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Barreau du Québec, Contrats, sûretés, publicité des droits et droit international privé, Collection de droit 2010-2011, Volume 6, Cowansville,

Yvon Blais, 2010

Chapitre I
Me François Beauchamp

Me Hélène Mondoux

La nature et l’étendue du contrat


d’entreprise ou de service
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1- La nature et la caractéristique du contrat d’entreprise ou de


service (art. 2098 et 2099 C.c.Q.)
Le contrat d’entreprise ou de service est celui par lequel une personne, selon le
cas, l’entrepreneur ou le prestataire de service, s’engage envers une autre personne, le
client, à réaliser un ouvrage matériel ou intellectuel ou à fournir un service moyennant
un prix que le client s’oblige à lui payer.

L’entrepreneur est donc celui qui réalise un ouvrage alors que le prestataire de
service est celui qui fournit un tel service.

Par ailleurs, le contrat de service se distingue du mandat en ce que le


mandataire a le pouvoir de représenter le mandant dans l’accomplissement d’un acte
juridique1. Il est également possible qu’il y ait coexistence d’un contrat de service et
d’un contrat de mandat pour l’accomplissement d’une tâche complexe2.

A- L’ouvrage/le service

L’ouvrage peut être tant matériel qu’intellectuel. En pratique, il pourra être


difficile de fixer de manière précise les limites réciproques de ces deux types de
contrats puisque certains contrats pourront comporter des éléments tantôt matériels et
tantôt intellectuels. À titre d’exemple, nous pouvons parler du contrat pour la
préparation d’un logiciel informatique et de manuels d’instructions qui paraît tenir à la
fois de l’ouvrage intellectuel et matériel. Le Code civil du Québec fait cependant peu
de distinctions entre l’ouvrage intellectuel et matériel puisque de nombreuses
dispositions s’appliquent indépendamment à l’un et à l’autre. Le législateur a tout de
même tenu à préciser certaines règles particulières relatives aux ouvrages
immobiliers.

1. Canaque International Construction Inc. c. James Richardson International (Quebec) Ltd., REJB 2000-
16072 (C.A.); 9042-6032 Québec Inc. c. Diesel Rioux & Fils Inc., REJB 2000-20037 (C.A.); Universal
Paper Export Co. c. Tembec Inc., REJB 2001-27931 (C.S.).
2. Thémis Multifactum Inc. c. Brassard, REJB 2000-17469 (C.Q.), [2000] R.J.Q. 1635 (C.A.).

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Lorsqu’un contrat a pour objet l’exécution de services, le fait que l’un des
objets du contrat ne se rapporte pas à l’exécution de services, par exemple la cession
de matériaux, n’en change pas la nature3.

B- Le client

Celui qui contracte avec l’entrepreneur ou le prestataire de service est désigné


comme le client. Il est celui envers qui l’entrepreneur ou le prestataire de service
s’engage à réaliser un ouvrage ou à fournir un service moyennant un prix que le client
s’oblige à payer.

Dans le cas du contrat de service, la notion de client pourra correspondre à deux


personnes distinctes, puisque, dans certaines circonstances, la personne à qui le
service est rendu n’est pas celle qui s’oblige à en payer le prix.

C- Les autres caractéristiques du contrat d’entreprise

L’article 2099 C.c.Q. énonce l’autonomie de l’entrepreneur ou du prestataire de


service dans le contrat d’entreprise ou de service. En effet, il est admis depuis
longtemps que la nature de la prestation suppose que l’entrepreneur ou le prestataire
de service a, par rapport au client, une indépendance quasi absolue dans la manière
dont s’exécute le contrat4. L’entrepreneur assume la

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direction des travaux et a le libre choix des moyens d’exécution du contrat. Il n’existe
entre lui et le client aucun lien de subordination quant à son exécution5.

