Vous êtes sur la page 1sur 6

Directeur de la publication : Edwy Plenel

www.mediapart.fr
1

de financement. Mieux même, le gouvernement a


confirmé qu’il n’entendait pas modifier sa politique
Anne-Laure Delatte: un impôt sur les
fiscale au lendemain de la crise.
hauts patrimoines pour assurer la justice
sociale
PAR ROMARIC GODIN
ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 15 AVRIL 2020

Logo. © DR

Pourtant, les choses ne sont pas si simples. Si l’argent


ne compte pas pour se substituer à l’activité, rien n’est
réellement dit de l’avenir des services publics et de
la protection sociale, autrement dit des mécanismes
de solidarité. Le financement de ces derniers reste un
sujet brûlant. Pour preuve : le ministre de l’action
Anne-Laure Delatte, économiste au Cepii. © DR et des comptes publics, Gérald Darmanin, a lancé
Dans un entretien à Mediapart, l’économiste Anne- une plateforme pour récolter des dons en faveur du
Laure Delatte estime qu’il est urgent de poser dès système de santé. Pourtant, ce dernier, plombé par les
maintenant la question fiscale et lancer les bases d’un baisses de cotisations en faveur des entreprises et des
nouveau contrat social. Elle propose, avec d’autres, de ménages, a besoin de ressources solides et stables.
créer un nouvel impôt sur le patrimoine.
Cet appel aux dons semble dresser un scénario noir :
Soudain, l’argent ne manque plus. Lorsque l’activité après la crise, tout redeviendra comme avant. La
s’est arrêtée avec le confinement, les gouvernements solidarité nationale sera réduite au nom de la baisse de
se sont tous engagés à combler en tout ou en partie la pression fiscale et « l’argent magique » ne sera plus
les pertes économiques pour les entreprises et les disponible. On reprendra la défense des premiers de
ménages. Le financement de cette aide massive, cordée, et l’on ajustera les services publics à la baisse.
directe ou indirecte, par des garanties de prêts
C’est pour éviter ce scénario que plusieurs
sera assuré par de la dette publique. Cette dette
économistes ont signé une tribune, récemment
est soutenue par les rachats de la Banque centrale
publiée dans Le Monde, pour défendre l’idée
européenne (BCE) en zone euro. Avec l’appui de la
d’un « nouveau contrat social et fiscal ». Anne-
Banque centrale, les obligations ne manqueront pas de
Laure Delatte, économiste au Laboratoire Leda de
preneurs à des taux bas.
l'Université Paris-Dauphine, est l’une des signataires
Cette facilité tend à faire oublier, dans l’urgence, de cet appel. Spécialiste de la finance, des paradis
la question de la fiscalité. Comme si les dépenses fiscaux et de la zone euro, elle estime qu’il est
de l’État ne dépendaient plus de cette source nécessaire de lancer dès à présent le débat sur un
impôt sur les hauts patrimoines pour établir les bases
d’une future justice fiscale. À l’aube d’années sans
doute difficiles pour le monde du travail et les plus
précaires, la question mérite d’être mise en avant dans
les discussions sur le « monde d’après ».

