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Professeur Ibrahim Ahmad Maqari :

Les dimensions spirituelles et


culturelles dans les relations maroco-
nigérianes
jeudi 1 juin 2017

Professeur Ibrahim Ahmad Maqari :


Les dimensions spirituelles et culturelles dans les relations maroco-
nigérianes
Le professeur Ibrahim Ahmad Maqari, Imam de la Mosquée nationale à Abuja et enseignant à
l’Université Bayero-Kano au Nigeria, a animé la deuxième causerie religieuse sous le thème » Les
dimensions spirituelles et culturelles dans les relations Maroco-Nigérianes » , à la lumière du
verset du Saint-Coran « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une
femelle, et Nous avons fait de vous des Nations et des tribus, pour que vous
vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus
pieux  ».
Le conférencier a, de prime abord, rappelé les relations humaines anciennes et profondes qui lient
le Maroc et le Nigéria et dont la densité nécessiterait la mobilisation de toute une équipe
pluridisciplinaire de chercheurs spécialisés pour en circonscrire l’étendue et la densité.

L’humanisme, une des caractéristiques majeures de l’Islam, y tient une place prépondérante autant
au niveau des théories et des fondements que sur le plan pratique, a-t-il dit, notant qu’il n’est peut-
être pas fortuit de rencontrer le terme « Homme » à deux reprises dans la Sourate « Al Alaq
(L’Adhérence) », dont les cinq versets sont consacrés à l’être humain et à sa place dans l’univers.

Pour lui, l’humanisme ainsi perçu renvoie à l’ensemble des traits et caractéristiques propres à un
individu ou à un groupe d’individus ou à une Nation, ayant en partage une conscience sociétale
vertueuse animée par la recherche de la perfection dans les rapports avec les autres individus et les
autres Nations.

Dans cette optique, les Nigérians ont trouvé dans l’Islam, cette nouvelle croyance qui leur est
parvenue grâce aux Marocains, une religion qui s’accommode parfaitement de leurs ressorts
profonds dans ce qu’ils ont de plus instinctif, du fait qu’elle ne comporte aucune ségrégation
raciale ou ethnique, a-t-il poursuivi.

Il a relevé que ce principe humain suprême a, en effet, émaillé l’ensemble des relations maroco-
nigérianes tant et si bien que la cité de Marrakech a ouvert ses portes à l’homme de lettres
nigérian, Abi Ishaq Al Canimi, pour parfaire son érudition dans ses instituts, qui affluent
d’oulémas et d’érudits, au moment où ses frères africains étaient emmenés dans des chaînes lors
de la traite des esclaves sur les marchés occidentaux.

Parmi les caractéristiques humaines de ces rapports, il a évoqué la cohabitation pacifique malgré
la différence des religions et croyances, rappelant que la notoriété des Marocains en tant
qu’hommes de confiance était telle que nombre de Rois païens d’Afrique de l’Ouest leur ont
confié des postes prestigieux dans la gestion de leurs royautés.

Selon lui, s’il est un terme qui, à lui-seul, résumerait la densité des rapports maroco-nigérians, ce
serait bel et bien « la connaissance mutuelle » magnifiée dans le Saint-Coran, soutenant que ce
vocable a ce mérite de reconnaître les particularités propres à chacun, sans velléités de dissoudre
les identités culturelles des peuples.

Si les théoriciens se sont, certes, évertués à forger des définitions aussi diverses que variées du
concept de la civilisation, il n’empêche que le socle sur lequel reposent toutes ces définitions n’est
autre que la connaissance mutuelle, a-t-il estimé.

Aussi, a-t-il fait observer, que la reconnaissance de l’Autre, qui est en concomitance avec la
notion de la connaissance mutuelle, revêt une charge beaucoup plus forte et plus pertinente que
celle de « la tolérance », galvaudée à tout bout de champs par les temps qui courent.

Et de poursuivre que c’est précisément ce concept coranique de la civilisation qui enveloppe les
relations maroco-nigérianes qui remontent à bien avant le Vème siècle avant Jésus-Christ, au
temps du « commerce silencieux », selon l’acception d’Hérodote, à cette période lointaine où les
transactions financières étaient bâties sur la confiance.

M. Maqari a soutenu que c’est grâce à ces vaillants marchands marocains que l’Islam s’est étendu,
comme une traînée de poudre, dans de grandes régions de ce qu’on appelle aujourd’hui le Nigéria,
notant que nombre de ces Marocains se sont établis parmi les populations indigènes où ils se sont
mariés et fondé des familles.

