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Réussir l'intégration des TICE au Maroc : regard sur

le déploiement de la stratégie nationale GENIE


Faouzia Messaoudi, Mohammed Talbi

Résumé
La présente communication s'attache à examiner le processus d'intégration des TICE au
Maroc. Il s'agit de présenter un diagnostic des pratiques en cours et surtout de tenter
d'identifier les freins au déploiement du programme national GENIE visant la
généralisation des TIC dans l'enseignement-apprentissage. Pour ce faire, la réflexion
s'appuiera sur des exemples de faits, d'attitudes et de pratiques observés au cours d'une
large caravane de sensibilisation touchant 1 500 acteurs éducatifs. L'approche
compréhensive adoptée a permis, d'une part, de diagnostiquer la situation d'intégration
sur le terrain, et d'autre part, de puiser dans ce même contexte, les solutions adaptées.

Mots clés : intégration des TICE, conduite de changement, communautés de pratique,


peer-coaching.

Introduction

Force est de constater que les technologies de l'information et de la communication


bouleversent le monde de l'enseignement/ apprentissage. La présence d'une forte volonté
institutionnelle pour promouvoir l'intégration des TICE dans l'enseignement au Maroc est
soulignée dans le levier 10 de la Charte de l'Éducation et de la Formation [1]. En effet,
ces outils représentent des « impératifs stratégiques » pour améliorer la qualité de
l'enseignement.

Par ailleurs, l'engouement actuel pour les technologies éducatives a fait l'objet de
plusieurs études internationales. Perrenoud (1998) va jusqu'à affirmer que « l'école ne
peut ignorer les technologies sous peine de se voir discréditée ». D'autres chercheurs, en
reconnaissent les vertus mais n'hésitent pas à nous mettre en garde : « Il y a toujours un
risque que la vision focalise exclusivement sur l'outil technologique et très peu sur la
démarche d'apprentissage » affirme Seymour Papert. Dans la même perspective, Karsenti
(2001) pense que « L'effort d'intégration des TIC n'aurait d'ailleurs d'intérêt que dans la
mesure où elles permettent d'améliorer la pédagogie en permettant à l'apprenant d'établir
un meilleur rapport au savoir ».

Traitant de l'intégration des TICE au Maroc, cet article a pour objectif de rendre compte
de l'ensemble des facteurs favorables et défavorables, des contraintes et des ressources
humaines et matérielles qui influencent le processus d'une généralisation effectives des
technologies éducatives. En effet, notre recherche prend appui sur un contexte particulier
où la forte volonté politique ne suffit pas à vaincre les résistances sur le terrain ; un
contexte où l'on oublie souvent de combiner les initiatives institutionnelles et locales afin
de fusionner les différents efforts pour une meilleure appropriation pédagogique des TIC.
Cette même réalité est soulignée dans le rapport de la COSEF [2] : « l'actualisation des
programmes lorsqu'elle est réalisée ne s'accompagne pas d'une formation adéquate et
d'une remise à niveau des enseignants, qui de ce fait ne maîtrisent pas suffisamment les
nouveaux concepts introduits. »

1. Contexte

Au Maroc, un programme national ambitieux est mis en oeuvre depuis 2006 afin de
généraliser les technologies éducatives dans l'enseignement. En effet, la stratégie initiale
GENIE (Généralisation des TIC dans l'Enseignement) avait pour ambition de faire
bénéficier, sur 3 ans, 6 millions d'élèves et 230 000 d'enseignants de l'équipement de
8 604 établissements en salles multimédia (SMM).

Cependant, compte tenu du retard observé au niveau du déploiement de cette stratégie,


de l'exploitation des équipements informatiques installés et de l'utilisation pédagogique
des TIC, la Direction du Programme a développé un cadre de référence sur l'intégration
des TIC en éducation via un plan d'action stratégique global afin d'orienter et de baliser
les différentes interventions locales.

