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Eléments de description phonologique et morphologique du bomu,

le dialecte standard de Mandiakuy en vue de son utilisation à


l’école dans un contexte bilingue au Mali
ADAMA DACKO

Thème et problématique : Phonologie, morphologie, bomu, enseignement bilingue


I. Présentation et raison du choix du sujet :
Après son accession à l’indépendance, le Mali a entrepris dès 1962 une réforme profonde de
son système éducatif. Ce dernier ne répondait plus à ses objectifs visant, entre autres, un
enseignement de masse et de qualité. Cette réforme prévoyait l’utilisation des langues
nationales dans l’enseignement dès que les conditions seraient réunies pour le faire. Le
français, utilisé comme médium d’enseignement a eu et continu d’avoir pour conséquence la
grande déperdition scolaire, un taux élevé d’exclusion, de redoublement et d’abandon
scolaires ainsi qu’un blocage psychologique des apprenants. La langue étant le véhicule des
valeurs socioculturelles du peuple qui la parle, la langue française au Mali fait référence à des
valeurs et modes de pensée étrangers aux apprenants. Considérant ce fait et prenant en compte
d’énormes progrès réalisés par l’expérimentation accumulée dans le domaine de
l’alphabétisation fonctionnelle en langues nationales, le 2ème séminaire national sur
l’Education, tenu à Bamako en décembre 1978, avait recommandé l’expérimentation des
langues nationales dans l’enseignement formel. En 1979, quatre écoles expérimentales
d’enseignement en bamanankan ont été ouvertes dans les régions de Koulikoro (Kossa et
Djifina) et de Segou (Banankoroni et Zanabougou). Cette première expérimentation fut un
grand succès. Ce qui conduit en 1982 à l’introduction de trois autres langues : le fulfuldé, le
songhay, et le Tamasheq. Cette première expérience de première génération rencontra
beaucoup de difficultés au plan pédagogique notamment au niveau du transfert de la L1 vers
la L2. Les enseignants n’avaient aucun remède pour négocier le passage de la L1 vers la L2.
C’est du CIAVER (Centre International Audio-visuel d’Etudes et de Recherche) de Belgique
que viendra la solution. En 1984 le CIAVER à travers le pédagogue WAMBAC aida le Mali
à mettre en place la pédagogie convergente avec l’ouverture de deux classes à Ségou.
La pédagogie convergente est une approche novatrice d’apprentissage des langues dans des
contextes bi- ou multilingues avec pour objectif de développer un bilinguisme fonctionnel
chez l’apprenant. Développée en Belgique par le Centre international audiovisuel d’études et
de recherches (CIAVER), elle a été introduite au Mali en 1987 comme méthode pour faciliter
le passage de la langue maternelle au français, suite à l’expérimentation des langues
nationales dans l’enseignement formel. A la base de cette stratégie, l’utilisation des
techniques d’expression et de communication est censée faciliter tout apprentissage et de le
rendre plus agréable et pertinent à la vie quotidienne des élèves. L’introduction de la
deuxième langue ne se fait que lorsque les plus importants éléments de la communication et
de l’expression, et notamment ceux concernant l’écrit, sont acquis dans la langue maternelle.
La méthodologie, pilotée dans la ville de Ségou au Mali a amélioré nettement les
performances des élèves des classes expérimentales par rapport à ceux qui fréquentent l’école
classique. Elle adopte une démarche globale dans toutes les situations d’expression et de
communication et selon le principe que la compétence de communication doit précéder la
compétence linguistique selon une progression en spirale. L’appropriation de l’expression
orale constitue le début de l’apprentissage de la langue, elle est préparée et favorisée par la
pratique des techniques d’expression et de communication et notamment des rythmes
corporels et musicaux. Ceux-ci contribuent à l’épanouissement de l’affectivité, à la libération
de l’individu, développent l’imagination et influencent de façon bénéfique les relations entre
les différents membres du groupe d’apprenants. Les activités orales qui libèrent
progressivement l’enfant de ses fantasmes et qui développent ses possibilités de créativité, le
préparent à la lecture et à l’expression écrite. L’enseignement dans les deux langues se fait de
la manière suivante :
- 1ère année : 100% langue nationale
- 2ème année : 75% langue nationale et 25% français
- 3ème-4ème années : 50% langue nationale, 50% français
- 5ème-6ème années : 25% langue nationale, 75% français
Les activités d’apprentissage se font à travers les éléments suivants appelés unité pédagogique
composée de : des techniques d’expression et de communication (TEC), du dialogue, du conte
(discours oral et écrit), de la compréhension à l’audition, de la lecture (découverte, rapide,
fonctionnelle), des textes documentaires, des bandes dessinées, des chants, des comptines, des
récitations, des mathématiques, des poèmes etc.
Des évaluations internes et externes ont confirmé la pertinence de la démarche de la
pédagogie convergente, ce qui a conduit le Département de l’Education de Base à procéder à
l’extension progressive de la pédagogie convergente à partir d’octobre 1994. De 1994 à 1995,
67 écoles ont été transformées en écoles à pédagogie convergente sur le territoire en plus du
bamanan, du fulfuldé et du Songhay. L’année suivante l’innovation pédagogique a été amenée
à 153 et trois langues nationales (Soninké, dogon et tamasheq). De 1996 à 1997 l’extension
touchait 196 écoles. Ce nombre est porté à 244. En 1998 le syénera (sénoufo) et le bomu ont
été introduits. Le nombre d’écoles passe alors à 3091.
Aujourd’hui l’enseignement bilingue au Mali est en plein développement. Le programme
PHARE d’abord puis ELAN sont venus amplifier son effet dans le système scolaire du
primaire au Mali. Selon les initiateurs, l’expérience a montré que les élèves issus des classes
de PC étaient plus performants que les élèves classiques2, beaucoup de parents d’élèves
désapprouvèrent la méthode et lui attribuèrent la baisse permanente de niveau.
2. Objectif

