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CADRE REFERENTIEL

Il est clair, aujourd'hui, que la culture est devenue, depuis la décennie 90, à la fois le
modèle-clef pour comprendre et analyser les phénomènes et les changements
stratégiques qui s'opèrent à travers le monde, depuis la fin de la guerre froide, et une
composante fondamentale des relations internationales, après le déclin des antagonismes
idéologiques de l'époque et l'émergence de la mondialisation sous ses divers aspects.
Deux thèses antagonistes ont fait alors leur apparition, même si elles ont été
concomitantes et liées au niveau de leur logique interne:
- la théorie du "choc des civilisations" est apparue dans le contexte des études
stratégiques des relations internationales, en tant que manifestation d'un besoin
d'élaborer des instruments et des mécanismes pour analyser des phénomènes et des
changements planétaires qui se sont avérés incontestablement d'essence culturelle et
dont les plus importants sont les crises à répétition et les conflits recrudescents qui
secouent le monde islamique et sa périphérie.
- La théorie du "dialogue des cultures", résultat des réflexions engagées au sein des
instances culturelles internationales, dont en particulier l'UNESCO. La déclaration
de Mexico (août 1982) sur les politiques culturelles avait, en effet, inscrit le concept
de diversité culturelle au rang de priorité, ce qui constituait un prélude à la
proclamation de la Déclaration mondiale de l'UNESCO sur la diversité culturelle
(Novembre 2001).
A l'heure où l'on se prépare à la proclamation de la Convention mondiale sur la
protection de la diversité culturelle, plusieurs parties, institutions et organisations
internationales ont fait de la sauvegarde et de la protection de la diversité culturelle un
credo et un objectif stratégique. C'est le cas notamment de l'Organisation Internationale
de la Francophonie, de l'Organisation Islamique pour l'Education, les Sciences et la
Culture (ISESCO) et l'Organisation des Etats ibéroaméricains pour l'Education, la
Science et la Culture (OEI).
Il n'est nul besoin de démontrer que la théorie du dialogue des cultures est en liaison
directe avec les évènements du 11 septembre 2001 qui ont entraîné, ces quatre dernières
années, des difficultés indéniables, à tous les niveaux, entre le Monde islamique et
l'Occident.
En dépit de la multiplication des actions, des initiatives et des grandes manifestations,
sur la plus large échelle qui soit, dans le monde arabo-islamique et en Occident, le
concept de dialogue des cultures, devenu un thème prédominant, un point permanent de
l'ordre du jour de la diplomatie mondiale et un sujet central sur l'agenda, les stratégies et
les plans d'action des organisations internationales, demeure encore flou et confus. Il a
besoin d'être clarifié et analysé davantage pour lever le voile sur les problématiques
théoriques et les difficultés concrètes que posent les relations culturelles stratégiques
entre le monde islamique et l'Occident.
Dans le but de transcender ces obstacles et d'identifier les enjeux de la diversité
culturelle, sous ses divers aspects et dans ses différentes dimensions, l'ALECSO a
adopté une démarche spécifique qui repose sur une lecture pertinente des fondements et
des difficultés du dialogue des cultures dans ses volets théorique et stratégique, tout en
œuvrant à conforter la place et le rôle de la culture arabe et en consolidant sa capacité
d'interaction avec les autres cultures, sur la base des valeurs qui fondent la civilisation
arabo-islamique et d'une vision basée sur l'ouverture, la tolérance et le dialogue avec les
nations et les cultures différentes.

1- Le contexte du dialogue: le cadre stratégique


Les analyses stratégiques divergent concernant la nature et le nouveau contexte des
relations internationales, après la fin de la guerre froide.
Deux thèses qui étaient en vogue, au début des années 90, se sont très vite éclipsées:
- "le nouvel ordre mondial": c'est le slogan brandi par l'administration Bush, dans
l'euphorie de sa victoire sur l'Union soviétique. Ce concept signifie, aux yeux de
l'administration américaine, le remplacement du système idéologique bipolaire par
un nouveau système planétaire qui repose sur le partenariat à l'échelle mondiale, à
travers la dynamisation des instances et de la légalité internationales, tout en
confiant à la superpuissance dominante la mission de conduire le monde vers le
changement;
- le système unipolaire: ce concept, développé dans le cadre des études stratégiques,
est considéré comme une alternative au modèle multipolaire, après la chute de
l'empire soviétique et l'effondrement du bloc de l'Est.
