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Des évêques s’alarment de la multiplication de liturgies solitaires en ligne ( sur les réseaux sociaux et

internet)

Depuis la pandémie du Coronavirus, des expositions du Saint-Sacrement et des messes se multiplient sur
les réseaux sociaux à l’initiative de prêtres interdits de culte public pour cause sanitaire et confinés chez
eux tout comme leurs paroissiens. Depuis leur chapelle personnelle ou leur salon, ils ont pris l’habitude
de célébrer seul la messe ou d’organiser des temps d'adoration eucharistique devant la caméra
électronique de leur ordinateur. Branchés sur WhatsApp ou Zoom, ils en diffusent les images en direct,
qui peuvent aussi être regardées en différé.

fidèles d’aller à la messe et de communier et leur offrir une présence virtuelle du prêtre; celle-ci étant
sensée pallier la privation temporaire des sacrements et le besoin d’accompagnement spirituel de leurs
communautés durant la traversée de cette crise.

Ce phénomène a néanmoins suscité des interrogations et des inquiétudes chez des évêques européens
qui se sont exprimés publiquement ces dernières heures. Ainsi l’Allemand, Heiner Wilmer, 59 ans,
évêque de Hildesheim, dont le nom avait circulé pour succéder au Cardinal Marx à la présidence de
l’épiscopat allemand, a déclaré à la radio "ne pas apprécier la multiplication de ces messes en streaming
». Ce phénomène résulterait, explique-il, d'un excès de fixation sur l’Eucharistie caractérisant une partie
du clergé: pour ces prêtres, la foi et l’Eglise seraient en manque, voire en péril sans célébration
eucharistique: « Il y a déjà eu des moments dans l'histoire du christianisme où les gens n'étaient pas en
mesure d'assister à la messe ou de recevoir la communion, rappelle l’évêque allemand. Mais ce n'est
pas pour cela que la foi s'est effondrée. On prétend maintenant que tout va s'effondrer. C'est faux, c’est
une vision étroite », réagit-il. Il déplore aussi à ce sujet un réel déficit de formation à la théologie du
Concile Vatican II qui a rééquilibré la messe en revalorisant la liturgie la Parole: « Bien sûr, l’Eucharistie
est importante, mais le Concile Vatican II rappelle que le Seigneur n'est pas seulement présent dans
l’Eucharistie, mais aussi dans les Écritures, en lisant la Bible. En outre nous devons prendre la parole de
Jésus au sérieux quand il dit: « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là parmi eux ».

Un autre évêque, Santiago Gómez Cantero, évêque de Teruel y Albarracín, en Espagne, s’est lui aussi
inquiété de ce phénomène porteur, selon lui, de cléricalisme, car il induit l’idée que sans prêtre les laïcs
sont incapables de prier, de lire la Parole de Dieu et de partager entre eux le message de l’Evangile .
Dans une lettre adressée aux prêtres de son diocèse, il s'interroge sur les motivations de cette inflation
de liturgies solitaires diffusées sur les réseaux: « Certains prêtres sont devenus très nerveux et nous ont
rempli les moyens habituels de communication, de prières, d’appels à la prière, de possibilité de suivre
la Messe en streaming, c’est-à-dire en direct sur internet, nous ont envoyé un lien ou une connexion
pour pouvoir voir le Saint-Sacrement exposé… Tout ce bombardement me pose beaucoup de questions:
ne traitons-nous pas ainsi les croyants comme s’ils ne savaient pas prier et devaient dépendre du clergé
pour le faire ? Ne les considérons-nous pas ainsi comme de simples spectateurs ? Ne trouvez-vous pas
que toutes ces messes sur écrans entretiennent leur passivité ? Ou bien voulons-nous ainsi justifier
notre sacerdoce ? Les services religieux télévisés et radio-diffusés ne suffiraient-ils pas ? »

Dans ce texte, l’évêque prend ensuite a témoin les prêtres de son diocèse sur la capacité des fidèles, des
laïcs qu’il a rencontrés à se prendre spirituellement en main, durant cette crise: « Je connais des familles
avec des enfants qui ont placé sur une nappe blanche, une bougie et une Bible ouverte et qui ont prié
ensemble, en écoutant la Parole de Dieu, raconte-t-il. Quelqu’un s’est enfermé dans sa chambre et en
lisant "l’Evangile de chaque jour" a gardé un silence réparateur. Une jeune fille m’a dit qu’elle a cherché
des "lectures d’aujourd’hui" sur Internet et qu’elle a prié grâce à la réflexion qu’elles lui apportaient.
Une famille âgée, à l’heure de la messe du village, s’est mise à réciter le chapelet pour tous ceux qui
souffrent et ceux qui nous aident… » L’évêque conclut sa lettre sous forme interrogative: « Qu’est-ce qui
est plus important, un moment de prière ou de Lectio Divina avec la Parole, ou regarder une messe sur
un écran ?… Les croyants sont des adultes, et ils savent « tirer les marrons du feu », mais trop souvent,
nous ne les traitons pas ainsi. Celui qui croit, prie et sait le faire. »

PRECISION: Ces deux évêques ne visent absolument pas les messes télévisées ou radiodiffusées qui ne
sont pas privées de participants réels, mais toujours célébrées devant des fidèles même en nombre
restreint (par ex. la messe quotidienne du Saint-Père à Sainte-Marthe ou celles du Jour du Seigneur et
de KTO en France). Le pape souligne a chacune des messes matinales qu'il célèbre devant les caméras,
l'importance de la communion spirituelle ( recommandée habituellement aux personnes divorcées et
remariées, elle exprime un désir sincère et plénier d'union au Christ) qui, rappelons-le, fut avant la
permission accordée par le pape Pie X (1903-1914) de communier fréquemment, le régime commun
( ou jeûne eucharistique) des fidèles habilités à "faire leurs Pâques" ( confession et communion) une fois
l'an. Mais à l'époque, l'accès aux Saintes Écritures était surtout réservé aux clercs et aux religieux. il faut
attendre Vatican II (1962-1965 - il n'y a donc pas si longtemps - ), pour que l'Ancien et le Nouveau
Testament, ainsi que le bréviaire, soient accessibles à tous les catholiques. La Messe de saint Paul VI a
solennisé en ce sens le temps de la liturgie de la Parole.

A gauche, Santiago Gómez Cantero, évêque de Teruel y Albarracín, en Espagne. A droite, Heiner Wilmer,
évêque de Hildesheim.