Vous êtes sur la page 1sur 7

Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XXX - n.

1 - March 2017

LE CIMENT BRÛLE TOUJOURS


CEMENT STILL BURNS

Lebreton T.,1 Fontaine M.,1* Le Floch R.2


1
Centre Hospitalier Saint Joseph et Saint Luc, 20 quai Claude Bernard, 69007 Lyon, France
2
Réanimation Chirurgicale et des Brûlés, PTMC, CHU Nantes, 44093 Nantes CEDEX, France

RÉSUMÉ. Les brûlures chimiques par ciment représentent une cause fréquente de corrosion cutanée en France. Elles nécessitent fré-
quemment un traitement chirurgical. Notre étude rétrospective concerne tous les patients admis pour une brûlure par ciment dans le ser-
vice entre 2004 et 2016. Quarante-neuf patients âgés de 21 à 71 ans ont été pris en charge dans le centre des brûlés du Centre Hospitalier
Saint Joseph Saint Luc à Lyon entre 2004 et 2016. La population concernée était majoritairement masculine, relativement jeune (44 ans
en moyenne) et professionnellement active. Les brûlures survenaient principalement dans le cadre d’accidents domestiques (78%). Elles
étaient profondes et atteignaient majoritairement les membres inférieurs, de façon bilatérale. La surface brûlée représentait 3% de la
surface cutanée totale. Presque tous les patients (98%) ont nécessité une prise en charge chirurgicale pour excision et autogreffe de peau
mince. Un seul patient a bénéficié d’une cicatrisation dirigée. Le délai moyen entre la brûlure et la chirurgie était de 13 jours et la durée
moyenne d’hospitalisation de 8 jours. Sept patients ont nécessité une prise en charge en centre de rééducation à leur sortie du service.
Cette étude confirme la sévérité des brûlures chimiques par ciment. Elle met également en avant l’impact que peut avoir ce type de
brûlure en terme de retentissement socio-économique dans une population de patients majoritairement jeune et active. Elle insiste sur
le fait que des mesures doivent être prises afin d’informer cette population rarement professionnelle sur les risques encourus lors du
mésusage du ciment. La réglementation actuelle, classant le ciment comme irritant, ne prend pas en compte son caractère corrosif et de-
vrait être amendée.

Mots-clés: ciment, corrosion, greffes, prévention, réglementation

SUMMARY. Cement burn is a common cause of chemical burns in France. They usually need surgical treatment. This retrospective
study was performed among 49 patients, aged 21-71 years, admitted to the St Joseph-St Luc Hospital in Lyon, France. Patients were
mainly male, fairly young (mean 44 years) and had a professional activity, although burns usually occurred at home. Burns were deep,
on the lower limbs, and were not extensive (3% TBS). All but one patient needed grafting, performed on d13. LOS was eight days. Seven
patients had to be admitted to a rehabilitation centre afterwards. This study confirms the local seriousness of cement burns. It emphasises
their socio-economic impact since they occur in job-active patients. Education on cement hazards should be developed, targeting this
population, who are seldom building professionals. Current regulations, classifying cement as an ‘irritant’, do not address the causticity
of wet cement and should be amended.

Keywords: cement, burns, grafts, prevention, regulation

Introduction plus en plus fréquentes.2,3 Cette augmentation peut s’expliquer


par l’utilisation de plus en plus fréquente du ciment, par les
Les atteintes cutanées dues au ciment en poudre sont professionnels du bâtiment mais également les particuliers, le
connues depuis le XVIIIème siècle.1 Le ciment est un mélange manque d’information sur les dangers de ce dernier et l’ab-
de cristaux de silicate et d’aluminate de calcium. Pour obtenir sence de protection adéquate. Les brûlures par ciment sont in-
un ciment prêt à l’emploi, il faut rajouter de l’eau qui entraîne sidieuses tant par leur mécanisme que par leur diagnostic. En
une alcalinisation du mélange ainsi qu’une réaction exother- effet les premiers symptômes peuvent être minimes (picote-
mique. Le ciment peut ainsi entraîner une brûlure chimique liée ments, érythème, vésicules), laissant place à une nécrose cuta-
au pH du mélange et, à un moindre degré, thermique lors du née seulement dans un second temps, ce qui peut expliquer le
mélange. Le pH et la température sont d’autant plus élevés que retard de prise en charge. Il s’agit ici de rapporter notre expé-
la prise est rapide. L’évolution de ces brûlures est marquée par rience dans la brûlure par ciment, son importance chez les par-
son caractère insidieux et le caractère souvent profond de ces ticuliers, sa gravité et la place du traitement chirurgical dans
brûlures. Bien que représentant moins de 5% des admissions le traitement de ces brûlures. Nous tentons également de pro-
dans les centres de brûlés, les brûlures par ciment, survenant poser quelques pistes afin de diminuer l’incidence de ces brû-
le plus souvent dans le cadre d’accidents domestiques, sont de lures.