Toutefois, les crises et les conflits internationaux qui ont éclaté ou qui se sont
intensifiés dans différentes régions du monde, en particulier dans les Balkans, en
Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient ont ouvert les yeux de la communauté
internationale sur les nouveaux dangers et les nouvelles fractures qui menacent le
nouvel ordre mondial.
Trois réalités ont alors émergé:
- la transition d'un modèle de guerre classique fondée sur l'équilibre de la dissuasion
vers un nouveau modèle de guerre dite inégale, fondée sur des techniques de
destruction massive, peu coûteuses et facilement utilisables, ce qui a rendu
pratiquement inopérante l'arme de dissuasion;
- le déplacement du centre des conflits de la ligne de front vers l'intérieur des Etats
eux-mêmes et entre des ethnies et des communautés qui appartiennent à un même
espace culturel qui ne correspond plus aux frontières politiques des Etats. Ce
phénomène est apparu notamment à l'occasion de l'effondrement des entités
multiethniques qui composaient l'ancien bloc de l'Est (Bosnie, Kosovo, Russie,
etc.), ainsi que dans d'autres pays africains et asiatiques (Congo, Indonésie, etc.);
- la montée du terrorisme et de l'extrémisme religieux. Même si ce phénomène est
beaucoup plus marquant dans le monde islamique, il n'est pas du tout propre à une
seule communauté religieuse. Les communautés chrétiennes, juives, bouddhistes,
etc. connaissent le même phénomène qui constitue une menace sérieuse pour la
paix mondiale.

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C'est ce climat explosif qui caractérise le contexte mondial généré par le séisme du
11 septembre 2001 qui a frappé le centre de la puissance de la finance mondiale et qui a
mis en évidence les dangers de la combinaison entre trois facteurs détonants: la
prolifération des armes de destruction massive, l'émergence d'un modèle de guerre
inégale et la montée de l'extrémisme religieux.
Cette situation a toutefois détourné les regards de la communauté internationale et
des problématiques ont été sciemment occultées dans le débat sur les enjeux de la
stratégie mondiale. Ces problématiques sont, aussi, au nombre de trois:
- le décalage entre les principes de la légalité internationale, fondée sur le partenariat
et le respect du droit international, et le recours à une politique de deux poids deux
mesures dans le traitement des questions et des crises internationales;
- les dysfonctionnements de la mondialisation qui consacre, objectivement,
l'uniformisation de l'économie mondiale et devait aboutir, logiquement, à une
harmonisation et à une complémentarité entre les nations et les Etats. La
mondialisation a contribué, cependant, à l'approfondissement des disparités
culturelles et à l'exacerbation des replis identitaires, à l'heure où toutes les tentatives
de donner un contenu culturel à la mondialisation ont échoué;
- l'aggravation des disparités et du déséquilibre des forces entre des pays
industrialisés et avancés au Nord et des pays sinistrés au Sud, en particulier dans
des secteurs stratégiques qui ont trait au savoir, à la connaissance et à la
communication qui représentent, de nos jours, les principaux moteurs de la
puissance et de la croissance. Au même moment, l'aide au développement s'est
considérablement réduite et toutes les ordonnances prescrites par les institutions
économiques et financières internationales pour sauver les économies des pays en
développement de la faillite ont été inopérantes.
Il est tout à fait évident que ces problématiques sont directement liées à des enjeux
culturels, qu'il s'agisse de la question de la légalité ou de la dimension culturelle de la
mondialisation ou, encore, des questions du développement humain et de leurs
corollaires que sont l'économie du savoir et l'infrastructure dans le domaine de la
communication.
Ces déséquilibres dangereux qui menacent l'ordre mondial sont le résultat d'une
défaillance première qui réside dans le déséquilibre entre la légalité et la force. Ce
phénomène a pris des tournures très graves depuis que certaines puissances
internationales influentes ont affiché clairement leur volonté de se défaire de leurs
engagements vis-à-vis des principes et des normes de la légalité internationale. C'est
ainsi que de nouveaux concepts ont fait peu à peu leur apparition, tels que "droit
d'ingérence", devenu ensuite "devoir d'ingérence", "guerre préventive", "souveraineté...",
outre le partage du monde, selon une vision fondamentaliste, entre deux camps: celui du
bien et celui du mal, ce qui ne diffère en rien des classifications défendues par les
groupes extrémistes.

