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THEME 3

FINANCEMENT DU SECTEUR PUBLIC

3.1. LES EFFETS ECONOMIQUES DE L’IMPÔT (effet de la fiscalité sur les agents
économiques)

Le prélèvement des impôts exerce plusieurs effets sur les mécanismes économiques. Ils peuvent être
subdivisés en deux groupes :

 Les effets macro-économiques sur l’emploi et le niveau général des prix.


 Les effets micro-économiques sur la distribution des richesses (revenu et fortune) et sur
l’allocation des ressources.

Sur le plan micro-économique, il s’agit essentiellement de déterminer qui paye effectivement l’impôt,
c’est à dire comment la charge fiscale se répartit entre les contribuables (théorie de l’incidence). Cette
théorie entraîne non seulement que chaque contribuable paye sa juste valeur, mais prévoit également
que l’État opère un effet redistributif à l’aide de la fiscalité.

Pour minimiser la charge fiscale, les contribuables peuvent réagir de deux façons différentes

3.1.1. Translation (répercussion) de l’impôt

On dit qu’il y a translation de l’impôt lorsque les contribuables essayent de répercuter le fardeau fiscal
sur d’autres agents économiques. Elle peut prendre deux formes différentes :

1. Les contribuables peuvent essayer d’éviter l’impôt en recourant à l’évasion fiscale, voire à la
fraude. Il y a fraude quand un contribuable cache délibérément un état de fait justifiant une
imposition, alors qu’il y a évasion fiscale lorsqu’il réussit à éviter une partie (ou l’intégralité) de la
charge fiscale en exploitant les lacunes de la législation.
2. Les contribuables peuvent essayer de transférer directement le poids de l'impôt sur d’autres agents
économiques.

Le sens et l’amplitude de la translation de l'impôt dépendent simultanément de plusieurs facteurs dont


les plus importants sont :

 Le type d’impôt (direct ou indirect, sélectif ou général,...)


 La nature du barème d’imposition (unitaire, ad valorem,...)
 L’élasticité-prix de l’offre et de la demande
 La structure du marché (concurrence, monopole, oligopole...)
 La forme des coûts de production du bien imposé (croissants, décroissants,...)
 La durée de la période d’ajustement prise en considération.

L’impact de ces différents facteurs dépend de leur interaction dans un système d’équilibre général.
Mais on les étudiera séparément dans un cadre d’équilibre partiel.
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Économie Publique (2020) Prof. Brahim BOUAYAD
3.1.2. Translation en fonction de l’élasticité de l’offre et de la demande.

Pour illustrer le rôle des élasticités, on mettra en évidence l’impact de l’impôt sur le prix de vente et la
rémunération des facteurs de production ainsi que sur la quantité des biens échangés. Ces éléments
déterminent non seulement la recette fiscale de l’État, mais également la répartition du fardeau fiscal
total (la charge financière et la charge fiscale excédentaire) entre les acheteurs et les vendeurs. On
présentera quatre situations extrêmes et une intermédiaire.

3.5.2.1 Cas de la demande parfaitement élastique

Prix O+t

t O

Po F E D

t
P1
G D-t

Q1 Qo Q

Avant l’imposition du bien Q, l’équilibre se situe à l’intersection de l’offre et de la demande, Soit le


point E, avec un prix Po et la quantité Qo.
Le prélèvement d’un impôt “t” par unité produite peut être représenté de deux façons :

 Par addition de l’impôt unitaire au coût marginal de production. Cette situation est reflétée par
le déplacement de la courbe d’offre de O à O + t.
 Par retranchement de l’impôt à la demande qui passe de D à D - t. Cette situation illustre la
perte du pouvoir d’achat des consommateurs.

Pour déterminer la situation qui prévaut après l’introduction de l’impôt, le choix est donc d’adapter
l’offre ou la demande.
Étant donné la parfaite élasticité de la demande, l’impôt ne peut être répercuté sur les consommateurs
en augmentant le prix de vente, il doit être entièrement supporté par les producteurs. Compte tenu de la
forme de la courbe d’offre (croissante), ceux-ci réduiront leur offre jusqu’au point où la rémunération
minimale des facteurs de production soit égale au prix du marché moins l’impôt unitaire, c’est à dire au
prix net. Le nouveau point d’équilibre G correspond à une quantité Q1 vendue à un prix inchangé Po et
apportant une rémunération P1. Dans ces conditions, la recette de l’État est égale à (t.Q1), c’est à dire
la surface P1 G F Po. Elle est entièrement à la charge des vendeurs, qui supportent en plus une charge
fiscale excédentaire correspondant à la perte de surplus du producteur, soit G E F.

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3.5.2.2. Cas de la demande parfaitement inélastique.

Dans ce cas, le fardeau fiscal est à la charge des acheteurs. En effet, comme les consommateurs ne
réagissent pas à une variation de prix, les vendeurs peuvent répercuter entièrement le montant de
l’impôt par unité produite sur les acheteurs.

Prix D O+t

P1 F t O

Po E

Qo Q

La recette totale de l’État est égale au fardeau supporté par les acheteurs puisqu’il n’y a pas de
répercussion sur la quantité échangée Qo. Elle est égale à Qo.t, ce qui correspond à la surface Po E F
P1.

3.5.2.3. Cas de l’offre parfaitement élastique

Prix

P1 F O+t

E t
Po
G O

Q1 Qo Q

Si on impose un impôt “ t ” considéré comme une augmentation du coût marginal, il y a déplacement


de la droite d’offre de O à O+t. L’équilibre initial en E pour une quantité Qo et un prix Po, passe à F
avec un nouveau prix P1 et la quantité Q1. La recette fiscale de l’État est de Q1.t . Elle est entièrement
à la charge des consommateurs qui supportent en plus la charge fiscale excédentaire, EFG.

3.5.2.4. Cas de l’offre parfaitement inélastique.

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Dans ce cas, les ressources productives n’ont aucun autre emploi possible, l’impôt est entièrement
répercuté sur les producteurs. Le prix du marché (prix brut) demeure au niveau Po, en revanche, le prix
net reçu par les producteurs baisse à P1. La recette fiscale de l’État correspond au fardeau répercuté sur
les producteurs et égale à Qo.t.

3.5.2.5. Cas de l’offre et la demande partiellement élastiques

Dans ce cas, le fardeau fiscal est réparti entre consommateurs et producteurs conformément à
l’élasticité de l’offre et de la demande.

Prix O+t

P1 F t O
Po H E
P2
G t

G D-t D

O Q1 Qo Q

Avant impôt, l’équilibre est au point E. Le prélèvement d’un impôt unitaire t provoque un déplacement
vers la droite de la courbe d’offre, soit O + t. Le nouvel équilibre se situe au point F. Cette réduction de
la quantité achetée et vendue entraîne également une diminution de la rémunération des facteurs de
production de Po à P2. Le fardeau de l’impôt est répercuté tant sur les acheteurs que sur les vendeurs.
La recette fiscale totale est Q1.t. Elle est partagée entre consommateurs et producteurs. Les acheteurs et
les vendeurs supportent en plus un fardeau fiscal excédentaire de FEG (soit FHE pour les acheteurs et
HEG pour les vendeurs).

Économie Publique (2020) Prof. Brahim BOUAYAD