L’Islam est entré au Nigéria avec un souffle soufi grâce à la dynastie Almoravide qui s’est
appliquée à convertir rapidement le Soudan occidental au lieu de privilégier la démarche
progressive, a-t-il signalé, ajoutant que, depuis cette date, nombre de Zaouias soufies y ont pris
racine.

Certaines de ces confréries, originaires d’Orient comme la Qadiriya et la Rifaiya, ont fini par
gagner l’Afrique de l’Ouest et le Nigéria, précisément à travers les comptoirs commerciaux
marocains où elles ont pris une teinte locale, a-t-il rappelé.

Toutefois, a-t-il expliqué, la véritable révolution dans ces rapports spirituels a été entamée avec
l’avènement de la Zaouia Tijaniya à Fès sous la houlette de son fondateur, Abi Al Abbbas Ahmed
ben Mohamed Tijani, et dont l’édification allait ouvrir un nouveau chapitre dans les relations
maroco-nigérianes avec une densité et une profondeur inégalées.

Aujourd’hui, le Nigéria compte des dizaines de milliers de Zaouias Tijanes et chacune d’entre
elles constitue, en fait, une sorte d’annexe culturelle du Royaume du Maroc dans ce pays, a-t-il
poursuivi, soulignant au passage le dévouement indéfectible des adeptes de ces confréries, leur
passion et leur attachement légendaires au Maroc.

La Tariqa Tijaniya a fleuri à Fès, capitale de la dynastie alaouite, comme un mouvement spirituel
porté par la volonté d’étendre le drapeau de l’Islam en Afrique de l’Ouest où elle a donné ses
fruits, a-t-il dit.
Vu sous ce prisme, l’Afrique et le Sahara ont trouvé dans cette dualité sunnite que représentent la
dynastie alaouite et la Tariqa Tijaniya la meilleure alchimie ayant permis de propager la pensée
islamique et les préceptes de la tradition prophétique, conférant ainsi au Maroc une aura sans
égale qui a fait des Rois alaouites des pionniers de l’unité depuis la Méditerranée jusqu’au Niger,
a-t-il soutenu.

Et peut-être est-il un de ces signaux qui ne trompent pas que les rencontres du cheikh nigérian
avec son disciple Ahmed Al Yamani, venu de Fès au nord du Nigéria, coïncide avec la même
année où commençait l’histoire de la dynastie chérifienne alaouite ?, s’est-il interrogé.

Rappelant la place de choix que l’Islam accorde à la connaissance et au savoir, le conférencier a


relevé que les relations maroco-nigérianes ont, dans ce sens, transcendé la simple relation de
transmission pour se muer en une acculturation complète dans le sens plein du terme; c’est-à-dire
en une culture scientifique basée sur le triptyque de la culture, de la science et de la méthode.

Dans le domaine scientifique et culturel justement, il a signalé que la forte influence du Maroc sur
le Nigéria se manifeste par la prépondérance du rite malékite qui s’est propagé en Afrique de
l’Ouest et qui y tient une base solide comme une forteresse inexpugnable malgré les vaines
tentatives de déstabilisation.

Pour preuve, il n’en veut que le fait que les manuels scolaires au Nigéria sont basés sur le rite
malékite conformément aux dispositions de la Constitution du pays qui soulignent l’attachement
aux fatwas du même rite dans les tribunaux légaux.

Ce rite, a-t-il poursuivi, tient sa force et son ancrage à sa richesse et aux efforts colossaux des
érudits marocains qui en ont consacré les fondements en Afrique subsaharienne, d’une part, et aux
oulémas et érudits nigérians qui veillent sur le rite malékite, autant en termes d’enseignement et
d’apprentissage qu’en terme d’écriture et de sauvegarde.

Hormis de rares sources d’origine orientale parvenues au Nigéria à travers le Maroc, le chercheur
se trouve devant une riche bibliographie de livres marocains ayant servi de cursus pour les
étudiants au Nigéria, a-t-il indiqué.

Il a précisé que les cursus scolaires, élaborés par des oulémas marocains, sont adoptés par tous les
instituts d’enseignement traditionnel depuis l’entrée à l’école coranique, jusqu’à l’apprentissage
du Saint-Coran par la version de Warsh, en passant par la calligraphie marocaine connue par la
beauté de ses traits et la finesse de l’agencement de ses lettres.

Parmi les personnalités nigérianes ayant fait leurs études au Maroc, il a cité Chiekh Mohamed
Lamine Al Canimi, qui a déployé d’énormes efforts au service de la connaissance et du savoir.
Désigné à la tête d’un Royaume d’Afrique de l’Ouest, il était connu pour son érudition, sa
dévotion et son sens d’équité et de justice, ainsi que par ses voyages et ses joutes avec les
dirigeants d’autres Royautés musulmanes proches et lointaines.