Même si le contrat oblige généralement l’entrepreneur à fournir un résultat


précis dans un délai imparti et répondant à certaines normes de qualité convenues, il
reste maître de l’exécution du travail, bien que le client conserve un droit de
surveillance général6. Le lien d’indépendance entre le client et le prestataire de service
ou l’entrepreneur n’a pas à être total7.

Cette absence de lien de subordination est le critère qui est reconnu par la
jurisprudence pour distinguer le contrat d’entreprise ou de service du contrat de
travail8. Quant aux critères établis par la jurisprudence pour reconnaître la présence
d’un lien de subordination, ils varient puisqu’ils dépendent de l’ensemble des faits.

3. Centre régional de récupération C.S. Inc. c. Service d’enlèvement de rebuts Laidlaw (Canada) Ltd., REJB
1996-29236 (C.A.).
4. Comtois c. Martin et ass., J.E. 95-1768 (C.Q.); Voca-Tel Communications Inc. c. Vidéotron Ltée, EYB
2005-94709 (C.S.).
5. Construction Methot Inc. c. Entreprises Opticom Inc., REJB 1999-14364 (C.A.); D.M.C. soudure Inc. c.
Équipements industriels Robert Ltée, REJB 2004-54419 (C.S.).
6. St-Paul Fire & Marine Insurance Co. c. Parsons & Misiurak Construction Ltd., REJB 1996-29283 (C.S.);
Dumont c. Constructions Léo Quirion Inc., REJB 1998-06197 (C.Q.); Poirier c. Goyette, Duchesne,
Lemieux Inc., REJB 2003-52550 (C.Q.).
7. Groupe Yoga Adhara c. Coopérative de travail Le Collège de Saint-Césaire, REJB 1998-08217 (C.S.).
8. Seitz c. Entraide populaire de Lanaudière Inc., REJB 2001-27917 (C.Q.); Procureur général du Québec
c. Courchesne, REJB 2003-42775 (C.Q.).

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Seront notamment considérés, les éléments suivants : le pouvoir de contrôle exercé, le
mode de rémunération ou encore la qualité d’expert ou de professionnel9.

2- L’étendue du contrat d’entreprise ou de service (art. 2100


C.c.Q.)
Suivant l’article 2100 C.c.Q., l’entrepreneur et le prestataire de service sont
tenus d’agir au mieux des intérêts de leur client avec prudence et diligence10. Ce
devoir se rattache aux nombreuses décisions que ce dernier doit prendre dans le cadre
normal de son travail en raison de son expertise. Ces décisions seront donc appréciées
en fonction des intérêts propres du client et spécifiques à celui-ci.

C’est ainsi que, dans la décision Les Constructions François & Richards Inc. c.
Audet11, la Cour supérieure a reproché à l’entrepreneur général de ne pas avoir tenu
compte des particularités du terrain, ni du fait que les maisons voisines étaient
surélevées. Jugeant qu’il n’avait pas pris les précautions nécessaires, ni protégé
l’intérêt de ses clients en ne les informant pas des conséquences prévisibles des
travaux, la cour a retenu sa responsabilité.

Ils sont aussi tenus, suivant la nature de l’ouvrage à réaliser ou du service à


fournir, d’agir conformément aux usages et règles de leur art et de s’assurer, le cas
échéant, que l’ouvrage réalisé ou le service fourni est conforme au contrat12. En
renvoyant aux usages et règles de l’art, le Code civil du Québec oblige l’entrepreneur
ou le prestataire à se servir de méthodes reconnues dans son domaine particulier
d’expertise et à utiliser les techniques et moyens qui prévalent dans sa profession au
moment de l’exécution du contrat13. L’entrepreneur et le prestataire de service devront
aussi se conformer aux multiples dispositions législatives et réglementaires qui
pourront s’appliquer au travail fourni14.

