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Revue Organisation et Territoires n°4, Septembre 2019 ISSN :2508-91

Développement territorial numérique et délocalisations de services: un


modèle d’équations structurelles à l’épreuve de Casanearshore et
Rabatechnopolis

Amina ECH-CHBANI
Professeur habilité en sciences d’économie
Laboratoire d’Études et Recherches Appliquées en Sciences Économiques LERASE
Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales d’Agadir
Université IBN ZOHR, Maroc
Mobile : 0675767525
Email : a.ech-chbani@uiz.ac.ma
Résumé :Le développement territorial numérique dans sa conception la plus large, englobe
la dimension territoriale qui se pose comme un nouveau modèle de rendre intelligibles les
réalités du développement régional et local à différentes échelles, et de les faire adapter aux
nouvelles perspectives de l’économie-monde. Dans ce contexte, le territoire numérique
s’impose entant que nouvelle contrainte qui coïncide avec les mouvements structurels des
économies vers plus de globalisation, auxquels s’ajoutent la massification des mobilités des
hommes et des entreprises et la considérable innovation dans les technologies, systèmes et
services numériques. Devant ces nouvelles données, la délocalisation de services est un
secteur qui impose désormaisle développement numérique d’un territoire. Notre travail part
de ce point et cherche donc à relever les dimensions à travers lesquelles les délocalisations de
services pourraient impacter le développement territorial numérique. Etant le résultat de nos
articles antérieurs, un modèle d’équations structurelles mettant en lumière les facteurs les plus
pertinents identifiés, sera testé à Casanearshore et Rabat Technopolis, principales destinations
de délocalisations de services au Maroc. Les résultats de cette enquête feront l’objet de
présent article.
Mots clés:Développement territorial numérique, délocalisations de services, modèle
d’équations structurelles.
Abstract : In its broadest sense,digital territorial development refers the territorial dimension
as a new model for making the realities of regional and local development at different scales
intelligible and adaptable to new perspectives in the world economy. In this context, the
digital territory is imposing itself as a new constraint that coincides with the structural
movements of economies towards globalization, massification of human and corporate
mobility and considerable innovation in digital technologies, systems and services.In this
regard, the delocalization of servicesis a sector that requires the digital development of a
territory. Our work starts from this point, it seeks to identify the impact of service
delocalization on digital territorial development. As a result of our previous articles, a
structural equation model of the most relevant factors identified will be tested at
Casanearshore and Rabat Technopolis, the main destinations for service offshoring in
Morocco. The results of this survey will be the subject of this article.
Key words : Digital territorial development, delocalization of services, structural equation
model.
Revue Organisation et Territoires n°4, Septembre 2019 ISSN :2508-91
Introduction
Théoriquement reconnu pour être un avantage compétitif indéniable de l’attractivité
d’un territoire et de son accès aux marchés extérieurs, le développement territorial numérique
entant que démarche pluridisciplinaire tente d’apporter une réflexion sur le positionnement
des territoires dans une économie désormais globalisante et en perpétuelle évolution. Les
délocalisations de services qui, elles, sont reconnues pour être la caractéristique intrinsèque à
cette évolution, reflètent sans doute le degré d’insertion d’un territoire dans le développement
numérique. D’entrée de jeu, celui-ci exige un regroupement spatial des activités de services
afin de former une certaine organisation en réseaux envisagée du point de vue des
infrastructures TIC. Les acteurs qui y sont impliqués doivent développer une certaine maitrise
des technologies de l’information et de la communication d’une part, et d’autre part,
développer des rapports donnant lieu à des processus d’apprentissage allant de l’université
vers l’entreprise et inversement. En faisant référence à ces constats, nous avons voulu au
travers de cette recherche, vérifier si les regroupements spatiaux des activités de
délocalisations de services peuvent dans ce sens constituer une ressource potentielle du
développement territorial numérique.
Ce cadrage contextuel génère un questionnement fédérateur : Quel est l’impact des
délocalisations de services sur le développement territorial numérique ?
Nous vérifierons par ailleurs successivement les influences des délocalisations de
services sur les dimensions qui composent le développement territorial en ayant à vérifier
trois hypothèses de recherche :
H1 : Le secteur des délocalisations de services peut constituer un milieu innovateur.
H2 : Les relations universités/entreprises TIC dans le secteur les délocalisations de services
sont significatives.
H3 : Il y a une forte implication des pouvoirs publics dans le secteur des délocalisations de
services.
Pour vérifier ces hypothèses, nous allons faire appel à un modèle d’équations
structurelles que nous avons conçu dans nos travaux de recherche antérieurs (Ech-chbani,
2017), (Ech-chbani, 2018) et que nous allons tester sur les deux axes dédiés aux
délocalisations de services au Maroc Casanearshore et Rabat Technopolis.
La structure de notre travail s’articule autour de deux points distincts. Le premier
présentera notre cadre d’analyse empirique, et s’attèlera donc sur les différentes dimensions
de la démarche méthodologique adoptée. Dans le deuxième, il sera question de tester notre
modèle et d’en analyser les résultats.
1- Données et analyses statistiques
Au niveau méthodologique, une enquête en face à face a été effectuée. Le
questionnaire s’adresse à un échantillon composé de 40 entreprises appartenant aux deux
zones dédiées aux délocalisations de services. La détermination du nombre d’unités
appartenant chaque zone a été faite sur la base des données de la population mère selon la
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méthode d’échantillonnage stratifié.A l’issue de cette campagne, 36 réponses ont été
recueillies dont 4 inexploitables Notre échantillon se compose donc de 32 unités qui
représentent 25% de la population mère. Ce pourcentage étant supérieur à 10% nous rassure
de la représentativité de notre échantillon (Dépelteau, 2000).
Tableau 1 : Répartition du nombre d’entreprises par zone et par type de la délocalisation de
services
Questionnaire Type de la Population Echantillon* Questionnaires Questionnaires
délocalisation mère récupérés exploitables
Zone de services
ITO* 19 6 6 6
BPO* 75 23 20 18
Casanearshore KPO* 6 2 2 2
Total 100 31 28 26
ITO 8 3 3 2
BPO 16 5 4 3
Rabatechnopolis KPO 4 1 1 1
Total 28 9 8 6
Total 128 40 36 32
𝑁𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒 𝑑 ′𝑢𝑛𝑖𝑡é𝑠 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑠𝑡𝑟𝑎𝑡𝑒 𝑇𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑠𝑡𝑟𝑎𝑡𝑒
* =
𝑇𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑑𝑒 𝑙′é𝑐ℎ𝑎𝑛𝑡𝑖𝑙𝑙𝑜𝑛 𝑇𝑎𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑝𝑜𝑝𝑢𝑙𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑚è𝑟𝑒