*
Auteur correspondant: M. Fontaine, Service des Brûlés, Centre Hospitalier Saint Joseph et Saint Luc, 20 quai Claude Bernard, 69007 Lyon, France. Tel.: +33 4 78618945;
email: mfontaine@ch-stjoseph-stluc-lyon.fr
Manuscrit: soumis le 12/02/2017, accepté le 12/02/2017.

18
Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XXX - n. 1 - March 2017

Matériel et méthodes les jambes (26,5%), les pieds (20,4%) et les cuisses (10,2%).
La surface brûlée était en moyenne de 3% de la surface corpo-
Notre étude descriptive et rétrospective sur 12 ans relle totale (1-10), avec un score de Baux moyen de 47 (23-
concerne tous les patients victimes de brûlures par ciment trai- 74). Sur les 49 patients admis dans notre service, un a été perdu
tés entre 2004 et 2016 dans le service des brûlés du centre hos- de vue, suite à un rapprochement familial. Sur les 48 patients
pitalier Saint Joseph Saint Luc à Lyon. La revue des dossiers traités et suivis intégralement dans notre centre, un seul a été
médicaux des patients a permis le recueil des données démo- traité par cicatrisation dirigée, les 47 (97,9%) autres ayant né-
graphiques (âge, sexe, profession, accident du travail ou do- cessité un traitement chirurgical par excision suivie d’une au-
mestique), des caractéristiques cliniques des brûlures togreffe de peau mince. La durée médiane entre la date de la
(topographie, profondeur, surface corporelle brûlée), de la prise brûlure et l’intervention chirurgicale était de 13 jours (5-38)
en charge (durée d’hospitalisation, traitement chirurgical, délai (Tableau II). La chirurgie est suivie d’une période d’immobi-
avant excision-autogreffe), ainsi que les données socio-écono- lisation de 5 jours avant l’examen de la greffe. La durée mé-
miques. La prise en charge initiale consistait en la réalisation diane d’hospitalisation était à 8 jours, s’échelonnant de 2 à 17
de pansements quotidiens à l’aide des topiques usuels (Flam- jours (Tableau III). Sur les 48 patients, seuls 7 (14,3%) ont né-
mazine® + Jelonet®) sous analgésiques opioïdes, associée à une cessité une prise en charge en centre de rééducation à leur sortie
prévention anti-thrombotique, médicamenteuse et physique.4 du service, en médiane était à 6 jours (1-8) après la chirurgie
(Tableau IV). Le suivi de ces patients a révélé que certains
Résultats d’entre eux présentaient des séquelles à type de limitations ar-
ticulaires en raison de rétractions cutanées, d’hypoesthésies ou
Sur les 3 480 patients admis dans notre centre des brûlés de paresthésies, entraînant alors des arrêts de travail pouvant
entre octobre 2004 et juin 2016, 158 l’avaient été pour une brû- dépasser les 12 mois.
lure chimique, dont 49 présentaient une brûlure liée au ciment,
soit 1,4% des admissions. Parmi ces 49 patients, âgés de 21 à Discussion
71 ans avec une moyenne de 44 ans, 46 étaient des hommes et
3 étaient des femmes. Il s’agissait donc d’une population rela- Le ciment est une poudre fortement hygroscopique conte-
tivement jeune et active puisque seulement 10% étaient à la re- nant de l’oxyde de calcium qui, au contact de l’eau et de la
traite. A noter également qu’environ 30% des patients sueur se transforme en pâte (réaction exothermique) à pH for-