Par ailleurs, même si certaines normes ne trouvent pas application, elles


pourront servir de guide pour déterminer si l’entrepreneur a effectué les travaux
conformément aux règles de l’art15. Également, l’absence de devis et de précisions au

9. Ferme Richard Brault Enr. c. Constructions Primeau Inc., REJB 1996-30425 (C.Q.); Systèmes
informatiques Boily Inc. c. Assistance système L.D. Inc., REJB 1998-11208 (C.Q.); St-Louis c. Lamontagne,
REJB 2006-106665 (C.S.); Jean-Louis BAUDOUIN, La Responsabilité civile délictuelle, 4e éd.,
Cowansville, Éditions Yvon Blais, p. 361 et s.
10. St-Gelais c. Entreprises Dero Inc., REJB 1999-12539 (C.S.); Café NDL (1995) Inc. c. Forensic
Technology Wai Inc., REJB 2003-43135 (C.S.); Garantie (La), compagnie d’assurance de l’Amérique du
Nord c. Beauchamp, Babin & Ass. Inc., EYB 2009-159531 (C.S.), en appel.
11. EYB 1996-30237 (C.S.).
12. Poirier c. Goyette, Duchesne, Lemieux Inc., précité, note 6; Maçonnerie Demers Inc. c. Genivar
Construction Inc., EYB 2008-134345 (C.S.); Factory Mutual Insurance Company c. Richelieu Métal
Québec Inc., EYB 2009-156211 (C.S.), en appel.
13. Sultan c. Gitman, EYB 2009-164899 (C.S.).
14. Motel Lévesque Inc. c. Industries Desjardins Ltée, EYB 1996-85366 (C.S.); DNA Fruitonix Inc. c.
Monsieurnoni.com Inc., EYB 2009-160911 (C.Q.); Medeiros c. R.P. Entreprises enr., EYB 2009-160913
(C.Q.).
15. Milzi c. Construction André Taillon Inc., EYB 2007-120161 (C.Q.); Factory Mutual Insurance Company
c. Richelieu Métal Québec Inc., précité, note 12.

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contrat quant à l’ouvrage à effectuer ne relèvera pas l’entrepreneur de son obligation
de respecter les règles de l’art16.

Cette disposition, susceptible de s’appliquer dans une grande variété de


contextes, énonce d’une manière générale les obligations auxquelles sont tenues
l’entrepreneur et le prestataire de service.

L’article 2100 C.c.Q. prévoit le cas où le prestataire de service ou


l’entrepreneur s’est engagé à exécuter une obligation de résultat ou encore, une
obligation de moyens.

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Il faudra donc se référer aux décisions de tribunaux et à nos textes de doctrine


pour établir l’intensité de l’obligation à laquelle s’est engagé le débiteur, soit une
obligation de résultat ou de moyen17.

Dans le cas où le prestataire de service ou l’entrepreneur s’est engagé à


s’assurer que l’ouvrage est réalisé ou le service fourni conformément au contrat, seuls
les cas de force majeure lui permettront de se libérer de cette obligation18. Le Code
civil du Québec définit la notion de force majeure à l’article 1470 comme étant un
événement imprévisible et irrésistible. Par ailleurs, dans l’affaire Groulx c. Habitation
unique Pilacan Inc.19, la Cour d’appel a souligné qu’une obligation de résultat ne
confère pas nécessairement le droit d’exiger après coup la reprise des travaux afin
d’atteindre la perfection.

Suivant la jurisprudence et la doctrine existantes, l’intensité de l’obligation


dépend d’abord de la nature du contrat, de son objet et de sa complexité et ce sont les
termes mêmes du contrat qui nous permettront d’établir l’intensité de l’obligation
assumée20.

L’intensité de l’obligation pourra aussi être déterminée en fonction du


manquement reproché. Ainsi, dans l’affaire Ace-Ina Insurance c. 2895102 Canada
Inc.21, la Cour supérieure a examiné l’intensité de l’obligation d’un entrepreneur plus
spécifiquement en relation avec la variation des sols, jugeant qu’il n’assumait à cet
égard, qu’une obligation de moyens.