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2- Le contexte du dialogue: la culture comme fondement du développement
Les nouvelles théories du développement accordent une place importante à la
dimension culturelle en tant que composante fondamentale du développement humain
dans son acception globale. Cette approche résulte de l'apparition de deux nouvelles
données essentielles:
1- le savoir constitue désormais l'outil et le moteur de la nouvelle économie fondée
sur les nouvelles technologies de communication et sur l'intelligence artificielle;
2 - la révision d'une conception révolue qui consiste à réduire le développement à la
croissance quantitative, à l'augmentation des richesses et à l'accroissement de la
production.
Il est devenu, de ce fait, impératif de se défaire de la logique dominante du
développement qui consiste à vouloir imposer un modèle de pensée unique, celui de la
loi du marché qui prétend être à la fois la clé et le moteur de toutes les activités
humaines.
Cette orientation a abouti à l'émergence d'une mondialisation sauvage qui repose sur
trois piliers:
- la loi du marché;
- le pouvoir de l'entreprise;
- la puissance du capital.
La loi du marché devient, ainsi, le premier et l'unique facteur déterminant capable de
réaliser les équilibres sociaux que nécessite l'opération de répartition de la production.
Le pouvoir de l'entreprise est devenu, pour sa part, le garant de la bonne organisation
et de la gestion efficiente des ressources disponibles, en vue de réaliser les meilleurs
taux de profit, de créativité et de qualité.
La puissance du capital repose, de son côté, sur le principe de marchandisation:
conférer une dimension purement commerciale et mercantile à toutes les ressources
matérielles et humaines, instaurer la propriété privée de toutes les richesses naturelles et
humaines et considérer les aspects financier, monétaire et commercial comme les règles
de base de toutes les transactions économiques.
Cette approche du développement, faussement scientifique, repose sur une
conception culturelle bien précise et sur une arrière-pensée unipolaire qui aboutit à une
sorte d'évidence selon laquelle le modèle de développement et de changement le mieux
indiqué est celui adopté et imposé actuellement par l'Occident.
La modernité signifie désormais l'occidentalisation. Le centralisme occidental est
devenu le modèle dominant, partant d'une conception univoque selon laquelle tout ce qui
est bon pour l'Occident est bon pour l'humanité tout entière. Le modèle occidental est
devenu, en définitive, un modèle universel.
Les théories philosophiques occidentales ont conforté cette approche en accréditant le
principe que la modernité prend son essence en Occident et qu'elle a pour objectif
d'effacer la pensée religieuse et théologique et de remplacer les traditions héritées des
siècles derniers en instaurant un modèle à la fois rationnel, scientifique et empirique
dont la finalité est de dominer le monde, de maîtriser l'environnement et la nature, au
service du bien-être de l'humanité.
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La vitalité est devenue, ainsi, le trait caractéristique du mode de vie occidental, là où
la décadence et la nonchalance règnent sur le reste du monde.
L'Europe est désormais entièrement convaincue qu'elle est le maître du monde qu'elle
conduit grâce à son rayonnement culturel, politique, économique et scientifique. C'est
grâce à ce potentiel culturel que sont confortés les concepts de la suprématie européenne
et de l'européocentrisme.
Ce discours a alimenté le référentiel idéologique et culturel du développement dans le
reste du monde, en partant du principe qu'il n'y a pas d'autres voies spécifiques aux
autres nations et aux autres peuples.
Dans sa conception de la modernité, l'européocentrisme repose, en effet, sur une
vision unilatérale et globale qui réduit le projet humanitaire à de simples objectifs
quantitatifs liés à l'accroissement des bénéfices et du profit, sur la base d'une approche
agressive à l'égard de la nature et d'une vision conflictuelle de la communauté des
hommes.
Cette approche a engendré des catastrophes naturelles et humaines dévastatrices et
contribué à l'élargissement des disparités entre les couches sociales et les nations.
C'est ainsi qu'est apparu un discours alternatif de développement qui a été adopté par
certaines institutions internationales, discours fondé sur la réhabilitation de l'homme en
tant qu'axe et objectif du développement dans son acception globale. Et c'est aussi de là
que découlent l'importance du facteur culturel et la nécessité de tenir compte des
spécificités culturelles et civilisationnelles dans l'action de modernisation et de
développement.
La nouvelle conception du développement humain vise, essentiellement, à:
- instaurer une gouvernance mondiale au service de l'humanité, de la justice et de
l'équité;
- placer les droits humains au cœur de cette gouvernance, en renforçant la dimension
éthique et les sentiments de responsabilité collective chez toutes les parties;
- considérer les principes de développement humain et la protection sociale comme
deux piliers de la gouvernance économique mondiale.