exerçaient une activité professionnelle dans le bâtiment. Onze tement alcalin (>12 et d’autant plus élevé que la prise est ra-
(22,4%) brûlures par ciment étaient survenues dans le cadre pide). Au contact de la peau, le ciment liquide peut entraîner
d’un accident du travail, les 38 autres cas (77,6%) provenant des abrasions mécaniques du fait de sa nature granuleuse mais
du domicile. La plupart (91,8%) des patients présentaient des également des brûlures chimiques, du fait de sa nature alcaline.
brûlures profondes, généralement bilatérales (89,8%) et Son action corrosive continue tant qu’il est au contact de la
concernaient majoritairement (98%) les membres inférieurs peau. Ceci explique que les brûlures par ciment sont très sou-
(Tableau I) avec, par ordre de fréquence les genoux (55,1%), vent profondes (92% des cas dans notre étude). En effet les
premiers symptômes pouvant apparaître seulement quelques
Tableau I - Topographie des lésions
heures après par de simples sensations de brûlure, d’irritation,
un érythème ou des vésicules, le temps de contact est souvent
Topographie Nombre de patients (%) important. Lorsque le travail du ciment se fait souvent au sol,
Unilatérale 5 (10,2%) en position agenouillée réalisation d’une chape), les brûlures
Bilatérale 44 (89,8%) concernent de petites surfaces, principalement au niveau des
Membres supérieurs 2 (4,1%) membres inférieurs et plus particulièrement au niveau des ge-
Cuisses 5 (10,2%) noux et ce de façon bilatérale. La localisation des brûlures rend
Genoux 27 (55,1%) la cicatrisation difficile et le risque de séquelles, notamment
Jambes 13 (26,5%) au niveau des amplitudes articulaires, est élevé, entraînant des
Pieds / Chevilles 10 (20,4%) retards de reprise de travail. Cela génère d’importantes consé-
Membres inférieurs 48 (98%) quences socio-économiques chez ces patients souvent jeunes
et professionnellement actifs. Dans notre échantillon, la loca-
Tableau II - Délai entre la brûlure et le traitement chirurgical lisation et la profondeur des brûlures nécessitaient quasiment
toujours un traitement chirurgical par excision suivie d’une au-
Jours Nombre de patients (%) togreffe de peau mince. Cette prise en charge chirurgicale pré-
<8 4 (8,5%) coce (en moyenne 13 jours après la brûlure) est en accord avec
8 – 14 27 (57,4%) la littérature actuelle. En effet, un seul patient, qui présentait
15 – 21 9 (19,2%) principalement des lésions au niveau des membres supérieurs,
22 – 28 5 (10,6%) a pu être traité par cicatrisation dirigée. Le fait de recourir de
> 28 2 (4,3%) façon pratiquement systématique au traitement chirurgical et
la nécessité d’une période d’immobilisation de 5 jours avant
Tableau III - Durée d’hospitalisation de pouvoir affirmer ou non son succès, peut expliquer la longue
durée des hospitalisations, qui dans notre cas était en moyenne
Jours Nombre de patients (%)
de 8 jours.
<8 22 (45,8%)
L’autre intérêt de notre étude concerne la prévention. De
8 – 14 22 (45,8%)
nos jours, l’utilisation du ciment n’est plus réservée aux pro-
> 14 4 (8,4%)
fessionnels du bâtiment, ce qui explique l’augmentation des