1/6
Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr
2

Devant l’ampleur de la crise, les États ont Vous avez raison, c’est le pire moment pour ceux
redécouvert « l’argent magique » par le recours, qui ont largement profité de la mondialisation. Si ce
sans le dire, à une forme de monétisation de la débat avait lieu maintenant, pendant le confinement,
dette. En quoi cette solution vous semble-t-elle il pourrait déclencher un basculement de rapports de
insatisfaisante à long terme ? force entre gagnants et perdants de la mondialisation.
Anne-Laure Delatte : La Banque centrale européenne La dernière décennie a révélé les gagnants et
a en effet été la première des institutions européennes les perdants de notre régime économique : le
à intervenir pour essayer de réduire l’impact du choc capitalisme financier en place depuis les années 1970
sanitaire. Elle a d’abord fait une première annonce a entraîné une grande concentration des richesses,
le 12 mars, qui n’a pas vraiment été efficace, et largement documentée dans les travaux lancés par
finalement sorti le bazooka monétaire, une semaine Thomas Piketty. Cette concentration a créé un petit
plus tard, en annonçant le « Pandemic Emergency nombre d’individus immensément riches, par leurs
Purchase Programme ». patrimoines et leurs revenus. Les impôts ne sont
Résultat : au mois de mars, elle a quasiment triplé pas progressifs en haut de la pyramide à cause des
ses achats de dettes publiques. Que les choses soient différentes niches et de l’évasion fiscale.
claires : ces interventions sont absolument utiles car Le système économique a aussi favorisé l’émergence
elles ont permis de réduire les tensions des marchés, d’entreprises multinationales qui ont profité de la
en particulier sur la dette italienne. Le coût d’emprunt concurrence fiscale pour réduire leurs impôts. Ces
italien augmentait dangereusement et l’annonce de la pertes de recettes pour l’État ont contribué à
BCE a permis de réduire ce coût. C’est donc heureux. détériorer les services publics et à empêcher une
Mais la politique monétaire ne peut se substituer à prise en charge efficace de la crise du Covid : il
toutes les autres formes d’interventions politiques. manque des lits et du personnel dans les services
À force d’attribuer à la BCE la solution de tous de réanimation, des masques et du matériel de
les problèmes et de toutes les crises, financière, base pour protéger le personnel soignant ; les
écologique, épidémique, etc., on déplace très moindres investissements dans l’éducation révèlent
concrètement le lieu d’exercice du pouvoir et des nos retards dans l’éducation numérique et les outils
choix collectifs en dehors des enceintes de la politique qui permettraient une continuité pédagogique efficace,
représentative et de la démocratie. etc. En échappant à l’impôt, le haut de la pyramide
des revenus et les multinationales ont non seulement
Or, c’est dans le débat démocratique que se construit la
accumulé des richesses, mais contribué à saper les
légitimité des choix collectifs qui fondent notre contrat
biens publics qui auraient dû nous protéger.
social. La solution monétaire fait certainement partie
du paquet de mesures de crise mais ne peut en aucun Aujourd’hui, les grandes entreprises envoient des
cas en être la pierre angulaire. Je pense que l’argent produits et fournissent des moyens à l’hôpital public :
magique fait le lit de ceux qui préfèrent éviter un vrai LVMH envoie des gels hydroalcooliques avec le logo
débat démocratique sur la distribution des coûts pour Dior, les grands traiteurs fournissent les hôpitaux…
sortir de la crise. C’est à la fois anecdotique et assez symptomatique
du problème : l’impôt doit être plus élevé sur ces
Pour vous, le débat sur la fiscalité manque
entreprises pour qu’elles contribuent durablement au
cruellement au cœur de la crise. Mais l’urgence
service public et pas juste ponctuellement, quand cela
n’est-elle pas le pire moment pour parler
arrange leur communication.
d’impôts ? Cela ne risque-t-il pas d’affaiblir la
confiance, déjà chancelante ? Ou au contraire y C’est pourquoi, avec Lucas Chancel, Stéphanie
voyez-vous un signe de conservatisme fiscal ? Hennette, Manon Hennin, Guillaume Sacriste,
Thomas Piketty et Antoine Vauchez, nous appelons