Les bwas étant parmi les minorités ethniques du Mali le nombre de locuteur du bomu est
estimé à environ 300 000 individus à cela s’ajoute le manque de documentation dans cette
langue fait que son utilisation en contexte scolaire devient complexe. C’est justement pour
parier ce problème nous amène à choisir ce sujet. Même si le bomu dispose d’un système
d’écriture depuis l’arrivé des missionnaires chrétiens dans le bwatun, il ressort que des
insuffisances importante reste à combler pour faire de cette langue un vrai outil de
scolarisation dans le contexte bilingue.
Voici ce à quoi nous allons nous intéresser principalement dans le cadre de cette recherche.
Nous tenterons prioritairement à identifier les productions phonique en dégageant les unités
distinctives puis les traits pertinents enfin comment les unités se combinent pour former des
mots et de cerner les dispositifs favorables à son utilisation en contexte scolaire bilingue.
Les raisons qui ont motivé le choix de ce sujet se résument ainsi : 1) comme mentionné dans
les pages précédentes depuis 1998, le ministère de l’éducation du Mali, a introduit le bomu
dans les classes primaires cependant jusque là nous sommes en phase expérimentale pour la
plupart des langues dites minoritaires. Dans les faits sur treize langues nationales seulement :
le bamanankan, le soninké, le fulfulde et le songhay sont réellement outillées. Le cas du bomu
qui nous intéresse dans cette étude est une langue où très peu de recherche de ce genre a été
faite à notre connaissance. 2) Aussi, en tant que formateur en langue à l’Institut de Formation
de Maîtres c’est à la fois pour préparer mon retour professionnel que pour dégager des
perspectives d’enseignement/apprentissage que nous avons choisi de réfléchir sur ce sujet. 3)
1
A. MAIGA Conseillé Technique Ministère de l’Education Nationale (Mali)
2
On entend par élèves classiques ou syllabique les établissements ayant commencé leur scolarité en français
J’ai également choisi ce sujet en espérant pouvoir apporter notre petite pierre de contribution
en ce domaine de cherche en didactique des langues.
3. Questions de recherche
1. Quel est le statut phonématique des voyelles et des consonnes du bomu ?
2. Quel est le nombre de tonalité et le statut de l’intonation en bomu ?
3. Comment se construit la morphologie nominale et verbale en bomu ?
4. Dans le contexte scolaire bilingue quel peut être le rôle de la L1 sur l’apprentissage de la
L2 ?
4. Hypothèses

Quatre hypothèses ont guidé cette recherche.

Hypothèse 1 : Les phonèmes vocaliques changent de réalisation phonique selon leur contexte
d’apparition.
Hypothèse 2 : Le bomu est une langue à ton « au moins trois ton », le schéma tonal peut varier
selon que le mot est précédé d’un ton fixe, flottant ou bas et joue fonction de suprasegmentale
Hypothèse 3 : La structure nominale et verbale des mots se construit par dérivation,
composition et par l’affixation.
Hypothèse 4 : Dans le contexte bilingue, le recours à la L1 est une stratégie d’enseignement
qui vise davantage une progression dans la mise en œuvre de la situation d’apprentissage de
la L2.

5. Méthodologie

Pour recueillir les données comme dans tous travaux scientifiques, nous avons élaboré un
corpus portant sur les mots de la langue bomu. Les enregistrements sur les bandes
magnétiques ont servi de base pour ce travail pour traiter les problèmes inhérents aux tons.
Ces enregistrements ont constitué un corpus sur lequel s’est basée l’analyse de cette langue.

Les phonèmes sont présentés entre barres obliques /…/ et leurs réalisations entre crochets […]
Ces enregistrements sont transcrits selon la méthode Pekarek Doehler avec des possibles
amendements en tenant comptes des particularités lexicales du bomu. Le bomu est une langue
à tradition orale, nous avons eu recours aux informateurs natifs du dahanmu dialecte utilisé
dans la commune rurale de Mandiakuy, Bénéna, Mafouné et Diora.

6. Calendrier prévisionnel de travail


Notre projet de recherche s’étale sur trois (3) ans. Nous avons élaboré le calendrier suivant
afin de mieux gérer notre temps et mener à bout notre travail dans le délai imparti.
- Sept (07) premiers mois : revue documentaire pour mieux circonscrire le sujet,
élaboration d’un plan provisoire de travail et de la méthodologie de recherche et prise de
contact avec le terrain de recherche.
- Cinq (05) mois : définir des idées innovantes, rédaction des fiches de lecture.
Rectification éventuelle de la problématique.
- Dix (10) mois : déterminer et mettre en contexte le type d’analyse. Mener l’enquête de
terrain. Mener une analyse plus approfondie. Elaborer un premier plan de rédaction de la
thèse.
- Dix (10) mois Rassemblement de données analysées et de la revue littéraire. Rédaction
de la première version du texte. Définition des points et mise au point des axes à améliorer.
Relecture pour retravailler le texte.
- A partir du lancement de la recherche, nous exécuterons nos modules en mettant place
notre recherche action.