*ITO : Information Technology Offshoring

* BPO : Business Process Offshoring

* KPO : Knowledge Processus Offshoring

Source : calcul de l’auteur


L’opérationnalisation des construits théoriques a été opérée suite au recours à des
échelles de mesure ayant un niveau de validité satisfaisant dans l’objectif de valider notre
modèle causal intégrant le milieu innovateur,les relations université/entreprises TIC et
l’implication des pouvoirs publics. En effet, les échelles de mesure ont été choisies et
adaptées en fonction de leur qualité psychométrique. Dans notre contexte d’étude, l’Alpha de
Cronbachconstitue un coefficient pertinent pour mesurer la cohérence interne (ou la fiabilité)
des instruments de mesure utilisés. Son application donne les résultats suivants :
Tableau 2 :Résultats des analyses confirmatoires : Valeur de l’Alpha de Cronbach des
mesures utilisées
variable Cronbach
concentration spatiale des activités TIC 0.73
organisation en réseaux 0.83
innovation technologique 0.78
distance culturelle 0.75
infrastructure TIC 0.97
coûts des TIC 0.75
confiance numérique 0.81
avantages fiscaux 0.65
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connaissances TIC 0.78
recherche et développement 0.74
formation 0.83
Source : PLS et SPPS statistics
Tableau 3 : Indicateurs de validation du modèle