2/6
Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr
3

à un débat fiscal maintenant. Nous pouvons décider mieux contrôler. Plus précisément, il suffisait aux
de revoir fondamentalement notre système de contribuables aisés de remplir une case indiquant
redistribution et de financement des services publics l’ensemble de leurs actifs, sans qu’il y ait aucun
en faisant contribuer chacun selon ses moyens et en recoupement automatique d’informations avec les
reconnaissant l’utilité sociale des métiers de première institutions financières – alors même que pour les
nécessité. L’impôt est l’outil fondamental du contrat revenus du travail, ces informations sont recoupées et
social. Nous proposons de nouveaux taux d’imposition même pré-remplies !
sur les hauts patrimoines, les hauts revenus et les Enfin, si l’on estime que la fuite des hautes fortunes
grandes entreprises. demeure un enjeu, rien ne nous empêche de mettre en
Taxer le patrimoine et les hauts revenus place une taxe de sortie sur les plus hautes fortunes qui
S’agit-il d’un nouvel ISF ? décideraient de quitter le pays – ce qui doit rester leur
droit bien sûr, mais la nationalité française doit être
associée à des devoirs fiscaux pour tout le monde, et
pas seulement pour les contribuables « immobiles »,
c’est-à-dire les classes moyennes et populaires.
Dans le « Traité pour le démocratisation de
l’Europe », un projet de traité lancé en décembre
2018, nous proposions un impôt de 1 % sur les
patrimoines supérieurs à 1 million d’euros et 2 %
sur les patrimoines supérieurs à 5 millions d’euros.
Anne-Laure Delatte, économiste au Cepii. © DR
Cela génère environ 1 % du PIB en recettes fiscales
Appelez-le comme vous voudrez ! Ce qui compte, (ou dit autrement, en dix ans, cet impôt pourrait
c’est que l’on tire les leçons de l’échec (ou du rembourser un plan de relance de 10 % du PIB).
prétendu échec) de l’ISF, et pas en se disant que c’est Certains d’entre nous souhaiteraient un taux beaucoup
impossible d’imposer les hauts patrimoines à l’avenir, plus haut, notamment Thomas Piketty dans Capital
comme cela a été dit et redit, au motif que les hauts et idéologie, qui propose un taux d’impôt sur le
patrimoines bénéficient de niches fiscales ou qu’ils patrimoine de 90 % pour les plus riches afin de réduire
peuvent toujours quitter le pays. significativement la concentration des richesses, ce
que l’on ne peut pas faire avec un taux de 2 %.
Il faut d’abord remettre les choses en perspective. Il
n’y a pas eu de fuite massive des hauts patrimoines en Mais nous ne limitons pas le débat à un impôt sur le
France à la suite de la création de l’ISF et le nombre de patrimoine. Nous proposons un impôt sur les hauts
foyers fiscaux nouvellement assujettis à l’ISF chaque revenus qui prendrait la forme d’un taux marginal
année écrasait, et de loin, le nombre de départs. En additionnel de 10 % sur les revenus supérieurs à
réalité, nous sommes l’un des pays d’Europe où les 100 000 euros, 20 % au-dessus de 200 000 euros ; et
plus hautes fortunes se portent le mieux. Ensuite, tirer sur les grandes entreprises, avec un taux additionnel de
les leçons de l’expérience ISF, c’est être beaucoup plus 15 % sur le bénéfice des sociétés des multinationales.
rigoureux sur la collecte d’informations fiscales par les Selon nos estimations, les recettes de ces trois impôts
autorités. pourraient être de l’ordre de 4 % du PIB.
Le système de collecte d’informations sur les Quelle serait sa fonction ? En quoi un tel impôt
patrimoines (notamment financiers) mis en place pour est-il en mesure de changer la donne économique
l’ISF n’était pas digne de la septième puissance durablement ?
mondiale ! On aurait cru la préhistoire alors que
nous disposons d’outils numériques avancés pour

3/6
Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr
4

La fonction de l’impôt sur le patrimoine est multiple. De plus, il y a des éléments contextuels qui
D’abord, il s’agit de financer les services publics, qui laissent penser que le risque est considérablement
en ont grandement besoin, en période de crise comme amoindri aujourd’hui. Les circonstances actuelles sont
hors période de crise. Ensuite, un tel impôt peut sans commune mesure avec le contexte de 2012.
contribuer à limiter la concentration des patrimoines, Premièrement, en 2012, ce nouvel impôt avait été
qui pose un enjeu démocratique (on pense ici justifié pour réduire le déficit public, environ 4,8 %
notamment à la concentration des titres de presse du PIB, alors que la prévision pour 2020 est autour
français au sein de quelques grandes fortunes). de 6 à 7 % du PIB. Deuxièmement, nous vivons
Sur le montant, l’impôt que nous proposons est plus aujourd’hui juridiquement un régime d’exception : la
progressif que l’ISF. Pour rappel, l’ISF s’échelonnait loi du 23 mars 2020 a déclaré l’état d’urgence sanitaire
de 0,5 % au-dessus de 800 000 euros et montait à dont la portée est très vaste et va bien au-delà des
1,5 % au-dessus de 10 millions d’euros. Pour les plus questions de santé.
hautes fortunes, pour les milliardaires, c’était un taux Le gouvernement a reçu une habilitation à légiférer
vraiment faible. En effet, la fortune de ces derniers par voie d’ordonnance dans un très grand nombre
croît de 7 à 8 % par an sur le long terme, c’est-à- de domaines. Le Conseil constitutionnel a lui-même
dire trois fois plus vite que la moyenne des ménages reconnu ce régime d’exception dans sa décision
avec patrimoine (et rappelons que près de la moitié de du 26 mars sur l’adoption de la loi organique
la population n’a pas de patrimoine). Donc, avec un qui mentionne des circonstances « particulières ».
impôt sur le patrimoine à 1,5 %, on ne stabilise même Au total, si le risque existe, nous pensons qu’il
pas, et très loin de là, la concentration des richesses. est considérablement amoindri par les circonstances
On peut donc imposer plus généreusement les hautes exceptionnelles de la période.
fortunes et aucun travail sérieux ne démontre que cela «L’impôt est l’outil fondamental du contrat
aurait des effets délétères sur l’investissement et la social»
croissance. Au contraire, en faisant mieux circuler le Comment articuler cet impôt avec l’explosion de
capital, cela peut encourager la mise en œuvre de la dette des États ? Servira-t-il à « rembourser la
nouvelles idées et de nouveaux projets… Ce qui est dette » ou à financer les services publics ?
bon pour l’activité et l’emploi.
Naturellement, les dépenses publiques sont
Ne présente-t-il pas un risque indispensables aujourd’hui pour relancer l’activité
d’inconstitutionnalité ? économique et financer les services publics qui
On ne peut pas exclure un risque d’inconstitutionnalité nous protègent, mais la question du financement
au regard de la décision de 2012. Le Conseil ne tardera pas à se poser. Cette crise va en effet
constitutionnel avait alors censuré la loi de finances coûter cher, comme toute crise économique qui
et déclaré non constitutionnelle la contribution détruit de l’activité : les ressources fiscales baissent
exceptionnelle de solidarité que souhaitait introduire brutalement et l’État doit augmenter ses dépenses
le gouvernement de François Hollande. Le Conseil d’assurance. Le poids de la dette dans le PIB va donc
constitutionnel avait considéré l’ensemble des impôts, beaucoup augmenter ; elle pourrait représenter entre
calculé un taux global et statué que cette loi fiscale 120 et 140 % du PIB, selon certaines estimations.
méconnaissait le principe d’égalité devant l’impôt. Le déficit public devrait s’élever à 6 ou 7 %
Autrement dit, ajoutée aux impôts existants, cette du PIB. La Commission européenne a levé les
nouvelle taxe était jugée confiscatoire. Un premier contraintes budgétaires, ce qui signifie qu’on ne sera
élément pour réduire ce risque peut consister à pas sanctionné pour un déficit au-dessus de 3 % du
proposer des taux qui permettent de rester en dessous PIB.
des seuils de 2012 qui avaient été jugés confiscatoires.