3- Les dispositions générales applicables à tous les contrats

16. Giustini c. Expo ornemental Inc., EYB 2007-116980 (C.A.).


17. I.A.V. Multimedia Corp. c. Excelnet Communications Inc., REJB 2000-21305 (C.S.); Giustini c. Expo
ornemental Inc., précité, note 16; Groupe Simoneau Inc. c. Demilec Inc., EYB 2007-124496 (C.S.).
18. P. Talbot Inc. c. Entreprises Mirgil Inc., REJB 2004-55174 (C.A.); 2911663 Canada Inc. c. A.C. Line
Info Inc., REJB 2004-60090 (C.A.); Stadacona, s.e.c./Papier White Birch c. Oslo Construction Inc., EYB
2008-133336 (C.S.); Guardian du Canada (Nordique (La)), compagnie d’assurances du Canada c.
Rimouski (Ville de), EYB 2008-133854 (C.S.), appel rejeté sur requête le 6 octobre 2008.
19. EYB 2007-124477 (C.A.).
20. Gagnon c. Roger Bisson Inc., REJB 2004-54512 (C.S.); Sperandio c. 3095-9571 Québec Inc., EYB
2005-91915 (C.S.); Fondation des Sourds du Québec Inc. c. Oralys Inc., EYB 2008-157303 (C.S.).
21. EYB 2008-131402 (C.S.).

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Le contrat d’entreprise ou de service est également régi par les dispositions
générales que nous retrouvons tant dans la section générale des obligations que dans
les sections plus spécifiques telle celle de la prescription.

A- Les règles de formation du contrat

La formation du contrat se fait par la seule rencontre des volontés portant sur
les éléments essentiels de celui-ci. Il peut être verbal ou écrit (art. 1386 C.c.Q.)22.

Les principes qui s’appliquent à l’offre et à l’acceptation de l’offre sont


également applicables.

Ainsi, constitue une offre de contracter, la proposition qui comporte tous les
éléments essentiels du contrat envisagé et qui indique la volonté de son auteur d’être
lié par l’acceptation23. L’offre se distingue donc d’une simple invitation à contracter
ou de pourparlers préliminaires. Suivant la Cour d’appel, c’est le caractère sérieux,
ferme et précis d’une offre qui permet de les distinguer24.

L’auteur de l’offre est la personne qui prend l’initiative du contrat, qui en


détermine le contenu ou qui présente le dernier élément essentiel du contrat projeté.

En pratique, les contrats de construction sont souvent précédés d’un appel


d’offres qui comporte les documents de soumission et ce sera la réponse à cet appel
d’offres qui inclura les éléments essentiels du contrat et, conséquemment, constituera
l’offre. C’est la solution qui fut retenue par la Cour supérieure dans la décision J.G.
Normand Inc. c. Banque Nationale du Canada25 , alors qu’elle devait déterminer le
lieu de formation du contrat.

Dans l’affaire Beaurivage & Methot Inc. c. Corporation de l’Hôpital de Saint-


Sacrement26, le juge Tyndale souligne que la soumission est une acceptation de
l’appel d’offre et crée un lien irrévocable dès qu’elle est ouverte. Cette position a été
réaffirmée par la Cour suprême du Canada dans M.J.B. Enterprises Ltd. c.
Construction de Défense (1951) Ltée27, où le tribunal a énoncé que la présentation
d’une soumission pouvait donner naissance à des obligations contractuelles distinctes
de celles découlant du contrat d’entreprise.

