérapeutique depuis une densité (PEHD).
dizaine d’années grâce aux progrès des biomatériaux – Pour les gouttières souples : les acétates de vinyle
associés aux différentes techniques développées pour éthyle (EVA) [2].
ce procédé (EssixR de Sheridan, InvisalignR , collage
[4]
indirect. . .).

1. Les matériaux thermoplastiques 2. Propriétés chimiques des matériaux


plastiques
Dans le langage courant, les matières plastiques
sont des matériaux organiques, apparus sur le mar- 2.1. Structure chimique [3]
ché il y a une centaine d’années, caractérisées par Les constituants essentiels des plastiques sont des
une grande facilité de mise en œuvre et un excellent macromolécules de type polymères, c’est-à-dire des
rapport propriétés/poids et propriétés/prix. édifices composés par la répétition d’un ou de plu-
Il semble que ce soit Léo Hendrik Baeklant qui ait sieurs groupes d’atomes (monomères) attachés les
utilisé le premier, vers 1909, le terme de « plastique » uns aux autres par des liaisons chimiques. Les uni-
en tant que substantif pour désigner cette nouvelle tés constitutives que sont les monomères sont des
classe de matériaux. molécules organiques dont le noyau est essentielle-
D’un point de vue physique, une matière plas- ment constitué d’un atome de carbone (ou de sili-
tique se définit comme une matière qui se déforme cium dans le cas des polymères siliconés).
uniquement pour des contraintes mécaniques supé- Deux types de réactions chimiques peuvent
rieures à une valeur seuil [8]. aboutir à la formation de ces longues chaînes de mo-
Sont thermoformables les polymères suivants : les nomères :
matières plastiques vinyliques, styréniques, métha-
– La polymérisation par addition se fait par réaction
cryliques, les polyoléfines, les cellulosiques et cer-
des monomères entre eux (ouverture de la double
tains polyamides, les polycarbonates, les polyéthy-
liaison C=C du monomère par un « initiateur »)
lènes, les acétates de vinyle, les polyoxyméthylènes,
sans élimination de résidus de synthèse.
les polytéréphtalates d’éthylène et d’autres encore.
– La polymérisation par condensation ou polycon-
Les produits thermoformables, couramment uti-
densation donne lieu à des réactions chimiques
lisés aujourd’hui en orthodontie, sont :
entre les monomères avec formation d’un sous-
– Pour la réalisation des gouttières rigides : les produit.
chlorures de polyvinyle (PVC), les polymétha- Selon le mode de polymérisation, la structure du
crylates de méthyle (PMMA), les polycarbo- polymère est différente, ce qui influe sur le com-
nates (PC), les polymères de styrène (PS), les portement de la matière plastique.
polyuréthanes (PU), les polytéréphtalates d’éthy- Baïlon [3] fait une distinction entre :
lène amorphes (PETP). – Les matières thermodurcissables : les matières plas-
* Auteur pour correspondance : duboisclaire@laposte.net tiques issues de la polycondensation forment

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Chapitre 1

Figure 1
Variations du module d’élasticité d’un polymère en fonction de la température (d’après Baïlon, et al. [3]).

un réseau tridimensionnel de macromolécules. – la combustion à la flamme.