variable Variance Concordance R² Communality Redondance


expliquée
concentration spatiale des 0.89 0.91 0.68 0.89 0.42
activités TIC
organisation en réseaux 0.76 0.98 0.59 0.76 0.29
innovation technologique 0.57 0.79 0.47 0.57 0.22
distance culturelle 0.82 0.92 0.69 0.82 0.36
infrastructure TIC 0.91 0.97 0.78 0.91 0.45
coûts des TIC 0.75 0.81 0.66 0.75 0.27
confiance numérique 0.69 0.83 0.55 0.69 0.32
avantages fiscaux 0.72 0.87 0.61 0.72 0.28
connaissances TIC 0.49 0.81 0.00 0.49 0.00
recherche et développement 0.37 0.75 0.00 0.37 0.00
formation 0.87 0.95 0.71 0.87 0.39
Moyenne 0.71 0.87 0.63 0.71 0.33
Source : PLS

Le modèle explique en moyenne 71% de la variance, ce qui est jugé bon dans le
domaine de la recherche. Par ailleurs, la concordance, de 0.87 en moyenne, indique un bon
ajustement entre les modèles interne et externe. Le coefficient de détermination, de 0.63 en
moyenne laisse entrevoir une significativité du modèle et une pertinence prédictive des
variables latentes. Enfin, le coefficient de redondance, de 0.33 en moyenne, positif et
supérieur à 0, présente une bonne validité prédictive du modèle.

Le test du modèle donne les résultats suivants :


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Figure 1 : Modèle testé


Concentration spatiale des activités TIC
0.64
21 items
Organisation en réseaux
0.79 6 items 0
Milieu innovateur
Distance culturelle 0.48 0.45

Innovation technologique
0.37

Délocalisation de services
Connaissances TIC 0.39
0.10

Relations université/entreprises TIC 0.22


Recherche et développement
14 items
0.93

Formation
16 items
0.67
0.13

0.39
Infrastructure TIC
9 items 0.87

Confiance numérique 0.63


7 items Implication pouvoirs publics

0.45
Avantages fiscaux
8 items
0.51

Coûts TIC
5 items

Source : PLS
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Lien causal Test de Significativité des liens Validité des


Student hypothèses
H1 : Milieu innovateur → Délocalisation 3.37 *** Confirmée
de services
H2 : Relations université/entreprises TIC 0.81 0.41 Rejetée
→ Délocalisation de services
H3 : Implication pouvoirs publics 4.24 *** Confirmée
→ Délocalisation de services
Tableau 4 : Résultats des liens de causalité et validation des hypothèses de recherche
Source : SPSS statistics

Les résultats du tableau 4 permettent de vérifier la significativité et l’importance des


liens de causalité entre la délocalisation de services, le milieu innovateur, les relations
université/entreprises TIC et l’implication des pouvoirs publicsdans le but de valider les
hypothèses de recherche.

