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IG3 - Droit administratif

PARTIE II : LES FINALITES DE L’ACTION ADMINISTRATIVE

Introduction : quelles sont les finalités de l’action administrative ?

Les finalités de l’administration sont à la fois sa contrainte (elle doit agir pour atteindre cette
finalité), mais aussi sa légitimité (ce qui justifie son existence même).

L’administration poursuit une action pour l’intérêt général, à la différence de l’action d’un particulier, qui
va viser son intérêt personnel. Entre ce deux niveaux, on trouve les associations, qui vise parfois l’intérêt
général, et d’autre fois un intérêt particulier.

L’administration a donc 2 finalités distinctes :


 la police administrative
 le service public

Chapitre 1 : L’ordre public & la police administrative

La 1ère finalité de l’administration est d’assurer l’ordre public.

La police est l’activité qui consiste à assurer le maintien de l’ordre public. C’est l’ensemble des
conditions qui permettent à chacun d’exercer ses libertés. Il y a donc un ensemble de prescriptions qui
vont venir encadrer les comportements individuels ou collectifs, pour éviter que ceux-ci ne débordent et
n’empiètent sur les libertés des autres. C’est la traduction de l’article 4 de la DDHC (« La liberté consiste à
pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »).

La police, au sens administratif du terme, est donc une activité : les personnes qui la pratiquent sont des
agents de la police administrative. On parle de police administrative par opposition à la police judiciaire,
même si les autorités sont souvent les même.

I) Définition de la police administrative

A) Distinction entre la police judiciaire et la police administrative

La distinction repose sur un critère finaliste (Arrêt des Consorts Baux, CE, 1951) : la police
judiciaire est celle qui cherche à appréhender les coupables d’une infraction, tandis que la police
administrative va agir en amont du problème.
 on peut simplifier cela à la distinction entre prévention (PA) et répression (PJ)

 Il y police judiciaire dès lors que l’agent réagit par rapport à une infraction identifiée, qualifiée
pénalement, peu importe que l’infraction ne soit pas encore commise, qu’elle ne soit qu’éventuelle
ou qu’imaginée par l’agent.
Ex : forcer sa voiture car on a oublié ses clés à l’intérieur
 Si un agent intervient, même sans infraction, il y a action de la police judiciaire.

 Il y a police administrative dans tous les autres cas.

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B) Le contenu de la police administrative

Il y a différentes polices administratives. Elles recouvrent 2 types d’activités :


 la protection de l’ordre public (activité principale)
 les protections spécifiques, par rapport à des dangers spécifiques
 On parle donc de police générale et de police spéciale.

1. La police administrative générale

La police administrative générale est prévue par des textes, mais elle peut exister sans textes spécifiques.

Elle est détenue par :


 le maire, pour la commune Ils sont donc chargés de
 le préfet, pour le département, la région protéger l’ordre public général.
 le 1er Ministre, pour le niveau national

Les composantes de la police administrative générale : elles sont définies par le Code Général des
Collectivités Territoriale, et sont au nombre de 3 :

 La sécurité publique
 Cela consiste à faire en sorte de que chaque citoyen soit protégé physiquement et
matériellement des différents risques
Ex : risques naturels, éviter les accidents, interdictions via des arrêtés, …

 La tranquillité publique
Ex : police du bruit, interdiction de régler son moteur sur la voie publique,
interdiction de faire du fau dans son jardin, police des manifestations, …

 La salubrité publique
 Obligations de plus en plus réduites (évolution de la société), qui sont en générales réglées
par des textes spéciaux
Ex : pollution, conservation des denrées alimentaires, …

Certains aspects sont exclus de la police administrative générale :


 l’esthétique publique (mais l’ornement des tombes, par exemple, est tenu à des règle spécifiques)
 la moralité publique (depuis un arrêt du Conseil d’Etat de 1989)

Il y a, en plus de ces 3 composantes, la protection de la dignité humaine, qui a pour objectif


de lutter contre tous les comportements qui visent à dévaloriser l’être humain (ou des catégories
d’humain) en tant que tel. Cela a pour but de protéger ce qu’il y a « d’humain » dans l’homme, d’éviter la
transformation de l’être humain en « chose ».
Exemples :
 l’affaire du lancer de Nains (CE 1975) : le Conseil d’Etat affirme que le maire a le droit de prendre un arrêté
d’interdiction pour un spectacle qu’il juge dégradant (ici, le lancer de personnes naines).
 l’affaire des affiches Benetton : le conseil d’Etat stoppe les campagnes d’affichage montrant des « parties de
corps » avec la mention « VIH positif ». On assimile les gens séropositifs à des morceaux d’êtres humains, on
ne les comprend pas dans leur globalité (bétail). Il y a aussi une référence aux camps de concentration.

C’est donc une limite à la liberté des personnes, et cela peut entrainer des abus. Cependant, on veut
défendre «l’humanité » en général : le consentement de la personne défendue n’est donc pas nécessaire. On peut
aussi remarquer que la limite entre la dignité humaine et la morale est floue.
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Son régime d’application : Les libertés exercées dans le cadre des composantes de la police administrative
générale vont être soumises à 2 grands régimes :

 le régime préventif
 Faire intervenir l’administration avant l’exercice de la liberté
On demande donc le « droit » d’exercer la liberté.
Ex : le permis de construire

 le régime répressif
 régime dans lequel on exerce la liberté sans rien demander, mais si les limites établies sont
dépassées, il y aura une sanction pénale à postériori.