Toutes les liaisons atomiques sont de forte inten-
sité et aucun déplacement des chaînes les unes
par rapport aux autres ne peut se faire. De ce fait, 2.2. Comportement du matériau thermoplastique
lorsque la température monte, le polymère ne de-
vient pas visqueux. On qualifie ces plastiques de 2.2.1. Température de transition
« thermodurcissables » parce que, au contraire, thermoplastique [3]
l’élévation de température favorise la polyméri-
sation et le degré de réticulation donc la rigidité. Facilitant le déplacement des chaînes les unes par
– Les matières thermoplastiques : les polymères li- rapport aux autres, la température influence le com-
néaires ou ramifiés obtenus par addition se carac- portement des matériaux thermoplastiques (Fig. 1) :
térisent par des liaisons de faible intensité (liai-
– À basse température, le mouvement des chaînes
sons de Van Der Waals ou ponts hydrogènes)
macromoléculaires est bloqué : le polymère est
liant les macromolécules entre elles. Le compor-
dans un état vitreux, dur et relativement fragile
tement global du matériau dépend alors de la
(zone I).
mobilité des chaînes les unes par rapport aux
– À partir de la température de transition vitreuse
autres et de la rotation des liaisons C-C. Une élé-
θv, l’agitation thermique est suffisante pour que
vation de température facilite ce déplacement des
la chaîne se déforme. Le polymère, qui devient
chaînes : le comportement du polymère, d’abord
alors de plus en plus souple, se comporte comme
vitreux, devient caoutchoutique. Ce comporte-
un caoutchouc (zone II) : il se caractérise par un
ment étant réversible, il permet la mise en forme
faible module d’élasticité et une très grande dé-
des matières thermoplastiques à l’état fondu ou
formation élastique.
caoutchoutique.
– À une température supérieure à celle du plateau
En dehors des analyses de laboratoire (spectro- caoutchoutique θc, la rigidité du polymère s’ef-
photométrie infra-rouge, chromatographie, réactions fondre et celui-ci se comporte comme un liquide
aux solvants), il existe quelques tests simples [2] per- visqueux (zone III) jusqu’à la température de fu-
mettant de connaître la famille d’un polymère donné, sion θf. Lorsqu’un tel polymère est refroidi, il re-
notamment : prend un comportement caoutchoutique puis vi-
– l’immersion dans l’eau, treux d’où le terme de polymère thermoplastique.
Averlant-Dubois C. Les polymères de thermoformage 71

2.2.2. Influence de la cristallinité • Le polyméthacrylate de méthyle (PMMA)

Chapitre 1
Amoric [1] divise les matières thermoplas- Découvert en 1927 en Allemagne, ce produit est
tiques en deux catégories (amorphes et cristallines) le fruit des travaux de Rhom et Hass, en collabora-
selon leur organisation chimique. Les polymères tion avec Farben Industrie.
« amorphes », présentant une structure désordonnée Le PMMA est insipide, sans odeur, d’excellente
liée principalement par de fortes liaisons Van Der transparence (supérieure à toutes les autres catégo-
Walls, une densité supérieure à 1, un faible retrait ries de polymères), d’une remarquable qualité de
et une faible tenue thermique, sont plus aptes au surface. Sa résistance au vieillissement est également
thermoformage (exemples : PVC, PC, PMMA, ABS, bonne.
SAN, PS). Il est par contre attaqué par des produits courants
comme l’acétone, le chloroforme, l’alcool, l’eau oxy-
2.3. Les différents types de matériaux génée, l’ammoniaque [1]. . .
thermoplastiques Applications orthodontiques : Mac Namara [10] réa-
De nombreux produits thermoformables ont été lise ses gouttières de contention à partir de films en
rejetés en odontologie pour leur mauvais aspect (co- PMMA type BiocrylR de 1 mm d’épaisseur (avant
polymères de styrènes, ABS, non transparents), leur thermoformage) en raison de leurs excellentes qua-
mauvaise définition, leur difficulté de mise en œuvre lités de transparence et de rigidité ; par contre, cette
(polyamides, forte absorption d’eau et mauvaise te- rigidité les rend inappropriées pour réaliser des ali-
nue aux acides minéraux) ou leur toxicité. gneurs dentaires. Elles sont aussi indiquées pour
Les matériaux destinés à la fabrication des gout- la réalisation de divers appareils orthodontiques (ver-
tières rigides seront recherchés parmi ceux pou- sions colorées possibles).
vant rester inertes et inaltérables dans la salive ;
sans odeur, sans saveur, transparents ; insensibles au • Le polycarbonate (PC)
contact des détergents de nettoyage courants. En
Ce produit fut découvert en 1957 par les labora-
outre, ils ne devront présenter aucune toxicité ni
toires Bayer et General Electric.
pour les patients, ni pour les opérateurs [1].
Le polycarbonate est obtenu par condensation du
bisphénol A et du phosphogène.
2.3.1. Matériaux thermoplastiques destinés Il s’agit d’un polymère amorphe d’une excellente
à la fabrication de gouttières rigides transparence. Sa résistance peut être améliorée par
Les gouttières rigides sont particulièrement indi- l’ajout de fibres de verre.
quées pour les gouttières de contention : une ré- Un séjour prolongé dans l’eau chaude peut pro-
cente étude pour le NHS a d’ailleurs montré que voquer sa décomposition et entraîner une chute de
celles-ci étaient significativement plus efficaces que sa résistance aux chocs [1]. D’autre part, les plaques
les plaques de Hawley concernant les déplacements à base de polycarbonate doivent impérativement être
mandibulaires unitaires antérieurs [13]. séchées dans un four pour libérer toute humidité
avant le thermoformage sous peine de voir des bulles
apparaître dans la masse de la gouttière [8].
• Le polychlorure de vinyle (PVC)
Applications orthodontiques :
Découvert en 1931 par Falgren, le PVC résulte de
la réaction de l’acide chlorhydrique sur l’acétylène et – L’Imprelon SR est indiqué pour les gouttières de
par chloruration de l’éthylène [1]. contention, il est utilisé secondairement, pour les
Application orthodontique : Essix EmbraceR est uti- contentions Osamu, en surmoulage d’EVA, ame-
lisé pour confectionner des contentions ou des ali- nant un gain de rigidité et une grande transpa-
gneurs de déplacement dentaire. Il se caractérise par rence [15].
une possibilité de collages d’auxiliaires (avec de la – La plaque « sandwich » DurasoftR , composée
résine) et une résistance acceptable à l’abrasion. Il d’une feuille dure de PC et d’une feuille molle
supporte le stress occlusal sur une durée moyenne de polyesters insaturés, permet la réalisation de
de 12 mois [12]. gouttières sur set-up (l’intrados souple autorisant
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le déplacement dentaire selon la position idéale Application orthodontique : Associé à la technique