19
Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XXX - n. 1 - March 2017

Tableau IV - Données épidémiologiques et évolution

Sexe Age Accident Durée Surface Score Traitement Délai Sortie Durée arrêt Durée
hospitalisation brulée de Baux brûlure-EG de travail réeducation
M 52 Domicile 9 3 55 Chirurgical 17 Rééduc. 15 jours
M 39 Domicile 7 5 44 Chirurgical 7 Domicile
F 40 Domicile 10 4 44 Chirurgical 13 Rééduc. 16 jours
M 48 Domicile 8 2 50 Chirurgical 12 Domicile
M 47 Domicile 8 2 49 Chirurgical 19 Domicile
M 35 Travail 8 3 38 Chirurgical 16 Domicile
M 46 Domicile 9 5 51 Chirurgical 28 Domicile
M 57 Travail 17 4 61 Chirurgical 16 Rééduc. 37 jours
M 41 Domicile 8 2 43 Chirurgical 13 Domicile
M 57 Domicile 12 3 60 Chirurgical 8 Domicile
F 44 Domicile 7 2 46 Chirurgical 17 Domicile
M 40 Travail 3+8 2 42 Chirurgical 33 Domicile
M 52 Domicile 10 3 55 Chirurgical 14 Domicile
M 43 Domicile 6 5 48 Médical Domicile
M 31 Domicile 2 5 36 Perdu de vue
M 56 Domicile 6 2 58 Chirurgical 13 Domicile
M 34 Domicile 10 2 36 Chirurgical 10 Domicile
M 43 Domicile 4 2 45 Chirurgical 24 Domicile
M 64 Domicile 8 2 66 Chirurgical 13 Domicile
M 58 Domicile 16 10 68 Chirurgical 10 Rééduc. 43 jours
M 34 Domicile 7 3 37 Chirurgical 11 Domicile
M 21 Domicile 5 2 23 Chirurgical 12 Domicile
M 47 Travail 13 3 50 Chirurgical 11 Rééduc. 16 jours
M 51 Domicile 6 1 52 Chirurgical 24 Domicile
M 50 Domicile 8 3 53 Chirurgical 15 Rééduc. 26 jours
M 53 Domicile 6 5 58 Chirurgical 13 Domicile
M 47 Travail 11 3 50 Chirurgical 5 Domicile
M 38 Travail 9 2 40 Chirurgical 14 Domicile
M 37 Travail 7 2 39 Chirurgical 21 Domicile
M 46 Domicile 6 1 47 Chirurgical 10 Domicile
M 32 Domicile 4 1 33 Chirurgical 21 Domicile 23 jours
M 43 Travail 6 1 44 Chirurgical 13 Domicile 36 jours
M 49 Domicile 6 3 52 Chirurgical 13 Domicile 38 jours
M 57 Domicile 15 4 61 Chirurgical 10 Domicile 23 jours
M 28 Domicile 16 2 30 Chirurgical 11 Domicile 22 jours
M 41 Travail 11 3 44 Chirurgical 6 Rééduc. Sorti sur décharge
M 25 Travail 6 3 28 Chirurgical 38 Domicile 38 jours
M 22 Travail 6 2 24 Chirurgical 14 Domicile 36 jours
M 54 Domicile 9 2 56 Chirurgical 10 Domicile 38 jours
F 30 Domicile 8 1 31 Chirurgical 13 Domicile 73 jours
M 24 Domicile 6 1 25 Chirurgical 22 Domicile 53 jours
M 71 Domicile 12 3 74 Chirurgical 9 Domicile
M 38 Domicile 3 2 40 Chirurgical 14 Domicile 16 jours
M 39 Domicile 9 2 41 Chirurgical 10 Domicile 330 jours
M 62 Domicile 6 2 64 Chirurgical 14 Domicile
M 59 Domicile 2 1 60 Chirurgical 28 Domicile
M 60 Domicile 7 2 62 Chirurgical 16 Domicile
M 47 Domicile 8 7 54 Chirurgical 10 Domicile 28 jours
M 28 Domicile 10 5 33 Chirurgical 6 Domicile 226 jours

brûlures par ciment dans le cadre d’un accident domestique. Alors que la CIM10 permet de tracer les corrosions par ciment
En effet, dans notre échantillon, 78% des patients s’étaient brû- ainsi que leurs circonstances de survenue, il apparaît que ces
lés dans le cadre d’un accident domestique. Cela peut s’expli- atteintes sont souvent cotées comme des brûlures thermiques.
quer par les lacunes en termes d’information sur le caractère Nous donnons les exemples de cotation à utiliser dans ces cas.
caustique du ciment, les précautions d’emploi et la conduite à Le diagnostic principal (DP), donne la corrosion, sa profondeur
tenir en cas de contact cutané. La prévention des corrosions se et sa localisation. Les atteintes siégeant le plus souvent au ni-
heure à plusieurs écueils : manque de données épidémiolo- veau des genoux ou des chevilles, parfois des mains, on aura,
giques et économiques, manque d’information des utilisateurs. en cas d’atteinte du troisième degré (la plus fréquente) : Ge-