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L’offre peut s’adresser au public en général ou à une personne déterminée et


doit contenir les éléments principaux du contrat envisagé. Elle peut être assortie ou
non d’un délai pour son acceptation. En l’absence d’un délai exprès, l’offre est
révocable tant que l’offrant n’aura pas reçu l’acceptation. Quant à l’offre assortie d’un

22. Construction Polaris Inc. c. Conseil de bande Micmacs de Gesgapegiag, REJB 1997-07479 (C.Q.);
Gestion Charles Clément Ltée c. Betcon Inc., EYB 2007-118751 (C.S.); Construction RDF Inc. c. Fernand
Gilbert Ltée, EYB 2008-135048 (C.S.).
23. Construction Albert Jean Ltée c. Agenco Inc., REJB 1997-03623 (C.Q.).
24. Howick Apparel Ltd. c. Champoux, EYB 2007-119484 (C.A.).
25. EYB 1995-73002 (C.S.).
26. [1986] R.J.Q. 1729 (C.A.), EYB 1986-62345.
27. REJB 1999-11937 (C.S.C.).

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délai, elle est irrévocable avant l’expiration du délai prévu pour son acceptation sauf
si l’offre prévoit qu’elle peut être retirée en tout temps (art. 1390 à 1392 C.c.Q.)28.

Si l’acceptation n’est pas substantiellement conforme à l’offre, elle ne vaudra


pas acceptation et rendra l’offre révocable29.

Le lieu de formation des contrats entre absents est déterminé par la théorie de la
réception, c’est-à-dire que le contrat est formé au moment et au lieu où l’offrant reçoit
l’acceptation finale et ce, quel que soit le moyen utilisé pour communiquer
l’acceptation (art. 1387 C.c.Q.)30.

B- La bonne foi

L’article 7 C.c.Q. prévoit qu’aucun droit ne peut être exercé en vue de nuire à
autrui ou d’une manière excessive ou déraisonnable allant à l’encontre des exigences
de la bonne foi, et s’applique au contrat d’entreprise ou de service. La bonne foi doit
gouverner la conduite des parties tant au moment de la naissance de l’obligation qu’à
celui de son exécution ou de son extinction (art. 1375 C.c.Q.)31.

C- Le contrat d’adhésion

Les règles spécifiques que l’on trouve au chapitre des obligations et qui traitent
du contrat d’adhésion peuvent également être applicables. Ainsi, lorsque les
stipulations essentielles que le contrat comporte ont été imposées par l’une des parties
ou rédigées par elles, pour son compte ou suivant ses instructions et qu’elles ne
pouvaient être librement discutées, nous serons en présence d’un contrat d’adhésion
(art. 1379 C.c.Q.).

Si le contrat de service ou d’entreprise peut être qualifié de contrat d’adhésion,


des dispositions spécifiques en vue de protéger le cocontractant de celui qui aura
imposé les conditions s’appliqueront. Il s’agit notamment de celles traitant de la
clause externe, de la clause illisible ou incompréhensible et de la clause abusive.

Les tribunaux se sont prononcés à quelques occasions sur les dispositions


relatives au contrat d’adhésion dans le cadre d’un contrat d’entreprise. Une décision
antérieure à l’entrée en vigueur du nouveau Code civil du Québec, soit Communauté
urbaine de Montréal c. Ciment Indépendant Inc.32, a souligné que, même si à certains
égards la liberté d’exécution a pu être mitigée par l’immixtion du propriétaire dans le
cadre d’un contrat d’entreprise, cette immixtion est prévue au contrat et elle n’a pas
pour effet d’annuler toute liberté comme s’il s’agissait d’un contrat d’adhésion. Il
énonce à la page 41 :

28. Gestion Charles Clément Ltée c. Betcon Inc., précité, note 22.
29. Entreprises Vibec Inc. c. Coffrage Alpine Inc., REJB 2001-24201 (C.S.).
30. J.G. Normand Inc. c. Banque Nationale du Canada, précité, note 25; Claude Rivard & Associés Inc. c.
Sterigen Inc., REJB 1997-07402 (C.Q.).
31. Boless Inc. c. Résidence Denis Marcotte, EYB 1995-73090 (C.S.); Développement Tanaka Inc. c.
Commission scolaire de Montréal, REJB 2007-123436 (C.A.).
32. EYB 1988-59506 (C.A.).