2- Analyse et interprétation des résultats


Cette partie fera l’objet de l’analyse de l’estimation des résultats du modèle, en
mettant en lumière d’abord les résultats de l’estimation du modèle structurel, mais également
en essayant de les expliquer selon les résultats de l’estimation du modèle de mesure, ce qui
permettra d’appréhender avec précision et de hiérarchiser les facteurs d’influence des
variables latentes du modèle.
2.1- Un effet globalement positif des délocalisations de services sur le développement
territorial numérique
Les résultats de l’estimation de notre modèle de recherche révèlent un effet
globalement positif des délocalisations de services sur le développement territorial
numérique. Celui-ci se décline en effet parune corrélation positive et significative entre les
deux variables, confirmant ainsi les enseignements théoriques issus de nos travaux de
recherche antérieurs. Souvent présenté dans la littérature économique comme le critère crucial
de la délocalisation, la recherche d’un territoire numériquement développé est un objectif
déterminant pour expliquer l’implantation de certaines entreprises dans les pays d’accueil. Le
succès de certains pays dans leurs stratégies d’attraction des délocalisations de services peut
en outre être s’expliqué par sa dotation en infrastructures numériques. Un résultat d’ailleurs
qui pourrait être dû au fait que la concentration des délocalisations, dans notre pays, se trouve
bel et bien dans le secteur des services, ce qui rend ce genre d’investisseurs beaucoup plus
sensibles à la dotation en infrastructure TIC. Ces infrastructures dédiées aux technologies de
l’information et spécialement conçues pour les activités de délocalisations de services
connaissent des progrès assez rapides conjointement à une forte dynamique que connait le
secteur.
La corrélation positive et significative obtenue dans le cadre de cette recherche peut
par contre être expliquée pour une large part, par les résultats obtenus au niveau des trois
composantes du développement territorial numérique dans le modèle en l’occurrence le milieu
innovateur, la relation université/entreprises TIC et l’implication pouvoirs publics.
2.1.1- Le milieu innovateur
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Conformément à nos attentes, nous pouvons qualifier ces plates-formes de
délocalisation de services de milieu innovateur, bien qu’à son état encore embryonnaire, car
des difficultés empêchent sa formation au sens propre du terme. En effet, le milieu innovateur
se présente assez souvent dans la littérature comme un regroupement spatial des activités de
recherche sous forme d’une organisation en réseaux, les acteurs qui y sont impliqués
développer une certaine capacité culturelle d’idéation d’une part, et d’autre part, des rapports
donnant lieu à des processus d’apprentissage et d’innovation collective. Ceci étant, les quatre
conditions de la formation d’un milieu innovateur à savoir une concentration spatiale des
activités, une organisation en réseau, un certain rapprochement culturelle et une innovation
technologique doivent être vérifiées. D’après nos résultats de recherche, la concentration
spatiale des activités de services est une condition nécessaire et préalable pour être éligible à
la sélection par les entreprises qui délocalisent, et c’est cette concentration qui instaure un
environnement favorable pour le développement d’une organisation en réseaux dans des sites
principalement fondés sur le principe du ciblage métier dont la caractéristique commune est la
convergence vers les technologies de l’information. Le rapprochement culturel, variable tout
aussi importante et empiriquement significative, se concrétise par une certaine culture
spécifique directement lié au mode de fonctionnement de ces entreprises et à la langue
commune entre les entreprises délocalisatrices et le pays d’accueil, puisque, pour la majorité,
celles-ci sont des entreprises francophones.La variable innovation technologique se manifeste
par contre plus au niveau technique qu’organisationnel. Ce qui pourrait être expliqué par
l’obligation pour ces entreprises de s’adapter continuellement aux évolutions opérées dans le
monde des technologies, et donc d’être la nécessité de faire des acquisitions permanentes de
nouveaux équipements liés à ce domaine.
2.1.2- La relation université/entreprises TIC
D’un point de vue théorique,la relation entre l’entreprise TIC et l’université semble
aujourd’hui être d’importance cruciale pour le développement numérique d’un territoire.
L’une des conditions sinequanones de cette relation reste sans doute la maitrise des
connaissances dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.
Cette maitrise ne peut se réaliser qu’à travers des passerelles multiples allant de l’université
vers l’entreprise et inversement, reposant notamment sur la formation et la recherche.
D’un point de vue empirique, les résultats du modèle indiquent que les délocalisations
de services n’agissent pas significativement sur le développement les relations entre
l’université et les entreprises délocalisatrices. L’explication de ce résultat pourrait se trouver à