20
Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XXX - n. 1 - March 2017

Tableau V -  Publications  antérieures  à  2008

1er Auteur, ref Année Type d’étude Lieu accident Nb. Pat. Commentaire
pH  11,5  à  12
J.  Meherin,  13 1939 Rétrospective Travail 60
Tt  2  sem., AT  10  j
R.  Rowe,  14 1963 Case  report Domicile 1 Greffe  J19
5  Domicile Pas  d’  information
M.  Hannuksela,  15 1976 Rétrospective 7
2  Travail Pas  de  protection
H.  Vickers,  16 1976 Case  report Domicile 4 Tests  allergie  négatifs
M.  Flowers,  17 1978 Case  report Domicile 1 Pas  d’  information
J.  Skiendzielewski,  18 1980 Case  report Travail 1 Guérison  6  sem., AT  4  sem.
R.  Rycroft,  19 1980 Case  report Travail 2 AT  3  sem.
D.  Stoermer,  20 1983 Case  report Travail 2 «  Brûlures  non  rares  »
W.  Peters,  21 1984 Case  report Domicile 1 Pas  d’  information
G.  McGeown,  22 1984 Case  report Domicile 1 «  Phénomène  bien  reconnu  »
S.  Early,  23 1985 Case  report Non  précisé 5 Nécessité  greffes
Pas  d’  information
G.  Wilson,  24 1985 Rétrospective Non  précisé 16
Hosp  13  j, AT  8  sem.
Tt  chirurgical
G.  Fischer,  25 1986 Case  report Domicile 1
5  sem.  éviction  scolaire
A.  Tosti,  26 1989 Case  report Travail 1 Pas  d’  information
15  j  hosp.
L.  Feldberg,  27 1992 Rétrospective Non  précisé 20
75%  urgentistes  ignorent  patologie
C.  Koo,  28 1992 Case  report Travail 1 Dangerosité  du  surnageant
6  sem. AT
D.  Boyce,  29 1993 Rétrospective Non  précisé 24
95%  patients  ignoraient  danger
Prospective 1  138  volontaires  suivis
C.  Irvine,  30 1994 Travail 323
Construction  tunnel  Manche 332  demites,  323  brûlures
Hosp  21  j
J.  Spoo,  31 2001 Revue  biblio Non  précisé 51 Greffes  34%
Délai  cicatrisation  6  sem.
R.  Mehta,  32 2002 Case  report Domicile 1 Prévention  et  information  insuffisantes
La  plus  fréquente  (25%) 
S.  Ricketts,  33 2003 Rétrospective Non  précisé 8
des  brûlures  chimiques
53%  Travail 21%  greffes
P.  Lewis,  34 2004 Rétrospective 71
47%  domicile 51%  ignoraient  danger
Pas  d’information
S.  Sherman,  35 2005 Case  report Travail 1
Pas  de  protection
1/3  travail 16  greffes
M.  Poupon,  7 2005 Rétrospective 18
2/3  domicile Hosp  10  j  , AT  2  mois
Non  précisé Greffes  82%
M. Alam,  36 2007 Rétrospective 46
Défaut  d’information

noux T247, chevilles T257, mains T237. Si l’atteinte est du 5 par an le nombre de patients traités en CTB à la suite d’une
deuxième degré, on utilisera le code T2x6. Il ne faut pas utiliser corrosion par ciment.6,7 Sachant qu’il y a 18 CTB en France
les codes T2x3 et T2x2, qui correspondent à des brûlures ther- (métropolitaine et ultramarine) et que la moitié des patients
miques du troisième et du deuxième degré dans les mêmes pouvant y prétendre échappent à la filière « brûlés », on estime
zones. Le ciment sera précisé dans les Diagnostics Associés à 180 le nombre annuel de tels accidents.8 Selon les antécédents
Significatifs (DAS) par le code X49. Trois chiffres y seront as- du patient, ces séjours, que l’on considère comme toujours chi-
sociés, précisant l’activité. On trouvera soit un accident de tra- rurgicaux, classent les patients dans les Groupe Homogène de
vail amenant X49021 ou de « loisir » (réalisation d’une chape Malades  22CO21  ou  22CO22,  valorisés  respectivement  de
au domicile ou à celui d’un proche) amenant à X49081. Un 7 874€ et 20 058€. Soit un coût direct annuel quelque part entre
deuxième DAS permettra de préciser l’étendue de l’atteinte, 1 417 354€ et 3 610 388€. La fourchette est large. Concernant
souvent <10% : T230.5 Ainsi, avec 3 lignes de code et grâce les coûts indirects, la conjecture est encore plus floue. Dans les
aux relations existant entre SFB et InVS, il est possible de re- séries françaises, l’arrêt de travail varie de 3 à 8 semaines. Cal-
pérer les corrosions par ciment. Cette cotation étant basée sur culons sur une base de 4 semaines, avec un salaire mensuel
la  CIM10,  il  doit  pouvoir  en  être  de  même  partout  dans  le médian en France de 1 643€. On arrive à 295 650 €. On ima-
monde. Même si l’on pouvait connaître le nombre de patients, gine donc, bien peu scientifiquement il est vrai, que les corro-
on ne pourrait, dans un premier temps, que connaître le coût sions  par  ciment  coûtent  à  la  société  française  au  bas  mot
direct de ces accidents. Au vu des données françaises préexis- 2 000 000 €/an. 
tantes, confirmées par celles recueillies ici, on peut estimer à La  prévention  passive,  basée  sur  la  modification  du