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« Il est inexact de dire que l’entrepreneur n’a pas d’autre liberté que de
soumettre un prix ou de n’en pas soumettre. L’entrepreneur, qui au départ est
présumé avoir l’expertise requise pour soumissionner sur un ouvrage du genre,
reste libre d’employer la main-d’oeuvre de son choix, voire même de recourir
aux méthodes d’exécution de son choix pourvu qu’il respecte certains critères
de base pour assurer la solidité de l’oeuvre selon les plans et devis qui lui sont
fournis. »

Dans l’affaire de Boless Inc. c. Résidence Denis Marcotte33, la Cour supérieure


a conclu que le contrat d’entreprise était un contrat d’adhésion puisque toutes les
exigences étaient celles du propriétaire. La même conclusion fut retenue dans les
décisions G.M.C. Construction Inc. c. Ville de Terrebonne34, B. Fregeau & Fils Inc. c.
Société québécoise d’assainissement des eaux35 et Construction BSL Inc. c. Ste-
Agathe-de-Lotbinière (Municipalité de)36, mais écartée dans Walsh & Blais Inc. et
Sabrice Ltée c. C.U.M. et al.37.

Également, la Cour d’appel a statué que les importants contrats d’entreprise


accordés par le gouvernement, les grandes sociétés publiques et les organismes
publics sont des contrats d’adhésion. La cour a précisé toutefois que, pour la
qualification du contrat d’adhésion, ce qui

[Page 29]

importe est la volonté du stipulant d’une application générale sans modification


majeure des conditions essentielles du contrat et l’acceptation de l’adhérent de s’y
soumettre sans possibilité de discussion. De plus, la Cour d’appel a ajouté que la
qualification d’un contrat comme étant un contrat d’adhésion ne peut impliquer une
protection de l’adhérent qui irait à l’encontre de la nature même du contrat et des buts
poursuivis par le mécanisme d’appel d’offres38.

Sur cette question des contrats d’adhésion, la Cour d’appel a décidé dans une
autre affaire que le code et l’entente relative au bureau des soumissions déposées du
Québec (B.S.D.Q.) ne constituaient pas un contrat d’adhésion puisque l’entente était
le fruit de la volonté de différents organismes représentant les parties impliquées39.
Dans un autre jugement, la Cour supérieure a souligné qu’en l’absence de preuve
prima facie que les parties ont été dans l’impossibilité d’en négocier le contenu, il ne
s’agissait pas d’un contrat d’adhésion40.

D- La clause externe

33. EYB 1995-73090 (C.S.).


34. EYB 1994-84358 (C.S.).
35. REJB 1997-03411 (C.S.), REJB 2000-17476 (C.A.), appel accueilli sur d’autres motifs.
36. EYB 2007-124395 (C.S.), appel accueilli en partie sur un autre point juridique, EYB 2009-153544
(C.A.).
37. C.S. Montréal, no 500-05-005659-881, 1er février 1996, j. Trudeau.
38. Régie d’assainissement des eaux du Bassin de La Prairie c. Janin Construction (1983) Ltée, REJB 1999-
11611 (C.A.).
39. Alta Ltée c. Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec, REJB 1998-04373 (C.A.),
requête en autorisation de pourvoi rejetée.
40. Robert Carrier Inc. c. Transamerica Vie Canada, EYB 2009-164504 (C.S.), requête pour permission
d’en appeler rejetée, EYB 2009-167129 (C.A.).

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Le contractant a l’obligation de porter expressément à la connaissance de
l’adhérent, la présence de la clause externe et cela lors de la formation du contrat, à
défaut de quoi, la clause pourra être annulée. Cependant, la nullité sera évitée si le
contractant prouve que, même s’il n’a pas respecté son obligation d’informer
l’adhérent de la clause externe, ce dernier en avait connaissance.

