Vous êtes sur la page 1sur 8

Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle

Melle. Nushrut Chaumoo

2ème SEMAINE – LA RESPONSABILITÉ DÉLICTUELLE

A. La responsabilité délictuelle
B. Les Conditions de la responsabilité délictuelle
a) Le Préjudice
 Préjudice Matériel
 Préjudice Moral
b) La Faute dans la responsabilité du fait personnel
c) La Faute dans la responsabilité du fait d’autrui
 Responsabilité des commettants du fait de leurs préposés (Personnes
responsables et conditions de la responsabilité)
 Responsabilité des parents du fait de leurs enfants
 Responsabilité des artisans du fait de leurs apprentis

C. La Faute dans la Responsabilité du fait des choses (Article 1384 al. 5)


a. Personnes responsables du fait de choses : détermination du gardien
b. Conditions de la responsabilité du fait des choses
 Une chose
 Un fait de la chose
 Un lien de causalité entre la chose et le dommage
c. Fait d’un animal
d. Ruine d’un bâtiment
e. Communication d’un incendie

D. Le lien de causalité
a. La notion de causalité
b. La cause étrangère (exonération de responsabilite)
 La force majeure
 Le fait d’un tiers
 La faute de la victime

1
Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle
Melle. Nushrut Chaumoo

A. La responsabilité délictuelle
Une personne est responsable quand elle est tenue de réparer un dommage subi par autrui.
Elle en répond. Un lien d’obligation né entre la victime et le responsable : la première devient
créancière et le second, débiteur de la réparation. L’un et l’autre, en dehors de leur volonté. La
responsabilité délictuelle ne nait pas de l’inexécution d’un contrat ; elle nait d’un délit. L’auteur du
dommage1 est tenu de réparer. Trois conditions doivent être réunies pour qu’il y ait responsabilité
(délictuelle ou contractuelle) : un préjudice, une faute et un lien de causalité entre la faute et le
préjudice.
Pour que la responsabilité d’une personne soit retenue, il faut la réunion de trois conditions :
1. La personne doit avoir commis une faute
2. Une autre personne doit avoir subi un dommage
3. La faute de la première personne a provoqué le dommage de la seconde personne (le
lien de causalité2)
L'article 1382 pose le principe fondamental de la responsabilité civile, à savoir l'indemnisation
de celui, qui en raison du comportement fautif d'autrui, a subi un préjudice quelque en soit la nature.
B. Les Conditions de la responsabilité délictuelle
a) Le Préjudice3
 Préjudice Matériel
Le préjudice matériel constitue une atteinte aux droits pécuniaires d’une personne. Le
préjudice matériel est celui qui se traduit par une perte en argent. Il existe trois sortes de préjudice
matériel :-
1. Une perte subie représentant une décroissance dans le patrimoine de la victime.
2. Un gain manqué représentant un bénéfice économique qui aurait été presque certainement
réalisé s’il n’y avait pas eu de fait dommageable
3. Perte d’une chance représentant la disparition actuelle et certaine d’une éventualité favorable

1
Boodhoo v. Sun Printing Ltd & Ors 1992 MR 234
2
Appalsamy v. Ministry of Health and Quality of Life 2011 SCJ 106
3
Poupard v. Laurent 1898 MR 45

2
Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle
Melle. Nushrut Chaumoo

 Préjudice Moral4
Le préjudice moral constitue une atteinte à un droit extra patrimonial. Le préjudice moral est
une souffrance, physique ou psychologique. Le préjudice moral donne lieu à la réparation. Le CCM
n’exclut dans aucun texte la réparation du préjudice moral. Les dispositions de l’article 1382 du CCM
visent la réparation de « tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage. »

b) La Faute dans la responsabilité du fait personnel – Article 13825 & 1383 CCM
La faute est définie comme un fait illicite imputable à son auteur. Elle constitue la violation du
devoir de ne pas nuire injustement à autrui. La faute est intentionnelle lorsque l’auteur du dommage a
agi dans l’intention de causer ce dommage. La faute est non intentionnelle lorsqu’elle résulte d’une
imprudence ou d’une négligence.
13826. Tout fait quelconque, de l'homme7, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il
est arrivé, à le réparer.
8
1383 . Chacun est responsable du dommage qu'il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa
négligence ou par son imprudence.

c) La Faute dans la responsabilité du fait d’autrui (Article 1384 CCM)


L’article 1384 énumère limitativement les personnes délictuellement responsables pour autrui :
parents, instituteurs, artisans, commettants.
1384 al 1 On est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de
celui qui est cause, par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l'on a sous sa
garde.