En effet, en 2008, suite à un moratoire et à une première évaluation de la phase 1 du


déploiement du programme, ladite stratégie a été réactualisée pour donner lieu à une
nouvelle feuille de route. Cette mise à jour a permis de placer le programme GENIE au
coeur du chantier de réforme du régime éducatif, et ce, en parfaite harmonie avec le
programme d'urgence de réforme de l'enseignement et à travers une meilleure implication
des cadres administratifs, enseignants et élèves et un suivi permanent des Académies
régionales de l'éducation et de la formation.

Ainsi, la nouvelle feuille de route (2009-2013) s'articule autour d'axes principaux que
sont le renforcement des infrastructures, la formation, le développement de ressources
numériques pédagogiques et le développement des usages. Ce quatrième axe, plutôt
transversal et lié à la conduite du changement, vise à garantir l'amélioration de la qualité
des apprentissages et le développement professionnel des enseignants, ce qui aura un
impact certain sur le développement des compétences des élèves.

Parallèlement, pour réussir à concrétiser sa stratégie sur le terrain, il a été décidé de


lancer des caravanes TICE au niveau de toutes les Arefs afin d'accélérer la mise en oeuvre
locale du Programme et de sensibiliser l'ensemble de la communauté éducative à l'usage
pédagogique des TIC. L'Académie régionale de Meknès-Tafilalet, en étroite coordination
avec la Direction du Programme GENIE, a mené une campagne pilote visant
l'accélération de la mise en oeuvre de sa stratégie globale à travers l'exploitation effective
et optimale des Salles multimédias.

Dans ce contexte, l'évocation de situations contrastées de difficultés, d'échecs et de


succès au moment d'introduire l'usage des technologies éducatives en classe, nous a
permis d'esquisser une synthèse des conditions optimales pour intégrer les TICE et
impliquer les acteurs clés.
2. Corpus

Notre étude s'est penchée sur le dépouillement et l'analyse des données recueillies
d'environ 500 questionnaires et d'entretiens de groupes (1 500 participants à différents
ateliers que nous avions animés dans cinq Délégations de l'Académie Régionale de
Meknès-Tafilalet). Ce public, très représentatif au niveau national, est composé de
différents acteurs éducatifs, en majorité des enseignants animateurs des salles
multimédias, des directeurs d'établissement scolaires (école, collège, lycée), et des
inspecteurs pédagogiques

3. Ce qu'en dit la littérature de recherche

En dépit de l'apport précieux des recherches sur l'intégration des TICE au niveau
international, leurs limites se font sentir au niveau local. Car, il faut le signaler, les
conditions et les rythmes d'implantation des nouvelles technologies sont souvent
différentes, les attitudes des acteurs et leurs engagements ne sont pas les mêmes.
Ajoutons à ces distinctions, les conditions techniques et matérielles en matière
d'équipement et d'accès à ces outils technologiques et qui soulignent le problème de la
fracture numérique entre le Nord et le Sud. Ainsi, on note une grande carence au niveau
de la recherche portant sur l'intégration des TICE dans le contexte marocain. Cela
s'explique en grande partie par le fait que l'introduction des nouvelles technologies dans
l'enseignement est relativement récente et leur généralisation est encore à un stade
embryonnaire. Nous tenterons donc de rappeler, dans cette partie de notre article, ce qui a
été écrit sur l'impact des technologies éducatives sur l'enseignement et l'apprentissage.

3.1. Impact des TIC sur l'enseignement

Du côté des enseignants, ces nouveaux outils offrent de multiples possibilités pour
enrichir ou compléter les cours en présentiel. Guay (2001) propose une taxonomie des
quatre activités éducatives favorisées par les TIC : activités de démonstration, de
simulation, d'exercisation et de communication.