- veiller à protéger la sécurité de l'humanité, surtout dans les situations de crises
économiques.
- réduire les facteurs favorisant les disparités et les déséquilibres au niveau de la
sécurité de l'humanité;
- protéger l'environnement;
- protéger la diversité culturelle.
L'objectif du développement humain n'est pas seulement d'atteindre une expansion
quantitative. C'est surtout ouvrir des perspectives plus larges devant l'être humain pour
lui permettre d'exercer pleinement ses droits fondamentaux et de préserver sa sécurité et
son bien-être dans des secteurs vitaux (économie, alimentation, santé, formation
professionnelle, protection sociale, éducation,...) tout en favorisant sa participation aux
activités publiques et politiques.
Il s'agit, en définitive, d'un développement global et intégral qui repose sur le capital
humain. Son objectif est d'élever la société du savoir au rang de pilier du développement
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humain, à travers l'encouragement de la créativité et de l'intelligence collective, afin
d'aider tous les individus à mettre en place des mécanismes pour vivre et produire en
collectivité, dans un cadre de pluralité créatrice où coexistent le savoir, la culture et le
progrès.
La déclaration de Stockholm (1998) a énoncé tous ces principes et fixé une série
d'objectifs qui ont été adoptés par la communauté internationale en tant que cadre
d'action pour les politiques culturelles des Etats membres de l'UNESCO. Parmi ces
principaux objectifs:
- le renforcement de la relation entre le développement durable et le développement
culturel;
- l'approfondissement de l'ouverture culturelle et du progrès social;
- considérer les droits culturels comme des droits fondamentaux de l'homme;
- considérer le dialogue des cultures comme une condition fondamentale de la
coexistence pacifique et de l'interaction entre les nations et les peuples;
- considérer la création culturelle comme source de progrès pour l'humanité et la
diversité culturelle et comme un facteur fondamental du développement;
- affirmer la nécessité de respecter les identités culturelles dans le cadre de la
tolérance et de la préservation des valeurs de liberté, de pluralité et de justice
sociale et économique.
Dans cette optique, le concept de dialogue des cultures est sorti du cadre des études
philosophiques et sociales pour devenir un thème d'étude et de recherche en
développement. Il est devenu un thème central dans les activités des instances et des
organisations internationales au premier rang desquelles l'Organisation des Nations
Unies et l'UNESCO.
C'est dans ce cadre que l'assemblée générale des Nations Unies a adopté, le 21
novembre 2001, une stratégie intégrée du dialogue des civilisations qui vise notamment
à promouvoir l'esprit d'ouverture, de tolérance, de justice et d'égalité entre les hommes, à
favoriser l'interaction et l'interdépendance des cultures, à rapprocher les différents
systèmes de valeurs de l'humanité, à protéger la dignité et les spécificités culturelles de
l'homme et à mettre en place des critères législatifs et comportementaux qui préservent
les identités civilisationnelles et la diversité culturelle.
C'est aussi dans ce même cadre que l'UNESCO a promulgué, le 12 novembre 2001,
sa Déclaration mondiale sur la diversité culturelle, déclaration qui repose sur les
principes suivants:
- préserver la diversité culturelle en tant que patrimoine collectif de l'humanité;
- considérer la pluralité comme l'expression fondamentale de la diversité culturelle;
- considérer la diversité culturelle comme un facteur de développement;
- considérer les droits humains comme une garantie de la diversité culturelle.
Cette orientation qui prône l'intégration des dimensions culturelles dans les processus
de développement afin de favoriser le rapprochement et l'interaction des civilisations a
été, également, adoptée par le Programme des Nations Unis pour le Développement dans
tous ses rapports et publications de ces dernières années.

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3- Le référentiel de l'approche arabe du dialogue des cultures
Le dialogue des cultures est un axe central dans les activités de l'ALECSO et l'un de
ses objectifs stratégiques majeurs.
La Charte de l'unité culturelle arabe met, en effet, l'accent sur la mission
humanitaire qui incombe à la culture arabe et sur la nécessité de l'interaction et du
dialogue avec les autres cultures.
L'article premier du Statut de l'ALECSO appelle, pour sa part, à encourager la
coopération entre la nation arabe et les autres nations, dans tous les domaines de
l'activité intellectuelle, et à utiliser tous les moyens de coopération, à l'échelle
internationale, pour mettre à la portée de tous, les écrits et les publications produits par
les Etats membres.