4
Dupuch v. MBC 1998 SCJ 332, Patel v. Beenessreesing 2012 UKPC 18
5
Jurisprudence de La Cour Suprême de Maurice : Le Cernéen & Anor v. Laurent 1901 MR 51, Cordouan v. Jardin & Ors 1883
MR 144,
6
Cumul des Articles 1382 & 1384 : Bhundoo v. Jhugroo 1993 SCJ 307
7
Incluant les personnes morales aussi : Harel Freres Limited v. Raffray & Ors 2016 SCJ 38
8
Carpede v. State of Mauritius and Anor 2010 SCJ 147

3
Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle
Melle. Nushrut Chaumoo

 Responsabilité des commettants du fait de leurs préposés 9 (Article 1384 al. 3)


C’est dans l’alinéa 3 de l’article 1384 que le CCM a pose le principe de la responsabilité des
commettants du fait de leurs préposés.
1384 al 3 Les maîtres et les commettants, du dommage causé par leurs domestiques et préposés dans les
fonctions auxquelles ils les ont employés.
L’auteur doit avoir commis un fait dommageable dans l’exercice de ses fonctions. Cette
responsabilité suppose un lien de subordination entre le responsable et l’auteur du fait dommageable.
Le rapport de subordination résulte souvent d’un contrat passe entre le commettant et le préposé. Le
lien de subordination existe que la ou le commettant a le pouvoir de donner des ordres au préposé.
 Responsabilité des parents du fait de leurs enfants (Article 1384 al. 2)
Les parents sont tenus pour responsables des fautes commises par leur enfant mineur et qui causent à
une autre personne un dommage. Pour pouvoir mettre en œuvre la responsabilité des parents, l’alinéa
2 de l’article 1384 du CCM deux conditions doivent être réunies :
1. Le(s) parent(s) devant exercer l’autorité parentale
2. une cohabitation (mineur et parent(s)) doit exister avec l’auteur du fait dommageable
1384 al 2 Le père et la mère, en tant qu'ils exercent le droit de garde sont solidairement responsables du
dommage causé par leurs enfants mineurs habitant avec eux.
 Responsabilité des artisans du fait de leurs apprentis et des instituteurs du fait de leur élèves
(Article 1384 al. 4)
L’alinéa 4 de l’article 1384 du Code civil met en œuvre la responsabilité de l’artisan du fait de ses
apprentis (1) et la responsabilité de l’instituteur du fait de ses élèves (2).
1384 al 4 Les instituteurs et les artisans, du dommage causé par leurs élèves et apprentis pendant le temps
qu'ils sont sous leur surveillance.

C. La Faute dans la Responsabilité du fait des choses


a. Personnes responsables du fait de choses : détermination du gardien
Les rédacteurs de l’article 1385 du CCM ont désigné la personne responsable du fait d’un
animal : « Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, pendant qu’il est à son usage, est
responsable du dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa garde, soit qu’il fût égaré

9
Jurisprudence de La Cour Suprême de Maurice : Peerally v. Commissioner of Police & Anor 2007 SCJ 275, Lutchman v.
Beau Plan Milling Company & Ors 2016 SCJ 170, De Simard de Pitray v. State of Mauritius & Anor 2017 SCJ 270, Gold Story
Ltd v. Commissioner of Police 2013 SCJ 24, Bundhun v. State of Mauritius 2015 SCJ 146, Gokhool v. Commissioner of Police
1999 SCJ 388, Ramlochun v. The Private Secondary Schools Authority and Anor 2016 SCJ 351, Hurreeram v. State of
Mauritius 2008 SCJ 347, Jean Gueho Company Limited v. State of Mauritius and Ors 2007 SCJ 113