Chapitre 1

fixée d’emblée) [16]. EssixR (rebaptisée Ideal SmileR ) de Sheridan sous le


nom d’Essix A+R (ou Ideal ClearR ) ou encore sous
• Le polystyrène (PS) le nom de DuranR , ce type de plaque présente une
indication pour les aligneurs (de par sa rigidité satis-
faisante) ou les contentions de courte durée (résistance
Polymère amorphe découvert par Simon en
en bouche : au maximum six mois) [15, 19].
1883, le polystyrène résulte d’une polymérisation
Il se caractérise par une bonne transparence et
homogène en masse du styrène. Il se prête bien à
s’unit parfaitement aux résines (ce qui peut per-
la copolymérisation aboutissant à l’acrylonitrile bu-
mettre un gain de rigidité).
tadiène styrène (ABS). Cependant, ce dernier com-
En 1997, Wang [18] l’utilise pour améliorer les
posant perd de sa transparence (le polystyrène trans-
contentions de Mc Namara.
met initialement 90 % de lumière) [1].
Application orthodontique : l’ImprelonR , en 1 mm
d’épaisseur, permet la confection de gouttières de 2.3.2. Les polyéthylènes haute densité (PEHD) :
contention [16]. matériau « démoulant » destiné
à des gouttières de rigidité intermédiaires
• Le polyuréthane
Découvert en Allemagne par Ziegler en 1955, le
Obtenu par mélange dans le rapport 1/1 d’un PEHD a été produit par les industries Hoechst.
alcool (polyol) et d’un isocyanate, le polyuréthane Les polyéthylènes sont issus de la polymérisation
s’obtient par une réaction exothermique très vive, ac- de l’éthylène gazeux. Le polyéthylène haute densité
compagnée d’un léger dégagement gazeux. Connue diffère par son mode de polymérisation à basse pres-
depuis le début du vingtième siècle, la synthèse du sion et par le type de catalyseur employé [1].
polyuréthane exempte de polyisocyanate fut réalisée Applications orthodontiques :
en 1937 par Otto Bayer, aboutissant à un plastique
utilisable sans risque. – Isolant des moulages en plâtre : IsoflanR [16],
Le polyuréthane peut être fabriqué avec une – Contention : Essix C+R ou Ideal ComfortR (plus
grande variété de textures et de duretés en variant longue durée qu’avec le PETP, au maximum
les monomères utilisés et les adjuvants [1]. deux ans) [12, 19],
Application orthodontique : Exceed 30R , à base de – « Aligneurs » de déplacement dentaire : déplace-
PUR, est le matériau choisi par Alignc pour la réali- ment plus lent qu’avec les gouttières rigides, mais
sation des aligneurs de la technique InvisalignR , pour plus agréables à porter. Elles sont légèrement
son compromis entre confort de port et efficacité [4]. opaques (effet blanchissant naturel) [12, 19].