4/6
Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr
5

Toutefois, on a beau dire aujourd’hui que le temps dont la France avec ce quinquennat, consistant à
n’est pas à la rigueur budgétaire, que c’est un choc réduire l’impôt sur le bénéfice des sociétés, va à
exceptionnel, il y a fort à parier que les marchés rebours de ce qu’il faut faire.
mettront la pression sur les gouvernements dans très Mettre fin au dumping fiscal n’est pas très compliqué
peu de temps. Le risque est de revivre une crise de techniquement, ce qui manque, c’est de la volonté
la dette comme en 2011 quand les investisseurs ont politique. Le gouvernement lui-même reconnaît que
perdu confiance dans la capacité de certains pays à l’on devrait taxer les bénéfices des multinationales en
rembourser leurs dettes. C’était le cas pour la Grèce fonction des ventes que celles-ci font dans un pays, et
mais aussi l’Italie, l’Espagne. non pas en fonction des bénéfices qu’elles déclarent
Si un vrai débat fiscal n’a pas eu lieu avant, le dans ce pays (en prenant toujours soin de déclarer des
réflexe sera de baisser les dépenses publiques quand bénéfices fictifs, beaucoup trop faibles, dans les pays
les coûts d’emprunt augmenteront. Pour ne pas tomber d’imposition élevée et inversement dans les pays sans
dans ce piège, nous proposons d’aller chercher les impôt sur les bénéfices).
ressources fiscales où elles sont. Ces nouveaux taux La taxe GAFA est un premier pas dans cette voie-
d’imposition sur les hauts patrimoines, les hauts là, mais elle doit être accompagnée de deux autres
revenus et les multinationales permettront, d’une points essentiels. Le premier est que l’on ne doit pas
part, de rembourser plus sereinement les emprunts se limiter aux GAFA, qui ne représentent que 5 % de
d’aujourd’hui, et d’autre part, de financer des services l’évasion fiscale des multinationales. Se limiter aux
publics capables de nous protéger plutôt que les GAFA était aussi géopolitiquement terrible car cela
réduire comme c’est le cas depuis trop longtemps. donnait le meilleur argument à Donald Trump pour
Au total, il ne faut pas opposer les deux. Si aujourd’hui imposer les produits français. Deuxièmement, cela ne
les États s’endettent (à taux quasi nul pour la France sert à rien de taxer les bénéfices réels et non déclarés si
en ce moment) pour financer l’hôpital, la dette qui est le taux d’impôt sur les bénéfices continue de baisser,
créée est une dette qui finance les services publics. comme le gouvernement l’a prévu : entre 2017 et 2022,
Le danger, c’est de créer de la dette et ensuite de la ce taux doit passer de 33 % à 25 %. Il faut inverser la
réduire, soit en coupant dans les dépenses (ce que l’on tendance. La bonne nouvelle est que c’est possible.
a fait après la crise de 2009), soit en augmentant les Le gouvernement semble déterminé à maintenir sa
impôts de manière inégalitaire (via des taxes sur la politique fiscale et notamment la fin de l’ISF. Que
consommation, des taxes carbone, etc.) sans mettre cela vous inspire-t-il ?
à contribution ceux qui ont vraiment les moyens de
Face à la récession qui s’annonce à la sortie du
financer ces efforts dont la nation tout entière a besoin.
confinement, le gouvernement pourrait choisir de
La justice sociale passera aussi par la fin continuer dans sa lancée, c’est-à-dire réduire les
du dumping fiscal des entreprises. Est-ce aussi impôts, notamment sur le capital, dans l’idée que
l’occasion de changer la donne ? Comment ? cela finira par favoriser l’investissement mais avec
Oui, nous ne nous limitons pas à l’imposition pour réelle conséquence d’amplifier les tensions
des patrimoines des individus. Pour qu’un nouveau sociales qui n’ont fait que s’envenimer depuis
système fiscal fonctionne, il faut aussi un impôt sur dix ans et qui ont toutes les chances d’avoir été
les bénéfices des sociétés, sinon nous courrons le décuplées par cette crise. Ou bien, nous pourrions
risque que les actionnaires gardent leurs revenus à décider de revoir fondamentalement notre système de
l’intérieur de l’entreprise afin d’échapper à l’impôt, redistribution et de financement des services publics
tout en bénéficiant de tous les services permis par leur en faisant contribuer chacun selon ses moyens et
entreprise. La direction prise par les pays européens,