Entre autres érudits marocains ayant visité le Nigéria où ils avaient laissé des traces louables
indélébiles, il a évoqué Makhlouf Ben Ali Salah Al Balbali (décédé en 940 de l’Hégire),
Abderrahmane Ben Saqine (mort en 956), ou encore l’érudit Mohamed Ben Abderrahmane
Lamghili (décédé en 909), qui fut le premier à avoir mis en place les systèmes de la jurisprudence,
de la comptabilité et de l’administration du Royaume de Kano.

M. Maqari a souligné que ces relations spirituelles et culturelles et humaines ont une profondeur
historique et une perspective humaniste que nul ne peut ni éluder ni dénier, et encore moins
circonscrire par des barrières.
Si les Rois alaouites furent les gardiens de ces rapports denses à travers l’Histoire, les efforts
louables que SM le Roi Mohammed VI ne cesse de déployer en faveur de l’unité africaine
constituent en fait un prolongement du legs de Ses illustres aïeux et ces « Hautes initiatives
royales scellent des retrouvailles frappées du sceau de la foi et de l’humanisme que les
malintentionnés tentent vainement de rompre ».

Sur la portée des initiatives marocaines dans ce cadre, il a cité le directeur de l’Observatoire
français des études géostratégiques selon lequel l’engagement du Maroc en Afrique lui a valu
d’être l’unique pays arabe à disposer d’une politique africaine claire et pérenne avec une
connaissance précise et des relations humaines, culturelles et religieuses fructueuses avec les pays
du continent.

Le conférencier a loué les efforts consentis par Amir Al Mouminine en faveur de la solidarité
arabo-africaine, ainsi que les bonnes œuvres du Souverain au service de l’Islam et du bien-être des
hommes, citant à cet effet la dernière visite de Sa Majesté le Roi au Nigéria qui a ouvert de larges
perspectives de coopération.

Il a également évoqué le rôle de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains « en laquelle
nous plaçons de grands espoirs pour une nouvelle aube qui puisse dissiper la pénombre qui a
longtemps assombri notre discours religieux ».

Le Saint Coran appelle à éduquer l’âme dans l’invocation de Dieu dans le but de se sentir en
permanence en sa présence, de requérir son amour et de saisir cette présence pour accomplir des
actions pieuses, être juste avec soi-même et généreux. Sur la base de cette perception de la vie,
sont apparues dans l’Islam des courants d’ascétisme engageant à ne pas préférer la vie d’ici-bas à
la vie de l’au-delà. Ensuite, des courants prônant de se parer des mœurs de la purification de l’âme
et de l’examen de conscience sont apparus. C’est cela le soufisme.

Au Maroc, des personnes s’étant parées des mœurs du soufisme sont apparues dès les premiers
siècles de l’ère musulmane. Au cinquième siècle de l’hégire (XI  s. ap. J.-C), le mouvement
e

soufiste fait son apparition dans les villes et les villages. Tandis que ce mouvement revêtait un
caractère poétique et philosophique dans les pays du Moyen Orient et en Andalousie, on le voit
prendre, au Maroc, une couleur sociale où les gens se hissent au rang de saints aux yeux du
public, en raison des secours, soins et soulagements de la douleur qu’ils apportent. Des récits
extraordinaires, connus sous le nom de «karamate» (miracles, prodiges) ont été rapportés à ce
sujet.
Soufisme au Maroc:
Il se distingue par la modération, l’engagement envers la réalité de l’unicité de Dieu et le souci
d’éviter les formes suspectes, conformément à l’approche stricte, attribuée à Abou al-Qasim Al
Jounaïd, décédé à Bagdad en 910 ap. J.-C / 279 H.

C’est pour cela que cette approche fut adoptée par les sultans, la majeure partie des Ouléma s’en
réclamèrent, et le grand public y adhéra largement, dans les villes et les villages.

Deux grands courants ou voies soufis sont issus du Maroc, et leurs adeptes sont disséminés
partout dans le monde. La première est la Voie Chadilia au 12  siècle de l’ère chrétienne, imputée
e

à Abou al Hassan Chadli (m. en Egypte en 1258 ap. J.-C / 656 H.), de son nom ‘Ali al Ghoumari,
de la tribu de Ghomara, dans le Nord-Ouest du Maroc. Son maître fut Mawlay Abdessalam ben
Machich. La deuxième voie est la Tijaniya, fondée au dix-neuvième siècle par le cheikh Ahmed
Tijani, mort et enterré à Fès en 1815 ap. J.-C. / 1230 H.
La Voie Qadiriya, née en Irak au 6  siècle de l’hégire / 12  siècle de l’ère chrétienne, a une
e e

présence limitée au Maroc, en comparaison avec les deux voies précitées.


