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comme Singapour, Taïwan et la Corée du Sud, est


parvenu à contenir le nombre de contaminations
En Asie, des équipes de «traceurs»
locales.
remontent les voies de transmission du
Covid-19
PAR MARGOT CLÉMENT
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 9 AVRIL 2020

Dans un marché à Hong Kong. © AFP

Alerté d’un cas, des équipes de traceurs du


Département de la santé partent à la recherche des
Dans un marché à Hong Kong. © AFP contacts afin de les isoler le plus rapidement possible.
Plusieurs pays d’Asie, parmi lesquels Hong Kong, Ces contacts sont classés par catégories, selon le degré
Singapour, Taïwan et la Corée du Sud ont déployé de proximité avec le porteur du virus et la durée
des équipes pour retrouver les personnes en contact de l’interaction. « Les membres de la famille sont
avec des porteurs du Covid-19. Cette méthode, parfois retrouvés en un jour. Mais pour ceux qui ont fait la
intrusive, permet de briser les chaînes de transmission fête, cela peut prendre plus de temps », expliquait
du virus et de garder une longueur d’avance. mardi devant la presse le Dr Wong Ka-hing du
Hong Kong, de notre correspondante.– Les Centre de protection de la santé. Plusieurs centaines de
prélèvements dans le nez et la gorge viennent personnes peuvent être interrogées pour un même cas.
d’être effectués. Les doubles portes automatiques se « Par prudence, on hospitalise les contacts présentant
referment, laissant Claire (son prénom a été modifié) ou ayant présenté des symptômes. Les autres vont en
seule avec sa fièvre dans la chambre de l’unité des cas quarantaine directement et on multiplie les tests pour
« à haut risque » de l’hôpital Christian United à Hong trouver des cas le plus tôt possible », ajoute le docteur.
Kong. Le téléphone sonne. Là, ces personnes sont gardées à l’œil. Certaines
« Une infirmière m’a interrogée sur mon emploi du doivent rester géolocalisées en permanence via
temps, raconte Claire. Je revenais de France alors WhatsApp. « Je dois surveiller ma température et
j’ai communiqué les numéro des vols et des sièges, scanner plusieurs fois par jour un QR code sur
l’heure précise de prise en charge par le taxi et le bracelet électronique », témoigne pour sa part
son immatriculation. » Ces détails seront cruciaux si Keceelyn confinée à l’hôtel depuis son arrivée de
le test, disponible dans moins de quatre heures, se France. « Quand je suis arrivée, j’ai dû faire le tour de
révèle positif. C’est en partie grâce à cette stratégie la pièce et de la salle de bain pour que l’application
de détection rapide et précoce des « cas suspects » délimite l’espace du confinement », explique-t-elle.
couplée à 4 500 dépistages par jour que Hong Kong, Celle-ci ne peut pas sortir sur le palier, où ont été
placés réfrigérateur et micro-ondes, sans que son
bracelet se mette à vibrer.
Pour certains cas, « la chaîne de contamination locale
n’est pas identifiée, et c’est ce qui nous inquiète. Donc
nous remontons la trace auprès des contacts proches
pendant la période d’incubation jusqu’à la source
de la contamination », et le tout est rendu public,
explique lors d’un point presse quotidien le Dr Chuang

