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COURS 8

Charges en Mouvement
1. EXERCICE
A égale distance des armatures, on glisse une lamelle de mica (épaisseur d) entre les
surfaces planes (surface S) d’un condensateur dans l’air (espacement e). Calculez la
capacité du condensateur ainsi obtenu. Le condensateur avait été initialement chargé
(sous une différence de potentiel V) puis isolé avant l’introduction de la lame. Calculez la
différence de potentiel après l’introduction de la feuille de mica. Le système a t-il
consommé ou libéré de l’énergie au cours de l’introduction de la feuille ? Évaluez le
pourcentage de l’énergie impliquée dans cette opération (e = 2 mm, d = 100 µm).

2. INTRODUCTION
Dans un conducteur à l’équilibre, les déplacements des charges mobiles sont rapides et
temporaires : les charges se redistribuent en surfaces pour maintenir l’équilibre du
conducteur, i.e. le maintenir à potentiel constant, tout le temps. Ces courants sont
nécessaires pour satisfaire la condition d’équilibre du conducteur. Le champ étant nul
dans le conducteur, il s’agit surtout d’un phénomène de surface. Nous verrons plus tard
comment construire des systèmes qui engendrent des différences de potentiel entre leurs
‘bornes’. Nous en avons des exemples familiers : les piles, vendues à des voltages
différents, sont des accumulateurs qui délivrent, le temps de leur durée de vie
électrochimique, une différence de potentiel prescrite. Disposant d’un tel générateur de
potentiel et d’un matériau conducteur, la question abordée dans cette section du cours est
la suivante :

Que se passe-t-il dans un conducteur dans un état hors équilibre, c’est-à-dire soumis à
une différence de potentiel ?

La réponse à cette question nous est familière. Comme pour tout système, qu’il soit
mécanique, thermodynamique ou électrique, un état hors équilibre entraîne des
phénomènes qui tentent de ramener la situation d’équilibre. Dans le cas du conducteur, la
différence de potentiel donne lieu à un champ électrique non nul dans le matériau. Ce
champ et les forces électrostatiques qu’il engendre, créent des mouvements de charges
qui tenteront de ramener la différence de potentiel à zéro ou, de façon équivalente,
d’éteindre le champ électrique dans le conducteur (situation d’équilibre). Mais comme le
générateur joue son rôle dominant (tant qu’il peut imposer sa différence de potentiel), le
mouvement des charges persiste et nous avons un courant de charges dans le conducteur.
Ainsi, le courant électrique est donc rien d’autre ‘qu’une tentative désespérée de retour
à l’équilibre’! Cette partie du cours introduit d’une façon plus générale l’aspect
dynamique en électricité en définissant la notion de courant associé au mouvement des
charges électriques.

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3. COURANT ET DENSITÉ DE COURANT ÉLECTRIQUE

Tel que décrit dans l’introduction, nous


considérons un conducteur (un fil de cuivre
par exemple) auquel on impose une
différence de potentiel entre deux points :
V1 n’est pas égal à V2.
Cette différence de potentiel induit un
mouvement des charges libres (des
électrons pour l’instant).
Le courant électrique dans le fil conducteur
est défini par la quantité de Coulomb qui
traverse la section S du fil par unité de
temps.

Pendant une durée dt, le nombre de


Coulomb traversant la section du fil
correspond à toutes les charges qui
atteindront cette section. Appelons v la
vitesse des charges dans le fil conducteur,
la charge la plus éloignée de la section et
qui la traversera est située à une distance
v dt de la section.
Ainsi, les charges qui traverseront la section du fil pendant la durée dt sont les charges
contenues dans le volume S v dt. Si on suppose qu’il y a n ’porteurs de charge’ par unité
de volume et que chacun porte q Coulomb, la quantité de Coulomb traversant S pendant
dt est
∆Q = n ⋅ q ⋅ S
⋅ v ⋅ dt (1)
volume
Le courant électrique est donc défini par
∆Q
i= = n⋅q⋅S ⋅v (2)
dt
et ses unités sont des Ampères (Coulomb par seconde).
En fait, la définition peut être rendue plus
générale : le courant électrique est défini
par le nombre de coulomb par seconde
traversant une surface particulière mais

quelconque. On oriente cette surface ( n )
pour indiquer comment on traverse celle-ci
et la définition du courant devient :

∆Q
i= = n ⋅ q ⋅ S ⋅ v i.e. i = n ⋅ q ⋅ v ⋅ n S
 
dt S n ⋅v
    

J

où J s’appelle vecteur densité de
courant, en A/m2.