• Le polytéréphalate d’éthyle ou polyester 2.3.3. Les acétates de vinyle éthyle (EVA)


saturé (PETP) pour la réalisation de gouttières souples

Le polytéréphtalate d’éthylène, plus commu- Les copolymères EVA sont le plus souvent ob-
nément appelé polyester, fut lancé en 1954 en tenus par polymérisation en émulsion (en présence
France sous l’appellation de TergalR , équivalent du d’un tensio-actif), en dispersion ou à l’aide d’un ini-
TeryleneR anglais ou du DacronR américain. tiateur [1].
Seuls les polyesters linéaires sont thermoplas- Application orthodontique : la confection de positi-
tiques : ils sont obtenus à partir d’éthylène glycol et onneurs individualisés thermoformés (BioplastR ) [16].
d’acide téréphtalique, formant la base des fibres des Selon Mischler et Delivanis, les positionneurs indivi-
polyesters employés comme textiles et plaques ther- dualisés offrent une meilleure contention et des fins
moformables. de traitement plus appréciables face aux position-
Il présente une bonne résistance à l’abrasion et neurs industrialisés (jugement effectué selon plu-
aux micro-organismes [1]. sieurs critères : relations sagittales, courbe de Spee,
Averlant-Dubois C. Les polymères de thermoformage 73

nombre de contacts inter-arcades, maintien des lar- matières plastiques intéressantes quand elles sont

Chapitre 1
geurs inter-canine et inter-molaire). De plus, de tels utilisées comme isolants thermiques.
positionneurs seront plus facilement adoptés par le
patient, le praticien ne devant normalement pas ef- 3.3. Propriétés optiques
fectuer de retouche lors de la pose [11]. Chabre re-
commande de réaliser une autre contention provi- Certains polymères possèdent des propriétés op-
soire le temps de la réalisation de ce positionneur [5]. tiques très intéressantes. Pour qu’ils puissent trans-
La double gouttière BioplastR , association d’une mettre la lumière, ces polymères doivent être à l’état
gouttière molle BioplastR 1,5 mm et d’une gouttière amorphe car toute zone cristallisée joue le rôle d’un
rigide DuranR 0,75 mm, est insérée en deux temps, centre de diffusion (le coefficient de transmission lu-
d’abord la gouttière molle puis la dure par-dessus : la mineuse diminue donc fortement dès qu’une cer-
souplesse de la première gouttière permet une inser- taine cristallisation apparaît).
tion facile quelle que soit la malocclusion, la partie Parmi les polymères thermoplastiques, ce sont les
dure permet un appui satisfaisant des attaches sur polyacryliques et les polycarbonates qui sont les plus
les dents, ce qui en fait la gouttière de choix pour fréquemment utilisés pour leurs propriétés optiques.
le collage indirect des matériaux photopolymérisables Le PMMA est le plus typique de ces polymères
selon Simon [17]. thermoplastiques transparents, puisqu’il est utilisé
dans la fabrication de vitrages.
3. Propriétés physiques des matériaux Les polycarbonates, bien que transmettant légère-
plastiques [3] ment moins bien les longueurs d’onde visibles, sont
moins sensibles aux rayures que les polyacryliques.
Il existe une grande variété de matières plas-
tiques, de plus, les adjuvants (colorants, stabilisants, 4. Propriétés mécaniques des matériaux
plastifiants, lubrifiants, ignifugeants. . .) et renforts plastiques
(verre, carbone. . .) incorporés aux polymères, font
varier grandement leurs propriétés. Il est donc pra- 4.1. Caractéristiques mécaniques générales [2]
tiquement impossible d’étudier les caractéristiques
physiques de chaque polymère individuellement. Il Les propriétés mécaniques des polymères synthé-
convient plutôt de tenter de dégager une vue d’en- tiques plastiques ne sont pas dues, comme celles
semble des propriétés physiques de ces matières. des métaux, à la cohésion qui existe entre tous les
atomes constitutifs du matériau ; elles résultent plu-
3.1. Masse volumique tôt des interactions secondaires entre les macromo-
lécules que sont les chaînes.
La masse volumique des matières thermoplas- La rigidité des polymères est beaucoup plus faible
tiques est peu élevée en raison du faible poids ato- que celle des métaux et des céramiques : le module
mique des principaux atomes de leurs chaînes (prin- de Young des matières thermoplastiques est d’en-
cipalement l’hydrogène et le carbone). viron 1 à 4 GPa à température ambiante. D’autre
Si le polymère cristallise, il devient plus dense part, cette rigidité peut varier de façon notable selon
qu’à l’état amorphe car, à l’état cristallin, il y a un le type d’agencement des macromolécules que peut
meilleur empilement des chaînes et, par conséquent, adopter un même polymère (le module d’élasticité
une plus grande compacité. d’un polymère est différent selon qu’il est sous forme
Cette faible masse volumique est sans aucun amorphe, cristallisée ou ramifiée).
doute une des qualités qui a le plus largement contri- Les propriétés des polymères peuvent être mo-
bué à la diffusion des matières plastiques. difiées par l’environnement intra-buccal [12] : ils
peuvent notamment subir une absorption hydrique
3.2. Conductibilité thermique dont il faut tenir compte, car elle cause généralement
une expansion du matériau. L’adaptation du maté-
La conductibilité thermique des polymères est riau est alors affectée, par conséquent la force ortho-
relativement faible. Cette caractéristique rend les dontique modifiée.
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4.2. Caractéristiques spécifiques Il est également possible de mesurer simplement


