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La science
politique à la
Renaissance
Aperçu Le XVIIe siècle
- Le XVIIIe siècle
Jalons historiques (jusqu'en 1900) Le XIXe siècle
L'Antiquité L'anti-libéralisme, l'Ecole libérale
Le Moyen âge La philosophie politique scientifique
La Renaissance La science politique au seuil du XXe siècle
-

La fin du Moyen âge et les débuts des


mouvements nouveaux (Réforme et
Renaissance ) se marquèrent par la ruine
des croyances traditionnelles. La religion ne
se séparait pas de la morale; la défaite de
l'autorité religieuse entraîna la ruine de celle-
ci. Machiavel fut l'interprète de la doctrine
politique pratiquée plus ou moins
consciemment par ses contemporains et qui
consistait dans un simple empirisme. La
science politique en elle-même l'intéresse
peu, il se plaît plutôt à décrire les procédés
de gouvernement qu'il est habile d'employer.
Le politique n'a pas à se préoccuper de la
morale; il ne considère la vertu et la religion
que comme des moyens de gouvernement.
Machiavel n'étudie pas la question de la
légitimité du pouvoir monarchique, mais
montre comment il peut s'établir et se
consolider. Il s'affermira le plus sûrement par
la terreur, en détruisant les nobles, en se
défendant vivement contre ses ennemis.
Sans doute par ailleurs, l'écrivain se réfère à
Polybe, parfois le traduit même et loue la
liberté, prenant le parti des peuples contre le
despotisme et les princes. Mais ce ne sont là
que des considérations abstraites qui
n'influent guère sur les maximes qu'il
professe. Il eut le grand mérite d'envisager la
politique pratiquement et non plus d'une
manière métaphysique et exerça une
influence considérable en répandant le goût
de la science politique et l'habitude de
l'étudier historiquement.

On peut lui rattacher une quantité de


penseurs des siècles suivants, soit qu'ils
aient développé les mêmes maximes que lui,
soit qu'ils n'en aient accepté qu'une partie
pour les réfuter par ailleurs en suivant la
même méthode, Guichardin, Paruta, Botero,
avec plus de moralité que lui, puisèrent leur
inspiration dans ses écrits. A des titres
divers, Scioppius, Juste Lipse, Fra Paolo
relèvent de lui. On retrouverait son influence
peut-être jusque chez Descartes et d'autres
auteurs du XVIIe siècle. Le Testament de
Richelieu porte son empreinte, et l'on peut
dire que, dans une certaine mesure, toute la
politique de la monarchie absolue peut lui
être rattachée. Indirectement, son influence
fut donc considérable et durable. Il rendit à la
politique le service de la détacher
entièrement de l'utopie et de la religion.
Toutefois, en la rapetissant à l'étude assez
mesquine des procédés de son temps, il
s'attira des critiques violentes et nombreuses
et contribua à créer par réaction des
mouvements d'idée entièrement différents.
-

Machiavel (1469-1527).

La Renaissance et la Réforme, qui


s'épanouirent au XVIe siècle, marquent le
commencement des Temps modernes, et
c'est de là que date, en matière politique, la
méthode d'étude qui consiste à prendre pour
guide le libre examen et la raison, c.-à-d., en
somme, à rétablir, en les élargissant, les
procédés d'Aristote dont les penseurs du
Moyen âge avaient à peine en quelques
réminiscences.

Ce n'est pas à dire que le libéralisme


politique ait été dans le programme des
premiers écrivains protestants. On pourrait
même dire tout au contraire, car c'était aux
princes qu'ils s'adressaient en se gardant de
porter ombrage à leur souveraineté. Luther
blâma à plusieurs reprises toute tentative de
révolte, reconnut comme légitime le pouvoir
spirituel du chef politique, désavoua avec
énergie tous ceux qui se réclamèrent de lui
pour obtenir des réformes sociales.
Mélanchthon professe que les
gouvernements sont l'oeuvre de Dieu en ce
sens qu'ils tiennent de lui leur autorité; mais
toutes les formes du pouvoir civil sont
légitimes pourvu qu'elles soient conformes à
la raison. Le prince doit respecter la
propriété de ses sujets, mais peut leur
imposer une foi. Calvin aussi est homme
d'autorité. Le gouvernement doit maintenir la
justice et la foi; il est institué de Dieu.