21
Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XXX - n. 1 - March 2017

Fig. 2
Pictogrammes
Fig. 1 SGH 05
Logo proposé (corrosif)
par Wilson et SGH 07
en 1985 d’après.24 (irritant).

risque via la loi et sur une fabrication différente des produits corrosives lorsqu’elles sont humidifiées » et enfin « lorsqu’ils
sur la base d’un « volontariat » industriel (bien illusoire si le évaluent les informations disponibles aux fins de la classifi-
coût de production augmente) est l’outil le plus efficace.9 cation… tiennent compte des formes ou états physiques dans
Dans la mesure où il est inhérent au ciment en phase liquide lesquels la substance… est raisonnablement utilisée ». On
d’avoir un pH >12, d’autant plus élevé que le produit est à peut s’étonner que les effets cutanés du ciment en phase li-
prise rapide (cette alcalinité persistant tant que le ciment n’a quide, connus en 2007, n’aient pas été pris en compte, d’au-
pas complètement pris, soit 8 à 14 h), il faut se tourner vers tant que l’on peut attribuer « une ou plusieurs catégories de
des stratégies de prévention active.10 Celles-ci comprennent danger ». On peut noter que dès 1985 Wilson, à la suite d’une
l’information donnée et l’utilisation de mesures de protection. « épidémie » d’atteintes caustiques par ciment (16 cas en 11
Quand on interroge les patients, on constate que la dangero- mois), préconisait l’utilisation d’un logo sur les sacs et les
sité du ciment, quand elle est connue, est très sous-estimée. camions (Fig. 1).24 Il nous semble ainsi pertinent d’attirer l’at-
Quand ils portent des protections, ce sont habituellement des tention des autorités compétentes (Ministère du travail, de
bottes, avec le pantalon dedans… Le port de genouillères est l’emploi et du dialogue social en France). La directive euro-
rare, celui de gants exceptionnel, le lavage des mains et des péenne pourrait être amendée afin de mieux intégrer les effets
poignées d’instruments en cours de travail inexistant. Il est connus du ciment. Il semble nécessaire d’approcher le parle-
vrai que l’information est tout aussi inexistante. Il n’y a au- ment européen, en tant que société savante (SFB, MBC,
cune signalétique sur les camions-toupie livrant le ciment li- EBA) ou via les associations de patients (ABF en France).
quide alors que le ciment en sacs (phase pulvérulente) est On pourrait rapprocher la dangerosité du ciment de celles de
classé « irritant » par le règlement européen CLP n° la chaux vive (pH 12) et de la soude caustique (effets cutanés
1278/2008 du 16 décembre 2008.11 Dans ce règlement, on mieux connus du grand public) et le classer, dans sa forme li-
trouve, page 87, la définition de l’irritation cutanée : « Appa- quide, dans la catégorie 1A (causticité cutanée), classe de
rition, sur la peau, de lésions réversibles à la suite de l’appli- danger H314 (lésions cutanées sévères) pour revêtir les sacs
cation d’une substance d’essai pendant une durée allant de ciment des pictogrammes SGH07 et SHG05 (Fig. 2) et y