2. Les polices administratives spéciales

Les polices administratives spéciales sont nombreuses et régies par un texte (loi ou décret
d’application). Elles n’existent que grâce aux textes et sont très limitées, encadrées.

Le texte va définir de manière précise la finalité et les pouvoirs octroyés à la police administrative
spéciale. Il va également en définir les limites, et l’autorité qui possèdera le pouvoir en question.

Ex : la délivrance d’un permis de construire appartient au maire (au nom de la commune) en


l’absence de plan d’urbanisme, mais dans les autres cas, elle appartient au maire ET au préfet, ou
au préfet seul.

Quelques exemples de polices spéciales :

 Au niveau départemental : la police peut être exercée au nom de l’Etat (Préfet) ou du Département
(Conseil Départemental)
 Le préfet : chasse, pêche, police des mines et des carrières, installation classées pour
l’environnement, les débits de boisson, les logements, les routes à grande circulation, …
 Le président du conseil départemental : police de la circulation sur les routes
départementales hors agglomération, …

 Au niveau régional : les pouvoirs de police sont très restreints


 police des monuments historiques, …

 Au niveau national : police exercée par les ministres dans leur propre champ de compétence
 Ministre des transports : police des transports, des chemins de fer (métro), …
 Ministre de la culture : police du cinéma (VISA d’exploitation),…
 Ministre de l’intérieur : règlement en matière de débit de boisson, police des étrangers,
police des publications étrangères en France, police des publications destinées à la jeunesse

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II) Le régime de la police administrative

L’action de la police administrative est vitale dans un Etat de droit : elle vise à maintenir l’ordre
public. Cependant, si ses mesures sont trop strictes, les libertés peuvent être menacées (liberté de pensée,
liberté d’expression, liberté d’aller et venir, …)

La règlementation de police va donc être soumise à une double contrainte :


 il faut éviter le trouble à l’ordre public
 il ne faut éviter QUE le trouble à l’ordre public (seul l’abus d’une liberté entrainant un trouble à
l’ordre public doit être interdit)

Le problème va donc de réussir à apprécier ce dosage au cas par cas :


Y-a-t-il trouble ou non ? Quelle est la meilleure mesure à appliquer ?

A) L’obligation d’agir

Au nom de la sécurité on va poser de plus en plus de contraintes : vitesse contrôlée par des drones,
obligation de porter des ceintures de sécurités, …

Selon un arrêté du Conseil d’Etat de 1959, l’administration à l’obligation d’agir et de faire cesser le
trouble à l’ordre public. Toute carence causée par un trouble à l’ordre public entrainerait l’obligation pour
l’administration de réparer ce dommage.

L’administration ne peut donc pas seulement édicter des règles : l’autorité a en plus l’obligation de la
faire respecter et d’atteindre un certain résultat (= obligation de résultat), qui est l’absence de trouble à
l’ordre public. C’est la règle la plus importante de toutes.

On admet donc que dans certains cas, l’administration ne respecte pas certaines règles procédurales pour
pouvoir assurer l’ordre public : c’est la théorie des circonstances exceptionnelles.

Ex : (CE 1983) : évacuation de populations mises en danger par une éruption volcanique, évacuation
demandée par le maire, alors que cela relevait des compétences du préfet.
 des circonstances exceptionnelles ont entrainées des mesures exceptionnelles

B) L’obligation d’agir de façon adaptée et proportionnée

L’administration doit faire « un dosage méticuleux des sacrifices » : cela signifie que l’autorité de
police ne peut prendre que les restrictions nécessaires, après la mise en balance des avantages et des
inconvénients de la mesure (réalité et gravité de la menace, intensité de l’atteinte potentielle à l’ordre
public, …).
 On va donc regarder si la mesure porte atteinte à la liberté, et dans quelle mesure elle lui
porte atteinte par rapport à la constitution, à la DDHC, …

Cela conduit le juge à mettre en place un contrôle de proportionnalité (CE 1933) : le juge va vérifier que le
contrôle est adapté, que l’évènement peut être qualifié de trouble à l’ordre public, et que la mesure
contestée va bien faire cesser le trouble (La mesure est-elle proportionnelle ? Est-ce la mesure la plus
adaptée ? Une mesure moindre aurait-elle pu suffire ? …)

Ex : (CE 1984) Le préfet avait interdit les activités musicales dans les rues de Paris, mais le Conseil
d’Etat a jugé cette disposition illégale car les dérogations étaient trop limitées.
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C) L’obligation d’agir en tenant compte des autres polices

Que peut faire une autre autorité lorsqu’une mesure est prise au titre de police générale ?

1. La concurrence entre les autorités de police générale

L’autorité « inférieure » (= géographiquement plus restreinte) ne peut qu’aggraver les mesures prises par
l’autorité « supérieure », si les circonstances le justifie (CE 1902).

On ne peut donc jamais assouplir la mesure d’une autorité supérieure.


Ex : une commune ne peut pas définir une vitesse règlementaire de 110km/h dans sa ville

2. La concurrence entre les autorités de police spéciale et générale

La solution est la même …

L’autorité « inférieure » ne peut qu’aggraver les mesures prises par l’autorité « supérieure ».

3. La concurrence entre les autorités de police spéciale

Les polices spéciales sont définies précisément : elles ne peuvent donc pas entrer en concurrence.
Elles vont le plus souvent coexister.

CONCLUSION

L’activité de police est nécessaire ; l’absence de police administrative entrainerait l’anarchie, et


chacun pourrait venir limiter les libertés d’autrui. Il faut cependant être vigilant pour éviter les abus de
l’administration, et jauger des mesures nécessaires en fonction des attentes des citoyens.

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