En matière de contrat de construction par exemple, nous pourrions penser au


contrat qui renvoie à des règles de sécurité ou à des normes écrites applicables à
certains genres de travaux, tels les travaux de structure, d’électricité ou de finition
intérieure.

E- La clause illisible ou incompréhensible

La clause qui est illisible ou incompréhensible pour une personne raisonnable


apparaissant dans un contrat d’adhésion est nulle si la personne qui adhère en souffre
un préjudice à moins que l’autre partie ne prouve que des explications adéquates sur
la nature et l’étendue de la clause ont été données à l’adhérent (art. 1436 C.c.Q.).

En matière de contrat de construction, il sera difficile de parler de clause


incompréhensible alors que la plupart des intervenants possèdent une expertise dans le
domaine pour lequel ils contractent. L’expertise de l’entrepreneur a d’ailleurs été
considérée dans l’affaire Communauté urbaine de Montréal c. Ciment Indépendant
Inc.41, où la majorité a retenu que l’expertise de celui-ci ou du sous-traitant était de
beaucoup supérieure à celle de l’organisme public chargé de s’assurer de la solidité du
produit fixé.

F- La clause abusive

Une clause abusive est celle qui désavantage l’adhérent d’une manière
excessive et déraisonnable allant ainsi à l’encontre des exigences de la bonne foi. Est
abusive la clause qui est éloignée des obligations essentielles qui découlent des règles
gouvernant habituellement le contrat qu’elle dénature (art. 1437 C.c.Q.). Une telle
clause peut être annulée ou les obligations qui en découlent réduites.

C’est ainsi qu’a été déclarée abusive, une clause prévoyant qu’aucun intérêt ne
serait payé par une municipalité pour les retards dans les paiements et les
remboursements de retenues42.

De même, une clause d’exonération de responsabilité relativement aux


conditions de sol imprévues pourra être jugée abusive si elle a pour effet de libérer le
donneur d’ouvrage de son obligation de renseignement43. Enfin, une clause d’un
contrat permettant de refuser la somme réclamée par l’entrepreneur à titre de perte de
profit pour l’annulation de certains travaux fut écartée par la Cour supérieure, mais la
Cour d’appel a infirmé la décision sur cette question, étant d’avis que la clause n’était

41. EYB 1998-59506 (C.A.).


42. Fernand Gilbert Ltée c. St-Gervais (Municipalité), REJB 2000-16199 (C.S.), appel rejeté REJB 2002-
31735 (C.A.).
43. Walsh & Brais Inc. c. Montréal (Communauté urbaine), REJB 2001-26438 (C.A.).

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pas abusive puisqu’elle ne visait que les situations où la modification des travaux était
inférieure à 15 % du coût de la soumission44.

Les clauses d’exonération de responsabilité ne peuvent s’appliquer au préjudice


corporel ou moral causé à autrui (art. 1474 C.c.Q.), et ces clauses doivent être portées
à la connaissance du cocontractant au moment de la formation du contrat.

[Page 30]

Par ailleurs, on ne peut par un avis, exclure ou limiter son obligation de réparer
à l’égard des tiers (art. 1476 C.c.Q.).

G- La clause pénale

Dans le cas des clauses pénales, elles sont valables mais peuvent être
réduites45 ou annulées par le tribunal si elles sont jugées abusives, et ce même si le
contrat ne constitue pas un contrat d’adhésion (art. 1437, 1622 et 1623 C.c.Q.)46.

Par exemple, il fut jugé qu’une clause prévoyant une pénalité pour résiliation
correspondant à 20 % du prix du contrat était inéquitable et exorbitante puisqu’elle
prévoyait le paiement d’un montant supérieur à celui pouvant être légalement accordé
en vertu de l’article 2129 C.c.Q.47. Également, a été jugée abusive, une clause pénale
reliée à une contravention à une clause de non-concurrence prévue dans un contrat de
service au motif qu’il y avait un écart considérable entre la pénalité et le préjudice
réellement subi et que la clause ne tenait pas compte de la nature de la
contravention48.