Or, loin d'être une solution de remplacement, le multimédia représente un auxiliaire


pédagogique précieux pour le formateur. En outre, il exige de ce dernier plus de maîtrise
dans la connaissance des processus d'apprentissage et davantage d'imagination (Jacquinot,
1985).

Rappelant le rôle que doit jouer l'enseignant pour l'utilisation efficace des technologies
en classe, Seymour Papert (1999) précise : « Technology serves as a Trojan horse all
right, but in the real story of the Trojan horse, it wasn't the horse that was effective, it
was the soldiers inside the horse. And the technology is only gong to be effective in
changing education if you put an army inside it which is determined to make that change
once it gets through the barrier. »

3.2. Impact des TIC sur l'apprentissage

Sans doute, les TIC favorisent chez l'apprenant un nouveau mode d'acquisition des
savoirs et des savoir-faire. En effet, elles permettent notamment de :
• Accrocher et motiver : les TIC tendent à susciter l'intérêt et la motivation des
apprenants. En effet, au cours des dernières années, la recherche a souligne le rôle
déterminant de la motivation dans la réussite scolaire (Bandura, 1986 ; Schunk,
1992 ; Vallerand et Losier, 1994 ; Weiner, 1992) et dans l'acquisition des
stratégies d'apprentissage ainsi que dans l'autorégulation (Zimmerman et
Martinez-Pons, 1990). Viau (1994) a tenté de construire un modèle de motivation
selon une approche sociocognitive pour expliquer la dynamique motivationnelle
de l'élève en situation d'apprentissage.
• Co-construire ses connaissances : les chercheurs socioconstructivistes s'accordent
tous sur le fait que les interactions sociales favorisent en grande partie
l'apprentissage. Justement, les TIC se révèlent être d'un grand soutien aux
interactions (voir Wegerif et Scrimshaw, 1997).
• Améliorer ses capacités cognitives : Les différents usages de l'ordinateur et de
l'Internet permettent également d'améliorer les productions des apprenants en
favorisant la réflexion (Jonassen et Reeves, 1996). En effet, l'usage des TIC
influence positivement la façon dont les apprenants traitent l'information (Kozma,
1991).
• Apprendre en autonomie : on assiste de plus en plus à une diminution de
l'enseignement magistral et à l'augmentation des travaux et de l'apprentissage
associés à l'utilisation des TIC (Kerr, 1991), ce qui risque d'entraîner une
transformation radicale des profils des enseignants et des apprenants, au niveau de
leur autonomie.

4. Problématique

Vouloir intégrer les TICE dans le milieu éducatif marocain suppose l'articulation d'une
double problématique :

• Celle des usages : utiliser l'outil technologique en vue d'une appropriation


pédagogique effective menant à l'évolution de pratiques communes ;
• Celle des acteurs éducatifs : rôle de la chaîne décisionnelle et des leaders
institutionnels.

D'où ces deux questions spécifiques de recherche :

• Quels sont les freins à l'intégration des TIC au Maroc et comment les lever ?
• Quel est l'impact de la performance des structures éducatives sur l'usage effectif
des TIC et sur l'amélioration de la qualité de l'apprentissage ?

5. Hypothèse

L'hypothèse de recherche que nous avons formulée consiste à penser que la formation
continue et l'accompagnement des enseignants peuvent accélérer le processus
d'intégration et vaincre la résistance au changement induit par le recours aux TICE. En
effet, nous supposons que le défi à relever est plus pédagogique et didactique que
technique.

6. Méthodologie
Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons opté pour l'observation comme
méthode d'analyse de données à la fois quantitative et qualitative. L'approche
compréhensive (Paille & Mucchielli, 2003) nous a semblé adaptée à l'objectif de la
recherche, à savoir l'analyse des facteurs, des freins, des contraintes et des conditions
d'intégration des TICE au Maroc. En effet, partant des points de vue des différents acteurs
clés, nous avons voulu diagnostiquer leurs pratiques et leurs attentes. Ainsi, le travail
mené d'observation a permis de collecter des informations sur les profils des participants,
leurs besoins en formation, leurs motivations, leurs difficultés, etc.