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Shuk-Kwan, lui aussi du Centre de protection de la Certains chercheurs regrettent toutefois la lenteur
santé. L’enquête se mène par téléphone, parfois des du procédé. « La transmission du Covid-19 se
personnes se manifestent d’elles-mêmes. produit rapidement et avant les symptômes ce qui
Des prélèvements sur le terrain peuvent être induit qu’il est extrêmement peu probable que
nécessaires. C’est ainsi qu’une chambre de l’épidémie soit contenue en isolant simplement les cas
l’hôpital Pok Oi, où un cas a été déclaré, a été symptomatiques individuellement », écrit Luca Ferretti
passée au peigne fin pour déterminer si le boîtier du Big Data Institute à Oxford dans un article cosigné
du papier toilette ou le tensiomètre ont pu être des et paru dans Science. Or, le traçage manuel « est
vecteurs de transmission. L’identification de clusters trop lent et il ne peut être étendu à grande échelle
– regroupements de cas dans un même lieu – permet une fois l’épidémie » massivement répandue, car le
aux autorités d’ajuster ses mesures contre la pandémie. personnel dédié est limité, selon ces chercheurs. Ils
Elles viennent ainsi de fermer tour à tour les cinémas, préconisent un « contrôle digital »via une application.
les salles de mah-jong, les karaokés, les cinémas puis « Son but n’est pas d’imposer une technologie comme
les bars sur la base d’enquêtes épidémiologiques. changement permanent de la société » mais « vu les
circonstances de la pandémie, il est nécessaire et
Singapour suit les mêmes pratiques (lire ici le détail
justifié de protéger la santé publique », écrivent ces
de la stratégie retenue). L’armée épaule depuis le
scientifiques.
28 janvier les équipes de traceurs du ministère de
la santé. Plus d’un millier de militaires étudient les Le partage des données numériques est l’un des
cartes établies par les hôpitaux et passent jusqu’à deux partis pris de Taïwan. L’île a déclaré à ce jour 376
mille appels par jour aux contacts de cas confirmés. La contaminations. Elle était pourtant très exposée, car
police peut également être sollicitée pour éplucher des connectée par des vols directs avec Wuhan et située
vidéos de surveillance. à une centaine de kilomètres de la Chine où vivent
et travaillent plus d’un million de Taïwanais. L’île
Le gouvernement explique sur son site avoir par
s’est protégée dès mi-janvier contre la « pneumonie
ailleurs élargi les types de dépistage afin d’identifier
atypique ».
des chaînons manquants de la transmission. Ne
comprenant pas comment le cas 66 avait été infecté, Dès le 24 janvier, soit trois jours après la détection
décision a été prise de réaliser un test sérologique d’un premier cas sur son sol, les autorités imposaient
sur les cas 83 et 91 qui avaient fréquenté un même dès leur arrivée aux passagers en provenance de
rassemblement que le cas 66 mais n’étaient pas Chine, Hong Kong et Macao de remplir un formulaire
malades au moment où les traceurs les ont contactés. avec l’historique de leurs déplacements et l’obligation
Un test pour rechercher des séquences génétiques du de surveiller leur état de santé. Puis Taïwan a
Covid-19 aurait été négatif puisque les deux personnes mutualisé des informations de divers ministères ou
n’étaient plus malades. Un test sérologique a donc été administrations. Les données de l’assurance-maladie
préféré et a permis de détecter la présence d’anticorps, nationale ont, par exemple, été partagées en temps
et donc l’exposition passée au Covid-19. réel avec celles des services des douanes et de
l’immigration. Cela a généré des alertes lors des
Dans la ville-État comme dans la région administrative
examens médicaux en fonction de l’historique de
spéciale de Hong Kong, deux petits territoires
voyage et les symptômes.
aux populations limitées et par ailleurs hautement
connectées, ces techniques ont porté leurs fruits. Le Cette mutualisation a également permis de rationner
premier a déclaré un peu plus de 1 400 cas, le second et distribuer méthodiquement les masques à la
938. population. Elle a en outre débouché sur des dépistages

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rétroactifs de Covid-19 menés sur une centaine de L’alerte peut même préciser dans quelles pièces d'un
malades atteints d’une forme sévère de grippe ou de immeuble la personne se trouvait, quand elle a visité
pneumonie. les toilettes et si elle portait ou non un masque.
La Corée du Sud a opté de son côté pour un Ces procédés ne sont pas sans risques et peuvent
partage d’informations extrêmement détaillées sur les engendrer stigmatisations et discriminations. En
mouvements des personnes infectées, cruciales selon Corée du Sud par exemple, les adeptes de l’église
les autorités pour suivre et contrôler l'épidémie. La Shincheonji de Jésus ou des personnes les ayant
Corée du Sud compte aujourd’hui plus de 10 000 fréquentés représentaient mi-mars 63 % des cas. Ils
contaminations. Au fur et à mesure que le nombre de ont été la cible d’une « chasse aux sorcières » et
cas explosait en février, les autorités ont lancé un vaste ont fait face à « des licenciements et harcèlement
programme de traçage accessible au public via des sur le lieu de travail, des persécutions familiales et
applications téléphoniques permettant de localiser les la calomnie », selon cette église. La publication de
lieux les plus infectés. données peut en outre dissuader des personnes de
Ces applications envoient une alerte aux personnes consulter un médecin par peur d’être stigmatisées.
vivant à proximité d’une personne diagnostiquée. Une « Les gouvernements devraient prendre des mesures
alerte type peut contenir l’âge et le sexe de la personne rapides pour protéger des attaques les individus ou
infectée, le cabinet médical fréquenté à la minute près, communautés qui pourraient être prises pour cible ou
dans certains cas retracé à l’aide des relevés de carte de tenues responsables du Covid-19 », s’est inquiétée
crédit, avec l’heure et le nom des entreprises visitées. l’ONG de défense des droits humains Human Rights
Watch.

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