5/6
Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr
6

en reconnaissant l’utilité des métiers de première de la mort, le retour des distances… Tout cela va
nécessité. L’impôt est l’outil fondamental du contrat changer durablement le monde tel qu’on le connaissait
social. jusqu’ici. Mais à quoi va ressembler le monde
Boite noire d’après ? Quels espoirs, quelles luttes, quels ordres
politiques, sociaux, écologiques surgiront de cette
pandémie ? Mediapart tente de dessiner quelques
pistes pour alimenter notre réflexion commune de
« l’après » à partir de cette situation inédite, par des
entretiens, des articles, des témoignages…
L’entretien a été réalisé à distance le 8 avril.
Logo. © DR

La pandémie de coronavirus a créé une césure. La


suspension du temps, l’hibernation de l’économie
marchande, la présence permanente de la maladie et

Directeur de la publication : Edwy Plenel Rédaction et administration : 8 passage Brulon 75012 Paris
Direction éditoriale : Carine Fouteau et Stéphane Alliès Courriel : contact@mediapart.fr
Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart (SAS). Téléphone : + 33 (0) 1 44 68 99 08
Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 24 octobre 2007. Télécopie : + 33 (0) 1 44 68 01 90
Capital social : 24 864,88€. Propriétaire, éditeur, imprimeur : la Société Editrice de Mediapart, Société par actions
Immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS. Numéro de Commission paritaire des simplifiée au capital de 24 864,88€, immatriculée sous le numéro 500 631 932 RCS PARIS,
publications et agences de presse : 1214Y90071 et 1219Y90071. dont le siège social est situé au 8 passage Brulon, 75012 Paris.
Conseil d'administration : François Bonnet, Michel Broué, Laurent Mauduit, Edwy Plenel Abonnement : pour toute information, question ou conseil, le service abonné de Mediapart
(Président), Sébastien Sassolas, Marie-Hélène Smiéjan, François Vitrani. Actionnaires directs peut être contacté par courriel à l’adresse : serviceabonnement@mediapart.fr. ou par courrier
et indirects : Godefroy Beauvallet, François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel, Marie- à l'adresse : Service abonnés Mediapart, 4, rue Saint Hilaire 86000 Poitiers. Vous pouvez
Hélène Smiéjan ; Laurent Chemla, F. Vitrani ; Société Ecofinance, Société Doxa, Société des également adresser vos courriers à Société Editrice de Mediapart, 8 passage Brulon, 75012
Amis de Mediapart, Société des salariés de Mediapart. Paris.

6/6