D'autre part, les entretiens guidés et l'analyse des centaines de questionnaires récupérées
ont permis de mieux appréhender la complexité du contexte et du processus d'intégration
des TIC au Maroc, et d'en déterminer les points faibles et forts.

7. Cadre conceptuel et fondement théorique

Compte tenu de la spécificité de notre étude, à savoir observer les comportements et


attitudes des acteurs éducatifs afin de diagnostiquer les freins et les obstacles à
l'intégration des TICE, nous avons fait appel à plusieurs théories complémentaires et
pertinentes pour orienter notre recherche.

• Les théories de l'apprentissage situé : S'inspirant de la théorie de l'apprentissage


qui entraîne une transformation du modèle de l'apprenant humain désormais perçu
comme un constructeur actif (Brown, 1994 ; APA, 1995), cette approche stipule
que l'on ne peut mieux apprendre que dans un contexte plus ou moins identique à
celui où les acquis seront mis en oeuvre ; l'accent est donc mis sur le contexte, sur
l'authenticité des activités et sur le travail collectif (Brown, Collins & Duguid,
1989). Ainsi, apprendre, c'est participer aux pratiques sociales d'une communauté
(dite « communauté de pratique » [3]) en passant d'une vision essentiellement
individuelle de la cognition à une vision plus sociale (Legros & Crinon, 2002).
• Dans la même perspective, l'apprentissage contextuel (situated learning) accorde
un intérêt particulier aux interactions sociales dans l'apprentissage. Ainsi,
Brown et al. (1989) soutiennent l'intérêt conceptuel de l'approche du « cognitive
apprenticeship » (« compagnonnage cognitif »).
• Enfin, la recherche prend également en compte les théories du changement et de
l'apprentissage. En nous inspirant du fameux processus d'assimilation-
accommodation de J. Piaget (1975) pour décrire le chemin parcouru par les
enseignants à l'heure d'intégrer les TIC, nous chercherons à montrer que,
confrontés à l'apprentissage de ces technologies éducatives, ils sont amenés à
développer différentes compétences. Celles-ci vont de la simple découverte des
TIC, à leur adoption pour un usage personnel puis professionnel et enfin à la
dernière phase de l'invention et de la créativité.

8. Résultats d'analyse

À partir de l'analyse des questionnaires et de l'observation menée sur le terrain,


plusieurs constats s'imposent.

D'abord, la complexité des paramètres individuels, institutionnels et organisationnels


doit être prise en compte par les instances décisionnelles. Ainsi, on note un lien étroit
entre l'usage effectif des technologies éducatives et la performance des structures
éducatives, l'amélioration de la qualité de l'apprentissage, la professionnalisation du
métier de l'enseignant et l'implication de tous les acteurs clés.

Par ailleurs, la bonne appropriation de ces nouveaux outils représente un véritable enjeu
pour le système éducatif marocain. Or, sans accompagnement, l'équipement et la
formation ne suffisent pas. Diagnostiquer les freins permettra plus facilement d'en trouver
les solutions.

8.1. Freins à l'intégration des TICE au Maroc

Les contraintes sont nombreuses, allant d'une sous-exploitation des équipements


installés, au manque de développement professionnel du corps enseignant et à une gestion
locale défaillante. En terme de Formation, des difficultés sont soulevées, notamment
d'ordre matériel (moyens logistiques, déplacement des enseignants, frais de séjour,
supports, indemnisation des formateurs) ainsi que des Difficulté liées au suivi et à
l'encadrement des formations au niveau régional et local. Quant aux ressources
numériques, la mise à disposition des contenus pédagogiques numériques validés pas des
commissions pédagogiques, demeure insuffisante et nécessite l'appropriation de ces
nouveaux supports didactiques et leur exploitation efficiente.

