Vous êtes sur la page 1sur 14

CAS PRATIQUE : LES DROITS DES

ASSOCIES DE LA SARL, CESSION


DE TITRES DANS UNE SA

La SARL AMIDES opère dans le secteur des cosmétiques biologiques et s’oppose aux
expérimentations animales. Son activité connaissant un fort développement, son chiffre
d’affaires est en constante progression.

Le dirigeant qui voit les choses en grand décide de faire des choix d’investissement très
optimistes par rapport aux perspectives d’évolution du marché qui sont certes bonnes, mais
pas pour autant extraordinaires. Il envisage le déménagement du siège vers de nouveaux
locaux dont le loyer est plus couteux, enfin de « faire plaisir » à ses salariés mais aussi à lui-
même, puisqu’il aménagerait un golden space de 50 m2 pour la direction générale. Il voudrait
également acquérir de nouveaux ateliers afin de décupler les capacités de production de
l’entreprise dans le but de conquérir le marché Asiatique. Or certains de ses associés lui
laissent entendre qu’une implantation sur place serait un meilleur choix, ce à quoi il répond que
cela est trop compliqué dans un premier temps, et qu’il préfère garder un œil sur les futures
branches qui seront créées.
Enfin, le dirigeant voudrait attirer de nouveaux actionnaires mais ceux-ci, bien qu’intéressés,
restent frileux, car la société tend à apparaître comme peu transparente quant à sa gestion
financière. Elle a en son sein plusieurs entités entre lesquelles ont lieux de nombreux
mouvements financiers, sans qu’une convention de trésorerie ne soit fixée ni qu’une
comptabilité claire ne permette de s’y retrouver.

Un associé, Mr LIGNEAU, se sent comme d’autres membres de la société en désaccord avec la


politique de développement outrancière du dirigeant et se plaint du manque de
communication financière de la société et du laxisme du comité d’entreprise. Il vient vous
consulter.

QUESTIONS

Q1. Qu’est ce qui pourrait être reproché au dirigeant de la SARL AMIDES ?

Q2. Quel droit les associés peuvent-ils revendiquer et utiliser en l’espèce ?

Q3. Quelle(s) solution(s) proposer aux associés ? Répondez selon la méthode du cas pratique et
envisagez plusieurs situations possibles sachant que la société comporte un commissaire aux
comptes (vous rappellerez dans ses grandes lignes la condition qui rend obligatoire la présence d’un
commissaire aux comptes dans certaines SARL) .
Q4. Que pourraient faire les associés en l’absence de commissaire aux comptes dans le cas de
l’inaction de leur dirigeant ?

Q5. Que pourrait-faire le dirigeant pour améliorer l’image de bonne gestion de l’entreprise, la
couvrir contre des risques juridiques et se protéger lui-même ?

Q6. Dans quel cas une assemblée pourtant irrégulièrement convoquée ne peut pas être annulée ?

Q7. Le dirigeant voudrait céder des parts à son gendre. Peut-il le faire librement ? Si non, est-ce
que ceci est propre à la SARL ? Quelle différence avec la SA ? Pourquoi toutes les SA ne peuvent-
elles pas prévoir de clauses d’agrément ?

CORRECTION

Q1. Qu’est ce qui pourrait être reproché au dirigeant de la SARL AMIDES ?

Le dirigeant peut se voir reprocher principalement deux faiblesses : une gestion inadaptée et
un manque de communication financière.
Q2. Quel droit les associés peuvent-ils revendiquer et utiliser en l’espèce ?

Rappel des principes :

L’article L223-26 alinéa 4 du Code de commerce prévoit qu’un associé peut « à toute époque,
obtenir communication, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, des documents
sociaux déterminés par ledit décret et concernant les trois derniers exercices. »

L’article R. 223-15 du Code de commerce vient préciser les modalités de cette communication
en disposant :

« Tout associé a le droit, à toute époque, de prendre par lui-même connaissance des
documents suivants au siège social : bilans, comptes de résultats, annexes, inventaires,
rapports soumis aux assemblées et procès-verbaux de ces assemblées concernant les trois
derniers exercices. Sauf en ce qui concerne l'inventaire, le droit de prendre connaissance
emporte celui de prendre copie.

A cette fin, il peut se faire assister d'un expert inscrit sur une des listes établies par les cours et
tribunaux. »
Solution :

A travers ce texte, nous voyons que les associés d’une SARL ont, en plus d’un droit à
l’information préalable à la tenue d’une assemblée, un droit à l’information permanente
concernant les documents sociaux (bilans, comptes de résultats, annexes, rapports soumis aux
assemblées etc…). En l’espèce, Mr LIGNEAU pourra donc avoir accès à ces documents afin
d’obtenir une meilleure information sur la santé financière de la société.

Q3. Quelle(s) solution(s) proposer aux associés ? Envisagez plusieurs situations possibles sachant
que la société comporte un commissaire aux comptes (vous rappellerez dans ses grandes lignes la
condition qui rend obligatoire la présence d’un commissaire aux comptes dans certaines SARL)

Le dirigeant souhaite réaliser des investissements massifs et changer de locaux malgré les
avertissements de certains associés qui ne sont pas d’accord avec lui sur sa vision du
développement de l’entreprise.