Le dialogue entre la culture arabe et les autres cultures du monde est également un
volet central de la Stratégie globale de la culture arabe qui considère que la
préservation des traditions séculaires et authentiques de la culture arabe, fondées sur le
dialogue, la coopération et l'interaction, est un aspect essentiel de son acception de la
culture. Elle est dans le même temps une exigence de modernité, un facteur de
régénération et d'enrichissement de la culture arabe et un moyen d'ouvrir devant cette
culture des horizons plus larges pour promouvoir et rectifier son image dans le monde et
favoriser son interaction avec les autres cultures.
La stratégie de l'ALECSO s'est également axée sur l'identification des conditions
propices à même d'assurer l'efficience et la réussite du dialogue interculturel, qui doit
être un dialogue d'égal à égal, équilibré et loin de toutes formes de dépendance, de
domination ou d'acculturation.
La stratégie de l'ALECSO a aussi fait de la cohésion culturelle du Monde arabe et de
l'unité culturelle une condition sine qua non pour instaurer une communication positive
et constructive avec les autres cultures du monde.
Le dialogue entre la culture arabe et les autres cultures figure également au centre de
la Stratégie à moyen terme de l'ALECSO (1997-2002) qui s'est fixé une série d'objectifs
dont, essentiellement:
- contribuer à l'émergence d'un ordre mondial fondé sur le respect de l'autre et
instaurer des relations et des rapports basés sur l'entente, l'égalité et l'équilibre entre
toutes les cultures, ainsi que sur le respect réciproque des valeurs et des principes
spécifiques à chaque culture;
- faire du dialogue interculturel un moyen de communication entre les différentes
cultures du monde;
- insister, lors de chaque dialogue interculturel, sur le principe de l'identité arabo-
islamique de la nation et sur son unité culturelle.
Le dialogue interculturel est, par ailleurs, un thème central du Plan d'action future
de l'Alecso (2005-2010) qui s'est aussi fixé comme objectif de favoriser l'ouverture et
l'interaction avec les autres cultures et a réaffirmé la nécessité de poursuivre le dialogue
interculturel, en mettant à contribution les nouvelles technologies de l'information et de
la communication pour mieux faire connaître la civilisation arabo-islamique et mettre en

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valeur ses nobles dimensions humanistes, dans le cadre d'une approche de
complémentarité et d'harmonie avec les autres cultures.
L'Alecso a mis au point des plans nationaux détaillés pour dynamiser et assurer la
mise en œuvre de la stratégie du dialogue interculturel dans les divers domaines.
Parmi ces plans, figure notamment: la Stratégie nationale pour la complémentarité
entre les politiques culturelles et médiatiques dans le Monde arabe (2001). Cette
stratégie procède du principe que l'ouverture sur les autres cultures est une nécessité
incontournable et un moyen de protéger la culture nationale contre toute forme
d'intrusion nuisible ou d'invasion programmée. Cette stratégie considère, en effet, le
dialogue interculturel comme un facteur d'enrichissement, de diversification et de
régénération de la culture et comme un moyen de lutte contre toutes formes de repli
identitaire ou d'ostracisme. Avec la révolution de la communication et de l'information,
l'ouverture sur les autres cultures est devenue une nécessité impérieuse. Comme il est
désormais impérieux de concevoir de nouveaux concepts et de nouveaux modes de
contrôle qui prennent en considération tous ces objectifs et tous ces impératifs
L'autre plan d'action mis en place par l'Alecso est celui relatif aux politiques
culturelles pour le développement dans le Monde arabe (2002). Ce plan d'action a fait,
lui aussi, du dialogue interculturel une base essentielle de la politique culturelle
nationale et a réaffirmé que le droit de l'humanité à la diversité culturelle est le
fondement même du développement humain.

4- La vision de l'Alecso du dialogue des civilisations


Une analyse de l'expérience du dialogue interculturel au cours de la dernière
décennie et en particulier de ces quatre dernières années, fait ressortir clairement que
l'approche adoptée pour le règlement des problématiques qui se posent a été souvent
utopiste.
Cette approche s'est souvent limitée aux aspects positifs du dialogue interculturel et
aux dénominateurs communs que partagent les différentes cultures, dans l'espoir que ces
aspects positifs pourront contribuer à jeter les fondements du dialogue interculturel.
Si cette approche était valable au départ, notamment pour faire face au courant qui
prône le "choc des civilisations" et pour battre en brèche son argumentaire, il est devenu
aujourd'hui nécessaire de faire preuve de plus de réalisme et de précision dans l'analyse
de la relation qui existe entre les civilisations. Il est, en effet, nécessaire, de prendre en
considération les divers aspects qui interfèrent dans cette relation, marquée, tout au long
de l'histoire, par une alternance entre conflit et coexistence, par un métissage complexe
et une dialectique d'influence mutuelle.