4
Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle
Melle. Nushrut Chaumoo

ou échappé.» Quant aux articles 1384 al. 1 et 410, gouvernant la responsabilité du fait des choses
inanimées, se lisent comme suit : « On est responsable non seulement du dommage que l'on cause par
son propre fait, mais encore de celui qui est causé, par le fait des personnes dont on doit répondre, ou
des choses que l'on a sous sa garde » et « Le gardien de la chose, du dommage causé par le fait de
celle-ci » .
Il en découle de ces deux textes de loi que le propriétaire de la chose peut être responsable (le
propriétaire est présumé gardien), mais il ne le sera pas toujours : il ne le sera pas lorsqu’une autre
personne aura l’usage de la chose. Tout de même est-il que le propriétaire est toujours présumé être le
gardien.
La garde de la chose est le pouvoir autonome d’user de la chose, de diriger la chose et de
contrôler la chose.
b. Conditions de la responsabilité du fait des choses
 Une chose
Il ne saurait être question de responsabilité du fait des choses sans qu’une chose soit
intervenue dans la réalisation d’un dommage. En principe, cette responsabilité fonctionne pour toutes
les choses. Seules sont exclues les choses qui relèvent d’un régime spécial de responsabilité du fait des
choses. C’est au gardien d’une chose que la victime demande réparation du préjudice que lui a cause
cette chose. Il faut exclure les res nullius (choses sans maitre) et les res derelictae (choses
abandonnées).
 Un fait de la chose
Lorsque le dommage est un fait de la chose, le gardien est tenu en application des dispositions
des alinéas 1er et 4eme du CCM. Le dommage doit être rattachable au fait d’une chose : la chose doit
intervenir matériellement dans la production du dommage. Il est nécessaire que la chose ait joué un
rôle actif dans la production du dommage, elle doit avoir été l’instrument du dommage.
 Un lien de causalité entre la chose et le dommage
La chose doit avoir causé le dommage.

10
Mangroo & Ors v. Dahal & Ors 1937 MR 43

5
Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle
Melle. Nushrut Chaumoo

c. Fait d’un animal


L’article 138511 du CCM énonce que le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert pendant
qu’il est à son usage, est responsable du dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa
garde, soit qu’il fût égaré ou échappé. Ce texte édicte, à l’encontre du gardien d’un animal, une
responsabilité. Là où il n’y a pas de pouvoir de direction, de contrôle et d’usage sur l’animal, il ne
saurait y avoir de responsabilité.
1385 Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, pendant qu’il est à son usage, est responsable du
dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa garde, soit qu’il fût égaré ou échappé.

d. Ruine d’un bâtiment


Pour que l’article 1386 soit applicable, il faut qu’il s’agisse d’un bâtiment 12, que le dommage ait
été causé par la ruine d’un bâtiment13 et que cette ruine ait été provoquée par un vice de construction
ou un défaut d’entretien14.
1386. Le propriétaire d’un bâtiment est responsable du dommage causé par sa ruine, lorsqu’elle est arrivée
par une suite du défaut d’entretien ou par le vice de sa construction.

e. Communication d’un incendie15


En cas de communication d’incendie (Art 1384 al 7 CCM16), le gardien de la chose dans laquelle
l’incendie a pris naissance n’est responsable que si la faute est démontrée. La responsabilité suppose la
preuve d’un dommage causé par un incendie (dans la première chose) puis celle de la communication
d’incendie.
1384 al. 7 Toutefois, celui qui détient à un titre quelconque, tout ou partie de l'immeuble ou des biens mobiliers
dans lesquels un incendie a pris naissance ne sera responsable, vis-à-vis des tiers, des dommages causés