jusqu’à quatre heures ». Alors que la directive précise que apposer les informations idoines. Les camions-toupie de-
« … des pH extrêmes…≥11,5… sont susceptibles d’avoir des vraient être revêtus du pictogramme SGH05 et les bons de li-
effets cutanés importants », il peut sembler étrange que le ci- vraison contenir les informations appropriées. En ce qui
ment ne soit pas classé comme corrosif : « lésions cutanées concerne la prévention active, il pourrait être utile d’inciter
irréversibles telles qu’une nécrose visible au travers de l’épi- les vendeurs de ciment en sac à mettre des gants, genouillères
derme et dans le derme ». De plus, la fiche de sécurité de et bottes « kit de protection » à proximité immédiate des sacs
l’Institut National de Recherche et de Sécurité est élu- et à attirer l’œil des clients vers ces protections, en mettant
sive : « À l’extrême, certains ciments notamment prompts des panneaux rappelant la dangerosité du ciment. Un rappel
provoquent de véritables brûlures ».12 La littérature montre de la causticité pourrait être fait à la commande de ciment
toutefois que les corrosions sont habituellement contractées livré en toupie, ainsi qu’une proposition de kit de sûreté, en
lors de la réalisation d’une chape avec du Portland classique. prévoyant une traçabilité du refus éventuel du dès lors pro-
Les atteintes cutanées dues au ciment en poudre (der- bable futur patient.
mites au ciment) sont connues depuis 1703 et ont été large-
ment décrites depuis.1 Dès 1939, Meherin publie dans le Conclusion
JAMA une série de 60 patients en 1 an ½.13 Il démontre que
les atteintes sont dues à l’alcalinité du ciment liquide. Par la Les brûlures par ciment touchent essentiellement une po-
suite et jusqu’en 2007 (année précédant la publication de CLP pulation masculine jeune et active. Il s’agit principalement
1278/2008), nous avons trouvé 25 articles en Anglais concer- d’accidents domestiques qui touchent des zones articulaires au
nant cette pathologie (Tableau V), rapportant un total de 591 niveau des membres inférieurs engageant ainsi le pronostic
cas dont 323 lors de la construction du tunnel sous la fonctionnel. Les séquelles après un traitement bien conduit sont
Manche.7,13-35 Dans la directive CLP 1278/2008, on trouve minimes. Le retentissement socio-économique est principale-
« analyser les données chez l’homme pour aider à la classifi- ment lié à la durée prolongée des arrêts de travail. Il ressort un
cation ». On remarque que, dans l’introduction de son article défaut de prévention et d’information auprès de ces patients
de 1984 (!) McGeown indiquait que « les brûlures par ciment victimes de brûlures par ciment laissant ainsi la place à une im-
sont un phénomène maintenant bien reconnu ».22 Il est aussi portante possibilité de réduction de ces incidents avec des me-
trouvé dans la directive CLP : « des poudres peuvent devenir sures simples à mettre en œuvre.