Solutions proposées :

La première solution consisterait à agir dans le cadre du fonctionnement ordinaire de la


société, c’est à dire via les différentes assemblées.
En l’espèce, rien n’est dit sur les statuts qui ne semblent pas apporter de limitation quant aux
pouvoirs du gérant.

Si les associés ne sont pas d’accord avec la politique du gérant, ils peuvent toujours tenter de
le révoquer en assemblée. La première difficulté consiste à réunir une majorité absolue, c’est-
à-dire de plus de la moitié des parts sociales sur première convocation, ou à la majorité simple
des voix exprimées sur deuxième convocation (article L223-29 du Code de commerce). La
seconde tient au fait que dans une SARL, un gérant n’est pas révocable ad nutum (comme dans
une SA), un juste motif est nécessaire, comme une faute de gestion. Par conséquent, si les
associés veulent révoquer leur dirigeant, ils devront prouver que ses décisions constituent une
faute de gestion.

La deuxième solution consiste à faire appel au commissaire aux comptes pour qu’il déclenche
la procédure d’alerte. Cependant, il conserve le pouvoir d’initiative et les associés ne peuvent
l’obliger à agir.

Rappel sur la procédure d’alerte : Article L 234-2 du Code de commerce (l’article L 234-1
concerne les SA, celui concerne les autres types de sociétés) :

« Dans les autres sociétés que les sociétés anonymes, le commissaire aux comptes demande au
dirigeant, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, des explications sur les faits
visés au premier alinéa de l'article L. 234-1. Le dirigeant est tenu de lui répondre sous quinze
jours. La réponse est communiquée au comité d'entreprise ou, à défaut, aux délégués du
personnel et, s'il en existe un, au conseil de surveillance. Dès réception de la réponse ou à
défaut de réponse sous quinze jours, le commissaire aux comptes en informe le président du
tribunal de commerce. Il peut demander à être entendu par le président du tribunal, auquel cas
le second alinéa du I de l'article L. 611-2 est applicable.

A défaut de réponse du dirigeant ou s'il constate qu'en dépit des décisions prises la continuité
de l'exploitation demeure compromise, le commissaire aux comptes établit un rapport spécial
et invite, par un écrit dont la copie est envoyée au président du tribunal de commerce, le
dirigeant à faire délibérer sur les faits relevés une assemblée générale convoquée dans des
conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat.

Si, à l'issue de la réunion de l'assemblée générale, le commissaire aux comptes constate que les
décisions prises ne permettent pas d'assurer la continuité de l'exploitation, il informe de ses
démarches le président du tribunal de commerce et lui en communique les résultats. Il peut
demander à être entendu par le président du tribunal, auquel cas le second alinéa du I de
l'article L. 611-2 est applicable.

Le dernier alinéa de l'article L. 234-1 est applicable. »

La procédure d’alerte implique l’existence de faits de nature à compromettre la continuité de


l’exploitation. En l’espèce, il semble être encore un peu tôt pour savoir si nous sommes en
présence de tels faits. C’est pourquoi la procédure d’alerte ne paraît pas adéquate.
Enfin, les associés pourraient également faire usage du droit conféré par l’article L. 223-36 du
Code de commerce qui dispose :

« Tout associé non gérant peut, deux fois par exercice, poser par écrit des questions au gérant
sur tout fait de nature à compromettre la continuité de l'exploitation. La réponse du gérant est
communiquée au commissaire aux comptes. »

Même si, comme nous venons de l’évoquer, nous ne sommes pas encore face à un fait de
nature à compromettre la continuité de l’exploitation, l’usage des questions écrites permettrait
en tout cas d’alerter de manière formelle le gérant pour l’inciter à revoir sa position et peut
être servir d’élément de preuve postérieur pour engager sa responsabilité. Il ne pourra ainsi
pas se cacher derrière le fait que personne ne l’avait mis en garde où n’avait vu venir les
difficultés de l’entreprise.

Concernant la condition qui rend obligatoire la présence d’un CAC dans une SARL, il s’agit
d’une condition de seuil. En effet, selon l’article L. 223-35 alinéas 1 et 2 du Code de commerce
:

« Les associés peuvent nommer un ou plusieurs commissaires aux comptes dans les formes
prévues à l’article L223-29.

Sont tenues de désigner un commissaire aux comptes au moins les sociétés à responsabilité
limitée qui dépassent à la clôture d'un exercice social des chiffres fixés par décret en Conseil
d'Etat pour deux des critères suivants : le total de leur bilan, le montant hors taxes de leur
chiffre d'affaires ou le nombre moyen de leurs salariés au cours d'un exercice. (…) »
Rappel des seuils : article R221-5 alinéa 1 et R 223-27 (qui rend R221-5 applicable aux SARL)

« Pour l'application du deuxième alinéa de l'article L. 221-9 relatif à la désignation d'un


commissaire aux comptes, le total du bilan est fixé à 1 550 000 euros, le montant hors taxe du
chiffre d'affaires à 3 100 000 euros et le nombre moyen de salariés à cinquante ». Au-delà de
deux ces seuils, une SARL est tenue de désigner un CAC.