11
Nundloll v. FUEL 1992 MR 262, Rene v. Mauritius Turf Club 1990 MR 112, Medine S.E v. Anthony 1990 MR 217,
12
Incluant un barrage, un canal – Tout ce qui est « une incorporation durable au sol »
13
L’article 1386 ne peut jouer que si le dommage est du a la ruine d’un batiment ce qui suppose un ecroulement de tout ou
partie de ce batiment.
14
La victime ne pourra mettre en jeu la responsabilite du propriétaire que si elle prouve que la ruine est la conséquence
d’un défaut d’entretien ou d’un vice de construction.
15
New Island Clothing Ltd v. Albatross Insurance Co Ltd 2006 SCJ 85
16
Loyseau (The Wife) v. Yemen 1940 MR 84, Island Insurance Company Ltd & Anor v. The Mauritius Marine Authority 2002
SCJ 33

6
Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle
Melle. Nushrut Chaumoo

par cet incendie que s'il est prouvé qu'il doit être attribué à sa faute ou à la faute des personnes dont il
est responsable.
Cette disposition ne s'applique pas aux rapports entre propriétaires et locataires, qui demeurent régis
par les articles 1733 et 1734 du présent Code.

D. Le lien de causalité17
a. La notion de causalité
Le lien de causalité est la troisième condition (les deux étant la faute et le préjudice) pour qu’il y
ait responsabilite civile : la faute du défendeur doit être la cause du préjudice. Il en va de soi que si la
faute du défendeur n’a pas causé le dommage dont la victime demande réparation, la responsabilité
du défendeur ne saurait être engagée. Le lien de causalité est présumé et le défendeur peut la faire
tomber en démontrant une « cause étrangère ».

b. La cause étrangère (exonération de responsabilité)


On cite trois causes étrangères au défendeur : la force majeure (ou cas fortuit), le fait d’un tiers
et la faute de la victime. Il est exact que chacun de ces trois évènements est susceptible d’avoir une
incidence sur la responsabilité du défendeur.
 La force majeure
Un évènement de force majeure est un évènement anonyme, imprévisible et irrésistible. On le
désigne également sous le nom de cas fortuit. Dans le langage juridique moderne, les deux expressions
sont synonymes. Les rédacteurs de l’article 1148 18 du CCM les ont employés concurremment comme
telles.
Lorsque le dommage est le résultat d’un évènement de force majeure, le défendeur doit être
libéré : ce n’est pas son activité qui est la cause de ce dommage.
 Le fait d’un tiers
Le fait d’un tiers exonère totalement l’auteur du dommage lorsque celui-ci a un caractère
imprévisible et irrésistible. Il s’agit alors d’une variété de force majeure. En l’absence de ces caractères,
la responsabilité sera partagée entre le tiers et celui qui est considéré comme responsable du
dommage

17
De Sornay v. De La Roche 1924 MR 80

18
Art 1148 CCM : Il n'y a lieu à aucun dommage et intérêts lorsque, par suite d'une force majeure ou d'un cas fortuit, le débiteur a été
empêché de donner ou de faire ce à quoi il était obligé, ou a fait ce qui lui était interdit.
7
Droit Civil Approfondi - Lecture 2 : La Responsabilité Délictuelle
Melle. Nushrut Chaumoo

 La faute de la victime19
La victime a prouve qu’une imprudence ou négligence du défendeur est la cause du dommage
qu’elle subit. Tout ce que peut donc démontrer le défendeur, c’est que la victime a, elle-aussi, par son
fait, cause le dommage. Le dommage a deux causes : il y a faute commune.
Puisque chacune des fautes a cause un dommage pour le tout, le défendeur devrait être tenu
de reparer le dommage. Mais il y aurait alors un recours pour partie contre la victime, dont la faute à,
elle aussi, cause l’entier dommage. Pour simplifier, on exonère partiellement le défendeur : il doit
réparer qu’une fraction du dommage, l’autre fraction restant à la charge de la victime. C’est ce qu’on
nomme un partage de responsabilité.

19
Bulka & Anor v. Medine S.E Co Ltd 1992 MR 50