Le mouvement du soufisme a contribué au renforcement de la dimension spirituelle de la pratique
religieuse au Maroc ; il a également développé la solidarité sociale, mobilisé la population pour la
défense du pays en maintes époques de son histoire, fondé des écoles d’enseignement et des
bibliothèques qui conservent, jusqu’à nos jours, des trésors du patrimoine scientifique manuscrit.

Les Zaouiya soufies ont œuvré à répandre la sagesse de la conduite droite et à élever des modèles
d’humanité, hommes et femmes, à travers leur grande vertu ; elles ont, de même, développé une
certaine culture esthétique, par l’importance donnée à la valeur d’humilité, et raffiné le goût, à
travers la célébration, dans le Sama’, de l’Amour, la passion de la Vérité, et l’exaltation des
valeurs de gratitude, d’espérance et de générosité.

Le soufisme a fortement influé sur la vie du Maroc à travers les siècles, en fusionnant les
différents éléments de la population dans le creuset de la volonté de se réaliser devant les maîtres
éducateurs, abstraction faite des appartenances géographiques, ethniques et sociales.

Zaouïas au Maroc:
Il existe au Maroc, actuellement, un nombre de Zaouïas (1674), dont la plupart sont des branches
des deux voies précitées : la Chadiliya et la Tijaniya; un certain nombre de ces Zaouïas tirent des
revenus de legs pieux.

Il existe également des mausolées (5360), attribués à des individus dans lesquels les gens ont vu
des modèles de piété, en raison des attributs inhérents aux soufis qui s’étaient révélés en eux, de
leur vivant.

La Commanderie des Croyants entoure les Zaouïas soufies de sa sollicitude, à travers des Dahirs
de respect et de vénération qu’elle donnait aux chioukhs dans le passé, en récompense de leurs
rôles dans l’action pieuse, ou à travers des Dahirs de cheikhat données aux responsables de
Zaouïas, chose qui dure encore de nos jours.

On observe, actuellement, un regain d’intérêt pour le soufisme de la part des jeunes.

Mots-clés : Soufisme, Zaouias

Le bonheur ne peut être atteint que par la cultivation d’un cœur sain. Or, qu’est-ce que le cœur, si ce
n’est le système émotionnel, tout ce qui fait de l’humain un être humain ? C’est l’engagement
émotionnel qui va permettre au cœur de grandir et de se nourrir, de sortir de son immaturité et de la
vulgaire sensiblerie afin de devenir un cœur accompli et mature qui peut accueillir et recevoir la
lumière divine, puis la partager avec les autres. Ainsi, le tassawwuf, traduit maladroitement par
“soufisme”, doit en réalité être défini comme l’art du développement et de la préparation du cœur
vers la maturité en vue d’atteindre son secret intérieur et de devenir apte à recevoir la lumière du
Divin. Certes, dans une culture européenne moderne qui a dénigré la place de l’émotionnel au profit
dans les dimensions de l’être humain, cette affirmation peut paraître étrange. Et pourtant, l’homme
ne peut devenir mature que lorsqu’il sait embrasser et accueillir des émotions saines et sortir d’une
risible sensiblerie. Nous constatons également avec regret que le cheminement spirituel
prophétique, la Voie du bonheur éternel, a été introduit comme une “initiation à l’ésotérisme” en
Europe. Or, l’objectif du cheminement spirituel n’est pas de produire un être supra-humain qui aurait
dépassé son humanité. Bien au contraire, le cheminement est l’aboutissement du développement
humain vers l’accomplissement le plus abouti, et c’est pour cela que les maîtres spirituels
authentiques invitent à embrasser cette humanité en nous, à la développer et la purifier. Nous
devons changer de paradigme et passer de la recherche de l’être humain supérieur à l’être humain
accompli. Tout ce chemin de l’émotionnel vers le spirituel nous est expliqué dans la sourate ad-Doha,
sourate que nous qualifions de sourate du développement spirituel. Nous vous invitons à visionner
cette vidéo afin de plonger dans le sens profond de la Parole Divine pour comprendre ce que Dieu
attend de l’être humain lorsqu’il le soumet à des épreuves lors de son passage sur terre. Apprendre à
aimer, apprendre à donner, apprendre à pardonner, voilà la part de l’homme dans le cheminement
spirituel, et le reste viendra de Dieu.