Q4. Que pourraient faire les associés en l’absence de commissaire aux comptes dans le cas de
l’inaction de leur dirigeant ?

L’article L223-35 alinéa 3 du Code de commerce permet, lorsque les seuils de désignation d’un
commissaire aux comptes ne sont pas atteints, la nomination en justice d'un commissaire aux
comptes à la demande d’un ou plusieurs associés représentant au moins le dixième du capital.

En l’absence de commissaire aux comptes, le comité d’entreprise a également compétence


pour déclencher la procédure d’alerte. Mais cette hypothèse est plus théorique que le
précédent car, lorsqu’une entreprise a un comité d’entreprise, elle dépasse dans la plupart des
cas également les seuils pour lesquels la désignation d’un commissaire aux comptes est
obligatoire.
Q5. Que pourrait-faire le dirigeant pour améliorer l’image de bonne gestion de l’entreprise, la
couvrir contre des risques juridiques et se protéger lui-même ?

Il pourrait demander à son directeur financier de mettre en place une convention de


trésorerie. Cela lui permettrait d’écarter des risques au niveau civil (confusion de patrimoines
notamment), au niveau pénal (abus de biens sociaux) et sur le plan fiscal (concernant la
justification d’avances ou de distribution de bénéfices).

Sur l’aspect fiscal, nous dépassons le cadre du droit des sociétés mais il est important de
connaître à minima les principaux risques pour les éviter.

Q6. Dans quel cas une assemblée pourtant irrégulièrement convoquée ne peut pas être annulée ?

Une assemblée pourtant irrégulièrement convoquée ne peut pas être annulée lorsque tous les
associés étaient présents ou représentés. L’action en nullité serait irrecevable dans ce cas
(article L223-27 alinéa 7 du Code de commerce).

Q7. Le dirigeant voudrait céder des parts à son gendre. Peut-il le faire librement ? Si non, est-ce
que ceci est propre à la SARL ? Quelle différence avec la SA ? Pourquoi toutes les SA ne peuvent-
elles pas prévoir de clauses d’agrément ?
Rappel du principe :

L’article L. 223-14 alinéa 1 du Code de commerce prévoit que :

« Les parts sociales ne peuvent être cédées à des tiers étrangers à la société qu'avec le
consentement de la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts sociales, à
moins que les statuts prévoient une majorité plus forte. »

En somme, dans une SARL, un agrément est nécessaire s’agissant d’une cession de parts dont
le cessionnaire est un tiers.

Application à notre situation :

Il faut déterminer si le gendre du cédant doit être considéré comme un tiers. Pour cela, il faut
définir ce que le Code de commerce entend par tiers. Dans le cadre de l’article L. 223-14, un
tiers est toute personne qui n’est ni un autre associé, ni le conjoint du cédant, ni un ascendant
ou un descendant du cédant.
Solution :

Le gendre du cédant étant un tiers par rapport à lui, la cession doit donc être soumise à
l’agrément des autres associés à la majorité représentant au moins la moitié des parts sociales,
sauf si les statuts prévoient une majorité plus forte.

La procédure d’agrément du cessionnaire n’est pas propre à la SARL et existe dans les sociétés
de personnes.

Concernant les SA, seules certaines peuvent prévoir une clause d’agrément dont la procédure
est, de plus, rigoureusement encadrée.

En effet, l’article L. 228-23 du Code de commerce dispose :

Dans une société dont les actions ne sont pas admises aux négociations sur un marché
réglementé, la cession d'actions ou de valeurs mobilières donnant accès au capital, à quelque
titre que ce soit, peut être soumise à l'agrément de la société par une clause des statuts.

Une clause d'agrément ne peut être stipulée que si les titres sont nominatifs en vertu de la loi
ou des statuts.
Cette clause est écartée en cas de succession, de liquidation du régime matrimonial ou de
cession, soit à un conjoint, soit à un ascendant ou à un descendant.

Les dispositions de l'alinéa précédent ne sont pas applicables lorsqu'une société dont les
actions ne sont pas admises aux négociations sur un marché réglementé réserve des actions à
ses salariés, dès lors que la clause d'agrément a pour objet d'éviter que lesdites actions ne
soient dévolues ou cédées à des personnes n'ayant pas la qualité de salarié de la société.

Toute cession effectuée en violation d'une clause d'agrément figurant dans les statuts est
nulle. »

Nous voyons donc que le domaine de l’agrément est limité. Il n’est ainsi pas possible de prévoir
une procédure d’agrément dans les SA dont les actions sont admises aux négociations sur un
marché réglementé. Cela apporte un début de réponse à la question posée dans l’énoncé.
L’agrément est interdit dans ce type de SA car cela entraverait fortement le fonctionnement de
la bourse et des marchés financiers.