« Les magistrats ont commandement de


Dieu, sont autorisés de lui [...]. C'est
vaine occupation aux hommes privés [...]
de disputer quel est le meilleur état de
police. »

Affectant une préférence pour le


gouvernement tempéré, Calvin admet la
légitimité de tout régime.

La lecture de la Bible et des Anciens, les


progrès qu'il fit dans les milieux populaires,
les luttes qu'il eut à soutenir contre des
princes hostiles, tous les conflits qui
ensanglantèrent le XVIe siècle inclinèrent
peu à peu le Protestantisme, là où son
triomphe ne fut pas l'oeuvre d'un prince, vers
des idées beaucoup plus démocratiques.
Elles naquirent de tous côtés, puis prirent
leur développement, principal en France et
en Ecosse . Quelques écrits protestants
firent prévoir ceux des écrivains
démocratiques du XVIIIe siècle.

Le Franco-Gallia de Hotman renfermait une


théorie presque populaire du gouvernement.
Le Vindiciae contra tyrannos, signé Junius
Brutus et attribué à Hubert Languet, énonça
pour la première fois le contrat social comme
base de l'état politique. L'auteur entreprend,
dit-il, de ramener à des principes évidents le
pouvoir des princes et le droit des sujets et il
suit à cette fin une méthode géométrique.
Etudiant la constitution de l'Etat et éclairant
ses recherches par la Bible, il découvre deux
contrats primitifs l'un entre Dieu, le peuple et
le roi; l'autre entre le peuple et le roi. Le
prince est, le vassal de Dieu. Les humains
lui doivent obéissance à cause de Dieu, non
pas contre Dieu. S'il manque au contrat, le
peuple a le droit de lui résister, et les
magistrats qui représentent le peuple sont
qualifiés pour le faire. Le peuple a créé les
rois pour son utilité et pour en faire les
gardiens de la loi. Les biens n'appartiennent
pas au roi qui n'est que le curateur des
finances publiques.

« Les princes sont élus par Dieu, mais


institués par le peuple. Le prince est
supérieur à chaque particulier, mais
inférieur à tous et à ceux qui représentent
le tout, c.-à-d. les magistrats ou les
grands. Il intervient dans l'institution du
roi un contrat entre le prince et le peuple
[...]. celui qui viole le pacte est un tyran.
Les magistrats ont le droit de le ramener
au devoir par la force s'ils ne peuvent
faire autrement. »

Des idées analogues se retrouvent dans


beaucoup d'autres traités. Buchanan, dans
son De jure regni apud Scotos, les reproduit
en les parant d'un esprit philosophique et
littéraire. Il décrit un état de nature sans lois
et montre comment la société est née de la
sociabilité. Le roi est nommé par le peuple
pour gouverner sous son contrôle, et il peut
être renversé pour cause de tyrannie. De
même en Allemagne , Althusius revendique
énergiquement le principe de la souveraineté
du peuple, l'inaliénabilité de son pouvoir,
l'existence d'un pacte social primitif qui
justifie la résistance contre les abus du
pouvoir.

En face des docteurs protestants, les


Catholiques se divisent en deux groupes
principaux. Les uns se font les continuateurs
des docteurs scolastiques et de saint
Thomas d'Aquin, s'efforçant de concilier les
droits du peuple, l'absolutisme royal et la
suprématie de l'Eglise. Suarez, dans son De
Legibus, admet que la souveraineté
appartient primitivement au peuple, rejette la
doctrine du droit divin et la doctrine
patriarcale et fait reposer le gouvernement et
la société sur le consentement unanime.
Mais une fois ce consentement donné, le
peuple a totalement aliéné sa souveraineté
et n'est pas libre de la reprendre. Le prince,
devenu tout puissant, est supérieur aux lois
et il n'a au-dessus de lui que le jugement de
l'Eglise. Bellarmin et Bosio se font, avec des
doctrines analogues, les serviteurs du Saint-
Siège et les partisans de la théocratie.