trois niveaux d’analyse. D’abord une corrélation assez faible entre les délocalisations de
services et les connaissances dans le domaine des technologies de l’information et de la
communication.A ce sujet plusieurs arguments peuvent être avancés. Il semble que le niveau
du capital humain que possède notre pays n’a pas encore atteint un niveau seuil pour satisfaire
les besoins des entreprises délocalisatrices dans le domaine des technologies. En effet, dans
un contexte caractérisé d’une part par une pénurie en spécialistes qualifiés et d’autre part par
une évolution permanente des compétences techniques dont le besoin des entreprises ne cesse
d’être croissant, la qualité des connaissances informatiques, surtout de pointe, se révèle un
puissant levier d’amélioration de la relation entre ces entreprises et l’université. La variable
recherche et développement montre également un signe non significatif. Celle-ci, à cause d’un
degré d’ouverture des entreprises sur le monde de la recherche encore faible, et s’avère
insuffisant pour établir une charpente solide entre l’université et l’entreprise délocalisatrice, et
peut même in fine constituer un frein au transfert de technologie, du fait naturellement qu’elle
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représente une condition primordiale à la capacité d’absorption technologique du pays
d’accueil. Ces entreprises, pour la grande majorité n’établissent aucun lien de nature
scientifique avec les instituts de recherche hormis quelques relations de nature assez basiques
entretenues dans le cadre de leur processus de production, telles que l’utilisation de la main
d’œuvre ou la sous-traitance de quelques taches routinières. Finalement, le troisième
argument est plutôt lié à la variable formation, une variable très significative quant aux
résultats de notre modèle. Cette significativité se retrouve avec les études théoriques et
empiriques qui insistent sur l’influence des entreprises délocalisatrices sur la formation
notamment en termes de synergie avec les acteurs de formation externe. En effet, grâce à leur
nature d’activité et la technologie sophistiquée qu’elles utilisent, leur besoin d’affronter les
évolutions systémique en la matière devient une nécessité qui leur impose une amélioration
continue des employés à travers les activités de formation offertes en interne. Ainsi, la
présence de ces entreprises au Maroc pourrait ainsi être un élément clé du développement des
compétences humaines en termes de savoirs technologiques et de compétences acquises dans
le domaine.
2.1.3- L’implication des pouvoirs publics
L’implication des pouvoirs publics est l’une des bases solides à la constitution d’une
stratégie de développement numérique du territoire. D’après les résultats de l’estimation de
notre modèle de recherche, celle-ci représente la dimension la plus significative vis-à-vis de
l’implication dans le secteur. En effet, fondamentalement déterminée du point de vue des
infrastructures TIC, cette implication se fonde également sur une présence d’une confiance
numérique suffisante, d’avantages fiscaux incitatifs, et de coûts des technologies de
l’information et de la communication convenables.La variable infrastructure des technologies
de l’information et de la communication a le signe approprié et est significative.Le succès que
connait notre pays dans sa stratégie d’attraction des activités de délocalisations de services
s’explique pour une large part par sa dotation de ces infrastructures.Cette variable, qui est
significativement corrélée avec la variation du volume de délocalisation, a su créer une
dynamique au sein de laquelle les activités de services ont pu prospérer. Un résultat qui
pourrait être expliqué essentiellement par la concentration de ces activités dans des plates
formes alignées sur les meilleurs standards internationauxrépondant aux exigences THPE
(Très Haute Performance Environnementale), et faisant parties des infrastructures de services
« World Class» en termes de communication, d’installations numériques et d’ergonomie.Les
coûts des TIC dans ces plates formes sont effectivement très compétitifs grâce d’une part aux
aides financières de l’Etat à l’installation des entreprises délocalisatrices. Dans ce sens, celles-
ci ont l’avantage de ne pas effectuer des dépenses importantes en immobilisations TIC.
D’autre part, la présence de plusieurs opérateurs dans le secteur des télécoms, ce qui a
remarquablement diversifié l’offre sur le marché, et du même coup, créer une concurrence sur
les coûts au service de ces entreprises. La variable confiance numérique semble également
être présente dans le secteur, elle est même devenue une condition nécessaire et préalable
pour être éligible à la sélection par les entreprises qui délocalisent.Les améliorations sur le
plan dela protection des données, les libertés du traitement et l’usage de l’économie
numérique peuvent expliquer, pour une grande part, l’éligibilité de notre pays à la sélection
par les entreprises qui délocalisent leurs processus techniques. Celles-ci préfèrent en effet