Par ailleurs, la volatilisation des responsabilités et centres de décision dans le système


scolaire marocain, le manque de concertation lors de la prise de décisions et l'influence
négative des différents problèmes actuels du système éducatif représentent, sans doute les
principaux freins à l'intégration des technologies éducatives.

En outre, à l'absence de planification, au niveau local, et de vision à long terme dans le


processus d'intégration des TIC à l'école, s'ajoute le doute invincible de certains acteurs
clés que l'intégration des technologies à l'école soit une priorité pour l'école.

Un autre facteur de taille semble partout freiner l'intégration des TICE : l'implication
des enseignants dans le processus d'intégration des TICE et leur manque de motivation
reflètent clairement leur résistance au changement. L'une des justifications avancées face
à cette attitude, est qu'il n'existe pas de motivation extrinsèque qui pourrait garantir leur
engagement. Ils évoquent notamment la prise en compte de leur formation et du
développement professionnel dans l'évolution de leurs carrières. Le soutien et la
reconnaissance institutionnels semblent également faire défaut.

Enfin, cette résistance est très probablement liée à la non maîtrise de l'usage
pédagogique des TIC. Dans ce sens, plusieurs études se sont penchées sur l'analyse des
attitudes des enseignants (Danvoye, 2002 ; Garnier et Gauvin, 2000 ; Larose, de Grenon
et Palm, 2004 ; Karsenti, 2004 ; Gervais, 2000). Nous en retiendrons cette citation de
Lebrun (2004) qui résume bien l'essentiel de la problématique : « L'importance de
l'information, du support technique et du soutien pédagogique aux enseignants est une
priorité pour que les technologies catalysent réellement un renouveau pédagogique. Sans
cela, les nouvelles technologies permettront au mieux de reproduire les anciennes
pédagogies. En d'autres mots, cela convient à dire que si les enseignants ne sont pas
formés à ces technologies, dans bien des cas, ils risquent tout simplement de perpétuer les
méthodes traditionnelles d'enseignement en utilisant un nouveau médium. »

8.2. Conditions de réussite d'intégration des TICE au Maroc

En plus de l'adoption d'une approche systémique, de nouveaux leviers doivent être mis
en place pour assurer l'évolution des pratiques, notamment à travers le changement des
mentalités. Pour ce faire, la clé pour l'enseignant est dans la recherche-action. Rappelons
que celle-ci doit être collaborative et orientée vers les pratiques. En effet, selon
Bernadette Charlier (1998), elle est « issue de la pratique, elle vise à la compréhension de
la complexité de cette dernière ». Taggart, quant à lui, précise que : « Action-research is
not a method or a procedure for research but a series of commitments to observe and
problematize through practice, a series of principles for conducting social enquiry. » (Mc
Taggart, 1996).

Il est évident que l'intégration des TICE requiert de la part des enseignants un
changement dans les pratiques et attitudes. Selon B. Charlier (1998), le changement en
question peut concerner, ses routines, ses décisions de planification ou ses connaissances.
Fullan (1998) a également tenté d'analyser la mise en place de changements en éducation
et recommande, à tout acteur de changement, de s'assurer du soutien et/ou de la
participation de l'institution ; de travailler en équipe ; d'accepter la diversité et de revoir
régulièrement ses idées.

À partir de là, la posture de praticien réflexif permet à l'enseignant de diagnostiquer la


situation problème, de choisir les actions à mener, d'en évaluer les effets et enfin, de
procéder aux ajustements par rapport aux incidents critiques. Cette phase d'évaluation ou
de « rétroaction et transfert » est reprise par B. Charlier et D. Peraya (1998) : « Les
technologies constitueraient un simple révélateur, une sorte de catalyseur (...) l'effet
miroir des technologies déplace et rend possible une réflexion critique sur sa propre
pratique. »

D'autres solutions non moins importantes sont à adopter sur le terrain, notamment le
développement de communautés de pratique [4] via le peer-coaching ou le « marketing
viral » (l'effet boule de neige). En effet, en plus d'encourager les études participatives,
Bibeau (2006) propose, d'organiser des communautés de pratique pour relever le défi de
la mise en oeuvre des plans d'intégration des TIC à l'école.