Chapitre 1

au thermoformage [2] l’épaisseur effective de la gouttière réalisée à diffé-


rents niveaux. Amoric précise que, dans les condi-
4.2.1. Tests classiques tions habituelles, l’épaisseur résultante d’un thermo-
formage avoisine les 2/3 de l’épaisseur initiale de la
Lors du thermoformage, la matière plastique doit
plaque thermoplastique.
s’étirer de façon homogène, sans se déchirer ni se
Selon Kwon, l’épaisseur du matériau est un élé-
perforer. Elle doit restituer fidèlement les reliefs du
ment important à prendre en compte, car il a mon-
moulage.
tré, en étudiant les changements de dureté Vickers
Après thermoformage, la gouttière doit être capa-
dans le temps, que les matériaux les plus fins corres-
ble de résister aux chocs occlusaux, aux contraintes
pondaient mieux au concept de force optimale pour
imposées pendant les insertions ainsi qu’aux forces
le déplacement dentaire [9].
liées aux mécaniques orthodontiques ou orthopé-
diques associées.
Divers tests mécaniques de comportement (choc,
5. Impératifs techniques
traction, flexion, compression, torsion, dureté, usure du thermoformage en orthodontie
et frottement) permettent de comparer les matériaux Les produits de thermoformage en orthodon-
afin de choisir les mieux adaptés pour chaque appli- tie se présentent sous forme de feuilles (moins de
cation. Ces propriétés dépendent de la matière em- 100 μm d’épaisseur), de films (plus de 100 μm) ou
ployée mais aussi de la mise en œuvre au moment de plaques (plus d’1 mm). La mise en forme est obte-
du formage. nue par l’action d’une contrainte (par poinçonnage,
Le test de traction est celui qui permet le mieux pression ou aspiration) [1].
de caractériser les propriétés mécaniques d’un ma- Actuellement, deux types de thermoformeurs
tériau thermoformable. En effet, l’étirement d’une sont proposés sur le marché :
plaque sur un modèle en plâtre est assez comparable
– La plupart (Essix MachineR de RMOc , Tray
à celui d’une éprouvette normalisée soumise à des
VacR , Econo VacR et Sta VacR de BDMc , Tru
forces de traction.
FormR de Dental Ressourcesc , FormerR d’Europ
Aucun matériau thermoplastique ne peut réunir
Dentaire Servicec . . .) fonctionnent sur le prin-
tous les avantages. Il est donc nécessaire d’envisager
cipe de la dépression d’air, c’est-à-dire par un ap-
des compromis.
pel d’air, en dessous du matériau plastique, assu-
rant son plaquage (Fig. 2).
4.2.2. Tests spécifiques au thermoformage : – D’autres tels le BiostarR et son dérivé le
mesures d’étirage et de répartition MinistarR de RMOc , et l’Accu-vacR de BDMc
des épaisseurs [2] génèrent de l’air en pression (de 0,5 à 6 bars)
au-dessus du matériau thermoplastique ce qui
• Test d’étirabilité spécifique au thermoformage
le plaque contre le modèle. Des granulés d’acier,
Ce test, qui consiste à thermoformer des cylindres enrobant partiellement le modèle, permettent de
dans différentes conditions, permet de déterminer le limiter le thermoformage aux zones non recou-
temps optimal de chauffage pour un matériau re- vertes (Fig. 3).
présentant le meilleur compromis entre régularité Pour une adaptation optimale de la gouttière,
d’épaisseur et fidélité de la réplique. chaque étape de la confection de celle-ci doit être
menée avec le plus grand soin [6].
• Test de répartition des épaisseurs
5.1. Prise de l’empreinte
La répartition des épaisseurs peut être évaluée
grâce à des grilles de marquage imprimées sur le ma- Les qualités requises pour une empreinte destinée
tériau, ce qui permet d’objectiver les déformations au thermoformage sont :
ou de mesurer les surfaces après thermoformage et – l’enregistrement de tous les détails au niveau des
ainsi régler au mieux la machine employée. bords gingivaux,
Averlant-Dubois C. Les polymères de thermoformage 75