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Le courant électrique est donc le flux du ‘vecteur densité de courant’ à travers une
surface. Si cette surface est la section du fil, on retrouve la définition (2).

Le vecteur densité de courant est donc


défini par

J = n⋅q⋅v

Le produit n q représente le nombre de
Coulomb par unité de volume dans le
conducteur : il s’agit donc de la densité
volumique de charges mobiles que nous
noterons ρc :

J = ρc v

(3)

Problème 8.1
Calculez le courant traversant la
surface S de la section d’un fil
parcouru par un courant I.

Remarque : il peut y avoir différents types de porteurs dans un matériau. Les ‘trous’
laissés vacants par des électrons d’un matériau ionisé représentent aussi une charge
positive mobile. Ainsi, la densité de courant s’exprime d’une façon générale par la
somme sur tous les types de porteurs (qui ont chacun une vitesse de déplacement
spécifique) :
J = ∑ ρi vi
 
i
Par contre, le milieu reste localement neutre et la somme des densités locales qui
représente la densité totale de charge en n’importe quel point du matériau, doit être nulle :
ρc = ∑ ρi = 0 (neutre)
i

4. LA MOBILITÉ ÉLECTRIQUE: DÉFINITION DE LA RÉSISTANCE


La mobilité d’un porteur dans un matériau conducteur décrit la relation entre le champ
électrique imposé et la vitesse (moyenne) du porteur :

v = − µe E

(4)
Quelques valeurs particulières :

Électrons dans le cuivre : µe = 3.2 10-3 m2 /V/ s


dans l’aluminium: µe = 1.4 10-4 m2 /V/ s

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En injectant (4) dans l’expression de la densité de courant (3), on obtient la Loi d’Ohm
locale :
 
J = − ρ e µe E i.e. J = σ e E
 
(5)

σe

Quelques valeurs de la conductivité σe (A/V/ m) à 20 oC :


conducteurs semiconducteurs isolants
Cu Al Ni Hg Ge Si Verre Mica Quartz
5.8 107 3.5 107 1.38 107 0.10 107 2.22 1.5 10-3 10-10 10-11 10-18

5. DÉFINITION DE LA RÉSISTANCE ET LOI D’OHM

On revient sur la définition de la différence


de potentiel en considérant un morceau de
conducteur (petite longueur l) soumis à une
différence de potentiel V1-V2.
Rappelons que le champ électrique est
donné par ‘moins le gradient’ du potentiel,
V −V
E=− 2 1
l
Autrement dit,
E ⋅ l = V1 − V2

Puisque nous avons une relation entre ‘densité de courant’ et champ électrique,
J
E=
σe
nous obtenons l’expression de la différence de potentiel en termes de courant
J J ⋅S l
V1 − V2 = l =l = i
σe σe S σe S
Le facteur de proportionnalité est la résistance du morceau de conducteur de longueur l :
l
R= (6)
σe S
Un conducteur de longueur l, de section S caractérisé par une conductivité se est donc
une résistance R. Soumettre un tel conducteur à une différence de potentiel V1-V2
engendre un courant i circulant du potentiel le plus haut vers le potentiel le plus bas. La
relation entre la différence de potentiel et le courant est donnée par

V1 − V2 = R i Loi d’Ohm (7)

On présente habituellement une résistance comme une chute de potentiel dans un circuit
où on prend soin d’orienter le sens positif du courant (le sens du champ E) :

V2 = V1 − R i
R s’exprime en Ohm (Ω).

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Problème 8.2
Quelle est la résistance d’un mètre de fil de cuivre dont le rayon est
1mm ?
Quelle doit être la longueur d’un fil d’aluminium (de même section)
ayant la même résistance ?