La philosophie l'Alecso concernant le dialogue interculturel, procède, en effet, d'une
vision réaliste, objective et historique qui tient compte, sans complexe ni appréhension,
de la réalité complexe, à la fois conflictuelle et paisible, de la relation qui existe entre les
civilisations et les cultures.
La vision de l'Alecso repose sur les principes fondamentaux suivants:
1 - Le dialogue interculturel représente une nécessité stratégique mondiale, à l'heure
où la culture est devenue désormais une composante essentielle des relations
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internationales et un moyen d'en réguler les rouages et les équilibres. L'importance du
dialogue interculturel procède de la prise de conscience quant à l'influence déterminante,
positive ou négative, de la culture dans la conception des grandes orientations sociétales
et idéologiques qui fondent des spécificités identitaires des nations et des peuples. La
culture peut, en effet, jouer un rôle positif en consacrant les valeurs de communication et
d'ouverture, ou un rôle négatif en favorisant le repli identitaire et l'exclusion de l'autre.
Toutefois, le dialogue interculturel ne saurait être efficient et effectif que s'il repose
sur une appréciation objective et précise de la réalité de la diversité culturelle qui doit
constituer la plateforme favorable à la multiplication des modèles de civilisation et de
société, en lieu et place de l'uniformité culturelle que diffusent, de manière insidieuse et
équivoque, un certain nombre de canaux dont, en particulier les législations et les
conventions internationales ou à travers le système de fonctionnement de certaines
instances internationales dominées par des puissances bien déterminées. Il est donc
nécessaire, désormais, de mettre en place les mécanismes concrets et pratiques à même
d'instaurer un mode de partenariat à l'échelle mondiale fondé sur la diversité culturelle.
2 - A l'évidence, le dialogue interculturel doit être un dialogue équilibré, d'égal à
égal. Il doit refléter la foi de toutes les parties en le droit de l'autre à avoir sa propre
identité. Il doit bannir tous les préjugés, les stéréotypes et les clichés, ainsi que les
images déformées que l'on peut avoir de la culture de l'autre. Le dialogue interculturel
suppose, aussi, le refus du principe raciste qui défend la supériorité culturelle et qui
constitue un obstacle réel devant l'engagement du dialogue. De même qu'il faut bannir
d'autres phénomènes culturels défavorables tels que la diffusion de modèles culturels
monolithiques, la soumission de la culture à la domination d'une idéologie déterminée et
ne pas permettre à une culture donnée de prendre de l'emprise sur les autres cultures.
Tous ces phénomènes négatifs constituent des empêchements majeurs à
l'instauration d'un dialogue interculturel effectif qui doit être, nécessairement,
l'émanation de deux principes fondamentaux: donner à l'autre une part égale au débat et
conduire le dialogue sur la base de la force de l'argument et non sur l'argument de la
force et de la domination.
3 - Le droit à la spécificité et à la différence ne doit être, en aucun cas, utilisé comme
prétexte pour se défier des valeurs humanitaires universelles, ni comme excuse pour
justifier les violations de la dignité et des droits de l'homme. Nous serions, dans le cas
d'espèce, tout à fait à l'opposé du principe éthique fondateur de la diversité et de la
pluralité, c'est-à-dire le principe de l'égalité. Il est aussi impératif de tenir compte de
l'aspect dynamique et vivant des spécificités culturelles qui, loin d'être figées, sont le
résultat de l'accumulation d'une somme d'expériences historiques, d'un échange, d'un
brassage et d'un métissage permanents.
Tout dialogue interculturel efficace doit, donc, nécessairement, soulever les
problématiques liées au système de valeurs que partage l'humanité d'aujourd'hui,
système qui est actuellement en cours de construction. Toutes les initiatives entreprises
dans ce sens ne pourront être légitimes et globales que si elles s'adossent à un dialogue
intellectuel approfondi entre les différents espaces culturels et civilisationnels dans le
monde. Car, en réalité, tous les grands modèles culturels, aussi spécifiques et aussi
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distingués soient-ils, ne peuvent mûrir que grâce aux valeurs universelles. Ces modèles
représentent des sources différentes et enrichissantes pour la conscience collective de
l'humanité et doivent donc être mis à contribution pour fixer le système de valeurs
communes devant régir ce qu'il est désormais convenu d'appeler la civilisation humaine
universelle.