22
Annals of Burns and Fire Disasters - vol. XXX - n. 1 - March 2017

BIBLIOGRAPHIE 18. Skiendzielewski J: Cement burns. Ann Emerg Med, 9: 316-8, 1980.
19. Rycroft R: Acute ulcerative contact dermatitis from ready mixed ce-
1. Ramazzini B: De morbis artificum diatriba. Editio secunda. Guilielmum ment. Clin Exp Dermatol, 5: 445-7, 1980.
Van de Water Ed, 1703. 20. Stoermer D, Wolz G: Cement burns. Contact Dermatitis, 9: 421-2,
2. Xiao J, Cai B: Classification and specificity of cement burns. Burns, 1983.
21: 136-8, 1995. 21. Peters W: Alkali burns from wet cement. Can Med Assoc J, 30: 902-4,
3. Chung JY, Kowal-Vern A, Latenser BA, Lewis RW 2nd: Cement-rela- 1984.
ted injuries: review of a series, the National Burn Repository, and the 22. McGeown G: Cement burns of the hands. Contact Dermatitis, 10: 246,
prevailing literature. J Burns Care Res, 28: 827-34, 2007. 1984.
4. Fontaine M, Latarjet J, Payre J, Poupelin JC, Ravat F: Feasibility of 23. Early S, Simpson R: Caustic burns from contact with wet cement.
monomodal analgesia with IV alfentanil during burn dressing changes JAMA, 254: 528-9, 1985.
at bedside (in spontaneously breathing non-intubated patients). Burns, 24. Wilson G, Davidson P: Full thickness burns from ready-mixed cement.
43: 337-42, 2017. Burns, 12: 139-45, 1985.
5. Ministère des affaires sociales et de la santé: Classification statistique 25. Fischer G, Commens C: Cement burns: rare or rarely reported? Aus-
internationale des maladies et des problèmes de santé connexes. CIM- tralas J Dermatol, 27: 8-10, 1986.
10 FR à usage PMSI, volume 1. Bulletin officiel 2016/9bis, fascicule 26. Tosti A, Peluso AM, Varotti C: Skin burns due to transit-mixed Portland
spécial. http://www.atih.sante.fr/cim-10-fr-2016-usage-pmsi. cement. Contact Dermatitis, 21: 58, 1989.
6. Besset M, Quignon R, Dhennin C et coll: Brûlures par ciment : étude 27. Feldberg L, Regan P, Roberts A: Cement burns and their treatment.
rétrospective sur dix ans dans le centre des brûlés du CHU de Tours. À Burns, 18: 51-3, 1992.
propos de 55 cas. Ann Chir Plast Esthet, 59: 177-80, 2014. 28. Koo C, Morgan B, Parkhouse N: Cement water-the hidden hazard.
7. Poupon M, Caye N, Duteille F et coll: Cement burns : Retrospective Burns, 18: 513, 1992.
study of 18 cases and review of literature. Burns, 31: 910-4, 2005. 29. Boyce D, Dickson W: Wet cement: a poorly recognized cause of full-
8. Pasquereau A, Thélot B: Hospitalisations pour brûlures à partir des don- thickness skin burns. Injury, 24: 615-7, 1993.
nées du Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information. 30. Irvine C, Pugh C, Hansen E et coll: Cement dermatitis in underground
France métropolitaine 2011 et évolution depuis 2008. workers during construction of the Channel tunnel. Occup Med, 44:
http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=9447. 17-23, 1994.
9. Atiyeh B, Costagliola M, Hayek S: Burn prevention mechanisms and 31. Spoo J, Elsner P: Cement burns: a review 1960-2000. Contact Derma-
outcomes: Pitfalls, failures and successes. Burns, 35: 181-93, 2009. titis, 45: 68-71, 2001.
10. Dinis-Oliveira R, Carvalho F, Moreira R et coll: Clinical and forensic 32. Mehta R, Handfield-Jones S, Bracegirdle J, Hall PN: Cement dermatitis
signs related to chemical burns: A mechanistic approach. Burns, 41: and chemical burns. Clin Exp Dermatol, 27: 347-8, 2002.
658-79, 2015. 33. Ricketts S, Kimble F: Chemical injuries: the Tasmanian Burns Unit ex-
11. http://eurlex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2008: perience. ANZ J Surg, 73: 45-8, 2003.
353:0001:1355:FR:PDF 34. Lewis P, Ennis O, Kashif A et coll: Wet cement remains a poorly reco-
12. INRS: Le point des connaissances sur… les ciments. http://www.inrs.fr/ gnized cause of full-thickness skin burns. Injury, 35: 982-5, 2004.
dms/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-5015/ed5015.pdf 35. Sherman S, Larkin K: Cement burns. J Emerg Med, 29: 97-9, 2005.
13. Meherin J, Shomaker T: The cement burn: its etiology, pathology and 36. Alam M, Moynagh M, Lawlor C: Cement burns: the Dublin national
treatment. JAMA, 112: 1322-6, 1939. burns unit experience. J Burns Wounds, 7: 33-8, 2007.
14. Rowe R, Williams G: Severe reaction to cement. Arch Environ Health,
7: 709-11, 1963.
15. Hannuksela M, Suhonen R, Karvonen J: Caustic ulcers caused by ce-
ment. Br J Dermatol, 95: 547-9, 1976.
16. Vickers H, Edwards D: Cement burns. Contact Dermatitis, 2: 73-8, Conflits d’intérêts. Aucun
1976.
17. Flowers M: Burn hazard with cement. Br Med J, 1: 1250, 1978.

23
Copyright of Annals of Burns & Fire Disasters is the property of Euro-Mediterranean Council
for Burns & Fire Disasters and its content may not be copied or emailed to multiple sites or
posted to a listserv without the copyright holder's express written permission. However, users
may print, download, or email articles for individual use.