6. ÉQUATION DE CONTINUITÉ et LOI DE KIRCHHOFF


On considère un tube de courant dans le
conducteur. La surface S illustrée à gauche est
un morceau fermé de ce tube : le flux du
courant J à travers cette surface se résume aux
flux (attention au signe!) à travers les surfaces
qui ferment le morceau de tube.
     
flux = ∫ J ⋅ n dS = ∫ J ⋅ n dS + ∫ J ⋅ n dS
surface surface surface
fermée entrée sortie
     
− Qin dt + Qout dt

Le flux représente donc la différence de


charges entrante et sortante par unité de temps.
Si cette différence est non nulle, elle
correspond à la variation de la charge
volumique du morceau de tube :
  dQ

surface
J ⋅ n dS = − volume
dt
fermée

Le signe négatif exprime le fait que s’il sort


plus de charge qu’il en entre dans le volume,
alors la charge volumique diminue.
Puisque Qvolume = ∫ ρ c dv , on obtient
volume
  d
∫ J ⋅ n dS = − ∫ ρ c dv
surface
dt volume
fermée
 d ρc
i.e. (en utilisant le th. de la divergence) ∫
volume
∇ ⋅ J dv = − ∫
volume
dt
dv , ce qui donne :

d ρc 
+∇⋅ J = 0 (8)
dt

Cette équation s’appelle équation de continuité sur le courant.

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1) lorsque vous soudez plusieurs fils
conducteurs, la surface S qui fait le
contact des différents conducteurs
enferme une densité totale de charge
nulle (il n’y a pas d’accumulation de
charge au point de contact). Donc ρc = 0.
L’équation de continuité sur la surface
de contact devient
  
∫ ∇ ⋅ J dv = 0 i.e. ∫ J ⋅ n dS = 0
volume S

Les seules surfaces qui ‘voient’ une


densité de courant sont les sections des
fils conducteurs et les intégrales sur ces
surfaces sont les courants. Donc
∑ I k = 0 (Loi de Kirchoff)
k
Attention : cette somme est algébrique
(les courants portent un signe
relativement à un sens positif prédéfini).

2) Si on injecte la Loi d’Ohm locale (5) dans l’équation de continuité, on obtient


d ρc 
+ σ c ∇ ⋅ E = 0 . On utilise l’équation de Poisson,
dt
 1
∇⋅E = ρc
ε0εr
d ρc σ c
pour obtenir une équation sur la densité volumique de charge : + ρc = 0
dt ε 0 ε r
 σ 
La solution de cette équation est ρ c = ρo exp  − c t
 ε0εr 
ε0εr
La quantité τ c = est une constante de temps de relaxation.
σc
La constante de relaxation mesure la durée
pendant laquelle il y a un véritable déficit
de charge localement dans le matériau
conducteur.

- Pour le Cu : σ c ≈ 5.8 107 et ε r ≈ 1


donc τ c ≈ 10−19 secondes!
- Pour un polymère diélectrique
σ c ≈ 10−15 et ε r ≈ 3 , donc τ c ≈ 2.6 104 s.

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6. CONCLUSION : COURANT et EFFET JOULE
Cette section du cours a introduit le mouvement des charges électriques et le principe de
courant électrique. Le point de vue énergétique revient toujours au travail des forces
électriques mises en jeu dans ce processus. Ici, un petit volume de conducteur (vvol)
contient une charge électrique (Q=n.q dvol) soumise à la force électrostatique : f = QE.
Ces charges se déplacent (dl = v dt) et le travail de la force électrostatique est donc
dW = QE ⋅ dl = (n q v vol ) ⋅ E ⋅ v dt
Autrement dit,
dW = ( n q v) ⋅ E ⋅ v vol ⋅ dt
J
 
Par unité de volume, cette énergie est de la forme dw = J ⋅ E dt et s’appelle énergie de
dissipation électrique par effet Joule. La puissance dissipée par effet Joule est donc le
produit scalaire
 
PJoule = J ⋅ E (en Watt/m3)
La puissance dissipée par un volume (surface S, épaisseur e) est donc P = (J.S) . (E.e)
c’est-à-dire P = I . V où I = J.S est le courant et E.e est la différence de potentiel. La
puissance par effet Joule dissipée par une résistance est donc
P = R I 2 (en Watt)

On termine ce cours par la remarque suivante. Un courant électrique est, d’abord, un


mouvement entretenu de charges électriques. On a mis l’accent sur l’utilisation d’une
différence de potentiel pour créer et maintenir le courant électrique. Toutefois, on peut
obtenir des courants de charges en utilisant un matériau chargé (un diélectrique par
exemple) dont on force le mouvement. Les charges électriques se déplacent pour
l’observateur qui voit l’objet chargé en mouvement. Le problème 8.3 illustre cette idée et
propose la représentation en termes de courant d’un disque chargé en volume en rotation
autour de son axe. Ce problème est important pour la suite du cours qui porte sur le
principal effet associé au mouvement des charges électriques (que se soit un
déplacement mécanique comme le disque ou électrique par une différence de potentiel) :
le magnétisme.