Conclusion

Malgré les nombreuses actions entreprises dans le cadre du programme GENIE, en vue
d'assurer l'intégration des TIC dans l'enseignement, et consistant principalement en
l'équipement, la formation et la mise à disposition de ressources numériques, le besoin
actuel demeure celui de promouvoir les usages des TICE en vue d'assurer l'adoption de
bonnes pratiques pédagogiques.

L'intégration des TICE consisterait, d'abord, à lever les freins au changement des
pratiques pédagogiques notamment par l'implication des individus dans une dynamique
de changement en adoptant l'approche par projets pour accélérer l'exploitation des
équipements informatiques et des ressources numériques mises à la disposition des élèves
et des enseignants. À ce propos, les établissements scolaires ont besoin davantage de
liberté et d'autonomie pour gérer à bon escient ressources et contraintes. Il serait
désormais nécessaire de penser à une planification au niveau local, à la reconnaissance
morale et matérielle des initiatives réussies, à l'évaluation des réalisations (en
sanctionnant réussites et échecs) par les conseils et instances concernés. Pour ce faire,
l'engagement des Académies Régionales d'Éducation et de Formation (AREF) et
l'adhésion des délégations au Programme GENIE ainsi que son appropriation par les
établissements scolaires demeurent incontestablement la véritable garantie pour réussir
l'intégration pédagogique des TIC

Par ailleurs, dans un pays comme le Maroc, où le système éducatif souffre de mille
maux, il est primordial de commencer par réhabiliter le rôle de l'école tout en répondant
au besoin basique d'en assurer les bonnes conditions physiques et matérielles.
Parallèlement, la multiplication des actions d'information et de sensibilisation -en évitant
qu'elles soient fortuites et occasionnelles- ne peut que secouer les habitudes et pratiques
pédagogiques des enseignants, mais aussi de renforcer le soutien des institutions pour
opérer le changement positif que suppose l'introduction des TICE.

Faouzia Messaoudi
messfaouzia@yahoo.fr
Mohamed Talbi
talbi.ordipu@gmail.com

ORDIPU
(Observatoire de recherche en didactique et pédagogie universitaire)
Université Hassan II Mohammedia,
Faculté des sciences de Ben M'sik,
Casablanca, Maroc

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NOTES

[1] La Charte nationale d'Éducation et de Formation


http://www.cse.ma/fr/files/Charte_education_formation.pdf
[2] Commission Spéciale Éducation Formation
http://planipolis.iiep.unesco.org/upload/Morocco/Morocco Reforme-du-systeme-
Education-et-de-Formation-99-04.pdf

[3] Définition trouvée sur http://ntic.org/ : « Une communauté de pratique est une
méthode de partage des connaissances utilisant les TIC. Elle permet la transmission de
savoirs tacites, basés sur l'expérience (70 % de l'avoir d'une organisation) et les savoirs
explicites acquis par la formation. La circulation de cette information crée un savoir
collectif qui peut servir de base au perfectionnement professionnel et à la résolution de
problème. »

[4] « Les communautés de pratique reposent sur l'intérêt individuel : on y participe car on
attend des bénéfices personnels ou on est à la recherche d'une identité professionnelle.
Elles produisent un patrimoine partagé, collectif, bien au-delà de l'addition des
contributions de leurs membres. Elles ont les effets bénéfiques concrets pour
l'organisation en terme de compétences que les participants réinvestissent dans leur
activité professionnelle. »
http://stomac2.free.fr/Site/ENT-Primaire.pdf

Association EPI
Mars 2012

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