financer des investissements implantés dans un environnement en conformité avec les
directives internationales en vigueur en la matière. Au même titre que la confiance numérique,
la corrélation positive et significative avec la variable avantages fiscaux est expliquée par le
fait que le Maroc, s’est engagé dans un processusd’ouverture et de réformes économiques
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faisant preuve d’une plus grande souplesse, de par un dispositif fiscal radicalement allégé mis
à profit des entreprises installées dans les zones dédiées, de par une réforme notoire des
procédures pour le commerce étranger en réduisant significativement les barrières douaniers,
mais aussi et surtout, de par une dématérialisation de plusieurs dispositifs administratifs
notamment des déclarations électroniques et des paiements sans besoin de mobilité en matière
de déclarations électroniques et de paiements sans besoin de mobilité des entreprises.
Conclusion
L’objectif de notre recherche était d’évaluer l’impact des délocalisations de services
sur le développement territorial numérique. L’identification de cette problématique était le
fruit de plusieurs constatations issues de nos travaux de recherche antérieurs. Pour mettre en
œuvre cette étude, après avoir établi une matrice d’analyse des caractéristiques communes
entre les deux phénomènes, nous avons mobilisé un modèle d’équations structurelles qui
puisse prendre en compte les différents canaux de transmission des interactions entre les
délocalisations de services et le développement territorial numérique. Les facteurs les plus
pertinents identifiés dans ce modèle passent par le biais du milieu innovateur, de l’implication
des pouvoirs publics et des relations universités/entreprises TIC. Ce modèle de recherche
avait pour objectif de mesurer les représentations de chacune de ces dimensions, et par
ailleurs, d’élaborer un construit synthétisant les influences de chaque composante prise
individuellement. Pour le tester, nous avons développé un questionnaire spécifique diffusé
auprès des dirigeants des entreprises implantées dans les deux plates formes dédiées aux
délocalisations de services Casanearshore et Rabat Technopolis. L’objectif de ce
questionnaire étant d’intégrer les facteurs propres à chaque construit des sous modèles
utilisés, et par ailleurs de fournir les éléments de réponse cohérents pour les deux concepts de
notre recherche.
Au regard de cet objectif, tout en gardant à l’esprit la prudence à laquelle nous invitent
les limites de notre recherche, nous croyons pouvoir dégager les conclusions qui suivent :
Au vu de notre première hypothèse, nos résultats de recherche prouvent un effet
globalement positif des délocalisations de services sur le milieu innovateur. Cet effet passe
notamment par trois composantes essentiellesdu milieu innovateur à savoir une forte
concentration des activités liées aux télécommunications et aux technologies de l’information,
une proximité culturelle et linguistique importante et une innovation technique notoire au
niveau des entreprises délocalisatrices.
Notre deuxième hypothèse ayant pour objectif de vérifier la présence de relations
universités/entreprises TIC significatives dans le secteur les délocalisations de services a été
rejetée. L’explication de ce résultat pourrait se trouver en effet à trois niveaux
d’analyse.D’abord, une corrélation assez faible entre les délocalisations de services et les
connaissances dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, à ce
niveau, le secteur peine à acquérir des connaissances pointues dans le domaine. Ensuite, un
degré d’ouverture des entreprises sur le monde de la recherche encore très faible, et s’avère
insuffisant pour établir une charpente solide entre l’université et l’entreprise délocalisatrice.
Paradoxalement à ces éléments, la formation montre plutôt une dynamique exceptionnelle au
niveau du secteur. Cette dynamique se retrouve notamment au niveau de l’entreprise dans la
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formation interne et permanente pour s’adapter à des dispositifs technologiques en constante
évolution, et au niveau externe dans la synergie qui s’établit entre l’entreprise et les acteurs
de formation externe dans les cursus académiques préparant aux métiers des TIC.
Au vu de notre troisième hypothèse, les tests du modèle confirment une relation assez
fortement corrélée entre les délocalisations de services et l’implication des pouvoirs publics.
Celle-ci, se concrétise à travers la mise en place d’une infrastructure TIC alignée sur les
meilleurs standards internationaux en termes de communication, d’installations numériques et
d’ergonomie, et caractérisée par des coûts compétitifs dans le domaine, les améliorations sur
le plan de la protection des données, les libertés du traitement et l’usage de l’économie
numérique, et finalement un processus d’ouverture et de réformes économiques faisant preuve
d’une plus grande souplesse surtout sur les deux plans fiscal et administratif.
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