Problème 8.3
Un disque diélectrique de rayon R
est chargé en volume (densité
volumique de charge constante ρ0).
Il tourne autour de son axe
(vitesse angulaire ω rd/s).
Calculez le courant électrique
correspondant à ce mouvement de
charges dans une boucle de rayon r.
Quel est le courant total
équivalent à la rotation du disque?

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7. EXERCICES

EX.1
Une barre de cuivre de section rectangulaire (2cm par 3cm) et de 2 mètres de long est
soumise à une différence de potentiel de 50 mV. On estime que dans le cuivre, la densité
de porteurs ρe est de l’ordre de 1029 porteurs par m3.
a) calculez la résistance de la barre et le courant qui circule
b) calculez la densité de courant.
c) calculez la puissance dissipée par effet Joule, par unité de volume.

EX.2
Un courant de 6 A circule dans une résistance de 10 Ω. Combien d’électrons traversent la
section de ce conducteur pendant 4 minutes ?

EX.3 (d’après le problème 3, p.75 du cahier de problèmes)


L’espace entre deux armatures planes conductrices (surface S) est rempli d’un
diélectrique (permittivité relative εr) dont la conductivité σe varie linéairement avec la
distance (le matériau a été mal manufacturé, par exemple) entre les armatures. On mesure
σe= σ1 à l’armature de gauche (x = 0) et σe = σ2 à l’armature de droite (x = d).
a) calculez la résistance entre les deux armatures.
b) On désigne par C la capacité de ce condensateur. On applique une tension V0 aux
bornes : calculez les charges portées par les deux armatures.

EX.4
La puissance dissipée par une résistance est de 100W alors qu’elle est parcourue par un
courant de 3A. Que vaut cette résistance ?

EX.5

Les armatures d’un condensateur plan sont séparées par une lame de mica. Calculez la
résistance de fuite de ce condensateur et montrez que le produit RC est donné par
ε0 εr
RC =
σ
Commentez (unités, ordre de grandeur).

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EX.6 (suite de l’EX.3)
Calculez la densité de charge de polarisation ρP(x) dans le milieu diélectrique entre les
armatures du condensateur de l’EX.3
Quelle est la charge induite totale dans le condensateur ?

EX.7
Deux armatures planes (espacement d )
d’un condensateur sont partiellement
immergées dans un diélectrique liquide (un
polymère, par exemple, de densité
volumique de masse ρm et de permittivité
relative εr). En appliquant une tension V
aux bornes de ce condensateur, on constate
que le diélectrique monte dans l’espace
séparant les armatures. Le but de cet
exercice est d’établir la relation entre la
hauteur (h) du diélectrique entre les
armatures et la tension appliquée.

a) calculez la capacité du condensateur en supposant que le diélectrique a pénétré dans le


condensateur sur une hauteur x (la hauteur totale étant a). En déduire l’énergie W(x)
emmagasinée dans le condensateur.
b) calculez la force électrostatique s’exerçant sur le diélectrique. Notez que cette force
explique la pénétration du diélectrique entre les armatures et qu’elle est donc reliée à
l’énergie emmagasinée dans le condensateur :
dW
Félectrostatique =
dx
c) calculez la hauteur h du diélectrique en équilibre entre les armatures du condensateur.

EX.8

Dans le circuit RC illustré ci-joint, le


condensateur est neutre au moment de
fermer l’interrupteur sur le générateur de
tension V. On note Q(t) la charge du
condensateur et Vout(t) la tension aux
bornes de la résistance.

Établissez l’équation différentielle portant


sur Q(t). En déduire l’expression de la
tension Vout(t).
Que devient cette solution si on tient
compte de la résistance de fuite (Rc) du
condensateur (cf. EX.5) ?

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8. RÉPONSES aux EXERCICES

EX.1
R = 5.7 10−5 Ω
J = 1.45106 A m 2
P = 3.5104 J m3

EX.2
1022 électrons

EX.3
d σ
R= ln 2
S (σ 2 − σ 1 ) σ 1
σ 2 − σ1
Q1 = CV0
σ
σ 1 ln 2
σ1
σ − σ1
Q2 = CV0 2
σ
σ 2 ln 2
σ1
EX.4
R = 11 Ω

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