4 - La mondialisation est une réalité objective concrète et une dynamique historique
incontournable. Elle n'est pas un mal absolu. Elle a le mérite d'avoir rapproché les
différents coins de la planète et multiplié les cadres et les opportunités de
communication et de dialogue entre les hommes. Parmi les priorités que le dialogue
interculturel se doit de fixer, c'est de pallier les déséquilibres générés par la
mondialisation, d'atténuer son caractère sauvage et de mettre un terme à certaines de ses
interventions qui font de la force un moyen, du marché un objectif en soi, du profit
vorace, une finalité et de l'uniformité culturelle, une démarche. Le dialogue interculturel
doit être aussi un moyen de corriger la tendance de la mondialisation à consacrer
l'uniformisation culturelle, la dépendance et l'acculturation, tout en mettant à profit les
opportunités qu'elle offre pour renforcer le dialogue entre les différentes sphères
culturelles et civilisationnelles.
5 - La culture arabo-islamique qui est, de nos jours, la cible d'une campagne
agressive et injuste visant à altérer son image et à l'associer à toutes les formes
d'obscurantisme, de fanatisme et d'extrémisme, repose sur les valeurs d'ouverture, de
tolérance, de respect de l'autre et de pluralité. Cette culture est capable, face aux
mutations mondiales et aux nouveaux défis et grâce à son patrimoine historique, de jouer
un rôle positif dans l'approfondissement du dialogue entre les nations et les peuples et de
consacrer les principes de compréhension et de paix dans le monde.
La culture arabo-islamique qui a été le réceptacle du patrimoine humanitaire des
civilisations de la Mésopotamie, de l'ancienne Egypte et des civilisations phénicienne,
grecque, hellénique et romaine, est habilitée aujourd'hui à assimiler et à intégrer les
nouveaux acquis de la civilisation humaine contemporaine. C'est une culture de
l'universel qui rejette, à l'instar de toutes les autres cultures, toutes formes de domination
ou d'uniformisation. Elle rejette également le fait accompli et la pensée unique, quelle
qu'en soit la forme.
Une telle approche ne doit, en aucun cas, justifier le complexe de supériorité ni la
vénération excessive du passé ni encore moins la tendance à vouloir récrire l'Histoire.
Autant de certitudes et de positions dogmatiques qui dominent aujourd'hui notre vision
de la civilisation arabo-islamique. Des positions glorificatrices et sélectives, donc
nécessairement antihistoriques puisque rejetant les notions de relativité et de dialectique
historiques et s'attachant de manière injustifiée à un absolu hypothétique.
Cette tendance centralisatrice et hautaine nous empêche de communiquer avec les
autres cultures et affaiblit notre position dans un dialogue fondé sur l'égalité et l'équilibre
qui reconnaît le droit au brassage culturel, la liberté de création et le renouvellement de
l'identité, dans le respect des constantes nationales et civilisationnelles reconnues.
6 - Le dialogue des religions est un volet important du dialogue des cultures, eu égard
au rôle central de la religion dans l'édification des civilisations et dans l'orientation des
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choix individuels et collectifs. Dans un contexte où l'on aspire apparemment à davantage
de spiritualité, le besoin se fait sentir d'ouvrir de nouveaux espaces de rencontre et de
dialogue entre les religions. Ceci nécessite, au préalable, d'organiser la pratique de la
religion au sein de chaque société et spécialement la pratique de la religion islamique
dans les pays non musulmans. Ces pays sont appelés, dans ce contexte, à aménager des
espaces convenables pour permettre aux musulmans d'accomplir leurs devoirs religieux,
ce qui est de nature à favoriser l'intégration de l'Islam dans les sociétés d'accueil et de
l'éloigner de toutes les formes d'exaltation et de tension et des courants destructeurs qui
font de la religion leur fonds de commerce.
Toutefois, ce qu'on dénomme intégrisme islamiste n'est pas du tout l'expression d'un
mouvement civilisationnel islamique. Il est plutôt une dérive et une déviation spirituelle
et idéologique dont les effets dévastateurs ont accablé les pays arabes et islamiques
beaucoup plus que les autres pays. Il n'est pas non plus le propre de la seule religion
islamique. Toutes les autres religions sont confrontées à la montée de courants violents
et agressifs dont certains jouent aujourd'hui un rôle effectif et agissant dans les centres
de décision et de pouvoir, à l'instar de l'intégrisme juif en Israël et de l'intégrisme
anglican aux Etats-Unis d'Amérique.