Mais un autre mouvement catholique trouva


dans les doctrines de la Ligue son
expression la plus complète. Elles ne sont
pas autre chose que les doctrines
démocratiques du Protestantisme mises au
service des Catholiques : l'esprit
théocratique du Moyen âge , l'esprit
biblique protestant, des réminiscences
philosophiques et historiques s'y mélangent
de la manière la plus curieuse. Les rois sont
établis par le peuple et leur pouvoir ne leur
vient de Dieu que par l'intermédiaire du
peuple. Il y a un contrat entre Dieu, le roi et
le peuple, qui, en cas de violation du contrat
de la part du roi, a une action contre lui.
Dans des cas extrêmes, son droit va
jusqu'au tyrannicide. Ces doctrines portent
l'empreinte directe des luttes furieuses qui
ensanglantèrent le XVIe siècle.

A côté des politiques, les philosophes et les


utopistes abordèrent avec plus de calme et
d'une manière moins intéressée les mêmes
questions, apportant dans leur étude l'esprit
littéraire de la Renaissance au lieu ou à
côté de l'ardeur passionnée des
controverses religieuses et politiques.
Montaigne, Rabelais et Erasme ont
disséminé dans leurs oeuvres de
nombreuses pensées politiques. Bacon
envisagea les matières relatives au
gouvernement au point de vue pratique, y
cherchant des préceptes empiriques plutôt
que des lois. La Boétie, l'auteur de la
Servitude volontaire , exposa dans son
livre les principes d'une politique
républicaine, stoïcienne et violente,
revendiquant ardemment la dignité humaine
et les droits naturels de l'humain. L'Hôpital et
La Noue se firent les apôtres d'idées
modérées et conciliantes, capables
d'amener la fin des troubles civils. On
rattacherait Bodin à la même famille
d'esprits. Sa République est une oeuvre
considérable. II a introduit le droit public et
privé dans la science politique et défendu Ia
justice et la modération comme les plus
fermes principes de l'État. Selon lui,

« la famille bien conduite est la vraie


image de la République, et la puissance
domestique est semblable à la puissance
souveraine. »

Cette comparaison indique qu'il est partisan


d'un système d'autorité et donne un grand
pouvoir à l'Etat. Mais il se montre favorable à
la liberté individuelle et à la tolérance et
combat l'esclavage. Il admet trois formes de
gouvernement : aucune ne peut prescrire
contre la justice et les lois de Dieu.

D'autres penseurs s'éloignaient davantage


encore des principes admis de leur temps.
L'Utopie de Thomas More est en même
temps qu'une critique des moeurs sociales et
politiques de l'Angleterre du XVIe siècle, un
modèle d'État idéal : on y trouve des
réminiscences marquées des idées
platoniciennes; l'État pour faire régner le
bonheur et la justice devient tout-puissant et
le Communisme est universellement
appliqué. Des idées analogues devaient
inspirer la Cité du Soleil de Campanella.

La pensée politique a donc été, au XVIe


siècle d'une richesse et d'une variété
incomparables. La multiplicité des troubles
politiques et religieux s'est traduite par une
multiplicité de théories et de traités. Toutes
les questions : propriété, esclavage, liberté
politique, liberté de conscience, ont été
discutées. Les doctrines démocratiques sont
affirmées avec une grande énergie, et les
droits naturels de l'humain sont revendiqués.
Chez les théoriciens catholiques et
protestants, l'influence religieuse est encore
sensible en matière de spéculation politique;
pourtant ils tendent de plus en plus à
chercher dans les droits même de l'individu
la source du pouvoir politique et ne font
intervenir le droit divin que d'une manière
assez indirecte. Un certain nombre de
penseurs isolent même définitivement la
politique de la religion. En même temps, on
réagit contre l'empirisme pur de Machiavel
qui tendait à supprimer toute moralité et
toute philosophie dans la science politique.
Elle apparaît de plus en plus à une élite de
penseurs comme une science indépendante
de toute autre considération que le libre
examen, philosophique et historique. Cela
revient à dire que le XVIe siècle a vu la
science politique, non pas se constituer
comme une autre science exacte (elle ne l'a
pas encore fait actuellement et ne le fera
sans doute jamais), mais prendre rang
définitivement parmi les sciences morales
indépendantes. (André Lichtenberger).

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