H- La mise en demeure

Le créancier d’une obligation doit mettre son débiteur en demeure (art. 1590
C.c.Q.)49. Le débiteur peut être en demeure par les termes mêmes du contrat lorsqu’il
stipule que le seul écoulement du temps aura cet effet, par la demande écrite
extrajudiciaire ou par l’action en justice formée contre lui (art. 1594 C.c.Q.).

Le créancier doit accorder à son débiteur un délai d’exécution suffisant eu égard


à la nature de l’obligation ou aux circonstances (art. 1595 C.c.Q.)50.

Le débiteur peut aussi être en demeure de plein droit de par la loi. Par exemple,
il en sera ainsi lorsque l’obligation ne peut être exécutée utilement que dans un certain
temps et que ce temps est écoulé, ou lorsque, malgré l’urgence, le débiteur n’exécute
pas l’obligation immédiatement (art. 1597 C.c.Q.). Dans l’affaire Stadacona, s.e.c./

44. Ste-Agathe-de-Lotbinière (Municipalité de) c. Construction BSL Inc., précité, note 36.
45. 9158-1751 Québec Inc. c. Société immobilière GCS Inc., EYB 2009-159013 (C.Q.).
46. Construction Jag Inc. c. 9055-2274 Québec Inc., REJB 2002-32199 (C.S.).
47. As de la Construction Inc. c. Habitations Raymond & Associés Inc., EYB 2007-121916 (C.Q.).
48. 3743781 Canada Inc. c. Multi-marques Inc., EYB 2009-162574 (C.S.).
49. Saint-Laurent c. Jacques Fortin Construction Inc., REJB 2002-34378 (C.S.); Construction Injection
EDM Inc. c. Société de construction Gératek Ltée, REJB 2004-81757 (C.A.); Desmarais c. Schulz, EYB
2008-130874 (C.Q.); Construction Voyer Inc. c. Sabloff, EYB 2009-155469 (C.S.).
50. Construction Lavalco Inc. c. Taillefer, REJB 2001-26396 (C.S.); Picard équipement de boulangerie c.
2883643 Canada Inc. (Aliments Lloydies), EYB 2006-105890 (C.S.).

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Papier White Birch c. Oslo Construction Inc.51, la Cour supérieure a considéré que
l’entrepreneur était en demeure de plein droit quant aux retards encourus en raison des
termes du contrat qui prévoyaient une date d’échéance pour l’exécution du contrat.
Également, il sera en demeure de plein droit, lorsqu’il aura clairement manifesté au
créancier son intention de ne pas exécuter l’obligation52.

Dans l’affaire de Emballages Alpha Inc. c. Industries Rocan Inc.53, le tribunal a


considéré qu’une mise en demeure extrajudiciaire n’est pas requise lorsque
l’incompétence manifestée par le débiteur s’avère telle que le créancier est justifié de
ne plus avoir la confiance requise pour lui demander de reprendre la prestation mal
exécutée.

En présence de débiteurs solidaires, la mise en demeure adressée à l’un vaudra


pour les autres. Il en ira ainsi par exemple, dans le cas d’un recours pour la perte de
l’ouvrage suivant l’article 2118 C.c.Q.54.

Dans l’affaire St-Louis c. Lamontagne55, la Cour supérieure soulignait


conserver une discrétion pour décider de l’utilité de la mise en demeure.

51. Précité, note 18.


52. Deschênes c. Construction Rouillard Enr., REJB 2002-34716 (C.Q.).
53. EYB 2009-157872 (C.S.), en appel.
54. Résidences-hôtellerie Harmonie Inc. c. Résidences-hôtellerie R.G.L., s.e.c., EYB 2008-150869 (C.S.),
requête pour permission d’en appeler rejetée.
55. Précité, note 9.

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