Le dialogue des religions ne doit pas, de ce fait, se transformer en procès de l'Islam.
Il doit être utilisé, au contraire, pour nouer une alliance contre toutes les formes
d'intégrisme, de fanatisme et d'extrémisme, à l'instar du projet proposé par le premier
ministre espagnol, en faveur d'alliance islamo chrétienne.
7 - L'aspect linguistique est également un volet important du dialogue des
civilisations et des cultures. Le paysage linguistique mondial est marqué par le
déséquilibre et l'inégalité. Il y a des langues dominantes et d'autres qui sont menacées
malgré leur apport historique important à l'édification de la civilisation humaine. Ces
langues menacées ont aujourd'hui besoin d'être protégées et de faire l'objet d'une
attention particulière, surtout quand ont sait que quelque 25 langues disparaissent chaque
année sur un ensemble de 5.000 langues pratiquées dans le monde.
La défense du multilinguisme est une défense du multiculturalisme. C'est aussi une
manière de défendre une vision multiple du monde, et de soutenir des modes différents
de dialogue avec l'autre et des modèles de création multiples qui peuvent, une fois
réunis, constituer le cours qui charrie la création à l'échelle de l'humanité.
8 - la dimension éducative est une autre composante fondamentale du dialogue des
civilisations et un moyen de le renforcer. Il est donc nécessaire, de ce point de vue,
d'inclure dans les programmes éducatifs les concepts de dialogue religieux, culturel et
linguistique, afin de sensibiliser les jeunes générations à l'importance des apports
respectifs et spécifiques de chaque peuple et de chaque nation, de leur inculquer les
valeurs de coopération, de solidarité et de complémentarité et de les inciter à diversifier
leurs connaissances des cultures, des langues et des religions des autres peuples.
Une telle approche nécessite une réforme éducative radicale qui soit fondée sur la
préparation des jeunes générations à mieux connaître leur environnement humain
planétaire, à accepter les opinions de l'autre, à coexister avec lui, malgré les différences
et sur la base du respect de ses spécificités. Cela signifie, également, qu'il est nécessaire
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de procéder à une révision du contenu des manuels scolaires pour les débarrasser de tous
les préjugés et de tous les clichés sur les autres cultures et de toutes les formes de mépris
ou de déconsidération culturelle envers l'autre. Il est tout autant nécessaire d'inclure
dans les programmes scolaires l'étude comparée des religions pour tarir toutes sources
d'extrémisme ou d'obscurantisme religieux.
L'éducation devient, de ce point de vue, un moyen de prévention contre les dérives
du fanatisme sous toutes ses formes, et une sorte de vaccin dont l'effet se fait sentir sur le
long terme contre toute régression vers l'extrémisme et le terrorisme.
La vision de l'Alecso du dialogue des cultures est donc fondée sur une lecture
objective et critique des problématiques que pose l'interaction entre les cultures, dans ses
dimensions conflictuelle et de rapprochement. C'est ainsi seulement que nous pourrions
parvenir, en définitive, à une image réelle et choisir la meilleure voie pour intervenir afin
de hisser la relation entre les cultures aux plus hauts niveaux d'entente et de multiplier
les opportunités de coopération, de partenariat et d'échange d'expériences.
Ce à quoi nous aspirons, à travers cette lecture critique, c'est allumer l'étincelle qui
puisse faire de la relation entre les civilisations une réalité tangible et évoluée, une
réalité qui aboutisse à l'instauration de rapports fondés sur la réalité de tous les jours,
dans toute sa complexité et ses ambiguïtés et non sur des utopies et ou de bonnes
intentions
C'est à partir de cette étincelle que doit jaillir un partenariat fondé sur des valeurs
communes et des intérêts réciproques, tout en restant pleinement conscient de
l'importance des facteurs de rapprochement et de dissemblance qui caractérisent la
relation entre les civilisations et des éléments très complexes qui interfèrent dans cette
relation, positivement et négativement.
Le discours sur le dialogue des cultures risque de rester un slogan creux qu'on brandit
avec complaisance lors des rencontres diplomatiques ou dans les cercles intellectuels, s'il
ne repose pas sur une vision critique et objective et sur une grande part de sincérité et
tant qu'il ne sera pas adossé à des mécanismes d'action qui lui permettent de déboucher
sur un partenariat effectif, sur la base du respect du droit à la diversité culturelle et des
valeurs humanitaires universelles.

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