5.2. Coulée de l’empreinte

Chapitre 1
Pour une qualité de reproduction optimale, le
plâtre utilisé doit présenter un très faible coefficient
d’expansion et une granulométrie très fine.
Wood [19] préconise un plâtre dur, afin de ne
laisser aucun résidu dans la gouttière, et permettant
également de conserver le modèle après thermofor-
mage.
De même, Amoric [2] recommande de recouvrir
préalablement les modèles en plâtre d’une feuille de
0,125 mm d’épaisseur en PEHD, ce qui en plus com-
pense partiellement le retrait de la plaque après son
chauffage.

5.3. Taille du modèle

Le modèle doit être exempt de bords pointus sus-


ceptibles de transpercer le matériau lors du thermo-
formage.
La zone du palais est évidée (ou n’est pas coulée)
Figure 2 sauf si l’appareil nécessite sa conservation partielle
Essix Machinec (d’après Hilmoine [7]). ou totale.
Aucun socle n’est nécessaire pour le modèle man-
dibulaire ou maxillaire sans palais.
La base du modèle doit être plate, taillée perpen-
diculairement au grand axe des dents pour éviter les
contre-dépouilles.
La hauteur idéale du modèle est de 2 cm
(5–6 mm en dessous du bord gingival) : plus haut,
il provoquerait un étirement trop important de la
feuille plastique et une finesse excessive au niveau
des faces occlusales.
Le modèle peut être humide mais pas mouillé au
moment du thermoformage.
La cire ne peut pas être utilisée comme matériau
de comblement (fonte au thermoformage), l’utilisa-
Figure 3 tion de plâtre ou d’un matériau spécifique est néces-
Machine par pression type Biostar
r (d’après Hilmoine [7]).
saire.

5.4. Préparation éventuelle du modèle


– l’absence de bulles d’air autour des faces occlu-
sales, En fonction de l’utilisation de la gouttière, il peut
– une bonne impression des insertions des brides s’avérer nécessaire de préparer le modèle :
et des freins.
– pour une gouttière de contention, si la finition a été
L’utilisation de silicone est recommandée ; l’algi- parfaite, le modèle n’a pas à être modifié,
nate peut convenir mais sa coulée doit être immé- – si la gouttière vise à la correction de mouvements
diate, et sa consistance assez fluide pour éviter une dentaires mineurs, elle nécessite :
déformation des parties molles par compression. – soit la réalisation d’un set-up,
76 Orthod Fr 2009;80:69–78
Chapitre 1

a b

c d

Figure 4
Thermoformage d’un modèle avec une machine par pression type Biostar r (d’après Hilmoine [7]). (a) Le modèle est placé au
centre de la base de la machine ; pendant ce temps, la plaque chauffe. (b) Plaquage de la plaque ramollie. (c) Refroidissement.
(d) Le thermoformage est terminé.

– soit la création de l’espace nécessaire au dé- 5.5. Cycle de thermoformage


placement, qui peut se faire :
• soit par la réalisation d’une fenêtre au sein Il convient de respecter les instructions fournies
de la gouttière, par les fabricants, et qui sont spécifiques à chaque
• soit par la méthode du blockout ou ma- machine et à chaque type de matériau employé.
tériau de comblement placé sur le mo- Pour illustration, voici photographiées les diffé-
dèle avant le thermoformage et résistant rentes étapes de fabrication d’une gouttière thermo-
à celui-ci, formée (Fig. 4 à 6).
et l’application d’une force sur la dent :
• soit par la méthode du divot (creux formé
6. Conclusion
dans le plâtre à l’endroit où la force doit
être exercée),
L’engouement suscité par les polymères de ther-
• soit par la méthode du composite (petit
moformage dans notre discipline est justifié car, dans
plot de composite appliqué sur la dent
certaines indications et sans vouloir remplacer le
au fur et à mesure du déplacement),
multi-attaches, ils peuvent être un “ outil thérapeu-
• soit par la déformation de la gouttière
tique ” à part entière [7].
à l’aide de pinces de thermoformage (type
« Les gouttières . . . constituent . . . l’élément de base
pinces de Hilliard),
d’une orthopédie dento-faciale d’avenir, non seulement
esthétique, mais aussi médicale et sociale » : cette ci-
– si la gouttière est destinée à un collage indirect, les tation de J.M. et M. Chateau de 1948 illustre bien
attaches sont collées sur le modèle en plâtre avant la l’intérêt que la technique de thermoformage suscite
réalisation de la gouttière. depuis longtemps dans notre discipline du fait des
Averlant-Dubois C. Les polymères de thermoformage 77

Chapitre 1
a b

c d

Figure 5
Découpage-désinsertion d’une gouttière thermoformée totale (d’après Hilmoine [7]).

a b

Figure 6
Découpage-polissage d’une gouttière thermoformée (d’après Hilmoine [7]). Les limites finales sont ici dessinées à la fraise
tungstène puis le polissage se fait à l’aide de papier à grains.

atouts évidents qu’elle présente. La demande crois- [3] Baïlon JP, Dorlot JM. Chapitre 12. In: Baïlon JP, Dorlot
sante de traitements esthétiques et confortables ces JM. Des matériaux, 3e éd. Polytechnique Presse interna-
tionales, 2000:549-593.
dernières années rend très actuelle cette citation.
[4] Buriez C. Principes et applications cliniques d’une tech-
nique orthodontique par gouttières thermoformées : in-
Bibliographie térêts et limites du système INVISALIGN R
. Mémoire
pour le Certificat d’Etudes Cliniques Spéciales, Mention
[1] Amoric M. Gouttières orthodontiques et orthopédiques
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[2] Amoric M. Gouttières orthopédiques et orthodontiques [5] Chabre C. Récidive et contention. Encycl Med chis, Odon-
thermoformées, 2e éd. Paris: SID, 2002, 104 p. tologie/Orthopédie Dento-Faciale, 23-480-A-01, 2007.
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[6] Guilbaud N. Le thermoformage, 30 applications. La vacuum-formed retainers: a single-center randomized


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Gaude: Guilbaud édition, 2002, 70 p. controlled trial. Am J Orthod Dentofacial Orthop


[7] Hilmoine-Dujardin C. Utilisation des gouttières thermo- 2007;132:730–737.
formées en orthopédie dento-faciale : à propos du système [14] Ryokawa H, Miyazaki Y, Fujishina A, Miyazaki T, Maki K.
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